Christoblog

La cravate

Le dispositif que proposent les réalisateurs Mathias Théry et Etienne Chaillou dans ce documentaire est tout à fait passionnant. Il n'est pas très simple à expliquer mais je vais essayer. Le principe est de filmer leur personnage principal en train de lire le récit de son histoire (le scénario du film en fait), pendant que les images l'illustrent (avec ou sans le son original), et alors que Mathias Théry lit lui-même parfois son texte à voix haute.

Dans la pratique, le dispositif fonctionne parfaitement, alternant plaisir brut du documentaire (les scènes filmées sont souvent intrinsèquement intéressantes) et vertige procuré par la mise en abyme de Bastien commentant la vie de Bastien, jusqu'à une dernière réplique, juste avant l'épilogue, qui est extraordinaire.

Outre sa forme très travaillée, le film est séduisant également par ce qu'il montre : l'ascension rapide d'un jeune homme dans un parti politique, le travail ingrat des militants de base, la mesquinerie des hauts placés du parti. Que ce parti soit le Front National importe finalement peu. Le film ne fait pas de politique, et il serait tout aussi intéressant s'il avait filmé un jeune de LREM ou de La France insoumise.

La personnalité propre de Bastien, ses tics, ses talents, et la faille béante dans son existence qui sépare le film en deux parties distinctes, tout cela finit par rendre La cravate profondément attachant en plus d'être passionnant.

A voir absolument.

 

3e

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Deux

Le pitch du film est intéressant.

Deux lesbiennes âgées qui n’ont pas fait leur coming out (alors qu’elles se connaissent depuis leur jeunesse) sont victimes d’un terrible accident de la vie : l’une des deux est victime d’un AVC.

Barbara Sukowa, qui joue avec beaucoup de conviction « celle qui reste », est impressionnante de classe et de détermination. La mise en scène, d’abord intrigante lors de premières scènes plutôt réussies, tourne rapidement à vide, et finit par paraître un peu prétentieuse.

Les seconds rôles ne sont pas vraiment convaincants : la femme de ménage, le fils, et la fille (jouée abruptement par Léa Drucker) sont réduits à de pauvres stéréotypes.

Je me suis progressivement désintéressé de l’intrigue qui avance vers un dénouement assez prévisible, après avoir suivi un chemin à la fois très balisé et parfois approximatif. L’impression finale, sans être catastrophique, est mitigée.

 

2e

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Adam

Depuis quelques mois, les films en provenance du Maghreb réalisés par des femmes et mettant en scène des femmes semblent se multiplier : Sofia, Papicha, Noura rêve, Un divan à Tunis

Ils sont tous de qualité, dans des registres assez différents, et ont tous le mérite de mettre en exergue une facette de la sociologie de leur pays d'origine. 

Le propos est ici un peu moins politique que dans les autres films cités, même si Adam traite (entre autre) du non-avenir dans la société marocaine d'une jeune fille tombée accidentellement enceinte. La réalisatrice Maryam Touzani s'intéresse avant tout à la rencontre entre la jeune Samia et une femme mûre qui vient de perdre son mari, jouée avec beaucoup (trop ?) de sobriété par l'actrice Lubna Azabal, qu'on a vu récemment dans Tel Aviv on fire. Elle le fait avec une tendresse et une attention qui donne au film une tonalité intime et sensuelle. Le film est produit par le réalisateur Nabil Ayouch, mari de la cinéaste, qui a démontré lui aussi sa capacité à filmer les femmes dans le formidable Much loved.

Au-delà du scénario, presque minimaliste, il faut pour apprécier le film être sensible à la naissance d'un sourire, à un regard qui tout à coup s'illumine, au jeu d'une mère avec les pieds de son bébé. C'est à la fois beaucoup et, si l'on est mal luné, trop peu : le film peut alors ennuyer, car il peine à générer une véritable émotion.

Une cinéaste à suivre, qui fait preuve d'une grande maîtrise formelle dans ce huis-clos féminin.

 

2e

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Tu mourras à 20 ans

Il est assez rare de voir dans les salles françaises un film d'Afrique de l'Est : voici une bonne raison de découvrir ce beau premier long-métrage du soudanais Amjad Abu Alala.

Le film décrit le destin du jeune Muzamil, à qui un chef religieux prédit à la naissance qu'il mourra à 20 ans. Sa mère, très croyante, l'élève pratiquement dans le deuil, persuadée que la prophétie va se réaliser. Muzamil, quant à lui, vit sa vie comme un autre enfant...

Tu mourras à 20 ans vaut principalement pour ses qualités plastiques hors du commun : les paysages du Nil Bleu sont d'une beauté à couper le souffle, comme d'ailleurs les intérieurs des modestes maisons et les visages des acteurs, magnifiés par une splendide photographie.

Le film, dont le scénario est ténu, vaut également par la sérénité contemplative et en même temps critique qui l'enveloppe, et qui rappelle le cinéma d'Abderrahmane Sissako : les scènes sont souvent symboliques, le montage allusif, mais l'impression générale est celle du recueillement et au final du triomphe de la vie sur la religion.

A découvrir.

L'Afrique de l'Est sur Christoblog : Lamb - 2015 - Ethiopie (**) / Rafiki - 2018 - Kenya (**) 

 

2e

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La dernière vie de Simon

Il est assez rare que le cinéma français tente une incursion dans le cinéma de genre, a fortiori pour un premier film. C'est d'autant plus jouissif de voir la totale réussite que constitue le film fantastique de Léo Karmann, La dernière vie de Simon.

Difficile de parler du scénario, très malin, sans déflorer trop d'éléments, ce qui gâcherait véritablement le plaisir immédiat que procure ce beau film : disons simplement qu'il s'agit de suivre la destinée d'un jeune homme doté d'un pouvoir très particulier, à deux périodes de son histoire.

Tout est réussi dans ce film : la mise en scène est ambitieuse et diablement efficace, les interprètes sont tous formidables et le scénario passionnant. On est dès le début happé par cette histoire, et aspiré vers son dénouement par un aspirateur émotionnel et intellectuel comme on en voit très peu dans le cinéma français. Léo Karmann manifeste un talent particulier pour tisser une ambiance spécifique à chaque scène : innocence des jeux d'enfants, ambiance légèrement surnaturelle, immersion dans la nature, naissance d'un sentiment, traque policière.

Une belle et franche réussite.

 

3e

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Au nom de la terre

Cela me fait mal de dire que ce film est vraiment mauvais, eu égard au fait que le réalisateur raconte ici l'histoire tragique de son propre père.

Peut-être est-ce d'ailleurs ce manque de distance qui le conduit à produire une oeuvre sans aucune imagination, si proche de l'illustration que cela en devient gênant. Il ne faut pas chercher dans Au nom de la terre la moindre sensation de réalisme, tant le film déroule un programme convenu d'images d'Epinal sur le thème douloureux des suicides d'agriculteurs.

Les péripéties nous indiffèrent, les clichés sont légion, les personnages sont spectraux, leur évolution psychologique semble issue d'un algorithme programmant la survenue du pire après le pire, sans que les véritables raisons de la déchéance ne soient jamais réellement abordées.

C'est franchement, radicalement raté.

 

1e

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Concours Tu mourras à 20 ans : gagnez 3x2 places (Terminé)

A l'occasion de la sortie en salle de Tu mourras à 20 ans le 12 février, je vous propose de gagner 3 x 2 invitations valables partout en France.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : de quelle nationalité est le réalisateur du film, Amjad Abu Alala ? 
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 11 février 20 h.
 
Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite les invitations, envoyées directement par le distributeur.

NB : un des trois lots sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)

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Scandale

Scandale ne marquera certainement pas l'histoire du cinéma, ni même celle du mouvement #metoo, mais il reste une oeuvre utile, et relativement bien maîtrisée.

La mise en place est plutôt intéressante. L'exposition des différentes protagonistes est réussie : Nicole Kidman en attaquante sûre d'elle, Charlize Theron en présentatrice hésitante au faîte de sa gloire, Margot Robbie en bombe sexuelle multi-fonction.

La mise en scène adopte un point de vue de journal télévisé haut de gamme, speed et efficace.

Dans sa deuxième partie, le film de Jay Roach patine un peu : la résolution des conflits est expédiée, certains personnages sont sacrifiés et la narration s'étiole. Il reste le plaisir de découvrir le fonctionnement de Fox news vu de l'intérieur.

On est tout de même loin de la finesse et de la profondeur d'autres films dénonciateurs basés sur des faits réels, comme Spotlight ou Grâce à Dieu par exemple. Peut tout de même être vu.

 

2e

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Jojo Rabbit

On se demande, pendant les dix premières minutes du film, comment le réalisateur Taika Waititi va pouvoir tenir la distance de tout un long-métrage, sur la simple base de ce qu'il semble proposer à ce moment-là : se moquer des méthodes nazies, exploiter une veine burlesque principalement visuelle, présenter Hitler en sympathique confident du petit Jojo.

La ligne de crête entre le précipice du rejet moral et l'abysse du mauvais goût semble bien étroite.

Et puis le film prend un tour très différent lorsqu'apparaît le personnage d'Elsa. Il évolue alors vers une comédie romantique entre enfants, teintée de nostalgie et d'une certaine dureté délibérée (on pense très fort au Wes Anderson de Moonrise kingdom).

Jojo Rabbit devient alors un film original et équilibré, qu'on a plaisir à regarder jusqu'à son dénouement, et qui offre au passage un bel éventail de sensation : amusement étonné, tension mâtinée de burlesque à la Monty Python (la mémorable visite de la Gestapo), et pour finir, quelques larmes lors de la jolie séquence finale.

A voir, en ce débit d'année plutôt tristounet.

 

3e

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Concours Wet season : gagnez 2x2 places (Terminé)

A l'occasion de la sortie en salle de Wet season le 19 février, je vous propose en partenariat avec Epicentre (FB) de gagner 2 x 2 invitations valables partout en France.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : quel prix a remporté le réalisateur Anthony Chen avec son premier film ? 
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 17 février 20 h.
 
Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite les invitations, envoyées directement par le distributeur.

NB : un des deux lots sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)

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Les filles du docteur March

Pour les plus anciens des lecteurs de Christoblog, nul doute que Les filles du docteur March évoque le souvenir de visions télévisuelles des précédentes adaptations (Melvyn leRoy, voire Cukor), doucement teintées d'une nostalgie un peu ringarde, mais en technicolor.

Force est de reconnaître à Greta Gerwig un premier talent : celui de dépoussiérer l'argument rebattu du roman de Louisa May Alcott, sans rechigner à la reconstitution. Il aurait été ridicule de transposer cette histoire dans une autre époque, mais y infuser discrètement une thématique actuelle (l'indépendance des femmes) est assez bien vu.

Si la direction artistique m'a semblé un poil trop proprette, la mise en scène est très solide, et le montage sert beaucoup le film, par ses allers-retours incessants (et en même temps très fluides) entre deux époques : l'une heureuse, baignée par des lumières chaudes, et l'autre triste, délavée par une avalanche de bleus et de gris.

Le film est porté de bout en bout par des actrices en état de grâce (ce sont les vraies richesses du film) : Saoirse Ronan, Florence Pugh, Emma Watson et Laura Dern, dont les personnalités très complémentaires irradient l'écran. Un casting vraiment sensationnel, comme on n'en pas vu depuis longtemps, pour une épopée sentimentale qui sonne formidablement juste.

 

3e

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Une journée au Festival Ram Dam de Tournai

Ce week-end, j'ai testé pour vous l'excellent Festival Ram Dam à Tournai, le Festival du film qui dérange. Ambiance chaleureuse et décontractée (belge, quoi), rencontres sympas, programmation exigeante et en même temps pas prise de tête, salles hyper confortables, accueil fort agréable des blogueurs cinéma : que du bonheur.

La journée commence par le très bon Filles de joie (4/5) de Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich. Ce film franco-belge est un beau triple portrait de femmes. Sara Forestier, Annabelle Lengronne et Noémie Lvovsky sont formidables toutes les trois. La construction est habile et le regard posé sur la prostitution belge "de proximité" est décapante. Le film sort le 18 mars et il ne faudra pas le rater.

Le passage derrière l'écran de Casey Affleck (l'acteur principal de Manchester by the sea, frère de ... son frère, Ben Affleck) s'avère une réussite. Light of my life (3/5) est un film post-apocalyptique centré sur l'intimité d'un père et de sa fille dans un monde dont toutes les femmes ont disparues, emportées par une maladie. C'est beau, sensible et un poil trop long. Les interprètes sont parfaits. A voir en mai 2020.

Watch list (3/5) du réalisateur new-yorkais Ben Rekhi, est un film américain tourné à Manille. Il nous instruit, avec une efficacité toute américaine, sur la sordide réalité de la guerre anti drogue lancée par le président Duterte en 2016, qui a causé la mort de plus de 20000 personnes, exécutées sommairement. Bien que de facture très classique, le film est glaçant et très prenant. 

Je finis cette journée marathon avec la nouvelle production du réalisateur japonais Koji Fukada (à qui l'on doit entre autre le fantastique Harmonium). Comme d'habitude chez Fukada, L'infirmière (4/5) est subtil, complexe, et raisonnablement pervers à la fois dans ce qu'il montre et dans la façon dont il le montre. Si le film est intellectuellement jouissif, il lui manque un petit peu de folie pour emporter encore plus l'adhésion. A voir au mois de mars dans les cinémas français.

J'essaierai l'année prochaine de libérer plus de temps pour ce Festival fort sympathique.

 

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L'adieu

Pas facile de comprendre l'engouement autour de cette toute petite chose insignifiante.

L'histoire est tiré de l'expérience de la réalisatrice Lulu Wang, américaine d'origine chinoise, qui a du se rendre en Chine sous un prétexte fallacieux pour voir sa grand-mère mourrir, sans que celle-ci soit mise au courant de la gravité de sa maladie.

C'est tout, et c'est bien peu, car le film ne parvient pas à dépasser le caractère anecdotique de son intrigue autobiographique. L'alter ego de la réalisatrice à l'écran, la rapeuse Awkwafina, fait de son mieux, comme le casting chinois plutôt convaincant, mais rien n'y fait : on reste indifférent à cette historiette qui ne parvient pas à nous émouvoir, et même pas à nous intéresser vraiment.

Le film aurait pu parvenir à arracher deux étoiles sur Christoblog, mais sa BO affreusement mélodramatique et sa mise en scène beaucoup trop américaine l'ont finalement entraîné vers la note la plus basse.

 

1e

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1917

Tout est joli et bien filmé dans 1917.

Les tranchées semblent être repeintes d'hier, les rats sont bien peignés, les cadavres eux-mêmes veillent à ne pas être trop purulents.

La caméra virevolte autour des personnages avec beaucoup d'élégance, la palette chromatique de la photographie est très jolie, et les acteurs sont parfaits.

Le film se laisse donc regarder, un peu comme si on suivait une visite guidée du terrain de guerre avec un guide sympathique, une sorte de Tranchées Tour pour Américains.

La perfection artistique du film se déploie au détriment de l'émotion (personnellement je n'en ai jamais ressenti) et du sentiment d'immersion. Sur ce dernier point, la première scène de Il faut sauver le soldat Ryan était autrement plus réaliste et frappante. 

Pour tout dire, Sam Mendes se regarde filmer et le spectateur le ressent trop, à mon sens. L'illustration ultime de ce triste constat, c'est la volonté un peu infantile de vouloir réaliser le film en un seul (faux) plan-séquence : une coquetterie qui complique le tournage sans apporter au film un surcroît d'âme.

Décevant, 1917 ne rend pas compte de l'horreur de la Grande Guerre, mais peut se voir comme une sorte de jeu vidéo (et hop je saute au-dessus du puits de mine, et vlan l'avion s'encastre parfaitement dans la grange, et youpi je saute dans la rivière) particulièrement bien réalisé techniquement.

Sam Mendes sur Christoblog : Les noces rebelles - 2008 (*)  / Skyfall - 2012 (**) / 007 Spectre - 2015 (*)

 

2e

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Les siffleurs

En regardant Les siffleurs, je me suis demandé où était passé l'originalité rigoureuse et un peu sèche de Corneliu Porumboiu.

On a affaire ici à un polar de niveau télévisuel, doté d'un grand nombre de rebondissement dont on se fout totalement, à l'image de la fin.

Dans ce film fait de bric et de broc, rien ne semble coller avec rien : on ne voit pas par exemple ce que la langue des siffleurs Guanches vient faire dans le scénario, qui est par ailleurs inutilement sophistiqué et destructuré.

Aucun des personnages n'attire vraiment l'attention, et les tentatives pour doper artificiellement le film tombent à plats (comme les cartons de couleur qui séparent les séquences). Les différents protagonistes semblent être des reptiles qu'on observe derrière la vitre d'un vivarium.

L'impression générale que laisse le film, c'est que le réalisateur se fout un peu de son histoire et de ses personnages, semant de petits cailloux qui semblent vouloir nous dire : j'aurais aimé tourner un western, un polar noir ou un film conceptuel, et au final j'ai opté pour un film susceptible d'être sélectionné à Cannes. Ce en quoi il a réussi. 

Corneliu Porumboiu sur Christoblog : 12h08 à l'est de Bucarest - 2006 (*) / Le trésor - 2015 (**)

 

1e

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Sol

Sol est le plus mauvais film que j'ai vu depuis (très) longtemps. Mal écrit, mal joué, mal réalisé : je n'ai rien vu de positif dans cette histoire mal fagotée de grand-mère qui retrouve son petit-fils en devenant la femme de ménage de sa belle-fille.

Blagues qui ne font pas rire, dialogues qui tombent dans le vide, jeu approximatif des acteurs, situations improbables, personnages caricaturaux, ton pontifiant, sentimentalisme éhonté, clichés édifiants, manque absolu d'originalité : Sol est ce genre de film qui donne honte d'être dans la salle.

Chantal Lauby cabotine et joue comme un pied sur une idée de scénario d'une bêtise insigne. On se demande comment un tel projet a pu trouver de l'argent pour être réalisé... jusqu'à ce qu'apparaisse au générique de fin le nom de Dominique Farrugia en tant que producteur.

Le premier mot qui me vient à l'esprit quand je repense à ce film est : niais. Je le déconseille, sauf aux masochistes et à ceux qui aiment regarder un nanar au cinquième degré.

 

1e

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La vérité

Les grands réalisateurs étrangers, lorsqu'ils tournent un film en France, semblent perdre une bonne partie de leur génie. Je ne connais pas d'exception à cette règle, qui a touché Kiyoshi Kurosawa, Asghar Farhadi, Abbas Kiarostami et bien d'autres.

Le mal touche maintenant un de mes chouchou, le japonais Kore-Eda.

Le début de La vérité est en tout point catastrophique : jeu approximatif des acteurs, dialogues artificiels, intrigue inconsistante, erreur de casting, péripéties ridicules, montage à la va-vite, scénario flottant. On a mal pour le réalisateur des formidables Notre petite soeur et Une affaire de famille.

Petit à petit cependant, le film se redresse quelque peu, grâce à une performance encore exceptionnelle de Catherine Deneuve, dont les prestations forcent de plus en plus le respect : au fur et à mesure que son corps s'use, ses sens semblent s'aiguiser.

La subtilité habituelle de Kore-Eda, faite d'une dureté impitoyable mêlée à la tendresse du regard, s'installe en fin de film et on retrouve dans les trente dernières minutes la patte du japonais (par exemple quand le personnage de Juliette Binoche écrit les répliques que prononcent la petite fille). La rivalité féroce des actrices se mêle alors à la douceur acidulée et dépourvue d'ambigüité du personnage de Manon : c'est le Kore-Eda qu'on aime, salé et sucré à la fois.

Malheureusement l'amélioration est trop tardive pour corriger la mauvaise impression du début.

Hirokazu Kore-Eda sur Christoblog : Nobody knows - 2003 (**) / Still walking - 2008 (***) / Air doll - 2009 (**) / I wish - 2012 (***) / Tel père tel fils - 2013 (***) / Notre petite soeur - 2014 (****) / Après la tempête - 2017 (***) / The third murder - 2018 (**) / Une affaire de famille - 2018 (****)   

 

2e

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Marriage story

Aussi vite oublié que vu, Marriage story est un nouvel exemple de l'incapacité de Netflix à produire un très grand film.

Le film de Baumbach n'est pas désagréable à regarder : c'est plutôt bien enlevé (bien que trop long), les acteurs sont formidables, et la collection de vignettes qui constituent le film est plutôt plaisante à parcourir.

On ne peut s'empêcher toutefois de constater que le propos est insignifiant, que la tension dramatique s'étiole et que le film brille par son absence totale d'originalité. Les états d'âmes sentimentaux des couples aisés américains n'intéressent probablement plus grand monde aujourd'hui. Et ce ne sont pas les morceaux de bravoures du film (la dispute, la démonstration d'Adam Driver au restaurant), trop visiblement brillants, qui parviennent à hisser le film à des niveaux supérieurs.

Agréable donc, jusqu'à un certain point, comme un Woody Allen, à qui Baumbach ressemble de plus en plus.

Noah Baumbach sur Christoblog : Greenberg - 2010 (**) /  Frances Ha - 2012 (**) /  While we're young - 2014 (**) / Mistress America - 2015 (**)

 

2e

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Séjour dans les monts Fuchun

Confirmant l'explosion actuelle du cinéma chinois, le premier film du jeune réalisateur Gu Xiaogang (31 ans) est une merveille de sensibilité et d'élégance.

Ce que raconte Séjour dans les monts Fuchun est anodin : une grand-mère qui perd la tête, ses quatre fils qui ont des personnalités et des problèmes très différents, quelques menus évènements de la vie quotidienne, rarement spectaculaires.

Le film brille par le prisme de l'antagonisme suivant : il raconte la banalité avec une ambition incroyable, que ce soit par l'ampleur de la mise en scène (les travellings sur la rivière sont d'une beauté sidérante) ou par la démesure de son tournage (qui s'est étalé sur deux ans, pour un montage final de 2h40).

Le résultat est fascinant de beauté et de réalisme. On est à la fois ébloui par la splendeur de la nature, par la façon dont la fine texture du temps est rendue apparente, et captivé par la destinée de ces personnages dont la personnalité se dévoile progressivement. Le film de Gu Xiaogang se situe donc exactement à mi-chemin d'un manifeste esthétique de premier ordre (la composition de certains plans rappelle les plus grands réalisateurs) et d'une addiction du type de celles qui nous lierait à une série de télévision.

Séjour dans les monts Fuchun raconte enfin la Chine d'aujourd'hui (ses projets immobiliers, sa quête avide de modernité) et la Chine éternelle (la permanence de la nature, les arbres millénaires, le rythme imperturbable des saisons, la peinture ancienne).

On a déjà envie de voir les films qui vont suivre, puisque Gu Xiaogang a annoncé que ce premier film était le volet initial d'une trilogie.

A voir absolument.

 

4e

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