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Christoblog

Gazette Annecy cinéma italien 2022

 

 

26 septembre

Ouverture du Festival dans la grande salle de Bonlieu quasi pleine (900 places tout de même !). Emmanuel Crialese ne peut pas être parmi nous pour de "graves raisons personnelles".

Son film, L'immensitá (3/5), qui était en compétition à la Mostra de cette année, est un exercice osé d'introspection historique. Tableau familial, portrait d'une mère au bord de la dépression, chronique historique et parcours d'une jeune fille qui se sent garçon (le film est autobiographique et retrace l'enfance du réalisateur) : c'est un peu beaucoup, parfois presque trop, mais l'émotion et une exceptionnelle Penélope Cruz emportent tout de même la mise.

La reconstitution d'époque (Rome dans les années 70) est aussi très réussie. Le film sortira en France en janvier 2023.

 

29 septembre

Je commence aujourd'hui avec un film en compétition, Settembre (3/5) de la jeune Giullia Louise Steigerwalt, qui n'est pas à Annecy car elle est, d'après le présentateur, "très enceinte". Ce premier film est mignon comme tout, feel good movie écrit avec une grande délicatesse. On suit plusieurs femmes et jeunes filles qui cherchent leur place et trouve l'amour un peu par hasard, au gré de péripéties assez drôles. Le film est rempli de stéréotypes, mais tellement plaisant qu'on lui pardonne.

Atmosphère plus sérieuse avec la projection de In viaggio (3/5), le nouveau film du maître italien du documentaire, Gianfranco Rosi (Fuocoammare, Notturno). Il s'agit d'un travail spécifique, puisque le film est presqu'intégralement constitué d'images d'archive du Vatican, documentant les voyages du pape François à travers le monde.

De cet assemblage parfois un peu scolaire il ressort tout de même de forts contrastes (François si à l'aise avec les pauvres et si emprunté avec les dirigeants) et un portrait assez émouvant d'un pape qui parle comme une grande figure de gauche plus que comme un homme d'église. Très intéressant, à défaut d'être renversant. Sortie sur les écrans français le 14 décembre. 

 

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Juste sous vos yeux

On avait peut-être un peu perdu Hong Sang-Soo ces derniers temps, dans un dédale de recherches vagues et d'approximations vaporeuses.

Ce retour en grâce est d'autant plus appréciable qu'il prend ici un tour de fausse simplicité. Cela commence comme un retour dans la ville natale, des retrouvailles avec une soeur un peu perdue de vue, puis une rencontre artistico-amoureuse pleine de nostalgie. 

Tout ce qu'on voit est à la fois simple, et marqué du sceau de la solennité définitive qui sera révélée en fin de film, dans un plan d'une beauté déchirante. Le cinéma de HSS, souvent marqué par une superficialité apparente est ici tout à coup empreint d'une profondeur peu courante chez le cinéaste coréen. On peut peut-être y discerner les premières alertes de l'âge.

Le résultat, sec et resserré comme un coup de trique (1h25 de mémoire compressée), est étonnant de brièveté émouvante. On y retrouve quelques gimmmicks classiques de HSS (un rêve dont on ne saura rien, des plans au début du film qui se répéteront à la fin, de l'alcool à gogo), mais pour une fois ils paraissent ici comme atténués, affaiblis.

Pour la première fois, je crois qu'un film de Hong Sang-Soo m'a tiré une larme.

Le film, malheureusement, n'est visible que dans quelques salles parisiennes.

HSS sur Christoblog :   Le jour où le cochon est tombé dans le puits - 1996 (**) / Le pouvoir de la Province de Kangwon - 1998 (**) / La vierge mise à nu par ses prétendants - 2000 (***) / Turning gate - 2003 (***) / La femme est l'avenir de l'homme - 2003 (***) / Conte de cinéma - 2005 (**) / Les femmes de mes amis - 2009 (**) / HA HA HA - 2010 (***) / The day he arrives (Matins calmes à Séoul)  - 2011 (***) /  In another country - 2012 (***) / Sunhi - 2013 (***) / Haewon et les hommes - 2013 (**) / Hill of freedom - 2014 (***) / Un jour avec un jour sans - 2015 (**) / Yourself and yours - 2017 (**) / Le jour d'après - 2017 (**) / La caméra de Claire - 2017 (***) / Hotel by the river - 2020 (***) 

 

3e

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Sans filtre

Au fil des films, Ruben Ostlund semble abandonner ses ambitions initiales (une noirceur qui tirait vers le questionnement métaphysique) pour s'orienter vers la pochade avinée, sous couvert de farce aimablement caustique.

Il bricole ici avec un brio matois trois films en un. Le premier se résume quasiment à une conversation agitée entre deux jeunes gens très superficiels (elle influenceuse, lui top-modèle). C'est très fin, et Ostlund est doué pour souligner tous nos petits travers en très peu de scènes, découpées au scalpel. Couple, rapport entre sexes, réseaux sociaux, culte de l'apparence : les cibles sont faciles à dézinguer et la charge n'est pas originale, mais toujours aussi précise.

Le deuxième film est le coeur de Sans filtre : la croisière abuse, pourrait-on dire. Tantôt drôle, parfois lourdingue, avec une longue séquence pleine de vomi et de défécations. Une scène vaut à elle seule le déplacement, le concours de citation de Lénine et Marx entre le capitaine américain communiste et le capitaliste russe. Il faudra aimer le burlesque pour apprécier.

La troisième, une sorte de Koh-Lanta dans laquelle les classes sociales s'inversent, m'a beaucoup moins convaincu. Cette partie m'a semblé pataude et prévisible, même si certains éclairs font mouche.

En résumé, Ostlund reproduit sa recette spéciale Palme d'Or avec succès, en changeant simplement de cible : c'était l'art contemporain dans The square, c'est le capitalisme ici.

Sans filtre (quel titre étrange au passage...) est donc plaisant et on s'amuse raisonnablement en le regardant, sans que l'on puisse déduire quoi que ce soit des intentions ou idées de son auteur. Toute lecture politique du film pourra être contestée, voire inversée. Quant aux émotions, inutile d'en chercher ici.

Le prochain projet du Suédois concernerait un voyage en avion qui tourne mal. Rendez-vous à Cannes 2024 ?

Ruben Ostlund sur Christoblog :  Snow therapy - 2014 (****) / The square - 2017 (**)

 

2e

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Les enfants des autres

Abandonnant le schéma de ses derniers films (Une fille facile, Planétarium, Grand Central), dans lesquels son propos était trop intellectuel pour vraiment séduire, Rebecca Zlotowski retrouve ici l'efficacité dramatique de son premier film, jusqu'alors le meilleur, Belle Epine.

Les enfants des autres revêt la forme d'un mélodrame pur : intrigue dépouillée (voire même simpliste), mise en scène plate, effets renforçant les effets de narration (fermeture à l'iris à la fin de chaque plan terminant une séquence), attention extrême aux petites choses de la vie, sentiment du temps qui passe, refus du happy end facile et poids de la fatalité.

Pour sublimer cette forme assez ingrate, il faut une interprète à la hauteur, capable de parcourir la gamme des émotions la plus large possible : du désir brut (le scène de la douche) à la sérénité résignée en passant par la joie, la tendresse, le désespoir, la gêne, la déception. Virginie Efira trouve peut-être ici son rôle le plus complet, celui qui donne à voir toute la palette de son talent. Le reste du casting, Roschdy Zem (qui a visiblement prêté son T-shirt de Springsteen à sa partenaire), en tête.

Un beau film, osé et réussi, sensible et délicat, qui relance la carrière de Rebecca Zlotowski et confirme le statut de très grande actrice qui est désormais celui de Virginie Efira.

Rebecca Zlotowski sur Christoblog : Belle épine - 2010 (***) / Grand central - 2013 (*) / Une fille facile - 2019 (**)

 

3e

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Annecy cinéma italien 2022

Je serai présent au 40ème Festival du film italien d'Annecy, qui se tiendra du 26 septembre au 2 octobre.

Au programme beaucoup de films accompagnés de leur réalisateur : Emmanuele Crialese avec L'immensité, présenté à la Mostra, Susanna Nicchiarelli avec Chiara, Alessandro Comodin avec Les aventures de Gigi la Loi, Michele Vanucci avec Delta

Le Festival présente également un focus sur le travail de l'immense Michelangelo Frammartino, en sa présence, ainsi que beaucoup d'autres séances intéressantes (Interdit aux chiens et aux Italiens, le film d'animation de Alain Ughetto, déjà remarqué au festival du film d'animation .... d'Annecy ou l'avant première du nouveau film de Gianfranco Rossi, In viaggio).

Vous pourrez bien sûr suivre tout cela sur Christoblog dans une Gazette dédiée, puisque le Festival m'a gentiment accordé une accréditation.

A bientôt.

Voir le programme.

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Sing a bit of harmony

La puissance des anime japonais, en matière d'énergie positive et de narration décomplexée, n'a pas aujourd'hui d'équivalent dans le monde. Ce que propose ici Yasuhiro Yoshiura se situe à un niveau d'imagination débridée que peu de productions américaines ou européennes pourront atteindre. 

Le pitch est casse-gueule : une intelligence artificielle est envoyée "incognito" dans une école par un groupe de chercheur en informatique, sous la forme d'une jeune fille. Las ! Elle est démasquée immédiatement, et l'intrigue doit donc rebondir vers d'autres pistes complexes, très émouvantes et pour certaines, un peu tirées par les cheveux !

Ce qui fait tenir un tel projet debout, c'est l'incroyable optimisme qui draine l'ensemble. Le scénario ose tout, sublime tous les poncifs en provoquant sourires, pleurs, rires, étonnements, avec un sens du rythme qui rappelle celui de la grande comédie musicale américaine. C'est enlevé et très maîtrisé dans la progression dramatique, jusqu'à un final formidablement réussi.

Pour les amateurs du genre, du très solide. Le film, que j'ai découvert à Annecy, est malheureusement très mal distribué en France.

 

3e

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Chronique d'une liaison passagère

On se retrouve toujours en terrain connu (et entre gens de qualité) dans un nouvel Emmanuel Mouret.

Ce nouvel opus ne déroge pas à la règle. Les petits cartons qui rythment la chronique, l'écoulement du temps, le sens du rythme aiguisé, la vertu performative des dialogues, la sincérité des sentiments - et leur fugacité : tout est délicieux et surprenant, comme d'habitude.

La maturité venant, le réalisateur s'assagit tout de même, et le propos se fait ici plus grave. Les situations sont moins cocasses que dans sa jeunesse, et la chronique se teinte ici d'une pointe de nostalgie et de regret. Cette inflexion, que l'on sentait poindre dans ses deux derniers films, se matérialise ici par de nouveaux types de plans : un arrêt silencieux sur une nuque qui s'incline, des plans fixes sur les lieux qu'ont fréquenté les personnages, une façon de filmer les personnages de dos. Autant de petites respirations douces-amères qui permettent de méditer sur la pertinence des choix que font les personnages.

Kiberlain, et surtout Macaigne, sont dirigés de main de maître et dévoilent une profondeur qu'on ne leur connaît pas forcément.

Un bon cru, peut-être moins subtil que d'habitude, et moins riche narrativement que Les choses qu'ont dit, les choses qu'ont fait, mais très agréable à regarder.

Emmanuel Mouret sur Christoblog  : Promène toi donc tout nu ! - 1999 (**) / Laissons Lucie faire ! - 1999 (**) / Vénus et Fleur - 2003 (**) / Changement d'adresse - 2006 (***) /  Un baiser s'il vous plait  - 2007 (****) / Fais moi plaisir - 2008 (**) / L'art d'aimer - 2011 (**) / Caprice - 2014 (**) / Mademoiselle de Jonquières - 2018 (***) / Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait - 2020 (****)

 

3e

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Tout le monde aime Jeanne

Ce premier film de Céline Devaux est plutôt réussi.

Blanche Gardin y joue de façon assez drôle (bien qu'un peu monotone) une jeune chef d'entreprise dépressive qui retourne à Lisbonne vider l'appartement de sa mère. Cette dernière s'est jeté d'un pont, après avoir essayé d'appeler ses deux enfants, qui n'ont pas répondu à cette ultime tentative de communication.

Sur la base de ce pitch lugubre, le film parvient à nous attendrir et à nous amuser, notamment par la grâce de petites séances d'animation qui représentent ce qui se passe dans le cerveau de Jeanne. Le petit personnage aux longs cheveux, double de Jeanne, représente successivement mauvaise conscience, pensée évanescente et petit diable tentateur. Ce procédé donne au film un rythme alerte et décalé, qui s'estompe malheureusement un peu dans sa deuxième partie.

Laurent Laffite en histrion kleptomane et Maxence Tual en frère doux et attentionné complète le joli casting de Tout le monde aime Jeanne, qui brille aussi par une jolie direction artistique (l'appartement de la mère est un personnage à part entière). Le point fort du film est aussi en quelque sorte son point faible : la grave légèreté qui séduit initialement menace sur la longueur de se transformer en superficialité un peu vaine.

Un moment plaisant tout de même.

 

2e

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Rodeo

Lors du dernier festival de Cannes, Rodeo a eu très bonne presse et Lola Quivoron est apparue comme une nouvelle sensation à suivre.

Son premier film est en effet marqué par une forte personnalité et un irrépressible désir de cinéma. On sent dès la prochaine scène (intense, incompréhensible, speed) qu'une cinéaste naît sous nos yeux. Il y a du Kechiche au féminin dans la façon dont Lola Quiveron parvient à saisir les vibrations du réel et le souffle vital du désir.

Dans cette histoire de jeune fille qui fait sa place dans un milieu masculin (celui du cross-bitume, qui n'a rien à voir avec les rodéos dont l'actualité se fait l'écho) on sent qu'il y a beaucoup de personnel, et de vécu. Ce personnage m'a irrésistiblement fait penser à celui joué par Sasha Lane dans American honey.

Les jeunes acteurs/trices qui constituent le casting sont très bons. La mise en scène est inventive, et sert un scénario alerte et prenant. Le petit bémol en ce qui me concerne est la fin du film : je n'ai pas vraiment compris ce que je voyais et il me semble que les intentions sont hésitantes quant à la façon de conclure cette belle histoire initiatique.

A noter que Rodeo fait l'objet d'une campagne de trolls qui ont réussi à faire baisser drastiquement la note Spectateurs du film sous Allociné : ces idiots surfent sur la polémique actuelle liée au rodéos urbains et à leurs victimes, et n'ont évidemment pas vu le film.

A découvrir.

 

3e

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Revoir Paris

Revoir Paris est le grand film qu'on attendait sur les attentats de 2015, et leurs conséquences.

Alice Winocour réalise un tour de force : s'attaquer frontalement à la réalité de l'attentat (ce qu'esquivait le très beau Amanda, assez proche dans son style), tout  en maintenant tout au long de ses développements une délicatesse admirable.

Tout est en effet esquissé dans cette errance presque fantastique : les fantômes rôdent sous différentes formes sans jamais être envahissants, les voix off constellent le film d'éclairs de poésie, Paris semble un décor de film de zombie qu'il s'agit de reconquérir, comme l'indique le titre, splendide.

Une émotion brute et digne sourd de tous les plans. La composition de Virginie Efira, une fois de plus souveraine, emporte Revoir Paris vers des sommets de sensibilité. Il faut absolument découvrir ce film, un des plus beaux réalisés sur la résilience.

Alice Winocour sur Christoblog : Maryland - 2015 (**) / Proxima - 2019 (**)

 

4e

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Les cinq diables

Le deuxième film de Léa Mysius contient plusieurs films.

Le premier est le portrait d'une petite fille qui possède un pouvoir surnaturel : voyager dans le temps en sentant une odeur. L'idée est très jolie et donne lieu à de beaux moment poétiques (les "bocaux à odeurs") et à un moment d'une grande intensité, un des plus beaux jumpscare vu récemment au cinéma.

Le second serait la chronique de la vie en province d'un couple mixte dont les liens se distendent doucement sur fond de non-dits. L'utilisation pertinente des décors (on songe à La nuit du 12, tourné dans la même région), la délicatesse de l'approche de Léa Mysius et l'intensité du jeu d'Adèle Exarchopoulos rendent cet aspect du film attachant, même s'il ne brille pas par son originalité.

Le troisième est une histoire de sorcellerie ancrée dans le passé, resurgissant à l'occasion du retour d'un membre de la famille. Cette partie du film est plus lourde que les autres, plus convenue et surtout un peu énervante par son aspect "je vous distille les indices petit à petit, tout en vous laissant deviner rapidement le tableau d'ensemble". Cette partie fantastique se double elle même d'une boucle temporelle paradoxale. 

Les trois parties du film ne parviennent pas tout à fait à s'emboîter les unes avec les autres et semblent coexister artificiellement. Le film est trop écrit, ne laissant pas l'émotion surgir de la mise en scène. L'impression générale est toutefois positive, le talent de Léa Mysius réalisatrice surpassant (de peu) les carences de Léa Mysius scénariste.

Léa Mysius sur Christoblog : Ava - 2017 (***)

 

2e

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Avec amour et acharnement

Si l'intention du film est claire (c'est le cinéma sensoriel de Claire Denis passé au mixeur anxio-autocentré de Christine Angot), sa réalisation est catastrophique.

On ne croit à rien dans cette oeuvre boursouflée qui égrène un chapelet de clichés éculés (à l'image de cette ouverture digne d'un Malick sous tranxène) et de situations improbables.

C'est la caractérisation des personnages qui pêche en premier lieu. Celui de François est écrit de façon très maladroite, et joué à la va-comme-je-te-pousse par Grégoire Colin : jamais on ne comprend ce qui motive ses actions. Il en va de même de celui de Sarah, dans lequel Juliette Binoche se débat inutilement, alternant les improvisations approximatives (comme lors de la scène de rupture) et les dialogues artificiels issus de l'imagination maladive d'Angot.

Si Vincent Lindon tient la baraque en faisant ce qu'il sait faire (du Vincent Lindon), il ne parvient toutefois pas à sauver le film qui semble errer dans les labyrinthes d'une narration approximative et de scories scénaristiques coupables (les péripéties vécues par le fils sont d'un manque d'intérêt abyssal).

Ce long pensum bicéphale et bancal génère chez le spectateur une gêne inconfortable, qui résulte probablement de la confrontation entre le talent intact de Claire Denis en tant que filmeuse et la lourdeur de l'écriture du film. 

Claire Denis sur Christoblog : Les salauds - 2013 (**) / Un beau soleil intérieur - 2017 (**)

 

1e

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Trois mille ans à t'attendre

Le goût du merveilleux au cinéma ne fait plus recette.

Il est d'autant plus intéressant de voir le patriarche George Miller proposer une relecture des Mille et une nuits arrangée à la sauce moderne : le génie Idriss Elba est confronté à des problématiques qu'on comprend parfaitement (se rendre utile, socialiser, ne pas passer quelques milliers d'années sans activité !) et Tilda Swinton, égale à elle-même (c'est à dire intelligente), en narratologiste.

Alors, bien sûr, le scénario est fait de bric (des resucées de classiques) et de broc (des inventions souvent inspirées, comme celle des instruments de musique du roi Salomon), mais au final, le savoir-faire de sieur Miller emporte le morceau : le film se laisse regarder avec gourmandise, et pour peu qu'on ait gardé son âme d'enfant, il est même parfois régressivement jouissif. La mise en scène imaginative et le montage nerveux y sont pour beaucoup.

Un film de divertissement de bonne qualité, ode à l'altérité, qui nous change de la soupe insipide servie par les usines à super-héros.

George Miller sur Christoblog : Mad Max : Fury road - 2015 (**)

 

2e

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Flee

D'abord disponible sur la plateforme d'Arte, ce film d'animation du Danois Jonas Poher Rasmussen sort aujourd'hui en salle.

Il est original à plusieurs titres.

Dans sa forme d'abord. Il mélange différentes techniques, suivant l'effet recherché : animation classique pour la trame principale, images d'archive en prise de vue réelle pour contextualiser les séquences, dessin au fusain pour les scènes les plus marquées par l'émotion. Ce mix fonctionne bien et apporte beaucoup au film.

Par son contenu ensuite. Si les films sur les migrants sont assez nombreux, on n'avait jamais vu au cinéma une filière qui conduit des réfugiés d'Afghanistan en Europe, en passant par la Russie et les pays Baltes. Cet aspect est vraiment original, et les longs passages qui relatent la vie de la famille afghane dans un Moscou enneigé sont très réussis. Le héros enfin est homosexuel : cela ajoute évidemment à la complexité de sa situation.

L'histoire est celle d'un ami du réalisateur. Cela rend encore plus attachant ce film délicat, qui possède de plus une intrigue pleine de suspense. Flee a été primé à Annecy, et a réalisé un exploit me semble-t-il unique : être nommé aux Oscars dans trois catégories différentes (Meilleur film en langue étrangère, Meilleur documentaire, Meilleur film d'animation).

 

2e

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Concours L'ombre de Goya : Gagnez 3x2 places

l'occasion de sa sortie, je vous propose de gagner 3x2 places pour découvrir le film L'ombre de Goya.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : quel autre peintre a fait l'objet d'un film réalisé par José Luis Lopez Linares ?
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 18 septembre 20h
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite les places envoyé par le distributeur. NB : un des trois lots sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)

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Leila et ses frères

Pour ceux qui ont vu La loi de Téhéran, il y aura peut-être une petite déception lors de la découverte du nouveau film de Saeed Roustaee : si le film a le même sens du rythme que son prédécesseur, il est moins tape-à-l'oeil et moins immédiatement spectaculaire.

Pourtant Leila et ses frères est d'une profondeur et d'une subtilité qui surpasse le film précédent de Roustaee. 

On est littéralement emporté par le flux insensé que propose cette chronique familiale qui emprunte à la fois au machiavélisme millimétré des scénarios de Farhadi et aux thrillers psychologiques occidentaux. Les personnages sont fermement et subtilement dessinés, l'évolution de l'intrigue terriblement efficace et le tableau de la société iranienne d'une férocité éclairante (patriarcat, poids des traditions, décisions politiques). Les punchlines se comptent par dizaines et sont à la fois d'une grande cruauté et pleines de sentiments, évoquant par instant la tradition du grand roman russe.

Par le foisonnement de ses intentions et la maestria de sa mise en scène (la séquence du mariage est un chef d'oeuvre), Leila et ses frères s'impose comme un des meilleurs films de l'année, si ce n'est le meilleur. Il s'avère aussi être un des films plus féministe de la rentrée : l'avis de Leila, qui est d'évidence le plus rationnel et le moins sujet aux influences de l'ego, n'y est jamais pris en compte.

Saeed Roustaee sur Christoblog : La loi de Téhéran - 2021 (****)

 

4e

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As bestas

Beaucoup d'éléments intéressants dans le dernier thriller psychologique de Rodrigo Sorogoyen : une vraie maestria dans la mise en scène, sèche, nerveuse et souvent inspirée, et un casting irréprochable. La prestation de Ménochet est une fois de plus impressionnante, à la fois par la présence physique qu'il impose à l'écran, et les éclairs de fragilité qu'il parvient à insérer dans son rôle de personnage massif. Marina Fois est elle aussi excellente, dans un rôle où son jeu dépouillé fait merveille.

Le film ennuie toutefois par moment, du fait de l'étirement inutile de certaines scènes, et d'une inadéquation entre le script (qui tient en 5 lignes) et la durée du film (2h17). Autrement dit, tout est bien dans le film, mais tout y semble exagérément délayé.

Le personnage de la fille ne m'a pas semblé extrêmement utile dans le développement du film, et le sujet de la différence de classe sociale entre les protag aurait pu être à mon sens creusé. Reste au final une oeuvre intéressante, parsemée de moments de tension bien réalisés.

Rodrigo Sorogoyen sur Christoblog : Que Dios no perdone - 2017 (*) / El reino - 2019 (***) / Madre - 2020 (**) 

2e

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Rifkin's festival

Certes, Rifkin's festival recycle pour une énième fois de nombreux thèmes cher au cinéaste : l'hypocondrie, la judaïcité, les affres de la création. Si ces sujets donnent encore ici l'occasion de jouir de savoureuses et cinglante punchlines, on peut être lassés par la redite.

L'intérêt du film (pas immense, je l'avoue) réside plutôt pour moi dans la couche discrète mais bien présente de mélancolie dépressive qui recouvre les péripéties exposées.

L'histoire entre les personnages joués par Wallace Shawn (alter ego de Woody Allen) et Elena Alaya est assez touchante : il s'agit de l'opportunité d'une rencontre entre deux êtres que la vie n'a pas gâté, et qui finalement ne se réalisera ni sur le mode amoureux, ni a fortiori sexuel. Ainsi, ceux qui critiquent Rifkin's festival sur le mode de "un vieux libidineux cherche à se taper une petite jeune" sont bien mal avisés : il n'y a rien de pervers, ni même de sensuel entre ces deux-là, si ce n'est l'envie diffuse et mutuelle d'être apprécié pour ce qu'on est.

La critique est d'autant plus étrange que dans le même temps le personnage féminin de Sue succombe charnellement à celui joué par Louis Garrel, d'autant meilleur ici qu'il joue une tête à claque.

C'est donc une tonalité élégiaque, nostalgique et peut-être testamentaire qui domine ici, renforcée par les rêves en noir et blanc en hommage aux grands cinéastes européens qu'Allen admire et par la lumière qui baigne les doux paysages de la côte basque.

Pas un chef-d'oeuvre, mais pas une catastrophe non plus.

 

2e

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Les nuits de Masshad

Le nouveau film d'Ali Abbasi est un réquisitoire sans pitié contre toute la société iranienne. Lui vit en Suède, l'actrice principale Zar Amir Ebrahimi (justement récompensée à Cannes) à Paris, et la plupart de l'équipe du film ne pourra pas retourner à Téhéran sans risquer beaucoup. Les nuits de Masshad sont donc d'entrée un peu plus qu'un film : un acte politique, un coup de pied dans la fourmilière bien pensante des mollahs.

Dans un premier temps, le film, tourné en Jordanie, reconstitue le trajet d'un tueur de prostituées dans la ville sainte iranienne de Masshad. Il s'inspire d'un fait divers réel. Les meurtres sont montrés de façon frontale, non emphatique. La mise en scène met en valeur une tension évidente entre mission spirituelle et désir sexuel.

Certains y voient une certaine complaisance : peut-être leur cerveau leur joue-t-il des tours et trouve -t-il un peu trop d'intérêt au spectacle qui leur est proposé ? Pour ma part, je n'ai vu aucune complaisance dans ces scènes, mais une crudité qui finalement est une sorte d'hommage aux victimes : nul besoin d'édulcorer leur assassinat pour le montrer plus joli et moins cruel.

Cette première partie est étouffante. Mais elle n'est qu'une introduction pour la deuxième partie, encore plus cinglante et brutale. Le meurtrier ne regrette rien, mais une bonne partie de la société iranienne le défend et le traite en héros, encourageant massivement les meurtres de femmes impures.

Le pouvoir religieux surfe habilement sur la vague, entretient une sorte de parodie de justice et tire son épingle du jeu en manipulant le meurtrier lors d'une scène extraordinaire. 

On sort du film rincé, haletant et confondu par le rythme effréné imposé par Abbasi, estomaqué par le jeu des acteurs et la beauté de la mise en scène. Et cloué à notre siège par une dernière scène terrible.

Magnifique.

 

4e

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La nuit du 12

On peut regarder le dernier film de Dominik Moll sous deux angles.

Le premier est l'enquête policière qui décrit la quête longue et infructueuse d'un jeune commissaire, joué avec beaucoup de finesse par l'excellent Bastien Bouillon.

Sous cet angle le film est très réussi. Il est à la fois très réaliste dans sa description du travail ingrat des policiers (la photocopieuse est souvent en panne) et dans sa façon de décrire leur espoir obsessionnel de trouver une réponse à leur question. La psychologie des différents protagonistes est formidablement creusée. Bien sûr, il est difficile de ne pas songer à un Zodiac savoyard.

Le deuxième angle sous lequel on peut envisager le film, c'est sa dénonciation de la violence endémique qu'exercent les hommes envers les femmes, ou que les hommes pensent pouvoir exercer envers les femmes. Il le fait sans vulgarité et avec beaucoup de subtilité, montrant comment ce machisme atavique finit par infuser dans beaucoup d'esprits, y compris des femmes. Dans La nuit du 12, la masculinité est intrinsèquement toxique.

Un des meilleurs films français de l'année.

Dominik Moll sur Chistoblog : Seules les bêtes - 2019 (***)

 

3e

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