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Christoblog

The impossible

Ayant raté le film à sa sortie, j'ai profité du Festival du Film Espagnol de Nantes 2013 pour aller voir le deuxième film de Juan Antonio Bayona (L'orphelinat).

Le sujet du film est limpide : c'est l'histoire vraie d'une famille espagnole victime du tsunami en Thaïlande (on voit d'ailleurs une photo de la famille dans le générique de fin). La mère est emportée avec le plus grand des trois garçons, alors que le père parvient miraculeusement à sauver les deux plus jeunes, puis à retrouver sa femme.

La première partie du film m'a enthousiasmé. L'atterrisage, les jeux et les cadeaux de Noël dans le village vacance, les petits tracas liés au travail : tout cela est très bien montré, et Bayona parvient à ménager un vrai suspense, à peu de frais. On sait que la vague peut arriver à tout moment, VA arriver, et le sentiment éprouvé de l'imminence de la catastrophe est très intense.

D'ailleurs le tsunami lui-même est filmée magnifiquement, cela fait bien longtemps que je n'avais pas ressenti un telle impression de réalisme au cinéma. La façon dont Bayona peint l'attitude de la mère, gravement blessée, force l'admiration. Naomi Watts et le garçon sont remarquables. Cette partie du film, absurdement réaliste et totalement sans pathos, est parfaite.

Las ! Le passage de relais à Ewan McGregor gâche le plaisir, car d'une description saisissante de réalisme le film passe alors à une mièvrerie sentimentale dont on se serait bien passé, d'autant plus que l'enjeu du père paraît bien dérisoire : pourquoi met-il en danger ses deux plus jeunes fils pour rechercher sa femme et son aîné alors qu'à l'évidence la santé de ces deux derniers est indépendante du fait qu'il soient avec lui ?

Le film dégringole dans sa deuxième partie une à une les marches de l'escalier de la facilité.

Dommage.

 

2e

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Les lendemains

Les lendemains, premier film de Bénédicte Pagnot, est un film modeste.

Modeste dans son propos : Audrey est une jeune fille sans histoire, qui vient d'avoir son bac, et qui part en fac à Rennes. Elle rencontre des squatters, et partage leur expérience, de plus en plus radicale.

Dans la première partie, Audrey a les cheveux longs et un magnifique sourire. Elle regarde le monde avec un regard qui est encore émerveillé. Dans la seconde partie, elle a les cheveux courts, et son regard s'obscurcit à mesure qu'elle entre en action.

Les lendemains est aussi un film modeste dans ses moyens : une mise en scène sensible, très proche des acteurs, mais sans esbroufe, un montage resserré, des décors quelconques. Tout dans le film respire l'économie de moyens, mais aussi la profondeur de réflexion, l'attention aux détails. Le film a été imaginé, produit et tourné en Bretagne, ce qui lui donne un vernis absolument provincial.

Construit sur des thèmes assez proches d'Après mai (le passage à l'âge adulte, l'extrême gauche, les utopies de la vie communautaire), le film est diablement plus fin que le pensum nombriliste d'Assayas.

Les lendemains révèle enfin une actrice formidable, la jeune Pauline Parigot, qui prend en charge sur ses frêles épaules une bonne partie des risques contenus dans le scénario (une relative passivité du personnage principal, des tatonnements qui font se demander où va le film). Les scènes qu'elle joue avec son amie d'enfance (Pauline Acquart) sont très belles, à l'instar de celle qui ouvre le film.

Un beau film a découvrir, qui a remporté le Prix du public au Festival Premiers Plans d'Angers.

Vu ce soir au Katorza, en présence de Bénédicte Pagnot et de son producteur Gilles Padovani, qui ont longuement répondu aux questions des spectateurs. Où l'on a eu confirmation que tourner un long-métrage est souvent le fruit d'une obstination durable : le projet s'est étiré sur 10 ans....

 

2e

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Stories we tell

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/96/15/22/20495648.jpgDans la catégorie des cinéastes qui font un film en forme de documentaire sur leur propre famille je connaissais le génial Jonathan Caouette (Tarnation, Walk away Renée), l'impayable Maïwenn qui a glissé nombre d'éléments autobiographiques dans Pardonnez-moi, et l'incroyable inconnu Jan Raiber (Tous mes pères). Il faudra désormais ajouter à cette liste la jeune canadienne Sarah Polley.

Dans Stories we tell, elle part à la recherche de ses origines : son père (introverti), sa mère (force de la nature), ses frères et soeurs.

Rapidement un mystère sur l'identité exacte de son père surgit, et commence une quête pour répondre à la question de la paternité.

Le film, comme tous les bons documentaires qui se respectent, fontionne par la grâce d'un montage profondément manipulateur, qui démontre la puissance de cet outil au cinéma. Sugar man est un autre exemple récent de documentaire monté comme une fiction.

Le souci, c'est qu'ici la narration est un peu répétitive, et souvent trop démonstrative. Le film connaît vers son milieu une grosse panne, une fois la révélation principale dévoilée, et peine à trouver un second souffle. Il manque à Sarah Polley le lyrisme poétique et foutraque de Caouette, ou l'amateurisme burlesque de Raiber.

Si on comprend bien pourquoi et comment Sarah Polley mène son film (une quête intime, une analyse publique...), on se demande tout à coup ce que cette histoire peut avoir d'exemplaire, ou même d'intéressant.

Malgré ses réserves, l'expérience n'est pas inintéressante et reste irradiée par la personnalisité incroyablement solaire de la mère, dont on finit par se dire qu'elle est le véritable coeur du film - les pères étant au final (qu'ils m'excusent) un peu fades.

 

2e

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Oblivion

Les films de SF des années 2010/2013 (Prometheus, Tron : l'héritage) cumulent en gros les mêmes qualités esthétiques et les mêmes défauts structurels qu'Oblivion.

Au rayon des qualités, il faut reconnaître au film de Kosinski une certaine beauté plastique, dûe en grande partie aux décors, notamment à celui de la station perchée dans les cieux. Les vêtements, les meubles et la déco rétro-futuriste font leur petit effet. D'autres aspects sont plus disscutables, comme les flingues en carton-pâte, la combi en papier sulfurisé et la moto playmobil.

Deuxième intérêt du film : le pouvoir de séduction des deux actrices. Andrea Riseborough est renversante en glaciale beauté rousse, et Olga Kurylenko n'a pas grand-chose à faire pour capter l'attention.

Au rayon des éléments moyens je mettrais volontiers le scénario. Somme toute prévisible et franchement lourdingue par moment, on ne peut nier qu'il possède un certain charme et surtout une vraie cohérence, ce que ne possédait pas celui de Prometheus.

Toujours dans la catégorie "moyen" j'ai beaucoup de mal à me prononcer sur la performance de Tom Cruise, qui, s'il n'est pas mauvais, ne donne pas l'impression d'avoir adapté son travail au contexte de la SF. Il bouge, sourit et porte des lunettes de soleil comme dans les Mission Impossible, et c'est un peu dommage.

Quand aux défauts du film, je synthétiserai en disant que le film manque singulièrement de personnalité. Son rythme est trop lent, certains détails sont franchement ridicules (oh, la petite cabane et son panier de basket, gloire aux Etats-Unis éternels), et les ruptures de ton nuisent à la cohérence du film. Des personnages ne sont qu'esquissés et certaines péripéties semblent franchement artificielles. On ne peut s'empêcher de penser au détour d'un décor ou d'un costume à d'autres films de SF, autrement plus convaincants, comme Star Wars, Alien ou 2001. C'est mauvais signe.

Au final, je déconseille donc. En matière de SF les derniers films marquants restent donc le Star Trek de JJ Abrams et la partie futuriste de Cloud Atlas.

 

2e

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Pieta

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/92/85/95/20483394.jpg Pieta, Lion d'or au dernier festival de Venise, est un film sparadrap.

Vouliez-vous en oublier le propos, l'ambiance ou le souvenir, que le film de Kim Ki-Duk vous poursuivra au plus profond de vos nuits, sans rémission. Car le film est ainsi : sec, aride, violent comme un coup de poing, peu aimable, comme du Pialat trash à la sauce coréenne, un objet qu'on pense détester avant de se rendre compte, avec horreur, qu'il a pris possession de votre âme.

Deux mots du pitch, avant d'aller plus loin, et sans spoiler, ce qui serait suprêmement dommageable (mais dire cela c'est déjà spoiler) : Kang-do recouvre des dettes. Il n'hésite pas à estropier ses victimes pour cela, afin qu'elles touchent une assurance (et parfois, comble de l'horreur, avec leur bénédiction). Un jour une femme se présente, qui est la mère de Kang-do, et entreprend de le sauver du mal...

Le film est remarquable de plusieurs points de vue. D'abord sa photographie, d'une beauté sur-réelle, qui rend les horreurs décrites presque aimables. Pieta, c'est un peu Léonard de Vinci qui illustre Sade ou Bataille. La mise en scène de Kim Kim-Duk est souveraine, aérienne, précise, cruelle. Le jeu des deux acteurs principaux est absolument magistral : lui est charismatique avec sa lippe boudeuse et sa lente transformation, elle est rayonnante. Quant au scénario, il est d'une complexité étonnante, la seconde visite à chacune des victimes s'avérant beaucoup plus ambigüe qu'il n'y paraît.

Ajoutez à cela l'incroyable génie des décors qui caractérise le film, et le tableau saisissant d'un quartier de Séoul qui se meure, et vous obtiendrez une pièce marquante du cinéma coréen contemporain.

Le film, qui ne présente aucune image gore, est considéré par certains comme extrêmement violent (témoins ces vagues de spectateurs bon chic bon genre quittant la salle à Deauville lors d'une fameuse scène qui s'avérera - ironie du script - autre chose que ce qu'elle paraît être, mais ceux qui ont quitté la salle ne le sauront jamais). Il ne l'est que par ce que nous pensons, nous spectateurs, de ce que nous voyons. Où est la bassesse, où est la raison, où sont les tords des uns et les raisons des autres ? Pieta est doistoievkien en diable et c'est pour cela que je l'aime.

Un oeuvre forte à déconseiller aux âmes chastes.

 

4e

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Le repenti

Au milieu de ma semaine cannoise 2012, j'ai eu la surprise de voir ce joli film, dans une petite salle repassant en fin de soirée des films de la Quinzaine. Merzak Allouache était là, avec une bonne partie de ses acteurs, qui, disons-le, sont tous excellents.

Il y avait dans l'air une atmosphère de gravité et d'émerveillement, lié au sujet du film, que je ne dévoilerai que très partiellement, pour ne pas gâcher votre plaisir de spectateur. Difficile dans ses moments d'émotion d'imaginer qu'Allouache est aussi le réalisateur de Chouchou.

D'abord, saluons le procédé narratif, très malin : un personnage donne une info à un autre lors d'une conversation téléphonique. On ne saura qu'à la fin du film la teneur, évidemment dramatique, de cette info, autour de laquelle tout le film va graviter.

Dans le contexte de l'histoire algérienne récente, de sa guerre civile et de ses horreurs, Le repenti traite avec un certain brio de la notion d'amnistie, et de pardon (la "Concorde civile" qui permit à certains islamistes de se réinsérer dans la société). Le début du film est particulièrement réussi, avec un côté naturaliste très plaisant. Il se développe ensuite sur un mode un peu trop lent, parfois opaque, avant un final particulièrement spectaculaire. Comme un bon vin il possède une belle longueur en bouche.

Le film a été très mal reçu en Algérie, ce qui révèle beaucoup de la profondeur des plaies encore ouvertes.

Une découverte.

 

2e

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Ici et là-bas

Il arrive qu'on sorte d'une salle de cinéma en pensant simplement : "Quel beau film".

Cela n'est pas si fréquent, les films étant souvent ratés, impressionnants, amusants, affreux, hilarants, légers, intenses, surprenants... mais rarement simplement beaux.

C'est pourtant bien l'adjectif qui vient à l'esprit après la projection du premier film d'Antonio Méndez Esparza, tourné au Mexique.

De quoi s'agit-il ? D'un musicien mexicain qui a été contraint de s'expatrier aux USA, et qui revient dans sa famille. Il retrouve sa femme, qui est enceinte et va accoucher, et ses deux filles, qui ne l'ont pas vu depuis longtemps. Il cherche du travail, monte un groupe de musique, et cherche simplement à vivre une vie douce et heureuse.

Le film n'est pas plus qu'une tentative de filmer le bonheur, mais il l'est intégralement. Le jeu des acteurs et actrices respire la sincérité et la sensibilité. La mise en scène est superbe, à base de plans assez larges et souvent fixes. L'acuité, la douceur, la tendre exigence du regard que le réalisateur pose sur son histoire et ses personnages rendent le film unique.

Si parfois on pourra trouver Aqui et alla un peu lent, c'est parce qu'il prend son temps pour décrire les sentiments des uns et des autres. Les moments de joie ou de tension sont captés par une caméra hyper-sensible, et donnent des moments d'intense beauté, comme ce long plan-séquence durant lequel Pedro joue de la guitare, où un de ces derniers plans où l'on voit les deux jeunes soeurs converser à propos du départ de leur père.

Au final, Ici et là-bas est un film à conseiller à tous ceux qui aiment un cinéma calme et attentif. Le jury de la Semaine de la Critique 2012, présidé par Bertrand Bonello, ne s'y est pas trompé, en lui discernant son Grand Prix.

 

3e

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En direct du Festival du film espagnol 2013

Mercredi 27 mars

Début timide : les deux séances des Amants passagers (en présence d'une partie des acteurs du film) étant complètes au Katorza, je me rapatrie sur l'UGC, et je suis très déçu, pour les raisons que j'explique dans ma critique.

Vendredi 29 mars

Véritable début de festival au Katorza avec un film dont je ne sais pas s'il sortira en France, Les enfants sauvages, film catalan de Patricia Ferreira. Beau portrait d'un trio d'adolescent un peu paumés, le film me surprend par la sensibilité de ses portraits, l'audace de son montage et l'efficacité de sa mise en scène. Un véritable thriller psychologique bati autour d'un évènement dont on ignore la nature exacte jusqu'à la fin ultime, et qui s'avère finalement une sorte de MacGuffin. Solide et plaisant.

Dans la foulée, c'est un plaisir délicat de retrouver Jean Rochefort impérial dans le dernier film de Fernando Trueba, L'artiste et son modèle. Une photographie magnifique et de beaux moments de cinéma.

Samedi 30 mars

La séance de 11h au Katorza, un samedi pluvieux et froid, possède toujours une saveur particulière. Ce matin c'est pour aller voir un film délicieux et adorable, Les hommes ! De quoi parlent-ils ?, qui porte très mal son titre original espagnol (Un pistolet dans chaque main), puisqu'il ne s'agit ni d'un polar, ni d'un western, mais d'une sorte de tableau en 5 actes de l'âme masculine de 30 à 50 ans, comme un croisement de Woody Allen et de Kieslowski. C'est malin, beau, magnifiquement joué et proprement jouissif. Pas de sortie française prévue pour l'insatnt et c'est bien dommage. J'écrirai prochainement un billet dédié à ce film très agréable.

Mercredi 3 avril

A 22h15, j'espère beaucoup d'Insensibles, relativement mal distribué en France en 2012, mais dont j'ai entendu beaucoup de bien. Malheureusement, le film, exploitant la veine fantastique dans laquelle les Espagnols excellent ces dernières années, ne parvient pas à dépasser le stade du convenu et de l'artificiel.

Samedi 6 avril

Passage éclair au Katorza pour le beau Ici et là-bas, premier film de l'espagnol Antonio Méndez Esparza, tourné au Mexique, et justement récompensé à la Semaine de la Critique 2012. Un beau film, émouvant, touchant, très juste. A noter que la séance fut troublé par le malaise d'un spectateur qui dut être évacué en urgence par les pompiers. C'est la première fois que j'assiste à cela dans une salle de cinéma, ce qui est finalement curieux, vu mon assiduité. Impressionnant.

Dimanche 7 avril

Dernier jour du Festival. En fin d'après-midi, je plonge avec angoisse dans The impossible, implacable chronique du tsunami en Thaïlande. Je connais bien ces coins là, et le film m'a procuré beaucoup d'émotions. Il commence très bien, mais malheureusement n'arrive pas à tenir sa trame réaliste sans fioriture, pour verser progressivement dans le pire sentimentalisme. C'est bien dommage.

Le film de clôture Hold-up (Atraco!) est ennuyeux au possible. Le film est d'un académisme rebutant. Il oscille entre plusieurs genre (comédie burlesque, puis sentimentale, film noir, chronique politique, revival des films de gangster des années 50), sans réussir à exceller dans aucune. C'est souvent affligeant, d'autant plus que le film semble avoir disposé d'un budget considérable. Typiquement un film de dimanche soir sur TF1, enfin, plutôt sur TSE, car il est fort peu probable que le film d'Eduard Cortès trouve jamais le chemin des écrans français.

Palmarès : le jury, présidé par Serge July a accordé sa récompense principale, le prix Jules Verne, à l'excellent Les hommes ! De quoi parlent-ils ? , et c'est bien mérité. J'espère qu'il trouvera un distributeur en France.

A l'année prochaine !

 

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Insensibles

Au départ, une idée intéressante : dans les années 30, on découvre un groupe d'enfant insensibles à la douleur. Cette particularité les rend dangereux (pour eux-mêmes et pour les autres, puisque il peuvent faire le mal sans l'éprouver). Du coup, ils sont enfermés dans un hôpital psychiatrique

Alors qu'on suit le sort de ces enfants (et de l'un d'entre eux plus particulièrement), le film propose un montage alternatif avec l'histoire d'un neuro-chirurgien atteint d'un cancer incurable qui recherche ses parents biologiques.

Les deux histoires, entrelacées, finiront évidemment par se rejoindre.

Face à ce film, j'ai éprouvé des sentiments contradictoires : au début, passablement agacé par le formalisme un peu suranné des décors et de la mise en scène, j'ai fini vers le milieu du film à m'intéresser au déroulement de l'intigue. C'est l'irruption de la guerre qui a provoqué ce déclic. Puis, au fur et à mesure que le film avançait, je l'ai de nouveau de moins en moins aimé, jusqu'au final, d'une laideur et d'une bêtise considérables.

Au final, l'impression que j'ai eu est celle d'un gâchis, dû à un excès de formalisme. Trop de décors tue les décors, trop d'intention nuit aux intentions. Le film est excessivement démonstratif, alors que sa trame est relativement saine. Un cas d'école en matière de ratage.

 

2e

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La maison de la radio

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/92/43/80/20460238.jpgVu en avant-première au Katorza, à Nantes, en présence de Nicolas Philibert.

Comme toujours au Katorza, Nicolas Philibert s'est longuement prêté au jeu des questions réponses, à l'issue de la projection de son film. Doux, précis, attentif, le réalisateur de Etre et avoir et de La ville Louvre, a très bien exliqué sa démarche de documentariste : choisir où poser sa caméra, se fier au hasard qui fait bien les choses, puis passer de très long mois, seul, au montage du film pour passer d'une centaine d'heures de rush à un film de 1h43.

L'objectif de ce documentaire est ambitieux. Filmer la radio en train de se faire, mettre des images sur les ondes sonores, est une affaire délicate, et même dangereuse. On pourrait en effet craindre que la magie de la radio ne soit ternie, souillée par les images : on n'a pas forcément envie de savoir quelle tête à ce présentateur qu'on écoute tous les jours dans sa voiture.

Nicolas Philibert a tourné dans les radios du groupe Radio France. On voit donc des émissions de France Inter, de France Culture et France Musique. Les sujets sont variés et c'est un des plaisirs du film que de passer d'une émission très connue (la matinale de France Inter) à la production de choses beaucoup plus pointues comme une dramatique sur France Culture, qui pour moi est la plus belle partie du film.

Ce qui frappe dans La maison de la radio, ce sont les choix audacieux de Nicolas Philibert (comme quoi le documentaire vaut bien la fiction en matière de réalisation) : cadrage au plus près, refus du hors champ, gestion des tempos et du montage alterné. On est frappé par le sentiment presque religieux qui semble habiter les présentateurs, techniciens et producteurs que l'on voit à l'écran. Leur travail souvent solitaire (étonnant plans des journalistes écrivant leur papier dans la nuit), leur concentration extrême, l'expressivité des visages lorsque les présentateurs s'expriment : tout cela est étonnant et donne une idée très belle et puissante de la création radiophonique.

Ajoutez à cela des personnages hors du commun (la rédac chef à la gouaille irrésistible, Frédéric Lodéon émergeant à peine de sa pile de CD, le stagiaire qui se fait tancer avec un sourire désarmant, l'écrivaine attendant anxieuse la première question) et vous obtiendrez les ingrédients d'une bonne soirée, hors des sentiers battus.

 

2e

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L'artiste et son modèle

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/95/10/35/20380019.jpgLe dernier film de Fernando Trueba possède deux atouts de taille.

 

Le premier, c'est l'interprétation exceptionnelle de Jean Rochefort. D'abord taciturne et peu loquace, le vieil acteur (82 ans) devient brutalement souriant, puis expressif, puis amoureux, dans un tourbillon de signes à peine perceptibles. C'est peu de dire que le visage de Rochefort est un paysage : le moindre froncement de ride évoque des mondes de sentiments, le plus petit plissement de paupières soulève des tempêtes de sensations. 

 

A ses côtés, la jeune et ô combien pulpeuse Aida Folchs remplit parfaitement son office. Bien en chair, belle, mais d'une singulière beauté, elle donne une réplique idéale au vieux sage, ce qui fait naître de très beaux moments, dont une scène sublime, lors de laquelle est commenté avec un brio incroyable un dessin de Rembrandt. Un grand moment de cinéma.

 

Le deuxième atout du film est sa photographie en noir et blanc, magnifique. On ne se lasse pas de la caresse du soleil sur la peau du modèle, de la façon dont la nature est filmée, des effets de flou et de profondeur de champ, de cette façon presque magique d'éclairer les différentes parties du cadre avec une égale délicatesse.

 

J'ai craint dans un premier temps que le scénario ne s'égare dans des lieux communs un peu vains (comme Renoir, par exemple, qui partage tant de points communs avec le film de Trueba), mais j'avais tort. La patte de Carrière pour construire du solide et intéressant (la visite de l'officier allemand par exemple) fait de nouvelle fois son oeuvre.

 

Le film est beau, sensible, parfois drôle, souvent touchant, et continûment stimulant. De la belle ouvrage.

 

3e

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Les amants passagers

Malheureusement pas grand-chose à sauver dans cet Almodovar mineur, si ce n'est le générique pimpant, typiquement movida revival.

Les tics du réalisateur espagnol ne fonctionnent pas du tout dans cette comédie prétendument loufoque. Les stewarts sont tous gays façon Cage aux folles, mais ça ne fait plus rire grand-monde depuis que Michel Serrault est mort, j'imagine.

Les anecdotes concernant les différents personnages sont inintéressantes au possible, le summum de l'ennui étant généré par les scènes tournées en dehors de l'avion, complètement fades et inutiles.

L'impression générale est celle d'un laisser-aller coupable, d'une friandise bon marché bâclée, d'une bande-annonce dont on aurait allongé la sauce.

Le passage comédie musicale évoque un vieux clip des années 80 tourné à peu de frais dans le garage d'un étudiant en cinéma, la vulgarité atteint des sommets de non-drôlerie, et les dernières scènes ajoutent encore au ridicule du film. Indigne du maître.

 

2e

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Le mur invisible

Une sorte de nouvelle passion morbide pour le cinéma autrichien, que je ne partage avec personne de raisonnable, je dois bien le reconnaître, m'a poussé à aller découvrir le film de Julian Roman Pölsler : Le mur invisible. En réalité, je dois dire que c'est également le pitch du film, tiré d'un roman de Marlen Haushofer, Die Wand, qui m'a attiré.

Une femme se rend chez des amis, dans un chalet complètement isolé en montagne, et se trouve inexpliquablement séparé du reste du monde par un mur invisible, au-delà duquel le monde semble s'être figé. Elle doit apprendre à survivre dans les bois, accompagné de quelques animaux, sans savoir ce qui s'est passé au-delà du mur.

La première partie du film est très belle. Nous faisons d'abord connaissance avec le prersonnage de la femme, joué par l'excellente Martina Gedek, puis nous la suivons avec un ravissement perplexe dans sa découverte du mur. Le film réserve ici ses plus belles séquences, empreintes d'une sorte d'étrangeté très travaillée. Le mur en lui-même est réellement invisible, et les contacts de la femme ou des objets avec sa consistance froide et lisse donne lieu à des images surprenantes. Un très beau travail sur le son renforce le sentiment de bizarre. Pölsler montre la nature avec un brio assez étonnant qui évoque en vrac, Stephen King, Terence Malick ou Pascale Ferran. 

Le film prend ensuite un tout autre tour qui le fait quitter complètement le rayon SF pour le faire entrer dans la catégorie introspection métaphysique. L'exploration méthodique du mur n'a donc pas lieu, ce qui a dérangé mon esprit d'explorateur de merveilles inexpliquées, et laisse place à de longs monologues sur la condition de l'être humain dans la nature, et de ses relations avec les animaux.

Du coup, bien que toujours très beau, le film m'a paru de plus en plus ennuyeux, jusqu' à un final qui m'a un peu désolé (mais je ne peux pas en dire grand-chose sans déflorer le film, ce que je ne fais habituellement pas, sauf en cas d'antipathie résolue ou de haine féroce envers le réalisateur).

Je résume donc pour les fainéants, qui ne lisent que le début et à la fin de mes articles : un début en fanfare, une nature magistralement filmée, un essouflement progressif, une fin ratée.

 

2e

 

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Nouvelle cuisine

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/36/19/95/18833074.jpgMerci Fabrice, qui m'a prêté le DVD de Nouvelle Cuisine (Fruit Chan, 2005).

Le film, à l'origine un des tronçons du film à sketches 3 extrêmes (avec Takashi Miike et Park Chan-Wook, excusez du peu), est développé ici sous forme de long-métrage, et il est particulièrement réussi.

Le sujet semble proche du film d'horreur (une jeune femme cuisine des beignets au foetus humains pour accroître sa longévité et celle de ses clients), mais en réalité il ressort plus de la catégorie thriller psychologique.

Sans dévoiler les ressorts de l'intrigue ( ce serait dommage), qui finalement s'apparente au mythe de Faust (êtes vous prêt à vendre vôtre âme pour rajeunir ?), il faut avouer que le film captive de bout en bout. La mise en scène de Fruit Chan (le bien-nommé) est sucrée, acidulée et maîtrisée. Les deux actrices principales (la jeune et la moins jeune) sont toutes deux remarquables.

On regarde cette allégorie un peu tremblant, hésitant, se demandant exactement de quoi il retourne, avant d'être à proprement parler scotché par l'élégance de la narration.

Un plaisir esthétique et intellectuel.

 

3e

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20 ans d'écart

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/96/11/54/20458377.jpgJe craignais que 20 ans d'écart soit une comédie nulle se contentant se surfer sur la mode des femmes de 40 ans (cougar, MILF, etc) flashant sur les petits jeunes de 20 ans.

J'avais raison.

Alors, allez-vous me dire, pourquoi m'infliger à moi-même la triste punition d'un visionnage inutile, alors que tant de film méritent d'être vu ?

Pour plusieurs raisons :

1 - parce que je voulais revoir Pierre Niney, découvert dans le passable Comme des frères, où il crevait l'écran

2 - parce que je voulais enfin voir Virginie Elfira, afin de vérifier qu'elle était aussi mauvaise actrice que je le lisais, et de ce point de vue, c'est parfaitement réussi

3 - parce que mes lecteurs ont droit de temps à autre à la critique d'un film qui ne vient pas d'Ouzbékistan ou de Papouasie Nouvelle-Guinée

4 - parce qu'on n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise en matière de comédie romantique, sauf qu'ici le film n'est ni drôle (ai-je ri une fois ? je ne le crois pas), ni romantique (on ne sent jamais vraiment la naissance d'un sentiment amoureux entre les deux personnages)

5 - parce que je n'ai pas payé ma place

6 - pour pouvoir dire du mal

Voilà. Maintenant, si vous lisez cette critique après avoir vu le film, tirez-en au moins un enseignement : il est préférable de lire Christoblog avant de faire ses choix.

 

1e

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Festival du cinéma espagnol de Nantes 2013

Je serai présent (et accrédité pour la troisième fois) au Festival du cinéma espagnol de Nantes.

La programmation est cette année encore une fois très alléchante avec :

- les meilleurs films espagnols de l'année, qu'ils sortent en France (Les amants passagers, Biancanieves, The impossible, L'artiste et son modèle, Insensibles) ou pas

- une compétition toujours intéressante

- la présence de Costa Gavras

- un hommage à José Luis Borau

De bien beaux moments en perspective, comme en 2012.

 

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Cloud atlas

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/92/29/61/20193100.jpgCloud Atlas est intellectuellement stimulant et plastiquement gratifiant.

Pour ce qui est de l'intellect, rappelons comment le film est construit : 6 histoires apparemment sans rapport entre elles s'entrecoisent par la grâce d'un montage très calculé pendant 2h45. Trois de ces histoires se déroulent dans le passé, une dans le présent, une dans l'avenir, et la dernière... on ne sait pas.

Chacune de ces histoires ne suffirait pas à elle seule à fournir la matière à un long métrage (sauf peut-être celle de Somni). Elles ont certes chacune un intérêt en terme de narration comme de rapports psychologiques, mais elles se trouvent sublimées par leur mise en perspective réciproques.

Si le scénario (et le roman je suppose) offre des relations un peu anecdotiques (tel livre, lettre, lieu ou bijou se retrouve dans plusieurs histoires), c'est surtout l'art purement cinématographique du montage qui donne à Cloud Atlas son charme si particulier : c'est la première fois que je vois des histoires aussi différentes dans leur style (comédie, aventure, histoire, SF) se répondre avec un tel naturel. Les effets de montage sont surprenants : une porte se ferme dans une époque, une autre s'ouvre dans le plan suivant. Le vertige visuel de l'entrelacement est amplifié par le fait que les acteurs se retrouvent dans plusieurs épisodes, à peine reconnaissables parfois.

La construction du film est de ce point de vue une franche réussite.

Deuxième aspect positif du film, c'est sa perfection visuelle. Autant L'odyssée de Pi paraissait lourdingue et factice, autant les mondes décrits ici sont confondants de réalisme. Ma préférence va à la partie concernant le musicien, pour son ambiance anglo-romantique très réussie, et à l'histoire de Somni, visuellement splendide. 

On a véritablement l'impression d'avoir vu plusieurs films en sortant de Cloud atlas, qui pourtant sont tout à fait cohérents entre eux et n'en forme... qu'un.

Quant au discours philosophico-mystique que je craignais, il est limité à une portion congrue, d'ailleurs plutôt orientée vers une réflexion morale. Il est en effet plus question dans le film de ce qui guide nos actes, les choix moraux que nous effectuons et de leur conséquences, que d'élucubrations mystico-panthéistes comme chez Malick. Tant mieux.

Au final, force est de reconnaître que Cloud Atlas est une sorte de morceau de bravoure.

 

3e

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Queen of Montreuil

Vu en hyper avant-première mondiale (plus de 6 mois avant sa sortie) au festival Paris Cinéma, le nouveau film de Solveig Anspach s'avère être une fantaisie délicate et fragile, qui mérite d'être découverte.

L'action de situe à Montreuil (spécial dédicace à Dominique Voynet, maire de Montreuil, dans le générique de fin). Une jeune femme récupère les cendres de son mari, mort brutalement en Thaïlande. Elle croise une mère et son fils islandais en transit entre la Jamaïque et leur île nordique en pleine crise.

L'intrigue est loufoque et tournée avec un souci de réalisme qui rappelle dans l'esprit le style du trio belge Abel/Gordon/Romy. Elle s'agrémente de personnages secondaires assez délirants : un phoque abandonné et son gardien moustachu, un grutier bien sympathique (Samir Guesmi, toujours impeccable), un amoureux éconduit...

L'actrice Florence Loiret-Caille tient le film sur ses frêles épaules, maintenant par la grâce de son jeu sensible et décidé le film sur le fil réaliste, alors qu'il menace de verser continuement dans un certain n'importe quoi.

Une oeuvre mineure mais agréable, qui actualise la veine réaliste poétique du cinéma français.

 

3e

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The place beyond the pines

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/95/48/86/20461541.jpgComme le film précédent de Derek Cianfrance (Blue Valentine), The place beyond the pines souffre de beaucoup de défauts et de quelques qualités - qui sont parfois les mêmes, d'ailleurs.

 

D'abord le titre. Vous imaginez la ménagère de 40 ans demander un billet pour Ze plasse billonde ze pine ? Ca commence mal.

 

Ensuite Ryan Gosling. Ce gars, qui n'est quand même pas très bon acteur, porte de film en film des blousons de différents coloris avec une classe musculeuse qui ravira les unes (et les uns). Mais disons-le, il est très mauvais. C'est définitif et je ne reviendrai pas sur ce jugement. Cianfrance a beau le teindre en blond et le couvrir de ridicule tatouages, ça ne prend pas.

 

Bradley Cooper, lui, est plus convaincant. La partie du film qui le concerne est d'ailleurs la plus intéressante, son cheminement n'est pas linéaire, et c'est dans ces moments de flottements, d'entre deux, que Cianfrance révèle son talent (la perquisition, la voiture dans la forêt).

 

Le scénario, quand à lui, est proprement bâclé : à la fois distendu (deux parties séparées par 15 ans et des personnages qui ne vieillissent pas ?), improbable et peu intéressant. Il est évidemment délicat d'en dire plus sans déflorer le sujet, mais franchement, toute la fin est à pleurer de ridicule, vous l'admetttrez comme moi si vous avez le courage de patienter durant les 2h20 que dure (inutilement) le film.

 

Reste le talent certain du réalisateur pour la mise en scène et quelques moments du film qui brillent véritablement par leur sensibilité. A noter aussi une bande-son très travaillée et réussie. J'attends beaucoup de Cianfrance, dont les films possèdent une vraie complexité et dont le style, à la fois relâché et savant, est très attachant. A suivre.

 

Derek Cianfrance sur Christoblog : Blue Valentine

 

2e

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The sessions

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/53/64/20267371.jpgIl arrive que je tombe sous le charme d'un film tout simple, qui ne se la pète pas, et qui retrouve les basiques du cinéma : raconter une histoire le plus efficacement possible, se mettre au service des ses personnages en ayant en tête le plaisir et l'élévation du spectateur.

 

Mark, victime de la polio, est lourdement handicapé : il ne peut respirer qu'avec un poumon d'acier et est entièrement paralysé, sauf le visage. Son esprit est cependant extrêmement vif, il est poète, et à 38 ans il décide d'avoir ses premières relations sexuelles avec une assistante médicale spécialisée.

 

Sur ce sujet très délicat, Ben Lewin réussit un film quasi miraculeux qui parvient constamment à se maintenir sur des lignes d'équilibre périlleuses : voyeurisme / réalisme, apitoiement / admiration, suspense / analyse psychologique.

 

Au final The sessions l'emporte sur tous les tableaux, et bat à plates coutures Intouchables. Il parvient à nous faire aimer la personnalité pétillante de Mark, jamais avare de bons mots, et à nous faire nous interroger intelligemment sur le rôle de Cheryl (magnifique Helen Hunt) : son travail s'apparente-t-il à la prostitution ?

 

Le rythme du film, impeccable, ses brusques ruptures de ton, ses personnages secondaires très bien dessinés (le prêtre !!), son refus obstiné de la sensiblerie au profit de la véracité psychologique : tout concourt à faire de The sessions le film à voir ABSOLUMENT en ce moment.

 

3e

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