Christoblog

Cannes 2014 : J - 27

J'y serai.

Je vous laisse savourer l'affiche, délicieusement moderne et vintage à la fois. Ironie, séduction et plaisir : Mastroianni est parfaitement cannois.

Rappelons quelques éléments factuels : Jane Campion sera la présidente, Lambert Wilson sera maître de cérémonie. 

Outre Grace de Monaco d'Olivier Dahan, avec Nicole Kidman, qui fera l"ouverture, on trouvera 3 autres films français en compétition : Sils Maria d'Olivier Assayas (le film que j'attends le moins...), Saint Laurent de l'excellent Bertrand Bonello et The search, film de guerre tourné par Michel Hazanavicius. Je parierais bien pour ma part sur une Palme pour l'immense cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan (3h16 pour son Sommeil d'hiver !). La sélection comprend aussi les derniers films de grands cinéastes : les Dardenne, Atom Egoyan, Naomi Kawase, Mike Leigh, Ken loach.

Tous les regards durant cette compétition seront tournés vers Godard et les 1h10 de son Adieu au langage (rien que le titre fascine !), en 3D s'il vous plait. Xavier Dolan, le jeune prodige québécois, intègre enfin la compétition officielle avec Mommy.

Pour le reste, des cinéastes moins connus mais prometteurs : l'italienne Alice Rohwacher (remarquée avec Corpo celeste), le russe Andrey Zvyagintsev (primé il y a quelques années avec Elena à Un certain regard). Petite représentation US avec seulement The Homesman de Tommy Lee Jones et Foxcatcher de Bennett Miller. Le mauritanien Abderrahmane Sissako et l'argentin Damian Szifron complètent la sélection. 

Pablo Trapero sera président du jury de Un certain Regard, Party girl sera le premier film français surprise qui ouvrira cette section. Impossible de citer tous les films de cette section, toujours riche en découverte et en premiers films (cinq cette année). On y trouve tout de même de grands noms : Lisandro Alonso (pour le très attendu Jauja), Mathieu Almaric (La chambre bleue), Ned Benson (Eleanor Rigby), Pascale Ferran (Bird People), Ryan Gosling (Lost river), Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado (Le sel de la Terre).

Le jury Cinéfondation et courts-métrages comprendra entre autres (excusez du peu !) Abbas Kiarostami, Noémie Lvovsky, Joachim Trier et Mahamat-Saleh Haroun

Pour suivre tout cela en direct, RDV sur Christoblog, ou pour plus de réactivité encore sur FB et Twitter.

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Pelo malo

Il y a des films qui m'enthousiasment dès la première image, et dont j'ai la certitude au bout de cinq minutes qu'ils marqueront durablement ma mémoire cinéphilique. 

Pelo Malo, de la réalisatrice vénézuélienne Mariana Rondon, fait partie de cette catégorie. Le film est beau, dans ses choix esthétiques, sa photographie magnifique, ses décors urbains incroyables. Il est efficace, avec son montage rythmé, ses acteurs et actrices parfaits. Il est intéressant parce qu'il donne à voir de la société vénézuélienne actuelle, et de l'incroyable impact de l'agonie (quasi christique) de son mentor Chavez. Il est mystérieux par les détours pas si simples de son scénario à triple détente, et plein de mystères. Il est lumineux par le visage de Samuel Lange, jeune acteur qui joue le rôle de Junior.

Junior est un garçon qui vit dans une bulle féminine (sa mère, sa grand-mère), se rêve en photo de chanteur aux cheveux lisses (il les a crépus), et  va progressivement donner des indices (ou pas) de trouble de l'identité sexuelle. Dans quelle mesure les adultes qui l'entourent sont-ils les vecteurs de cette ambiguité ?

Evidemment, le film rappelle furieusement Tomboy, le film de Céline Sciamma : période estivale, enfance et identité sexuelle, malentendus, vision tordue des adultes, thriller psychologique en apesanteur. Il est aussi beau, fin et intelligent que son homologue français. 

Je vous le conseille, c'est un film magnifique.

 

4e

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Les trois soeurs du Yunnan

Wang Bing est un magicien. Qu'il filme la fin d'un complexe sidérurgique pour en faire un film de plus de 9 heures (A l'ouest des rails) ou ici la vie de 3 petites filles dans un village isolé de tout, il parvient à chaque fois à nous captiver, à donner l'impression que la réalité est PLUS que la réalité.

De la même façon que la photographie peut dans certains cas nous donner l'illusion de voir au-delà de la surface des choses, le cinéma de Wang Bing nous projette dans une quatrième dimension vertigineuse et émouvante.

Trois petites filles (10, 7 et 4 ans) dans une maison presque sans électricité, sans eau courante, sans chauffage, sans toilettes, dans un village du Yunnan, à 3200 mètres d'altitude. La mère s'est enfuie. Le père travaille. Les trois soeurs se débrouillent comme elles peuvent durant la journée. Il faut s'ocuper des bêtes, s'épouiller, faire un peu de lessive, manger des pommes de terre. 

Durant les 2h30 que durent Les trois soeurs du Yunnan, il ne se passe pas grand-chose, et en même temps c'est le monde entier qui semble s'engouffrer dans la cour boueuse, dans ces paysages extraordinaires d'alpages, dans ces petits matins brumeux, ou dans l'attitude toujours très dignes de la grande soeur. En posant sa caméra au bon endroit, au bon moment et en cadrant à la perfection, Wang Bing nous jette à la figure un morceau d'humanité brute : c'est beau, puissant et incroyablement bouleversant.

C'est un miracle que le film soit distribué en salle, courez-le voir. Il a collectionné les récompenses : après le prix Orizzonti à Venise, il a remporté la plus haute récompense au festival des trois continents de Nantes, la Montgolfière d'or.

 

4e

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Concours Un voyage : Gagnez 5x2 places

A l'occasion de la sortie le 23 avril de Un voyage, de Samuel Benchetrit, je vous propose de gagner 5 x 2 invitations valables partout en France.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "Comment s'appelle le premier long-métrage de Samuel Benchetrit ?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 22 avril midi.

Trois gagnants seront tirés au sort parmi les dix premiers bons répondants, puis deux parmi les suivants.

Vous recevrez les invitations (valables partout en France, pour toutes les séances) directement de la part du distributeur.

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Eastern boys

Eastern boys est divisé en quatre parties distinctes aux noms bien pompeux comme "Sa majesté la rue" ou "Cette fête dont je suis l'otage". 

La première partie est somptueuse : la caméra filme de très loin le ballet de jeunes garçons qui draguent gare du Nord. Il faut être vigilant pour repérer dans le cadre ceux qui seront les personnages du film, et l'impression donnée est celle d'entomologistes qui regardent une fourmilière. 

La deuxième partie commence plutôt bien : Daniel, joué par l'excellent Olivier Rabourdin, qui a invité un des jeunes hommes à le rejoindre dans son appartement se fait envahir par une bande menée par un caïd charismatique, qu'on dirait tout droit sorti d'un film de Cronenberg. Cette partie comporte du très bon (l'ambiance étrange, un peu lynchienne) et du moyen (l'apathie de Daniel, difficilement explicable, et la longueur de la scène).

La troisième partie, elle, rompt avec l'unité de lieu et d'espace des trois autres, pour décrire l'amour naissant entre l'homme d'âge mûr et le jeune ado ukrainien. Ici encore, Robin Campillo alterne le surpenant (l'horreur racontée tranquillement dans les allées d'un supermarché) et le plus convenu (un drame sentimental gay inter-générationnel, des gros plans de porno soft).

La quatrième partie engendre une énième rupture de ton, en nous faisant pénétrer dans un hôtel bas de gamme, dans lequel toute la bande de jeunes est logée aux frais de la Préfecture. Daniel vient chercher le passeport de son jeune amant dont il souhaite favoriser l'intégration en France, et le film prend alors une tournure de thriller tourné comme une série TV française.

De ce tourbilllon de directions contradictoires je suis sorti un peu perplexe, agacé par certaines postures et charmé par des éclairs d'originalité. Si le film n'est pas totalement maîtrisé, il faut reconnaître qu'il est très prometteur.

Robin Campillo est l'auteur d'un premier film, Les revenants, qui est à l'origine de la série tournée par Fabrice Gobert (mais dans laquelle il n'a eu aucun rôle). La Gare du Nord était au centre du récent et très beau film de Claire Simon (ma critique).

 

 3e    

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Heli

Le moins qu'on puisse dire, c'est que le nouveau film d'Amat Escalante sort le spectateur de sa zone de confort.

Presque tout dans le film contribue à ce qu'on se sente mal à l'aise en le voyant : étirement de certaines scènes, violences atroces, ellipses surprenantes à certains moments où on craint un plan insoutenable, personnages mutiques, narration éclatée, explosion de violence, tension constante. 

Soyons donc clair : Heli n'est pas un film facile, n'est pas un film facilement aimable. C'est par contre un superbe morceau de cinéma : Escalante y déploie une science de la mise en  scène qui est sidérante. Beaucoup de plans dans le film (le premier par exemple) sont à montrer dans les écoles de cinéma : beaux, magnifiquement cadrés, admirablement éclairés. 

Le tableau général qui est dressé d'une certaine réalité mexicaine (l'usine, l'instructeur américain) est éclatant de cruauté. La force d'Escalante est de manier à la fois le symbolisme (la nuit étoilée, la porte éclairée dans la nuit) et le naturalisme le plus cru (le recensement, la torture intégrée au quotidien).

Certes, la vision que propose le film de la nature humaine est particulièrement noire et terrible, mais l'impression qu'il dégage est tellement vraie, que beaucoup d'autres films paraissent factices à ses côtés.

Une épreuve pour le spectateur, une sorte de Méduse cinématographique.

 

3e    

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Gazette du festival du film espagnol de Nantes 2014

3 avril

Ouverture ce soir avec le premier film en compétition (et en avant-première internationale s'il vous plait) : Les phénomènes, d'Alfonso Zarauza. Le film, d'une facture très classique, décrit le parcours d'une femme s'imposant dans une équipe de travailleurs du BTP, au moment ou la bulle immobilière explose en Espagne. Le scénario est assez convenu, la mise en scène quelconque. Le film vaut essentiellement pour le tableau qu'il dresse d'une Espagne en déroute à travers un destin individuel (certes très stéréotypé), et surtout pour le jeu de la charismatique Lola Dueñas (Les amants passagers).

Cette dernière est très séduisante, à la fois malicieuse et vulnérable, forte et fragile.

 

6 avril

Ce soir, j'ai vu le film qui a raflé approximativement autant de Goyas (6 !) cette année que le film de Galienne a eu de Césars. Il est facile de vivre les yeux fermés est une bleuette sans aspérité, une comédie douce amère qui ne vaut guère que par l'interprétation de son acteur principal, Javier Camara (l'inoubliable infirmier de Parle avec elle). Ce dernier joue un prof qui cherche en 1966 à rencontrer John Lennon, alors en tournage en Espagne, et qui croise la route de deux jeunes gens en fugue (la ravissante Natalia de Molina et le jeune Ramon Fontsere). 

C'est mignon, l'image est bien léchée, mais on peine toutefois à croire que ce film ait pu dominer à ce point la cinématographie ibérique en 2013, même si David Trueba (à ne pas confondre avec Fernando Trueba - L'artiste et son modèle, Chico y Rita) y confirme un réel talent comique, que j'avais déjà remarqué dans un de ces films précédents : le délicieux Madrid, 1987, vu au Festival il y a deux ans.

 

Je n'ai pas pu être cette année très assidu au Festival et j'en suis désolé.

Le Palmarès est tombé hier soir : 

Prix Jules Verne : Il est facile de vivre les yeux fermés de Fernando Trueba (cf ci-dessus, et également Prix du public)

et mention spéciale à La peur de Jordi Cadena (également prix du jury Jeunes)

 

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[Sortie DVD] Chroniques américaines : Photographic memory

En participant aux opérations DVDtrafic (le principe est qu'on reçoit un DVD gratuitement, moyennant le devoir de faire une critique sur son blog, bonne ou mauvaise), on prend parfois le risque d'être cruellement déçu. Et d'autre fois, comme ici, d'être magnifiquement surpris.

Je n'avais jamais entendu parlé jusqu'alors de Ross McElwee, un américain qui pratique depuis longtemps (1983) le documentaire autobiographique, mettant en scène sa propre vie et celle de sa famille.

Le DVD que j'ai reçu regroupe 4 oeuvres, mais je ne vais parler aujourd'hui que de celle visionnée : Photographic memory, présenté à la Mostra de Venise 2011.

Dès les premières secondes, on est littéralement happé par la voix off, calme en toute circonstance, de Ross McElwee. Elle a le timbre des voix aimées, des amis qui racontent leurs aventures avec à la fois un engagement total et une sorte de désinvolture élégante. Ainsi, lorsque Ross parle des problèmes de communication avec son fils adoslescent, on a presque l'impression d'assister à une réunion familiale. Lorsqu'il retourne en Bretagne, sur la trace de sa propre jeunesse (car, oui, pour comprendre un jeune, peut-être faut-il commencer par se rappeler qu'on a été jeune soi-même), on est curieux de voir ce qu'il va découvrir. Et quand il part à la recherche d'un amour de jeunesse à partir d'une seule photo (ci-dessus), notre curiosité atteint des sommets.

Le film, dont une grande partie de l'intérêt tient dans un montage astucieux, est du coup aussi captivant qu'une bonne fiction.

Du coup, je n'ai qu'une envie : regarder les 3 autres films du coffret ! 

Chroniques américaines de Ross McElwee est sorti le 30 octobre 2013, édité par Les films du paradoxe. Cette critique existe grâce à Cinétrafic.

 

3e    

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Gerontophilia

Un jeune homme discret éprouve une attirance sexuelle pour les vieillards, et tombe amoureux de l'un d'entre eux.

Avec un pitch pareil, tourné par un réalisateur flirtant souvent avec le porno, le premier sentiment qu'on éprouve durant le film, c'est le soulagement : ce qu'on voit des relations sexuelles est acceptable, et le film est de ce point de vue ... délicat.

L'intérêt de Gerontophilia réside principalement dans l'interprétation du jeune Pier-Gabriel Lajoie, jeune homme à la fois emprunté et gourmand, surpris de découvrir ses penchants, puis avide d'y succomber. Il semble tout droit sorti d'un film de Gregg Araki, alors que la mise en scène de Bruce laBruce lorgne plutôt du côté de Gus Van Sant, personnages marchant filmés de dos, ralentis, caméra légèrement flottante, lumières blanches. 

Les autres personnages sont aussi très bien interprétés : la mère, la petite copine gentiment révolutionnaire, le vieil amant, sont tous très justes dans des rôles plutôt atypiques. 

Au-delà de l'originalité du sujet, de la délicatesse de la mise en scène et du jeu des acteurs, le film ne décolle cependant jamais vraiment et ne fait que recycler des recettes de comédies romantiques entre personnes que les conventions sociales opposent. 

Intéressant, sans être bouleversant.

 

2e  

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Concours Tom à la ferme : Gagnez 5x2 places

A l'occasion de la sortie le 16 avril de Tom à la ferme, de Xavier Dolan, je vous propose de gagner 5 x 2 invitations valables partout en France.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "Quel est l'auteur de la pièce qui a inspiré X Dolan ?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 15 avril midi.

Trois gagnants seront tirés au sort parmi les dix premiers bons répondants, puis deux parmi les suivants.

Vous recevrez les invitations (valables partout en France, pour toutes les séances) directement de la part du distributeur.

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Real

Depuis que j'ai regardé un de ses films à ses côtés, j'entretiens une relation un peu particulière avec Kiyoshi Kurosawa, dont j'ai adoré la dernière oeuvre : Shokuzai. J'attendais donc beaucoup de Real.

Le pitch est assez simple. Un jeune homme entre en communication mentale avec sa femme, une dessinatrice de manga dans le coma, grâce à une machine sophistiquée, qui permet la fusion des esprits (curieusement un sujet en tout point semblable avec le récent film lituanien Vanishing waves).

Le début de Real est prometteur : on retrouve cette Kurosawa's touch, qui nimbe toute scène, même très réaliste, d'une ambiance mystérieuse et lourde de sens. Les rencontres "mentales" dans l'appartement de la jeune femme sont très réussies, servies par une mise en scène virtuose, jouant habilement avec les cadres et la profondeur de champ. Des visions horribles tirés des mangas se matérialisent, des évènements curieux troublent la quiétude relative de ces retrouvailles. A l'extérieur, la ville est nimbée d'un curieux brouillard.

Vers le milieu du film, un twist qu'on voit arriver de loin (mais je pense que c'est parfaitement volontaire) trouble un peu le bel agencement du début. Le film devient alors une sorte de digest du film horrifique asiatique récent et moins récent, et se perd dans une quête plus ou moins psychanalytique d'un trauma enfantin.

Ce n'est pas une catastrophe, mais la magie s'estompe nettement, en même temps que le scénario s'égare dans des maladresses et des approximations.

Une demi-réussite.

    

2e  

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Nebraska

Ce n'est pas seulement parce que le dernier film d'Alexander Payne porte le même nom qu'un des meilleurs albums de Bruce Springsteen que je l'adore (et bien que le  film fasse au Boss un clin d'oeil que je vous laisse détecter). 

C'est aussi parce que tout en lui me plait. Son incroyable Noir et blanc, à la fois précis et parfois un peu délavé. Ses acteurs, dont la palette de jeu varie de la perfection au mythique (Bruce Dern, Prix d'interprétation mérité à Cannes !). Ses paysages stupéfiants de beauté. Ses péripéties qui allient humour, tendresse, causticité et pudeur.

Je prévois que bien peu partageront l'entièreté de mon enthousiasme, mais pour tout dire, je pense que j'ai avec Alexander Payne une relation très particulière : son cinéma ma parle directement au coeur, ses choix me paraissent évidents, en un mot comme en cent, je pense qu'il réalise le type de film que j'aurais moi-même réalisé si j'avais été cinéaste (voir ma critique de The descendants).

Il se trouve que dans la même matinée à Cannes l'année dernière j'ai vu Nebraska à 8h30 (c'était à ce moment-là ma Palme d'Or), puis La vie d'Adèle à 11h30 (re-Palme d'or) : il y a des jours comme cela où on ne regrette pas d'être sur la Croisette.

Je résume donc : images somptueuses, noir et blanc sublime, le film paraîtra lisse à beaucoup, qui ne verront pas la fabuleuse délicatesse de la palette de sentiments qu'il expose. Il constitue aussi une plongée dans l'Amérique profonde (culte de la bagnole, etc...). Enfin, il est d'une drôlerie macabre et réjouie, à l'image de cette scène sublime dans laquelle la mère soulève ses jupes au-dessus d'une tombe en déclarant : "Regarde ce que tu as raté". Hilarant, cruel, émouvant, Nebraska est un concentré de gouaille lucide, et comme toujours chez Payne, les sentiments les plus forts circulent avec une douce violence sous une surface limpide.

J'adore ce film.

 

4e

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Concours Ilo Ilo : gagnez 5 DVD

A l'occasion de la sortie en DVD de Ilo Ilo, de Anthony Chen, je vous propose de gagner 5 DVD.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "Dans quel pays et en quelle année se déroule l'action d'Ilo Ilo ?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 12 avril midi.

Un tirage au sort départagera les gagnants.

Ilo Ilo a été présenté à la Quinzaine des réalisateurs 2013, et il a reçu la Caméra d'Or. Retrouvez ma critique de ce très bon film ici : Ilo Ilo.

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Aimer, boire et chanter

Il est désagréable de tirer sur une ambulance, mais ça l'est encore plus de tirer sur un corbillard. Alain Resnais ne m'en voudra pas de ce clin d'oeil, lui qui finit son film sur l'image prémonitoire d'un cercueil.

Où qu'il soit, il sait également à quel point j'avais adoré et défendu son film précédent, Vous n'avez encore rien vu

Nous sommes en présence ici d'un grand écart maximum entre l'avis de la critique, qui salue en quelque sorte un maître respecté, un compagnon de route, et celui du public, qui est extrêmement mauvais (des notes très basses de 2,3/5 sur Allociné et 5,3/10 sur SensCritique).

Alors disons-le tout de suite, qu'on le prenne par n'importe quel bout, et sous n'importe quel angle, le film est très ennuyeux et raté de bout en bout. Les décors sont hideux, et hideux paraît presque un compliment tellement on peine à croire que ces élucubrations de fêtes de maternelle soit issues d'un savoir-faire professionnel. Les dialogues sont terribles, les acteurs jouent tous comme des balais (sauf Sandrine Kiberlain, qui est la seule à sembler un peu naturelle). Le sujet n'a aucun intérêt, les péripéties sont téléphonées, les dessins de Blutch sont d'une laideur insigne. Je ne vois rien à sauver dans ce naufrage catastrophique qui sent le rance et le formol, à l'image de cet image immonde d'une sorte de taupe en peluche émergeant d'un gazon synthétique.

Ite missa est.

 

1e

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Leçons d'harmonie

Ceux qui suivent Christoblog savent (peut-être) que je suis fan de cinéma d'Asie Centrale. C'est donc avec gourmandise que j'ai visionné ce film originaire du Kazakhstan.

Le réalisateur Emir Baigazin fait preuve d'une maîtrise absolument sidérante pour un premier film. Leçons d'harmonie a d'ailleurs connu une carrière en festival exceptionnelle, collectant une belle série de récompenses, de l'Ours d'argent de la meilleure image à Berlin au Grand Prix à Angers. La mise en scène est d'une limpidité exceptionnelle et la beauté des plans est souvent sidérante. 

Au-delà de la beauté plastique du film, qui suffirait déjà à en faire un morceau de choix, il faut signaler que le scénario est remarquablement tordu : le film commence comme une critique d'enfance harcelée, avant de muer en un curieux film de vengeance, assaisonné par de mystérieuses ellipses, dont le sens ne se perçoit que dans la durée.

Si le film peut parfois donner l'impression d'être un poil trop lent, il trouve au final un équilibre assez bluffant entre ses différents segments : la scène initiale de l'égorgement de l'agneau se nimbe par exemple d'un halo particulier au fil du film.

Ajoutons à toutes ces louanges une interprétation parfaite (le jeune acteur a remporté un prix à Amiens), des flashs oniriques réjouissants, une description très intéressante des conditions de vie dans un pays largement inconnu, et vous obtiendrez un plat pour gourmets cinéphiles.

 

4e

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Concours Heli : Gagnez 5x2 places

A l'occasion de la sortie le 9 avril de Heli, de Amat Escalante, prix (mérité !) de la mise en scène à Cannes 2013, je vous propose de gagner 5 x 2 invitations valables partout en France.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "Comment s'appelle le premier film d'Amat Escalante ?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 9 avril midi.

Trois gagnants seront tirés au sort parmi les dix premiers bons répondants, puis deux parmi les suivants.

Vous recevrez les invitations (valables partout en France, pour toutes les séances) directement de la part du distributeur.

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All about Albert

Petit film US indé sans prétention, All about Albert ne m'aurait peut-être pas attiré sans le triste décès de James Gandolfini, dont c'est du coup la dernière apparition.

Nicole Holofcener réalise une sorte de comédie romantique low-fi pour quadra / quinqua pas forcément super-canons : lui est obèse, elle ne peut cacher complètement les ravages du temps (excellente Julia Louis-Dreyfus... 53 ans dans la réalité). 

Le film foumille d'annotations tendrement acerbes, qui font souvent mouche et pointent nos petits travers. Laisser ses enfants prendre son envol, juger l'autre pour ce qu'il est est et non pour ce que les autres en disent, refaire sa vie lorsqu'on est à cet âge où il va être bientôt trop tard : All about Albert  traite de ces sujets avec discernement et un talent modeste qui rend ses pirouettes scénaristiques attendrissantes. 

Je conseille donc.

James Gandolfini sur Christoblog : Les Soprano

 

2e  

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Festival du cinéma espagnol de Nantes

Comme les années précédentes, Christoblog sera présent et accrédité à la 24ème édition du Festival du Cinéma Espagnol de Nantes, du 3 au 15 avril, une des plus importantes manifestations du genre en France (avec Cinespaña à Toulouse).

Au programme un hommage à l'acteur Javier Camara, un cycle Filmer au féminin, et une compétition qui permet en général de voir les meilleurs films espagnols de l'année.

J'essaierai par exemple de voir La blessure de Fernando Franco (2 Goyas et beaucoup d'autres prix), Cannibale de Manuel Martin Cuenca, Il est facile de vivre les yeux fermés de David Trueba (4 Goyas dont meilleur film, meilleure réalisation et meilleur acteur). 

Un rendez-vous toujours éminemment sympathique, que je vous ferai suivre à travers une traditionnelle Gazette.

A bientôt en direct de Nantes.

 

 

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L'étrange couleur des larmes de ton corps

Epuisant catalogue de tout ce que le film d'horreur tendance giallo peut inventer, le film d'Hélène Cattet et Bruno Forzani est à l'image de son titre : provoquant, trop long, mais pas exempt d'une certaine virtuosité.

Si vous n'êtes pas un adepte forcené du mélange policier / épouvante / érotisme à la sauce Argento, il y a fort à parier que cette avalanche de plans sophistiqués vous laisse de marbre.

Pour ma part j'ai adoré les décors art déco fournis par Bruxelles et Nancy, ainsi que la toute première partie du film (la découverte de l'étage mystérieux), habilement construite. Toute la suite m'a paru être une succession de clips sans rapport les uns avec les autres : noir et blanc géométrique, enquêteur énigmatique, couteaux qui coupent, classique dédoublement d'un personnage qui se voit lui-même agir, et mille autres concepts remplissant pendant 1h42mn l'écran avec une frénésie encyclopédique. 

Le film semble emporté par une fièvre accumulatrice : plus d'effets, plus de références, plus d'images choc, plus de vitesse. Il perd ainsi de la cohérence, et égare le spectateur en chemin.

 

1e

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The canyons

Rassembler une ex-starlette cocaïnomane (Lindsay Lohan) et une star du porno (James Deen) sous la houlette d'un réalisateur de 67 ans dont l'heure de gloire est passée (Paul Shrader) : The canyons sentait le mauvais coup, la fausse bonne idée. Il semblait bien convenu de montrer à nouveau ce monde délétère dans lequel on fait des films sans s'intéresser au cinéma, où tout le monde est la proie sexuelle potentielle de l'autre et où personne n'est heureux. Le plus intéressant dans le projet était peut-être le projet lui-même (un financement en dehors des grands studios, une utilisation novatrice du crowdfunding - lire l'article de Slate)

Heureusement le film est tiré vers le haut par de nombreux éléments, et d'abord par son intrigue façon Liaisons dangereuse chez les riches, parfois brillamment agencée par Bret Easton Ellis, parfois bizarrement bancale. Son utilisation habile du décor naturel que constitue Los Angeles, Grand Nulle Part fort joliment filmé, apporte aussi beaucoup au film. Les maisons de chacun des personnages sont remarquablement castées, si je puis dire. Le jeu des acteurs, enfin, entraîne le film vers des terres rarement parcourues : mélange un peu brut de tensions sexuelles, de hiératisme inquiétant et de sensibilité à fleur de peau.

La mise en scène de Paul Shrader contribue enfin beaucoup au charme du film. Si elle est souvent très classique, elle peut devenir géniale, comme dans cette scène inaugurale du repas à quatre, pleine d'effets surprenants au niveau du son et des choix de caméra.

Il m'a semblé que Lindsay Lohan produisait dans son jeu un mélange de sensualité animale, de distinction et d'émotions qui pouvait rappeler (certains vont me maudire) Romy Schneider.

Puissant et intéressant.

 

3e    

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