Christoblog

La niña de fuego

Froid et désincarné, le deuxième film du jeune réalisateur Carlos Vermut est un divertissement intellectuel un peu vain. 

Le scénario, prétendument complexe, est en fait assez simple : un banal chantage entre deux personnes qui se rencontrent par hasard. Assez classiquement, le maître chanteur, issu d'une classe sociale moins favorisée que sa sa victime, passe à l'acte pour des raisons sentimentales.

Le pseudo-mystère du film se construit autour de deux fausses bonnes raisons : un agencement temporel présentant les trois principaux personnages de façon séquentielle, et un énorme trou noir au milieu du film, par ailleurs limpide, autour de la personnalité de Barbara.

La jeune femme, personnage principal du film, cumule donc les mystères. On ne saura rien (attention, spoilers) de son passé sulfureux, de ses pratiques sexuelles, se son traitement médical, des liens qu'elle entretient avec son mari, de son état psychologique, de ses cicatrices, de ces relations avec l'organisatrice des orgies, de ce qu'elle a vécu par le passé avec le personnage de Damian (et pourquoi celui-ci a fait de la prison)...

Les acteurs semblent passer dans ce schéma mental sur pellicule un peu par hasard, n'incarnant qu'à contre coeur leur personnage. Les péripéties sont par ailleurs souvent à la limite du crédible (l'enregistrement nocturne sur le téléphone portable par exemple).

La niña de fuego est intellectuellement stimulant, mais manque cruellement de chair.

 

2e

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La belle saison

Impossible de ne pas penser à La vie d'Adèle en découvrant le nouveau film de Catherine Corsini.

Les points communs sont en effet nombreux entre les deux films : deux femmes qui s'aiment, une blonde et une brune, une plus âgée et expérimentée que l'autre, de milieux sociaux très différents, des repas avec les parents sans que ceux-ci connaissent la relation qu'entretiennent les deux femmes, une réaction violente de ces derniers, une narration qui commence avant la passion et qui se finit après, un écoulement du temps très variable durant le film, des scènes de nus et de rapports corporels, etc....

Je pourrais continuer la liste des similitudes encore pendant un bon paragraphe, alors que curieusement, les deux films ne se ressemblent absolument pas. La vie d'Adèle était fiévreux et parfois maladif là où La belle saison est solaire, Kechiche filmait avec génie et en cadres très serrés son histoire d'amour, là ou Corsini se contente d'une mise en scène plus classique et cadrée plus large, le contexte social était pratiquement ignoré dans La vie, alors qu'elle est largement présente dans La saison.

Si Adèle et Emma semblaient passionément malheureuses, Delphine et Carole paraissent elles totalement épanouies dans leur passion.

Après un film complètement raté (Trois mondes), Catherine Corsini réussit ici une très jolie chronique qui parvient à mêler un intérêt documentaire certain (étonnant tableau du MLF des années 70), le tableau fidèle d'une certaine ruralité et des numéros d'acteurs saisissants.

Izia Higelin est formidable, Cécile de France est presque à la limite d'en faire trop, mais leur couple est au final diablement attachant. La plus grosse performance est celle de Noémie Lvovsky, qui joue une scène de haine réellement sidérante de violence. Kevin Azaïs confirme tout le bien qu'on peut penser de ce jeune acteur.

A défaut d'être génial, La belle saison est un bon film de fin d'été.

 

3e    

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While we're young

A chaque film de Noah Baumbach, je m'efforce de me présenter dans les meilleures dispositions d'esprit possibles, plein de bienveillance et d'ouverture d'esprit.

A chaque fois pourtant je suis (un peu) déçu. 

Avec While we're young, ça partait pourtant pas mal : un couple de quarantenaires qui se laisse séduire par un couple de jeunes, c'est plutôt bien vu.

Surtout quand ce sont Naomi Watts et Ben Stiller qui jouent les vieux tentés par un retour en jeunesse. Le scénario utilise bien dans cette partie les ressorts comiques mis à disposition par la situation : les jeunes écoutent des vinyls et refusent d'être tout le temps scotchés à leur portable (!), les vieux sont addicts des nouvelles technologies. L'oscillation cyclique entre ce qui est ringard et ce qui devient vintage est très bien vue.

On rit franchement à certaines situations (le concert pour bébé par exemple, un grand moment d'horreur comique), même si le trait est parfois un peu trop appuyé, comme souvent chez Baumbach.

Dans sa deuxième partie, en exposant une intrigue moralisatrice qui dessert trop brutalement un des protagoniste, le film perd de sa légèreté et de son équilibre. On retrouve alors le cinéma très appliqué et lourdingue qui m'avait déplu dans Frances Ha, et qui font parfois de Baumbach un Woody Allen en chaussure de plomb (alors qu'il a prouvé dans Greenberg qu'il pouvait faire preuve de finesse).

Ajoutons que les réflexions sur le cinéma documentaire sont très superficielles et on pourra conclure que While we're young est un film bancal, à moitié raté ou à moitié réussi, suivant l'humeur du moment.

Noah Baumbach sur Christoblog : Greenberg (**) / Frances Ha (**) 

 

2e

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Concours Le tout nouveau testament

A l'occasion de la sortie le 2 septembre du film de Jaco van Dormael, je vous propose de gagner 5 x 2 invitations valables partout en France.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "Quel acteur du film est né au Luxembourg ?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 31 août 20 h.

Un tirage au sort départagera les gagnants.

Vous recevrez ensuite les invitations (valables partout en France, pour toutes les séances).

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Dheepan

Avec son sujet exotique (combien de spectateurs pourraient situer l'origine du peuple tamoul sur une carte du monde ?), ses acteurs inconnus et son titre curieux, le film de Jacques Audiard ne cherche pas la séduction facile.

Pourtant, la première chose qui frappe en découvrant la Palme d'Or, c'est sa fluidité, l'élégance de sa mise en scène qui semble débarrassée des afféteries coutumières d'Audiard. 

Ici, tout semble simple : les scènes s'enchaînent habilement, même si elles sont âpres et violentes, suscitant la curiosité et l'intérêt. L'intégration de la famille sri lankaise interpelle : elle est à la fois facile et impossible, commandée par une impérieuse énergie et figée vers une utopie de départ qui rend le passage français accessoire dans la trajectoire des personnages. L'invention d'une famille est également une magnifique idée de cinéma, que j'aurais aimé voir creusée en profondeur.

Toute la première partie est fraîche, originale et admirablement mise en scène, zébrée de visions magistrales et enveloppée par une bande-son impeccable. Un régal. 

Le film se brise malheureusement en son milieu pour verser dans un film d'action et de violence assez lambda. Le héros Dheepan se transforme tout à coup en Sylvester Stallone sévèrement bur(i)né. C'est qui faut pas l'énerver, le Tamoul. 

Si ce virage scénaristique peut se défendre, c'est la façon de le filmer comme une explosion de violence qui gâche un peu le film. Tout devient alors too much (cette montée d'escalier interminable), alors que tout était dans le mystère et la retenue quelques minutes auparavant.

Les choses empirent encore d'un cran dans les ultimes scènes (que je ne révèlerai pas ici), avec une rupture de ton encore plus grande et un basculement dans la mièvrerie qui laisse un goût amer.

Audiard frôle le chef-d'oeuvre, mais le hiatus au coeur du film l'empêche de concrétiser.

Jacques Audiard sur Christoblog : Un prophète (***) / De rouille et d'os (****)

 

3e    

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Coup de chaud

Raphaël Jacoulot, 44 ans, est un des réalisateurs français à surveiller de près.

Son troisième film, Coup de chaud, est un suspense psychologique sec et efficace, qui présente les mêmes qualités que sa production précédente, l'intéressant Avant l'aube.

L'action se situe ici dans le Sud-Ouest, dans un village filmé de telle façon qu'il paraît franchement moche : le château d'eau écrase les maisons de sa présence et les lotissements sont aussi moches qu'ailleurs. Le film évite le pitoresque pour se centrer sur ses personnages, et leurs relations.

Jacoulot excelle dans l'exercice délicat d'installer une ambiance. Il fait chaud, les paysans risquent de perdre leur récolte, et le comportement légèrement déviant de Josef, fils de la famille de ferrailleurs, énerve tout le monde. Il a un problème mental.

Le film s'ouvre sur une scène où Josef erre dans les rues, poignardé, et déroule ensuite un flash back diablement intrigant : qui a fait cela, et pourquoi ?

La perfomance de Karim Leklou est exceptionnelle, et contribue à installer une impression de malaise dérangeante qui ne faiblit pas tout au long du film. Les prestations de Grégory Gadebois, impressionnant en gros nounours introverti, et de Jean Pierre Darroussin, en maire débonnaire et dépassé par les évènements, sont à la hauteur de leur réputation.

Au final, on passe un bon moment à suivre cette histoire manipulatrice, très bien structurée autour d'un scénario solide, comme on a peu l'habitude d'en voir dans le cinéma français. 

Raphaël Jacoulot sur Christoblog : Avant l'aube (**)

 

3e  

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Aferim!

On ne peut qu'être abasourdi par l'ambition que manifeste Radu Jude dans ce film : filmer en noir et blanc une exotique chasse à l'homme dans la Roumanie du dix-neuvième siècle, en  centrant son intrigue sur un personnage principal a priori antipathique.

Présenté comme cela, le film en effraiera plus d'un.

C'est dommage, parce que Aferim! (Bravo ! en turc) est un bijou de beauté et d'intelligence.

La photographie est d'abord absolument splendide. Le noir et blanc très contrasté met en valeur des paysages magiques : montagnes désertes, forêts immenses, marais touffus, campagnes bucoliques. Les décors (masures de paysans, chateaux, fêtes foraines) sont admirablement choisis. La direction artistique du film est particulièrement réussie.

Radu Jude s'avère également un réalisateur très doué (Ours d'argent pour ce film à Berlin), et un directeur d'acteurs hors normes. Le terrible Costandin est joué à la perfection par l'excellent acteur Teodor Corban, qu'on a déjà vu chez Mungiu, Nemescu et et Muntean.

Aferim! s'avère un délice si l'on aime être dépaysé au cinéma, découvrir des paysages et des pans d'histoire (ici l'incroyable dureté de l'esclavage des roms par les roumains), être confronté à une intrigue originale et tortueuse.

En mélangeant burlesque et drame, plaisir esthétique et méditation sur l'histoire, Aferim! parvient à étonner et - pour peu qu'on soit enclin à se laisser entraîner dans une balade légèrement lymphatique - à séduire.

 

3e  

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Mission impossible : rogue nation

Dans le dernier Mission impossible, Tom Cruise fait à peu près la même chose que ce que fait Daniel Craig dans les James Bond.

Il s'accroche à des aéronefs, conduit toutes sortes d'engins motorisés, utilise des accessoires qui font bip-bip, tchlak, et bzoin-bzoin en clignotant de façon inquiétante ou encourageante suivant le contexte, retourne les situations les plus désespérées, fait croire à ses ennemis qu'il est foutu pour mieux les surprendre, semble bénéficier de fonds financiers en ressources illimitées, fait des exercices de musculation et peut se battre en utilisant toutes sortes d'armes.

En terme de cinéma d'action, rien de bien nouveau dans Rogue nation, ni au niveau du ton (ce qui était le cas dans l'excellent Kingsman, vu en début d'année), ni au niveau des péripéties.

Ce qui rend le film plutôt agréable, c'est son aspect humble (les scènes d'actions parviennent à un certain degré de réalisme, ce qui n'est pas toujours le cas dans ce type de film), et sa solidité scénaristique. Sans être complètement échevelé, le scénario se révèle en effet bien construit, avec un dévoilement progressif de ce qui se trame et une dernière partie plutôt réussie.

Dans le même ordre idée (humilité et efficacité), il faut signaler les interprétations solides de Jeremy Renner, de Rebecca Ferguson (qui impose son physique athlétique - mais pas que) et de Simon Pegg, très à l'aise dans son rôle habituel d'écureuil coincé et vélleitaire. Difficile de croire que Tom Cruise a 53 ans au regard des cascades effectuées : il a l'air très à l'aise sur une moto, bien plus que dans les scènes d'amour, où il a toujours l'air d'avoir 14 ans et de ne pas savoir quoi faire.

Tourné sur pellicule, Rogue nation a un petit côté old school plutôt sympathique, à l'image de cette étonnante et agréable poursuite (à pied !) dans les rues embrumées de Londres.

 

2e

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Love

J'aurai donc longuement hésité : Gaspar Noé est-il un génie incompris (de moi), ou un charlatan doué pour l'esbrouffe cinématographique ?

La réponse me fut accordée dans la nuit du 20 au 21 mai, vers 0h40, alors que devant mes yeux passablement fatigués débuta le navet narcissique que constitue Love.

Comme je n'ai pas aimé du tout le film, je ne vais pas y aller par quatre chemins : rester éveillé jusqu'à 3h20 du matin en plein festival de Cannes pour voir une éjaculation 3D face caméra me reste en travers de la gorge. Si je puis dire.

Résumons ce qu'est Love :

- un best of des morceaux de musique classique les plus nunuches (sur fond de hand job)

- une compilation des tics les plus voyants de Noé, déjà exposés dans ses précédents films, comme les écrans noirs, les effets de stroboscope, le plan sur un pénis vu de l'intérieur d'un vagin, etc...

- une intrigue concourant pour le prix de la minceur absolue, digne d'une psychologie de roman-photo

- un acteur masculin dont l'expressivité la plus grande est condensée entre le nombril et les cuisses ("a dick has no brain" dit-il, dans un éclair de lucidité)

- un exemple parfait d'effet stylistique (la destructuration temporelle) qui n'a ni sens, ni but, et évoque la course d'un poulet sans tête

- une démonstration monstrueuse d'égocentrisme absolu (le bébé s'appelle Gaspar, le galleriste s'appelle Noé)

Et pour finir je remarquerai que d'un point de vue purement pornographique, Love est un film sexiste, puisqu'à aucun moment un sexe féminin n'est montré en gro plan alors que l'organe de l'acteur sans cerveau est lui filmé sous toutes les coutures. Si je puis dire, à nouveau.

C'est quand même incroyable toutes les conneries que ce film insignifiant me fait écrire.

Gaspar Noé sur Christoblog : Irréversible (***) / Enter the void (*)

 

1e

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La isla minima

Le dernier film d'Alberto Rodriguez, présenté comme le meilleur film espagnol de l'année (il a raflé 14 prix, dont 10 Goyas), n'est somme toute qu'un polar très classique.

Les ingrédients sont bien connus : un couple de flics très différents, dont l'un semble avoir un lourd passé, des jeunes filles assassinées, violées et torturées, une ambiance glauque.

Le film cherche à paraître original par deux aspects annexes à sa trame principale : la période (celle de l'après-franquisme) et son cortège de compromissions, et le lieu (le delta du Guadalquivir). Les paysages, filmés parfois de très haut en plongée esthétisante, sont en effet incroyables, comme le montrent ces quelques exemples.

Malheureusement, ces deux aspects du film sont plaqués sur une histoire assez peu prenante au final, pleine de trous et de clichés (la vraie fausse médium), illustrée par une mise en scène scolaire et tape à l'oeil. 

Le film n'ennuie que ponctuellement, mais on peut aisément s'en passer.

 

2e 

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Amy

Un documentaire édifiant et très complet qui mêle : des archives très personnelles (vidéos de smartphones, films amateurs), des interviews, des photos, des messages téléphoniques, des écrits.

Visuellement le film est entraînant : bon montage, incrustations précises et complètes.  

D'un point de vue informatif on apprend beaucoup de choses et en particulier que cette fille avait un talent naturel absolument exceptionnel (voix, et écriture). On est sidéré de voir comment le milieu qui l'entourait l'a broyée : un père au mieux maladroit au pire profiteur, un tourneur esclavagiste, un petit ami auto-destructeur, des amis impuissants, les media qui organisent la curée, les humoristes qui cherchent la mise à mort.

Le film est souvent bouleversant, toujours intéressant, par exemple quand il montre comment une vie peut basculer pour une occasion manquée (une désintox plus précoce aurait peut-être tout changé) ou comment la vie sentimentale est parfois la première source d'inspiration des artistes.

Un témoignage majeur qui rend justice à Amy Winehouse, poètesse maudite, jeune fille brisée par l'ampleur du talent qu'elle abritait en elle.

 

2e 

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L'éveil d'Edoardo

L'éveil d'Edoardo est un gentil petit film italien du jeune cinéaste Duccio Chiarini, vite sorti en juin, et rapidement retiré des rares salles qui le projetaient.

C'est dommage, parce qu'il est la preuve même que pour un budget très modeste (150 000 euros) il est possible de réaliser un film sensible et intéressant.

Le sujet n'est pas d'une originalité folle : on suit les premiers émois sexuels et amoureux d'un jeune homme atteint de phimosis non traitée. Si le problème médical est bénin, on voit bien les soucis qu'il peut entraîner lors de premiers ébats sexuels. Plusieurs idées font mouche et apportent dans l'histoire de salutaires diversions (le poulpe !). 

Le ton trouvé par le jeune acteur (remarquable Matteo Creatini) est parfait, à mi-chemin entre indécision juvénile et volonté de s'affirmer. Toute la distribution est formidable et je ne peux que conseiller ce film délicat à ceux qui pourraient encore le voir.

 

2e 

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Une seconde mère

Relatif succès au box-office (dans la catégorie des films d'auteurs du Sud très peu vus), Une seconde mère est un film âpre et relativement amer.

Une femme de ménage (prétendument) intégrée dans sa famille d'employeurs doit accueillir sa fille temporairement. Cette dernière est moderne et n'accepte pas vraiment les relations maître / domestique que sa mère semble considérer comme naturelles.

La réalisatrice Anne Muylaert compose sur cette trame très sociale une mélodie plutôt désaccordée, mélange de comédie de moeurs, de critique de la société brésilienne et de portrait attendri d'une femme de caractère. 

Il y a de quoi être déconcerté par ce film à la fois aimable et désordonné, qui semble hésiter tout du long à être résolument caustique ou franchement optimiste. 

On pourra s'amuser à constater que son thème est très proche d'un récent film colombien ayant eu un certain succès d'estime : Gente de bien (domestiques, scènes de piscine, rapport de filiation). Ce dernier versait franchement dans le constat glacé alors qu'on est plutôt ici dans un entre-deux à mi-chemin entre télénovelas et Théorème.

Un film intéressant, mais complètement survendu par la presse : il n'est ni "euphorisant" (Marie-Claire), ni un "feel good movie lumineux" (Les inrocks), ni "une comédie jubilatoire" (Télérama).

Il est plutôt une fable grinçante.

 

 3e

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Comme un avion

Comme un avion marque le retour en forme de Bruno Podalydès.

La première partie du film, qui expose l'acteur-réalisateur en infographiste doux dingue, est particulièrement réussie. On est intrigué, puis séduit, par cet éternel enfant que fait rêver l'Aéropostale.

La figure légèrement inquiétante de Sandrine Kiberlain, trop bienveillante pour être honnête, rehausse l'étrangeté du film pour le porter vers des sommets de bizarrerie poétique.

Le film perd ensuite un peu en intensité quand notre ami passe à l'acte, les effets si légers du début devenant plus appuyés. Arditi en pêcheur psychopate, Vimala Pons en évidente aguicheuse, sont des clichés certes efficaces mais un peu téléphonés.

De cette seconde partie on retiendra principalement la sensualité épanouie d'Agnès Jaoui, remarquable en femme d'âge mûr jouant avec les post-it.

Un éloge de la fugue nécessaire et plaisant.

 

2e  

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Tale of tales

Les pisse-froid un peu snobs écriront sûrement beaucoup de mal à propos du dernier film de Matteo Garrone : trop clinquant, trop international, trop beau...

Le spectateur lambda a par contre toutes les chances de se laisser émerveiller par ces trois histoires tout à fait étonnantes tirées du Pentamerone de Giambattista Basile, auteur italien du XVIIème. 

Il y a quelque chose de profondément enfantin dans le fait de découvrir pour la première fois des contes dont on ne connaît rien : on revit adulte des sensations éprouvées il y a bien longtemps.

On croisera ici une puce géante, un ogre, un monstre marin, deux jumeaux enfantés par la Bête, un roi obsédé par le sexe, une mère possessive et bien d'autres choses encore. 

Le film déroutera probablement le critique rompu aux charmes du cinéma d'auteur international. Ici tout brille, les mouvements de caméra sont savants et spectaculaires, les décors sont magnifiques, les scènes intrigantes. 

Le temps passant, chacune des trois histoires s'installe progressivement par le biais de séquences plutôt longues. Le film se densifie, et devient parfois jouissif par le biais de scènes sidérantes et de rebondissements vraiment inattendus.

Si les histoires sont indépendantes les unes des autres, elles s'entrecroisent par leur thème qu'on pourrait qualifier ainsi : "L'espoir de l'amour", chaque personnage cherchant son âme soeur, qu'elle soit irréelle, animale ou charnelle.

Une friandise pour adulte, sucrée, piquante et féministe.

 

 3e

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Vice Versa

La nouvelle production Pixar est un honnête divertissement. 

Il faut reconnaître au film l'originalité épatante de son pitch : personnifier cinq émotions primaires dans le cerveau d'une pré-ado et développer un scénario qui se déroule dans la psychologie de l'enfant.

Pete Docter exploite son idée et développe tranquillement tous les chemins de traverses les plus évidents, corollaires à son idée de départ : le domaine abstraction consiste à rendre les formes de plus en plus abstraites, l'inconscient est inquiétant, les souvenirs sont nettoyés à l'aspirateur avant de rejoindre le néant, l'usine à rêve est un studio de cinéma...

Tout cela est très agréable et très "propre sur lui". On aurait peut-être souhaité avoir plus de poésie délirante ou inquiétante, à l'image de l'ami imaginaire très Lewis Caroll ou de cet air de publicité qui arrive à l'improviste. 

Si le film ménage quelques beaux moments d'émotions, notamment par le biais du très beau personnage de Tristesse, il ne me paraît pas être le chef-d'oeuvre aveuglément acclamé de toute part.

 

 3e

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Les mille et une nuits - L'inquiet

A ceux qui se demanderaient comment être snob aujourd'hui, on conseillera de dire du bien de Miguel Gomes (en ayant vu, ou pas, ses films, peu importe).

Par exemple : "l'élan créatif de Miguel Gomes (pour plus d'effet, prononcer Miguel Gom'ch) s'éloigne du naturalisme social bien-pensant pour aboutir à un film-monde d'une infinie poésie" ou "l'hétérogénéité du matériau filmique renforce les correspondances baudelairiennes de l'oeuvre, qui en devient saisissante" ou "c'est par le truchement de ses changements de tonalité que ce film monstre atteint son but : parler de politique poètiquement" ou "le film de Gom'ch est à La loi du marché ce que la Divine comédie est au Code de la sécurité sociale". 

Au spectateur qui ne connait pas le projet initial de l'auteur (porter à l'écran sous forme d'histoires des faits divers portugais scrutés au jour le jour sur une longue période), l'oeuvre paraîtra pourtant bien absconse. On ne comprend en effet pas grand-chose à ce qu'on voit, et si le film peut être ébouriffant par moment, l'assemblage global est un foutu bric à brac, à la fois original et un peu factice.

A l'image sale et documentaire du début succède ainsi l'image hyper-léchée d'un épisode dont je n'ai absolument pas saisi le sens (l'Ile des vierges), puis le burlesque plaisant des "Hommes qui bandent". C'est parfois trop long (le coq), parfois très émouvant (les trois témoignages en plan fixe), parfois totalement insipide (le bain).

On appréciera le film à condition d'aimer un cinéma conceptuel (je veux dire rempli de plans dont on ne comprendra jamais ce qu'ils font là), très peu sensitif, mais stimulant intellectuellement.

Miguel Gomes sur Christoblog : La gueule que tu mérites (*) / Tabou (***)

 

2e  

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Valley of love

Impossible de regarder Depardieu sans voir l'histrion bouffonique pro-Poutine, anarchiste de droite et bonbonne vivante.

Toujours est-il, quoiqu'on pense du bonhomme, que le personnage qu'il joue dans le film de Guillaume Nicloux est diablement émouvant : patient, rationnel et bienveillant. Isabelle Huppert est elle planante, subtile et craquelée.

Leur rencontre, dans des décors qui sont prodigieusement suggestifs, est tout à fait surprenante. Quels paysages ! S'il y a un endroit où le doigt de Dieu peut se matérialiser, c'est bien la Vallée de la Mort. On ne s'attend à rien de ce qui nous est proposé, et c'est bien l'intérêt du film : ce que construit Guillaume Nicloux est une rêverie épurée qui fonctionne très bien.

Le montage est alerte, il y a une sorte de magie qui transpire du film, une volonté de croire de façon "rationnelle" à l'incroyable, sans scepticisme idiot. Les dialogues sont superbement écrits, les lettres sont merveilleuses, le ton du film est incroyablement juste. On a envie d'y croire.

Le fantastique est nulle part, mais les signes étranges sont partout : tête de chien, jeune fille sur le court de tennis, nains. 

Quand Depardieu s'exclame "Bien sûr qu'on est responsables...", l'histoire du personnage entre irrésistiblement en phase avec l'histoire de l'acteur (et de son fils, ... Guillaume), et le film apparaît alors pour ce qu'il est : un documentaire sur l'acteur.

Valley of love vaut finalement par ce qu'on pouvait en craindre : il est d'un parfait bon goût, alors qu'on attendait le pire.

 

 3e

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L'ombre des femmes

Comment peut-on être amoureux d'un trou du cul inexpressif comme celui qu'incarne (le mot est fort)  Stanislas Mehrar ?

Là git véritablement la clé du dernier film de Philippe Garrel. Parce que, admet-on le, si l'hypothèse de séduction du bellâtre blond ne fonctionne pas, le film tombe par terre. Personnellement, je serais à la place de Clotilde Courau, je partirais vite fait et je ne reviendrais jamais. 

Mais bon, je m'éloigne probablement du film dont on peut dire qu'il est à l'amour ce que les match exhibitions sont au tennis : ça y ressemble et ça brille, mais on ne croit pas à l'engagement total des protagonistes.

La faute probablement à cette diction éculée, cette voix off très rohmérienne de fiston Garrel, à ces ambiances de losers germano-pratins. Tout cela est bref, pas trop moche à regarder, d'une superficialité inoffensive, et d'un intérêt limité.

 

2e  

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Mustang

Quel plaisir !

Un film de femme, avec des filles, et qui plaira à tous. Enfin un film drôle, triste et puissant, qui parle sans tabou de patriarcat à la noix, et de liberté émancipatrice.

J'ai adoré, en dépit de certains bémols (et zut, je n'ai même pas envie de les citer), ce film admirable qui marque aussi bien la rétine que le cervelet.

Le tourbillon de vie de ces jeunes filles écrabouille tous les obstacles (même si, en vrai, ce n'est pas le cas). On voudrait que rien ne puisse arrêter cette force de vivre, cette furie solaire et égotiste. Quelle rigolade que ce match de foot, ce pétage de plomb généralisé (au sens propre pour ce qui concerne les fusibles de la maison), quelle beauté ouverte sur l'outre-monde que ce décor de mer Noire !

Le film huhule une sorte de chant funèbre dans sa deuxième partie, célébrant les noces de l'inconciliable et de la désespérance, mais je préfère retenir du maelstrom d'émotions que constitue Mustang cet incroyable force de vie qui bouscule l'hypocrisie salace des connards en tout genre.

Vives les filles, vive les femmes.

 

4e  

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