Christoblog

Journal de Cannes 2015

23 mai

Dernier film en compétition, MacBeth, de Justin Kurzel, est un Shakespeare à la sauce heroic fantasy, genre Seigneur des anneaux. Je n'ai pas accroché au film, mais Michael Fassbender y est formidable. En sortant de la salle on me jette quasiment à la figure une invitation pour la projection des courts-métrages en compétition. J'y vais et je ne le regrette pas : 8 sur 9 sont vraiment très bons, tour à tour drôles, poétiques, cruels ou inquiétants. Un beau panomara du cinéma mondial en deux heures.

Fin de Festival à la Quinzaine pour la reprise des films primés. Mustang, de la réalisatrice franco-turque Deniz Gamze Erguven est pour moi un coup de coeur (et je ne suis pas le seul). Cinq soeurs en proie au conservatisme machiste turc : énergisant et émouvant. Quarantième et dernière séance avec le film colombien El abrazo de la serpiente, aride randonnée dans la jungle amazonienne, en noir et blanc et en mode Apocalyse now art et essai. Pas inintéressant, mais un peu dur pour un dixième jour de festival à 17h.

Merci à ceux (et celles) qui m'auront lu jusqu'au bout, et à l'année prochaine.

22 mai

Michel Franco est un Haneke mexicain. Son Chronic utilise les mêmes ficelles que l'Autrichien : on montre l'humiliation des personnages avec complaisance (ici des malades en phase terminale) et on prend les émotions du spectateur en otage. C'est sec et pauvre en idées de cinéma, avec une fin honteuse. Mauvaise matinée, puisque le film suédois que je décide d'aller voir à la Quinzaine (Le lendemain, de Magnus von Horn) est un pensum lourdingue et très balisé, sur une idée grotesque : un jeune étudiant qui a étranglé une camarade réintègre la même classe en sortant de détention.

Heureusement, les choses s'éclairent dans l'après-midi. Je n'attendais rien de bon de la montée des marches de Valley of love, de Guillaume Nicloux, en compétition. Finalement le film est une bonne surprise avec un duo Depardieu / Huppert magistral, dans des paysages magnifiques. Notre Gégé national se paye une ovation avant et après la projection, il faut avouer que sa présence écrase toutes les autres sans exception.

Après ce bon moment, détente avec une séance de rattrapage de la Semaine : Les deux amis, premier long-métrage de Louis Garrel. C'est sans prétention mais délicieux, une sorte de croisement entre Marivaux et Christophe Honoré (qui a co-écrit le scénario). Garrel, Macaigne et Golshifteh Farhani sont excellents.

 

21 mai

Ce matin grasse matinée jusqu'à 9h, après m'être couché vers 3h20. Début de journée pépère avec Le trésor, film roumain de Corneliu Porumboiu, présenté à Un certain regard. Décalé, inattendu, assez fin.

J'enchaîne avec le film de Jacques Audiard en compétition, Dheepan, qui s'avère plutôt beau, très bien réalisé, mais avec un scénario un peu court à mon sens pour viser la récompense suprême. Un prix de la mise en scène serait mérité  : celle-ci est souvent de toute beauté. Toute la première partie du film est exceptionnelle.

Après avoir dormi durant la projection d'Oka de Souleymanne Cissé que je n'ai donc pas vu (j'ai honte), fin de soirée salle Debussy pour un documentaire magnifique et écrasant sur les exclus d'une certaine Amérique et sur les brigades para-militaires de rednecks au Texas : The other side. Ahurissant. Longue standing ovation pour le réalisateur italien, Roberto Minervini, un nom à retenir à l'évidence.

 

20 mai

Deuxième grosse journée qui commence avec Youth, de Paolo Sorrentino. Même qualités et même défauts que ses autres films (La grande belleza...) : certains détestent, d'autre adorent.  En ce qui me concerne, je trouve le film distrayant. Deuxième film en compétition, Mountains may depart, du chinois Jia Zhang Ke est une élégie sur 3 décennies et deux continents. Le film se dessine sur la fine trame du temps, c'est très beau. A Un certain regard je vois Lamb, premier film éthiopien à Cannes. Photographie admirable, paysages à couper le souffle, ce premier long métrage vaut surtout pour son aspect documentaire.

A la Quinzaine, très beau Fatima de Philippe Faucon (La désintégration), avec une actrice non-profesionnelle remarquable : longue ovation dans la salle pour l'équipe du film.

Pour finir, je fais la queue à partir de 23h pour la séance de minuit du très attendu Love, du sulfureux Gaspar Noé (Irréversible), film d'amour pornographique en 3D. Ambiance électrique à 0h40 lorsque la projection commence dans une salle archi comble (2300 personnes), mais qui devient vite atone car le film est ... très mauvais.

 

19 mai

Début de journée avec les deux films en compétition. Sicario, du canadien Denis Villeneuve est un thriller racé et efficace. Un scénario épuré, une mise en scène solide, des images magnifiques. Un très bon divertissement. Ensuite le nouveau film de Valérie Donzelli, dont j'avais adoré La guerre est déclarée et détesté Main dans la main. Las ! Marguerite et Julien fait partie de la deuxième catégorie : le film est un naufrage esthétique, dramaturgique, moral. L'accueil de la Croisette est glacial.

Je passe à Un certain regard. Taklub, de Brillante Mendoza, raconte le quotidien des sinistrés du typhon Haiyan, qui dévasta les Philippines en 2013. C'est une fiction, mais qui veut se donner un air de documentaire et qui y parvient très bien. Dur mais nécessaire. Fin de journée à la section que je n'avais pas encore visité : ACID. Dans la salle des Arcades (la seule où on peut étendre ses jambes à toutes les places) je vois The grief of others, deuxième film de l'américain Patrick Wang. Tourné en 2 semaines en Super 16, sans vidéo, le film parvient à émouvoir par son extrême sensibilité. Dans cette ambiance de ciné club de quartier très particulière, on discute pendant 30 minutes avec l'équipe du film.

 

18 mai

Grosse journée aujourd'hui. Début en fanfare avec La loi du marché, de Stéphane Brizé, en compétition. Le film montre une certaine réalité du monde du travail rarement exposée au cinéma avec autant de véracité. Vincent Lindon y est exceptionnel. J'entre ensuite sur un coup de chance dans la salle pour un des films les plus attendus du Festival, Cemetery of splendour, du thaïlandais déjà palmé, Apichatpong Weerasethakul. La salle est pleine comme un oeuf, et le jury doit même se pousser au bord du rang, Tahar Rahim et Isabella Rossellini compris. Le film, admirable visuellement, me laisse par ailleurs complètement froid. Toujours dans la continuité, j'enchaîne immédiatement avec le troisième film du réalisateur norvégien Joachim Trier, en compétition, Louder than bombs. J'avais adoré Oslo, 31 août, mais je suis déçu par ce film : la magie d'Oslo semble s'être évaporée au-dessus de l'Atlantique.

Après une pizza avalée vers 15h, détente avec le feel-good movie de la Quinzaine, Le tout nouveau testament, pochade belge fort agréable de Jaco Van Dormael. Dieu habite Bruxelles et a une fille qui veut faire aussi bien que son frère, JC. Très agréable. Fin de soirée à La Bocca, instructive et émouvante, avec le documentaire Amy, de Asif Kapadia, sur la chanteuse Amy Winehouse : un destin hors norme pour un talent exceptionnel.

17 mai

Baisse du niveau général de la compétition aujourd'hui. Mon roi, de Maïwenn, brille par certains éclats, mais l'ensemble du film est démonstratif, répétitif et vulgaire. Cet aspect énergique et mal dégrossi collait bien au sujet de Polisse, ce qui n'est le cas ici. Vincent Cassel est à baffer, mais c'est le rôle... Carol, de Todd Haynes, raconte de façon plate et peu empathique un amour lesbien au début des années 50. C'est froid et bien filmé, mais le film m'a laissé de marbre. C'est pourtant le film le plus apprécié à ce jour par la critique étrangère.

Dans l'après-midi, le film du croate Dalibor Matanic, Zvizdan (Soleil de plomb) est une oeuvre intéressante sur les conflits de l'ex-Yougoslavie, vus à travers 3 histoires différentes jouées par les mêmes acteurs. Surprenant et très maîtrisé. En soirée, impossible d'entrer à la Quinzaine pour Le tout nouveau testament de Jaco Van Dormael, la foule est impressionante. Du coup, au dodo avant minuit aujourd'hui !

 

16 mai

Très bon début de journée avec Mia madre, de Nanni Moretti : fin, intelligent, très bien réalisé. Après la sélection officielle, direction la Quinzaine avec le nouveau film de Miguel Gomez, le prodige portugais. Le premier volet des Mille et une nuit est un film bricolé et foutraque, mais le projet est impressionant et force le respect : raconter sur 3x2 heures une année du Portugal. J'y reviendrai en détail.

A la Semaine de la Critique, Ni le ciel ni la terre, premier film de Clément Cogitore est une claque. On suit des soldats français en Afghanistan et le film emprunte des chemins inusités dans le cinéma français. J'y reviendrai, mais c'est un premier film de toute beauté. Pour finir la journée (et comme je fais l'impasse sur le Van Sant) direction Un certain regard pour le deuxième film d'Alice Winocour (Augustine) : Maryland. Diane Kruger et Mathias Schoenaerts jouent d'une façon trop monocorde pour enflammer le film qui accumule pas mal de poncifs, tout en étant très bien fait. Du beau monde dans la salle : Céline Sciamma, Noomi Rapace.

 

15 mai

Beau début de journée avec The lobster de Yorgos Lanthimos, fable dystopique dans laquelle les célibataires sont condamnés à être transformés en animaux s'ils ne trouvent pas l'âme soeur en moins de 45 jours. C'est grinçant, cruel, amusant et parfois émouvant. Dans la foulée, le nouveau Woody Allen, Irrational man, s'avère un bon cru. Racé, inattendu et porté par une immense Emma Stone.

Changement total d'ambiance avec le deuxième film en compétition de la journée, Le fils de Saul, du jeune hongrois Laszlo Nemes, dont c'est  le premier film. Il n'y avait probablement qu'une seule façon de filmer les chambres à gaz, et c'est celle ci. Un film coup de poing, terrifiant, mais qui ne prête le flan à aucune polémique. Fin de soirée glamour à la Quinzaine avec le nouveau Desplechin, Trois souvenirs de ma jeunesse. Anecdotique, mais plaisant, à mi-chemin entre Klapisch et Assayas. Du beau monde dans la salle : Fleur Pellerin, Emmanuelle Devos, Céline Sciamma et toute l'équipe du film.

 

14 mai

Mon Festival 2015 commence par un long plan fixe sur Adèle Exarchopoulos, en écho à 2013, et à La vie d'Adèle. Malheureusement, Les anarchistes, le deuxième film d'Eli Wajeman, est engoncé dans un formalisme froid auquel je n'adhère pas du tout. Triste ouverture pour la Semaine de la Critique, dans une salle pourtant bondée. J'enchaîne avec le premier film en compétition, le nouveau Matteo Garrone (Gomorra, Reality). Tale of tales est un conte pour adulte, à la fois sucré et piquant. Son esthétique pourra être de qualifiée de pompeuse (Fellini 2.0) ou de somptueuse suivant le point de vue. Le film m'a bluffé par moment, amusé à d'autres. A la sortie, le juré Guillermo del Toro discute tranquille avec les spectateurs, en sweat à capuche noir et rouge.

Dans l'après-midi, une seule séance pour le Kore-Eda (comme pour le Ceylan en 2014, ce qui ne l'a pas empêché de décrocher la Palme), et donc j'assiste à la montée des marches. J'aime beaucoup ce réalisateur et je pense que Notre petite soeur est une Palme d'Or potentielle. C'est un film magnifique, qui donne la pêche et qui est d'une délicatesse innomable. Fin de soirée pénible à Un certain regard. J'attendais beaucoup de L'étage du dessous, du roumain Radu Muntean (Mardi après Noël). L'intrigue du film est beaucoup trop légère et trop floue. Un court-métrage de dix minutes aurait suffit. La séance commence en retard et je rentre à l'hôtel vers 1h15 du matin...

 

Voir les commentaires

Caprice

Je suis un fan d'Emmanuel Mouret, période Un baiser s'il vous plait. Cela me fait du coup un peu mal de le voir mal vieillir : il faudra un jour que quelqu'un lui dise qu'à 45 ans il ne ressemble plus à un adolescent.

Qu'il puisse séduire à la suite Virgine Elfira, puis Anaïs Demoustier, avec ses airs de Droopy indécis et trop honnête, n'est simplement plus crédible. 

J'ai donc suivi avec une politesse un peu gênée toute la première partie du film, qui ressemble à du Mouret faisant du Mouret : dialogues distanciés et très écrits, scènes de burlesque visuelles (la tasse de café) et situations improbables (l'amour sous le bureau). 

Mon intérêt s'est un peu réveillé dans la deuxième partie. L'aspect primesautier de l'intrigue disparait au profit de réflexions un peu plus plus profondes et sombres : quel est la véritable nature de l'amour, aime-t-on pour les bonnes ou les mauvaises raisons, peut-on et faut-il réparer ses erreurs ?

Au final, la tendresse que j'ai pour Mouret m'empêche d'être trop dur avec le film, mais Caprice doit tout de même être réservé aux admirateurs du réalisateur. 

Emmanuel Mouret sur Christoblog : Un baiser s'il vous plait (****) / Fais moi plaisir (**) / L'art d'aimer (**)

 

2e 

Voir les commentaires

Titli, une chronique indienne

Belle réussite que ce film présenté à Cannes l'année dernière, qui marque (avec quelques autres) l'entrée en force de l'Inde dans le paysage de la cinéphilie mondiale.

Titli est d'abord une chronique sociale très impressionnante. La vie quotidienne indienne y est montrée avec une acuité cruelle : pauvreté, détresse morale, corruption généralisée, police gangrenée, mariage arrangé, folie immobilière. 

Dans ce décor très sombre, Kanu Behl nous montre le parcours de trois frères, dominé par le plus agé des trois, véritable brute à sang-froid. Le cadet, timide et rêveur, aimerait se sortir de ce milieu immoral et criminel. Y parviendra-t-il ? Je ne vous le dirai évidemment pas.

Le film possède beaucoup de points forts : un scénario très puissant, une direction d'acteurs virtuose, une facilité à installer les ambiances psychologiques de chaque scène en quelques plans. Les scènes de violences sont rares, mais elles éclatent comme des orages après d'énormes moments de tension, exactement comme dans le cinéma de Scorsese. 

D'une façon générale, Kanu Behl n'hésite pas à filmer au plus près de ses personnages. Peur, colère, frustration, espoir, gêne : l'intensité des sentiments est souvent exacerbée.

Un film dur, mais remarquable. A découvrir absolument.

 

4e 

Voir les commentaires

Quinzaine des réalisateurs 2015

Comme chaque année, programme alléchant à la Quinzaine.

D'abord Edouard Waintrop a débauché trois oeuvres qui avaient été souvent annoncées en compétition : Trois souvenirs de ma jeunesse d'Arnaud Desplechin, L'ombre des femmes de Philippe Garrel et les trois films de deux heures constituant Les mille et une nuits du portugais Miguel  Gomes. 

Sont également très attendus A perfect day de l'espagnol Fernando Leon de Aranoa, avec un casting d'enfer (Tim Robbins, Olga Kurylenko, Mélanie Thierry, Fedja Stukan, Benicio Del Toro), Le tout nouveau testament du revenant Jaco Van Dormael (avec Benoit Poelvoorde, Yolande Moreau et Catherine Deneuve), Fatima, le nouvel opus de Philippe Faucon et Much loved de Nabil Ayouch.

Pour ma part, j'aurai un oeil tout particulier sur Les cowboys, film français de Thomas Bidegain avec François Damiens et le deuxième film chromatique de Jeremy Saulnier, Green room, dont j'avais beaucoup apprécié Blue ruin.

Pour le reste ce sera franchement l'aventure, en provenance de Lituanie, de Suède, de Colombie, du Chili, de Turquie et des USA.

En clôture, il y aura le feel-goodie de la Quinzaine, Dope de l'américain Rick Famuyiwa (qui était à Sundance, prix du montage) et en séance spéciale le nouvel OVNI de Takashi Miike, au nom évocateur : Yakuza apocalyse

A noter dans la sélection courts-métrages le premier film de Reda Kateb, Pitchoune.

Pour suivre tout cela en direct, RDV sur Christoblog, ou pour plus de réactivité encore sur FB et Twitter.

Voir les commentaires

Blind

Ce film m'a tellement énervé que je vais me faire un plaisir de spoiler abondamment. Ne lisez donc pas plus loin si vous voulez ne pas savoir.

Dans les tout premiers plans du film, il y a cette image bizarre, parmi d'autres qui n'ont rien à voir : un concombre revêtu d'une capote.

Le réalisateur Eskil Vogt nous donnera l'explication plus tard, mais pour faire court : Ingrid est aveugle, obsédée sexuelle (grave !), dépressive et elle écrit un roman. Le film insère donc des images du roman qu'elle est en train d'écrire dans quelques images du présent.

Cela pourrait être une bonne idée, mais la réalisation du film gâche une intention louable. Là où il faudrait entretenir l'ambiguité, Vogt sème la confusion. Là où il faudrait rendre ses personnages empathiques, il les éloigne de nous.

Le résultat est assez pédant, plein d'aspérités désagréables et au final franchement ennuyeux. 

J'ai vu récemment en DVD un film méconnu sur le fait d'être aveugle, bien plus intéressant que celui-ci : Imagine.

 

1e   

Voir les commentaires

Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence

J'attendais beaucoup de ce film, précédé par la réputation avantageuse qu'entretenaient les admirateurs des deux premières oeuvres de Roy Andersson. 

Vous connaissez peut-être le principe : 39 plans fixes, présentant des personnages tous lamentables, tristes et figés.

Au rayon des points positifs, il faut reconnaître que la capacité d'Andersson à dessiner de véritables tableaux vivants est remarquable. Les perspectives, les personnages qui se meuvent dans les seconds plans et les mini-histoires qui irriguent certaines scènes parviennent parfois à captiver. 

Au rayon des points négatifs, le problème n'est pas tant que le film est très pessimiste sur la nature humaine (comme c'est aussi le cas chez Franco, Haneke ou Seidl), mais plutôt qu'il l'est sur un mode un peu niais. Oui, la guerre c'est moche, l'esclavage c'est pas bien, la solitude c'est triste, et la mort c'est pas cool. Mais on le savait déjà.

Le film est bourré de tics qui m'ont aussi dérangé par leur caractère répétitif : la phrase que plusieurs personnages disent au téléphone, la musique qui revient tout le temps, le sketch des deux représentants de commerce qui se répète plusieurs fois.

Une curiosité donc, qu'on peut voir comme l'illustration d'un univers très personnel, intéressant mais pas captivant.

 

2e  

Voir les commentaires

Inferno

Sortie DVD

La planète cinéma est curieusement riche en fratries de réalisateurs(trices). Pour ne citer que ceux qui me viennent immédiatement à l'esprit : Coen, Taviani, Larrieu, Dardenne, Coulin, Wachowski, Farrelly. Et il y en a beaucoup d'autres...

Sollicité par DVDtrafic pour tester ce DVD, je me suis dit que c'était l'occasion rêvée de découvrir le cinéma d'action de la fratrie hongkongaise Oxide et Danny Pang (Bangkok dangerous).

Bien mal m'en a pris. Le film se révèle être un hommage bien sirupeux aux soldats du feu. Sensiblerie, coups de théâtre téléphonés, et larmes de crocodile sont en effet au programme de cette tour infernale à l'eau de rose.

Si je m'attendais un peu au manque de subtilité du scénario, je pensais au moins assister à du grand spectacle. Que nenni ! Les effets spéciaux sont d'une nullité effarante, reléguant le statut du film à un spectacle de télévision à peine correct. La fumée qui s'échappe du building semble avoir été photoshoppée en vitesse par un stagiaire alcoolisé.

Mises à part ces graves réserves, le film respecte tout de même certains attendus du genre avec des scènes assez bien menées, même si totalement irréalistes, comme celle de l'évacuation  de rescapés par une grue de chantier. Les acteurs sont corrects, mais pas de quoi s'échauffer non plus, si je puis dire.

Bref, un film que je ne recommande pas.

Le DVD est sorti le 10 mars chez Condor Entertainment. Cette critique est écrite dans le cadre d'une opération DVDtrafic. Retrouvez les films récents et les meilleurs films d'actions de 2015 sur Cinetrafic.

 

1e   

Voir les commentaires

Pulp, a film about life, death and supermarkets

Pulp est un groupe de rock des années 90, mais vous n'avez pas besoin d'être fan pour apprécier cet excellent documentaire de Florian Habicht.

D'abord parce que la star du film est avant tout la ville de Sheffield, cité industrieuse du nord de l'Angleterre, d'où est originaire le groupe. Le film montre superbement la ville à l'occasion du dernier concert du groupe en 2011 : son aspect quelconque, ses kiosques à journaux, ses friches industrielles, ses terrains de foot. 

Il montre aussi ses habitants, qui connaissent presque tous le groupe, quelque soit leur âge, leur sexe ou leur origine. Leur propos sont souvent délicieux, et on oubliera pas de sitôt le jeune aux cheveux teints, la chorale locale (irrésistible Help the aged) et les deux enfants assénant un message définitif à tous les parents de la planète.

Tous ces gens sont attachants et leur admiration raisonnée pour l'intelligence de Jarvis Cocker emporte l'adhésion.

Loué par des amis aussi sensibles, le chanteur de Pulp, à la fois dandy charismatique et grande asperge dégingandée, paraît irrésistible et foutrement intelligent. Drôle, inspiré, complètement possédé sur scène, il emporte le coeur du public dans un concert renversant.

Une magnifique découverte, qui n'a pratiquement pas été distribuée en France, comme malheureusement beaucoup d'excellents documentaires.

 

3e

Voir les commentaires

En route pour le Festival de Cannes 2015

Du 13 au 24 mai 2015, vous pourrez suivre le Festival de Cannes en direct, tous les jours, sur Christoblog, mais aussi pour plus de réactivité encore sur Facebook et Twitter.

 

En compétition 

 

Cette année, grosse présence française en compétitiion officielle, respectant parfaitement la parité : 2 réalisateurs (Jacques Audiard avec Dheepan, et Stéphane Brizé, auteur du merveilleux Quelques heures de printemps, avec La loi du marché) et 2 réalisatrices (Maïwen avec Mon roi, et Valérie Donzelli avec Marguerite et Julien, tiré d'un scénario écrit pour Truffaut mais jamais tourné).

Thierry Frémaux a même ajouté un cinquième film en complément, tourné aux USA par Guillaume Nicloux : Valley of love, avec Gérard Depardieu et Isabelle Huppert. 

L'autre pays très présent sera l'Italie avec trois poids lourds habitués des palmarès cannois : Nanni Moretti avec Mia Madre cherchera sa deuxième Palme d'Or, Paolo Sorrentino avec Youth poursuivra une série exceptionnelle de sélection (rappellons que tous ses films ont été présentés en compétition à Cannes) et Matteo Garrone risque d'affoler la Croisette avec Tale of tales, film fantastique sanglant et libertin. 

En 2014 j'avais espéré la Palme pour Nuri Bilge Ceylan : je parierais cette année sur une Palme pour un de mes deux réalisateurs préférés : Jia Zhang-Ke avec Mountains may depart ou le délicieux Hirokazu Kore-Eda avec Notre petite soeur, dont les premières images fixes m'émeuvent déjà aux larmes. A noter le retour du grand taïwanais Hou Hsiao Hsien avec un film d'art martial déjà culte au vu de son incroyable durée de tournage (quatre ans) et de ses dépassements budgétaires : The assassin.

Modeste sélection américaine cette année : Gus Van Sant cherchera une seconde Palme d'Or avec The sea of trees, tourné au Japon, et Todd Haynes présentera une histoire d'amour lesbien dans les années 50 : Carol. Cate Blanchett et Rooney Mara seront-elles les Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos de 2015 ? Le canadien Denis Villeneuve a tourné aux USA Sicario, un thriller avec Benicio del Toro.

J'attendrai énormément de Louder than bombs du norvégien Joachim Trier, dont j'avais adoré Oslo, 31 août.

Enfin, trois outsiders peu connu : le grec Yorgos Lanthimos, fer de lance de la nouvelle vague de cinéastes grecs, présentera The lobster (un film "auquel on ne comprend pas tout" a dit Thierry Frémaux), l'australien Justin Kurzel, très remarqué pour son premier film ultra violent Les crimes de Snowtown, présentera un Macbeth avec Marion Cotillard. Enfin, un premier film se déroulant dans un camp de concentration, Le fils de Saul du jeune hongrois Laszlo Nemes, va à coup sûr relancer le débat sur la représentation de la Shoah au cinéma.

L'Amérique latine sera représentée par Chronic du mexicain Michel Franco.

A noter l'absence d'Arnaud Desplechin et de Miguel Gomes, relégués à la Quinzaine, et de Weerasethakul, Mendoza et Kawase, exilés à Un certain regard. On remarquera également l'absence de films espagnols, anglais, africains et allemands.

 

Un certain regard

 

Ces dernières années, la section Un certain regard semblait servir de séance de Ligue 2 pour de grands auteurs non retenus (Sofia Coppola, Claire Denis, Pascale Ferran...). Thierry Frémaux confirme cette année avec sa liste complémentaire : AN, de Naomi Kawase, Rak ti Khon Kaen d'Apichatpong Weerathekakul et Taklub du philippin Brillante Mendoza étaient tous les trois annoncés en compétition. 

La sélection comporte cependant beaucoup de découvertes pures avec des films en provenance de Roumanie, de Corée, d'Inde (deux films pour chacun de ces trois pays, ce qui dessine une belle cartographie de la vitalité cinéphilique mondiale), d'Islande, de Croatie, d'Iran, d'Ethiopie (pour la première fois à Cannes) et du Mexique. 

Même élan de fraîcheur pour les deux films français sélectionnés : le premier film de Laurent Larivière (Je suis un soldat) et le deuxième film d'Alice Winocour, très remarquée pour son premier, Augustine (Maryland). Ce dernier promet une montée des marches classieuse avec Diane Kruger et Matthias Schoenaerts.

Deux films un peu à part. The other side, un documentaire de l'italien Roberto Minervini, qui montre les dessous du rêve américain et arrive avec un buzz incroyable et Vers l'autre rive, film de fantômes, du très élégant Kiyoshi Kurosawa.

 

Hors compétition

 

Les films en sélection, mais hors compétition, fleurent bon les USA et le box office : Pete Docter de Disney/Pixar pour Vice-Versa, George Miller pour Mad Max Fury Road, Mark Osborne (Kung fu Panda) pour un film d'animation tiré de Saint Exupéry, Le petit prince, et Woody Allen pour Irrational man.

Quelques autres films seront projetés à Cannes, qui feraient le bonheur de n'importe quel festival au monde : le premier film de Natalie Portman (Une histoire d'amour et de ténèbres) et les derniers films de Samuel Benchetrit (Asphalte), Souleymane Cissé (Oka), Barbet Schroeder (Amnesia) et Robert Guédiguian (Une histoire de fou).

Voir les commentaires

Le labyrinthe du silence

Qu'il est agréable parfois de voir un bon film académique ! Dans Le labyrinthe du silence, vous chercherez en vain une quelconque originalité du point de vue cinématographique. L'histoire qu'il raconte est par contre passionnante, les acteurs excellents, et le scénario formidablement écrit.

Nous sommes en 1958 en Allemagne, et peu d'Allemands connaissent le nom d'Auschwitz. Un jeune procureur va être amené, par un concours de circonstances improbable, à s'intéresser au sujet. Cette quête menée au départ par ambition va se transformer peu à peu en réflexion sur son pays, sa famille et ses valeurs.

Le film brille par de nombreuses facettes : il refuse obstinément de sombrer dans le sentimentalisme de bas étage, évite soigneusement toute une série de défauts inhérents à ce type de reconstitution (les intrigues privées sur-représentées, les arrangements avec l'histoire, les raccourcis faciles) et propose une reconstitution du début des années 60 admirable.

Le labyrinthe du silence est beau, émouvant, et diablement intéressant. Allez-y de ma part.

 

 3e

Voir les commentaires

Broadway therapy

Que Peter Bogdanovitch revienne à la réalisation après plus de 10 ans de silence pour réaliser un film à la Woody Allen a quelque chose d'irréel.

Petite musique jazzy, ambiance new-yorkaise, dès les premières images on se croit dans le nouvel opus allenien. Owen Wilson semble d'ailleurs frappé de mimétisme : il a le phrasé, les intonations et l'air faussement candide de maître Woody. Si sa composition est assez plaisante (on le méprise au début, pour finalement l'apprécier), elle n'apporte pas grand-chose de neuf. 

Heureusement que les autres personnages apportent une touche un petit peu originale à cette screwball comedy. Je pense bien sûr en premier lieu à Jennifer Aniston, qui campe une psy ravagée et violente absolument craquante. Mais aussi à Imogen Poots, en gourde très convaincante, ou à l'excellent Will Forte, parfait en beau gosse faux-cul.

Broadway therapy est un film d'acteurs, bien servi par une mise en scène solide et un montage au rythme métronomique. Pas inoubliable, mais qui se laisse regarder.

 

2e 

Voir les commentaires

Jauja

Jauja est un film apprêté.

Rien n'y est naturel, tout y est calculé.

Prenez le cadre. Non seulement le film est au format carré, mais Alonso ajoute un raffinement totalement inutile : les bords sont arrondis. Du coup, on a l'impression de regarder une vieille photo pendant 1h50.

Le scénario est squelettique et tourne assez vite au n'importe quoi fantastico-mystique. Le réalisateur déclare lui-même dans une interview dans Libération : "Aujourd'hui encore, je ne comprends pas tout de Jauja". Et nous encore moins, évidemment...

Les critiques s'extasient devant une photographie qui n'est pas si extraordianaire que ça, même si les paysages de Patagonie sont assez photogéniques. Le grain du film est un peu gros, ce qui donne à certaines images un aspect granuleux assez désagréable.

Beaucoup de spectateurs prendront le film pour une provocation, et le détesteront. Que représente par exemple cette jeune fille des derniers plans : une réincarnation ? Une vision ? On cherche en vain un sens à cet exercice poseur, prétentieux, et sans aucun intérêt. Un film de festival, qui creuse le fossé entre la critique ampoulée et les spectateurs, même bienveillants, même cinéphiles.

A fuir.

 

1e   

Voir les commentaires

Every thing will be fine

Difficile de trouver quelque chose de bon dans le dernier film de Wim Wenders.

La mise en scène est pachydermique, le montage semble fait à la tronçonneuse, la musique est une sorte de brouet néo-hitchcockien.

La photographie est souvent d'une laideur absolue (des lumières trop bleues, trop rouges, trop oranges).

Les acteurs semblent enfermés dans une gangue qui les cantonnent strictement à leur rôle. James Franco inspire ainsi deux sentiments différents : l'envie de lui botter le cul, et celui de lui donner des baffes.

Le scénario ressasse sans originalités les thèmes du deuil et de la culpabilité, suite à un accident de la route.

Seules lueurs dans le film, la scène initiale de l'accident et celle de la fête foraine, dans lesquelles Wenders parvient à instiller un soupçon de malaise, et à ressembler (de loin) à du bon Polanski.

 

1e   

Voir les commentaires

Jamais de la vie

Dans le genre film-de-banlieue-au-héros-mutique-qui-se-finira-mal, Jamais de la vie est plutôt réussi.

Pierre Jolivet, qui est un réalisateur très estimable (je me souviens avoir adoré Simple mortel), réussit plutôt bien sa première partie de film. Olivier Gourmet compose un anti-héros particulièrement opaque - probablement son meilleur rôle - et le film tisse autour de lui une trame narrative intrigante. 

Les seconds rôles sont réussis (étonnant Benabar en patron sympa) et la photographie glauque rend très présente la cité dans laquelle l'intrigue se déroule.

Malheureusement, la deuxième partie du film verse un peu plus dans la facilité et le déjà-vu, même si la réalisation reste sèche et intéressante.

A voir pour le numéro d'acteur de Gourmet, si on apprécie sa dégaine de gros ours à la fois bedonnant et musclé.

 

2e 

Voir les commentaires

Taxi Téhéran

On connait bien la situation de Jafar Panahi. Censuré dans son propre pays, il tourne des films comme il peut, sans équipe technique, et les transmet en Occident comme des lettres volées.

Pour celui-ci, Panahi développe une idée limpide : mettre ses petites caméras DV dans un taxi et prendre les passagers qui se présentent. 

Il donne à son aventure un faux air de documentaire, mais il est évident que tout est parfaitement scénarisé : il s'agit bien d'une fiction, qui simule un documentaire. 

Il semble que la contrainte galvanise Panahi. Toute la première partie du film est un chef d'oeuvre d'invention entre rire et larmes, dans lequel chaque réplique semble calculée pour susciter une émotion différente : émotion, étonnement, rire étouffé, stupéfaction, intérêt. A ce titre la scène du blessé est un morceau d'anthologie qui figurera dans les meilleurs moments de cinéma de l'année. 

On pourrait croire que Panahi est limité par son installation. C'est tout le contraire qui se passe. Il donne une formidable leçon de scénario par son script millimétrique (beaucoup d'évènements semblent inutiles et ne prennent sens que dans la suite de l'histoire), par son montage admirable (à l'image des deux longs plans qui ouvrent et ferment le film) et ses choix de placements de caméra (et même de choix d'appareils : téléphone, appareil photo de la petite fille).

Même si la fin du film est un peu moins percutant que le début, Taxi Téhéran laisse derrière lui une trace indéfinissable et puissante, dans laquelle se mêle le plaisir d'avoir rencontré simultanément un être dont on voudrait être l'ami, et une cohorte de personnages ébouriffants qui nous ont plongé dans la réalité iranienne contemporaine. 

Jafar Panahi sur Christoblog : Ceci n'est pas un film

 

4e 

Voir les commentaires

Lost river

S'il y a bien un film que je m'attendais à ne pas aimer, c'est bien celui-ci. Les références à Lynch et Refn étaient un peu lourdes à porter, et le réalisateur, Ryan Gosling, vraiment trop beau gosse pour être intelligent. Je m'attendais donc à sortir la sulfateuse à sarcasmes pour dégommer une oeuvre que je j'avais déjà prévu de qualifier de pompeuse et de maniérée, sans l'avoir vu, bien sûr.

Mais la mauvaise foi, parfois, n'est pas récompensée. Lost river est en effet réussi en tout point.

D'abord, le décor fantasmagorique d'une ville abandonnée d'après la crise est absolument fabuleux (il s'agit en grande partie de Detroit). Les décors constituent un des atouts indiscutables du film.

Dans ce contexte désolé et post-apocalyptique, campons les personnages. Une femme seule (incroyable Christina Hendricks, la secrétaire rousse à l'abondante poitrine de Mad men) élève seule deux garçons. Le plus grand des deux est amoureux de la fille d'en face, dont la mère a arrêté de parler quand son mari est mort. Il y a aussi dans ce monde bizarre et en même temps très familier, un méchant qui découpe les lèvres de ses ennemis aux ciseaux (pas joli, joli, le résultat), un cabaret macabre dans lequel le (faux ?) sang coule à flot, et une ville engloutie.

Présenté comme cela, on pourrait imaginer que le film est un pensum lourdingue : il est au contraire une chronique intimiste dans laquelle chaque personnage trouve exactement le bon ton, la bonne posture.

La mise en scène est imaginative (presque trop, on sent parfois que Gosling s'enflamme - au propre comme au figuré), les seconds rôles impeccables (Reda Kateb, Paul Mendehlson et son incroyable danse).

Le film est une fête pour l'imagination, les péripéties s'enchaînant avec souplesse dans une ambiance délicate, très bien servie par un montage au cordeau et une photographie superbe de Benoit Debie, le directeur photo le plus en vue du moment (Refn, Noé, Korine...).

Un très beau premier film, qui consacre sans conteste un futur grand talent. 

 

3e

Voir les commentaires

Sea fog - les clandestins

Les lecteurs assidus de Christoblog savent que je suis un fan du cinéma en provenance du pays du matin calme.

Le premier film de Sung Bo-Shim présente tout ce que j'aime dans le cinéma coréen : cela commence par une chronique sociale très bien filmée qui décrit avec beaucoup de justesse et de talent le quotidien d'un équipage de pêcheurs dont le bateau est sur le déclin.

Une façon de renflouer les caisses est de transporter des clandestins chinois qui cherchent à migrer vers la Corée. Commence alors un autre film, qui change complètement de point de vue, et vire au thriller horrifique - et passablement gore. 

Le film réussit ces prodiges qu'un cinéma encore vraiment jeune peut se permettre : une rupture de ton brutale, des effets spectaculaires qui ne craignent jamais de flirter avec le mauvais goût, une énergie de tous les instants. 

C'est plaisant à regarder, étonnant, rythmé comme un morceau de rock, et d'une qualité technique (photographie, direction artistique, réalisation) trois crans au-dessus de la production US lambda.

Je le conseille vivement aux amateurs de sensations fortes et de mets épicés.

 

3e

Voir les commentaires

Journal d'une femme de chambre

On pouvait espérer de Benoit Jacquot qu'il réitère sa performance des Adieux à la reine.

Malheureusement, son dernier film ne fait qu'emprunter au précédent ses astuces formelles, sans en retrouver la grâce. 

Autant le style Jacquot (des mouvements de caméra recherchés, un apprêt dans la forme et dans le jeu des acteurs) s'adaptait à la fresque fin de règne des Adieux, autant son formalisme outrancier tombe ici à plat, dans l'atmosphère très intime que l'intrigue confère au film.

Léa Seydoux confirme ici son statut d'actrice au répertoire limité, alors que Vincent Lindon joue le bourru mystérieux avec son manque de finesse habituel. 

On ne rentre pas dans cette histoire dans laquelle la servante ne parait jamais vraiment de basse extraction, et dont l'histoire ne semble à aucun moment crédible. Le casting est réellement catastrophique, à l'image de Vincent Lacoste, toujours aussi mauvais. 

Dans ce contexte décevant, la mise en scène de Jacquot parait artificielle et compassée, et on ne croit pas l'ombre d'un instant à cette histoire qui manque cruellement de sensualité.

C'est franchement raté.

 

1e  

Voir les commentaires

Dear white people

J'ai deux problèmes avec ce film : le fond et la forme.

D'abord sur le fond, Dear white people ressuscite une sorte de racisme black envers les Blancs. Quel sens a aujourd'hui ce tableau d'une confrérie black power luttant pour la reconnaissance de sa culture, et ostracisant les Blancs de sa "zone" ? Dans l'Amérique d'Obama tout cela sent le réchauffé : le Malcolm X à la petite semaine, le Spike Lee antidaté.   

Comprenons-nous bien : je ne dis pas que les problèmes de racisme n'existent plus aux Etats Unis (cf Ferguson), mais que leur représentation ne transite plus aujourd'hui par la promotion de la négritude et autres balivernes. 

D'ailleurs, le film ne sait pas trop sur quel pied danser exactement. Ses tentatives de catégorisations à la hussarde (les trois types de Blacks, sur le mode des trois types de .... gays ? d'asiats ? de rebeux ?) n'entrent pas vraiment en résonance avec le monde contemporain.

Sur la forme, le film de Justin Simien (récompensé à Sundance), verse dans un formalisme outrancier qui s'épuise sur la distance : faux campus reconstitué, tableaux vivants, cartons de film muet, ralentis expressifs. C'est lourd, désuet et truffé de références inconnues du grand public européen.

Dear white people manque toutes ses cibles. En romcomisant son intrigue il affadit son propos (quels développements stupides sur la fin : couples mixtes hétéro et gays, et même le papa blanc de l'héroïne black, bouh, sortez les mouchoirs). En stigmatisant ses protagonistes, il empêche l'identification.

Un film aussi original qu'inutile. 

 

1e 

Voir les commentaires

Le petit homme

Rien de renversant sans ce premier film de la réalisatrice autrichienne d'origine iranienne, Subadeh Mortezai.

On suit l'évolution d'un petit réfugié tchétchène, Ramasan, et la façon dont celui-ci gère le deuil d'un père mort à la guerre.

Ramasan, petit garçon modèle au début du film, est tenté pour s'intégrer de suivre de mauvaises fréquentations, et il entretient un rapport de fascination / répulsion pour un homme qui a connu son père et tente doucement de séduire sa mère. C'est autour de ces deux pôles que sa personnalité naissante tente de se construire.

Le petit homme, au-delà de son scénario assez commun, vaut surtout pour les interprétations très délicates de ses acteurs, pour la plupart non professionnels, et en particulier celle de ce "petit bout d'homme" qu'est Ramasan. Il est également très intéressant par son aspect documentaire, qui décrit avec tendresse et justesse le camp de réfugiés de Macondo, créé en 1950 en périphérie de Vienne, et aujourd'hui peuplé de 2000 réfugiés de 20 nationalités différentes.

La mise en scène de Subadeh Mortezai est agréable, précise et concise.

Après Fatih Akin (De l'autre côté, Head on, Soul Kitchen), Feo Aladag (L'étrangère), Yasemin Samdereli (Almanya) et Umut Dag (Une seconde femme), Subadeh Mortezai confirme donc l'élan de vitalité que génère les cinéastes d'origine étrangère dans le cinéma de langue allemande.

 

2e 

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 > >>