Christoblog

Jeu Concours Une vie (Terminé)

A l'occasion de la sortie le 23 novembre du film Une vie, je vous propose de gagner 5 x 2 invitations valables partout en France.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "Comment s'appelle le premier long-métrage de fiction de Stéphane Brizé ?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 22 novembre 20 h.

Un tirage au sort départagera les gagnants.

Vous recevrez ensuite les invitations, envoyées directement par le distributeur.

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Maman a tort

Je le dis tout net pour qu'il n'y ait aucun doute sur mon manque d'objectivité : j'adore Emilie Dequenne. Je trouve qu'elle peut illuminer un film (le touchant Pas son genre par exemple) et même parfois le transcender (comme elle le fait dans A perdre la raison).

Elle incarne ici, comme souvent, la parfaite girl next door, la maman attentionnée pas trop maquillée. 

Le prétexte qui fournit l'entame du film est intéressant : Cyrielle, suite à un fâcheux concours de circonstances, doit accueillir sa fille dans sa propre entreprise, pour le fameux stage d'observation de troisième. J'ai beau essayé de me souvenir, je ne vois pas de films qui ait évoqué cet évènement, pourtant commun à quasiment tout le monde.

Le regard décalé et mûr de la petite Anouk (formidablement interprétée par la jeune Jeanne Jestin) sur le monde du travail est amusant, bien que parfois un peu caricatural. La tournure que prend ensuite le film est très différente : l'intrigue devient plus sérieuse, plus profonde. Marc Fitoussi fait évoluer son film d'une gentillette comédie à un récit d'initiation (devenir adulte par la déception), teintée d'une noire chronique sociale sur un mode qui fait penser à celui de La loi du marché, par l'abaissement que les invisibles dirigeants imposent à leurs employés.

Les films français à la fois intelligent et agréable ne sont pas si courants, vous auriez tort de rater celui-ci.

 

3e

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Le client

Le client ressemble par bien des aspects à Une séparation : un évènement central dont on ne sait pas tout, une observation des rapports de classe, un scénario virtuose, une mise en scène subtile.

L'intérêt majeur de l'intrigue, c'est de distiller le doute du début à la fin. On se pose toute une série de questions qui s'avèrent progressivement ne pas être le coeur du film : L'immeuble va-t-il s'effondrer ? Que contiennent vraiment les affaires que la femme a laissé ? Etc.

Les ressorts du film sont donc approximativement les mêmes que ceux d'Une séparation, avec ici une construction moins rigoureuse, plus flottante, que dans le plus grand succès de Farhadi. 

On admire dans Le client le talent du réalisateur iranien pour diriger ses acteurs, et sa subtilité dans l'approche des dilemmes moraux, ici autour du thème de la vengeance : peut-elle s'exercer contre l'avis de la victime ? On pourra aussi s'amuser à rechercher dans le scénario les circonvolutions illogiques dues au fait que les femmes doivent toujours être voilées à l'écran.

Comme toujours dans le cinéma de Farhadi, la stimulation intellectuelle et la beauté de la mise en scène se complètent parfaitement, avec peut-être un tout petit manque d'intensité. Je n'ai pas non plus parfaitement compris l'intérêt de montrer de si nombreux passages de la pièce d'Arthur Miller (si j'exclus le fait que Farhadi a réalisé sa thèse de fin d'étude sur l'auteur britannique).

Ces quelques (petites) réserves ne doivent pas vous empêcher d'aller voir Le client.

Asghar Farhadi sur Christoblog : Les enfants de Belleville - 2004 (***) / A propos d'Elly - 2009 (***) / Une séparation - 2010 (****) / A propos d'Une séparation : le vide avec un film autour / Le passé - 2013 (**)

 

3e

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Mademoiselle

Quelle splendeur !

Visuellement, le nouveau film de Park Chan-Wook est une merveille. Perfection des mouvements de caméra, montage au cordeau, photographie admirable, virtuosité et précision dans tous les domaines, c'est du grand art.

Au niveau du scénario, le film est d'une complexité rare. Il est basé sur un effet Rashomon à étage : alors qu'habituellement, les films basés sur ce principe nous font voir des choses différentes à chaque version de la même histoire, on a ici l'impression que chacune des trois versions est la même que la précédente, mais complétée.

Le maître coréen nous promène donc de faux-semblants en tromperie, pour déboucher finalement sur une version qui fait étonnamment figure de brûlot féministe. Après avoir été martyrisées, humiliées et sous-estimées par toutes sortes de personnages masculins, les deux femmes du film sortent grandies de leur aventure.

Mademoiselle est ponctué de morceaux de bravoure ahurissants (comme les lectures érotiques par exemple). On pourra estimer qu'il est un peu froid pour être vraiment génial, à l'image des scènes de sexe qui ne sont pas d'une folle sensualité, mais le plaisir intellectuel et sensoriel que procure le film en fait un des grands moments cinématographiques de l'année.

 

4e   

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Arras Film Festival 2016

Cette année je reviens à l'Arras Film Festival avec beaucoup de plaisir, du 4 au 13 novembre, pour retrouver ce mélange unique de ferveur populaire, de programmation grand public et d'exigence artistique.

Au programme cette année :

- un hommage en sa présence à Stéphane Brizé

- des avant-premières attendues : Loving de Jeff Nichols, La fille de Brest d'Emmanuelle Bercot, Neruda de Pablo Larrain, et beaucoup d'autres  

- une compétition de films européens en provenance de Géorgie, de Norvège, de Bulgarie, de Slovénie, d'Allemagne, de Hongrie, de Croatie, des Pays-Bas et de République Tchèque

- une très jolie sélection de films d'Europe de l'Est et du reste du monde, avec beaucoup de rattrapage cannois possibles, comme le très beau film israélien Une semaine et un jour, d'Asaph Polonsky, très remarqué cette année à la Semaine de la Critique.

L'intégralité du programme sur le site du festival.

 

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Moi, Daniel Blake

Disons le tout de suite : le fait que Moi, Daniel Blake ait obtenu la Palme d'Or va fausser la plupart des appréciations le concernant.

La question traditionnelle de l'apprenti critique ("Que vaut le film ?") se transformera bien souvent en "Mérite-t-il la Palme d'Or ?", avec au passage un très probable coup de rabot sur ses qualités intrinsèques.

Ceci étant dit, je vais essayer de ne pas tomber dans ce travers.

D'abord, première évidence difficilement contestable, les deux acteurs principaux sont exceptionnels. Dave Johns compose un personnage qu'on n'oubliera pas de sitôt, une sorte d'incarnation de la dignité terrienne et bienveillante. Hayley Quires est une belle découverte, dans un rôle qui la voit s'exposer dans une composition difficile, mélange de fragilité et de ténacité. La scène du magasin alimentaire est à ce titre un des plus beaux moments de cinéma de l'année.

Deuxième point, le film aborde frontalement un sujet que je n'avais pas encore jamais vu traité au cinéma : la difficulté, devenue radicale, de vivre aujourd'hui dans notre société sans avoir la pratique de l'informatique en général et d'internet en particulier. Ken Loach ne se contente pas ici de creuser confortablement le sillon qui est le sien depuis le début de sa carrière (la misère sociale), il peint un monde dans lequel tout le monde (ou presque) est sympa, et qui pourtant se révèle être un enfer. Par là-même, Moi, Daniel Blake réussit un tour de force étonnant : nous montrer la méchanceté de notre société sans nous désigner les méchants. Il peut de ce fait avoir par moment des aspects de film d'anticipation, de dystopie.

La mise en scène de Ken Loach est d'une rigueur exemplaire. Le scénario de son complice de toujours, Paul Laverty est très très bon au début du film (quelle idée géniale que la conversation téléphonique initiale, qui finalement s'avère être le coeur palpitant du film), avant de fournir dans la deuxième partie quelques traits trop appuyés à mon goût. Ce n'est pas très grave au regard du poids émotionnel que charrie le film.

Moi, Daniel Blake est finalement un beau portrait, qui s'affranchit de son terreau social par la grâce de ses interprètes. A voir.

 

3e

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Captain Fantastic

Vu du spectateur, Captain Fantastic commence bien et finit mal. Pour les personnages, c'est en gros l'inverse.

Dans sa première partie, j'ai été tour à tour séduit (la mise en scène est sacrément efficace, comme la première scène le prouve), intrigué (mais vers où le film va-t-il nous entraîner ?) et perturbé (faut-il penser que cet homme est fou, ou qu'il est génial ?).

La partie centrale du film (le road trip) confirme la première impression favorable. Le tableau dressé de l'Amérique est cruel mais cinglant, les situations parviennent à être retorses, à l'image de la scène de drague qui emmène l'aîné de la famille dans un quiproquo très bien amené.

Malheureusement, la troisième et dernière partie de Captain Fantastic verse dans une sensiblerie et des facilités qu'il avait habilement évité jusque là. On ne peut que regretter que Matt Ross, qui parvient à faire du réalisme et de la vérité exposée aux enfants un ressort efficace de son film nous expose une péripétie mortuaire absolument irréaliste. 

Même si la fin gâche un peu le plaisir que procure le film, Captain Fantastic s'avère tout de même être un moment plaisant et stimulant intellectuellement.

PS : Comme souvent, Viggo Mortensen est très bon.

 

2e

 

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Olli Mäki

Vu le dernier jour de mon séjour cannois 2016, on ne peut pas dire qu'Olli Mäki m'ait vraiment enthousiasmé, malgré son prix à Un certain regard.

En mai dernier le film portait encore le doux nom de Hymyileva mies, et je me souviens avoir été intrigué devant ce morne exotisme : un nom à coucher dehors, un noir et blanc grisâtre, une histoire dont on se contrefout. Dans l'effervescence cannoise, on apprécie le contretemps. 

Il y a chez le réalisateur Juho Kuosmanen une sacrée dose de folie pour souhaiter raconter l'histoire d'un obscur boxeur finlandais qui concourt pour le titre de champion du monde à Helsinki en 1962, et échoue lamentablement au deuxième round, peut-être parce qu'il est tombé amoureux, mais peut-être aussi parce qu'il n'a pas envie de gagner.

Le film est beau comme les premiers Jarmusch, intéressant comme le Courir de Jean Echenoz, et totalement inutile, bien que servi par des acteurs formidables et une photographie superbe.

Olli Mäki est proche de la perfection esthétique (peut-être trop, rapporté à son sujet : la loose), mais j'hésite quand même à le conseiller, tant le sujet est anecdotique et le plaisir qu'il procure spécifique.

 

2e

 

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Concours DVD Argentina (Terminé)

A l'occasion de la sortie en DVD du film de Carlos Saura  Argentina, je vous propose de gagner 5 DVD.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "Qu'est ce que la chacarera ?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 2 novembre 20 h.

Un tirage au sort départagera les gagnants.

Vous recevrez ensuite le DVD, envoyé directement par le distributeur.

 

 

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Mal de pierres

Malgré un scénario sur le papier intéressant, Mal de pierres s'avère être d'une platitude consternante.

Difficile dans ces conditions de ne pas incriminer la mise en scène de NIcole Garcia, et peut-être encore plus sa direction d'acteur.

Marion Cotillard arbore la même expression durant tout le film, révélant une fois de plus l'extrême atonie de son jeu. Alex Brendemühl ne fait guère mieux et Louis Garrel cabotine en sourdine.

La mise en scène est invisible et d'un classicisme pesant (ces plans de coup sur le sanatorium...), et si ce n'était faire insulte à quelques productions télévisuelles, on dirait volontiers qu'elle est digne d'un téléfilm. Le découpage du film ne vaut que par son twist final, qui curieusement ne parvient pas à nous frapper autant qu'il le devrait : la faute à la mollesse indigente de tout ce qui le précède ?

Peu incarné, aucunement original, Mal de pierres entre dans notre cerveau par un neurone et en ressort instantanément par un autre.

Nicole Garcia sur Christoblog : Un balcon sur la mer - 2010 (**) / Un beau dimanche - 2013 (***)

 

1e

 

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Ma vie de courgette

Il y a un phénomène de l'ordre de la magie pure dans Ma vie de courgette, qui transforme des marionnettes aux grosses têtes et aux bras filiformes en petit garçons et petites filles très réalistes. 

Tout ce qui peut éveiller une émotion (les yeux des personnages, les voix, la précision des textes, le scénario millimétré de Céline Sciamma) est ici réalisé à la perfection.

Le résultat est percutant, vivifiant, émouvant. Claude Barras distille juste ce qu'il faut de drame et d'humour pour que son film soit parlant à tous les âges. 

A tous ces compliments, il faut ajouter le plus important : une qualité esthétique hors du commun. Les plans de Ma vie de courgette sont des vrais plans de cinéma dans lesquels chaque élément (éclairage, cadrage, profondeur de champ) compte. Le travail sur les couleurs est fascinant, et dans chaque décor on trouvera des détails remarquables.

Puisque j'en suis à lister les innombrables qualités du film, je finirai par un montage parfait. Le rythme sur la longueur est parfaitement tenu, tout en étant très libre dans chaque séquence. Le séjour au ski, par la perfection de ses enchaînements, est en lui-même un petit chef d'oeuvre.

Si sa morale est somme toute classique, Ma vie de courgette brille par sa perfection stylistique et sa faculté à susciter de fortes émotions par des procédés proches de l'épure. Un des meilleurs films de l'année.

 

4e 

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Miss Peregrine et les enfants particuliers

Les derniers Tim Burton m'ayant plutôt déçu, c'est un peu à reculons que je suis allé voir Miss Peregrine.

Aussi, ai-je été plutôt agréablement surpris par l'entame du film, délicieuse mise en place d'une histoire merveilleuse, dans un environnement américain tout ce qu'il y a de plus prosaïque.

L'aimable caractère et le pragmatisme serein du jeune héros concourent à faire de toute la première partie du film un moment plaisant. L'apparition de la délicieuse Eva Green et des enfants particuliers est très réussie. 

Le film subit ensuite un petit coup de mou en son milieu, avant de rebondir grâce à un scénario très malin qui exploite parfaitement les anomalies de tous les enfants, et aussi parce que le méchant est excellemment joué par un formidable Samuel L. Jackson. 

Miss Peregrine se termine en fanfare par une explosion d'inventivité où l'on retrouve (enfin !) le burlesque attendrissant, morbide et enjoué de Tim Burton. La scène de combat finale est ainsi un festival de trouvailles où l'on retrouve l'esprit de la période de Edward aux mains d'argent.

Le retour en forme d'un cinéaste qui s'était un peu perdu. 

Tim burton sur Christoblog : Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street - 2007 (**) / Alice au pays des merveilles - 2010 (*) / Dark shadows - 2012 (*)

 

2e

 

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La fille inconnue

Je ne porte pas (ou plus) les Dardenne dans mon coeur, comme les plus fidèles de mes lecteurs le savent, et ce n'est pas ce dernier opus qui va me faire changer d'opinion.

D'abord, les frérots sont bien meilleurs quand ils tournent avec des acteurs inconnus. 

On a ici bien du mal à croire à Adèle Haenel dans un rôle de médecin, et même, disons-le, dans un rôle d'adulte. Sa confrontation avec le vieux docteur qui part en retraite sonne particulièrement faux. Même si sa prestation s'améliore tout doucement en cours de film, elle peine vraiment à emporter l'adhésion, comme d'ailleurs l'ensemble du casting.

Alors que le cinéma des Dardenne est réputé réaliste, leurs films me semble de plus en plus artificiels. 

Le schéma de La fille inconnue, assez semblable à celui du terrible Deux jours, une nuit (un personnage féminin fait du porte à porte pour avancer dans l'intrigue), n'aide pas beaucoup les acteurs à rendre le propos du film captivant. On part d'un pitch, puis on déroule un peu mécaniquement une histoire sans grande surprise ni émotion. La fille inconnue est un film-dispositif, et il est en cela assez contraint.

Comme les Dardenne ne sont pas des maîtres du suspense, le résultat est souvent poussif (le suicide dans la douche !), sans être complètement indigne. On est parfois réveillés par quelques explosions de violence, qui ne sauvent cependant pas le film du gouffre d'indifférence dans lequel il sombre tranquillement.

Les Dardenne sur Christoblog : Le silence de Lorna - 2008 (**) / Le gamin au vélo - 2011 (***) / Deux jours, une nuit - 2014 (*)

 

2e

 

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Fuocoammare, par-delà Lampedusa

Ours d'or à Berlin cette année, Fuocoammare fait partie de ces documentaires magnifiques (comme ceux de Depardon ou de Wiseman) qui suscitent autant d'émotions que les plus grandes oeuvres de fiction.

Emotion esthétique d'abord. Les images de Gianfranco Rosi sont d'une beauté souvent renversante : ciel plombé, cadrages parfaits, palette de couleur délicate et nuancée, alternance de gros plans et de plans larges, scènes de nuit ahurissantes, poésie sous-marine. C'est stupéfiant de maîtrise et de variété.

Emotion ensuite devant ce qui est montré. Le film met en parallèle la vie d'une poignée d'habitants de Lampedusa, dont un petit garçon de douze ans, et celles des immigrants qui arrivent, morts ou vivants. Cette juxtaposition peut surprendre et intriguer : elle est pourtant au final pleine de sens et ménage bien des niveaux de lecture potentiels.

On pourra par exemple considérer que le réalisateur veut montrer à quel point les européens sont finalement étrangers au drame qui se déroule parfois à quelques mètres d'eux : les problèmes de vision de Samuele comme une métaphore de notre aveuglement.

Pour ma part, j'ai ressenti bien d'autres sentiments face à cet accolage parfois intrigant. Il m'a semblé par exemple que le film mettait en exergue dans les deux cas l'instinct humain qui conduit toujours à vouloir progresser et découvrir. Les migrants veulent une meilleure vie, comme Samuele dans son champ et à son échelle, avec un enthousiasme obstiné : il veut mieux voir, tenter des expériences, découvrir de nouvelles sensations.

Fuocoammare est à bien des moments tout à fait sidérant. On est pétrifié par l'incroyable humanité qui se dégagent des images de Rosi : le regard extraordinairement digne d'un migrant, un hélicoptère qui s'élève dans la nuit, une musique bouleversante qui passe à la radio, une femme qui fait méticuleusement un lit conjugal qui ne sert visiblement plus qu'à elle seule.

Au-delà du sujet des migrants, Fuocoammare donne à voir un émouvant et passionnant portrait de l'humanité, ce qui en fait l'un des tout meilleurs films de cette année.

 

4e 

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Mercenaire

Bonne surprise de la dernière Quinzaine des réalisateurs, Mercenaire est un premier film tout à fait prometteur.

Sacha Wolff nous fait d'abord découvrir les îles Wallis, et ne serait-ce que pour cette raison, le film mérite d'être vu.

Les paysages sont superbes (le film a été tourné en Nouvelle-Calédonie) et le film donne un bon aperçu de la complexité culturelle wallisienne.

Pour ce qui est de la partie tournée en France, le film réussit ce que j'ai rarement vu au cinéma : montrer le monde du sport sans indulgence, et avec un grand degré de réalisme. Là où échouait le pourtant talentueux Samuel Collardey avec Comme un lion, sur le milieu du football, Sacha Wolff le réussit ici avec le rugby. 

Agents verreux, triche anti-dopage, joueurs sous-payés : le tableau est glaçant, mais jamais pénible à regarder. La force morale du personnage principal tient toute l'architecture du film sur ses (solides) épaules, et le réalisateur réussit parfaitement son coup en maniant habilement les ellipses. Il évite intelligemment clichés et faute de goût.

Sensible, malin, délicat.

 

2e

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Jeu concours Captain Fantastic (Terminé)

A l'occasion de la sortie le 12 octobre du film Captain Fantastic, je vous propose de gagner 5 x 2 invitations valables partout en France.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "Quel est l'acteur principal du film ?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 11 octobre 20 h.

Un tirage au sort départagera les gagnants.

Vous recevrez ensuite les invitations, envoyées directement par le distributeur.

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Dogs

La bande-annonce de Dogs semble promettre un exercice de style dépouillé, un peu à la manière d'un Winding Refn des Balkans, et le début du film confirme cette promesse.

Le premier plan, un long mouvement de caméra au ras du sol puis de l'eau, qui se finit sur une vision malsaine et ambigüe, est de toute beauté.

L'irruption du vieux flic dans la narration du film permet au réalisateur Bogdan Mirica d'enchaîner plusieurs scènes époustouflantes, dont celle de la chaussure dans l'assiette (ceux qui ont vu le film comprendront).

Malheureusement, Dogs se normalise progressivement, perdant un peu en cours de route son mordant initial. Le personnage principal manque de personnalité pour emporter le film vers les sommets. Il faut des artifices un peu brutaux, dont une ellipse géante, pour redonner au film son lustre d'objet à la fois violent et contemplatif, quelque part entre les frères Coen et Nuri Bilge Ceylan.

A conseiller tout de même aux amateurs de premiers films noirs et bancals.

 

2e

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Aquarius

Cette année à Cannes, plusieurs actrices ont livré des performances extraordinaires. 

Sonia Braga fut peut-être la plus belle d'entre elles. 

Férocement libre, elle cannibalise un film dont on se demande parfois ce qu'il cherche à nous dire : que vieillir c'est pas bien, et qu'il faut résister ? Sous cet angle, Kleber Mendonça Fliho atteint parfaitement son but. La sexagénaire Clara est le prototype même de la force de vivre, qui lutte par tous les moyens, libido comprise.

Aquarius est donc un splendide portrait de femme, mais c'est aussi un bel instantané de Recife, la ville du réalisateur, décrite avec tendresse et douceur. On découvre ses plages et ses subtiles hiérarchies sociales (on y est visiblement plus ou moins noir). 

Le film peut paraître ne pas être grand-chose, surtout rapporté à sa durée (2h25), mais il a l'immense mérite de proposer des sujets originaux et délicats : portrait d'un immeuble, lutte de la modernité et du temps passé à travers de nombreux angles (Vinyl vs MP3 par exemple), normalité et réalisation de soi.

Servi par une mise en scène d'une parfaite élégance et par une bande-son absolument délicieuse, Aquarius est un doux plaisir à partager entre connaisseurs. 

Kleber Mendonça Filho sur Christoblog : Les bruits de Recife - 2012 (**)

 

3e

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La danseuse

Les bons sujets ne font pas les bons films, et La danseuse en est la preuve éclatante.

Le personnage réel de Loïe Fuller est en effet sur le papier captivant : enfant du grand Ouest américain, gloire des cabarets parisiens du début du XXe siècle, danseuse masochiste torturant son propre corps, fondatrice de la danse moderne sous bien des aspects.

De ce beau matériau de départ, Stéphanie Di Giusto fait un pensum malheureusement glacé, desservi par une direction artistique beaucoup trop léchée. Les décors de western, les intérieurs bien éclairés - et très jolis, les costumes tout droit sortis de l'atelier, le château vide extraordinairement photogénique : le film paraît à la fois très ambitieux d'un point de vue formel, et un peu cheap (à l'image du bateau qui traverse l'Atlantique et qu'on ne voit pas). Chaque scène en elle-même est visuellement travaillée, sans qu'on sente un regard de créateur pour donner une unité à l'ensemble.

C'est une esthétique de lumière morte et trop rasante que propose La danseuse, qui m'a finalement empêché d'entrer dans le film. Emportée dans son élan David Hamiltonien, la réalisatrice arrive à faire apparaître belles les pires conditions de vie (celles de la remise aux Folies Bergères par exemple). C'est gênant.

Le deuxième gros défaut du film, c'est son scénario.

Certains reprochent à Stéphanie Di Giusto d'avoir minoré l'homosexualité de Loïe Fuller. C'est un procès à mon avis un peu vain, dans le sens qu'un créateur fait bien ce qu'il veut de son sujet de départ, que ce dernier soit une oeuvre ou un personnage réel. Un film de fiction n'est pas un documentaire, et ne doit aucun respect à ses sources.

On peut toutefois se demander si les artifices qu'emploie le scénario pour pallier ce hiatus n'affaiblissent pas globalement le film : le personnage que joue Gaspard Ulliel, totalement inventé, est d'une faiblesse criarde et le chaste béguin du personnage jouée par Mélanie Thierry semble absolument superficiel.

Reste au crédit du film l'interprétation habitée de Soko (qui en fait peut-être un chouïa trop), et le beau passage de sa rencontre avec Isadora Duncan. 

Le film, qui m'a rappelé à certains moments le Marguerite de Xavier Giannoli en moins bien, cumule au final trop de maladresses et de clichés stylistiques pour être vraiment recommandable.

 

2e

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Soy nero

Dans Soy Nero, le réalisateur iranien Rafi Pitts raconte l'histoire des "green card soldiers", immigrés illégaux qui s'engagent dans l'armée américaine pour obtenir la nationalité américaine après deux ans de service.

Il suit donc les traces de Nero, jeune mexicain ayant grandi à Los Angeles avant d'être expulsé, qui tente de rentrer à nouveau aux USA pour s'engager.

L'odyssée de Nero est filmée en plusieurs actes, durant lesquels il traverse la frontière, puis une partie des Etats-Unis, avant de se retrouver quelque part au Moyen-Orient. Nero fait d'étranges rencontres, dont un vieli américain qui semble avoir enlevé sa petite fille, qui s'avèrent toutes un peu bizarres, ou malsaines.

Sorte de Candide moderne qui observe avec étonnement le comportement de ses semblables, il progresse dans des plans magnifiquement mis en scène, tendu placidement vers son but : devenir américain.

Rafi Pitts est ici épaulé par le grand scénariste roumain Razvan Radulescu (qui travaille habituellement avec Muntean et Mungiu), et le film gagne dans cette collaboration une coloration étrange et souvent séduisante, à l'image de cette scène curieuse dans le champ d'éoliennes.

Sans être renversant, Soy Nero est très intéressant, d'une beauté parfois frappante. Il peine toutefois à générer de l'émotion, préférant s'adresser au cerveau qu'au coeur. On pourra regretter certains de ses choix conceptuel, à l'image de ce dernier plan, dont l'interprétation est inutilement laissée à la libre interprétation du spectateur.    

Rafi Pitts sur Christoblog : The hunter - 2010 (**) 

 

2e

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