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Christoblog

Hijacking

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/97/21/66/20521404.jpgSi vous aimez la série danoise Borgen, un des intérêts de Hijacking est de vous replonger dans son ambiance : le scénariste et trois des acteurs majeurs de la série sont impliqués dans le film.

L’intrigue est simple. Un bateau est détourné au large de l’Afrique par des pirates somaliens, et les négociations durent très, très, très longtemps (4 mois).

Si l’ambiance globale du film est réussie, opposant judicieusement les décors froids et aseptisés de Copenhague à la moiteur régnant sur le cargo, l’intrigue souffre d’une certaine anémie. L’aspect négociation est réduit à des traits très sommaires (quelques montants de rançon écrits sur un tableau blanc) et les aspects psychologiques sont dessinés à coup de serpe. Le personnage central du négociateur, manager froid au gros égo qui pète exceptionnellement les plombs, ne m’a pas convaincu. Je trouve que Tobias Lindholm abuse des plans fixes sur ce personnage silencieux, procédé qui prétend habituellement donner à voir des gouffres intérieurs, et qui est ici juste ennuyeux.

Le film manque de profondeur, de contextualisation (il y aurait sûrement beaucoup plus à dire d’un point de vue géo-politique ou même psychologique sur ce type d’évènements) et de rythme. En choisissant un registre proche de l’épure le film court le risque de ne pas capter l’attention du spectateur sur la durée, et c’est ce qui m’est arrivé

Le Danemark sur Christoblog : The killing / Borgen / Royal affair / La chasse / Le guerrier silencieux

 

2e

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World war Z

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/087/21008783_20130528113635491.jpgAnnoncé comme l’un des blockbusters les plus réussis de l’été, World war Z s’avère être un divertissement tout juste acceptable.

La première partie du film est plaisante : la réalisation de Marc Forster est vive et l’impression d’immersion assez réussie. Le générique de début, à base d’extraits de journaux télévisés, donne un ton anxiogène au récit, qui se maintient pratiquement jusqu’au bout du film. Brad Pitt joue sobrement un agent fédéral qui a décroché des opérations de terrain mais doit y replonger, pour que sa famille soit protégée des zombies.

Ces derniers sont convaincants. Leur vitesse « de reproduction » est supersonique (il faut 11 secondes pour faire d’un vivant infecté un zombie) et cette contamination express donne des scènes absolument prenantes. Le film évite avec goût les effets résolument gore, pour se concentrer sur les tensions psychologiques et le suspense. Le passage en Israël est proprement stupéfiant, convoquant au passage une série de références historiques troublantes.

L’intrigue est suffisamment maline pour que notre intelligence ne se sente pas vraiment insultée… jusqu’à la dernière partie du film. Alors que World war Z avait jusqu’alors évité les écueils classiques de ce genre de film (sensiblerie, invraisemblance manifeste), il multiplie les erreurs lors de la séquence se déroulant dans un centre de recherche gallois. Au programme des bêtises : un message d’amour à sa famille griffonné sur un carton et placé devant une caméra de surveillance, une injection réalisée en dépit du bon sens (il pourrait demander conseil à l’interphone !) et un placement de produit en faveur de Pepsi absolument scandaleux.

Vous ne vendrez pas votre âme de cinéphile en allant voir World war Z, mais pour prendre du plaisir à la vision du film vous devez apprécier un minimum nos amis les morts-vivants.

Zombies sur Christoblog : Shaun of the dead / The walking dead

 

2e

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Ini Avan, celui qui revient

La situation du réalisateur Sri Lankais Asoka Handagama est paticulière à plus d'un titre.

Il a d'abord un « vrai travail » : il est directeur de la communication dans la plus grande banque de son pays.

Ensuite il tourne ses films en été, pendant ses vacances. Et enfin, c'est une vraie célébrité dans son pays, ayant déjà suscité de belles polémiques par le passé. Aussi, quand est sorti Ini Avan, traitant du difficile retour d'un combatant tamoul dans son village à la fin de la guerre civile, le débat a enflammé Sri Lanka, où les blessures de cette longue, longue guerre ne sont évidemment pas cicatrisées.

Ini avan a été présenté à la sélection aCid du festival de Cannes 2012 et j'ai eu le plaisir de le voir au Festival International de La Roche sur Yon en octobre 2012.

Il faut absolument dire pour commencer que Ini avan est une splendeur visuelle. Le film baigne dans une photographie admirable, les visages des acteurs et actrices sont magnifiés par des éclairages somptueux. Les cadres d'Handagama composent autant de tableaux d'une perfection quasi-surnaturelle.

Cette ambiance délicate et visuellement très réussie permet d'accepter les lenteurs d'une intrigue qui se développe lentement et bifurque en cours de film vers un sujet absolument non prévu au départ. Alors qu'il commence par traiter de la réacclimatation à la vie civile de celui qui fut un enfant-soldat, le film glisse progressivement vers une chronique sociale puis criminelle. C'est très étonnant et stimulant.

Si ces circonvolutions scénaristiques peuvent égarer un peu le spectateur inattentif, le jeu de l'acteur principal, extrêment physique, recentre toujours le film autour d'un axe qui le traverse de part en part : la violence sourde qui émane forcément de ces ex-combattants (et bien que celui qui nous est montré ici soit d'une douceur extrême).

Une découverte.

 

2e

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Le congrès

Le nouveau film d'Ari Folman vaut d'abord par l'interprétation magistrale de Robin Wright.

Le congrès se décompose en deux parties. La première, en prises de vue réelles, nous décrit comment une actrice de second plan, ayant fait beaucoup de mauvais choix dans sa carrière, se voit proposer de devenir "numérisée". Elle doit accepter de se faire modéliser, puis abandonner tout droit sur l'exploitation qui sera faite de son image.

Cette première partie est captivante. Il y règne une atmosphère à la limite du fantastique, grâce notamment au décor stupéfiant de l'entrepôt dans lequel vit l'héroïne et ses enfants. Robin Wright y joue en quelque sorte son propre rôle (en tant qu'ex-actrice de Santa Barbara et de Princess Bride), et elle est bouleversante. Les seconds rôles sont assez caricaturaux, mais plaisants.

Une fois la numérisation effectuée, le film se projette dans l'avenir, et commence la partie d'animation, qui m'a pour tout dire hérissé. Je n'aime pas le style cartoon du dessin, qui d'ailleurs n'est pas celui des photos circulant sur Internet, ce qui surprend beaucoup et d'une certaine façon constitue une sorte de tromperie. L'intrigue est extrêmement complexe : il s'agit de vie dans un monde virtuel, et de céder maintenant plus que son apparence : son essence. Pas évident de raccorder ce qu'on voit à la réalité, et d'ailleurs, quand le film s'y risque à la toute fin, le résultat n'est pas probant.

Le congrès est un film ambitieux construit sur des thématiques quasi-philosophiques (comme celle du choix, omniprésente), mais qui n'évite pas les naïvetés et la sensiblerie (l'histoire du fils), et parfois le mauvais goût. Le scénario est stimulant intellectuellement (on songe entre autres à Philip K. Dick, à Matrix et à David Lynch), mais par trop foisonnant. Le film fourmille d'idées de toute sorte, ce qui le rend intéressant, mais laisse l'impression finale de ne pas avoir été maîtrisé de bout en bout.

Une expérience à tenter pour les plus curieux.

 

2e

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Frances Ha

http://fr.web.img4.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/144/21014455_20130621152807984.jpgPrésenté à Berlin dans la section Panorama et à Totonto en compétition, Frances Ha arrive en France précédé d'une flatteuse réputation, matérialisée par exemple par les soutiens de Télérama et de France Inter.

J'attendais donc beaucoup de ce film, d'autant plus que j'ai aimé le précédent film de Noah Baumbach : Greenberg. D'ailleurs, pour ceux qui ont vu ce film on pourrait dire que Frances est la version énergique et féminine d'une dépression dont Greenberg serait la face mélancolique et masculine.

A 27 ans, Frances voudrait être une adulte mais n'y parvient pas. Dès les premières minutes du film elle se fait larguer par son mec, suite à une jolie scène où elle refuse maladroitement une proposition d'emménagement ensemble. C'est que Frances a une amie, Sophie, personnage de fille intellectuelle et binoclarde typiquement allenienne, qui est véritablement sa raison de vivre, son alter ego : « Nous sommes comme deux lesbiennes qui ne baisent plus ensemble » dit Frances. Mais Sophie va partir habiter Tokyo avec son mec, un goujat qui prend plaisir à éjaculer sur le visage de Sophie, comme on l'apprend incidemment. Professionnellement, notre héroïne ne réussit pas à intégrer la compagnie de danse qui l'intéresse. Je vous le disais : Frances, c'est le ratage total du passage à l'âge adulte.

Greta Gerwig compose une gourde que plusieurs critiques qualiferont sans nul doute d'épatante, d'attendrissante ou de désopilante, tellement sa prestation se prête à se type de qualificatifs. Pour ma part j'ai trouvé qu'elle forçait trop le trait "gourdasse undatable".

Globalement le film lorgne excessivement du côté des clichés et des références. Il y a fort à parier que tous les papiers sur le film évoquent Woody Allen, tant l'ombre du film Manhattan plane au-dessus de Frances Ha (le noir et blanc, le personnage de blonde physique, l'importance de la musique, les rues de New-York). Mais on y entend aussi un extrait des 400 coups, Frances rate un rendez-vous à Paris où elle pourrait dîner avec un sosie de Jean-Pierre Léaud, etc. Et le film subit également l'influence évidente de séries girly. Frances Ha, sous cette accumulation d'allusions, finit par ressembler à un empilage de sucreries.

Pas désagréable à regarder, le film n'arrive jamais à être vraiment drôle (je n'ai pas ri une fois) ni triste (pas beaucoup d'émotion possible au vu des simagrées de Greta Gerwig et de l'aspect caricatural des autres personnages). Il manque au film un souffle de légéreté, une inspiration qui le démarquerait de ce qu'on peut appeler le mainstream du film US indé.

Anecdotique, à l'image du plan final, qui révèle pourquoi le film s'appelle Frances Ha.

 

2e

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En direct du Festival Paris Cinéma 2013

Jour 1

Prince Avalanche, Ours d'Argent du meilleur réalisateur à Berlin 2013, est un produit typiquement indé US. David Gordon Green produit une fable sur deux types à l'orée de la quarantaine, paumés au fond du Texas. On dirait un mélange de Wes Anderson et de Judd Apatow, sans les qualités de l'un ni l'abattage de l'autre. Indigeste, pour mon estomac en tout cas.

Autre film indé US très attendu, France Ha, de Noah Baumbach (Greenberg), est plus plaisant à regarder, mais le film paraît d'un autre temps. Ils serait sorti en 1979 qu'on aurait pu en faire un petit frère du Manhattan de Woody Allen. Aujourd'hui, il sent un peu la naphtaline à la sauce girly.

La journée décidément assez faible se finit avec un vrai navet, La tendresse de Marion Hansel, avec un scénario pitoyable, une réalisation faiblarde et un jeu d'acteur (Olivier Gourmet, Marylin Canto, Sergi Lopez) qui incite à demander le remboursement en sortie de salle.

Jour 2

Comme souvent dans les festivals, le meilleur succède au pire pour le deuxième jour, avec Ilo Ilo qui a décroché la Caméra d'Or à Cannes en mai dernier. Ce film de Singapour est un bijou de précision et d'émotion. Un vrai coup de coeur, comme visiblement ce fut le cas pour le jury de la Caméra d'Or et sa présidente Agnès Varda, qui en parla très bien lors de la remise des prix.

Jour 3

De retour à Paris le week-end suivant, je retrouve l'ami mymp pour aller voir la dernière production de Peter Greenaway (toujours vivant, et ouais) : Goltzius and the Pelican Company. C'est riche, sucré, regorgeant de sens et de surimpressions sémantiques et visuelles, bref, pas forcément très digeste. Et ça dure 2h08.

Jour 4

Le lendemain, Charlotte Rampling tente de défendre L'oeil du cyclone de Fred Schepisi, mais ce film qui se déroule en Australie représente le pire, dans le genre qu'on qualifie de téléfilm. Je n'ai jamais su exactement ce que ça voulait dire, mais en l'occurence c'est exactement ce que j'ai ressenti. Plat, vain, inutile.

Je file au cinéma Grand Action (ses couloirs obscurs, ses fauteuils élimés, ses salles improbables) pour me plonger dans le deuxième film d'Ozon, Les amants criminels, présenté dans le cadre du cyle Natacha Régnier. C'est barré, provocateur, et finalement plutôt réussi. Le film m'amène à considérer d'un oeil nouveau le cinéma d'Ozon, j'y reviendrai en détail.

Jour 5

Final en apothéose pour ma deuxième projection de La vie d'Adèle, après celle de Cannes. Mon émotion est intacte, puisque je suis au bord des larmes (d'ivresse, d'émotions, de plaisir) pendant les deux derniers tiers du film. L'atmosphère est moite, ma voisine se tripatouille les cheveux pendant tout le film. La projection constitue à nouveau une réelle expérience physique. Je pense que j'irai une troisième fois quand le film sortira.

 

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Before midnight

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/14/93/20446138.jpgEvidemment, le plaisir de retrouver Jesse et Céline est accru quand on a suivi leur aventure amoureuse depuis le début, en voyant Before sunrise il y a 18 ans et Before sunset il y a 9 ans.

Sinon, j'imagine que le film paraîtra peut-être un peu plat et ordinaire, car après tout il ne s'agit là que de montrer des situations dans lesquelles chacun pourra se reconnaître : petites piques, vieilles rancoeurs, non-dits, raccomodages. Bref, tout un arsenal de comédie romantique low-fi.

Pour les connaisseurs de la "série", ce troisième opus se distingue par une forme un peu plus élaborée, même si la majorité des scènes est toujours constituée de ces longs tunnels de conversations à deux à propos de tout et de rien. Au titre des nouveautés on a droit à un repas de copains (aux dialogues parfois légèrement artificiels), à des scènes de Jesse avec son fils, et à des décors de spots publicitaires pour la Grèce (paysages et maison magnifiques au demeurant). Bref, à différentes petites variations.

Le film parvient à renouveler son fond de commerce constitués de longs travellings avant ou arrière avec une séquence incroyable au début du film, filmant une très longue conversation à travers le pare-brise d'un véhicule. Mais la vraie nouveauté se situe au niveau du ton, avec cette fois-ci une réelle méchanceté, surtout à travers quelques phrases couperets assénées par Céline. Cette cruauté est toutefois atténuée par la grâce mutine et énergique de Julie Delpy, et le calme olympien d'Ethan Hawke. Le film réussit un prodige : celui de montrer des personnages dont le caractère reste le même au cours du temps, tout en s'adaptant à la fois aux circonstances et aux changement des corps.

Les dialogues sont toujours ciselés, le film est d'une finesse remarquable (on revoit très différemment en fin de film les scènes initiales de préparation du repas et de discussion autour du nouveau roman de Jesse).

Une gourmandise de connaisseur, qui peut éventuellement laisser de marbre ceux qui n'ont pas vu les deux premiers opus.

Retour sur le début de la trilogie sur Christoblog : Before sunrise / Before sunset

 

3e

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Man of steel

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/102/21010242_20130604164810238.jpgJ'espérais bêtement quelque chose de Man of steel, le reboot de Superman, et j'avais tort.

Le film est terriblement mauvais, qu'on le regarde sous n'importe quel angle. Les acteurs sont nuls. Henry Cavill est très probablement l'amas de muscles testostéroné le plus insipide jamais filmé. Son expressivité est inversement proportionnelle au carré de la grosseur relative de ces triceps.

A un moment du film, il tente de faire passer un sentiment sur son visage (il se concentre pour décoller), mais le pauvre n'arrive qu'à mimer le drame de la constipation avancée. Il est lamentable.

Entraînés par tant de nullité, les autres acteurs/trices semblent accorder leur violon à la médiocrité de Cavill. Même le petit nez retroussé d'Amy Adams semble affadi dans le brouet de sentiments primaires et d'hyper-premier degré qui constitue le film.

Les dialogues sont en effet d'une banalité consternante. Ils reflètent un scénario écrit avec un manche à balais, dans lequel les méchants sont hyper-méchants et les gentils hyper... bêtes. Cela donne des scènes d'un stupidité abyssale, comme celle où le père se sacrifie avec un geste de la main auguste pour sauver un petit toutou, alors qu'une tempête gigantesque épargne sa fille et son fils, à l'abri sous un simple pont.

Quand aux scènes d'action, elles n'ont rien d'original et sont beaucoup, beaucoup trop longues. On y voit un nombre d'immeubles détruits qui bat tous les records. Tous ces immeubles tombent bien proprement, sans avoir l'air de faire beaucoup de morts : on voit par là que les américains pensent toujours très fort au 11 septembre, sans évacuer le trauma par une représentation un tant soit peu réaliste.

J'ai beau chercher, je ne vois aucune circonstance atténuante à ce film qui est aussi insupportable par les trailers de placements de produit qui l'accompagnent, et en font une gigantesque pub plutôt qu'une oeuvre de cinéma.

A éviter absolument. En terme de blockbuster recyclant une franchise de légende, il vaut 1000 fois mieux aller se délecter du second degré, de la subtilité et de la malicieuse virtuosité de Star trek into darkness.

Zach Snyder sur Christoblog : Watchmen

 

1e

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Before sunset

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/35/22/35/18375030.jpgA bien des égards, Before sunset apparait comme un codicille au volet précédent, Before sunrise.

Même dispositif (une heure limite, une errance dans la ville, une fin incertaine), mais ici simplifié et raccourci. L'impression de temps réel est encore plus intense que dans le premier film de la trilogie.

Ce qui est très intéressant dans ce deuxième opus, c'est la subtile évolution des personnages. Plus agés, ils ont vécu tous les deux toutes sortes d'expérience dont ils parlent avec leur franchise habituelle. La vie leur a appris à mentir légèrement, ce qui n'était pas le cas dans le premier épisode : ils jouent ici à un jeu de chat et de souris qui est absolument délicieux (de quoi se souviennent-ils exactement l'un et l'autre ? que s'est il passé en décembre 95 ?).

Puis tout à coup, dans la voiture qui ramène Jesse à l'aéroport, une sorte de tension terrible apparaît dans les propos de Céline. Les dernières scènes dans son appartement amorce une rupture de ton. Quand Julie Delpy interprète la chanson à la guitare (quel moment de grâce absolu, qui renvoie bien sûr au livre de Jesse), elle emporte le film dans une sorte de rêve éveillé, qui laisse Jesse abasourdi (et nous aussi par la même occasion). C'est dans une autre dimension qu'on assiste finalement à la performance de Julie Delpy imitant Nina Simone. Comme le chant des sirènes envoûtant Ulysse, on se doute bien à ce moment là que Jesse est parti pour rater son avion...

La réalisation, de qualité, reste sagement discrète, ce qui est en soit un exploit (les raccords dans les conversations filmées en marchant sont invisibles). Les dialogues sont ciselés et servent à la perfection les deux acteurs, tour à tour mordants, tendres, nostalgiques, enthousiastes.

A voir absolument si on a aimé Before sunrise.

Toute la trilogie sur Christoblog : Before sunrise / Before midnight

 

3e

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Before sunrise

Alors que sort mercredi Before midnight, il n'est pas inutile de revenir sur les deux premiers volets de cette trilogie, débutée en 1995 par Richard Linklater (le réalisateur), Julie Delpy et Ethan Hawke (les acteurs) : Before sunrise, puis Before sunset.

Rappelons que ces trois films peuvent être attribués aux trois protagonistes, puisque les deux acteurs ont très largement participé au développement des scénarios des trois films, sur une idée originelle (et autobiographique si on en croit les rumeurs) de Richard Linklater.

C'est peut-être de cette intense collaboration artistique que vient cette impression saisissante de naturel et de profonde légèreté qui semble saisir tous les spectateurs de Before sunrise.

Rappelons le prétexte du film : deux jeunes gens (lui américain, elle française) se rencontre par hasard dans un train, et passe une nuit ensemble à errer dans les rues de Vienne, parlant sans cesse et tombant amoureux.

Ce qui fait l'originalité du film tient à mon sens en deux choses.

La première est la façon dont la fluidité du temps est rendue. Tous les éléments du film semblent progresser à la même vitesse, et si je puis dire dans le même sens : le train et les tramways roulent, les deux jeunes gens marchent, le temps s'écoule, les vies passent  (le cimetière), la nature suit son chemin (les étoiles, le soleil), le sentiment amoureux progresse et s'amplifie. Tous ses flux se mêlent, se croisent et se nourrissent l'un l'autre, amplifiés par la voix des deux acteurs, qui semblent exprimer un flow continu de pensée, presque jamais silencieux, et débattant avec une liberté incroyable de sujets renvoyant souvent au temps, passé ou futur (premiers souvenirs, espoirs pour l'avenir).

Le second point fort du film est la personnalité incroyable de Julie Delpy, qui est dans ce film complètement irrésistible. Tout à tour espiègle, directe, emportée, vulgaire, triste, poétique, tendre, intellectuelle, enjouée, elle déverse sur Ethan Hawke une pluie de sensations qui le rendent d'ailleurs de plus en plus silencieux, et amoureux. Les débats entre les deux personnages peuvent prendre des aspects inattendus, et brassent des sujets très divers, personnels ou philosophiques, sans jamais ennuyer. Les deux amants font preuve l'un envers l'autre d'une qualité d'écoute remarquable.

Le film multiplie par ailleurs les rencontres improbables et initiatiques (j'ai souvent pensé à des thèmes mythologiques : Ulysse, Orphée), comme par exemple les deux acteurs de théâtre, le clochard qui écrit des poèmes, les inserts sur les clients du bar, la cabine d'écoute chez le disquaire, la voyante. Le réalisateur souligne d'ailleurs cet aspect des choses  avec ces derniers plans superbes qui montrent quelques uns des décors fréquentés par le couple durant la nuit, vides et désertés. Une façon d'attester que la trace indélébile de cette histoire d'amour idéale subsiste dans l'atmosphère de la ville, comme son souvenir dans notre esprit.

Probablement un des plus beaux films jamais réalisés sur la naissance du sentiment amoureux.

La suite de la trilogie sur Christoblog : Before sunset / Before midnight

 

4e

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Né quelque part

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/96/77/48/20529460.jpgLes bons sentiments font rarement de bons films. Né quelque part en apporte une nouvelle fois la preuve.

Farid doit se rendre en Algérie pour sauver la maison de son père. Il découvre un pays qu'il ne connaît pas, remplis de personnages fort sympathiques et truculents (dont Djamel en voyou sympathique, et surtout l'excellent Fatsah Bouyahme, en photo ci-contre). Sans dévoiler l'intrigue, au demeurant fort mince, disons qu'il va se voir dépouillé de ses papiers et devoir tenter un passage clandestin vers la France.

Le réalisateur Mohamed Hamidi veut parler de trop de sujets à la fois : la situation politique en Algérie, les relations avec l'ancien colonisateur, le drame des clandestins, la joie de vivre d'une petite communauté villageoise, le souvenir de l'exil pour les plus anciens, l'amour au bled, le marché noir... Chacun est traité trop superficiellement pour émouvoir ou intéresser vraiment. 

L'autre problème du film est l'aspect totalement lisse de l'acteur principal Tewfik Jallab, dont on se demande s'il n'a pas été choisi pour son physique de beau gosse plutôt que pour ses talents d'acteurs, qui se réduisent surtout à jouer le mec qui a du mal à se réveiller le matin.

Les vraies bonnes scènes du film se passent toutes au Café du village, microcosme attachant donnant lieu à de réjouissantes scène pagnolesque souvent centrées sur l'utilisation du téléphone public et de son "réceptionniste".

Je me demande pourquoi Thierry Frémaux à décidé in extremis d'ajouter ce film très moyen à la sélection officielle du Festival de Cannes 2013.

 

2e

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Les beaux jours

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/024/21002483_20130430154418519.jpgCertains films reposent uniquement sur leur actrice.

Lorsque celle-ci est juste moyenne, et que le reste est nul, cela donne Le temps de l'aventure. Lorsque l'actrice est impériale, comme Fanny Ardant ici, et que les seconds rôles sont corrects, cela donne un film acceptable.

Entendons nous bien, il ne s'agit pas de crier au génie, ne serait-ce que parce que le scénario est dramatiquement faible. Résumons-le brièvement : Caroline, jeune dentiste retraitée, se voit offrir par ses filles un chèque découverte dans un club de retraités. Et là, badaboum, passion torride pour un animateur, Julien, qui pourrait être son fils, joué par un étonnant Laurent Lafitte mi-homme objet, mi-tombeur raté, et un peu goujat. Le mari de Caroline, joué par le toujours délectable Patrick Chesnais, fait un cocu raisonnable attendrissant.

Donc, rien de bien original dans cette histoire de passion sur le tard et sans lendemain. C'est évidemment dans le jeu de Fanny Ardant que réside l'intérêt du film. Mutique et renfermée au début, son personnage s'éclaire et s'épanouit au fur et à mesure que sa relation se développe. Cette relation est de nature principalement sexuelle, car le pauvre Julien n'en a pas beaucoup dans le ciboulot, à l'inverse du mari.

Moi qui déteste habituellement Fanny Ardant et prend un malin plaisir à la descendre en flamme, je dois bien reconnaître qu'elle dégage dans ce film une classe incomparable et que son portrait de femme assumant sa sensualité à 60 ans est confondant.

La mise en scène de Marion Vernoux est pleine de délicatesse.

A voir éventuellement.

 

2e

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Paris Cinéma 2013

Pour la troisième année, Christoblog sera présent et accrédité au Festival Paris Cinéma.

Un programme très copieux :

- une compétition qui s'annonce de très haut niveau avec par exemple le très bon film de Justine Triet  La bataille de Solférino que j'ai vu à Cannes, ou Ilo Ilo, Caméra d'or cette année

- des avant-premières exceptionnelles en présence des équipes de film, dont La vie d'Adèle, Le congrès, Grand Central, Frances Ha et des dizaines d'autres

- un hommage à la Belgique

- des rétrospectives Alain Robe-Grillet et Natacha Régnier

- un zoom Afrique du Sud

En tout plus de 300 films projetés dans une quinzaine de cinémas parisiens.

Je ne sais pas trop combien de films je pourrai voir, mais je vous tiens au courant, comme d'habitude.

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Oh boy

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/91/10/20222006.jpgOh boy commence comme un Woody Allen : une photo en noir et blanc au grain travaillé, des airs de jazz d'un autre siècle, un anti-héro qui vole d'humiliation en désillusion. On pense fugitivement que le film va évoluer vers une version arty cheap de Oslo, 31 août (24 heures, c'est le temps de faire des retrouvailles et des bilans existentiels), mais malheureusement Jan Ole Gerster est loin d'avoir le talent de Joachim Trier.

Il y a un réel mystère à voir ce film récolter une pluie de récompenses (Angers, Marrakech, 6 Lolas allemands - l'équivalent de nos Césars), alors qu'il n'est qu'une variation de plus sur le ratage d'une vie vue en une journée, totalement anecdotique et affreusement banale.

Je ne sauve du film que le début, avec un running gag assez drôle (à chaque fois que Niko veut boire un café, le sort s'acharne à faire en sorte qu'il en soit privé) et une évaluation amusante par une sorte de psy pervers, alors qu'il tente de récupérer son permis de conduire.

La suite n'est qu'une suite de séquences convenues que je ne vais pas me donner la peine de raconter dans le détail, mais dont la seule évocation permettra de jauger l'originalité : le père qui coupe les vivres, l'ex-petite amie obèse toujours amoureuse, l'acteur raté qui aurait pu réussir, le pochtron qui crève dans la solitude.

Inoffensif et inutile.

 

2e

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Star trek into darkness

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/14/33/20511891.jpgLa scène d'ouverture de Star trek into darkness, résume assez bien ce que le film sera : un condensé de morceaux de bravoure (la poursuite, l'Enterprise qui émerge de la mer), de trouvailles visuelles (les arbres rouges), de psychologie sommaire mais efficace (la psycho-rigidité et le sens du sacrifice de Spock) et de péripities bien huilées (on ne comprend pas ce qu'on voit tout de suite, mais on prend plaisir à le regarder).

Si le nouveau film de JJ Abrams n'est certes pas un chef-d'oeuvre, il constitue une version acceptable du blockbuster de SF.

Les personnages sont attachants, bien que manquant clairement de profondeur psychologique. Zachary Quinto campe un Spock très amusant, même si je regrette qu'il finisse par céder à la tentation de l'émotion. La trame de l'intrigue est assez solide, ménageant quelques adroits rebondissements. On ne sait pas exactement quel est le véritable méchant pendant une bonne partie du film, ce qui est assez malin.

Certains diront que le scénario est une énième variation autour du rapport au père, ce qui n'est pas faux, et finalement presque logique au moment où JJ Abrams s'apprête à prendre les commandes du plus grands mythe contemporain traitant du sujet, Star Wars.

La mise en scène de JJ Abrams est d'une élégance et d'une efficacité remarquables, avec quelques traits caractéristiques de son style : un sens du cadre inné, une capacité à restituer des ambiances très diverses, un rythme, une attention extrême aux acteurs (beaucoup de gros plans sur les visages), des détails inexplicables (les peintures Renaissance, le trou bleu à l'arrière d'un crâne). Les décors, paysages, et vaisseaux spatiaux sont à la fois très réalistes et très beaux, ce qui contribue grandement au plaisir éprouvé durant la projection (une qualité que ne possédait pas le récent Oblivion).

Le film piétine toutefois un peu sur la fin, multipliant les twists sans nécessité et sacrifiant au spectaculaire au point de ressembler à du Transformer cheap. C'est dommage, parce que jusqu'à ce dernier tiers trop lourd, Star trek into darkness avait réussi à maintenir une sorte de légèreté enfantine et profonde à la fois, caractéristique de JJ Abrams, qui confirme avec ce film ses talents d'entertainer exigeant. Le film, malgré son titre très sombre, est bien loin des poses prétentieuses d'un Christopher Nolan.

JJ Abrams sur Christoblog : Star trek / Lost / Super 8

 

2e

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Le joli mai

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/97/08/83/20536411.jpgTourné en 1962 au coeur de Paris, juste après la fin de la guerre d'Algérie, Le joli mai est un documentaire remarquable à plus d'un titre.

Premier point, j'ai été sidéré par la modernité des sujets abordés par Chris Marker et Pierre Lhomme, qui sont souvent encore d'actualité ou qui entrent en résonance avec celle-ci : précarité sociale, irrationalité des réactions de la Bourse, problématique des grands ensembles urbains, racisme ordinaire, condition de la femme... On est à la fois inquiet et fasciné de voir que les progrès dans nombre de domaines sont nuls ou limités.

Le deuxième aspect fascinant du film est la capacité qu'ont les réalisateurs de mêler l'intime et l'historique.

Ils arrivent magnifiquement à extraire ce qu'il y a de profondément personnel dans chacune des interviews (le jeune algérien, le prêtre ouvrier, la costumière, le vendeur de costume) tout en l'insérant dans le grand flux de l'histoire (les procès politiques, les grèves, De Gaulle, les mutations technologiques fondamentales comme la télé).

L'ensemble dégage une poésie touchante, magnifiée par une superbe photo en noir et blanc, et remarquable par les choix de cadres, de lumières et de focales, eux aussi formidablement modernes. Même la voix off d'Yves Montant, surtout présente au début et à la fin du film, est plaisante.

Je ne peux donc que conseiller cette traversée de Paris, qui multiplie les visions étonnantes et instructives sur son peuple, toutes classes sociales confondues. Un must du moment.

 

4e

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The bling ring

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/96/64/74/20533096.jpgChanel. Balmain. Zèbre et léopard, really ? Feutre noir. Scénario en guimauve. Fashion. Miu-Miu. Creux. Nice butt. Louboutin. Prada. Paris Hilton. Superficiel. Kirsten Dunst. Emma Watson. Los Angeles County Sheriff. Porsche Carrera S. Lindsay Lohan. Cocaïne. Vanity fair. Orlando Bloom. TMZ. Angelina Jolie. Lolita.The secret. Vide. Plat. Hollywood. MIA. Kate Chang. American Zoetrope. Fascination bling bling. Faiblesse criarde de la mise en scène. Rachel Bilson. Google. Roman Coppola = Israel Broussard. Talons hauts et bas de plafond. Bankrupt. Phoenix. Karma. Manque de tension. Megan Fox. Aucun intérêt. 80 amis sur Facebook. Deux. Clé sous le paillasson. Radical chic. Cool ou/et sarcastique. Chaussures rouges et rouge à lèvre. Webcam et video surveillance. Louis Vuitton. Pyjama rose. Rolex. Harris Savides. It's cute. Kanye West. Tête de mort. Jupe trop courte et jus de betterave, manque de jus de cerveau. Avicii. Gucci bag. Thomas Mars sur terre. Bret Easton Ellis du pauvre (d'esprit). No sex. Accident de voiture et ramassage d'ordures, accident d'ordure et ramassage de voitures. L.A. Hervé Léger et lourds placements de produit.  

Spring Breakers à la sauce Beverly Hills.

 

1e

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L'inconnu du lac

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/97/45/89/20530353.jpgA Cannes, peu de films firent autant parler d'eux que L'inconnu du lac, d'Alain Guiraudie, présenté dans la section Un certain regard et récompensé par le prix de la mise en scène.

Le sujet comme le traitement donnaient tous deux naissance à de nombreuses rumeurs : relations homosexuelles explicites (avec doublure porno), thriller et assassin en série, monstre lacustre de 10 mètres de long.

Il est amusant de constater que tout cela est en partie vrai, mais ne rend pas du tout justice à ce que le film est vraiment.

Un lac artificel, quelque part dans le Sud, lieu de drague et de baise entre homos naturistes. Franck, jeune homme solaire dévorant la vie, y vient tous les jours. Il tombe amoureux de Michel, sorte de Freddy Mercury à la moustache de Magnum, qui a (malheureusement) un amant, très Village People au demeurant. Un soir, Franck voit Michel zigouiller son mec dans le lac, chouette opportunité pour se glisser dans les bras de Michel, même si celui-ci est donc un assassin. Parallèlement à cette romance à haut risque, Franck discute avec Henri, un petit gros hétéro, qui vient sur la plage sans qu'on sache vraiment pourquoi, si ce n'est qu'on devine chez lui une immense solitude et des tendances dépressives.

De tout cela, Guiraudie fait une sorte de tragédie grecque, quéquettes à l'air. Unicité de lieu (la caméra ne quittera jamais les rives du lac), unicité de temps (même si le film se déroule sur plusieurs jours, la répétition mécanique des mêmes scènes rituelles d'arrivée ne fait de cette série qu'un long continuum), unicité d'action (puisque la vrai problématique du film est : Michel va-t-il tuer quelqu'un d'autre, et qui ?). Dans le rôle du choeur, on pourra ranger cet inspecteur à la fois burlesque et opiniâtre, qui trouve les mots justes pour désigner la terrible solitude de tous les protagonistes. Dans celui des faunes et des satyres, les hommes qui errent dans les bois du plaisir ne manquent pas de figures admirables, comme celui qui observe les autres en se masturbant, personnage presque comique, ou quelques anonymes réduits à leur statuts (statues ?) d'observateurs marmoréens. Dans le lac roderait une Chimère menaçante, silure colossal.

Je ne dévoilerai pas ici la fin de cet étonnant huis clos en plein air, exercice de style dont les intentions sont floues et la réalisation remarquable, si ce n'est pour révéler qu'elle est aussi prenante que le film le laisse espérer.

Une expérience hors du commun.

 

3e

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L'attentat

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/94/75/45/20353844.jpgTiré d'un roman à succès de Yasmina Khadra, l'argument de L'attentat est simple : un médecin arabe de nationalité israélienne apprend que sa femme chrétienne, qu'il croyait bien connaître, vient de commettre un attentat suicide.

Le film se décompose en deux parties assez clairement distinctes.

Dans la première, le héros apprend progressivement la vérité, puis est interrogé par la police. C'est la partie la plus faible du film, qui manque alors cruellement de rythme. Le réalisateur libanais Ziad Doueiri filme un peu à l'américaine (il fut assistant de Quentin Tarantino), mais sans rythme et sans souffle. Alors que le scénario est potentiellement explosif (si on peut dire), le film ennuie profondément.

Dans la deuxième partie, légèrement meilleure, le héros rend visite à sa famille à Naplouse, y découvre que sa femme est traitée en héroïne, et tente de remonter la piste jusqu'aux commanditaires de l'attentat. Cette partie intrigue parfois, mais ne captive jamais.

Au final, on reste perplexe devant le propos de ce film, qui n'apporte pas beaucoup d'éclairages politiques sur la situation, et semble plus ou moins renvoyer tous les protagonistes dos à dos. Au-delà de la politique, il est frappant de constater qu'on ne s'identifie jamais au personnage principal, et qu'au final on ne saura même pas ce qu'il a véritablement ressenti. Si le propos du réalisateur était de traiter de la désagrégation d'un couple, c'est raté.

L'attentat est un échec total en ce qui concerne la tension dramatique. Il obtient pourtant quelques bonnes critiques, comme si traiter d'Israel et de la Palestine avec distance justifiait d'emblée un succès d'estime. Sur un sujet voisin, Omar, film palestinien projeté cette année à Cannes dans la section Un Certain Regard est autrement plus puissant.

 

1e

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La fille du 14 juillet

http://fr.web.img4.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/97/57/81/20537280.jpgUne sorte d'hystérie collective s'est développée à Cannes autour d'un nouveau cinéma comique français dont les parangons seraient Tip top de Serge Bozon et La fille du 14 juillet d'Antonin Peretjatko. Cet engouement soudain s'est manifesté entre autre par le supplément Cannes du Monde et le numéro d'avril des Cahiers. De quoi s'agit-il ? Faire des comédies avec trois francs six sous (et pas d'euros, il y a d'ailleurs une pièce de 0 euro qui circule dans le film), être inventif avec peu de moyens, regarder plutôt vers le passé que vers l'avenir, et distiller de subtils messages en rapport avec l'actualité.

Si j'ai trouvé l'exercice absolument raté dans le cas de Tip top, je l'ai un peu plus apprécié dans le film de Peretjako.

Hector, gardien de musée, tombe amoureux de Truquette. Il descend dans le midi avec elle, son copain Pator, Charlotte (une amie de Truquette) et Bertier, qui lit un manuel de séduction en vue de conquérir Truquette. Le film est loin d'être parfait. D'abord techniquement : le manque de moyen se fait cruellement sentir, ce qui se traduit par des approximations désagréables (j'ai lu dans un article que certains champ / contrechamp avaient été réalisés à plusieurs mois d'intervalle). Ensuite le côté rétro est parfois pesant, il suffit de lire les références citées par la presse : Tati, Rozier, Iosseliani, un Godard drôle, Jean Yanne, Mocky, Dino Risi, Blake Edwards... tout cela est fort flatteur et en partie fondé, mais le film souffre de cette accumulation de références.

Ceci étant dit, Peretjatko s'en sort tout de même par des éclairs de génie drôles et/ou poétiques : l'introduction montrant les cérémonies du 14 juillet filmées en accéléré, l'idée d'avancer la rentrée d'un mois à cause de la crise, certains gags visuels. Le film propose une telle accumulation d'idées que certaines sont forcément bonnes. Il faut également noter un effort de construction beaucoup plus rigoureux que le style du film ne le laisse présager (histoires dans l'histoire, flash backs, etc..). Le personnage du faux médecin colérique, joué avec brio par Serge Trinquecoste, mérite presque à lui même le déplacement.

Au final, j'ai un peu de mal à avoir une opinion tranchée sur ce film, plongée anecdotique - mais pas désagréable - de hipsters contemporains dans la France profonde de la Nationale 7.

 

2e

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