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Articles avec #michel vuillermoz

Les 2 Alfred

Cela faisait longtemps que je n'avais pas ri de si bon coeur au cinéma.

Bruno Podalydès propose ici une comédie, qui certes se moque gentiment de l'air du temps (le tout numérique, les extrémités du management "cool" qui ne l'est pas du tout) mais qui parvient surtout à redynamiser un style quasiment disparu des écrans français : la comédie burlesque.

C'est dans cette veine que Les 2 Alfred atteint des sommets de drôlerie (la voiture automatique, le combat de drone, les drones qui s'échouent partout), alors que son aspect comédie sentimentale et sociale est de facture plus classique.

Les acteurs sont tous excellents, et il faut reconnaître que le couple des deux frères atteint un degré de complicité ahurie exceptionnelle. Sandrine Kiberlain prouve une nouvelle fois son talent comique et tous les seconds rôles sont amusants.

Je recommande chaudement ce film drôle et enlevé, qui parvient à faire rire sans être méchant : une sorte d'exploit.

 

3e

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Comme un avion

Comme un avion marque le retour en forme de Bruno Podalydès.

La première partie du film, qui expose l'acteur-réalisateur en infographiste doux dingue, est particulièrement réussie. On est intrigué, puis séduit, par cet éternel enfant que fait rêver l'Aéropostale.

La figure légèrement inquiétante de Sandrine Kiberlain, trop bienveillante pour être honnête, rehausse l'étrangeté du film pour le porter vers des sommets de bizarrerie poétique.

Le film perd ensuite un peu en intensité quand notre ami passe à l'acte, les effets si légers du début devenant plus appuyés. Arditi en pêcheur psychopate, Vimala Pons en évidente aguicheuse, sont des clichés certes efficaces mais un peu téléphonés.

De cette seconde partie on retiendra principalement la sensualité épanouie d'Agnès Jaoui, remarquable en femme d'âge mûr jouant avec les post-it.

Un éloge de la fugue nécessaire et plaisant.

 

2e  

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L'affaire SK1

Symbole d'une nouvelle qualité française un peu poussive, L'affaire SK1 ne présente pas beaucoup d'intérêt en terme cinématographique. Frédéric Tellier fait partie de ces réalisateurs de seconde zone qui n'hésitent pas à nous offrir un travelling vertical sur la Tour Eiffel quand celle-ci entre dans le champ de la caméra, comme le ferait n'importe quel touriste chinois en goguette sur le Trocadéro.

La plupart des acteurs et actrices sont mauvais (William Nadylam est catastrophique en avocat de Guy Georges) ou moyen (Raphael Personnaz est transparent, comme souvent, Olivier Gourmet et Michel Vuillermoz assurent tout juste, dans leur registre habituel). Une exception toutefois dans la grisaille du casting : l'extraordinaire prestation de Adama Niane, qui joue le tueur, et qui parvient à la fois a nous terrifier et à nous intriguer. 

Le film, s'il ne présente que peu d'intérêt en tant qu'objet cinématographique, excite un peu notre curiosité quant au fait divers qu'il représente. Le début de la traque est en particulier étonnante, avec ces coïncidences incroyables qui égarent les enquêteurs (le meurtre de Dijon, la présence de Reboul sur les différents lieux de crime). 

Petit à petit, la curiosité s'émousse cependant, la répétitivité des meurtres générant un certain ennui, ce qui contraint le réalisateur à faire le choix d'un montage "cache-misère", qui tente sans grand succès de dynamiser le film par un montage temporel alterné. On est évidemment très loin des vertiges métaphysiques que générait le Zodiac de Fincher, sur un sujet comparable.

Malgré tous ces défauts, L'affaire SK1 ne parvient pas à être totalement inintéressant : le portrait qu'il dessine de Guy Georges est suffisamment frappant pour marquer l'esprit du spectateur. A voir si vous avez le temps.

 

2e

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Aimer, boire et chanter

Il est désagréable de tirer sur une ambulance, mais ça l'est encore plus de tirer sur un corbillard. Alain Resnais ne m'en voudra pas de ce clin d'oeil, lui qui finit son film sur l'image prémonitoire d'un cercueil.

Où qu'il soit, il sait également à quel point j'avais adoré et défendu son film précédent, Vous n'avez encore rien vu

Nous sommes en présence ici d'un grand écart maximum entre l'avis de la critique, qui salue en quelque sorte un maître respecté, un compagnon de route, et celui du public, qui est extrêmement mauvais (des notes très basses de 2,3/5 sur Allociné et 5,3/10 sur SensCritique).

Alors disons-le tout de suite, qu'on le prenne par n'importe quel bout, et sous n'importe quel angle, le film est très ennuyeux et raté de bout en bout. Les décors sont hideux, et hideux paraît presque un compliment tellement on peine à croire que ces élucubrations de fêtes de maternelle soit issues d'un savoir-faire professionnel. Les dialogues sont terribles, les acteurs jouent tous comme des balais (sauf Sandrine Kiberlain, qui est la seule à sembler un peu naturelle). Le sujet n'a aucun intérêt, les péripéties sont téléphonées, les dessins de Blutch sont d'une laideur insigne. Je ne vois rien à sauver dans ce naufrage catastrophique qui sent le rance et le formol, à l'image de cet image immonde d'une sorte de taupe en peluche émergeant d'un gazon synthétique.

Ite missa est.

 

1e

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Les grandes ondes (à l'ouest)

Oh, la charmante comédie subtile et décalée que l'on n'attendait pas !

Il faut sûrement être Suisse pour inventer une histoire aussi bizarre et originale : un trio de journalistes suisses en service commandé au Portugal se retrouve par hasard en pleine révolution des oeillets. Le vieux baroudeur (excellent Vuillermoz) perd progressivement la mémoire, l'ambitieuse jeune journaliste (pimpante Valérie Donzelli) est radicalement féministe, et le vieux technicien (charmant Patrick Lapp) a plus d'un tour dans son combi. Quand ces trois-là croisent le chemin d'un jeune portugais qui a appris le Français en regardant les films de Pagnol, on sait que le road movie, déjà délicieusement bancal jusqu'à présent, va partir sérieusement en vrille.

Et c'est bien ce qui se passe, lors d'une nuit lisboète très poétique et très drôle, durant laquelle les corps et les esprits trouveront à se libérer, pour notre plus grande joie.

Souvent amusant, le film est parsemé de gags doux et délicieux, de moments de grâce inatendus (la chorégraphie nocturne) et d'effets de contraste parfois saisissants (l'interview raciste, le compte-rendu de la petite fête nocturne).

C'est léger et plaisant, l'antidote parfait aux lourdeurs des Trois frères, le retour et de Supercondriaque. La comédie à voir en ce moment.

 

3e    

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Camille redouble

Comme je le disais dans l'article consacré à The we and the I, la Quinzaine des Réalisateurs fut cette année la sélection de Cannes dans laquelle on a le plus ri. Alors que la sélection officielle s'engonçait dans une pose auteuriste, les cinéastes de la Quinzaine nous faisaient plaisir avec des films énergiques et brillants.

Cela faisait un bout de temps que Noémie Lvovsky n'avait pas réalisé (2007 avec Faut que ça danse). Pour son retour derrière la caméra, elle se fait radicalement plaisir avec un argument à la Peggy Sue got married (Coppola) : une femme mûre se retrouve projeté au temps de son adolescence.

Contrairement à la plupart des films traitant du sujet des voyages dans le temps, Camille redouble ne s'attarde pas trop sur les éternels paradoxes tournant autour de la possibilité de changer le destin. Son intérêt réside plus dans le décalage subtil entre le personnage de Camille, qui garde son corps d'adulte et sa maturité, et son environnement. Le dispositif est sur le papier totalement absurde, et pourtant on y croit à fond, tellement le sujet est bien traité au niveau des sentiments. Noémie Lvovsky réussit l'exploit de nous faire croire que ses copines de l'époque la voit jeune, alors que nous la voyons agée.

Ajoutons que ce film admirable parvient à nous faire passer de francs éclats de rire à de gros sanglots compulsifs en quelques secondes, par la grâce d'une approche qui est souvent tendre et poétique. Camille, qui sait quel jour et à quelle heure sa mère va mourir, enregistre sa voix pour s'en souvenir, et c'est tout simplement bouleversant.

Si je ne vous ai pas encore convaincu, je finirai par évoquer une nostalgie des années 80 délicieuse (ah, le vieux T-shirt des Clash !) et une pléiade d'acteurs assurant des seconds rôles à casser la baraque : Yolande Moreau, Jean Pierre Léaud, Mathieu Amalric (en prof pervers), Michel Vuillermoz, Denis Podalydes.

Camille redouble va rendre l'automne souriant et ensoleillé, profitez-en.

 

4e 

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