Christoblog

Patients

Certains n'iront peut-être pas voir ce film à la simple lecture de son pitch : un jeune du 93 qui déboule au pays des traumas crâniens, des paraplégiques et autres tétraplégiques. Il peut y avoir en effet suspicion de bons sentiments à la pelle et de tire-larmes en fauteuil.

Mais ceux qui pensent ainsi ont tort. 

Patients est d'abord, et avant tout, un bon moment de cinéma. La réalisation de Grand Corps Malade et Mehdi Idir est soignée (et même originale par moment), les acteurs sont impressionnants et le scénario est rudement malin (même s'il tire un peu trop sur la corde sensible à la fin).

On est entraîné sans aucun problème dans cette belle histoire qui navigue entre francs éclats de rire et petite larme essuyée discrètement. Le film est comme une montagne russe émotionnelle qui ne nous laisse jamais de répit, épicée par un art consommé de la punchline.

Grand Corps Malade insuffle à son histoire la justesse de ton qui fait la saveur de ses textes. Il trouve dans le jeune acteur Pablo Pauly une sorte de double juvénile, dont la performance est formidable. Bref, allez-y sans crainte et sans préjugés.

 

3e

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L'autre côté de l'espoir

Voilà un film qui fait un bien fou.

On parle souvent des migrants, mais on ne les montrent quasiment jamais comme le fait ici Aki Kaurismaki : pour ce qu'ils sont, des hommes comme les autres, avec leur dignité, leurs valeurs et leurs espoirs. 

A ce titre, la scène durant laquelle Khaled raconte son périple de Syrie en Finlande est un moment de cinéma superbe, un des plus émouvant de ce début d'année. Que cet aspect presque documentaire rencontre le cinéma tellement typé de Kaurismaki est un petit miracle. Le résultat est empreint d'une poésie douce et parfois peu engageante, qui séduit tout au long film - en même temps qu'elle tient un peu l'empathie à distance.

L'autre côté de l'espoir est une leçon de mise en scène : éclairages magnifiques, méticulosité du cadrage et du montage, extrême précision de la direction d'acteur. L'esprit finlandais du réalisateur (pour simplifier une sorte de bizarrerie apparemment guindée, mais qui ne se prend pas au sérieux) insuffle dans ce conte moral une fantaisie très agréable.

 

3e

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Paris pieds nus

Ceux qui ont déjà vu un des films précédents du duo Abel / Gordon ne seront pas dépaysés.

La recette est en effet toujours un peu la même : univers décalé, gags visuels poétiques et burlesques, incroyable prouesse physique de Fiona Gordon. La machine tourne rond, mais c'est toujours la même musique : pas désagréable, mais déjà connue.

Les autres découvriront probablement avec surprise et délice ce curieux croisement de Buster Keaton et Solveig Anspach, qui manie avec une méticulosité rare l'art du contre-pied, et qui marie comme nul autre la réalité la plus plate à l'élucubration la plus bizarre.

Le film est rehaussé par l'apparition subtile d'Emmanuelle Riva et de Pierre Richard, par l'utilisation très habile des décors parisiens (moins convaincants toutefois que ceux du Havre dans La fée).

On peut regretter que Paris pieds nus ne creuse pas plus la veine de noirceur loufoque qu'on voit apparaître lors de la belle scène de l'oraison funèbre, parfaitement politiquement incorrecte.

Je résume : pas désagréable, mais pas strictement nécessaire si vous êtes déjà connaisseur.

Le duo Abel / Gordon sur Christoblog : La fée - 2011 (**)

 

2e

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The lost city of Z

Grand film classique (et très sage), The lost city of Z séduit avant tout par sa modestie.

On imagine le barouf qu'auraient immanquablement produit bon nombre de cinéastes avec un tel sujet : descente super spectaculaire de rapides, vision fugace de cités toute d'or recouvertes, indiens particulièrement combatifs.

James Gray a le grand mérite de présenter une vision douce de cette histoire rocambolesque : les rapides sont tout riquiqui, les traces de civilisation réduites à de simples tessons de poterie, et les indiens sont plutôt bienveillants.

Cette façon très délicate de conter une histoire est servie par une photographie sublime de Darius Khondji (pour une fois pas trop jaune), un casting épatant (idée géniale de prendre un visage assez peu connu pour tenir le rôle principal) et un scénario tout en circonvolutions, alternant les raccourcis osés et les étirements de scène signifiants.

Le résultat est un film dans lequel on pourra peut-être avoir un peu de mal à s'impliquer, mais qui dégage un charme indéfinissable, comme s'il se situait en dehors de toute époque. La mise en scène de James Gray est d'une intelligence et d'une sensibilité rare, à l'image du dernier plan, d'une immense beauté.

 

3e

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Trainspotting

Avant de découvrir la suite sur grand écran, je me suis payé le DVD de Trainspotting, qui ressort à cette occasion.

J'avais du film deux images qui s'avèrent aussi fausses l'une que l'autre : je pensais que Danny Boyle frimait à mort, et provoquait par plaisir.

En réalité, le film est plutôt la chronique sensible d'un groupe de jeunes à la dérive. S'il montre les ravages de l'héroïne, il le fait finalement sans emphase particulière. C'est probablement le style déjà très personnel de Danny Boyle (speed et tape à l'oeil) appliqué à un sujet plutôt sérieux (la drogue et le SIDA...) qui a dû choquer les spectateurs des années 90.  

Aujourd'hui le film a plutôt bien vieilli. J'ai apprécié sa vivacité et sa brièveté, l'évolution psychologique des personnages, l'âpreté un peu sèche du propos. Le casting est renversant : Ewan McGregor méconnaissable, Ewen Bremner attendrissant, Johnny Lee Miller flippant.

Portrait sensible d'un petit gars écossais qui est prêt à tout pour s'en sortir (ce sujet est le coeur vibrant du film, mais il faut toute sa durée pour s'en rendre compte), Trainspotting est aussi le manifesto d'un réalisateur qui émergeait alors sur la scène internationale avec sa façon de filmer unique, mélange parfois indigeste de réalisme sordide et de visions complètement barrées.

Danny Boyle, c'était à l'époque du Jean-Pierre Jeunet sous acide.

Du même réalisateur, sur Christoblog : Slumdog millionnaire - 2008 (***) / 127 heures - 2010 (*) 

 

3e

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Le secret de la chambre noire

C'est toujours difficile de voir un auteur qu'on respecte se planter. Je suis donc triste de dire que le dernier opus de Kiyoshi Kurosawa est vraiment très mauvais. 

Le réalisateur japonais rejoint la longue liste des réalisateurs étrangers dont le talent semble s'affadir irrésistiblement quand ils viennent tourner dans des productions françaises, avec des acteurs français (Kieslowski, Kiarostami, Hou Hsiao Hsien, Farhadi, etc).

Certes, la mise  en scène de Kurosawa reste d'une fluidité et d'une élégance souveraine. On le constate dès les premiers plans, d'une grande beauté. Mais malheureusement, le film se gâte progressivement, par l'effet conjugué de ses deux défauts principaux : des erreurs de casting majeures et un scénario approximatif.

En terme de casting, je vais être clair. Tahar Rahim est nul, confiné une fois de plus dans ce rôle de petite frappe limitée et un peu sotte, dont il ne sait (peut ?) pas sortir. Olivier Gourmet est moins bon que d'habitude. Il semble très mal dirigé, à l'image de cette scène où il joue un état d'ivresse avec beaucoup d'approximations. Constance Rousseau est transparente à force d'être diaphane.

Le scénario, quant à lui, semble écrit à la truelle. Rien ne tient, tout est critiquable. L'évolution psychologique des personnages est hautement improbable et les histoires de fantômes ne répondent à aucune logique (vu la fin du film, il faudra qu'on m'explique la scène du début durant laquelle Marie rencontre un recruteur au Jardin Botanique).

Ajoutez à tout cela des effets indignes de Kurosawa (portes qui grincent, parquets qui craquent, chuchotement des morts qui flottent dans l'espace) et vous aurez bel et bien le pire opus du maître japonais.

Kiyoshi Kurosawa sur Christoblog : Kairo - 2001 (**) / Shokuzai - 2012 (****) / Real - 2012 (**) / Vers l'autre rive - 2015 (**)

 

1e

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Paula

Avec Paula, le réalisateur allemand Christian Schwochow réussit un petit exploit : signer un film hyper-académique sur un personnage qui a fait souffler un vent de modernité effrontée sur son époque.

Le film est photographié comme une publicité pour des yaourts bio (paysages enneigés, feuilles mortes et Paris de carton-pâte) et la mise en scène est d'une platitude abyssale, si je puis dire. 

Le film ne tire donc son intérêt que du charmant portrait qu'il dessine de la fabuleuse artiste peintre Paula Modersohn-Becker, décidément très à la mode en ce moment (cf le livre de Marie Darrieussecq, Etre ici est une splendeur, et l'exposition au Musée d'Art Moderne en 2016). La pétillante actrice Carla Juri prête ses traits avantageux à la jeune Paula.

Le film a une autre qualité : il montre, fait assez rare, la véritable peinture de Paula se faire à l'écran, et d'une façon assez réaliste et convaincante. Le talent, la vocation, cet irrésistible élan qui pousse à peindre et à peindre encore est assez subtilement montré.

Entre ses qualités attachantes et quelques défauts (les décors sonnent parfois faux, certains personnages secondaires sont ridiculement traités), je ne sais pas trop si je dois vous conseiller Paula. Pour ma part, c'est l'intérêt pour les personnages qui a attisé mon plaisir : le film propose notamment un portrait édifiant de Rilke.

A vous de voir.  

 

2e

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Rebecca

Il est parfois de délicieux de revoir un film qui nous a marqué étant enfant ou adolescent. La vision la semaine dernière sur Arte du premier film américain d'Alfred Hitchcock m'a procuré un grand plaisir.

Non pas que le film soit un chef d'oeuvre : certaines de ces caractéristiques (le jeu très typé des seconds rôle, comme la servante par exemple) sont un peu datées, et le film est au global trop démonstratif pour être vraiment génial.

Le plaisir que procure Rebecca est d'un ordre qui dépasse l'esthétique.

Il nous rappelle :

1 - Que la puissance d'un bon scénario peut être à proprement jouissive, quand elle se double d'une véritable évolution des personnages au fil du film. On ne sait plus aujourd'hui faire un film dans lequel un personnage féminin évolue de façon crédible du statut de charmante gourde à celui de solide complice amoureuse. Les transformations physiques de Joan Fontaine et de Laurence Olivier sont stupéfiantes.

2 - Le génie d'un réalisateur transcende les limites techniques de son époque. Le film est éclairé avec magie, et propose des mouvements de caméra incroyablement inspiré. Le montage semble calculé pour ne pas laisser une seule séquence inutile.

L'expérience me donne furieusement envie de revoir Notorious, La mort aux trousses et beaucoup d'autres. A suivre...

 

3e

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Silence

Alors oui, c'est long. Mais croyez-moi, les 2h42 passent plutôt bien : disons que le film donne l'impression de durer 2h bien tassées. D'ailleurs, la salle 4 du Majestic de Lille, bourrée à craquer, n'a pas moufté pendant toute la séance.

Si le film est agréable à regarder, c'est d'abord parce que son sujet est instructif. Il s'agit de suivre deux missionnaires jésuites et portugais en mission d'évangélisation au Japon. Scorsese réussit à nous intéresser en nous montrant comment les néo-convertis japonais sont prêts à mourir pour leur foi (c'est quand même curieux quand on y pense, même les jésuites semblent surpris). Dans un deuxième temps, les deux héros sont séparés, et on s'intéresse plutôt à l'un des deux, joué par le transparent mais agréable Andrew Garfield. Le sujet devient alors plutôt la façon dont les redoutables japonais tentent habilement de faire renier son Dieu au jeune (mais naïf) religieux.

Le film ne donne alors pas seulement à voir des dilemmes moraux classiques, mais explore véritablement toutes les facettes du problème, avec notamment une prestation très subtile de Liam Neeson, en ancien jésuite intégré à la société japonaise.

C'est souvent intellectuellement très stimulant, et aussi parfois très beau. La mise en scène de Scorsese, classique et géométrique, trouve ici un champ qui lui convient parfaitement : il y a dans la civilisation japonaise ce sens de la symétrie et de la pureté qui est aussi celui de Scorsese. De rares fois, ce dernier est tellement formaliste que le film devient un peu ampoulé, mais ce n'est pas très grave.

Malgré un tout dernier plan qui nuit à l'âpreté jouissive du film, Silence est une expérience qui vaut le déplacement.

 

3e

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Les derniers parisiens

En entrant dans la salle pour voir ce film, je ne m'attendais à rien. Je n'en avais pas entendu parler, et je ne connaissais pas les réalisateurs.

Les premières scènes montrent caméra à l'épaule un Pigalle sans fard. On ne comprend pas vraiment ce vers quoi va nous mener le film, et ce sentiment est plutôt ... agréable.

Reda Kateb campe un personnage attachant (même si on a vite envie de lui mettre deux baffes) : il trouve ici à mon avis son meilleur rôle. Le reste du casting est formidable.

Plus le film avance, plus il nous captive. Outre le tableau assez sidérant d'un quartier parisien qui semble filmé comme jamais auparavant (sauf peut-être dans le film Neige de Jean Henri Roger et Juliet Berto), les réalisateurs élaborent un drame fraternel qui n'est pas sans rappeler la dureté de Scorsese.

Au final, le film est très bon : il est à la fois doux et sec, puissant et concis.

 

3e

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Moonlight

Il y a dans Moonlight un peu de la magie qui faisait le charme de Boyhood : ressentir l'épaisseur du temps qui passe.

Dans le chef d'oeuvre de Richard Linklater, c'étaient les acteurs eux-mêmes qui vieillissaient. Ici, le même personnage est joué par trois acteurs différents, à trois âges de la vie. 

Le premier grand mérite du film est de rendre crédible les transformations physiques du personnage : plutôt gringalet dans les deux premiers épisodes, il se transforme en armoire à glace dans le troisième. Au premier abord, l'effet est déstabilisant, mais la qualité de jeu des différents acteurs parvient à installer une continuité psychologique parfaite, principalement sur la base de regards et d'expressions.

Ce miracle est rendu possible par l'exceptionnelle direction d'acteur du réalisateur Barry Jenkins. Sa caméra semble caresser les personnages avec tendresse et émotion : plusieurs scènes du film sont des bijoux de délicatesse et de justesse. La scène du restaurant, dans la dernière partie du film, est un magistral moment de cinéma, qui semble condenser l'essence d'une vie dans un espace somme toute quelconque, par la seule grâce de la mise en scène. 

Lorsqu'on a dit tout cela, le fait que le personnage principal du  film soit homosexuel semble à la fois accessoire (le film est avant tout un portrait élégiaque et dépité) et fondamental (tout ce qui s'y passe ou presque renvoie à la condition de Noir gay dans un environnement défavorisé). 

C'est beau, et c'est un des grands moments de cinéma de 2017.

 

4e

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Noces

On aura rarement autant ressenti le poids des traditions tribales et familiales que dans ce film. 

La famille de Zahira, d'origine pakistanaise, est bien intégrée en Belgique. Tout le monde dans la famille, est sympathique, ouvert d'esprit. Jusqu'au moment où Zahira doit se marier...

Pas question de religion ici, mais simplement de conventions, et conséquemment, d'honneur, la grande affaire. Se mésallier, dans la communauté de Zahira, c'est perdre la face, et il n'en est simplement pas question. On mesure parfaitement dans le film l'importance relative des droits de l'homme (et de la femme) et de la tradition, et on voit très bien que la vraie différence entre la famille de Zahira et celle de sa copine se situe dans l'inversion de ce rapport.

La grande qualité du film du jeune réalisateur belge Stephen Streker est de montrer tout cela avec une belle empathie envers tous ses personnages, sans didactisme, mais en s'attachant à mettre de la chair et des émotions derrière les réactions de tous les protagonistes. Le scénario parvient à maintenir une intensité dramatique sur la durée, en évitant tous les chausse-trappes inhérents à son sujet.

La jeune actrice Lina El Arabi est absolument renversante, pleine de vie et d'assurance, sorte d'Antigone des temps modernes. La mise en scène est d'une élégance racée, multipliant les bonnes idées (le travail sur la bande-son lors de la fête) et les effets subtils au service de la narration.

On est parfois ébranlés par les arguments ou les attitudes de la famille de Zahira (l'argument du père sur les célibataires dans la société belge, les manipulations de la soeur), jusqu'au dénouement, qui est bouleversant même s'il est attendu. Le générique de fin, à l'image du film, est brillant et glaçant.

Un grand film.

 

4e

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Madame B. Histoire d'une nord-coréenne

On pense longtemps que le principal (et peut-être le seul) intérêt de ce court film documentaire réside dans le tableau saisissant qu'il dresse du chemin qui mène de la Corée du Nord à la Corée du Sud en passant par la Chine puis par la Thaïlande.

Un peu déçu de ne pas en apprendre plus sur la vie en Corée du Nord, on suit d'un oeil distrait les errements de cette femme, qui a fui la dictature, trafiqué de la drogue en Chine, a été vendue à un mari, puis finalement retrouvé ses fils et son ex-mari à Séoul.

Le film est hétéroclite, et semble hésiter entre plusieurs registres sans en choisir vraiment un : scènes sur le vif filmées caméra à l'épaule, tableau silencieux de la pauvreté à la Wang Bing ou interviews des protagonistes face caméra. Il manque à Madame B. une cohérence générale, ce qui découle peut-être des difficiles conditions de tournage. 

Notre curiosité est de nouveau émoustillée dans la toute dernière partie, quand le film se transforme brutalement en suspense psychologique : quel mari (et quel pays) choisira finalement Madame B. ? Jero Yun ne nous donne pas la réponse, ce qui ajoute un peu à la frustration que procure globalement ce documentaire imparfait, qui traite d'un sujet intéressant.

 

2e

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Chez nous

J'aime beaucoup Lucas Belvaux et peut-être encore plus Emilie Dequenne. J'ai donc été triste d'être un peu déçu par Chez nous.

Le film n'est certes pas déshonorant. On y retrouve certaines des qualités habituelles du cinéma de Belvaux : l'attention portée aux personnages, une aptitude à filmer la vie quotidienne qui a peu d'équivalent dans le cinéma français (pour simplifier, car Belvaux est belge).

Ce qui pêche un peu ici, c'est que le scénario est beaucoup trop démonstratif. Le film se réduit à son contenu programmatique (comment les bonnes poires du Nord Pas de Calais se font enrôler par le FN contre leur gré) et perd de son intensité dramatique. Plusieurs personnages semblent ainsi réduits à leur caricature sans nuance (la vielle dame raciste, la jeune gaucho enthousiaste, le père coco).

Ajoutons à cela quelques moments faibles (le meeting politique est pauvrement filmé par exemple) et on ne peut que regretter le rendez-vous manqué de Belvaux avec son beau sujet.

Lucas Belvaux sur Christoblog : Pas son genre - 2014 (****)

 

2e

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Rock'n roll

Vous me connaissez, je ne porte dans mon coeur ni Guillaume Canet, ni Marion Cotillard.

Je m'attendais donc à sortir la sulfateuse pour dézinguer en toute impunité ce que je supposais être un bon gros navet auto-célébrateur.

Cela m'embête de le dire, mais Rock'n roll surprend dès sa première scène, et parvient à maintenir sur la durée un équilibre plutôt agréable entre auto-dérision jouissive (le "Monsieur Cotillard" au marché est délicieux), mauvais goût franchement barré (Marion Cotillard en Céline Dion), mise en abyme amusante et scénario bien troussé.

La réussite du film tient surtout à la justesse des acteurs. Marion Cotillard y apparaît une actrice de comédie assez douée, et on aimerait la voir développer cette facette. Les personnages qui jouent leur propres rôles sont absolument parfaits, à commencer par Johnny, irrésistible. 

Mon gros bémol concernant le film, c'est la dernière demi-heure, à laquelle je n'accroche pas du tout. L'idée de scénario (dont je ne dévoilerai rien) est certes très ... originale, mais le passage d'un registre assez fin au burlesque outrancier m'a presque gâché la soirée.

Au final, une comédie quand même agréable.

Guillaume Canet sur Christoblog : Les petits mouchoirs - 2010 (**) / Blood ties - 2013 (*)

 

2e

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Loving

Commençons par une évidence : le film est très classique dans sa forme.

Son intérêt réside principalement dans la performance remarquable du couple d'acteurs. Lui, Joel Edgerton, buté, taiseux, sûr de son amour, droit comme un fil à plomb de maçon. Elle, irrésistible Ruth Negga, d'abord empruntée, terrifiée, soumise, puis petit à petit plus déterminée, et plus radieuse aussi : une des plus belles évolutions de personnage vues récemment au cinéma.

Pour le reste Jeff Nichols propose toujours une mise en scène propre et élégante, formidable quand il s'agit de filmer la nature. Le film est doux, tranquille, alors qu'il pourrait être démonstratif et revendicatif. Les portes-voix et les mouvements de foule auraient également pu illustrer cette belle et terrible histoire, mais Nichols préfère l'intime, la capture du bonheur et l'affirmation du droit d'aimer qui l'on veut.

Un beau film sur la force de l'amour.

Jeff Nichols sur Christoblog : Take shelter - 2011 (**) / Mud - 2012 (**) / Midnight special - 2016 (*)

 

2e

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Concours Loving (Terminé)

A l'occasion de la sortie le 15 février du très beau film de Jeff Nichols Loving, je vous propose de gagner 5 x 2 invitations valables partout en France.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "Dans combien de films de Jeff Nichols joue Michael Shannon ?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 24 février 20 h.

Un tirage au sort départagera les gagnants.

Vous recevrez ensuite les invitations, envoyées directement par le distributeur.

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American honey

A la vision du nouveau film d'Andrea Arnold, il m'est difficile de penser autre chose que "Quel gâchis".

Je pense en effet tellement que cette réalisatrice possède en elle le talent le plus pur, qu'il m'est douloureux de la voir s'égarer, ne serait-ce que légèrement, ou temporairement.

Entendons-nous bien : American honey possède des qualités intrinsèques énormes qui le place facilement au-dessus de la production moyenne. Le petit soucis, c'est qu'Andrea Arnold a de film en film une propension à accentuer ses tics de mise en scène : format carré, fréquents plans fixes du ciel, séquences de quasi-documentaires animaliers sur les insectes ou les oiseaux, redites et bégaiements donnant l'impression d'improvisation. Ajouter cette fois-ci une bande-son à base de rap tonitruant (trop forte en intensité quand le film a été projeté à Cannes) et une durée exagérément longue (2h43) et vous obtiendrez un film simplement impressionnant, alors qu'il aurait pu être superbe.

Restent par ailleurs toutes les qualités su cinéma d'Arnold : une sensualité exacerbée, une finesse magnifique dans la façon de filmer les visages et les corps, et la capacité à produire des scènes irréelles.

American honey laisse un souvenir durable au spectateur. Le tableau désastreux qu'il trace de l'Amérique profonde (et des marges) est sidérant, l'interprétation du couple Sasha Lane / Shia LaBeouf parfaite, mais au final, je crains quand même que le film ne rencontre pas son public.

Andrea Arnold sur Christoblod : Red road - 2006 (****) / Fish tank - 2009 (****) / Les hauts de Hurlevent - 2011 (**).

 

2e

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Concours Blu-ray Rusty James (Terminé)

A l'occasion de la sortie en DVD et Blu-ray du chef d'oeuvre de Coppola Rusty James, je vous propose de gagner 1 Blu-ray collector et 1 Blu-ray.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "Dans quel état des Etats-Unis se déroule l'action du film ?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 23 février 20 h.

Un tirage au sort départagera les gagnants.

Vous recevrez ensuite votre Br, envoyé directement par le distributeur.

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Lumière ! L'aventure commence

Je ne sais pas à quoi je m'attendais exactement en allant voir ce film, mais en tout cas pas à rire, à être ému et émerveillé.

Pour moi les frères Lumière avait surtout produit des courts-métrages en plan fixe montrant des scènes de la vie quotidienne (comme le train arrivant en gare de La Ciotat).

Le charme de cette collection de 108 films de 50 secondes chacun est de nous faire découvrir bien d'autres aspects de leur oeuvre, qui finalement contient presque tout l'avenir du cinéma. Dans ces vignettes tournées à la fin du dix-neuvième siècle ou au tout début du vingtième, on trouve déjà : une science du cadre, des travellings latéraux et avant/arrière, de la profondeur de champ, du suspense, des trucages, du burlesque, de l'émotion, du documentaire, de l'abstraction, du documentaire au long cours, du comique de situation et un sens de la composition graphique admirable.

Parmi tous les bijoux présentés, j'ai particulièrement aimé les exercices très drôles des chasseurs alpins, la superbe progression de ces derniers dans la neige, l'incroyable plan des joueurs de foot qui regardent un ballon qu'on ne voit pas, le film sur les deux européennes qui jettent des pièces aux indigènes en Indochine comme à des pigeons, et le dernier film sur la petite fille asiatique qui court vers la caméra.

Les commentaires de Thierry Frémaux ont un ton parfaitement juste : à la fois enthousiastes et pondérés, parfois même nonchalants, ils éclairent avec tact et discernement ce qu'on voit à l'écran, signalant parfois un détail qu'on aurait probablement raté (comme cet homme infinitésimal dans le film sur le feu des puits de pétrole) ou éclairant brièvement l'agencement subtil de l'espace (comme les trois plans de ce merveilleux film du bateau mis à la mer).

On sort de la salle ému et enthousiaste, comme si notre amour immodéré du cinéma trouvait là sa justification et son origine.


4e

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