Christoblog

Il était une fois dans l'Est

Présenté à Cannes 2019 dans la section Un certain regard, ce modeste film russe n'aura donc pas eu les honneurs d'une sortie dans les salles françaises, par la faute de ce satané Covid. Vous pouvez le voir en VOD cette semaine sur plusieurs plateformes, dont Canal et Orange VOD.

Rien de renversant ici. Une chronique douce amère (et parfois burlesque) d'un double adultère qui s'écoule au fil des quatre saisons, entre une femme quelconque et un routier anodin. Leur histoire n'est ni exceptionnelle, ni insipide. La réalisatrice Larissa Sadilova distille une petite musique typiquement russe, qui évoque aussi bien la compassion de Tchékov que l'ironie de l'âme slave. 

Les mésaventures de nos amants (la femme est ici la plus décidée, comme souvent) sont sans attrait particulier, et il faut bien regarder dans les personnages secondaires et les mini-péripéties de ce récit minimaliste  pour trouver son plaisir : celui de l'immensité des petits sentiments, errant dans la petitesse de ces vastes espaces.

Une cinéaste à suivre.

 

2e 

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Concours L'ombre de Staline : Gagnez 5x2 places

A l'occasion du retour dans les salles et de la sortie de L'ombre de Staline le 22 juin, je vous propose de gagner 5 x 2 invitations valables partout en France. 

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : de quelle nationalité est la réalisatrice, Agnieszka Holland ? 
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 22 juin 20 h.
 
Un tirage au sort départagera les gagnants.

NB : un des cinq lots sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien).

Le film est distribué par Condor Productions

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Filles de joie

Beau et sensible portrait de trois femmes, Filles de joie se distingue par un montage très intelligent et un sens du rythme qui ne se laisse jamais prendre en défaut.

Si le sujet (la prostitution) a déjà fait l'objet de mille traitements au cinéma, il trouve ici une déclinaison "près de chez vous" assez originale. Les trois actrices sont formidables et font de ce film une oeuvre profondément féminine, plus encore que féministe. Sara Forestier est vulnérable, sexy, vulgaire, énervée. Noémie Lvovsky est incroyable en pute mature mère de famille et Annabelle Lengronne, révélation du film, est explosive.

Les hommes n'ont évidemment pas le beau rôle dans ce tableau : ils sont au mieux faibles, au pire pervers.

La prostitution de proximité en Belgique est montrée ici sous un angle quasi documentaire par Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevitch, qui donnent à voir un tableau du Nord foncièrement réaliste. Filles de joie se termine par une très jolie scène, pleine de joie et de légèreté, efficace et agréable, à l'image du film.

Je le recommande chaudement.

 

3e

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Benni

On a vu ces dernières années pas mal de films décrivant le quotidien d'enfants en rupture avec la société, hyperactifs et violents. Le cinéma a souvent montré combien il était difficile de trouver une solution durable pour eux : Mommy, La tête haute, La prière....

Avec Benni, le sujet atteint un degré de brutalité inusité, par la grâce de l'interprétation exceptionnelle de la jeune actrice Helena Zengel. On est littéralement happé dès les premières scènes par le mélange de douceur enfantine et d'éruption hyper-violente qui émane du personnage de Benni.

Le propos du film est doublement servi par un scénario subtil et par la mise en scène de Nora Fingscheidt, qui se met au diapason de sa jeune actrice : violente, brute et directe. Les quelques passages oniriques qui nous donnent à voir le chaos mental intérieur de Benni sont très réussis. L'utilisation de la musique est aussi remarquable, entretenant un suspense qui flirte parfois avec l'insoutenable.

Une pépite de dureté, de tension et d'émotion, comme on en voit peu.

 

4e

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La communion

La communion offre pratiquement tout ce qu'on peut attendre du cinéma : une histoire intéressante, une interprétation inspirée y compris chez les seconds rôles, une mise en scène qui sert son sujet tout en étant inventive.

J'ai été littéralement bluffé par la qualité d'écriture du film : un scénario qui nous entraîne dans des méandres inattendus, un découpage très efficace, un rythme enlevé. Jan Komasa parvient à nous faire éprouver une gamme de sentiments très différents, qui va de la peur à la sidération, de l'amusement à l'émotion esthétique. Quand le cinéma parvient à un tel degré de maîtrise dans toutes ses composantes, il me procure une sorte de jouissance permanente.

Difficile de ne pas évoquer dans cette débauche de compliments le regard tour à tour dur, tendre et halluciné de Bartosz Bielena. A ce titre, la dernière scène du film constitue un climax impressionnant, qui s'impose déjà comme un des grands moments de l'année cinéma.

A ne rater sous aucun prétexte : le meilleur film de 2020 à ce jour.

 

4e

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Un fils

Un fils commence par l’exposition d’un couple de Tunisiens aisés et influents dans leur métier, vivant à l’occidentale avec leur fils. Lors de ces premières scènes, on se demande d’ailleurs vers quoi le film va bien pouvoir s’orienter, tant les pistes paraissent nombreuses : chronique socio-politique, thriller psychologique à la Asghar Farhadi (on pense à A propos d'Elly), suspense hitchcokien, drame sentimental. 

Le réalisateur Mehdi M. Barsaoui parvient dans ces premières scènes à distiller une sourde tension sous des airs décontractés de film efficace et bien rythmé, à l’américaine. 

L’histoire bascule ensuite dans un drame brutal, qui va déclencher une série de révélations et de rebondissements passionnants, permettant d’explorer de nombreux sujets : la condition de la femme en Tunisie, des questions de morale individuelle, une réflexion sur l’adultère. Le film est aussi un très beau film sur l’amour qui se délite.

L’acteur principal, Sami Bouajila (qu'on a vu dans Indigènes), est formidable, il a d’ailleurs justement obtenu un prix au Festival de Venise. L’actrice Najla Ben Abdallah lui donne une réplique très convaincante. La mise en scène est extrêmement séduisante, et l’ensemble de la direction artistique contribue à donner une patine extrêmement réaliste au film, dans lequel on est complètement immergé du début à la fin.

Un beau film dynamique et séduisant, à découvrir absolument.

 

3e

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Da 5 bloods

Da 5 bloods est loin d'être parfait. Le casting est inégal (Jean Reno en particulier est très mauvais), le film est trop long et trop bavard, certains personnages à peine esquissés sont caricaturaux, les effets mélodramatiques sont parfois au-delà du ridicule et la mise en scène flirte avec le mauvais goût ostentatoire.

Mais malgré tous ses défauts, le film m'est sympathique. 

Il est porté par l'énergie intacte de Spike Lee, qui aime ses personnages, n'hésite pas à donner le souffle du grand spectacle à un film dont on se dit au début qu'il va se borner au politiquement correct, et produit au final une oeuvre hybride, mi-western et mi-réflexion politique.

C'est dans la dualité grande Histoire / petites histoires que Da 5 bloods trouve son énergie positive : il ne va pas forcément là où on pense que la conscience politique de Spike Lee devrait le porter. Le personnage de Paul en particulier, qui se développe progressivement dans toute sa complexité, est particulièrement intéressant. Le résultat est foutraque, et donne une sorte d'Apocalypse now en mode western spaghetti, qui ne se donne même pas la peine de faire sérieux (sauf quand il s'agit de compter le nombre de foulées qu'Edwin Moses faisait entre deux haies).

Une fable punchy, façon pop-corn, dans la lignée de son film précédent.

Spike Lee sur Christoblog : BlacKkKlansman - 2018 (***)

 

3e

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Une famille heureuse

Une famille heureuse est bâti sur presque rien.

Une femme dans la cinquantaine, Manana, souhaite habiter seule. Elle ne divorce pas, n'a pas rencontré quelqu'un, n'est fâchée avec personne. Elle veut simplement un peu de temps à elle, préparer tranquillement ses cours, écouter de la musique classique en buvant du thé.

Sa famille ne comprend évidemment pas, et tout le monde essaye de la dissuader. L'affaire ne vire pas au thriller car personne n'est violent et tout le monde l'aime.

Les réalisateurs, l'allemand Simon Gross et la géorgienne Nana Ekvtimishvili, parviennent à nous faire parfaitement ressentir le désir de repos et de liberté de l'héroïne principale. Pour cela il usent merveilleusement bien du contraste entre l'excitation perpétuelle régnant dans la maison familiale et le calme de l'appartement dans lequel se réfugie Manana. La sérénité du lieu est parfaitement rendue, notamment par un admirable travail sur la lumière (le directeur de la photo, Tudor Vladimir Panduru, est celui du Baccalauréat de Cristian Mungiu).

L'actrice Ia Shugliashvili est admirable, et sa prestation au chant, lors d'une soirée décisive, est mémorable.

Un très joli film à découvrir.

 

3e 

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Quand les réalisateurs font des séries !

Saurez-vous dire de quelle série chaque réalisateur a réalisé au moins un épisode ?

Attention : un réalisateur peut être relié à plusieurs séries, et inversement la même série à plusieurs réalisateurs.

Ce n'est donc pas si simple, et rares seront ceux qui auront 100 % de réponses justes, sans rechercher sur Wikipédia ! Les bonnes réponses sont disponibles en cliquant ici. 

1 / JJ Abrams A / Boardwalk empire
2 / Gus Van Sant B / Urgences
3 / David Lynch C / Mildred Pierce
4 / Jean Marc Vallée D / Dix pour cent
5 / Jacques Audiard E / Big little lies
6 / Martin Scorsese F / Boss
7 / Steven Spielberg G / Le bureau des légendes
8 / Fabrice Gobert H / Top of the lake
9 / Jodie Foster I / House of cards
10 / John Cassavetes J / The Knick
11 / Damien Chazelle K / Tunnel
12 / Rian Johnson L / Sharp Objects
13 / Steven Soderbergh M / Orange is the new black
14 / Jonathan Demme N / Les experts
15 / Eric Rochant O / Big little lies
16 / Quentin Tarantino P / Columbo
17 / Asif Kapadia Q / Band of brothers
18 / Cédric Klapisch R / Alias
19 / David Fincher S / The Office (US)
20 / Todd Haynes T / Mindhunter
21 / Jane Campion U / Lost
22 / Dominik Moll V / Twin Peaks
  W / Les experts
  X / Breaking bad
  Y / Les revenants
  Z / The Eddy

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Chat noir, chat blanc

Chat noir, chat blanc commence sur un tempo assez lent, qui fait penser à une sorte de western spaghetti des Balkans. Kusturica prend le temps de présenter chacun des personnages à travers de longues scènes d'exposition assez surprenantes, dans lesquelles la démesure du film commence déjà à impressionner. La découverte de l'incroyable personnage de Grga est une scène dans laquelle la fantaisie débridée du film est parfaitement canalisée.

Petit à petit, le film monte en puissance et culmine longuement dans toute sa deuxième partie, morceau d'anthologie en terme de rythme et de mise en scène. La suite des mariages, les grands-pères dans le grenier, la formation des couples, la musique omniprésente : tout s'allie pour donner au spectateur un tournis vertigineux, source de plaisir constant.

Il y a dans Chat noir, chat blanc une atmosphère quasi shakespearienne : les jeunes amoureux triomphent grâce à leur astuce des cruels méchants, et les ridiculisent au passage. Comme dans les comédies du grand William, Kusturica n'hésite pas devant les péripéties grivoises et scatologiques, les insultes fusent, la mort devient risible et les quiproquos sentimentaux.

De toute cette folie subtilement orchestrée émergent une émotion pure et légère (les amoureux dans le champ de tournesols) et une puissance de vie qui fait ressusciter les morts et danser les mourants (magnifique scène du vieillard que l'orchestre vient chercher à l'hôpital). 

Un film magique, dont le souffle puissant marque durablement.

 

4e

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Sueurs froides

Comme beaucoup d'autres, ce classique d'Hitchcock mérite d'être revu.

Je gardais le souvenir d'une certaine lenteur, et c'est peu dire que toute la première heure est effectivement lente. On suit le personnage joué par le grand James Stewart (quelle classe !) à travers un San Francisco de carte postale, et il arrive qu'on s'ennuie autant que lui à tournicoter dans les rues en pente.

Bien sûr, me diront les thuriféraires hitchcockiens, ces errements préliminaires participent de la mise en place qui vise à nous prendre au piège d'une intrigue particulièrement biscornue.  Et j'admettrai alors que le voyage n'est pas si désagréable, même si les couleurs y sont parfois un peu trop vives, et le jeu de Kim Nowak trop maniéré.

Tout cette lumineuse matière énigmatique et en partie soporifique trouve évidemment sa justification dans la ténébreuse seconde partie, morceau de cinéma assez impressionnant, dans lequel les deux acteurs se livrent cette fois-ci sans retenue dans un pas de deux prenant, et souvent émouvant. Le film devient alors pesant, le destin semblant comme englué dans une sorte de mélancolie mortifère.

L'ensemble du film suinte de solitude, et apparaît encore aujourd'hui dans toute sa force comme une ode féroce et noire à l'amour impossible, aux émotions corrompues et aux occasions ratées.

L'efficacité de la mise en scène d'Hitchcock est redoutable, et la scène centrale du cauchemar garde encore aujourd'hui son efficacité psychédélique.

Un beau morceau de cinéma, très légèrement indigeste à certains moments, mais brillant à d'autres.

 

3e 

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La chasse à l'homme

La fermeture des cinémas est l'occasion de voir des films qu'on n'aurait jamais pris le temps de voir dans des circonstances normales.

La chasse à l'homme, d'Edouard Molinaro, est ainsi une curiosité de 1964 à découvrir sur Netflix en ce moment.

Le point fort du film est sans aucun doute son casting impressionnant : Jean Paul Belmondo, Claude Rich, Jean Claude Brialy, Françoise Dorléac, Catherine Deneuve, Michel Serrault, Bernard Blier, Francis Blanche, Marie Laforêt, Marie Dubois, Micheline Presle, et beaucoup d'autres. 

La chasse à l'homme est découpé en trois parties et une multitudes de petit sketchs. La première partie, consacrée au personnage joué par Bébel est délicieuse, et ce dernier dégage un charme absolument irrésistible. La partie consacrée à Claude Rich est plus classique, vaudeville assez classe, à base de mari cocu, d'ingénue pas si ingénue et de femme dans le placard. Blier y est excellent. La dernière partie, tournée en Grèce, est alerte et pleine de charme. Françoise Dorléac y est rayonnante.

Le tout est bien balancé et sans prétention, dialogué de main de maître par Audiard, et se laisse regarder avec plaisir et gourmandise.

 

2e

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Mignonnes

La sortie de ce film était prévue le 1er avril

Mignonnes est un film réalisé en banlieue, mais il s'affranchit de tout le contexte sociologique qui forme le substrat de plusieurs films de ce type (Les misérables en tête), pour se concentrer sur le portrait d'une jeune fille, en train de vivre le passage de l'enfance à la pré-adolescence.

Il analyse l'importance des injonctions à l'hyper-sexualisation que la société dicte aujourd'hui aux enfants, mais l'intègre dans une histoire qui est avant tout basée sur le désir de s'intégrer.

Si ce récit d'initiation n'est en soi pas très original, il trouve une merveilleuse incarnation dans le personnage d'Amy, jouée par la jeune Fathia Youssouf, qui porte le film sur ses frêles épaules. A la fois enfantineet déterminée, elle dynamite la plupart des scènes jusqu'à nous mettre parfois mal à l'aise.

Le scénario est particulièrement intelligent, et comme la mise en scène de Maimouna Doucouré se met à l'unisson de l'ambiance explosive du film, on s'attache très vite aux personnages et à leur évolution, jusqu'à une fin qui nous troue le coeur. Mignonnes parvient avec brio à générer toute une série d'émotions simples chez le spectateur : curiosité, intérêt, consternation, inquiétude, rire, soulagement.

Le film, récompensé à Sundance et fêté à Berlin, révèle une réalisatrice, qu'on souhaite voir maintenant en charge d'un projet plus ambitieux.

 

3e

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Canine

J'étais assez curieux de voir le premier film distribué en France de Yorgos Lanthimos, qui fut couronné par l'estimable prix Un certain regard à Cannes 2009.

Autant le dire d'entrée, Canine est plus proche de l'exercice de style calculé que de l'oeuvre totale que sera plus tard The lobster. Même si les prémisses sont les mêmes (un scénario abracadabrant qui pourtant tient debout, une maîtrise formelle totale), le résultat est assez différent : Canine apparaissant comme un brouillon des films suivants.

Si les délires de Lanthimos tiennent la route, c'est par la grâce d'une imagination qui semble s'enrichir au fur et à mesure qu'elle produit. Dans le quotidien bizarre de cette famille pour le moins dysfonctionnelle (les enfants sont élevés dans une sorte de mythologie déviante qui leur cache ce qu'est le monde réel), ce sont les multiples incises qui font le sel du film. On ne peut pas croire à ce que l'on voit, et pourtant on fini par adhérer aux situations proposées, pour trois raisons principales : une direction d'acteur au cordeau, un savant mélange d'humour et de finesse d'observation, et enfin une direction artistique de toute beauté. 

Canine marque l'arrivée d'un réalisateur promis à un destin remarquable, sorte de Haneke drolatique, qui filmerait avec la méticulosité d'un Kubrick.

Yorgos Lanthimos sur Christoblog : The lobster - 2015 (****) / Mise à mort du cerf sacré - 2017 (***) / La favorite - 2018 (***)

 

2e

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Au revoir l'été

Dans le paysage du cinéma japonais contemporain, plutôt morose, Koji Fukada fait figure de sage trublion. Ses films sont en effet au premier abord très convenus, très lisses, en un mot très japonais. Les sentiments ne s'y exposent jamais ouvertement (comme chez Naruse, que Fukada admire beaucoup), même s'ils sont très présents et influent sur le cours des évènements de façon souvent dramatiques.

Par rapport à ses autres films, qui comportent souvent un tournant narratif important et transgressif en milieu de film, Au revoir l'été se distingue par une approche beaucoup plus douce. Fukada, qui est très francophile, se réfère ouvertement à Rohmer à propos de ce film, initiation douce amère et estivale d'une jeune fille dans un monde d'adultes, qui sous leur dehors très polis n'hésitent pas à assouvir leur pulsions diverses.

Le film, tourné en format 4:3, bénéficie d'une admirable photographie, qui rend l'été japonais particulièrement beau à regarder, multipliant les morceaux de bravoure chromatiques : splendeur du soleil dans les feuilles, couleurs pastel et douce luminosité. 

Fukada ne se contente pas de peindre une chronique intimiste, il parvient aussi à y insuffler de la politique contemporaine à travers les lointains et tristes échos de la catastrophe de Fukushima. 

Un très joli film, à découvrir.

Koji Fukada sur Christoblog : Harmonium - 2017 (****)

 

3e

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The nice guys

Le Los Angeles des années 70 est décidément très à la mode dans cette fin des années 2010. Juste avant l'hommage uchronique de David Robert Mitchell (Under the silver lake) et le dernier Tarantino (Once upon a time... in Hollywood), Shane Black nous offrait cette comédie acidulée et fort bien rythmée.

The nice guys est aimable en tout point.

Tout d'abord, le casting est formidable, emmené par un Ryan Gosling irrésistible en privé raté et maladroit. Il confirme dans ce film qu'il est meilleur acteur de comédie (on l'avait déjà constaté dans Crazy, stupid, love) que de drame (ses prestations dans les Winding Refn ne m'ont jamais convaincu). Russel Crowe campe un partenaire parfait dans ce buddy movie à la sauce seventies. Margaret Qualley, qui est aussi dans le Tarantino, est nickel, tout comme la jeune Angourie Rice, dont le personnage de pré-ado dégourdie apporte beaucoup au film.

The nice guys est aussi formidablement écrit, émaillé de scènes drôles et originales, ménageant des ruptures de ton surprenantes qui nous prennent à revers. Enfin, la réalisation dynamise l'action tout en tirant pleinement profit de décors somptueux.

Un régal de comédie policière.

 

3e

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Baisers volés

Nous retrouvons dans Baisers volés le jeune Antoine Doisnel, découvert enfant dans Les quatre cents coups.

Antoine est maintenant un jeune adulte, qui se fait virer de l'armée au moment où le film commence. Les premiers plans assurent une solide connexion avec le premier film de Truffaut, tourné neuf ans auparavant : par exemple on découvre Antoine en train de lire le Lys dans la vallée de Balzac, et on se souvient du début d'incendie que le culte de l'écrivain avait failli déclencher dans l'appartement de ses parents.

Si le personnage est le même, les deux films sont très différents. Les quatre cent coups était un film ramassé, tendu, d'une grande cohérence artistique. Baisers volés est une histoire d'initiation oedipienne décousue, au style haché (le film comprend un nombre de plan incalculable), qui multiplie les ruptures de ton, les pistes narratives et les effets de manche scénaristiques, comme l'incroyable déclaration finale de l'amoureux.

Le résultat est mitigé. On peut être séduit par la vivacité de l'ensemble, sa progression à la limite du picaresque, mais on peut aussi être décontenancé par la faiblesse de certaines scènes, les limites techniques du film (qui mériterait une sérieuse restauration, notamment au niveau du son) et la relative transparence de Jean-Pierre Léaud, qui surjoue parfois l'hébètement perplexe.

François Truffaut sur Christoblog : Les quatre cents coups - 1959 (***)

 

2e

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Swimming pool

Pour son sixième long-métrage, François Ozon signe une oeuvre très classique dans sa forme (presque trop, diront certains) et dans son fond, sous influence clairement hitchcocko-de palmienne.

Le scénario, qu'il a lui-même écrit, commence un peu mollement et la mise en place du film suit des voies très attendues pendant sa première demi-heure.

L'irruption de de Ludivine Sagnier, dans le rôle d'une bimbo d'une explosivité rare, réveille le film. A partir de ce moment-là, l'intrigue devient plus amusante, les thèmes habituels du cinéma d'Ozon affleurant ici ou là (la psychanalyse, les faux-semblants, les images à double-fond, le double, les pulsions inassouvies, la permissivité des genres).

On cherche alors à deviner le retournement de situation final qu'on sent bien arriver, mais qui reste difficilement prévisible au regard de son importance.

Un exercice de style qui génère un petit plaisir intellectuel, mais qui souffre de maladresses et de longueurs qui empêchent une adhésion plus franche.

François Ozon sur Christoblog :   8 femmes - 2001 (**) / Potiche - 2010 (***) / Dans la maison - 2012 (**) /  Jeune et jolie - 2013 (*) / Une nouvelle amie - 2014 (***) /  Frantz - 2016 (***/ L'amant double - 2017 (**) / Grâce à Dieu - 2019 (****)

 

2e

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Midsommar

En dépit de nombreux défauts (un script un peu faible, quelques longueurs, des personnages à la psychologie superficielle, des scènes trop tape à l'oeil), Midsommar s'avère être une expérience de cinéma très intéressante.

Alors que je m'attendais à un film horrifique un peu basique en mode écolo-bobo, la seconde oeuvre de Ari Aster s'avère être un huis-clos en plein air d'une lumineuse beauté. Quasiment tout l'intérêt du film tient dans ce cadre naturel d'une incroyable sérénité et aux décors qui y sont implantés, comme autant de repères dans le dédale sensoriel dans lequel va s'égarer Dani, jouée par une excellente et terrienne Florence Plugh.

La suite d'évènements dramatiques qui vont se dérouler dans cet environnement idyllique, toujours baigné d'une lumière éclatante, est certes très prévisible, mais la consistance de la direction artistique (décors, costumes, accessoires) rend l'expérience particulièrement immersive. Le contraste entre la gentillesse décérébrée des hôtes et la prise de conscience progressive de Dani donne tout son sel à la deuxième partie du film, dont la fin est très réjouissante.

Une réussite donc, que tout le monde peut regarder sans crainte, les scènes gore se comptant sur les doigts d'une main. Le film fait ressentir plus qu'il ne fait peur.

 

3e

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Autoportrait #2 / Piet Mondrian

Autoportrait - 1918
Kunstmuseum, La Haye
 
Mondrian peint ce tableau en 1918. Même s'il ne fut pas conçu pour lui, il devient en 1920 la possession de son bienfaiteur et ami de toujours, Salomon Slijper. Entre 1915 et 1920, le peintre ne parvient pas subvenir à ses besoins et seuls les achats de Slijper lui permettent de s'en sortir (et notamment d'effectuer un important séjour à Paris en 1919). Ce tableau est donc indirectement le gage d'une reconnaissance vis à vis du mécène qui lui a véritablement permis de devenir peintre.
 
La fameuse première composition aux rectangles rouges, jaunes et bleus n'apparaît qu'en 1921. Jusqu'alors, Mondrian n'a quasiment peint que des tableaux figuratifs, parfois très stylisés, mais quasiment toujours connectés d'une façon ou d'une autre à la réalité.
 
Depuis quelques années, Mondrian s'essaye à quelque chose de différent, quelque chose de radicalement abstrait. A l'arrière plan de cet autoportrait figure d'ailleurs des cartons préfigurant un tableau de ce type, qui pourrait ressembler à la Composition illustrée ci-dessous, peinte en 1917.
 
L'artiste est à un tournant de son art : du figuratif (son propre portrait) il est en train de basculer dans l'abstrait, qu'il représente dans ce tableau, comme une prémonition du fait que cette nouvelle voie va le rendre immensément célèbre.
 
Salomon Slijper, qui assurait la promotion des oeuvres de Mondrian jusque là, ne va pas suivre le peintre dans la voie qu'il entrevoit, pour de multiples raisons. Ce bel autoportrait, à la fois sévère et pénétré, est donc une image à double détente : il marque la transition d'un style à un autre, en même temps qu'il dit au revoir à ami. 
 
Malgré le peu de goût du collectionneur de la Haye pour l'abstraction que peint exclusivement  à partir de 1920 Mondrian, les deux hommes ne cesseront toutefois d'échanger et de s'apprécier très longtemps (amitié à peine ternie par le léger anti-sémitisme de Mondrian - Slijper était juif), leur amitié scellant un curieux paradoxe : Mondrian a pu devenir un des maîtres de l'abstraction grâce à un homme qui a surtout aimé sa production figurative, aujourd'hui quasiment oubliée. 
 
Voir aussi sur Christoblog :
- Autoportrait #1 : Frida Kahlo

 

Cet article fait partie d'une série consacrée aux autoportraits, que je collectionne sous forme de cartes postales. Si vous souhaitez m'aider à compléter ma collection en m'envoyant une carte postale d'autoportrait, n'hésitez pas à m'envoyer un message privé par ici , je vous donnerai mon adresse postale.

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