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Articles avec #je n'aime pas

The square

Le précédent film de Ruben Ostlund, Snow therapy m'avait enthousiasmé par son originalité, sa capacité à brouiller les pistes et ses audaces formelles.

Force est de constater que dans ce nouvel opus, tout juste couronné par la Palme d'Or, le prodige suédois reproduit la recette de son film précédent : un évènement fondateur dont le personnage principal ne sort pas grandi, suivi d'un enchaînement de circonstances induites qui montrent les compromis, les petitesses et les mesquineries de nos sociétés. Et au passage l'orgueil sexuel du mâle occidental qui en prend pour son grade.

Donc rien de bien nouveau sous le soleil de Stockholm, sauf qu'ici les sujets de moquerie me semblent bien moins originaux que dans Snow therapy (se moquer de l'art contemporain, c'est vraiment trop facile) et surtout moins maîtrisés. C'est comme si le cinéaste avait voulu ratisser le plus large possible pour amplifier ses effets comiques et toucher le maximum de personnes. Ainsi, Ostlund s'attaque à notre inaptitude à la bienveillance, à notre insensibilité à la violence, à notre aptitude au lynchage, aux méfaits du marketing, aux dégats causés par les réseaux sociaux, à notre sexualité atrophiée, à notre rapport aux mendiants, etc.

Le film veut ratisser tellement large qu'il m'a perdu en route, jusqu'à cet improbable happy end (les fifilles sont fières de leur papounet), bien éloigné de la sécheresse onirique des derniers plans de Snow therapy

Ces réserves étant faites, il faut reconnaître à la Palme d'or 2017 une vraie capacité à faire surgir le rire grinçant au détour d'une scène (par exemple quand le cuisinier annonce le repas et n'est pas écouté). Il y a dans The square un enthousiasme dans la mise en scène de nos turpitudes qui pourra se révéler communicatif, surtout pour ceux qui découvrent le cinéma d'Ostlund à cette occasion. La scène du happening pendant le repas de gala est rudement bien faite, même s'il faut admettre qu'elle ne sert en rien le développement de l'intrigue.

Clinquant, souvent brillant (tous ces carrés qui envahissent l'écran : cages d'escalier, tapis de gym...), mais tout à fait inconsistant : The square n'est probablement pas le meilleur film de son réalisateur, mais paradoxalement c'est celui qui lui apporte la consécration.

Ruben Ostlund sur Christoblog : Snow therapy - 2014 (****)

 

2e

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Blade runner 2049

Le Blade runner de Ridley Scott était serré comme un expresso, dense et sauvage. Celui de Denis Villeneuve ressemble plutôt à une tisane détox, insipide et policée.

Le plus frappant dans le film, c'est son manque de prise de risque, sa paresse intellectuelle, sa prudence excessive. Où est passée la gouaille de Deckard, son second degré moqueur, qui faisait le sel du premier opus ? Harrison Ford semble ici condamné à produire un visage impassible, comme Ryan Gosling, qui retrouve pour l'occasion les caractéristiques horripilantes de son non-jeu, parfaitement rodé chez Nicolas Winding Refn (Drive, Only god forgives).

La direction d'acteur est donc très approximative, mais elle semble brillante en comparaison de la faiblesse du scénario, mal fichu et téléphoné. On a envie de plus de mystères, de méchants vraiment intéressants et de dialogues qui veulent dire quelque chose.

Reste pour faire surnager le film au milieu de cet océan de médiocrité, une photographie correcte, mais que je n'ai pas trouvé aussi splendide que certains le disent : elle est trop propre pour être jouissive, comme l'était celle du film de Ridley Scott, expressionniste en diable. Ici, le contraste entre les rues qui rappellent le décor de 1982 et les intérieurs minimalistes ne fonctionne pas. On se croit souvent dans une pub pour magasin de canapés design.

Quant à la musique de Hans Zimmer, elle semble comme souvent vouloir rendre insupportable ce qui est simplement mauvais.

Au petit jeu des comparaisons, Blade runner 2049 perd donc sur tous les plans par rapport à son illustre prédécesseur, auquel il tente de rendre hommage de bien triste (et discrète) façon : la scène qui ouvre le film de Denis Villeneuve est une des scènes envisagées dans une variante du scénario de l'original.

Je me suis beaucoup ennuyé.

Lire ma critique de Blade runner - 1982 (****)

 

1e

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Happy end

Il faudra cette fois-ci être encore plus de mauvaise foi que d'habitude pour dire du bien du nouvel Haneke.

Creux et vain, moche et ennuyeux, Haneke sombre progressivement dans l'auto-citation (la référence à Amour dans la bouche du personnage joué par Trintignant) et la caricature de son propre cinéma.

J'ai eu envie à Cannes (et je n'étais pas le seul, toute la salle était crispée et tendue) de lui hurler : mais réveille-toi, nom d'un chien, renouvelle-toi, ose un peu quelque chose de nouveau !

Avant Haneke perturbait, maintenant il ennuie. Aucun des personnages de Happy end ne nous intéresse. Plusieurs scènes sonnent faux à un point que cela en devient gênant ou risible (comme la visite de l'inspecteur du travail sur le chantier : on voit bien qu'Haneke ne sait pas ce qu'est un chantier, un travail, et donc a fortiori un inspecteur du travail).

Le pire est le traitement réservé aux migrants, lamentable de hauteur condescendante. Ce sont alors des tombereaux d'insultes qu'on a envie de déverser sur la pose du réalisateur.

Minable.

Michael Haneke sur Christoblog : Le ruban blanc - 2009 (**) / Amour - 2012 (**)

 

1e

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Mother !

Mother ! commence et finit par des images d'une laideur abyssale. 

Entre les deux, il faut subir deux heures d'élucubrations fantastico-biblico-intellectuelles, qui brassent des pelletées de références en tout genre, de Polanski à Hitchcock, en passant par Stephen King.

Ce serait peu dire que les effets mis en place par Darren Aronofsky tombent à plat. C'est pire que cela : le film ne semble jamais devoir commencer. Il multiplie grossièrement les fausses pistes, les recettes éculées et les fautes de goût.

Pour couronner la catastrophe, il est beaucoup trop long, et il semble bégayer en répétant deux fois le même scénario d'un envahissement par des invités indésirables. Les deux acteurs principaux surjouent gaiement, la direction artistique est très moche, et le twist final fait complètement plaqué (on l'a trop vu pour qu'il fasse encore de l'effet).  

A éviter donc, vous l'aurez compris.

 

1e

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Petit paysan

En 1h30, Hubert Charuel tente de bâtir un suspense haletant autour de ce pitch : un paysan tente de dissimuler aux yeux de tous que son troupeau est infecté par une maladie qui nécessite d'abattre l'ensemble des bêtes.

Dans la première partie du film, l'idée fonctionne plutôt pas mal. L'enchaînement des évènements est assez bien vu, et la personnalité du paysan solitaire et trentenaire éveille notre curiosité.

Le scénario est malheureusement un peu faiblard sur la durée. Les seconds rôles sont expédiés sans profondeur. Dommage, car le personnage de la soeur est du coup réduite à celui d'une jeune fille qui fronce les sourcils, et ceux des amis ou de la boulangère, prometteurs, ne sont que des silhouettes caricaturales. Les péripéties deviennent au fil du temps ennuyeuses en même temps qu'improbables (la visite en Belgique n'a pas beaucoup de sens). 

Le film se réduit progressivement à son contenu programmatique : décrire la symbiose d'un paysan avec ses bêtes, et le déchirement de devoir s'en séparer. C'est à la fois sympathique, car le bétail est très bien filmé, mais insuffisant. Petit paysan souffre de la comparaison qu'on ne peut manquer de faire avec le film islandais Béliers, d'une toute autre force, et qui porte sur le même sujet.

 

2e

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Que dios nos perdone

Couvert d'éloge par la presse et une bonne partie de la blogosphère, ce polar espagnol m'a paru bien lourdingue.

Il se distingue d'abord par un scénario d'une grande platitude, qui ne tient pas la distance du film. Puisque l'intrigue peine à avancer, les scénaristes osent des raccourcis d'une bêtise confondante. Par exemple : on soupçonne le tueur en série d'aimer les chats, les enquêteurs voient un jeune homme caresser un chat errant dans la rue, il le suivent, et bingo, c'est le bon ! Dans une ville de la taille de Madrid, on avouera que le hasard fait vraiment bien les choses...

En réalité, la seule originalité du film tient dans les cibles du violeur et tueur en série : des grands-mères. Le réalisateur Rodrigo Sorogoyen n'hésite d'ailleurs pas à exploiter à fond le filon en filmant les corps suppliciés avec une complaisance qui fait froid dans le dos.

Quant à la paire des flics, elle est stéréotypée au possible : une grande gueule baraquée hyper-violente et un taiseux bègue qui ressemble tellement à Dustin Hoffman que cela en devient gênant.  Les deux personnages sont dessinés à grands traits et sans nuances, les seconds rôles sont sacrifiés.

Grossier, tape à l'oeil, racoleur, fainéant : vous pouvez éviter.

 

1e

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Le vénérable W.

Quand on critique un documentaire, il faut toujours être attentif à distinguer le sujet de la forme.

Ici, le sujet est assez intéressant. Il présente la figure méconnue d'un moine boudhiste birman, Wirathu, qui prône la haine des Musulmans depuis plusieurs années et encourage les exactions à leur égard.

Wirathu est le prototype du monstre froid et fascisant qui utilise pour parler des Musulmans les mêmes éléments de langage qu'Hitler utilisait à propos des Juifs : leur lubricité les amène à violer les femmes birmanes, ils ont une stratégie pour nous remplacer dans notre propre pays, ce sont  à peine des êtres humains, seule notre race est pure, etc. Autant dire que le spectateur est à la fois surpris (le boudhisme a une bien autre image dans nos contrées) et abasourdi par la façon dont les foules suivent cet illuminé au charisme d'huitre.

Sur la forme, Barbet Schroeder propose un exposé très didactique (carte explicative, sous-titre indiquant les lieux et dates, alternance de témoignages, traduction de documents officiels, présentation du contexte historique) qui au mieux évoquera un bon reportage de télévision, au pire pourra faire penser à un exposé de lycéen.

On attend vainement un geste de cinéma qui rendrait le film formellement attrayant. On croit le tenir dès les premières minutes par la grâce opératique d'un traveling latéral au ralenti, mais malheureusement il nous faudra déchanter : Le vénérable W. est intéressant par son contenu, mais ce n'est pas réellement une oeuvre de cinéma.

 

2e

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Ce qui nous lie

Ce qui nous lie, pour faire bref, présente les habituels défauts d'un Klapisch, qui pourront être vus suivant le point de vue comme des qualités : une grande générosité dans la mise en scène qui avoisine souvent la facilité ou le mauvais goût, une bonne direction d'acteur, qui peut s'approcher du cabotinage, et une faculté assez sidérante à réussir certaines scènes et à en rater d'autres.

On retiendra ici un scénario assez faiblard (on a l'impression d'avoir vu ce type de situation mille fois), mais des acteurs plutôt convaincants, à l'image d'Ana Girardot, que j'ai trouvé excellente. 

Parfois, Klapisch parvient susciter une émotion brute qui nous tire (presque) des larmes : c'est la force de son cinéma désinhibé et éternellement adolescent. Si l'impression générale est cette fois plutôt négative, c'est parce que le contexte de ce film (le milieu des vignerons bourguignons) supporte moins bien le style déluré et foutraque de Klapisch que celui des étudiants de L'auberge espagnole ou celui du salopard de Ma part du gâteau.

Ce qui nous lie est loin d'être un bon film (le nombre de clichés et de facilités qu'il empile est une nouvelle fois colossal), mais il faut reconnaître à son réalisateur le talent de nous faire ressentir la libération sensuelle et rythmée qu'est une Paulée, et celui de nous amuser par une ou deux trouvailles rondement menées (comme Pio Marmaï qui invente par deux fois des dialogues de scènes observées).

Cédric Klapisch sur Christoblog : L'auberge espagnole - 2002 (**) / Les poupées russes - 2004 (***) / Paris - 2008 (***) / Ma part du gâteau - 2011 (***) / Casse-tête chinois - 2013 (**)

 

2e

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Le jour d'après

Pour commencer, il faut préciser qu'au début de ce dernier opus de Hong Sang-soo, on ne comprend rien à ce qu'on voit. 

La temporalité de chaque scène est indistincte, les relations entre les personnages (qu'on peine même à distinguer les uns des autres) sont floues.

Petit à petit, les choses se mettent en place, sans que le propos en deviennent plus passionnant : il sera comme d'habitude question de discussion autour d'une table en buvant du soju, de la lâcheté des hommes et de la beauté des femmes. Dans Le jour d'après, Hong Sang-soo ne propose pas de construction formelle audacieuse (comme dans Un jour avec un jour sans), ni de clin d'oeil narratif à répétition (comme dans HA HA HA), ni de vertige métaphysique (comme dans Yourself and yours).

Le film est donc décevant, comme un best of du réalisateur qu'on dirait formaté pour la compétition cannoise : noir et blanc façon auteur, risque minimal et vedette internationale au casting (Kim Min-hee, vue dans Mademoiselle, et compagne de HSS). Et puis, disons-le, quand la qualité est moins bonne, les figures de styles habituelles (les conversations qui se répètent d'une scène à l'autre, les zooms dézooms) finissent par lasser et apparaître comme des tics embarrassants plutôt que comme la marque d'un talent. 

Par éclair, le film intrigue ou séduit, sans que l'ensemble ne parvienne à convaincre totalement. 

HSS sur Christoblog :   Le jour où le cochon est tombé dans le puits - 1996 (*) / HA HA HA - 2010 (***) / The day he arrives - 2011 (***) /  In another country - 2012 (***) / Sunhi - 2013 (***) / Haewon et les hommes - 2013 (**) / Un jour avec un jour sans - 2015 (**) / Yourself and yours - 2017 (**)

 

 2e

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L'amant double

A chaque Ozon, ou presque, le constat est le même : le garçon est sacrément doué pour raconter des histoires intrigantes, et assez dilettante pour ne jamais produire un chef d'oeuvre. 

L'amant double ne déroge pas à cet énoncé un peu sommaire. Le film est malin, efficace dans ses effets, bien rythmé. Ozon est joueur et à la marge provocateur.

Le souci est que l'intrigue atteint ici des sommets de complexité tarabiscotée. En multipliant les fausses pistes, le film perd en efficacité. Le twist final est tellement brutal (et en même temps peu surprenant) qu'il devrait s'appuyer sur une précision diabolique, ce qui n'est pas le cas. Ozon n'a ni la méticulosité de Hitchcock, ni l'appétence pour le malsain de Cronenberg : son film a donc tous les oripeaux de la provocation sans en avoir la moelle.

La toute fin (les deux derniers plans) renforce ce sentiment qu'Ozon souhaite encore ajouter une couche d'interprétation à un mille-feuille psychanalytique déjà passablement indigeste. On a envie de dire : François, tu as du talent, apprends à le discipliner, respire un grand coup, et calme toi.

François Ozon sur Christoblog :   8 femmes - 2001 (**) / Potiche - 2010 (***) / Dans la maison - 2012 (**) /  Jeune et jolie - 2013 (*) / Une nouvelle amie - 2014 (***) /  Frantz - 2016 (***

 

2e

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Tunnel

L'intérêt principal de Tunnel ne tient finalement pas dans son aspect de film catastrophe. 

De ce côté-là on peut dire qu'il assure le strict minimum : les scènes d'écroulement, puis de claustration, sont certes efficaces, mais elle ne sont pas follement imaginatives. 

Le scénario du film est plutôt intéressant dans la première partie, mais il s'essouffle dans la seconde, et pour un film coréen dont on attend toujours plus de mauvais goût qu'un film US, il est relativement sage. De ce point de vue, Tunnel est clairement plus mainstream que la production coréenne habituelle, et c'est décevant, d'autant que le film précédent de Kim Seong-hun (Hard day) était un petit bijou d'inventivité.

L'intérêt du film, il faut aller le chercher dans le sous-texte sociétal de la situation : politiques froids et opportunistes, incompétence partout et corruption généralisée. Comme bien d'autres cinéastes coréens (presque tous en réalité), Kim Seong-hun apporte sa contribution au grand tableau critique de la société coréenne contemporaine. Il le fait avec un un sens du burlesque à froid qui est assez efficace, à l'image des dernières paroles prononcées par le héros.

Dernier point, malgré un sujet qui s'y prête à priori, l'émotion ne parvient pas vraiment à s'imposer dans ce curieux film, malgré la présence de la grande actrice Doona Bae, que j'ai par exemple nettement préféré dans l'admirable A girl at my door.

Kim Seong-hun sur Christoblog : Hard day - 2014 (**)

 

2e

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Get out

Le buzz qui entoure ce film n'est guère explicable, si on ne le rapporte pas au sens du politiquement correct des Américains.

Résumons la situation pour ceux qui n'iront pas voir le film (puissent-ils être les plus nombreux possible) : un jeune Noir est invité dans une réunion de Blancs, qui ne voudront rien moins que (attention spoiler) lui piquer son corps. 

Voilà.

C'est sûrement hyper touchy au coeur du Minnessota, mais vu de Lille, le produit proposé n'est qu'une série Z d'arrière boutique. Réalisé au lance-pierre, filmé avec une enclume, joué comme un spectacle de fin de CM2, il n'y a rien à sauver du brouet insipide qu'est Get out.

On aurait aimé du second degré, une franche causticité, ou une ambigüité qui mette mal à l'aise. On n'a au final qu'un pauvre black qui sourit d'un air figé, un film d'horreur qui ne fait pas peur et un film d'action sans action. 

C'est peu de dire que tous les effets sont surlignés (Oh, la porte du cagibi ouverte - par un courant d'air ?- qui donne accès aux photos hyper-compromettantes) et que les situations ont déjà été vues mille fois : nul cinéma dans tout cela, seulement une rhétorique de petit malin qui sait transformer un dollar investi en mille dollar de recettes par la magie d'une promesse de subversion non tenue.

A fuir.

 

1e

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Beau Séjour

Le pitch de cette série flamande semblait plutôt sympa : une jeune adolescente assassinée se réveille morte et assiste en tant que fantôme à l'enquête concernant son propre meurtre. Elle est invisible pour la plupart de l'humanité, sauf pour quelques proches.

Sur cette base osée, Beau Séjour déroule une intrigue classique, mélange d'ambiance glauque (tendance The killing) et d'enquête balisée (tendance... un peu toutes les séries dont l'élément fondateur est un meurtre).

Le résultat n'est pas déplaisant, mais n'est pas non plus très excitant. Le postulat de base (un mort parmi les vivants) n'est curieusement pas ou peu exploité, et c'est la grande déception que génère la série. La présence du fantôme de la jeune héroïne Kato n'est pas utilisé de façon dramaturgique, sauf dans une belle scène dans laquelle son père (qui est censé la voir) fait croire à sa mère (qui ne la voit pas) qu'elle est présente.

La série se résume finalement à une enquête classique (le meurtrier est comme d'habitude un des proches les plus insoupçonnables), et à une ambiance nordiste qui est sa principale qualité : Beau séjour est en effet une collection de vignettes plus grises les unes que les autres. Paysages ruraux improbables, bars miteux, club de motocross (!?) et supermarché lambda.

NI génial, ni spécialement novateur, mais relativement efficace.

 

2e

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The young lady

Pas facile d'entrer dans ce film, qui semble de prime abord se situer quelque part entre Lady Chatterley (sans la poésie sensuelle) et Madame Bovary (sans la profondeur psychologique).

Pour tout dire, The young lady est écrit avec des moufles et filmé avec une truelle. Les effets y sont tristement surlignés (les cadres symétriques, le montage cut) et les sentiments évacués au profit d'une sorte de litanie humiliante, qui fait ressembler le film à une mécanique largement manipulatrice. A force d'acculer le spectateur dans ces retranchements (c'est une des premières fois de ma vie que je souhaitais des ellipses tout en regardant le film) The young lady finit tout de même par intriguer lors des trois dernières minutes. Dommage qu'il y en ait eu quatre-vingt six avant.

L'actrice principale joue comme un pied, la photographie est un gloubi-boulga qui mixe le pire de l'effet Vermeer et du "regarde comme je filme bien la lande brumeuse". Après, vous avez le droit d'y aller quand même : il y a au moins un truc sympa dans le film, c'est que les acteurs/trices sont sympas à regarder quand ils sont à poil.

 

1e

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L'opéra

Dans ce film, Jean-Stéphane Bron adopte les codes du cinéma documentaire de Wiseman (tournage dédié à un milieu donné - ici, l'Opéra de Paris, un regard a priori neutre, du temps donné au temps), et pourtant le résultat est loin de valoir celui du maître américain.

En laissant l'ennui me gagner progressivement, je me suis demandé devant le film ce qui m'empêchait de partager l'enthousiasme critique qui l'entoure. Voici donc quelques éléments de réponse.

D'abord L'opéra ouvre des pistes qu'il n'approfondit pas : le portrait du jeune chanteur russe aurait par exemple constitué un fil rouge intéressant, mais il disparaît brutalement pour ne réapparaître que dans un final un peu trop dramatisé. A l'inverse, Bron montre des scènes ou des personnages qui ne se raccordent pas au reste du film, ni dans la forme, ni dans l'approche. Par exemple les accessoiristes ne sont pas montrées sur le même plan que le Directeur. C'est d'ailleurs là le principal défaut du film, qui le distingue du travail de Wiseman : chez ce dernier, tout personnage est intéressant, quelque soit son statut social.

Bien sûr, le sujet est intrinsèquement stimulant : le film ménage donc forcément de beaux moments. Mais d'une certaine façon je ne peux m'empêcher de penser que c'est en dépit du travail du réalisateur.

 

2e

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Félicité

Voilà un film que j'aurais aimé adorer. Le mélange d'onirisme et de documentaire brut, la performance des acteurs, le talent du réalisateur : tout aurait dû me conduire à l'enthousiasme.

Malheureusement, après un début tonitruant qui aligne de très jolies scènes, le film s'embourbe lentement dans une sorte de pose auteuriste.

Le mutisme obstiné du personnage principal, joué par la marmoréenne Véronique Beya Mputu, devient de plus en plus pesant. Les inserts bizarroïdes (la forêt nocturne façon Weerasethakul en super 8, la chorale, l'animal) apportent plus d'interrogations que d'émerveillement, et les tics de réalisation (très gros plans, ralentis) apparaissent comme des coquetteries.

C'est dommage, parce que Gomis parvient par moment à nous faire ressentir un sentiment d'étrangeté confondant (la visite chez le riche, les scènes de concert) : dans ces instants, je me suis pris à rêver du film parfait que le réalisateur franco-sénégalais pourrait un jour nous proposer. 

Alain Gomis sur Christoblog : Aujourd'hui - 2011 (***)

 

2e

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Le secret de la chambre noire

C'est toujours difficile de voir un auteur qu'on respecte se planter. Je suis donc triste de dire que le dernier opus de Kiyoshi Kurosawa est vraiment très mauvais. 

Le réalisateur japonais rejoint la longue liste des réalisateurs étrangers dont le talent semble s'affadir irrésistiblement quand ils viennent tourner dans des productions françaises, avec des acteurs français (Kieslowski, Kiarostami, Hou Hsiao Hsien, Farhadi, etc).

Certes, la mise  en scène de Kurosawa reste d'une fluidité et d'une élégance souveraine. On le constate dès les premiers plans, d'une grande beauté. Mais malheureusement, le film se gâte progressivement, par l'effet conjugué de ses deux défauts principaux : des erreurs de casting majeures et un scénario approximatif.

En terme de casting, je vais être clair. Tahar Rahim est nul, confiné une fois de plus dans ce rôle de petite frappe limitée et un peu sotte, dont il ne sait (peut ?) pas sortir. Olivier Gourmet est moins bon que d'habitude. Il semble très mal dirigé, à l'image de cette scène où il joue un état d'ivresse avec beaucoup d'approximations. Constance Rousseau est transparente à force d'être diaphane.

Le scénario, quant à lui, semble écrit à la truelle. Rien ne tient, tout est critiquable. L'évolution psychologique des personnages est hautement improbable et les histoires de fantômes ne répondent à aucune logique (vu la fin du film, il faudra qu'on m'explique la scène du début durant laquelle Marie rencontre un recruteur au Jardin Botanique).

Ajoutez à tout cela des effets indignes de Kurosawa (portes qui grincent, parquets qui craquent, chuchotement des morts qui flottent dans l'espace) et vous aurez bel et bien le pire opus du maître japonais.

Kiyoshi Kurosawa sur Christoblog : Kairo - 2001 (**) / Shokuzai - 2012 (****) / Real - 2012 (**) / Vers l'autre rive - 2015 (**)

 

1e

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Madame B. Histoire d'une nord-coréenne

On pense longtemps que le principal (et peut-être le seul) intérêt de ce court film documentaire réside dans le tableau saisissant qu'il dresse du chemin qui mène de la Corée du Nord à la Corée du Sud en passant par la Chine puis par la Thaïlande.

Un peu déçu de ne pas en apprendre plus sur la vie en Corée du Nord, on suit d'un oeil distrait les errements de cette femme, qui a fui la dictature, trafiqué de la drogue en Chine, a été vendue à un mari, puis finalement retrouvé ses fils et son ex-mari à Séoul.

Le film est hétéroclite, et semble hésiter entre plusieurs registres sans en choisir vraiment un : scènes sur le vif filmées caméra à l'épaule, tableau silencieux de la pauvreté à la Wang Bing ou interviews des protagonistes face caméra. Il manque à Madame B. une cohérence générale, ce qui découle peut-être des difficiles conditions de tournage. 

Notre curiosité est de nouveau émoustillée dans la toute dernière partie, quand le film se transforme brutalement en suspense psychologique : quel mari (et quel pays) choisira finalement Madame B. ? Jero Yun ne nous donne pas la réponse, ce qui ajoute un peu à la frustration que procure globalement ce documentaire imparfait, qui traite d'un sujet intéressant.

 

2e

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Chez nous

J'aime beaucoup Lucas Belvaux et peut-être encore plus Emilie Dequenne. J'ai donc été triste d'être un peu déçu par Chez nous.

Le film n'est certes pas déshonorant. On y retrouve certaines des qualités habituelles du cinéma de Belvaux : l'attention portée aux personnages, une aptitude à filmer la vie quotidienne qui a peu d'équivalent dans le cinéma français (pour simplifier, car Belvaux est belge).

Ce qui pêche un peu ici, c'est que le scénario est beaucoup trop démonstratif. Le film se réduit à son contenu programmatique (comment les bonnes poires du Nord Pas de Calais se font enrôler par le FN contre leur gré) et perd de son intensité dramatique. Plusieurs personnages semblent ainsi réduits à leur caricature sans nuance (la vielle dame raciste, la jeune gaucho enthousiaste, le père coco).

Ajoutons à cela quelques moments faibles (le meeting politique est pauvrement filmé par exemple) et on ne peut que regretter le rendez-vous manqué de Belvaux avec son beau sujet.

Lucas Belvaux sur Christoblog : Pas son genre - 2014 (****)

 

2e

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Yourself and yours

A l'image de son titre alambiqué, le dernier opus de Hong Sang-Soo pousse un peu loin le jeu de déstructuration de l'intrigue que le réalisateur coréen affectionne tellement.

Résumons brièvement le propos : un jeune homme se dispute avec sa compagne. Ses amis l'aurait vue boire dans un bar et se disputer avec un homme. Elle dément, puis disparait.

Le jeune homme la cherche vainement. Il rêve qu'il la retrouve. Nous la voyons en parallèle rencontrer d'autres hommes, à chaque fois une autre, et ne se souvenant pas de ses actions précédentes. Ment-elle ? Souffre-t-elle d'un désordre psychiatrique ? N'est-elle qu'une allégorie de l'amour qui circule d'homme en homme ?

Pour avoir parcouru un peu la presse, il semble y avoir autant de lectures du film que de spectateurs..

Si la stimulation intellectuelle que propose Hong Sang-Soo est toujours intéressante, elle semble ici tourner à vide, laissant en suspens la résolution de son intrigue. On sait que Hong Sang-Soo tourne souvent ivre, et on se prend à penser que cette fois-ci, il a peut-être exagéré les doses. La mise en scène est réduite à l'épure, et frôle parfois l'indigence.

Malgré ces réserves, il faut reconnaître au film une finesse d'interprétation assez remarquable, et dans les dernières scènes, une capacité à provoquer un vertige presque métaphysique.

Yourself and yours ne laissera cependant pas une trace indélébile dans la filmographie de son auteur.

HSS sur Christoblog :   Le jour où le cochon est tombé dans le puits - 1996 (*) / HA HA HA - 2010 (***) / The day he arrives - 2011 (***) /  In another country - 2012 (***) / Sunhi - 2013 (***) / Haewon et les hommes - 2013 (**) / Un jour avec un jour sans - 2015 (**)

 

2e

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