Christoblog

Dough

Je me demande comment un obscur vétéran de la télévision anglaise âgé de 72 ans, John Goldschmidt, peut se retrouver au commande de ce film improbable, qui parvient à se frayer un chemin vers les écrans français.

Dans ces temps de défiance généralisée entre religions, on peut se dire que l'amitié entre un jeune black musulman et un vieux blanc juif cumule tous les poncifs aptes à séduire un public peu regardant en matière d'exigence cinématographique, pourvu que les bons sentiments soient au rendez-vous.

C'est en partie vrai (le film n'évite pas complètement l'angélisme naïf qui suinte de son pitch), mais d'un autre point de vue, il faut bien reconnaître qu'on ne s'ennuie pas devant Dough, qu'on y rit franchement et que le scénario y est foutrement bien troussé.

Le film ne mériterait pas d'être encouragé sans l'incroyable prestation de l'insubmersible Jonathan Pryce. Le jeune acteur Malachi Kirby apporte quant à lui une fraîcheur bienvenue à ce moment de cinéma, qui sans être génial, est bien agréable.

L'occasion de se faire plaisir, tout en étant parfaitement politiquement correct. Une occasion rare.

 

 2e

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Dalton Trumbo

Dalton Trumbo souffre a priori des habituelles limites des biopics américains : la mise en scène est un peu fade, le degré d'audace très faible et le point de vue trop ouvertement hagiographique.

Cependant, impossible de nier le grand plaisir que j'ai eu à voir ce film. Le mérite en revient probablement au jeu exceptionnel de Bryan Cranston, et à la qualité de seconds rôles admirablement castés : John Goodman délicieux en Frank King, producteur de séries Z, Louis C.K. émouvant en ami malade, Helen Mirren détestable en journaliste haineuse, etc.

Nul doute que le film emporte l'adhésion par son casting incroyablement bien réussi.

Le second point fort du film est de présenter par le détail l'incroyable destin de ces 10 d'Hollywood, marqués au fer rouge par le Maccarthysme pour ... n'avoir rien fait, finalement. Le film éblouit par la démonstration qu'il fait de la nuisance du préjugé d'intention : nos conspirateurs ne conspirent pas, ils avouent juste des opinions en sympathie avec les communistes. Ils ne manifestent pas, n'agissent pas, ne tentent rien. Et sont pourtant condamnés. Leurs accusateurs, pourtant sans arguments, ne seront au final défaits que par un lent processus de délitement, semblant au final démontrer que le bons sens l'emporte sur la bêtise.

En présentant deux gentils fort dissemblables (Kirk Douglas et Otto Preminger), le film finit par attirer définitivement notre sympathie. Il donne également envie de revoir Vacances romaines ou Exodus.

Un excellent moment de cinéma.

Dalton trumbo, scénariste et réalisateur, sur Christoblog : Johnny got his gun (***) 

 

3e  

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Les habitants

Le dernier film du génial Raymond Depardon repose sur un dispositif à la fois modeste et génial.

Depardon se promène en France avec une vieille caravane, et invite les quidams rencontrés dans la rue à poursuivre leur conversation dans la caravane.

Le résultat est émouvant et glaçant. 

On est d'abord extrêmement surpris de la profondeur des conversations. Bien sûr, Depardon a probablement éliminé toutes les conversations insignifiantes au montage, mais ce qui reste dresse un tableau à la fois complet et impitoyable de la condition humaine : appréhension de s'engager dans la vie d'adulte, incommunicabilité entre les êtres, espoirs et déceptions...

Si les relations d'amitiés ou parents/enfants sont assez touchantes dans le film, on ne peut être qu'attérés par ce que les différentes conversations donnent à voir des relations hommes/femmes dans la France d'aujourd'hui : divorce, violences conjugales, femmes abaissées au rang d'objet sexuel (la terrible conversation des deux potes de banlieue), incompréhension mutuelle (le couple dans lequel la femme ne supporte pas de dormir avec un homme), légèreté coupable du garçon qui ne veut plus de sa copine si elle veut garder son bébé ("elle n'a même pas le permis").

Edifiant, le film de Depardon ne nous encourage pas à être optimiste quant à l'humanité. Au final, si on excepte le premier couple et dans une moindre mesure le dernier, le tableau présenté est surtout empreint de solitude, d'espoirs incertains et de craintes réelles.

Raymond Depardon sur Christoblog : La vie moderne (****) / Journal de France (**)

 

3e  

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En route pour le Festival de Cannes 2016

Du 11 au 22 mai 2016, vous pourrez suivre le Festival de Cannes en direct sur Christoblog, avec un résumé tous les soirs de mes aventures sur la Croisette.

Pour mes avis immédiats à la sortie de chaque projection, vous pouvez me suivre sur Facebook ou Twitter, comme plus de 400 fidèles. 

Et maintenant, voici mes commentaires sur la sélection officielle, qui compte 49 films parmi ... 1869 visionnés.

Un certain regard

Par rapport à d'autres années, pas beaucoup de grands noms à Un certain regard. 

A noter tout de même le nouveau film des soeurs Coulin (Voir du pays), dont j'avais beaucoup aimé 17 fillesComme Weerasethakul l'année dernière, Hirokazu Kore-Eda, habitué de la compétition, présentera son nouveau film (After the storm) dans cette section un peu moins prestigieuse.

Beaucoup de commentateurs sont impatients de découvrir Apprentice, le film du singapourien Boo Junfeng, produit par Eric Khoo. A noter aussi la présence du japonais Koji Fukada (Harmonium), qui a été récompensé à Nantes pour son film précédent, Au revoir l'été, dont je ferai bientôt la chronique. Comme souvent, Cannes fera un clin d'oeil à Sundance, en montrant The transfiguration, de Michael O'Shea, qui fut très bien reçu dans le festival américain.

On verra aussi le nouveau film de l'égyptien Mohamed Diab (Clash), dont j'avais beaucoup aimé Les femmes du bus 678. A noter pour terminer un film d'animation, fait rarissime à Un certain regard, avec La tortue rouge, du néerlandais Mickael Dudok de Wit.

Il y aura aussi des films roumain, israélien, iranien, finlandais, russe et argentin.

Hors compétition / Séances Spéciales / Séances de minuit

On savait déjà que Woody Allen faisait l'ouverture avec Café Society. Les USA seront très présents avec Steven Spielberg qui présentera son film familial, Le bon gros géant, Judi Foster (Money Monster) et Shane Black (The nice guys).

Dans un genre radicalement différent, on verra aussi le dernier film d'Albert Serra, avec Jean Pierre Léaud en Louis XIV vieillissant (La mort de Louis XIV). Pas sûr que je cherche à le voir, Serra m'ayant offert une de mes pires séances de cinéma avec Le chant des oiseaux.

Jim Jarmusch présentera un documentaire sur Iggy Pop (Gimme danger) et le grand Mahamat-Saleh Haroun un autre sur Hissein Habré

Je suis très impatient de voir le nouveau film du coréen Na Hong-Jin (le réalisateur de The Chaser et The Murderer)  : Goksung.

En compétition

C'est probablement, sur le papier, la plus intéressante sélection vue depuis des lustres. Tous les films font envie, quasiment sans exception. La liste équilibre grands noms, jeunes pousses et des cinéastes pas forcément habitués à être en compétition.

D'abord, les réalisateurs les plus connus sont là : Almodovar (Julieta), les frères Dardenne (La belle inconnue, avec Adèle Haenel), Olivier Assayas (Personal shopper, avec Kristen Stewart), Xavier Dolan (Juste la fin du monde, avec un casting incroyable, Léa Seydoux, Gaspard Ulliel, Marion Cotillard ), Bruno Dumont (Ma loute) dont j'attends énormément, Jim Jarmusch (Paterson), Nicole Garcia (Mal de pierre), Ken Loach pour son dernier dernier film (I, Daniel Blake), Cristian Mungiu, qui cherchera une deuxième Palme d'Or (Baccalauréat), Jeff Nichols, dont Midnight special est encore sur les écrans, qui présentera Loving, Park Chan-Wook, le réalisateur culte de Old boy (The handmaiden), Sean Penn (The last face), Paul Verhoeven avec Isabelle Huppert d'après Philippe Djian (Elle), Nicolas Winding Refn (The neon demon) et Asghar Farhadi qui a tourné The salesman en Iran avec les acteurs qui jouaient dans Une séparation.

A cette liste déjà époustouflante s'ajoutent les cinq noms suivants, qui me font saliver d'avance. Andrea Arnold (Fish tank, Red road), que j'adore, montrera son premier film américain, American HoneyAlain Guiraudie, l'excellent réalisateur de L'inconnu du lac, franchit pour la première fois la barrière de la compétition avec Rester verticalKleber Filho Mendonça, que le monde entier a découvert avec Les bruits de Récife, représentera le Brésil (Aquarius). Brillante Mendoza, le philippin, et Cristi Puiu, le roumain, deux de mes réalisateurs chouchous, complète la liste merveilleusement avec Ma'Rosa et Sieranevada.

Il faut toujours un inconnu total dans une sélection (en tout cas de moi, et de Allociné) : ce sera l'allemande Maren Ade (Toni Erdmann).

A noter l'absence de films italiens cette année, alors que l'Allemagne fait son retour en compétition pour la première fois depuis bien longtemps.

Un programme gargantuesque... en attendant le programme de la Semaine de la critique et de la Quinzaine des réalisateurs. 

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Green room

Après le très réussi Blue ruin, j'attendais un peu Jeremy Saulnier au tournant. Son second film allait-il décevoir, comme c'est si souvent le cas ?

Eh bien la réponse est oui et non. 

Oui, si on s'attendait à un changement radical de style, non, si on aime le film de genre remarquablement écrit, sec et étouffant.

Encore plus que Blue ruin, Green room est oppressant de bout en bout. Le script est minimal : une bande de jeune rockers est témoin d'un meurtre dans un club punk-rock néo-nazi isolé (oups, c'est ballot !), et s'enferme dans une pièce, alors que le patron du lieu cherche à les exterminer un par un.

C'est simple, efficace, et parfois un peu gore. En réalité, l'action est moins sanglante qu'on peut le craindre pendant tout le film, et c'est sûrement là sa force. Saulnier filme merveilleusement bien les scènes d'action comme celles de répit, et instille dans Green room cet humour un peu distant et ironique qui irriguait déjà son précédent film.

Le scénario s'ingénie à nous jouer quelques tours, sans jamais tomber dans la surenchère, et donne l'impression de filer droit comme une flèche à travers ce groupe de personnages complètement paumés, qui possèdent chacun une silhouette, une personnalité bien dessinée. Saulnier possède aussi un talent remarquable pour installer en quelques plans l'ambiance d'un lieu.

De la belle ouvrage, à déconseiller cependant aux âmes sensibles et aux enfants de moins de 12 ans.

Jeremy Saulnier sur Christoblog : Blue ruin (***)

 

3e  

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Lenny

Sortie DVD

Ce qu'il y a de frappant quand on voit un chef-d'oeuvre un peu ancien, c'est de constater à quel point le talent des grands réalisateurs reste évident malgré le temps qui passe. 

Nos yeux ne sont plus forcément habitués à ce grain de noir et blanc, au son parfois un peu déficient, gavés que nous sommes par l'enchaînement des sorties à la trame médiocre mais à la technique irréprochable. Il ne faut pourtant que quelques minutes pour se laisser happer par l'incroyable maestria de Bob Fosse, ici au meilleur de sa forme et peut-être à ce moment-là le meilleur réalisateur du monde.  

Deux ans avant, Fosse a réalisé le sublime Cabaret, et quatre plus tard il signera un des plus beaux films de tous les temps, All that jazz, justement récompensé par la Palme d'or à Cannes en 1980. Bob Fosse n'aura réalisé durant sa carrière que cinq films. Il aura finalement plus exercé comme chorégraphe et metteur en scène de comédies musicales que comme cinéaste, considérant les films comme une autre façon de parler de lui-même, ce qui l'intéresse avant tout.

En évoquant la vie plutôt triste de Lenny Bruce, comique provocateur inventeur du stand-up dans les années 50/60, il cherche à décrire l'hypocrisie de l'Amérique mais aussi, et surtout, le souffle de liberté (sexe, drogue, idées, excès en tout genre) que lui-même expérimentera tout au long de sa vie agitée.

Dustin Hoffman et Valérie Perrine (qui reçoit le prix d'interpértation féminine à Cannes) réussissent tous les deux une incroyable prestation, mais ce que je retiens du film c'est la perfection du montage, l'admirable complexité de la construction (le film alterne les spectacles reconstitués, les témoignages a posteriori et les scènes de vies réelles), la qualité de la photographie et la virtuosité de la mise en scène.

Peu de films d'aujourd'hui (à l'image de La vie d'Adèle) peuvent revendiquer d'être à la fois émotionnellement extrêmement fort et plastiquement admirable, tout en offrant une riche palette de thématiques différentes. Lenny fait partie de ces films qui impressionnent votre rétine et votre cerveau simultanément, et avec la même force.

Je recommande chaudement l'achat de ce DVD, accompagné d'un petit livre passionant.

 

4e  

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En route pour le Festival de Cannes 2016 (2)

Après avoir examiné dans le détail la sélection du Festival de Cannes proprement dit, regardons maintenant ce que nous proposent les sections dites parallèles.

Quinzaine des réalisateurs

Côté Quinzaine, il n'y a pas eu d'effet "débauchage" comme l'année dernière. Edouard Waintrop avait été très fier d'annoncer en 2015 qu'il accueillait Gomes et Desplechin, dont les films avaient été refusé dans la sélection officielle. 

Cette année, Bertrand Bonello n'a pas plus intéressé Waintrop que Frémaux, et son film Nocturama est du coup annoncé à ... San Sebastian.

L'édition 2016 de la Quinzaine est placée sous le signe de deux glorieux anciens : Marco Bellochio fera l'ouverture avec Fais de beaux rêves, et Paul Schrader offrira une clôture de prestige (Dog eat dog, avec Nicolas Cage et Willem Dafoe).

Au rayon du très lourd qui ferait le bonheur de Berlin ou Venise, il faut noter les nouveaux films de Joachim Lafosse (L'économie du couple), de l'excellent Pablo Larrain (Neruda) ou encore celui de l'italien Paolo Virzi (La pazza Gioia).

On retrouvera également des cinéastes particulièrement suivi par la Quinzaine : Anurag Kashyap (dont j'avais aimé Gangs of Wasseypur), Alejandro Jodorowsky ou Rachid Djaïdani (révélé au même endroit par Rengaine) qui présentera Tour de France, avec ... rien moins que Gérard Depardieu !

Ajoutons à ce programme déjà copieux l'émotion de découvrir de façon postume le dernier film de la formidable Solveig Anspach (L'effet aquatique), la curiosité provoquée par les documentaires de Sébatien Lifshitz (Les vies de Thérèse, une sorte de spin off des Invisibles) et celui de Laura Poitras (Risk, sur Julian Assange)... la Quinzaine est comme chaque année the place to be

NB : Je n'oublie pas Ma vie de courgette, énigmatique long-métrage d'animation de Claude Barras, sur un scénario de Céline Sciamma, et le nouveau film du canadien Kim Nguyen, Two lovers and a bear, dont j'avais adoré le trop méconnu Rebelle.

 

Semaine de la critique

La Semaine ne sélectionnant que des premiers ou des deuxièmes films, il est évidemment plus difficile de se faire une idée de la sélection. 

Parmi les sept films en compétition, j'ai tout de même noté Grave, de Julia Ducourneau, dont le pitch laisse rêveur : une jeune fille issue d'une famille de vétérinaires végétariens (!) se découvre un vrai goût pour une ... certaine viande. 

Nul doute que ça se bousculera aussi pour l'ouverture : le deuxième de film de Justin Triet, (Victoria, avec Virginie Efira) remarquée avec La bataille de Solférino, intrigue beaucoup. 

Hors compétition, on notera aussi Happy Times, de l'italien Alessandro Comodin, l'auteur du plébiscité Eté de Giacommo

En clôture, salve de trois courts-métrages qui permettra de réunir trois réalisatrices en herbe de haute volée : Sandrine Kiberlain, Chloe Savigny et Laetitia Casta : ça devrait là aussi se bousculer à l'entrée !

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Johnny got his gun

A l'occasion de la sortie du film Dalton Trumbo, le 17 avril, je reviens sur le film majeur de ce réalisateur :

Histoire d'une âme

Johnny got his gun s'ouvre sur un plan culotté. L'écran est complètement noir pendant une dizaine de secondes, on entend juste le bruit d'une respiration.

Puis on découvre trois chirurgiens en contre-plongée qui évoquent ce qu'il voient. Cette vue subjective (le spectateur est brutalement placé à la place du personnage principal), donne la tonalité et l'ambition du film : donner à ressentir la situation d'un homme qui a perdu ses jambes, ses bras, ses yeux, ses oreilles et sa bouche.

L'action du film se situe durant la première guerre mondiale. Johnny vient de subir l'horrible accident qui le réduit à l'état de "tas de viande" (a piece of meat), comme il le dit lui-même. Les médecins pensent qu'il n'est pas conscient, mais Johnny, s'il a perdu les sens, n'a pas perdu son âme.

Johnny se souvient. Johnny rêve. Puis Johnny, dans un vertige métaphysique, se demande comment savoir s'il rêve ou pas. Alors que les scènes au présent sont tournées dans un joli noir et blanc, les scènes de souvenirs ou de rêves le sont en couleur. Les deux premières sont de purs souvenirs, mais la troisième scène mentale donne à voir un drôle de colosse blond (incroyable Donald Sutherland), qui s'avère être Jésus parlant à un groupe de futurs soldats morts. 

La force de Johnny got his gun tient avant tout à cet incroyable postulat : nous allons être dans la tête d'un homme pendant 1h50, entendre ce qu'il pense, ressentir ce qu'il sent, voir ce qu'il imagine.

 

Oeuvre totale

Après une ouverture très classique, Johnny got his gun s'envole vers des sommets à la fois oniriques (avec licorne et visite des morts au programme) et triviaux (la sensation qu'un rat va dévorer le visage de Johnny). Ils sont rares les films qui parviennent à la fois à nous emmener dans des mondes imaginaires et à nous conter des histoire bassement, affreusement réelles : je ne vois qu'Elephant man de David Lynch et Mysterious skin de Gregg Araki, pour réussir cette fusion des contraires à très haute densité émotionnelle.

Si le film de Trumbo est assez classique dans sa forme (rien à voir avec la virtuosité des réalisateurs du Nouveau Hollywood qui émergent à cette époque), il réussit une prouesse rare et estimable : allier l'esthétique du film à une réflexion politique, émoitonnelle et métaphysique.

A me lire, certains qui ne connaissent pas le film craindront le pensum à la Tarkovski. Qu'ils se rassurent, c'est plutôt Hitchcock que le film évoque. Il est une tranche de vie magnifique, un plaidoyer anti-militariste bien sûr, mais aussi un thriller psychologique :  Johnny pourra-t-il sortir de sa prison intérieure et communiquer avec son entourage ? Si oui, comment et que deviendra-t-il ? Sa vie a-t-elle encore un sens ? Que l'extérieur peut-il pour lui ?

 

Coup d'essai, coup de maître

Seul film de l'écrivain et scénariste Dalton Trumbo (tiré se son propre roman paru en 1949, quelques jours après le début de la deuxième guerre mondiale), Johnny got his gun est sorti en 1971 et a emporté le Grand Prix du Jury à Cannes cette année-là, en pleine guerre du Viet Nam. Il est parfois considéré comme le plus grand film anti-militariste jamais tourné, entraînant avec lui un large spectre de fans absolus, de John Lennon à ... Metallica (la video du morceau One s'appuie sur les images du film)

En revoyant Johnny pour répondre à l'invitation du Bleu du miroir, dans une jolie édition DVD proposant des bonus intéressants, la force du film m'apparaît intacte. Sans être génial au sens cinématographique du terme, il est porté par une énergie souterraine d'une incroyable intensité, qui sidère et dérange à la fois. La force qui a permis à Trumbo de réaliser son film contre le système des studios iradie de la pellicule. Il faut dire que le pauvre, inscrit sur la fameuse liste noire, avait déjà eu à lutter contre le système. 

Aujourd'hui, certains détails m'apparaissent, que je n'avais pas remarqué lors de ma première vision, comme cette scène osée où il me semble que l'infirmière est en train de masturber Johnny, et comme de nombreuse allusions psychanalytique et/ou surréalistes (le père mort est avec la fiancée de Johnny, etc). 

Ces éléments rappellent que Luis Bunuel et Salvador Dali furent sollicités par Trumbo pour travailler sur le film. Ils refusèrent tous deux, Bunuel se contentant d'écrire le texte du Christ dans le film. Bunuel avait lui-même failli adapter le roman de Trumbo en 1965.

Puissant, troublant, bouleversant : Johnny got his gun fait partie de ces films dont le fond prime sur la forme. Ce sont ceux que je préfère.

 

3e  

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L'avenir

Il y a une sorte de masochisme dans mon activité de blogueur : me forcer à aller voir des films de réalisateurs/trices, dont j'ai abondamment détesté tous les films (voir ci-dessous). Appelons ça conscience professionnelle, ou conviction optimiste qu'on n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise.

Avec son nouveau film, Ours d'argent à Berlin, Mia Hansen Love, réussit presque à me conforter dans ma position : je n'ai pas détesté (pour une fois) L'avenir, même si je n'irais pas jusqu'à dire que je l'ai aimé.

Isabelle Huppert joue ici comme joue habituellement Isabelle Huppert : en imitant Isabelle Huppert. Port de tête magnifique, dos bien droit, hésitation bien amenée dans les dialogues, menton en galoche parfois pointé vers le haut, habile jeu avec la commissure des lèvres, air surpris un peu idiot et compassé ("Et moi qui pensais que tu m'aimerais toujours"). Bref, comme d'hab.

La pauvre Isabelle (en fait son personnage s'appelle Nathalie, mais ce prénom ne va pas du tout à Isabelle) passe par bien des malheurs dans le film : son mari la quitte, sa mère meurt, un jeune étudiant qu'elle admire la déçoit, son éditeur la vire. Mais comme elle est proche de philo, elle trouve du réconfort chez Lévinas ou Jankélévitch. Et puis elle est grand-mère et le bébé a un très beau sourire.

Voilà.

Je ne sais pas trop vous dire d'autre, parce que le film ne se distingue pas par un trait particulier. Il est plutôt agréable à regarder, le sentiment du temps qui passe est assez bien rendu (c'est la principale qualité de Mia Hansen-Love). J'ai juste eu souvent l'impression que les personnage ne parlait pas au bon moment, de telle façon que la musique des dialogues chez Mia Hansen-Love semble toujours sonner faux à mes oreilles.

A la fin du film, je me demandais quel était le propos et l'intérêt du film. Ce n'est pas bon signe.

Mia hansen-Love sur Christoblog : Un amour de jeunesse (*) / Eden (*)

 

2e

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Les Ardennes

Au début, on a l'impression d'avoir vu ce type d'histoire mille fois : deux frères, un braquage qui tourne mal, l'un qui s'en sort et l'autre pas.

Que le frère qui échappe à la taule pique la copine de l'autre renforce le sentiment qu'on va assister à un énième ersatz de cinéma social, façon Dardenne (justement), mais en flamand, c'est à dire violent.

C'est d'ailleurs en partie vrai. Dans sa première partie, le film oscille entre de très bons moments lors desquels la sensibilité du casting fait merveille, et d'autres, qui semblent un peu convenus. La mise en scène de Robin Pront s'affirme dès les premiers plans comme tape à l'oeil, et plutôt agréable à regarder, même si elle semble essayer successivement toutes les possibilités de cadrage et de focale que le cinéma permet !

Vers le milieu du film, alors qu'on commence à s'intéresser vraiment à l'issue du conflit larvé entre les deux frères aux personnalités si différentes, Les Ardennes glisse tout à coup vers un tout autre genre : règlement de compte très noir et franchement gore, dans un décor de nature sauvage et inquiétante. Oui, je parle ici des Ardennes, montrées comme si c'était l'enfer sur terre. 

On aura rarement vu récemment au cinéma un décor aussi bien filmé. On peut d'ailleurs presque ranger dans ce décor le formidablement inquiétant acteur Jan Bijvoet, vu dans le décapant Borgman.

Le cinéma de Pront devient alors glaçant et jouissif, pourvu qu'on apprécie les rebondissements sanglants, l'équarissage de corps humain et les twists improbables. Le film rappelle alors un peu ceux du jeune Jeremy Saulnier (Blue ruin).

Avec un coup d'essai aussi frappant, et malgré les imperfections d'un premier film dans lequel il a voulu trop en mettre, Robin Pront semble promis à un grand avenir.

 

3e  

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Taklub

Présenté à Cannes en 2015 dans la section Un certain regard, et sorti d'une façon hyper-confidentielle en salle en 2016, Taklub est un film aux frontières de la fiction et du documentaire.

Le film décrit le quotidien de plusieurs Philippins un an après le passage du terrible typhon Haiyan, qui détruisit quasi intégralement la ville de Tacloban, y faisant plus de 10 000 morts.

On y suit le destin d'un homme qui perd sa femme et ses cinq enfants dans l'incendie d'une tente de fortune (scène terrible d'une densité incroyable), celui d'une femme divorcée qui tient un petit restaurant et qui a perdu ses deux enfants, celui d'un homme qui doit à l'inverse élever les deux siens alors que sa femme est décédée. On suit aussi un jeune garçon qui élève sa soeur alors que leurs deux parents sont morts.

OK, ce n'est pas gai, gai.

Taklub est un film dérangeant, austère, âpre, qui parvient parfaitement à réstituer le sentiment d'extrême précarité qui règne dans ce type de situation. Si on y retrouve le talent habituel du cinéaste philippin pour faire entrer un souffle de réalité extrêmement puissant dans l'image, il faut quand même considérer qu'il s'agit d'une oeuvre mineure dans sa carrière.

Mendoza réussit à captiver à quelques moments (les tests ADN, le glissement de terrain...), mais il manque au film quelque chose pour séduire complètement. Peut-être un scénario ?

Brillante Mendoza sur Christoblog : Kinatay (**) / Lola (**) / Captive (***) / Thy womb (***)

 

2e

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Quand on a 17 ans

On ne peut pas dire que le dernier Téchiné fasse durer longtemps le suspense : il ne nous faut que quelques instants pour sentir qu'il y a une attirance amoureuse entre les deux jeunes personnages, Tom et Damien.

La question qu'explore la film, c'est la suite. A partir de la naissance évidente de ce sentiment, que les deux garçons acceptent d'ailleurs plus ou moins, que va-t-il se passer ? 

Il faudra plusieurs trimestres et un certain nombre d'évènements tragiques ou heureux, pour que nous ayons la réponse, que je ne dévoilerai pas ici (mais, bon, hein, on s'en doute un peu).

La qualité du film ne tient ni à la mise en scène de Téchiné (tantôt académique, tantôt expressionniste), ni au scénario de Céline Sciamma (un peu cousu de fil blanc), mais à l'incroyable prestation des comédiens.  

Si les deux jeunes, Kacey Mottet Klein et Corentin Fila, sont très bien dans l'expression de multiples nuances, c'est surtout la sidérante prestation de Sandrine Kiberlain qui emporte le film. Il lui suffit d'une réplique ("Je t'écoute") pour élever le film vers une montagne d'émotion. Cette actrice, qui m'a parfois décontenancé, assume son âge avec une élégance qui laisse pantois et admiratif.

Quand on a 17 ans est donc un beau film français à la trame narrative ample et ambitieuse. Il excelle dans la peinture de certains milieux, malgré quelques maladresses de dialogues et certaines longueurs. 

Au final, le film de Téchiné marque peut-être le définitif avènement de la relation amoureuse homosexuelle dans le cinéma mainstream (après La vie d'Adèle et La belle saison) : c'est à la fois son mérite et sa limite.

 

2e

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Soleil de plomb

Dans le tourbillon cannois de 2015, un film me laissa à la fois séduit et perplexe : Zvizdan, depuis renommé en Soleil de plomb.

Il faut dire que je ne suis plus habitué à recevoir une proposition narrative aussi généreuse et originale que celle de Dalibor Matanic.

Pour résumer, le film propose trois histoires. 1991 : un jeune couple veut s'aimer, mais le futur conflit va tuer cet amour naissant. 2001 : une fille et une mère reviennent dans leur maison, alors qu'un ouvrier travaille à la restauration de cette dernière (je veux dire, de la maison, même s'il s'occupera fort habilement de la fille). 2011 : un homme revient dans son village, mais il ne vit pas avec sa femme et sa fille. On comprend à chaque histoire que le noeud de l'intrigue réside dans le fait qu'un des membres de la troupe est serbe, ou croate, et réciproquement.

Les rapports entre les histoires sont ambigus : elle n'ont rien à voir entre elles, et en même temps, elles semblent se dérouler dans les mêmes endroits et sont jouées (au moins en partie) par les mêmes acteurs/trices. L'installation est troublante, il faut un temps pour comprendre ce à quoi on assiste.

Pour compliquer le tout, il existe des rapports subtils entre les histoires (des personnages tapent dans leur assiette dans les épisodes 1 et 2, les scènes de bains dans le lac se répètent, il y a des photos évoquant des épisodes précédents sur les tombes) : bref, le film joue beaucoup sur une sorte d'ambiguïté dans le genre Jamais tout à fait la même, ni tout à fait une autre...

Soleil de plomb est compliqué et - à la fois - agréable à regarder. C'est suffisammant rare pour être remarqué.

 

3e  

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Les ogres

Peu de films laissent une telle impression de trop-plein épanouissant.

A bien chercher dans ma mémoire, je ne vois guère, dans des genres très différents, que La vie d'Adèle et Les chansons que mes frères m'ont apprises pour rivaliser avec Les ogres en puissance émotionnelle, ET simultanément en maîtrise technique. Ou, si on remonte un peu plus loin dans le temps, le cinéma de Cassavetes.

Léa Fehner parvient en effet ici à concilier le brio d'une mise en scène à la fois réfléchie et possédée à l'intensité des sentiments. Qui pourrait rester insensible à cet incroyable personnage de M. Déloyal, joué par l'excellent Marc Barbé, à la fois troublant, séduisant et horripilant ? La scène d'explication de la sodomie aux enfants du centre aéré restera comme un des moments les plus zarbis qu'on ait pu voir au cinéma en 2016.

A côté de ce personnage hors norme, il faut voir l'incroyable habileté de la jeune réalisatrice à laisser une place à chacun des personnages. Adèle Haenel est exceptionnelle dans un rôle qui commence à lui coller (un peu trop) à la peau, celui de la fille cash qui ne s'embarrasse pas d'états d'âmes. Mais François Fehner campe un chef de troupe charismatique, Lola Dueñas une femme fatale irrésitiblement hispanique... etc. Un des inombrables mérites du film est de laisser chacun exprimer sa personnalité. Il n'est pas un membre de la troupe qui puisse s'estimer délaissé par la caméra virevoltante de Léa Fehner.

On est tour à tour bousculé, surpris, séduit par le capharnaüm poétique de cette troupe de comédiens itinérants dans laquelle on aimerait s'incruster, et qui fait peur à la fois. La vie, le sexe, l'amour, le théâtre, les stations balnéaires, la mort, la maladie, les vaches et Tchékhov : rien ne résiste à la furia pleine de sérénité de Léa Fehner.

Le meilleur moment de cinéma de 2016. Pour l'instant.

 

4e  

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Belgica

C'est avec une tendresse particulière que je suis la filmographie de Felix van Groeningen.

Il y a chez ce réalisateur flamand un goût du mélodrame de mauvais goût qui rappelle parfois celui de Jean Marc Vallée, et un penchant énergique pour les histoires tordues et les marginaux qui me fait penser fugitivement à Xavier Dolan.

Dans Belgica, les points forts du cinéma de van Groeningen apparaissent très nettement : un brio incomparable pour créer des ambiances, un don inné pour observer les visages en plans très rapprochés, une façon de filmer la musique qui génère une sorte d'euphorie immédiate.

Malheureusement, le film expose aussi les carences actuelles de son cinéma : des faiblesses criardes dans le scénario, une tendance à s'étaler un peu trop et une certaine miévrerie, qui peut flirter avec le mauvais goût.

Au final cette histoire de fratrie laisse tout de même une impression plutôt favorable, qui résulte surtout de l'incroyable intensité qui se dégage des deux acteurs principaux, dont on aimerait que l'énergie soit tout de même mieux canalisée.

Felix van Groeningen sur Christoblog : La merditude des choses (***) / Alabama Monroe (***)

 

2e

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Jeux concours Les ardennes (Terminé)

A l'occasion de la sortie le 13 avril du film belge Les Ardennes, je vous propose de gagner 5 x 2 invitations valables partout en France.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "Qui a écrit la pièce dont est tiré le film ?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 12 avril  20 h.

Un tirage au sort départagera les gagnants.

Vous recevrez ensuite les invitations, envoyées directement par le distributeur.

 

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Chala, une enfance cubaine

Il est des films qui ne l'emportent sur les autres que par la force de leur élan vital. 

Ils ne sont ni spécialement novateurs dans leur forme, ni essentiels dans leur contenu, mais ils possèdent quelque chose devenu très rare dans le cinéma d'aujourd'hui : une force brute qui balaye toutes les réticences.

Dans ce film cubain, cette force découle principalement de la qualité du scénario, du jeu puissant des acteurs et de leur sincérité.

A l'heure de la visite d'Obama à Cuba (quel timing extraordinaire !?), nul doute que vous serez nombreux, amis lecteurs, à suivre ma recommandation pour passer un moment merveilleux à La Havane.

Il est rare que les bons sentiments fassent les bons films, et c'est pourtant le cas ici. Peut-être parce que le tableau de la société cubaine actuelle y est à la fois percutant et cruellement réaliste. Son immense succès local intrigue, et en même temps séduit : le film est clairement critique envers le régime, qui pourtant ne l'a pas censuré.

Mais l'intérêt de Chala n'est pas principalement politique. J'ai adoré l'incroyable galerie de personnages : les deux jeunes enfants sont EXTRAORDINAIRES, les parents de Chala, l'institutrice, le patron du foyer... tout ce beau monde est littéralement habité par le film. Les acteurs sont déliceux à regarder.

On pleure et on rigole pendant Chala, avec une puissance qui rappelle le cinéma italien de la grande époque, sa faconde, sa rapidité, son énergie.

Si le début du film peut laisser croire à un penchant un peu trop démonstratif, on est vite rassuré : la réalité s'impose dans un maelstrom séduisant, dans lequel les sentiments s'entrechoquent. L'Europe paraît atrocement vieille, comparée à l'explosion d'énergie euphorisante que propose Ernesto Daranas.

A voir absolument.

 

4e  

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A perfect day

Il y a quelque chose de vraiment étonnant dans le fait que les espagnols savent parfaitement faire des films qui semblent américains.

L'efficacité de la mise en scène, le réalisme impressionnant des décors, le rythme bien balancé du montage, les prestations des acteurs juste en deça du cabotinage : tout concourt à faire de A perfect day un film aux allures US.

Certains ont parlé d'une sorte de MASH de l'humanitaire, mais le film d'Altman était grinçant, alors que Benicio del Toro et Tim Robbins donnent plutôt ici une tonalité désabusée aux (més)aventures des personnages. On n'est pas dans la dénonciation ou la parodie, mais plutôt dans le constat absurde et résigné.

Le côté picaresque de la recherche de la corde est parfaitement exploité par un scénario très malin, dont la chute finale constitue le point d'orgue ironique.

Roublard, distrayant et instructif.

Leon de Aranoa sur Christoblog, c'est aussi le beau et très différent Amador (****)

 

3e  

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Midnight special

On aura rarement vu un film aussi raté que Midnight special.

Tout y est risible : les clichés innombrables, les carences scénaristiques abyssales, les répliques cul-cul, le jeu affligeant des acteurs.

Le jeune Jaeden Liebherer joue comme une enclume sous Xanax. Michael Shannon fait penser à une marmotte au sortir de son dernier rendez-vous avec le taxidermiste. Joel Edgerton affiche une palette d'expression aussi large que ses cheveux (en brosse) sont longs. Kirsten Dunst offre ici, dans un rôle de potiche à natte, la pire prestation de sa carrière. Le moindre second rôle du film semble fermement décidé à jouer le moins possible : cela en devient presque drôle (voir la direction d'acteur catastrophique du groupe qui observe le jeune Alton derrière la vitre).

On pourrait se moquer à l'infini de la façon dont Jeff Nichols raconte son histoire. Pensons par exemple à cette scène atterrante ou le jeune génie de la NSA éructe des phrases sans queue ni tête devant des coordonnées géographiques, puis finit par entourer deux chiffres au hasard en feignant le Euréka libérateur. 

Le pire du pire est probablement atteint dans les dernières images du film qui nous montre cette affreuse cité idéale toute de béton, qu'on dirait issue d'une série Z imitant Disney dans les années 80.

Jeff Nichols révèle progressivement au fil de ses films son caractère de réalisateur médiocre et prétentieux.

Jeff Nichols sur Christoblog : Take shelter (**) / Mud (**)

 

1e

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Room

Le sujet de Room est le sujet casse-gueule par excellence.

Pour résumer, et en spoilant le moins possible, le film raconte l'histoire de Joy, une jeune fille enlevée et séquestrée par un malade dans sa cabane de jardin. Après deux ans de captivité, Joy a un enfant, Jack, qui est donc élevé jusqu'à ces cinq ans dans une seule pièce, d'où le titre du film.

La liste est longue des façons dont le film aurait pu être raté. Il aurait d'abord pu être glauque et malsain, installant le spectateur dans la peau d'un voyeur honteux. Il aurait pu être insupportable en installant des processus de terreur pure. Il aurait enfin pu être inutilement larmoyant.

Au final Room n'est rien de cela : c'est un film délicat, sensible, intelligent, dont on sort le moral regonflé à bloc. C'est tout à fait étonnant qu'un film bâti sur un sujet aussi terrible puisse faire un tel effet sur le spectateur.

Le réalisateur irlandais de 49 ans, Lenny Abrahamson, complètement absent de mes radars jusqu'à aujourd'hui, fait preuve d'une maestria incroyable. Il utilise à la perfection tout l'arsenal de la mise en scène et du montage au service de son histoire, sans fanfaronner, et avec une modestie géniale.

Brie Larson, déjà remarquée pour son incroyable prestation dans States of grace, fait ici un sans faute de bout en bout. Le jeune acteur, Jacob Tremblay, est tout simplement exceptionnel. Souvent filmé en très gros plan, il parvient à exprimer une immense palette d'émotions. Lenny Abrahamson s'avère être un remarquable directeur d'acteur.

Room est un film dont on peut parier sans crainte qu'il laissera un impérissable souvenir dans la tête de tous ceux qui l'auront vu.

 

4e  

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