Christoblog

La fin du silence

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/84/17/47/19729308.jpgJ'ai pour principe de ne pas dézinguer les premiers films.

 

En plus celui-ci se passe dans les Vosges (ma terre natale, nobody's perfect), qui forment un arrière-plan tout à fait séduisant, et, à mon avis, pas assez exploité par le cinéma français.

 

Le film rappelle dans son installation les pires coins forestiers vus sur grand écran : Délivrance, ou plus récemment Essential killing ou Winter's bone.

 

La première scène subjugue par la maîtrise affichée par le réalisateur, Roland Edzard. C'est fluide, c'est prenant, c'est brutal.

 

Puis, tristement, le film semble ensuite victime d'une sorte d'arythmie maladive qui le fait passer par des stades de profond malaise (dans ces moments, il frôle l'excellence, comme si les Dardenne rencontraient l'écrivain vosgien Pierre Pelot), et par des phases quasi-inutiles, qui ne semblent vouées qu'au remplissage devançant le prochain pic d'intensité.

 

On pense aussi souvent à la tragédie grecque, et si la trame narrative comporte bien des trous (comme si le film était un moyen-métrage un peu délayé), l'intensité du jeu des acteurs rend l'expérience assez plaisante.

 

Bon, soyons francs, ce n'est pas génial et peu de gens le verront, mais c'est le premier film d'un cinéaste dont on entendra probablement parler à nouveau.

 

2e

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Shame

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/81/98/98/19812109.jpg

Attention, cet article contient des spoilers.

 

Dans Shame, on voit très bien ce qu'à voulu faire Steve McQueen. Malheureusement, on voit aussi très bien, et en continu, à quel point il n'y arrive pas.

 

Ce qu'il a voulu faire, c'est montrer l'enfer d'une addiction peu abordée au cinéma, l'addiction au sexe, dont on a commencé à parler récemment seulement, à travers les cas de certaines personnalités, comme Tiger Woods par exemple. Le réalisateur tente donc de nous décrire la spirale pulsion / passage à l'acte / sevrage / rechute / pulsion / etc,  assez classique dans ce genre de situation.

 

Le souci est qu'on ne s'intéresse jamais vraiment aux problèmes de son personnage. Sûrement d'abord par la faute d'un scénario tout à fait bancal, amorçant des pistes tout de suite refermées (le boss, l'amourette avec la jolie secrétaire), et introduisant le rôle de la soeur de façon totalement artificielle. Carey Mulligan semble se spécialiser dans les rôles de cruche, après la maman cruche de Drive, elle s'essaye ici à la cruche pouffiasse avec une conviction moyenne et un résultat déplorable. Jamais je ne suis arrivé à voir les deux personnages comme frère et soeur. Le climax complètement raté (la tentative de suicide alors que Brandon se paye une soirée bien gratinée) est symptomatique de la lourdeur du scénario, qui ne nous épargne aucun cliché.

 

Le film souffre globalement d'un déficit de crédibilité et de mise en perspective.

 

Shame est glacial, glacé, et Fassbender (qui pour une fois semble avoir des difficultés à tenir le manche, si je puis dire) est obligé d'en faire des tonnes (rictus, larme en coin, grimace et prostration) pour nous faire bien comprendre qu'il est mal. La mise en scène, qui m'avait ravie dans Hunger, est ici ampoulée et ne sert rien d'autre qu'elle-même. Bien sûr certains cadres sont bien vus (comme celui du pré-générique) mais c'est le moins qu'on puisse attendre d'un plasticien.

 

L'ennui n'est donc jamais loin, et la déception cruelle.

 

Steve McQueen sur Christoblog : Hunger

 

1e 

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Carnage

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/59/20/19854152.jpgUne soirée plutôt amusante, mais qui laisse un goût d'inachevé, voilà le menu offert par Polanski dans son dernier opus.

 

Comme c'est parfois le cas, Carnage offre malheureusement l'essentiel de sa substance et de son intérêt dans sa bande-annonce. Si vous l'avez vue, vous connaissez donc l'intégralité du scénario : deux couples new-yorkais enfermés dans un huis clos tentent de régler leur différent (un des enfants a blessé l'autre avec un bâton), dévoilant petit à petit leur nature et faisant fondre le masque des conventions.

 

Le film séduit par la mécanique de dégradation progressive qui en constitue la trame (pourtant pas aussi parfaite qu'on peut le lire ici où là), le jeu de ping pong des répliques et quelques situations bien senties. Il repose évidemment sur le jeu du quatuor d'acteurs.

 

Christoph Waltz sera selon votre point de vue le meilleur ou le plus cabotin. Il n'est pas loin de l'auto-parodie. Jodie Foster m'a semblé la moins convaincante des quatre, alors que Kate Winslet est très bonne (oh ça va les cancres du fond, arrêtez de ricaner), comme John C Reilly, impeccable en vendeur de chasse d'eau.

 

On pourra regretter que le film ne fasse que brasser un nombre de clichés effarants (la solidarité masculine, la bonne conscience des bobos gauchistes, etc, etc).

 

Personnellement j'aurais souhaité que le carnage aille beaucoup plus loin et je trouve que le film manque singulièrement de cruauté. Finalement tout ce beau monde se comporte encore finalement assez bien et la nature humaine, si elle en sort légèrement écornée, n'est finalement pas assez malmenée à mon goût. L'ouverture du dernier plan sur le gentil petit rongeur est emblématique de cette gentillesse assez peu polanskienne.

 

Un divertimento innofensif.

 

Polanski sur Christoblog : The ghost writer

 

2e

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Créatures célestes / Heavenly creatures

 

heavenly5.jpgCette critique est triplement dédiée à heavenlycreature, alias Fabrice :

- qui fut un des premiers à m'accueillir sur Allociné

- dont le pseudo m'intrigua instantanément

- qui m'a prêté le DVD

 

Il y a du culte dans ce film.

 

D'abord, c'est le premier long-métrage de Kate Winslet, qui campe une pimbêche anglaise débarquant en Nouvelle Zélande avec un brio presque excessif. Nous sommes 3 ans avant Titanic, mais elle crève déjà l'écran.

 

Ensuite parce que la mise en scène de Peter Jackson est complètement azimuthée et le fit remarquer par Hollywood, avec la suite que l'on sait. Le film obtint au passage un Lion d'argent à Venise, de la part d'un jury présidé par David Lynch.

 

Heavenly creatures possède un ton très particulier, à la fois brillant et un peu kitsch, constitué d'un mélange brutal de réalisme social, d'onirisme morbide, de tendresse amoureuse et de mouvements de caméra acrobatiques. Les antagonismes fille réservée / fille sûre d'elle, blonde / brune, riche / pauvre, sont exacerbés par Jackson à l'aide d'effets presque expressionnistes. 

 

Les deux amies se construisent un monde à elles, basé sur le roman et l'invention, qui devient de plus en plus irréel à mesure que le film avance vers une fin qui, elle, est terriblement ancrée dans la réalité (et de plus inspirée d'une histoire vraie).

 

Un film de virtuose bricoleur, dont l'histoire ne peut laisser aucun spectateur indifférent.

 

3e

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Donoma

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/72/46/35/19165506.jpgQuand on ne s'attend à rien, on a toujours plaisir à découvrir quelque chose.

En allant voir Donoma, j'obéissais un peu à l'appel du buzz que tout blogueur un peu consciencieux doit suivre. Donoma était dans mon esprit "le film à 150 euros et aux images floues". Traduisez, un peu cradingue, et probablement agressif et/ou ennuyeux.

Et paf, le film n'est rien de tout cela, il en est même le contraire, et d'une corvée plus ou moins agréable (cocher la case J'ai vu le film qu'il faut voir), le dimanche soir s'est transformé en pur moment de bonheur cinématographique.

Commençons par le début. La première scène happe littéralement l'attention. Toute les qualités du film s'y révèlent déjà en bloc : une attention extrême au jeu hypersensible des acteurs, une liberté totale du cadre, de la focale et des mouvements de caméra, un art du dialogue qui captive l'attention en empruntant systématiquement des voies surprenantes. 

L'actrice Salomé Blechmans fait une entrée fracassante dans le film. Elle y sera magnifique de bout en bout, comme les autres femmes du film d'ailleurs. Le talent de Carrenard s'exprime pleinement avec ses interprètes féminines, toutes plus émouvantes les unes que les autres : Emilia Derou-Bernal, une prof d'espagnol embarquée dans un imbroglio diabolique, Laura Kpegli, photographe poétique qui invente un jeu absolument génial, Laetitia Lopez, émouvante en fille blanche de parents noirs. Une prestation collective impressionnante. 

Les garçons sont bien aussi, mais je ne vais pas non plus en tartiner cinq pages, donc hop je passe à l'homme orchestre, à celui qui inspirera systématiquement les remarques du genre Mais y sort d'où celui là ?, Djinn Carrenard, monteur, producteur, ingénieur du son, réalisateur et directeur de la photo de son film. Pour ceux que ça intéresse j'ai trouvé une jolie petite biographie qui en dit plus sur le bonhomme, de ses origines haïtienne à sa carte UGC illimité (qui lui fait définitivement quitter la Sorbonne).

Vous me connaissez, j'ai souvent la dent un peu dure, mais ici à l'inverse - et ça me fait bizarre de le dire - il y a bien une étincelle de génie dans le travail de ce jeune réalisateur. Le film est complexe, puissant, et tout y semble incroyablement juste. Même les flous semblent tomber au bon moment. On a parfois l'impression de redécouvrir la puissance originelle du cinéma : des cadres qui n'en sont pas, des plans de coupe impromptus, des tangentes bizarres (les personnages revivent une scène en arabe), des plans osés (la superposition d'images dans le train), des inventions évidentes et sidérantes (le son qui s'arrête plusieurs minutes, les plans intégralement noirs dans la cage d'escalier). Tout semble évident et inventif à la fois, traversé par une énergie souterraine qui irrigue le jeu des acteurs, le scénario dans son ensemble, la bande-son (remarquable elle aussi) et le montage. J'ai pensé aux premiers films de Spike Lee, et aussi à la maîtrise de vieux roublard qui ont caractérisé les premiers films du tout jeune Fatih Akin (Head on par exemple).

C'est beau, c'est émouvant, c'est magique. Alors maintenant, trouvez vous une salle, et allez-y. Et en sortant, convainquez trois personnes d'y aller. 

 

4e

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The promise : the making of darkness on the edge of town

The promise est un documentaire de Thom Zimny, qui nous projette dans les sessions d'enregistrement du quatrième album de Bruce Sringsteen, il y a 32 ans. Constitué en grande partie d'images d'archive, il propose en contrepoint des témoignages récents des différents acteurs ayant participé à celle folle aventure.

Le film a été présenté et très bien accueilli au festival de Toronto 2010 (avec une bonne critique du Monde), puis à ceux de Londres et Rome. Il est disponible dans la box luxueuse parue en 2010, à l'occasion des 30 ans de Darkness on the edge of town.

Si dans sa forme le film n'a rien d'exceptionnel, ce qu'il donne à voir est tout simplement extrêmement rare : on n'aura jamais vu d'aussi près le moment décisif de la création artistique. Rappelons rapidement les faits. Springsteen a fait la une de Time et de Newsweek la même semaine à l'occasion de la sortie de son précédent disque, Born to run. Il est à un moment crucial de sa carrière : soit il va être un véritable artiste, soit un simple feu de paille.

Le film commence par nous exposer le combat juridique qui l'oppose à Mike Appel, son producteur, avec lequel il a signé naïvement un contrat qui le prive de ses droits de contrôle sur la musique qu'il produit. Plutôt que de céder, Springsteen refuse d'enregistrer, il est conscient que se joue là un épisode déterminant de sa vie. Le temps que le procès se déroule, le groupe tourne, survit comme il peut, la situation est difficile, mais on voit déjà les deux éléments majeurs qui caractérise la carrière du boss : il ne fera aucune concession, et le E Street Band le suivrait jusqu'en enfer, quelqu'en soit le prix.

Une fois réglés les problèmes juridiques, le groupe entre en studio. Le film montre alors une épopée absolument inimaginable de nos jours. Les sessions vont s'étaler sur pratiquement un an, les membres du E Street Band restent enfermés parfois 24 h sur 24, Springsteen écrit plus de 70 chansons, dont certaines en plusieurs versions. Il se dégage du film l'impression d'assister à un processus qui touche à la magie pure, une sorte de fontaine intarissable à produire de la musique et des textes, qu'un groupe de personnes s'approprie immédiatement comme les leurs.

Le plus incroyable, c'est observer comment la volonté pure de Springsteen recherche une sorte de perfection, comme indépendante de sa volonté. L'artiste cherche à peindre un tableau entier, complet, qui sera sombre, et parlera du sentiment tragique de la vie, mais aussi de la volonté de rechercher la rédemption et les raisons d'espérer. Il dresse ce faisant un tableau poignant de la société américaine comme de la condition humaine. Dans cette entreprise un peu folle, il est sidérant de le voir exclure les deux tubes potentiels de l'album pour les offrir à Patti Smith (Because the night) et aux Pointer Sisters (Fire), simplement parce que ces deux morceaux ne "rentrent" pas dans l'idée qu'il se fait de Darkness. Le fait de ne pas retenir non plus The promise, une des plus belles chansons qu'il ait écrite et sur laquelle le groupe a travaillé trois mois (?!) est encore plus incroyable.

Pour les  plus jeunes qui ne connaissent que Born in the USA, le film peut être un excellent moyen de faire découvrir le travail d'un des plus importants songwriters encore en activité.

 

3e

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Hara-kiri : mort d'un samouraï

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/43/83/19840909.jpgHara kiri est un remake (assez fidèle paraît-il) d'un vieux film de Kobayashi. Il a été réalisé par Takashi Miike, réalisateur japonais prolifique (jusqu'à 4 films par an) et réputé pour l'extrême variété des genres qu'il aborde, souvent avec des styles très différents, et baroques.

 

N'en connaissant pas le scénario, j'ai découvert le film absolument sans a priori, en m'attendant plutôt à assister à de nombreux combats de sabre. Or, le film est presque exempt de ce type de scène.

 

Le début a été pour moi une sorte d'émerveillement. Une mise en scène d'un classicisme extrême, très douce, une succession de plans d'une beauté insensée, une histoire intrigante qui se met tranquillement en place.

 

Le plaisir de retrouver ce Japon éternel, amoureux des belles choses et des beaux gestes, décuple le plaisir. Le réalisateur prend plaisir à caresser avec sa caméra des intérieurs aux peintures magnifiques, des objets conçus dans l'idée de les rendre à la fois les plus beaux et les plus simples, des plats et des bouquets divinement composés, des gestes d'une élégance extrême. L'impression ressentie est magique.

 

Passée l'agréable surprise initiale, le film emprunte malheureusement les chemins d'un mélodrame réaliste beaucoup trop balisé, avant de rebondir sur la fin.

 

Par ces temps de Fukushima et de crise, le film interpelle fortement la notion d'honneur si chère aux Japonais encore aujourd'hui, mais aussi celles de compassion, de pitié. Un peu long (à l'image de la scène de combat finale, qui s'éternise), et un peu trop sage certainement, mais d'une incroyable beauté visuelle.

 

3e

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Carte postale de Bogota

CP5Bogota

Par Aurélien

 

Je suis en échange scolaire en Colombie, depuis 4 mois maintenant. Je n´ai malheureusement eu l´occasion d´aller au cinéma qu´à cinq reprises mais je pense tout de même avoir réussi à capter « l´esprit du cinéma » ici.

A Bogota les cinémas sont majoritairement situés dans le nord de la ville, quartier plus riche. De fait le cinéma en Colombie n´est pas accessible à tout le monde. Ce sont plutôt les gens aisés qui s´y rendent comme le prouve le portier qui est à l´entrée du cinéma et guide chaque personne jusqu´à sa place. Les fauteuils sont agréables (on peut même relever les accoudoirs ce qui est assez pratique pour draguer !). Le budget cinéma augmente aussi pour les Colombiens du fait de la consommation de pop-corn et de boissons gazeuses, dont ils sont très friands !

Cependant, il ne faut pas croire pour autant que Bogota comporte peu de cinémas, il y a une quinzaine de gros complexes (voir photo), et quelques cinémas plus indépendants dans mon quartier, plus pauvre mais plus culturel. J´ai essayé d´obtenir des informations sur ces derniers afin d´aller voir des films plus « originaux », mais il n´existe pas de site les référençant de manière appropriée. Par exemple la bibliothèque près de chez moi diffuse chaque jour gratuitement des films d´archive, datant souvent des alentours de 1950. Le cinéma colombien en soit n'est pas très développé, et les séries télévisées terriblement mauvaises et filmées avec du matériel d´amateur. Ceci étant il existe quelque exceptions de bons films (voir ci-dessous).

Je suis allé voir Pequeñas Voces, le premier film 3D colombien, fait à partir de dessins d´enfants. Il relate la relation aux FARC de leur point de vue, et explique le phénomène d´expropriation des villageois et leur déplacement vers les grandes villes telles Bogota. Il est assez intéressant du fait de l´histoire et surtout de sa forme assez déroutante. On se place vraiment du point de vue des enfants, à tel point que les dialogues entre adultes sont bien souvent retranscris par des grognements puisque les enfants ne les comprennent pas. Je m´attendais à un engouement plus fort de la part des Colombiens pour ce film, puisqu´au final nous n´étions que 3 français dans la salle plus 4 colombiens alors que le film était sorti le jour même !

C´est d´ailleurs une chose qui m´a marquée, le faible taux de fréquentation des salles…

Il en a été de même pour 2 dias en Paris que je suis allé voir dans le cadre du festival du film français : très peu de monde dans la salle. De plus le son était mauvais dans ce petit cinéma situé dans une université. Mais la séance coutait 1 euro contre 4-6 pour les cinémas normaux !

Les deux seules séances ou il y avait beaucoup de monde ce fut quand je suis allé voir des grands films hollywoodiens… Globalement, de mon expérience et de ce que j´en ai retiré en parlant à des Colombiens, ils diffusent principalement des grosses productions hollywoodienne, du style de Contagion en ce moment même. (Que je suis allé voir à reculons pour accompagner des amis, et qui se révèle effectivement très mauvais. Aucune surprise quand à l´intrigue, un virus se répand dans le monde entier, semant le chaos et la panique, jusqu´à ce que les gentils américains trouvent le vaccin…)

La plupart des films ne sont pas doublés mais sont en anglais sous-titré español.

Pour finir quelques films sur le thème de la Colombie ou colombiens :

La sociedad del semaforo (la société du feu rouge) / Maria, pleine de grâce (María llena eres de gracia) / Pequeñas voces (petites voix)

 

Voir aussi : New York, Tarbes, Mendoza, Bologne. Si vous voulez écrire vous aussi une carte postale cinéphile, écrivez-moi.

 

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Gazette du festival des 3 continents 2011

22 novembre

Ouverture ce soir du festival des 3 continents. Discours poussifs pleins de poncifs des autorités autoritaires (Conseil général, Nantes Métropole, Conseil régional, DRAC) égrenant les citations, les formules langue de bois et insultant au passage les films (... parfois trop longs (sic), d'après le grand escogriffe qui cite Rilke pour faire le malin). Pensums sans originalité aucune, heureusement balayés par la passion bien réelle de Charlotte Garson et Jérôme Baron, responsables de la programmation. 

En ouverture, le dernier film de Hong Sangsoo, un de mes réalisateurs fétiches : The day he arrives (4/5). Comme d'habitude, la petite musique du coréen me plait, cruelle, bavarde, alcoolisée. Ici teintée d'une sorte de mélancolie ouatée, en noir et blanc. Moins construit et réussi toutefois à mon avis que le récent HA HA HA.

 

24 novembre

En passant devant le Cinématographe à 21h30, je m'arrête voir un film japonais de 1963, Dancer in Izu (3/5), projeté dans le cadre de l'hommage à la Nikkatsu, cette grande major asiatique, l'égale de la 21th Century Fox et de la MGM. Quel plus grand plaisir de s'asseoir dans une salle de cinéma pour voir un film dont on ne sait rien, et que personne ne verra probablement jamais ? Le projectionniste nous annonce qu'il y aura un noir de 15 secondes à chaque changement de bobine, c'est l'aventure intégrale. Le film s'avère être un mélodrame tout à fait plaisant. Un étudiant tombe amoureux d'une jeune fille (un peu simple) comédienne itinérante. Cette dernière sort de l'enfance et tombe amoureuse. Dans une ambiance à la fois naïve, délicieusement rurale et en même temps mortifère, l'intrigue s'avère être sous ses dehors doucereux un tableau au vitriol d'une certaine société japonaise sacrifiant ses jeunes filles sur l'autel de la prostitution. Le scénario est tiré d'une nouvelle de Kawabata.

 

25 novembre

Ce soir, soirée spéciale compétition. Je commence par People mountain, people sea (2/5), auréolé de son récent succés à Venise (Lion d'argent qui récompense le meilleur réalisateur). Le film est plastiquement beau, mais dégage un ennui qui amène directement au sommeil. La trame scénaristique (une vengeance) n'est qu'un prétexte pour montrer la Chine d'aujourd'hui, à la manière d'un Wang Bing ou d'un Jia Zhang-Ke. Les plans s'étirent à l'infini, le personnage principal est mutique, les scènes sont en partie incompréhensibles. Le réalisateur Shangjun Cai était dans la salle pendant la projection, j'espère qu'il n'a pas été trop vexé en entendant les nombreux spectateurs qui quittaient la salle avant la fin.

Le film suivant est un long-métrage taïwanais un peu hype, Honey Pu Pu (1/5) qui se la pète grave, si je puis me permettre. Ca commence pas si mal avec des mélanges curieux de high tech, d'effets spéciaux post-production, d'informatique, de sms, et puis le film dérape vers un salmigondis de considérations pseudo-philosophique agrémentant une histoire de trio amoureux adolescent pas passionnante. Il se conclut par une fin-queue de poisson qui laisse entrevoir l'existence d'univers parallèles, ou quelque chose dans ce goût là. Le réalisateur Cheng Hung-I voudrait bien que son film soit un manifeste poétique post moderne, il n'est finalement qu'un long clip new age.

Mauvaise soirée, ça arrive.

 

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/39/56/19810924.jpg26 novembre

Bien meilleure journée que hier. A 18h, je vois le deuxième film chinois de la compétition officielle, The sword of idendity (3/5), du réalisateur Xu Haofeng, qui était lui aussi présenté à la Mostra de cette année. Il s'agit d'un wu xia pan, c'est à dire d'un film de sabre historique. Le prétexte en est à la fois simple (deux étrangers arrivent dans un village et luttent pour créer leur école de combat) et infiniment compliqué, les grilles de lecture en étant multiples comme le montre cet excellent article. Au final, un agréable divertissement, aux images souvent magnifiques. Le film n'est pas dénué d'humour.

Le temps de retrouver Anna de passage à Nantes, et nous voilà en train de visionner Marché sexuel des filles (4/5), de Noboru Tanaka, un roman porno de 1974. Le film s'avère être un OVNI cinématographique montrant une succession de tableaux oppressants, décrivant la vie d'une prostituée dans le vieux Osaka. C'est cru, et extrêmement cruel. On ne sait pas trop en regardant le film si on doit être outré, révolté, séduit, tant le cinéaste nous égare dans un labyrinthe de sensations différentes, en utilisant une palette d'effets sidérante (du frustre noir et blanc à la couleur, des cadres sages à la caméra pris de vertiges). Un film hallucinant, à la fois pénible à regarder et passionnant.

 

27 novembre

Les deux films vus dans le cadre de la rétrospective Nikatsu m'ayant beaucoup plu, je me risque à en voir un troisième : A colt is my passport (2/5) 1967, de Takashi Nomura. Cela commence comme un polar stylé à la Melville, puis dérive tout doucement en hommage au western spaghetti avec un final "face à face" sur un immense terrain vague. Le motel où se réfugie les deux héros ressemble à un saloon, et un des deux chantonne même en s'accompagnant à la guitare (on s'attend à entendre I'm a poor lonesome cowboy). Intéressant mais très naïf, et moins ébouriffant que le roman porno de hier soir. ,

Soirée dans la salle 4 du Concorde, bourrée comme un oeuf, et ses fauteuils si confortables pour un film qui l'est beaucoup moins : Miss Bala (4/5).Un thriller très efficace et élégant qui nous fait partager la descente aux enfers d'une jeune mexicaine qui veut devenir Miss Basse Californie, se trouve impliquée par hasard dans une fusillade et va devenir un jouet entre les mains des différentes parties. Le film est centré sur l'actrice Noe Hernandez, très convaincante, et se vit comme un long tunnel dans lequel la pauvrette est obligée d'avancer. Redoutable, malgré une fin inutilement complexe et quelques facilités. Le film représentera le Mexique aux Oscars.

 

28 novembre

Le palmarès vient de tomber :

Montgolfière d'or pour Saudade, film fleuve du cinéaste-ouvrier Katsuya Tomita. Le film met en scène groupe de hip hop et communauté de nippo-brésiliens danseurs de capoeira. Il dessine un tableau sans concession d'un certain naufrage social. Le film avait été remarqué à Locarno.

L'argent va à People mountain people sea, critiqué plus haut. Le prix du jury récompense le film israélien Policeman de Nadav Lapid.

 

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L'art d'aimer

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/80/32/19805623.jpg

L'art d'aimer est constitué de petites histoires qui ne se connectent que de façon très artificielle.

Ces petites histoires font entendre une musique bien particulière, qui est celle de Mouret : un couple éprouve ses sentiments en tentant un adultère croisé, une femme mûre souhaite céder à ses désirs et en informe son mari, un jeune homme meurt avant d'avoir connu le véritable amour, une jeune femme propose à une amie de coucher avec son mari ("je suis pour le partage des richesses"), etc.

Le hic, c'est que cette fois-ci la petite musique sonne faux. Cela est probablement en partie dû à la structure bancale du film, mais aussi à la prestation des acteurs/actrices, qui surjouent tous et toutes de façon notable.

Un casting pourtant trois étoiles dont personne ne sort indemne, et surtout pas Frédérique Bel, dont on se demande si elle peut vraiment jouer autre chose que les idiotes. Le souci vient peut-être aussi du fait que la franche cruauté des films précédents est ici en berne.

Du coup, le caractère un peu ampoulé des dialogues (renforcé par la voix off de Torreton - oui je sais, à ce stade, ça fait beaucoup) fait plus penser à une parodie de Rohmer qu'à la verve casanovienne.

La dernière histoire est la seule à intéresser vaguement, malgré le jeu toujours très bourgeois de Judith Godrèche. Malheureusement sa résolution convenue en forme de happy end ne la rend pas plus sauvable que le reste.

Le marivaudage est un peu triste pour cette fois.

Emmanuel Mouret sur Christoblog : Un baiser s'il vous plait / Fais moi plaisir

 

2e

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Sleeping beauty

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/94/11/19814957.jpgNous ne serons peut-être pas si nombreux à défendre Sleeping beauty.

C'est tellement facile de le descendre que je ne me livrerai (pour une fois) que très brièvement à l'exercice du lance-flamme. C'est très lent, sans musique, cela prend souvent les aspects d'une succession de vignettes auteurisantes prétentieuses et glaciales, le scénario est sybilin, le film ne propose aucune résolution aux rares tensions qu'il propose. Voilà, c'est fait.

Pour ma part, j'ai regardé cette moderne Belle au bois dormant avec fascination. Evidemment, l'actrice Emily Browning, vue récemment dans Sucker Punch, est pour beaucoup dans cette fascination, et je le tiens à le dire, pas uniquement par la grâce de sa carnation délicate et de sa plastique avantageuse. Son jeu distille une sorte de malaise flottant, amplifié par la mise en scène de l'australienne Julia Leigh, à la fois sage et recherchée. 

Le film paraît comme anesthésié, sorte de lévitation improbable, quelque part entre une rêverie empesée à la Ruiz et une vision lynchienne des antipodes.

A ne conseiller qu'aux pervers lunatiques et cinéphiles.

 

2e

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Festival des 3 continents 2011

http://eastasia.fr/wp-content/uploads/2011/11/F3C11400.jpgA partir de mardi, Christoblog sera présent (et accrédité) au Festival des 3 continents, qui comme chaque année mettra en valeur le cinéma d'Asie, d'Amérique latine et d'Afrique.

Début des réjouissances mardi soir avec l'ouverture, et la projection de The day he arrives de Hong Sangsoo, je l'espère en sa présence. Un film dont j'attendais impatiemment la sortie en France.

Au programme cette année : une compétition comprenant 10 longs-métrages (je tenterai d'en voir au moins la moitié), une rétrospective consacrée à une grande major japonnaise, la Nikkatsu, un hommage au cinéaste mexicain Arturo Ripstein, et un autre à l'indien Mani Kaul, récemment décédé.  Des films hors compétition, un cycle sur les héros, et une soirée spéciale Benshi (si vous ne savez pas de quoi il s'agit, je tenterai de vous expliquer)

Le festival se cloturera par la projection du film de Jafar Panahi, Le miroir, qui constituera probablement un grand moment d'émotion.

A bientôt, en direct de Nantes, de Thaïlande, de Sri Lanka, du Brésil, d'Israel, de Chine et d'ailleurs...

Site officiel du F3C

 

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Intouchables

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/82/69/17/19793374.jpgll y a une dynamique de la salle remplie à craquer, c'est incontestable. Pour ma part, il a fallu trois essais pour que je décroche enfin mon précieux sésame, et - toute maniaquerie obsessionnelle mise à part - je dois dire que plus j'échouais à voir le film, plus j'estimais nécessaire d'insister. De quel droit tous ces spectateurs chanceux bénéficiaient-ils de leur séquences de bonheur visiblement épanouissant, me laissant comme une âme en peine aller voir Sleeping beauty, et déprimer ?

Enfin, ce soir, avec femme et fille, j'ai eu droit à ma petite tranche de feel-good movie, et ne tournons pas longtemps autour du pot : le film remplit parfaitement son contrat, d'une manière plus pleine et plus convaincante que Bienvenue chez les ch'tis.

D'abord, il faut noter que le scénario du film évite nombre des écueils qui le menaçait au vu du sujet traité : trop larmoyant, trop ancré dans une réalité sociale au détriment de la véracité psychologique, trop caricatural dans son esquisse de la banlieue, trop vulgaire, trop bien-pensant, trop politiquement correct, recherchant systématiquement le bon mot, ressassant de vieilles recettes...

Toledano / Nakache évitent (pratiquement) tout ça en se maintenant habilement sur une ligne de crête étroite qui serpente entre comédie et mélodrame. Il y a la sensibilité de la grande comédie italienne dans Intouchables, et une efficacité par ailleurs toute américaine, matérialisée par un rythme soutenu et des respirations bien dosées.

Le film enfin doit probablement 80 % de son succès à un casting rêvé, Omar Sy en tête, bien sûr, qui révèle un talent incroyable lui permettant de faire passer toute une gamme d'émotions en une fraction de seconde. François Cluzet lui renvoie une partition d'une qualité égale, en mode mineur, mais dont le contrepoint valorise celle d'Omar Sy. Dans ce rôle beaucoup plus difficile à jouer qu'il n'y paraît, il me convainc enfin complètement.

Intouchables n'est sûrement pas le chef d'oeuvre de 2011, mais sa capacité redoutable à mobiliser simultanément zygomatiques et glandes lacrymales, sans insulter l'intelligence des spectateurs, en font un divertissement de premier choix.

 

3e

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Carte postale de Bologne

CP4Bologne.jpgLa maison natale de Pasolini

Par Julie

 

Bologne, grande « ville de province », héberge une institution importante pour le cinéma : la Cineteca, connue notamment pour son département de restauration des films. Des grands noms du cinéma italien y sont nés: Stefano Accorsi, Pupi Avati, Giorgio Diritti... et Pasolini. Si ici la cinéphilie n'équivaut évidemment pas celle de Paris avec son grand nombre de salles, on a quand même accès à une dizaine de cinémas avec deux ou trois salles en moyenne (je n'ai toujours pas compris s'il y avait des multiplexes à Bologne). Dans l'ensemble la programmation proposée est très intéressante, plus axée art et essai que blockbusters U.S. Ce qui est dommage, c'est que chaque film soit en général proposé par une seule salle et disparaisse en deux semaines (c'était le cas pour Ruggine dont j'avais parlé sur mon blog). Les rares films italiens qui tiennent l'affiche un peu plus longtemps sont les comédies (souvent d'un niveau intellectuel pas ultra-élevé...).

 

Mais apparemment ça n'empêche pas Bologne de continuer à proposer un grand choix de films au public, d'organiser différents cycles par mois à la Cineteca (Eisenstein, Cinéma et psychanalyse, Blake Edwards, L'histoire italienne vue par le cinéma...), et en été d'organiser des projections en plein air sur la Piazza Maggiore. La Cineteca est aussi le rendez-vous de nombreuses activités dépassant le cadre du cinéma : marché bio le samedi matin et autres évènements de l'association Slow Food, bibliothèque consacrée aux arts visuels, etc.

 

Personnellement, je ne suis quasiment pas allée au cinéma depuis mon arrivée à Bologne : la médiathèque de la ville a un immense choix de films de tous pays et époques, qu'on peut emprunter gratuitement. De plus, Bologne, surnommée « la dotta » (la savante), est très axée sur tout ce qui est art et culture (différents évènements sont organisés chaque semaine, valorisant le culturel et le savoir-faire traditionnel). Il y a donc à Bologne un accès au cinéma tel qu'on en trouve dans peu d'autres villes, et paradoxalement de quoi décourager les cinéphiles les plus tenaces d'y aller !

 

Voir aussi : New York, Tarbes, Mendoza. Si vous voulez écrire vous aussi une carte postale cinéphile, écrivez-moi.

 

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Il était une fois en Anatolie

Il était une fois en Anatolie fait partie de ces films qu'on hésite à conseiller à ses amis. La violence des émotions que le film procure est de l'ordre de l'intime, et elles sont si fragiles, si précieuses, qu'on est pratiquement sûr que personne n'éprouvera les mêmes, au même moment. Un reflet dans un oeil, un regard caméra légèrement décentré, un petit bouton d'acné sur un visage parfait, le cinéma de Ceylan flatte le réel en l'ensorcelant, et sa matière est celle des songes. Il est donc tout à fait probable que certains d'entre vous y soient totalement insensibles (bien que parfaitement cinéphiles). Et puis ça dure 2h37, sans musique, en grande partie de nuit, et avec beaucoup de plans fixes.

De quoi s'agit-il ? De la recherche d'un cadavre par une petite équipe constituée de l'assassin présumé, de son frère débile, d'un médecin, d'un procureur, d'un policier et de quelques subalternes. Qui a été tué, par qui et pourquoi : le film ne se préocupe pas vraiment de ces questions, et nous non plus d'ailleurs. Il va s'agir de peser le poids des âmes, de mesurer la fragilité de nos destinées humaines dans le maelstom du temps qui s'écoule sans trêve, de méditer sur le corps, l'amour, le deuil, la responsabilité.

Plusieurs choses sont absolument remarquables dans le film. La façon de filmer la nature est renversante, offrant des images d'une beauté quasi hallucinante. La nuit y vit comme dans aucun autre film. Le jeu des acteurs ensuite, comme toujours chez Ceylan, est extraordinaire de précision. Le médecin rationnel et le procureur imbu de sa personne forment un couple magistral, que le film révèle petit à petit. Les personnages jouent une partition étrange et très séduisante où se mêlent sentiments dérisoires, tragédie grecque et circonstances cocasses. Ils ont souvent un petit côté doistoievskien (la conversation liminaire sur les yaourts, le sergent obsédé par les chiffres, le ramasseur de citrouilles, Clark Gable). 

Ceylan est un cinéaste hyper-doué, peut-être intrinséquement le plus brillant des réalisateurs en activité avec Malick. Il choisit des angles parfaits, des cadres sublimes, joue de la profondeur de champ comme nul autre (ce premier plan magnifique).

Allégorie magistrale de la puissance des forces qui nous entourent, thriller métaphysique et drame lunaire, Il était une fois en Anatolie s'ajoute à la liste déjà longue des films qui auraient pu prétendre à la Palme d'Or au Festival de Cannes 2011.

 

4e

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The ballad of Genesis and Lady Jaye

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/66/66/19799949.jpgJ'ai vu ce film en juillet au festival Paris Cinéma.

La réalisatrice Marie Losier, un petit bout de femme tout frêle, était venu nous expliquer comment elle avait filmé ce documentaire centré sur l'artiste Genesis P-Orridge sur une très longue période (7 ans je crois), avec une patience d'ange et une volonté farouche. Le contraste entre la physionomie,  l'aspect calme (et posé) de Marie Losier, et l'extravagance un peu folle (et dure) de l'artiste m'avait considérablement intrigué. Le mariage du feu et de la glace en quelque sorte.

Pour moi, l'intérêt principal du film avait consisté dans la découverte de P-Orridge, que je ne connaissais absolument pas (c'est comme ça, on pense avoir sa petite culture rock, et puis un jour on tombe sur un mec visiblement connu dont on n'a jamais entendu parlé, et on se sent super con). Une vie fascinante, donc.

L'histoire d'amour avec Lady Jaye est pour moi finalement un produit secondaire du film, pas inintéressante dans sa démesure un peu flippante (la chirurgie plastique pour devenir semblable : la pandrogynie), mais finalement accessoire.

Sur la forme, le film est très particulier, mélangeant différents formats et présentant une image un peu sale. Je ne partage pas tous les parti-pris esthétiques (comme les écrans de couleur vive qui séparent les scènes), ni scénaristiques (les reconstitutions m'ont laissé froid).

Reste, plusieurs mois après la vision, la sensation d'avoir vécu une rencontre assez exceptionnelle avec un être hors commun, d'un sexe et/ou d'un genre indéterminé.

 

2e

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Utopiales 2011

Utopiales2011.jpg

Alexandro Jorodowsky aux Utopiales 2011

11/11/11

Premier jour aux Utopiales.

J'ai vu en début d'après-midi Love, un curieux film tourné avec trois francs six sous par un américain qui s'appelle William Eubank. Le film est mineur, plutôt réussi formellement. Il raconte comment un astronaute en orbite autour de la Terre survit, après avoir été abandonné à son sort par sa base. Il y a du Moon là-dedans, et à la fin le film lorgne clairement du côté de 2001, l'odyssée de l'espace, mais n'est pas Kubrick qui veut. Je me suis copieusement ennuyé et le film n'apporte rien de nouveau.

Avant le film, l'acteur Gunner Wright a dit deux mots peu intéressants. J'ai retenu qu'il serait à l'affiche du prochain Eastwood, dans le personnage d'Eisenhower. Le réalisateur, lui, serait en ce moment sur le tournage de Broken city, avec Mark Wahlberg et Russel Crowe (en tant que photographe ?).

Un peu plus tard, ambiance tout à fait différente pour la projection de trois heures d' Endhiran, un film tamoul complètement délirant, trop vulgaire, trop second degré, trop cher, trop kitsch, trop trop. Les scènes dansées sont les plus drôles que j'ai jamais vues, projetant les acteurs dans les endroits les plus improbables, comme Machu Pichu. La salle rigolait, applaudissait, un beau moment de cinéma. Je reviendrai sur ce film hors catégorie dans une critique détaillée. Un petit aperçu (ça vaut vraiment le coup !) sur la bande annonce. En voyant une salle prendre autant de plaisir on ne peut que regretter la frilosité des distributeurs français par rapport aux films indiens.

 

12/11/11

Deuxième jour aux Utopiales.

Cet après-midi, j'ai vu un petit bijou espagnol : Extraterrestre, de Nacho Vigalondo. Pas de SF là-dedans, ou presque : les marsiens sont arrivés et dans une ville vidée de ses habitants, un homme se réveille avec une femme qui n'est pas la sienne, suite à une soirée de beuverie. Le film se déroule dans un quasi huis clos à 4 (le couple d'amants, le mari trompé et le voisin éconduit). Il est réglé comme une mécanique de théâtre de boulevard, très bien joué et réalisé. On rit beaucoup, on est intrigué. Une franche réussite. J'espère qu'il sortira en France.

Le réalisateur est en train de tourner une co-production américano-espagole, il faudra suivre sa carrière.

 

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Contagion

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Comme me le signale Amelie, le virus présenté dans le film s'inspire beaucoup de virus existants, dont le SRAS, H1N1, la grippe et surtout Nipah, qui présente bien des points communs avec le MEV du film (les animaux en cause, les attaques neurologiques). 

 

Attention : il vaut mieux lire ce billet APRES avoir vu le film, il contient des SPOILERS.

 

On peut vraiment se demander ce qui est arrivé à un réalisateur de la classe de Soderbergh pour rater un film dans d'aussi grandes largeurs.

 

Parce qu'il faut bien l'avouer, le festival d'automne 2011 commence de façon catastrophique avec ce brouet sans âme, sans rythme et sans émotion.

 

Je vous raconte : Gwyneth Patrol mange du cochon à Hong Kong, trompe son mari et meurt. Matt Damon prend un air tout droit sorti de Au-delà, l'infâme étron de Eastwood, et sa femme meurt (heureusement qu'il a perdu au passage ses facultés de communication avec les ténèbres). Marion - la Môme - Cotillard est enlevée par un gentil chinois qui ne la relachera que si elle sauve une quarantaine d'enfant chinois qui vivent dans une sorte de club vacance de fortune. Jude Law est méchant, comme d'hab, et il se coiffe comme Tintin, avec une petite houpette. Kate Winslet est la moins pire, dommage qu'elle meurt la bave au lèvre en tentant de donner une couverture à un autre malade.Le héros de Breaking Bad est déguisé et porte une casquette.

 

Dans ce film dont le scénario semble avoir été écrit par une limace formolisée, tout sonne faux : l'histoire, les scènes de fin du monde, les émeutes, les réactions des personnages, la musique. Je ne vois rien à sauver, c'est un ratage complet sur toute la ligne, le film échoue à faire naître la moindre tension dramatique ou psychologique, la moindre empathie. C'est de l'anti-cinéma, un peu comme si on voyait un journal télévisé de France 3 Minneapolis, les bons sentiments en plus (le gentil médecin se sacrifie pour le fils de l'homme de ménage). On en vient à souhaiter que l'épidémie décime tout le monde un peu plus vite que ça.

 

C'est très mauvais, à un point qui situe le film dans les abysses du classement 2011.

 

1e

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Les neiges du Kilimandjaro

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/94/17/19819675.jpgJ’ai vu le film vendredi dernier au Katorza en présence de Robert Guédiguian. La critique de son 17ème opus s’avère du coup pour moi un exercice délicat, je vais vous dire pourquoi.

 

J’ai été séduit par la prestation de Guédiguian qui s’est prêté au jeu des questions réponses pendant une heure, avec un sens de l’humour et une élégance dans l’argumentation auxquels je ne m’attendais pas vraiment. Il est profondément troublant en ces temps de Sarkozie décomplexée de rencontrer un homme qui affiche aussi clairement (et simplement) ses opinions issues d’une gauche historique, très lutte des classes, et en même temps d’un niveau intellectuel supérieur, citant Jaurés entre Pasolini et Capra.

 

Ce qui m’a beaucoup touché aussi, c’est la sensibilité qui émane de Guédiguian, manifestant une grande empathie dans sa capacité à écouter les questions des spectateurs. Bref, un beau moment d’échange avec quelqu’un qui porte ses idées avec une conviction rare et attachante.

 

Le film, quant à lui, m’a un peu déçu, ce qui est toujours gênant à exprimer en présence de son créateur (Robert, ne lis pas cette critique). Les neiges du Kilimandjaro prend clairement le parti d’être une fable, un conte. Guédigian nous a dit vendredi que les comédies avaient les mêmes ressorts que les tragédies, et que la seule différence résidait dans le fait que dans les comédies les situations trouvaient leur résolutions.

 

C’est bien le programme que propose le film, (très) librement inspiré d’un poème de Victor Hugo, Les Pauvres Gens. Un leader syndical organise un tirage au sort en vue de licencier 20 ouvriers de son entreprise. Un de ceux-ci va commettre un acte répréhensible. Le leader syndical et sa femme (indéboulonnables Darroussin et Ascaride) vont, après avoir dénoncé le criminel, trouver un moyen d’atténuer leur sentiment de culpabilité.

 

Le problème, suivant l'adage classique que les bons sentiments ne font pas les bons films, c'est que Les neiges du Kilimandjaro n'échappe pas à une certaine sensiblerie et présente des traits franchement caricaturaux. Si les habitués de Guédiguian jouent assez juste, les nouveaux venus sont franchement à côté de la plaque et leur texte semble totalement "plaqué". Grégoire Leprince Ringuet par exemple est à moitié crédible, et Robinson Stévenin campe un policier peu convaincant. Le film oscille donc perpétuellement entre plusieurs styles (humoristique, chroniqueur social, militant, angoissant, utopique, nostalgique, sentimental) sans réellement trouver un point d'équilibre. Certaines scènes sortent du lot (le speech de la mère à côté du bateau, la partie de bridge et sa conclusion), d'autres sont ridicules par la faute souvent d'une bande-son désastreuse (cet horrible Many rivers to cross chanté par Joe Cocker).

 

Je ne rentre pas ici dans le débat moral que le film peut générer : il paraît irréel (je ne peux pas trop spoiler, mais que font les services sociaux ??) et ses enjeux me laissent un peu indifférent. Je note simplement que les jeunes sont montrés d'une façon assez réaliste insupportable.

 

Alors, allez-y si vous voulez poursuivre ce long feuilleton mené par la bande de l'Estaque, et retrouver un petit peu de ce qui faisait le charme de Marius et Jeannette.

 

2e

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Uzak

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/35/08/95/p2.jpgPour préparer mon séjour à Istanbul à Nöel, j'ai décidé de m'attaquer à la filmographie de Nuri Bilge Ceylan : le réalisateur dont personne ne voit les films, mais qui ne repart jamais bredouille de Cannes.

Première étape avec Uzak, qui a fait connaître Ceylan au grand public et qui a emporté (excusez du peu) le Grand Prix ET un double prix d'interprétation masculine à Cannes 2003.

Pour commencer, amateur de blockbuster pétaradant et de pixarisation colorée, tu peux passer ton chemin. Ici, on est plutôt entre fans de Tarkovski et du Kiarostami des débuts. C'est Ozu qu'on convoquera, et pas Refn.

A force de voir d'autres styles de film, on oublie presque qu'il existe un cinéma dans lequel un plan fixe et silencieux de 5 minutes peut être génial, car signifiant.

Je donne un exemple. Le synopsis est assez simple : un photographe en proie à une crise existentielle (sa femme l'a quitté, il s'interroge sur son métier...) doit accueillir chez lui une vague connaissance issue du même village que lui, mais d'un niveau social bien inférieur. Une longue scène nous les montre tous les deux regarder la télévision. Puis le visiteur de lève et va se coucher. Après un moment, le photographe se lève et sort une cassette porno pour la regarder tranquillement. C'est long, il ne se passe pas grand-chose, mais c'est beau et ça dit plein de choses en même temps : la misère sexuelle du photographe, la gêne d'accueillir le visiteur, le stress d'être surpris, etc...

Nuri Bilge Ceylan s'avère être par ailleurs un réalisateur exceptionnel par ses choix de cadres, absolument géniaux, sa direction d'acteur et sa photographie, d'une beauté époustouflante, qui révèle son métier premier de photographe. Ses talents de coloristes sont aussi immenses (ces rouges !). Le film, que j'ai regardé en deux fois parce qu'il doit s'apprécier avec parcimonie et délicatesse comme un grand cru, est donc une merveille esthétique, qui regorge d'idées de mise en scène (utilisation de la profondeur de champ comme je ne l'ai jamais vu ailleurs). Les relations entre les deux acteurs sont particulièrement subtiles. Il est émouvant de savoir que le plus jeune des deux, parent éloigné de Ceylan, est mort quelques semaines après la fin du film dans un accident de voiture.

Une scène, dans ce beau film, est une splendeur : Istanbul enneigée, un bateau de travers qui semble à la fois immobile et en train de sombrer dans la mer toute blanche.

 

4e

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