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Christoblog

Les cinq diables

Le deuxième film de Léa Mysius contient plusieurs films.

Le premier est le portrait d'une petite fille qui possède un pouvoir surnaturel : voyager dans le temps en sentant une odeur. L'idée est très jolie et donne lieu à de beaux moment poétiques (les "bocaux à odeurs") et à un moment d'une grande intensité, un des plus beaux jumpscare vu récemment au cinéma.

Le second serait la chronique de la vie en province d'un couple mixte dont les liens se distendent doucement sur fond de non-dits. L'utilisation pertinente des décors (on songe à La nuit du 12, tourné dans la même région), la délicatesse de l'approche de Léa Mysius et l'intensité du jeu d'Adèle Exarchopoulos rendent cet aspect du film attachant, même s'il ne brille pas par son originalité.

Le troisième est une histoire de sorcellerie ancrée dans le passé, resurgissant à l'occasion du retour d'un membre de la famille. Cette partie du film est plus lourde que les autres, plus convenue et surtout un peu énervante par son aspect "je vous distille les indices petit à petit, tout en vous laissant deviner rapidement le tableau d'ensemble". Cette partie fantastique se double elle même d'une boucle temporelle paradoxale. 

Les trois parties du film ne parviennent pas tout à fait à s'emboîter les unes avec les autres et semblent coexister artificiellement. Le film est trop écrit, ne laissant pas l'émotion surgir de la mise en scène. L'impression générale est toutefois positive, le talent de Léa Mysius réalisatrice surpassant (de peu) les carences de Léa Mysius scénariste.

Léa Mysius sur Christoblog : Ava - 2017 (***)

 

2e

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Avec amour et acharnement

Si l'intention du film est claire (c'est le cinéma sensoriel de Claire Denis passé au mixeur anxio-autocentré de Christine Angot), sa réalisation est catastrophique.

On ne croit à rien dans cette oeuvre boursouflée qui égrène un chapelet de clichés éculés (à l'image de cette ouverture digne d'un Malick sous tranxène) et de situations improbables.

C'est la caractérisation des personnages qui pêche en premier lieu. Celui de François est écrit de façon très maladroite, et joué à la va-comme-je-te-pousse par Grégoire Colin : jamais on ne comprend ce qui motive ses actions. Il en va de même de celui de Sarah, dans lequel Juliette Binoche se débat inutilement, alternant les improvisations approximatives (comme lors de la scène de rupture) et les dialogues artificiels issus de l'imagination maladive d'Angot.

Si Vincent Lindon tient la baraque en faisant ce qu'il sait faire (du Vincent Lindon), il ne parvient toutefois pas à sauver le film qui semble errer dans les labyrinthes d'une narration approximative et de scories scénaristiques coupables (les péripéties vécues par le fils sont d'un manque d'intérêt abyssal).

Ce long pensum bicéphale et bancal génère chez le spectateur une gêne inconfortable, qui résulte probablement de la confrontation entre le talent intact de Claire Denis en tant que filmeuse et la lourdeur de l'écriture du film. 

Claire Denis sur Christoblog : Les salauds - 2013 (**) / Un beau soleil intérieur - 2017 (**)

 

1e

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Trois mille ans à t'attendre

Le goût du merveilleux au cinéma ne fait plus recette.

Il est d'autant plus intéressant de voir le patriarche George Miller proposer une relecture des Mille et une nuits arrangée à la sauce moderne : le génie Idriss Elba est confronté à des problématiques qu'on comprend parfaitement (se rendre utile, socialiser, ne pas passer quelques milliers d'années sans activité !) et Tilda Swinton, égale à elle-même (c'est à dire intelligente), en narratologiste.

Alors, bien sûr, le scénario est fait de bric (des resucées de classiques) et de broc (des inventions souvent inspirées, comme celle des instruments de musique du roi Salomon), mais au final, le savoir-faire de sieur Miller emporte le morceau : le film se laisse regarder avec gourmandise, et pour peu qu'on ait gardé son âme d'enfant, il est même parfois régressivement jouissif. La mise en scène imaginative et le montage nerveux y sont pour beaucoup.

Un film de divertissement de bonne qualité, ode à l'altérité, qui nous change de la soupe insipide servie par les usines à super-héros.

George Miller sur Christoblog : Mad Max : Fury road - 2015 (**)

 

2e

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Flee

D'abord disponible sur la plateforme d'Arte, ce film d'animation du Danois Jonas Poher Rasmussen sort aujourd'hui en salle.

Il est original à plusieurs titres.

Dans sa forme d'abord. Il mélange différentes techniques, suivant l'effet recherché : animation classique pour la trame principale, images d'archive en prise de vue réelle pour contextualiser les séquences, dessin au fusain pour les scènes les plus marquées par l'émotion. Ce mix fonctionne bien et apporte beaucoup au film.

Par son contenu ensuite. Si les films sur les migrants sont assez nombreux, on n'avait jamais vu au cinéma une filière qui conduit des réfugiés d'Afghanistan en Europe, en passant par la Russie et les pays Baltes. Cet aspect est vraiment original, et les longs passages qui relatent la vie de la famille afghane dans un Moscou enneigé sont très réussis. Le héros enfin est homosexuel : cela ajoute évidemment à la complexité de sa situation.

L'histoire est celle d'un ami du réalisateur. Cela rend encore plus attachant ce film délicat, qui possède de plus une intrigue pleine de suspense. Flee a été primé à Annecy, et a réalisé un exploit me semble-t-il unique : être nommé aux Oscars dans trois catégories différentes (Meilleur film en langue étrangère, Meilleur documentaire, Meilleur film d'animation).

 

2e

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Concours L'ombre de Goya : Gagnez 3x2 places

l'occasion de sa sortie, je vous propose de gagner 3x2 places pour découvrir le film L'ombre de Goya.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : quel autre peintre a fait l'objet d'un film réalisé par José Luis Lopez Linares ?
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 18 septembre 20h
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite les places envoyé par le distributeur. NB : un des trois lots sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)

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Leila et ses frères

Pour ceux qui ont vu La loi de Téhéran, il y aura peut-être une petite déception lors de la découverte du nouveau film de Saeed Roustaee : si le film a le même sens du rythme que son prédécesseur, il est moins tape-à-l'oeil et moins immédiatement spectaculaire.

Pourtant Leila et ses frères est d'une profondeur et d'une subtilité qui surpasse le film précédent de Roustaee. 

On est littéralement emporté par le flux insensé que propose cette chronique familiale qui emprunte à la fois au machiavélisme millimétré des scénarios de Farhadi et aux thrillers psychologiques occidentaux. Les personnages sont fermement et subtilement dessinés, l'évolution de l'intrigue terriblement efficace et le tableau de la société iranienne d'une férocité éclairante (patriarcat, poids des traditions, décisions politiques). Les punchlines se comptent par dizaines et sont à la fois d'une grande cruauté et pleines de sentiments, évoquant par instant la tradition du grand roman russe.

Par le foisonnement de ses intentions et la maestria de sa mise en scène (la séquence du mariage est un chef d'oeuvre), Leila et ses frères s'impose comme un des meilleurs films de l'année, si ce n'est le meilleur. Il s'avère aussi être un des films plus féministe de la rentrée : l'avis de Leila, qui est d'évidence le plus rationnel et le moins sujet aux influences de l'ego, n'y est jamais pris en compte.

Saeed Roustaee sur Christoblog : La loi de Téhéran - 2021 (****)

 

4e

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As bestas

Beaucoup d'éléments intéressants dans le dernier thriller psychologique de Rodrigo Sorogoyen : une vraie maestria dans la mise en scène, sèche, nerveuse et souvent inspirée, et un casting irréprochable. La prestation de Ménochet est une fois de plus impressionnante, à la fois par la présence physique qu'il impose à l'écran, et les éclairs de fragilité qu'il parvient à insérer dans son rôle de personnage massif. Marina Fois est elle aussi excellente, dans un rôle où son jeu dépouillé fait merveille.

Le film ennuie toutefois par moment, du fait de l'étirement inutile de certaines scènes, et d'une inadéquation entre le script (qui tient en 5 lignes) et la durée du film (2h17). Autrement dit, tout est bien dans le film, mais tout y semble exagérément délayé.

Le personnage de la fille ne m'a pas semblé extrêmement utile dans le développement du film, et le sujet de la différence de classe sociale entre les protag aurait pu être à mon sens creusé. Reste au final une oeuvre intéressante, parsemée de moments de tension bien réalisés.

Rodrigo Sorogoyen sur Christoblog : Que Dios no perdone - 2017 (*) / El reino - 2019 (***) / Madre - 2020 (**) 

2e

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Rifkin's festival

Certes, Rifkin's festival recycle pour une énième fois de nombreux thèmes cher au cinéaste : l'hypocondrie, la judaïcité, les affres de la création. Si ces sujets donnent encore ici l'occasion de jouir de savoureuses et cinglante punchlines, on peut être lassés par la redite.

L'intérêt du film (pas immense, je l'avoue) réside plutôt pour moi dans la couche discrète mais bien présente de mélancolie dépressive qui recouvre les péripéties exposées.

L'histoire entre les personnages joués par Wallace Shawn (alter ego de Woody Allen) et Elena Alaya est assez touchante : il s'agit de l'opportunité d'une rencontre entre deux êtres que la vie n'a pas gâté, et qui finalement ne se réalisera ni sur le mode amoureux, ni a fortiori sexuel. Ainsi, ceux qui critiquent Rifkin's festival sur le mode de "un vieux libidineux cherche à se taper une petite jeune" sont bien mal avisés : il n'y a rien de pervers, ni même de sensuel entre ces deux-là, si ce n'est l'envie diffuse et mutuelle d'être apprécié pour ce qu'on est.

La critique est d'autant plus étrange que dans le même temps le personnage féminin de Sue succombe charnellement à celui joué par Louis Garrel, d'autant meilleur ici qu'il joue une tête à claque.

C'est donc une tonalité élégiaque, nostalgique et peut-être testamentaire qui domine ici, renforcée par les rêves en noir et blanc en hommage aux grands cinéastes européens qu'Allen admire et par la lumière qui baigne les doux paysages de la côte basque.

Pas un chef-d'oeuvre, mais pas une catastrophe non plus.

 

2e

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Les nuits de Masshad

Le nouveau film d'Ali Abbasi est un réquisitoire sans pitié contre toute la société iranienne. Lui vit en Suède, l'actrice principale Zar Amir Ebrahimi (justement récompensée à Cannes) à Paris, et la plupart de l'équipe du film ne pourra pas retourner à Téhéran sans risquer beaucoup. Les nuits de Masshad sont donc d'entrée un peu plus qu'un film : un acte politique, un coup de pied dans la fourmilière bien pensante des mollahs.

Dans un premier temps, le film, tourné en Jordanie, reconstitue le trajet d'un tueur de prostituées dans la ville sainte iranienne de Masshad. Il s'inspire d'un fait divers réel. Les meurtres sont montrés de façon frontale, non emphatique. La mise en scène met en valeur une tension évidente entre mission spirituelle et désir sexuel.

Certains y voient une certaine complaisance : peut-être leur cerveau leur joue-t-il des tours et trouve -t-il un peu trop d'intérêt au spectacle qui leur est proposé ? Pour ma part, je n'ai vu aucune complaisance dans ces scènes, mais une crudité qui finalement est une sorte d'hommage aux victimes : nul besoin d'édulcorer leur assassinat pour le montrer plus joli et moins cruel.

Cette première partie est étouffante. Mais elle n'est qu'une introduction pour la deuxième partie, encore plus cinglante et brutale. Le meurtrier ne regrette rien, mais une bonne partie de la société iranienne le défend et le traite en héros, encourageant massivement les meurtres de femmes impures.

Le pouvoir religieux surfe habilement sur la vague, entretient une sorte de parodie de justice et tire son épingle du jeu en manipulant le meurtrier lors d'une scène extraordinaire. 

On sort du film rincé, haletant et confondu par le rythme effréné imposé par Abbasi, estomaqué par le jeu des acteurs et la beauté de la mise en scène. Et cloué à notre siège par une dernière scène terrible.

Magnifique.

 

4e

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La nuit du 12

On peut regarder le dernier film de Dominik Moll sous deux angles.

Le premier est l'enquête policière qui décrit la quête longue et infructueuse d'un jeune commissaire, joué avec beaucoup de finesse par l'excellent Bastien Bouillon.

Sous cet angle le film est très réussi. Il est à la fois très réaliste dans sa description du travail ingrat des policiers (la photocopieuse est souvent en panne) et dans sa façon de décrire leur espoir obsessionnel de trouver une réponse à leur question. La psychologie des différents protagonistes est formidablement creusée. Bien sûr, il est difficile de ne pas songer à un Zodiac savoyard.

Le deuxième angle sous lequel on peut envisager le film, c'est sa dénonciation de la violence endémique qu'exercent les hommes envers les femmes, ou que les hommes pensent pouvoir exercer envers les femmes. Il le fait sans vulgarité et avec beaucoup de subtilité, montrant comment ce machisme atavique finit par infuser dans beaucoup d'esprits, y compris des femmes. Dans La nuit du 12, la masculinité est intrinsèquement toxique.

Un des meilleurs films français de l'année.

Dominik Moll sur Chistoblog : Seules les bêtes - 2019 (***)

 

3e

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Peter von Kant

On se demande parfois quelle mouche pique les réalisateurs.

Faire un remake de son réalisateur fétiche, mais en changeant tout (le couple lesbien devient gay, la période et le lieu changent) : quel intérêt ? La sécheresse abrupte de Fassbinder est ici délayée dans le style carton-pâte et roman feuilleton qu'affectionne souvent Ozon, et dont Huit femmes est le meilleur exemple.

Le résultat est artificiel, laborieux et appliqué. Adjani joue une parodie d'elle même et Ménochet propose un numéro impressionnant mais qui tourne un peu à vide : son jeu tantôt à fleur de peau, tantôt très composé, aspire le film comme parfois celui de Depardieu le fait. Ménochet est donc le principal intérêt du film, et peut-être même son objet.

Aucune émotion n'est générée par cet essai cinématographique, pensum en forme d'acte de dévotion. Allez, on attend qu'Ozon produise de nouveau un grand film, le dernier (Grâce à Dieu) date un peu.  

 

2e

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Elvis

Le début du film laisse présager le pire : montage épileptique, caméra prise de tournis, idées de raccord d'une vulgarité crasse, couleurs agressives. Pour être bref, la mise en scène que seul peut produire un ego au stade ultime de l'hypertrophie.

Heureusement, cela ne dure que dix minutes. Le style de Luhrmann s'assagit progressivement (même s'il reste hyper-démonstratif) pour petit à petit épouser avec une relative délicatesse l'épopée d'un héros qu'on va découvrir génial et torturé. L'emphase véhiculée par le trop-plein d'intentions du film convient finalement bien à la personnalité d'Elvis et à sa tragique histoire : elle est à l'image de ses costumes et de ses déhanchements, outrancière et séduisante.

Si on arrive à juguler son aversion au mauvais goût (j'y suis parvenu, hormis peut-être pour la dernière demi-heure) on ne peut être que séduit par cette histoire saisissante, jouée merveilleusement par deux acteurs prodigieux : Tom Hanks, incroyable de perversité avenante, et  Austin Butler, dont la rayonnante animalité n'a rien à envier à celle du King.

La perversion des rapports entre le colonel et Elvis est sondée avec une grande acuité, le lien qui unit le chanteur à la communauté noire est montrée avec une empathie communicative et les 2h39 du film s'écoulent vite, et bien.

Allez, disons-le, une réussite qui enthousiasmera tous les amoureux du rock (qui ne mourra jamais) et pourra bien intéresser les autres.

 

3e

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L'équipier

Il y a plusieurs films dans L'équipier.

Le premier, une plongée dans l'enfer du dopage sur le tour du France 98, est le plus intéressant. Le montage nerveux et l'énergie communicative de l'acteur / cycliste Louis Talpe rendent cette plongée dans le monde cycliste édifiante et accessible à tous.

Le deuxième est une romance à l'eau de rose, agréable mais totalement anecdotique, qui se greffe un peu artificiellement sur le propos quasi documentaire du film.

Le troisième met assez classiquement en scène des scènes de courses avec le lot habituel de suspense et d'exploits qui ponctue le genre. Cet aspect est pour moi un des points faibles du film : on ne croit pas beaucoup à ces séquences assez pauvrement réalisées et qui ressemblent plus à une course amateur entre copains qu'à une étape du Tour de France. Il y manque, certainement par manque de moyens, la démesure (et notamment la foule) qui accompagne une véritable étape de la Grande Boucle.

Le réalisateur Kieron J Walsh signe ici une oeuvre imparfaite mais plaisante, dynamisée par une bande-son euphorisante.

 

2e

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Decision to leave

Dans ce dernier opus de Park Chan-Wook, tout est beau. La mise en scène est brillante, le scénario retors à souhait (pour peu qu'on arrive à suivre ses méandres jusqu'à la fin du film), l'image sublime, les acteurs et actrices formidables.

Et pourtant, par une sorte d'effet de magie noire, le film n'est pas exceptionnel, sans que l'on puisse bien comprendre ce qui manque : l'étincelle de l'émotion, un supplément d'âme ? Le vertige amoureux et sensuel qui m'avait saisi lors de la vision de Mademoiselle est ici totalement absent.

Mais malgré ces réserves, il faut quand même encourager les spectateurs à aller voir la dernière livraison du réalisateur de Old boy, car on y voit des effets et des idées qu'on a jamais vus ailleurs. Un exemple saisissant : le monde vu de l'intérieur d'un smartphone. C'est tout bête, mais l'effet est immédiatement surprenant. Le coréen est ainsi : il invente et survole son art, quitte à laisser parfois les enjeux narratifs de son film au bord du chemin.

Park Chan-Wook sur Christoblog : Thirst - 2009 (***) / Stoker - 2012 (***) / Mademoiselle - 2016 (****)

 

2e

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Buzz l'éclair

Au rayon des points positifs de ce spin off de la série Toy story : une perfection technique impressionnante, quelques jolies idées (les voyages dans l'espace qui changent l'écoulement du temps), un certain courage (un chaste bisou gay qui vaut une interdiction dans 14 pays musulmans) et un Buzz dont la personnalité est assez conforme au jouet qui porte son nom dans les films (un optimisme forcené associé à une efficace naïveté).

Pour le reste, le film d'Angus MacLane est un peu décevant. Après un début plutôt intéressant du point de vue scénario, il devient dans sa deuxième partie une partie de tirs lasers qui regarde vers la monotonie redondante des premiers Star Wars, sorte de space opera qui ne décollerait jamais (toute l'action se passe sur une seule planète). 

Le mode de narration Pixar reste toutefois assez efficace, maniant second degré agréable et délicats moments de surprise. 

A vous de voir, je suis partagé !

 

2e

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El buen patron

Le nouveau film de Fernando Leon de Aranoa a triomphé lors de la dernière cérémonie des Goya (l'équivalent de nos César), puisqu'il a remporté six statuettes, dont celle de meilleur film 2021.

El buen patron est une farce caustique, dans laquelle le patron d'une petite entreprise manoeuvre pour obtenir un prix d'excellence régionale, n'hésitant pas à prendre les décisions les plus cruelles.

L'usine fabrique des balances (ce qui donne lieu à plusieurs variations évidentes autour de l'équilibre et de l'équité). Elle est filmée un peu comme dans un Wes Anderson, à coup de travelings de toutes formes. La décoration artistique du film accentue son aspect un peu factice : costumes très expressifs, décors top much, personnages parfois réduit à des silhouettes caricaturales.

Le résultat n'est pas déplaisant à regarder, Javier Bardem étant comme souvent assez convaincant dans son rôle de jovial salaud. J'ai eu toutefois un peu de mal à saisir les raisons du phénoménal succès du film en Espagne, ses enjeux narratifs étant à mon sens trop éloignés de la réalité pour vraiment interpeller (la violence du capitalisme outrancier sont autrement plus réalistes dans le récent Un autre monde). 

L'aspect le plus réjouissant du film réside sûrement dans l'invention de deux personnages secondaires encore plus ambitieux et sans scrupule que le patron : le caractère décidément très noir de la pochade y gagne encore quelques degrés de méchanceté.

Le film est épisodiquement drôle, il peut donc être distrayant si vous n'avez rien de mieux à vous mettre sous les yeux.

Fernando Leon de Aranoa sur Christoblog : Amador - 2010 (****) / A perfect day - 2015 (***)

 

2e

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Incroyable mais vrai

Tout est mauvais dans Incroyable mais vrai, à un point qui dépasse l'entendement.

Les deux idées qui construisent le film (la trappe mystérieuse et la bite électronique) ne sont que des idées. Jamais leur potentiel dramatique / narratif n'est exploité. Le film n'est qu'une construction intellectuelle qui tourne à vide : aucun vertige, aucune interrogation, aucune ouverture. 

Il est curieux que quelqu'un puisse mettre de l'argent dans un projet aussi vide de sens, aussi peu attractif, aussi sèchement creux : Quentin Dupieux est sûrement le réalisateur le plus surcôté du moment. Les seconds rôles poussent la caricature à l'extrême (Benoit Magimel, même pas drôle), l'image est d'une laideur insigne (c'est peut-être fait exprès), l'intrigue est en roue libre.

Il n'y a que l'embryon d'un début de court-métrage dans ce brouet indigeste et lourdingue. 

A éviter absolument.

 

1e

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Je tremble, ô matador

Je tremble, ô matador représente pour moi ce que le cinéma peut produire de meilleur : une histoire intéressante et émouvante, servie par des acteurs au top et une mise en scène intelligente.

Tout est bon dans le film du chilien Rodrigo Sepulveda. L'histoire est captivante : un travesti sur le déclin, la candidature Pinochet, un révolutionnaire idéaliste beau comme un Dieu. Les ingrédients sont explosifs, les péripéties du film surprenantes.

La mise en scène est formidable, et notamment la photographie, que j'ai trouvé somptueuse. Le film est d'une beauté plastique confondante, avec en plus une sensation de plongée dans les années 80 d'un réalisme absolu.

Enfin, last not but not least, la prestation de l'acteur Alfredo Castro, dont on ne dira jamais assez qu'il est l'un des meilleurs acteurs vivants au niveau mondial, est au-delà de tous les qualificatifs : émouvant sans être larmoyant, profond sans être lourd.

Une réussite sur tous les plans, un grand moment de cinéma.

 

4e

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Festival d'Annecy 2022

Le Festival international du film d'animation d'Annecy s'ouvre aujourd'hui avec un programme pantagruélique qui mêle compétitions officielles dans de nombreuses catégories, films de patrimoine, séances en plein air pour le grand public, films de fin d'étude et hommage à l'animation Suisse.

Un chapelet de séances évènements toutes plus alléchantes les unes que les autres permettront au public de visionner en avant-première les plus grands films d'animation sortant dans les prochains mois, de Buzz l'éclair au prochain Michel Ocelot, en passant par ce que l'animation asiatique fait de meilleur (dont N°7 Cherry Lane de Yonfan, primé à la dernière Mostra).

Je pourrai me rendre quelques jours à Annecy pour visionner une petite dizaine de films dont je vous rendrai compte dans ce journal.

 

14 juin

Le festival commence pour moi avec un film coréen dans la sélection Contrechamps. Chun Tae-il : A flame that lives on (3/5) est un film à la facture très classique, que ce soit dans la narration ou dans le style d'animation. C'est surtout son propos qui est intéressant : il raconte comment un jeune ouvrier pauvre mena à la fin des années 60 une lutte modeste pour défendre les droits des travailleurs exploités dans le domaine du textile. Il s'agit d'une histoire vraie. Le film est coréen en diable, et ne recule devant aucune manifestation de sentiments au premier degré. Ce n'est pas désagréable, loin de là, à condition d'être réceptif au mélodrame pur.

J'enchaîne avec un premier film de la compétition officielle, le formidable My love affair with marriage (4/5) de la lettonienne Signe Baumane, qui nous accueille à l'entrée de la salle en nous remerciant d'être venu ! Le film est un délice en terme de techniques, mêlant animation traditionnelle, trouvailles plastiques et chansons amusantes. Il s'agit de suivre les démêlés d'une jeune femme avec l'amour en général, et ce faisant avec ses maris successifs, en différentes parties du monde. C'est drôle, enlevé et on passe un excellent moment. Premier coup de coeur.

 

17 juin

Trois séances enchaînées aujourd'hui dans la magnifique grande salle de Bonlieu. Pour la première, il règne une ambiance de surexcitation caniculaire : Les studios d'animation Disney présentent leur nouveautés ! Dans un premier temps, un Cristal d'honneur est remis à Jennifer Lee, réalisatrice des deux Reine des neiges, et aujourd'hui big boss de la création dans le studio. On voit ensuite en exclusivité mondiale deux courts-métrages : un de la série Baymax, assez quelconque, et un de la série Zootopie+, plus réussi. Mais le plat de résistance, c'est la présentation du nouveau long-métrage Disney qui va sortir en novembre, Strange world, par son producteur, le dégingandé Roy Conly. C'est tout à fait grisant de voir des extraits encore en travaux de cette nouvelle histoire et d'entendre un de ses concepteurs en parler. Difficile de se prononcer sur les rares images vues, mais ce que cela évoque de façon la plus évidente, c'est Voyage au centre de la Terre, de Jules Verne.

Globalement, cette séance donne une image du studio Disney assez incroyable : le discours est hyper-pro, mais aussi corporate à un point qui dépasse l'entendement (un film montre les employés qui s'imaginent parler à Walt lui-même), baigné par un enthousiasme qui peut sembler délirant envers le cinéma, le pouvoir des émotions et la mission quasi divine du studio dans le domaine de l'entertainment inclusif. A noter qu'on découvre qu'un des personnages de ce nouveau film est ouvertement gay (le garçon de la famille), alors que Buzz l'éclair est interdit dans 14 pays pour un chaste baiser lesbien.

De Disney à Pixar, il n'y a que quelques minutes et j'enchaîne avec Buzz l'éclair (3/5) en présence de son réalisateur Angus MacLane, lunaire et flegmatique. Le film est avant tout un film d'action, qui lorgne plus du côté de Star Wars (mais sans espace) que de Toy story, même si le caractère de Buzz est bien respecté. C'est techniquement splendide, et il y a quelques belles idées de scénario, mais le résultat entraîne tout de même une légère déception.

Pour finir la journée, retour à la compétition, avec Misaki no Mayoiga (The house of the lost on the cape) (2/5) du japonais Shinya Kawatsura. Ce dernier nous raconte l'histoire de deux petites filles, survivantes du tsunami de 2011, recueillie par une grand-mère dans une étrange maison en contact avec les esprits peuplant cette région du Japon. La narration est très sage et délicate (presque trop) et la deuxième partie, peuplée de créatures, rappelle un peu le cinéma de Miyazaki, en beaucoup moins spectaculaire. Je n'ai pas éprouvé l'émotion que cette histoire était en capacité de susciter sur le papier.

 

18 juin

Rendez-vous au N°7 Cherry Lane (4/5) pour commencer la journée. Ce film du Hong-kongais Yonfan, primé à la Mostra 2019 (prix du scénario), est d'une folle ambition formelle. Les images sont parfois d'une beauté sidérante, le scénario est d'une grande finesse, les méthodes de narration ne ressemblent à rien de connu et le sujet (un triangle amoureux dans les années 60 entre un éphèbe, une femme de 40 ans et sa fille) est sulfureux. Tout dans ce film est remarquable, y compris l'érotisation extrême des corps masculins. Une découverte majeure pour tout cinéphile.   

Changement total d'ambiance pour la séance suivante. Sing a bit of Harmony (4/5) représente ce que l'anime peut avoir de plus régressif et de plus jouissif. Dans cette histoire de lycéens japonais qui doivent accueillir dans leur classe une Intelligence Artificielle qui prend la forme d'une lycéenne, on trouve tous les ressorts de la comédie romantique qui provoquent sourires, rires, pleurs et étonnements, quelque soit son âge ! Je ne peux m'empêcher de comparer l'énergie vitale incroyable de ce film au contenu parfait mais en grande partie aseptisé de Buzz l'éclair vu hier, les deux film jouent en effet sur les mêmes ressorts : humour, action, émotions, écoulement du temps.

Fin de cette édition avec le mignon Le petit Nicolas - Qu'est ce qu'on attend pour être heureux ? (3/5), déjà présenté à Cannes. Le film vaut plus par ce qu'on apprend des vies de Sempé et Goscinny que par les illustrations des nouvelles du Petit Nicolas, assez insipides. Inoffensif mais agréable, et court (1h22) ! 

A l'année prochaine !

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Don Juan

Pari osé que cette vraie fausse comédie musicale, dans laquelle l'intrigue lacunaire ne se dévoile que très progressivement.

Don Juan, pas vraiment défendu par la critique et détesté par le public, présente de nombreux aspects perturbants : une narration froide et distanciée, une composition très apprêtée, un jeu d'acteur qui penche souvent vers une sèche artificialité.

Il est donc étonnant, alors que j'ai détesté les précédents films de Serge Bozon, que je me sois laissé intriguer par cette histoire à double détente (Don Juan est follement amoureux d'une femme qui le repousse, alors que le fantôme de l'une de ses ex-victimes rôde dans les parages, sous la forme d'un père-commandeur chantonnant).

Je trouve que l'atmosphère du film vaut le détour, quelque part entre un Lynch nostalgique et un Demy éthéré. Tout n'y est pas parfait, loin de là, mais l'exercice m'a au final plu et touché. On y découvre un Tahar Rahim étonnamment à l'aise dans l'exercice du chant et un Alain Chamfort redoutablement séduisant. Quant à Virginie Efira, présente dans le film sous de multiples versions fort différentes, elle reste égale à la grande actrice qu'elle est progressivement devenue. 

Contre tous, j'ai aimé cette noire histoire d'amour.

 

2e

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