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Christoblog

Sueurs froides

Comme beaucoup d'autres, ce classique d'Hitchcock mérite d'être revu.

Je gardais le souvenir d'une certaine lenteur, et c'est peu dire que toute la première heure est effectivement lente. On suit le personnage joué par le grand James Stewart (quelle classe !) à travers un San Francisco de carte postale, et il arrive qu'on s'ennuie autant que lui à tournicoter dans les rues en pente.

Bien sûr, me diront les thuriféraires hitchcockiens, ces errements préliminaires participent de la mise en place qui vise à nous prendre au piège d'une intrigue particulièrement biscornue.  Et j'admettrai alors que le voyage n'est pas si désagréable, même si les couleurs y sont parfois un peu trop vives, et le jeu de Kim Nowak trop maniéré.

Tout cette lumineuse matière énigmatique et en partie soporifique trouve évidemment sa justification dans la ténébreuse seconde partie, morceau de cinéma assez impressionnant, dans lequel les deux acteurs se livrent cette fois-ci sans retenue dans un pas de deux prenant, et souvent émouvant. Le film devient alors pesant, le destin semblant comme englué dans une sorte de mélancolie mortifère.

L'ensemble du film suinte de solitude, et apparaît encore aujourd'hui dans toute sa force comme une ode féroce et noire à l'amour impossible, aux émotions corrompues et aux occasions ratées.

L'efficacité de la mise en scène d'Hitchcock est redoutable, et la scène centrale du cauchemar garde encore aujourd'hui son efficacité psychédélique.

Un beau morceau de cinéma, très légèrement indigeste à certains moments, mais brillant à d'autres.

 

3e 

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La chasse à l'homme

La fermeture des cinémas est l'occasion de voir des films qu'on n'aurait jamais pris le temps de voir dans des circonstances normales.

La chasse à l'homme, d'Edouard Molinaro, est ainsi une curiosité de 1964 à découvrir sur Netflix en ce moment.

Le point fort du film est sans aucun doute son casting impressionnant : Jean Paul Belmondo, Claude Rich, Jean Claude Brialy, Françoise Dorléac, Catherine Deneuve, Michel Serrault, Bernard Blier, Francis Blanche, Marie Laforêt, Marie Dubois, Micheline Presle, et beaucoup d'autres. 

La chasse à l'homme est découpé en trois parties et une multitudes de petit sketchs. La première partie, consacrée au personnage joué par Bébel est délicieuse, et ce dernier dégage un charme absolument irrésistible. La partie consacrée à Claude Rich est plus classique, vaudeville assez classe, à base de mari cocu, d'ingénue pas si ingénue et de femme dans le placard. Blier y est excellent. La dernière partie, tournée en Grèce, est alerte et pleine de charme. Françoise Dorléac y est rayonnante.

Le tout est bien balancé et sans prétention, dialogué de main de maître par Audiard, et se laisse regarder avec plaisir et gourmandise.

 

2e

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Mignonnes

La sortie de ce film était prévue le 1er avril

Mignonnes est un film réalisé en banlieue, mais il s'affranchit de tout le contexte sociologique qui forme le substrat de plusieurs films de ce type (Les misérables en tête), pour se concentrer sur le portrait d'une jeune fille, en train de vivre le passage de l'enfance à la pré-adolescence.

Il analyse l'importance des injonctions à l'hyper-sexualisation que la société dicte aujourd'hui aux enfants, mais l'intègre dans une histoire qui est avant tout basée sur le désir de s'intégrer.

Si ce récit d'initiation n'est en soi pas très original, il trouve une merveilleuse incarnation dans le personnage d'Amy, jouée par la jeune Fathia Youssouf, qui porte le film sur ses frêles épaules. A la fois enfantineet déterminée, elle dynamite la plupart des scènes jusqu'à nous mettre parfois mal à l'aise.

Le scénario est particulièrement intelligent, et comme la mise en scène de Maimouna Doucouré se met à l'unisson de l'ambiance explosive du film, on s'attache très vite aux personnages et à leur évolution, jusqu'à une fin qui nous troue le coeur. Mignonnes parvient avec brio à générer toute une série d'émotions simples chez le spectateur : curiosité, intérêt, consternation, inquiétude, rire, soulagement.

Le film, récompensé à Sundance et fêté à Berlin, révèle une réalisatrice, qu'on souhaite voir maintenant en charge d'un projet plus ambitieux.

 

3e

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Canine

J'étais assez curieux de voir le premier film distribué en France de Yorgos Lanthimos, qui fut couronné par l'estimable prix Un certain regard à Cannes 2009.

Autant le dire d'entrée, Canine est plus proche de l'exercice de style calculé que de l'oeuvre totale que sera plus tard The lobster. Même si les prémisses sont les mêmes (un scénario abracadabrant qui pourtant tient debout, une maîtrise formelle totale), le résultat est assez différent : Canine apparaissant comme un brouillon des films suivants.

Si les délires de Lanthimos tiennent la route, c'est par la grâce d'une imagination qui semble s'enrichir au fur et à mesure qu'elle produit. Dans le quotidien bizarre de cette famille pour le moins dysfonctionnelle (les enfants sont élevés dans une sorte de mythologie déviante qui leur cache ce qu'est le monde réel), ce sont les multiples incises qui font le sel du film. On ne peut pas croire à ce que l'on voit, et pourtant on fini par adhérer aux situations proposées, pour trois raisons principales : une direction d'acteur au cordeau, un savant mélange d'humour et de finesse d'observation, et enfin une direction artistique de toute beauté. 

Canine marque l'arrivée d'un réalisateur promis à un destin remarquable, sorte de Haneke drolatique, qui filmerait avec la méticulosité d'un Kubrick.

Yorgos Lanthimos sur Christoblog : The lobster - 2015 (****) / Mise à mort du cerf sacré - 2017 (***) / La favorite - 2018 (***)

 

2e

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Au revoir l'été

Dans le paysage du cinéma japonais contemporain, plutôt morose, Koji Fukada fait figure de sage trublion. Ses films sont en effet au premier abord très convenus, très lisses, en un mot très japonais. Les sentiments ne s'y exposent jamais ouvertement (comme chez Naruse, que Fukada admire beaucoup), même s'ils sont très présents et influent sur le cours des évènements de façon souvent dramatiques.

Par rapport à ses autres films, qui comportent souvent un tournant narratif important et transgressif en milieu de film, Au revoir l'été se distingue par une approche beaucoup plus douce. Fukada, qui est très francophile, se réfère ouvertement à Rohmer à propos de ce film, initiation douce amère et estivale d'une jeune fille dans un monde d'adultes, qui sous leur dehors très polis n'hésitent pas à assouvir leur pulsions diverses.

Le film, tourné en format 4:3, bénéficie d'une admirable photographie, qui rend l'été japonais particulièrement beau à regarder, multipliant les morceaux de bravoure chromatiques : splendeur du soleil dans les feuilles, couleurs pastel et douce luminosité. 

Fukada ne se contente pas de peindre une chronique intimiste, il parvient aussi à y insuffler de la politique contemporaine à travers les lointains et tristes échos de la catastrophe de Fukushima. 

Un très joli film, à découvrir.

Koji Fukada sur Christoblog : Harmonium - 2017 (****)

 

3e

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The nice guys

Le Los Angeles des années 70 est décidément très à la mode dans cette fin des années 2010. Juste avant l'hommage uchronique de David Robert Mitchell (Under the silver lake) et le dernier Tarantino (Once upon a time... in Hollywood), Shane Black nous offrait cette comédie acidulée et fort bien rythmée.

The nice guys est aimable en tout point.

Tout d'abord, le casting est formidable, emmené par un Ryan Gosling irrésistible en privé raté et maladroit. Il confirme dans ce film qu'il est meilleur acteur de comédie (on l'avait déjà constaté dans Crazy, stupid, love) que de drame (ses prestations dans les Winding Refn ne m'ont jamais convaincu). Russel Crowe campe un partenaire parfait dans ce buddy movie à la sauce seventies. Margaret Qualley, qui est aussi dans le Tarantino, est nickel, tout comme la jeune Angourie Rice, dont le personnage de pré-ado dégourdie apporte beaucoup au film.

The nice guys est aussi formidablement écrit, émaillé de scènes drôles et originales, ménageant des ruptures de ton surprenantes qui nous prennent à revers. Enfin, la réalisation dynamise l'action tout en tirant pleinement profit de décors somptueux.

Un régal de comédie policière.

 

3e

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Baisers volés

Nous retrouvons dans Baisers volés le jeune Antoine Doisnel, découvert enfant dans Les quatre cents coups.

Antoine est maintenant un jeune adulte, qui se fait virer de l'armée au moment où le film commence. Les premiers plans assurent une solide connexion avec le premier film de Truffaut, tourné neuf ans auparavant : par exemple on découvre Antoine en train de lire le Lys dans la vallée de Balzac, et on se souvient du début d'incendie que le culte de l'écrivain avait failli déclencher dans l'appartement de ses parents.

Si le personnage est le même, les deux films sont très différents. Les quatre cent coups était un film ramassé, tendu, d'une grande cohérence artistique. Baisers volés est une histoire d'initiation oedipienne décousue, au style haché (le film comprend un nombre de plan incalculable), qui multiplie les ruptures de ton, les pistes narratives et les effets de manche scénaristiques, comme l'incroyable déclaration finale de l'amoureux.

Le résultat est mitigé. On peut être séduit par la vivacité de l'ensemble, sa progression à la limite du picaresque, mais on peut aussi être décontenancé par la faiblesse de certaines scènes, les limites techniques du film (qui mériterait une sérieuse restauration, notamment au niveau du son) et la relative transparence de Jean-Pierre Léaud, qui surjoue parfois l'hébètement perplexe.

François Truffaut sur Christoblog : Les quatre cents coups - 1959 (***)

 

2e

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Swimming pool

Pour son sixième long-métrage, François Ozon signe une oeuvre très classique dans sa forme (presque trop, diront certains) et dans son fond, sous influence clairement hitchcocko-de palmienne.

Le scénario, qu'il a lui-même écrit, commence un peu mollement et la mise en place du film suit des voies très attendues pendant sa première demi-heure.

L'irruption de de Ludivine Sagnier, dans le rôle d'une bimbo d'une explosivité rare, réveille le film. A partir de ce moment-là, l'intrigue devient plus amusante, les thèmes habituels du cinéma d'Ozon affleurant ici ou là (la psychanalyse, les faux-semblants, les images à double-fond, le double, les pulsions inassouvies, la permissivité des genres).

On cherche alors à deviner le retournement de situation final qu'on sent bien arriver, mais qui reste difficilement prévisible au regard de son importance.

Un exercice de style qui génère un petit plaisir intellectuel, mais qui souffre de maladresses et de longueurs qui empêchent une adhésion plus franche.

François Ozon sur Christoblog :   8 femmes - 2001 (**) / Potiche - 2010 (***) / Dans la maison - 2012 (**) /  Jeune et jolie - 2013 (*) / Une nouvelle amie - 2014 (***) /  Frantz - 2016 (***/ L'amant double - 2017 (**) / Grâce à Dieu - 2019 (****)

 

2e

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Midsommar

En dépit de nombreux défauts (un script un peu faible, quelques longueurs, des personnages à la psychologie superficielle, des scènes trop tape à l'oeil), Midsommar s'avère être une expérience de cinéma très intéressante.

Alors que je m'attendais à un film horrifique un peu basique en mode écolo-bobo, la seconde oeuvre de Ari Aster s'avère être un huis-clos en plein air d'une lumineuse beauté. Quasiment tout l'intérêt du film tient dans ce cadre naturel d'une incroyable sérénité et aux décors qui y sont implantés, comme autant de repères dans le dédale sensoriel dans lequel va s'égarer Dani, jouée par une excellente et terrienne Florence Plugh.

La suite d'évènements dramatiques qui vont se dérouler dans cet environnement idyllique, toujours baigné d'une lumière éclatante, est certes très prévisible, mais la consistance de la direction artistique (décors, costumes, accessoires) rend l'expérience particulièrement immersive. Le contraste entre la gentillesse décérébrée des hôtes et la prise de conscience progressive de Dani donne tout son sel à la deuxième partie du film, dont la fin est très réjouissante.

Une réussite donc, que tout le monde peut regarder sans crainte, les scènes gore se comptant sur les doigts d'une main. Le film fait ressentir plus qu'il ne fait peur.

 

3e

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Autoportrait #2 / Piet Mondrian

Autoportrait - 1918
Kunstmuseum, La Haye
 
Mondrian peint ce tableau en 1918. Même s'il ne fut pas conçu pour lui, il devient en 1920 la possession de son bienfaiteur et ami de toujours, Salomon Slijper. Entre 1915 et 1920, le peintre ne parvient pas subvenir à ses besoins et seuls les achats de Slijper lui permettent de s'en sortir (et notamment d'effectuer un important séjour à Paris en 1919). Ce tableau est donc indirectement le gage d'une reconnaissance vis à vis du mécène qui lui a véritablement permis de devenir peintre.
 
La fameuse première composition aux rectangles rouges, jaunes et bleus n'apparaît qu'en 1921. Jusqu'alors, Mondrian n'a quasiment peint que des tableaux figuratifs, parfois très stylisés, mais quasiment toujours connectés d'une façon ou d'une autre à la réalité.
 
Depuis quelques années, Mondrian s'essaye à quelque chose de différent, quelque chose de radicalement abstrait. A l'arrière plan de cet autoportrait figure d'ailleurs des cartons préfigurant un tableau de ce type, qui pourrait ressembler à la Composition illustrée ci-dessous, peinte en 1917.
 
L'artiste est à un tournant de son art : du figuratif (son propre portrait) il est en train de basculer dans l'abstrait, qu'il représente dans ce tableau, comme une prémonition du fait que cette nouvelle voie va le rendre immensément célèbre.
 
Salomon Slijper, qui assurait la promotion des oeuvres de Mondrian jusque là, ne va pas suivre le peintre dans la voie qu'il entrevoit, pour de multiples raisons. Ce bel autoportrait, à la fois sévère et pénétré, est donc une image à double détente : il marque la transition d'un style à un autre, en même temps qu'il dit au revoir à ami. 
 
Malgré le peu de goût du collectionneur de la Haye pour l'abstraction que peint exclusivement  à partir de 1920 Mondrian, les deux hommes ne cesseront toutefois d'échanger et de s'apprécier très longtemps (amitié à peine ternie par le léger anti-sémitisme de Mondrian - Slijper était juif), leur amitié scellant un curieux paradoxe : Mondrian a pu devenir un des maîtres de l'abstraction grâce à un homme qui a surtout aimé sa production figurative, aujourd'hui quasiment oubliée. 
 
Voir aussi sur Christoblog :
- Autoportrait #1 : Frida Kahlo

 

Cet article fait partie d'une série consacrée aux autoportraits, que je collectionne sous forme de cartes postales. Si vous souhaitez m'aider à compléter ma collection en m'envoyant une carte postale d'autoportrait, n'hésitez pas à m'envoyer un message privé par ici , je vous donnerai mon adresse postale.

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Peaky blinders

La BBC offre de nouveau avec cette série un fleuron du savoir-faire britannique, comme elle l'a déjà fait pour le délicieux Downton Abbey.

Tout est en effet réussi dans Peaky Blinders. Si le côté un peu artificiel des décors et l'anachronisme de la bande-son  très rock peuvent surprendre dans les premiers épisodes, on est ensuite vite happés dans cette histoire certes classique (la progression d'un petit malfrat vers les plus hautes sphères du pouvoir), mais ici parfaitement illustrée. A noter que la qualité de la série est relativement constante tout au long des cinq saisons, ce qui assez rare et mérite d'être souligné.

Les points forts de Peaky Blinders sont principalement son écriture (on doit l'intégralité des scénarios à la patte de Steven Knight) et son interprétation.

En terme de progression dramatique, de rupture de ton, d'accélération des évènements, j'ai rarement vu une série plus efficace et surprenante. C'est peu dire qu'on est littéralement scotché à l'évolution de la famille Shelby et aux nombreuses péripéties et épreuves qu'elle doit traverser. Le contexte historique qui sert de toile de fond (l'IRA et la question irlandaise, Winston Churchill, la révolution russe et le mouvement socialiste, l'émancipation des femmes, la condition ouvrière) donne une profondeur exceptionnelle aux trente épisodes de la série, dont plusieurs sont de véritables joyaux de tension et se suspense.

En matière de casting, Peaky blinders réussit un carton plein. Du magnétique premier rôle joué par Cillian Murphy au moindre second rôle, en passant par un très bon Adrien Brody en guest star de la saison 4, les bonnes surprises sont légion. Citons dans le désordre un Tom Hardy (Mad Max) formidable en patron de gang juif, Aiden Gillen (le Littlefinger de Games of thrones) énigmatique en tueur tzigane, Sam Neill (Jurassic Park, La leçon de piano) ennemi convaincant en inspecteur retors dans les deux premières saisons.

Hellen McCrory (Polly) est la tête de file attachante d'une prestigieuse distribution féminine : dans la série les femmes joue un rôle au moins aussi important que les hommes.

La bande-son est aussi audacieuse qu'agréable  : Nick Cave, The White Stripes, Tom Waits, PJ Harvey, Arctic Monkeys, Royal Blood, The Black Keys, Radiohead, David Bowie, Leonard Cohen, Foals, Anna Calvi, Joy Division, The Kills, Johnny Cash, Black Rebel Motocycle Club, Anne Brun, Mark Lanegan. Un festin sonore, trash, roots et rock'n roll.

Vous l'avez compris : à ne manquer sous aucun prétexte.

 

4e

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