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Christoblog

La part des anges

La part des anges a été récompensé par le Prix du Jury au dernier Festival de Cannes. De tout le palmarès, il me semble que c'est un des prix qui prête le moins à contestation. Au milieu d'une sélection très atone, ou très sombre lorsque les films étaient de qualité, le dernier Ken Loach se distingue en effet par sa cohérence stylistique, l'intelligence de son scénario et sa joie de vivre revendiquée. Ce fut la bouffée de bonne humeur du Festival et à ce titre le film méritait d'être distingué.

Loach démarre en trombe avec une scène hilarante dans une gare : un alcoolique titube sur la voie ferrée alors qu'un train arrive, peinant à remonter sur le quai, alors que le chef de gare l'invective par l'intermédiaire du haut parleur permettant de faire les annonces. C'est à la fois drôle à en mourir (si je puis dire), affligeant, et subtilement porteur de messages (l'autorité est bonhomme, mais distante et impuissante). 

Notre ami porté sur la boisson se retrouve dans une équipe de jeunes délinquants, réunie pour des travaux d'intérêt général. Nous allons suivre tout ce petit monde et un des personnages en particulier : Robbie, joué par un jeune acteur peu connu mais excellent, Paul Brannigan.

La grande habileté de Loach est de bâtir la première partie de son film comme un drame social à l'anglaise (genre dans lequel il excelle), avant de le transformer en aventure picaresque de Pieds Nickelés scottish. Il nous égare ainsi entre émotion, inquiétude, sourire et francs éclats de rire, avec un talent de conteur retrouvé. Il y a dans ce film un peu de ce qui faisait le charme de Looking for Eric, et aussi un air de comédie italienne (le mélange farce et tableau d'une noire réalité sociale).

Un bon moment de détente - et de cinéma - qui fleure bon le pur malt.

 

3e 

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The raid

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/95/62/20074884.jpgConnaissez-vous le silat ?

 

Il s'agit d'un art martial indonésien, qui peut être vu comme un croisement de catch et de savate (les puristes hurleront, mais les puristes m'importent peu).

 

Le silat est amusant de plusieurs points de vue. D'abord, il semble qu'on puisse y frapper autant de fois que l'on veut le visage de son adversaire avant d'y imprimer une petite marque. Conséquence : prendre l'ennemi par les pieds et lui fracasser le dos contre un mur, un balcon ou un parapet s'avérera plus efficace qu'une séance de pugilat interminable.

 

Il y a quelque chose de sexuel dans le silat. Les ahannements y sont chroniques et explicites. Et quand de guerre lasse on a fatigué son partenaire/adversaire jusqu'au seuil de la mort, on lui tord le coup langoureusement.

 

Voilà. Y'a-t-il un autre intérêt à The raid ?

 

La réponse est non, aucun.

 

1e

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Faust

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/88/83/19812591.jpgCi-dessous un courriel reçu à propos de Faust

 

Cher Christoblog

 

J'a appris que vous décerniez annuellement le Prix du Grand Film Con du Grand Auteur Qui Se La Pète.

 

Permettez-moi d'attirer aujourd'hui votre attention sur le dernier film d'Alexandr Sokurov, qui me semble un candidat idéal pour 2012.

 

Le Grand Film Con se distingue d'abord par un maniérisme un peu pédant, et il se trouve que Faust cumule d'emblée plusieurs atouts : un écran presque carré (avec des coins arrondis, façon Instagram du riche) et déformations de l'image. Des procédés d'ailleurs curieusement utilisés par un autre prétendant : Post Tenebras Lux de Reygadas, présenté à Cannes, mais je m'égare.

 

Outre son aspect formel alambiqué et chichiteux, Faust écrasera probablement sa concurrence par une intensité de dialogues incompréhensibles et creux qu'aucune autre oeuvre récente, aussi bavarde et absconse soit-elle, n'est capable d'égaler à mes yeux.

 

Le public de la salle dans laquelle j'ai subi ma séance de torture de 2h14 a largement contribué à ma décision de vous soumettre ce film. En effet, j'ai pu constater de mes yeux tous les symptômes occasionés par un lauréat du GFCGAQSLP : asssoupissements plus ou moins volontaires, trépignements, ronflements, changement de fesse, oscillation d'avant en arrière, objets qui tombent (les actes manqués !), nettoyage intempestif de lunettes, téléphones portables qui vibrent opportunément, etc... A noter que contrairement à votre brillante théorie du Saut à l'élastique exposée dans votre article sur Le cheval de Turin, j'ai même assisté à un départ définitif.

 

Je sais que vous voyez beaucoup de films ennuyeux, cher Christoblog, et que votre connaissance dans le domaine des errements crypto-philosophiques est vaste et profonde, mais si mon plaidoyer ne vous a pas encore convaincu, je peux ajouter :

- des personnages et des costumes ridicules (le chapeau de la photo ci-dessus ne suffit-il pas à lui seul à décridibiliser tout le projet ?)

- une utilisation des animaux comme symbole systématique et ridicule (chats, chiens, rats, lapin, cigogne, cheval...)

- un décors final à mi-chemin entre Valhalla rising et la fin new age de The tree of life

- une voix off envahissante

.... et mille autre petites tartufferies prétentieuses.

 

Voilà. J'espère sincèrement que la dizaine de tranches de 5 secondes magnifiques visuellement ne fausseront pas votre jugement et que vous saurez reconnaître in fine le caractère à la fois Con, Grand et profondément Chiant de Faust. D'ailleurs, le film a obtenu le Lion d'Or à Venise et fait la couverture des Cahiers du Cinéma de ce mois : la caution intellectuelle pour l'intronisation de l'étron est donc avérée.

 

En vous remerciant pour votre action en faveur de la reconnaissance des plus grosses merdes ennuyeuses de l'histoire du cinéma, cinématographiquement vôtre.

 

1e

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The deep blue sea

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/87/37/55/20078814.jpgIncroyable film. Qu'on l'aime ou pas, il faut bien reconnaître la puissance du défi esthétique qu'il représente.

 

Terence Davies propose en effet une oeuvre qui semble d'un autre temps, à l'opposé de toute modernité, une oeuvre pour ainsi dire réactionnaire en terme de formalisme. Cela se traduit non seulement pas une certaine lenteur, des cadres très serrés, des décors qui sentent l'encaustique, mais aussi par un rythme à la fois fluide et pesant (?), une image sombre et légèrement ternie et une direction d'acteur qui semble inspirée par Balzac ou Maupassant.

 

L'histoire est celle d'une émancipation féminine : Hester quitte dans les années 50 son vieux mari, juge et haut personnage, pour un jeune homme qui a fait la guerre et qui la délaissera à son tour. Rien de bien extraordinaire donc dans le scénario, mais sous le pinceau ténébreux de Terence Davies, le propos devient tragique et on ne peut s'empêcher de songer constamment aux pièces classiques, alors que le film est tiré d'une oeuvre des années 50.

 

Le montage présente des caractéristiques virtuoses, avec des flashbacks imbriqués sur la base d'un rythme lancinant. La réalisation est étonnante, mélange de morceaux de bravoure et de poses un peu glaciales.

 

Si finalement je penche de justesse pour un avis positif, c'est principalement grâce à l'interprétation magistrale de Rachel Weisz, qui parvient parfaitement à donner corps à son personnage de femme luttant pour conquérir sa liberté.

 

L'aspect hyper-formel du film, certains de ses tics (les épouvantables violons du début), et l'ambiance réfrigérée et ralentie qui baigne toutes les scènes pourront aussi déplaire. Il subsiste toutefois après la vision du film l'impression étrange d'avoir assisté à un rêve éveillé.

 

A essayer.

 

2e

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Madagascar 3

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/81/48/20133653.jpgElle est belle la France vue par Dreamworks !

 

Quand ils atterrissent chez nous, les singes partent en courant dans la nature, empêchant la joyeuse troupe de réparer l'avion. Explication des Américains : entre jours de congés et RTT, les Français travailleraient ... 2 semaines par an. Je n'ai pas contrôlé la version en VO pour me faire une idée des phrases originales, mais cela doit être du même tonneau.

 

Quant à la méchante, elle est gendarme, cruelle, moche, et française ! Les scénaristes lui font chanter Piaf (l'impact Cotillard ?) avec un air de Cruella, ce n'est pas joli joli. La gendarmette et ses collègues sont affublés de matériel archaïque digne de l'époque de De Funès et, cerise sur le gâteau, le scénario évite soigneusement notre pays pour passer directement de Rome à Londres.

 

Bon, tout cela n'est pas très grave et je remballe ma fierté patriotique mal placée. On s'en fout. Et le film ? Pareil.

 

Pas d'originalité, quelques saillies bien vues, un rythme (dans l'action comme dans les dialogues) qui frôle l'hystérie : le produit est calibré dans le droit fil suivi par la franchise. Si le début m'a assez bien accroché j'ai été révulsé par le cirque final, sorte de vertige multi-vitaminé sous acide qui nous fait perdre toute affection pour cette troupe de losers jusqu'alors plutôt sympathiques. Regardable, mais les scénaristes devraient travailler un peu plus en profondeur. J'avais préféré l'épisode africain.

 

La saga sur Christoblog : Madagascar 2

 

2e

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The dictator

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/84/77/28/20138696.jpgCe qu'il y a de drôle dans The dictator, c'est tout ce qui n'est pas dans le film : la bande-annonce, certaines scènes coupées dans le générique de fin, des annexes comme le montage photo ci-contre ou les vidéos félicitant François Hollande pour sa victoire.

 

Le film en lui-même est pathétique. Sacha Baron Cohen, qui avait réussi un coup marketing et en partie artistique avec son mémorable Borat, échoue ici complètement dans ses tentatives de nous faire rire.

 

Borat enfonçait le clou de la mauvaise foi et de la vulgarité crasse à un point tel qu'on se demandait parfois vraiment ce qu'on voyait, d'autant que les standards du documentaire étaient parfaitement respectés (en réalité, de nombreuses scènes étaient même tournées en caméra cachée, captant les réactions d'anonymes sans leur accord).

 

Dans The dictator, cette fois-ci une fiction pure, Sacha Baron Cohen et le réalisateur Larry Charles se compromettent à dresser un tableau presque sympathique d'un tyran, au point de le faire tomber amoureux d'une bio-passionaria, avec poils sous les bras. La charge comique du film en est désarmorcée.

 

Quand à la critique des Etats-Unis, qui était si percutante et féroce dans Borat, elle se retrouve ici résumée à quelques minutes (les meilleures du film) lors desquelles le despote décrit sa vision de la didacture parfaite ... qui s'avère le tableau de l'Amérique de Bush.

 

Sinon, c'est très vulgaire, les photos ci-contre sont plutôt classes par rapport à ce que vous verrez dans le film.

 

A éviter. Et à ne pas confondre avec The great dictator, de Chaplin.

 

1e

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Adieu Berthe

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/28/92/20089793.jpgIl est difficile de dire beaucoup de mal (ou de bien) du dernier film de Bruno Podalydès, tellement Adieu Berthe se situe en-dehors de son époque.

 

Sur les films de Mouret pas exemple, on peut gloser pratiquement à l'infini, rien qu'en évoquant la filiation rohmerienne passée à la moulinette contemporaine, et en particulier sexuellement triviale.

 

Ici, le film est résolument situé hors du temps. Les lieux paraissent choisis pour leur non-singularité, leur aspect étonnamment sans âge. Le lotissement dans lequel est situé la pharmacie est ainsi ni moche ni beau, ni pauvre ni riche, ni ancien ni récent. La nature est totalement quelconque, et rien ne rend les pelouses ou l'étang de la maison de retraite remarquables. Dans ces décors anodins Bruno Podalydès place des personnages quelconques : il joue lui-même un croque-mort confident au physique transparent, alors que son frère traîne une apparence assez peu à son avantage, cheveux en désordre et costard frippé, englué dans le piège de l'indécision.

 

Le film brille dans sa première partie, mettant en place des dispositifs assez amusants (le concept de rupture douce, l'accueil extraordinaire des Pompes Funèbres Définitif) bien servis pas des répliques légèrement décalées. Le personnage d'Armand, un peu lunaire, partagé entre deux amours (excellentes Valérie Lemercier et Isabelle Candelier), y déambule sur une trotinette électrique, glissant sans bruit et avec une certaine classe, comme le film.

 

Ces bonnes idées épuisées, Adieu Berthe revient sur un terrain beaucoup plus formaté (à partir de la nuit passée dans la maison de retraite), plus tourné vers le sentimentalisme, et même la mièvrerie.

 

C'est dommage, l'aspect bricoleur et gentiment déglingué du film, dressé contre une certaine suffisance du cinéma d'auteur français (Obsécool vs Définitif), était une veine à creuser, dans un style qui aurait pu être gondriesque, à l'image de cette tirade surréaliste sur l'inactivité des volcans depuis la mort de Haroun Taziouf (sic), de l'apparition de Noémie Lvovsky en pleureuse anonyme ou des funérailles elles-mêmes, burlesques et futuristes.

 

On préférera retenir de ces sentiments contradictoires l'impression que le tandem fraternel et décalé de Versailles rive gauche revient plutôt en forme.

 

2e

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J'ai croisé Agnès Varda passage Pommeraye à Nantes

Varda2-copie-1

Dans le cadre du Voyage à Nantes, manifestation culturelle intégrée à l'échelle d'une ville, je me promenai cet après-midi passage Pommeraye, quand je tombai sur Agnès Varda, facilement reconnaissable à sa curieuse chevelure bicolore.

 

"Agnès, mais que fais-tu donc ici ?"

 

Bon, alors, au tombereau d'incultes lillois ou marseillais qui échoueraient sur ce blog, il me faut préciser :

- qu'Agnès Varda fut l'épouse du (éternellement) regretté Jacques Demy Pommeraye

- que le passage Pommeraye, outre qu'il soit un passage couvert comme peu de villes européennes peuvent s'en targuer (avec un dénivelé de 9m40 qui plus est), est un must de l'imaginaire nantais et français, faisant partie intégrante du patrimoine artistique mondial

 

Donc, dans ce lieu emblématique, Agnès aurait pu me répondre qu'elle proposait une installation reconstituant le magasin de téléviseur que tenait Michel Piccoli dans le chef d'oeuvre de Demy Une chambre en ville. Et effectivement, tout y est : cette infâme couleur verte, quelque part entre Babar et Ireland forever, ces télévisions éventrées, plusieurs extraits du film (cf ci-dessous le visage halluciné de Piccoli), et une installation de 6 téléviseurs présentant des choses confuses et importantes que vous aurez l'occasion de détailler si vous venez à Nantes.

 

Plus haut, Agnès Varda a conçu une installation extrêmement touchante sur les squatts. C'est brillant et intelligent, en plus d'être beau, à son image.

 

Voilà, maintenant, au boulot, vous n'avez plus qu'à venir à Nantes.

 

Varda3

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La petite Venise

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/88/96/16/20017466.jpgUn pêcheur agé, seul et pauvre, rencontre une chinoise immigrée qui tente de faire venir en Italie son fils de 8 ans. Une amitié se noue entre eux.

 

Sur cette trame simple (simpliste ?), Andrea Sangre réussit un film honnête, construit sur une trame humaniste, mais sans trop de pathos.

 

Plus que le scénario, plutôt sommaire, c'est la mise en scène qui attire l'attention. Une image splendide, des mouvements de caméra amples et séduisants, un cadre parfait, un montage au cordeau : la forme du film est séduisante.

 

L'autre point à signaler, c'est l'utilisation optimale du décors, à la fois beau et étonnant, que constitue la lagune à Choggia, assez loin de Venise. L'acqua alta qui envahit les rues est admirablement filmée. L'interprétation des deux acteurs principaux est parfaite également.

 

Un film intéressant qui donne envie de suivre la carrière d'Andrea Sangre.

 

2e

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Une seconde femme

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/57/30/20103002.jpgBien qu'autrichien, Une seconde femme peut être inscrit dans une série de films allemands de qualité qui prennent pour sujet l'immigration turque : De l'autre côté, L'étrangère, Almanya...

Le sujet est ici hautement polémique : un homme d'un certain âge prend une seconde femme en Turquie, sur les conseils de sa première, atteinte d'un cancer, et la ramène en Autriche. Pour donner le change, la famille prétend que c'est le fils de la famille qui a pris femme.

A partir de cette idée plutôt osée, le réalisateur Umut Dag aurait pu filer une trame de style "drame social et sociétal", mais il préfère ici se cantoner à une stricte étude des comportements et réactions des membres de la famille. C'est ainsi que les relations entre la nouvelle femme et l'ancienne, ou entre la nouvelle et les enfants de la première, vont être disséqués, observés et admirablement rendus par une brochette d'actrices très inspirées.

On est ravi par la première partie du film, magnifique (photographie hors du commun, admirable lumière) et dont l'intrigue est plus retorse que le pitch ne le laisse supposer. Dag s'y révèle être un cinéaste très doué, disposant à la fois d'un beau sens de la narration et d'un don évident pour trouver le bon cadre.

Sur la fin, le récit devient plus prévisible et il m'a semblé que le style d'Umut Dag se faisait un peu trop pesant (les fondus au noir sont très beaux mais deviennent trop nombreux par exemple). Une seconde femme présente tout de même des qualités hors du commun (un art consommé de l'ellipse par exemple)

En ce mois de juin plutôt morose en terme de sortie, Une seconde femme peut être sans risque conseillé aux cinéphiles curieux.

 

3e

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L'amour et rien d'autre

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/61/57/19788233.jpg

Il y a bien des choses qui m'énervent dans L'amour et rien d'autre. Des seconds rôles qui jouent mal, une mise en scène (trop) sage et appliquée, des scènes franchement peu crédibles, une façon de s'attarder plus que nécessaire sur certaines péripéties.

 

Mais il y a aussi une performance assez incroyable de l'actrice Sandra Hüller, qui, avec son petit air buté et ses lèvres trop fines, se révèle être presque une figure mythologique.

 

Il y a en effet de l'Antigone dans sa résolution de ne pas laisser le destin l'accabler, dans sa farouche volonté de préférer l'Amour à l'être aimé.

 

Il m'est difficile de déflorer l'intrigue, sous peine de gâcher votre plaisir si vous n'avez pas encore vu le film, mais - à mots couverts - il me semble qu'un des handicaps du film est de vouloir ajouter l'improbable à l'exceptionnel. Ceux qui ont vu le film me comprendront, je pense.

 

Bref, un nouveau témoignage de la vitalité du cinéma allemand, après Barbara. Le réalisateur, Jan Shomburg, dont c'est le premier film, nous livre ici quelques éclairs prometteurs, comme le premier plan, absolument magique : le personnage principal écoute les yeux baissés une déclaration d'amour en anglais sans qu'on comprenne excatement de quoi il s'agit. Le plan est serré, et c'est magnifique.  

 

L'amour et rien d'autre fait partie de ces films qui vous trottent dans la tête plusieurs jours après la première vision.

 

2e

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Le grand soir

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/17/40/20085063.jpgIl y a quelque chose de profondément déplaisant dans ce film du duo Delépine / Kervern. Un manque de respect envers les personnages, le scénario, les spectateurs, le mouvement punk et même le cinéma.

 

Rien ne fonctionne, tout est artificiel dans ce pensum : les acteurs sont grotesques (Dupontel se rend copieusement ridicule à plusieurs reprises / je veux bien dire Dupontel, non son personnage), les différentes scénettes se résument le plus souvent à l'expression d'une idée grossièrement filmée.

 

Exemple : je vais filmer deux conversations qui se superposent, je vais utiliser les écrans de surveillance dans mon film, je vais filmer un pendu dans un manège...

 

Pour donner un peu d'épaisseur à leurs poncifs, Delépine et Kervern pratiquent le guest dropping comme d'autres le name dropping : ils invitent donc Didier Wampas, Bouli Lanners, Brigitte Fontaine, Yolande Moreau, Barbet Schroeter, et même ce gros plouc poujadiste qu'est devenu Depardieu.

 

Il y a dans tout cela une suffisance béate, un air de précieux ridicules qui consiste à se croire Depardon quand on cadre un paysage de zone commerciale.

 

Quand au message du film, quel est-il ? Qu'il faut se libérer des chaînes de la consommation en jetant les caddies de supermarchés dans les champs et en précipitant une botte de foin enflammée vers la caméra. Révolutionnaires au petit pied, contempteurs chroniques et mesquins, les réalisateurs nous ennuient. Quand aux vrais punks, il se retourneront dans leur tombe historique en voyant leur mouvement grossièrement caricaturé par ces tristes guignolades.

 

Le grand soir, film le plus laid de 2012 ? C'est probable.

 

Delépine / Kervern sur Christoblog : Mammuth

 

1e

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Chercher le garçon

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/52/86/20052374.jpgChercher le garçon est un film assez déconcertant.

 

Vu sous un angle purement objectif il faut bien reconnaître qu'il apparaît plutôt comme une petite chose bricolée à la va-vite, sans moyen et aussi sans grande ambition. D'un format plus proche du moyen-métrage que du long (le film dure 1h10), Chercher le garçon est un objet non identifié, guilty pleasure de samedi soir, dont la vision est à la fois agréable et sans conséquence.

 

Le personnage principal, jouée par Sophie Cattani (la mère de la petite fille dans Tomboy), a 35 ans, et cherche l'homme de sa vie sur Meet Me. S'en suit une dizaine de rencontres qui réserveront chacune surprises ... et déceptions.

 

Les comédiens n'avaient aucune ligne de texte pour ces rencontres. Ils disposaient seulement de leur "profil" et ensuite devaient improviser, un peu comme lors d'une vraie rencontre. A l'écran, cette improvision se ressent nettement, avec des phrases qui se superposent, des regards vraiment étonnés, des mimiques de protection. C'est surprenant.

 

Le film gagne de cette façon une fraîcheur assez étonnante, bien servie par une utilisation optimale des décors naturels de Marseille et de ses environs, et de son folklore (Aurélie Vaneck, actrice dans Plus belle la vie, joue son propre rôle). La morale de l'histoire est un peu (beaucoup) bateau : finalement les deux rencontres que fait Emilie (un ami et un amoureux) seront dues au hasard et pas à Meet Me, évidemment !

 

Le film est toutefois à conseiller, pour ses airs de Rohmer méridional. A noter qu'Emmanuel Mouret est crédité au générique de fin, en rapport avec le scénario. Le film ne ressemble pourtant pas à du Mouret, sauf parfois par le côté incisif de certaines répliques.

 

2e

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Les femmes du bus 678

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/84/19/20069453.jpgQuel bonheur de voir enfin un film qui raconte une histoire complexe, et qui le fait bien. Quel plaisir de voir de bons acteurs qui émeuvent, un scénario malin et cohérent qui évite d'être simpliste, et un réalisateur qui utilise sa caméra au service de l'histoire qu'il raconte et non pour flatter son égo.

Ca fait du bien. Que ce bonheur nous vienne d'un des plus grands pays de cinéma au monde, l'Egypte, me ravit.

Les femmes du bus 678 sont trois. Fayza, Seba et Nelly ont toutes les trois subi des violences sexuelles. Elles sont issues de milieux très différents, mais vont être confrontées à des réactions terribles de la part de leurs proches : rejet du mari suite à un viol, pression pour ne pas porter plainte des parents, réactions négatives de l'opinion publique dans un pays où celle qui se fait harceler semble plus coupable que son agresseur...

Un tableau glaçant de la condition de la femme en Egypte, mais qui évite le manichéisme et présente une richesse narrative qui empêche le film d'être sèchement didactique.

Mohamed Diab parvient à nous passionner à travers les portraits qu'il dessine habilement, dont celui du commissaire de police, bonne pâte pagnolesque absolument délicieux. C'est fort, brillant, généreux, habile. Je pourrais trouver au film quelques menus défauts, mais pour une fois, je n'en ai pas envie.

Le cinéma égyptien sur Christoblog, c'est aussi l'excellent Femmes du Caire, dans lequel vous retrouverez la belle actrice qui joue Nelly dans Les femmes du bus 678, Nahed El Seba.

 

3e

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Prometheus

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/66/95/20076868.jpgComme beaucoup de films très attendus, Prometheus déçoit beaucoup.

 

Le début du film est pourtant assez réussi, avec un très beau et mystérieux pré-générique, qui n'a malheureusement aucun rapport avec la suite du film, puis une introduction dans laquelle Michael Fassbender est assez intrigant. Les décors sont jusque là assez plaisants à regarder.

 

Les choses se gâtent ensuite assez vite, le film présentant une propension assez étonnante à passer de l'objet arty à la série Z la plus nulle.

 

Cette glissade vers la médiocrité commence avec des peintures rupestres assez ridicules et grossières, puis continue avec des scènes d'une bêtise crasse (la découverte du pourquoi de la mission après deux ans de sommeil, l'accouchement par césarienne), des personnages annonant des répliques qu'on a entendu 1000 fois, les bégaiements séniles du scénario qui répète son Alien, des caricatures de scènes d'action (oh, qu'ils sont contents de se suicider pour sauver l'humanité, nos trois valeureux pilotes : ils font même des blagues avant de mourir !). Les décors prennent progressivement l'allure d'égypto-visco-barocco-machins en carton pâte. On n'évitera même pas la bondieuserie new-age, ni le truc du robot dont la tête est coupée et qui continue à parler, ni les masques pré-colombiens et africains qui donnent une touche so chic and so world au voyage interstellaire.

 

La fin est bâclée, comme si Ridley Scott souhaitait en finir au plus vite. Bonne nouvelle - attention spoiler : on expédie le décollage du vaisseau de secours en 30 secondes. Mauvaise nouvelle : il y aura une suite.

 

1e

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Sur la route

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/04/97/20094642.jpgWalter Salles s'égare en route.

 

Son adaptation du livre de Kerouac est platement illustrative. Les paysages sont beaux, le trois acteurs/trices principaux ont de belles gueules, les voitures sont visiblement d'époque, la machine à écrire est sûrement estampillée "véritable modèle utilisée par notre génie", mais l'ensemble distille un ennui profond.

 

Jusqu'au premier voyage, un intérêt poli arrive à surnager. Mais lorsqu'on comprend que le héros va revenir, puis repartir, puis revenir, puis repartir, puis... une sourde terreur nous envahit, nous spectateurs : peut-être le film va-t-il durer 6 heures ? Son émoliente monotonie nous terrasse.

 

Une des caractéristique étonnante et paradoxale du film, c'est qu'il ne parvient pas à nous faire ressentir les grands espaces américains, ce que réussissait bien mieux Into the wild, par exemple.

 

Le film est vraiment bien propre, et même s'il s'essaye à quelques allusions salaces, il s'arrête aux portes du politiquement correct : le récit de la partouze par Dean est soigneusement édulcorée, les relations entre hommes semblent moins explicites que dans les souvenirs d'autres protagonistes (la longue et intense relation homosexuelle entre Carlo / Ginzberg et Dean est ainsi occultée) , etc. Les aventures de Kerouac et de ses compagnons étaient à coup sûr plus trash que ce que veut bien nous montrer le film.

 

Ce ripolinage prudent empêche finalement l'empathie avec la brochette de loustics, qui semblent avoir pris plus de plaisir à tourner le film que nous n'en prenons à le regarder.

 

1e 

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Cosmopolis

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/84/59/53/20089910.jpgL'écriture de Don DeLillo est particulièrement hermétique. Dans son roman Cosmopolis, cela donne des choses du genre : "C'étaient des scènes qui l'exaltaient habituellement, cet immense flux rapace où la volonté physique de la ville, les fièvres de l'égo, les affirmations de l'industrie, du commerce et des foules façonnent l'anecdotique dans chacun de ses moments

Vous voyez le genre.

Et bien le film de Cronenberg est parfaitement conforme au style abscons de DeLillo : il est parfaitement incompréhensible au commun des mortels, et autant vous le dire si vous ne l'avez pas vu, vous ne comprendrez guère qu'une phrase sur deux. En plus, parmi celles qu'on comprend, il y a des répétitions, comme le déjà tristement célèbre "I want a haircut".

Que dire de plus ?

Pattinson joue avec la conviction d'un mollusque par temps chaud. La mise en scène se résume au défi de tourner à l'intérieur d'une limousine, comme Buried le faisait dans un cercueil. Les scènes fantastiques ou oniriques, qui sont généralement un des points forts de Cronenberg, paraissent ici un peu ridicules et cheaps (les adeptes du rat). L'apparition successive des différents interlocuteurs sous forme de vignettes caricaturales est vaine et lassante. Juliette Binoche fait une apparition qui n'est pas à son avantage.

Difficile de faire plus mauvais, d'ailleurs à Cannes les gens partaient nombreux avant la fin de la séance. Amusant : le premier plan de Cosmopolis montre une limousine, le dernier du Carax en montre plusieurs, et les deux se déroulent en grande partie dans un de ces engins. Le navet et le chef d'oeuvre.

Un autre extrait pour rire ? "Il voulait être enterré dans son bombardier nucléaire, son Blackjack A. Il voulait être solarisé"

Cronenberg sur Christoblog : Les promesses de l'ombre / A dangerous method

 

1e

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Cannes 2012 : mon bilan

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Premier constat, les 5 premiers films de mon classement (cf ci-dessous) sont réalisés par des Français. Tant mieux, d'autant que je parie sur un gros succès en salle de Camille redouble, tant le film est à la fois émouvant et drôle, un peu à l'image de La guerre est déclarée. L'accueil du public cannois semble d'ailleurs avoir été le même dans les deux cas.

Deuxième évidence, la sélection officielle était d'un faible niveau cette année. Trop de films US mainstream et peu originaux (Lawless en est l'exemple type, et sa présence en compétition est même choquante). Trop de ratages pour ceux qui tentent (Reygadas, Cronenberg, Kiarostami). Toute la sélection semble d'ailleurs marquée par un manque évident d'originalité (dans les scénarios, les sujets traités, la mise en scène), dont le symbole pourrait être La chasse, un film dont chaque plan annonce le suivant. Pas d'humour non plus, ni de films de genre. Tout cela fait à dire vrai un peu vieillot et triste. Le joyau Holy motors heureusement a sauvé la semaine, comme l'intelligence et l'audace du jeune Resnais (90 ans !). Mungiu et Losnitza sont deux grands réalisateurs, et leur propos, presque métaphysiques, ont une profondeur qui les démarquent des autres concurrents. Leur deux films, bien que trop longs, resteront dans les mémoires. 

Troisième point : les sections parallèles sont apparues du coup comme des réservoirs d'excitation et de découvertes. La Quinzaine des réalisateurs en particulier a joué avec un franc succès la carte de l'humour avec des films à la fois amusants et profonds. Camille redouble, The we and the I, Rengaine, Sightseers et No font rire, sourire, et réfléchir à des degrés divers. De même, les films qui ont fait le buzz sur la Croisette se trouvaient plutôt à Un certain regard qu'en sélection (Les bêtes du Sud sauvage de Benth Zeitlin, Antiviral de Brandon Cronenberg, Laurence anyways de Xavier Dolan, Le grand soir de Délépine / Kervern). Si Thierry Frémeaux avaient mis ces quatre là en sélection, cette dernière aurait pris un bon coup de jeune.

 

Et maintenant mon classement, en attendant la Palme ce soir (qui devrait en toute logique aller à Carax, mais dont je crains qu'elle ne soit attribuée au clip promotionnel pour l'euthanasie d'Haneke) :

 

4e

Holy motors, de Léos Carax

Camille redouble, de Noémie Lvovsky (QR)

The we and the I, de Michel Gondry (QR)

Vous n'avez encore rien vu, d'Alain Resnais

3e

Rengaine, de Rachid Djaïdani (QR)

Au-delà des collines, de Christian Mungiu (prix du scénario et double prix d'interprétation féminine)

Dans la brume, de Serguei Losnitza

In another country, de Hong Sang-Soo

La part des anges, de Ken Loach (prix du jury)

The paperboy, de Lee Daniels

Sightseers, de Ben Wheatley (QR)

No, de Pablo Larrain (QR)

2e

Io e te, de Bernardo Bertolucci (HC)

Le repenti, de Merzak Allouache (QR)

Gimme the loot, d'Adam Leon (UCR)

Gangs of Wasseypur, de Anurag Kashyap (QR)

For love's sake, de Takashi Miike (HC)

Noor, de Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti (ACID)

Mud, de Jeff Nichols

Trois mondes, de Catherine Corsini (UCR)

Amour, de Michael Haneke (Palme d'or)

Lawless, de John Hillcoat

1e

Cosmopolis de David Cronenberg

Le goût de l'argent, de Im Sang-Soo

La chasse, de Thomas Vinterberg (prix d'interprétation masculine)

La Sirga, de William Vega (QR)

Sur la route, de Walter Salles

Miss lovely, de Ashim Ahluwalia (UCR)

3, de Pablo Stoll Ward (QR)

Post tenebras lux, de Carlos Reygadas (prix de la mise en scène)

Like someone in love, d'Abbas Kiarostami

 

HC : Hors compétition

UCR : Un certain regard

QR : Quinzaine des réalisateurs

 

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Journal de Cannes 2012

Jour 8 - 26 mai

Déception de tôt matin avec Mud, de Jeff Nichols (Take shelter). Le film est classique, trop classique, ce qui constitue un défaut un peu général de la sélection 2012, qui manque d'étincelles. Le film n'est pas affligeant, il est simplement convenu, à l'image de son happy end à l'eau de rose. Il constitue tout de même une belle plongée dans le Sud des USA et dans le monde de l'enfance.

Pas grand-chose à dire du dernier film en compétition, Le goût de l'argent, de Im Sang-Soo, dont on se demande ce qu'il fait en compétition. Il s'agit d'une variation un peu vaine sur les mêmes éléments que The housemaid : sexe sur fond de lutte des classes entre domestiques et maîtres, intérieurs design. Là aussi, une fin stupide.

Comme c'est un peu l'habitude cette année, c'est dans les compétitions parallèles que je trouve mon bonheur. A Un certain regard d'abord, avec Gimme the loot, un petit film qui fait respirer l'air de New-York, dans le sillage d'un couple d'ados noirs. Nos deux compères (un gars et une fille) se sont mis en tête de tager la célèbre pomme dans le stade des Mets (une des deux équipe de base-ball de NY). Problème : il faut réunir 500 $ pour soudoyer le portier. Un courant d'air frais circule dans ce film.

31ème - et dernier -  film de mon périple cannois à la Quinzaine : No, film chilien de Pablo Larrain. Au début très suprenant (écran carré, image un peu trash) le film devient progressivement palpitant. Il montre comment lors d'un référendum organisé par Pinochet en 1988 un jeune publicitaire va changer la donne en orchestrant la campagne du NON. C'est du Mad Men low-fi, avec Gabriel Garcia Bernal dans le rôle principal.

En sortant de ce film un peu pointu, je tombe sur une Lamborghini orange V12 immatriculée au Koweit. Salut la Croisette, à la prochaine !

 

Jour 7 - 25 mai

Début de journée dans un grand éclat de rire avec l'euphorique Camille redouble de Noémie Lvovsky, à la Quinzaine. La salle a réservé une longue ovation pour ce film qui est promis à un grand succès en salle. Il s'agit d'une histoire fantastique, sentimentale et rigolote : foncez-y dès que ça sort.

Le retour à la compétition est rude avec le beau et dur Dans la brume du russe Sergei Loznitsa (My joy). Le film est d'une beauté formelle incroyable, et il soulève des questions très profondes sur le sacrifice et le devoir, dans le contexte de la seconde guerre mondiale en Biélorrussie. C'est dommage qu'il soit trop long. Très peu de photographes lors de la montée des marches (une dizaine) et une salle pas complète, mais qui a applaudi longuement le cinéaste et son équipe, visiblement très émue.

Contraste saisissant avec ce qui a suivi : une cohue indescriptible pour la montée des marches du Cronenberg à 19h, Pattinson qui roucoule avec Juliette Binoche, 400 invités laissés sur le carreau, des robes de soirée à foison, BHL qui fait son cinéma, le crépitement de milliers de flash, les tops modèles qui défilent ... et un film qui fait flop. Nombreux départs pendant la séance, applaudissements à peine polis et commentaires acerbes des spectateurs à la sortie. Cosmopolis est effroyablement raté, il faut bien le reconnaître.

Avant le dodo, petit détour au cinéma de la plage. Un écran géant, des centaines de transats, et une distribution de plaids. J'ai regardé 30 minutes de Red tails, un film américain qui décrit la vie d'un groupe d'aviateurs noirs pendant la seconde guerre mondiale. Un gros machin pyrotechnique sans grand intérêt, mais quel plaisir d'être au cinéma face à la mer, en regardant les mouettes voler et les doigts de pied dans le sable. Georges Lucas himself nous accueillait sur la plage, en tant que producteur. Cannes, c'est ça.

 

Jour 6 - 24 mai

Comme c'est maintenant l'habitude je commence la journée avec un film en compétition : The paperboy, de Lee Daniels. Quelques sifflets à la fin et un début de polémique sur la toile que je ne m'explique pas, car il s'agit d'un produit somme toute classique, que j'ai plutôt aimé pour son scénario complexe, la qualité de ses interprètes et le dynamisme de sa mise en scène (Daniels s'est assagi depuis Precious). Pour moi le meilleur film US en compétition. Les puritains seront peut-être choqués d'y voir Nicole Kidman uriner sur Zac Efron. J'embraye ensuite avec ma première séance dans la belle salle Debussy (Un certain regard) : Miss Lovely. Un film qui tente de tracer une voie réaliste dans le paysage du cinéma indien. Pas facile. C'est appliqué, scolaire et raté, sans être honteux. Retour à la compétition avec le pire film vu dans ce cadre : Post Tenebras Lux du sulfureux mexicain Carlos Reygadas, qui joue trop au rugby et à la prétention de faire du Malick sans être Malick, ce qui constitue une grave erreur. Faites moi confiance et n'allez jamais voir ce film, sinon vous le regretterez, je vous le promets.

Changement total de décors pour une autre première : un film dans le cadre de la sélection ACID, qui accueille des films sans distributeurs (Les vieux chats y avaient été présentés en 2011). Noor dure 1h18 (ça fait du bien,un film court) et raconte l'histoire d'un transgenre qui ressemble à une femme mais veut devenir un homme. Tourné au Pakistan le film est très plaisant et donne à voir des paysages à couper le souffle.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/56/81/20106605.jpgA la fin de cette journée marathon je tente vaguement ma chance, sans y croire,  pour le nouveau Catherine Corsini, Trois mondes. Et en quelques minutes de patience j'obtiens une invit ... pour le carré VIP. Me voici assis à 1 siège de Pierre Salvadori, et quelques uns  de Catherine Corsini, Clothilde Hesme, Raphaël Personnaz et un peu plus loin Emmanuel Carrère, présenté par Thierry Frémeau comme "le plus grand écrivain français vivant". Le film est un thriller psychologique et sentimental sur le thème bien connu de l'accident-de-voiture-avec-délit-de-fuite-et-culpabilité-du-conducteur. Le film se laisse regarder sans déplaisir même si j'ai trouvé la véracité psychologique des personnages un peu flottante sur la durée.

 

Jour 5 - 23 mai

Début de journée réservé à la compétition avec Sur la route dès 8h30. Le film n'est que joliement illustratif (beaux paysages, belles gueules des personnages). Pour le reste, il est monotone, plat et trop long. Je n'ai pas accroché du tout. A midi, un des moments que j'attendais le plus dans ce festival : la projection de Holy Motors, premier film de Leos Carax depuis une dizaine d'année. Holy motors est une ode au pouvoir du cinéma, une expérience sensuelle et onirique hors du commun. Je suppose qu'il va diviser, mais il peut sans aucun doute prétendre à la Palme d'Or, comme Lynch le pouvait avec Mulholland Drive.

A 16h, séance spéciale avec la projection de Io e te, le dernier film de Bernardo Bertolucci, toujours alerte malgré son fauteuil roulant (montée des marches par l'ascenseur de service) et ses 71 ans.  Longue standing ovation à la fin de la projection. Le film est étonamment modeste et frais. On dirait un premier film. Une réussite. Fin de journée détente avec une amusante comédie anglaise à la Quinzaine, noire et décapante, Sightseers, où un couple de trentenaires qui découvre le tourisme en caravane s'avèrent être des monstres de beaufitude, puis des monstres tout court. Eclats de rire garantis.

 

Jour 4 - 22 mai

Grasse matinée... jusqu'à 9h. Premier film de la journée en compétition : La part des anges, de Ken Loach. Un bon cru, réaliste et optimiste. Toujours ancré solidement dans les problèmes de la société britannique, mais résolument joyeux. A la Quinzaine, je tente, après la séance de minuit hier soir, un autre défi d'importance : voir le film indien Gangs of Wasseypur qui dure ... 5h20. Le film est assez plaisant et on ne s'ennuie pas. Il faut imaginer un film de mafia type Les affranchis avec un petit côté Bollywood. C'est du mainstream indien, non destiné à l'exportation et donc rarement visible en Europe. Pléthorique équipe du film dans la salle, visiblement ravie d'être à Cannes.

Fin de journée encore à la Quinzaine avec 3, de Pablo Stoll Ward. Scénario évanescent, mise en scène quelconque, enjeux anodins, ce film restera uniquement dans les annales de Christoblog comme le premier film uruguayen chroniqué.

 

Jour 3  - 21 mai

Grosse journée, qui commence à 8h30 bien plus gaiment que hier, avec Vous n'avez encore rien vu, d'Alain Resnais, que je me suis surpris a beaucoup http://images.allocine.fr/c_100_100/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/88/64/60/20110419.jpgaimer. Le film est brillant, et même magistral par moment. Petit détour ensuite par la Quinzaine. Je me trompe de file et je vais voir un film que je n'avais pas prévu dans mon programme et qui s'avère très bon : Rengaine de Rachid Djaïdani. Une jeune femme musulmane qui a 40 frères veut se marier avec un jeune homme noir et chrétien. Problèmes en perspective... Rengaine est une comédie fraîche et énergique qui rappelle Donoma, sans avoir le souffle de ce dernier.

Retour à la compétition pour In another country de mon chouchou Hong San Soo, servi cette fois-ci par une Isabelle Huppert au mieux de sa forme. J'aime toujours la petite musique du coréen, mélange de Rohmer et de Woody Allen. Il nous propose ici 3 histoires pour le prix d'une.

En soirée, le Kiarostami de service tourné au Japon, m'ennuie au plus haut point. En réalité je n'ai rien compris à ce que propose Like someone in love, il faudrait que l'iranien se remette au cinéma et laisse les oeuvres conceptuelles pour les musées.

Clou de la soirée : la fameuse séance de minuit (en réalité 0h30) pour le nouveau Miike : For love's sake. Comme d'habitude c'est super déjanté, cette fois-ci dans le registre de la comédie musicale mélodramatique burlesque et grotesque. Indescriptible. La salle applaudit, siffle et s'esclaffe pendant le film. Réjouissant, bien que trop long (2h14).

 

Jour 2 - 20 mai

Début de journée en sélection officielle avec La chasse, le nouveau film de Thomas Vinterberg (Festen). On est ici à mille lieues de ce dernier. La chasse est en effet très sage, très prévisible, et ... très peu intéressant. En matière de rumeur http://s.excessif.com/mmdia/i/86/7/la-chasse-de-thomas-vinterberg-10694867eitkb.jpg?v=1destructrice de pédophilie, Outrault est malheureusement bien plus fort, et en vrai.

Suite avec Amour, le nouvel Haneke. On suit un couple de vieillards qui s'aiment, alors qu'elle s'enfonce dans la déchéance. Je n'aime pas le cinéma de Hanneke, et ce n'est pas avec celui-ci que ça va s'arranger. C'est affecté, poseur, artificiel et froid. On dirait un long clip médical pour la promotion de l'euthanasie.

Il se met ensuite à pleuvoir des trombes d'eau, dans un froid automnal. Drôle d'ambiance.

Du coup je passe la soirée au Studio 13, petite salle un peu miteuse et à l'écart, pour voir deux films dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs. D'abord Le repenti de Merzak Allouache, qui traite de la réinsertion des terroristes islamiques repentis suite à la Concorde Nationale algérienne. Le film est imparfait, comporte des longueurs, mais mon sentiment est plutôt positif, grâce à un scénario intelligent et à un beau final. Pour finir la journée, direction un lac assez exceptionnel en Colombie, pour La Sirga. Je suis beaucoup plus réservé sur ce film, qui est une sorte de désert des Tartares humide et lacustre. Pas nul, mais à 22h en quatrième film de la journée, un peu raide. Dans les deux cas, les équipes complètes des films étaient là, dans une ambiance MJC étonnante qui contraste avec le strass de la Croisette.

 

Jour 1 - 19 mai

Débuts un peu difficiles. Je cherche pendant plus d'une heure des invitations sans succés. Je fais la queue pour Antiviral, le film de fiston Cronenberg, sans pouvoir entrer. Et puis, alors que le découragement allait me gagner, un gentil monsieur me donne une place pour le dernier Mungiu : Au-delà des collines. C'http://www.lefigaro.fr/medias/2012/05/19/812ceed2-a19d-11e1-821f-68a64c57ee6f-493x328.jpgest peu de dire que le film du réalisateur de 4 mois, 3 semaines, 2 jours est une oeuvre ambigue et potentiellement polémique. Il est question de religion, de superstition, du malin et d'amour. C'est long (2h30), bavard, parfois énervant, souvent sublime, lassant et génial. Un prix à l'horizon (mise en scène, prix du jury ?).

Dans la foulée, je mets mon noeud papillon et coup de bol, j'obtiens quasi instantanément une invitation pour Lawless, en compétition offcielle également. Le film se déroule lors de la prohibition, dans la campagne américaine. De facture très classique, il n'est pas désagréable à regarder. Le rythme molasson est t zébré de séquences de violence quasi insoutenables, ce qui lui aliénera peut-être une partie du public. Sa sélection détonne quand même un peu.

Et pour finir séquence de rattrapage à la Quinzaine à 22h30 avec The we and the I, le dernier Gondry, que j'ai adoré. On suit des lycéens du Bronx dans le bus qui les ramène chez eux le dernier jour d'école. C'est vif, touchant, inventif. Du Gondry en grande forme.

 

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De rouille et d'os

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/84/98/20086124.jpgDeuxième film vu de la sélection officielle (après le délectable Moonrise kingdom) et deuxième coup de coeur : on peut dire que Cannes 2012 commence fort.

Dès les premiers plans, il apparaît clairement qu'Audiard fait désormais partie des plus grands réalisateurs actuels. Il compose des images de générique absolument éblouissantes, mixant plusieurs thèmes du film comme dans un rêve. C'est de toute beauté.

Le récit embraye ensuite avec une belle efficacité, et nous happe rapidement, donnant une impression de réalité extrêmement intense. Audiard excelle dans la reconstitution d'un milieu, d'un évènement, d'une ambiance (le parc marin, l'appartement d'Anna et de son mari, la salle de sport...). On est tellement ébloui par la beauté des images qu'on tarde un peu à se rendre compte de la qualité de jeu des interprètes : Marion Cotillard, qui signe son plus grand rôle (j'ai envie de dire son premier vrai rôle), Matthias Schoenaerts, Marlon Brando belge et Corinne Louise Wimmer Masiero

Le film enfin n'est pas qu'un mélo de haute volée, il est aussi un puissant révélateur de l'état de la société, et il donne à voir un renversant tableau de la façon dont le système amène aujourd'hui les pauvres à surveiller les pauvres (étonnant écho dans l'actualité du jour avec l'affaire Ikea).

La bande-son est osée et bourrée de références : les plus anciens apprécieront de voir Stéphanie se déchaîner en fauteuil sur le toujours énergisant Love Shack des B-52. Pour ma part, j'ai particulièrement aimé le remix ébourriffant du State trooper de Springsteen par Trentemoller (écoutez), dont les paroles entrent parfaitement en résonance avec le film. Un grand moment de cinéma.

Seul petit bémol : la toute dernière partie dans la neige m'a semblé ne pas éviter complètement le piège de la sensiblerie. Mais c'est un détail au regard de la puissance de cette oeuvre, qui en fait - évidemment - une Palme d'or en puissance.

Audiard sur Christoblog : Un prophète

 

4e 

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