Christoblog

Utopiales 2014

Christoblog sera présent du 30 octobre au 2 novembre aux Utopiales, à Nantes. Il s'agit du plus grand rassemblement consacré à la SF en Europe.

Le festival accueille des auteurs de romans et de BD, des scientifiques, des artistes et des films. Côté cinéma il propose des rétrospectives et une compétition qui présente des films inédits en France.

Cette année, j'essaierai de voir The midnight after, film hong-kongais de Fruit Chan, auteur de l'inénnarable Nouvelle cuisine, ainsi que Tusk, film d'horreur à base de morse (l'animal !!?) dans lequel la fille de Johnny Depp et Vanessa Paradis (Lily Rose) fait ses débuts. Tout un programme.

Pour le reste, au milieu d'un programme gargantuesque, on retiendra que les billets pour l'Exoconférence d'Alexandre Astier se sont envolés en quelques jours, et que le Festival présentera un hommage mérité au créateur d'Alien, le plasticien (entre autre...) HR Giger, décédé récemment. 

Plusieurs articles à venir sur Christoblog.

Le site officiel : Utopiales.

 

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White bird

Amusant de voir White bird après Gone girl. Le postulat de départ est le même ("Une femme disparait"), mais le traitement est radicalement différent.

Autant le cinéma de Fincher est mathématique dans sa construction - on dirait le travail d'un ingénieur, autant celui d'Araki est sensoriel et imprévu - c'est celui d'un peintre.

On est loin ici du délire de Kaboom. Le dernier film d'Araki retrouve plutôt la douceur terrifiante de son chef d'oeuvre : Mysterious skin, même si on n'atteint pas ici les mêmes sommets d'émotions.

Le film séduit particulièrement par le jeu de la jeune Shailene Woodley, d'un naturel et d'un aplomb extraordinaire. La disparition de sa mère ne semble pas la déranger tant que cela, sauf que l'inconscient fonctionne à toute berzingue, comme les rêves en témoignent. Au final, bien sûr, la disparition maternelle creuse un trou énorme, que les mecs et le sexe ne comblent pas. Il faudra aller au bout de l'intrigue pour que le noeud se dénoue définitivement.

Le film oscille doucement entre le milieu cosy d'une banlieue américaine typique, du sexe assez cru, une copine obèse et un copain gay, un père taiseux et des fausses pistes tordues. Son intérêt réside dans l'atmosphère ouatée qui le baigne tout du long : l'horreur est-elle là ? Non, semble nous murmurer la quiétude des images, alors qu'une partie de nous crie OUI.

Et cette dernière a raison.

 

3e

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Une nouvelle amie

Sortie le 5 novembre

Ce soir à l'UGC de Lille, projection du nouveau film de François Ozon en présence de la rayonnante Anaïs Demoustier et de Raphael Personnaz. 

Parlons d'abord du film. Plutôt un bon cru à mon goût. Depuis le début de sa carrière, Ozon semble s'adoucir petit à petit, un peu comme l'a fait Almodovar : son cinéma, très violent au départ (Sitcom, Les amants criminels) devient petit à petit plus feutré, plus classique, même si le feu couve toujours sous le glaçage apparent. Il évolue progressivement vers un aspect hitchckokien qui est assez agréable, sauf quand il tourne à la caricature (Dans la maison). 

Une nouvelle amie, tourné au Canada, commence comme une parade de lieux communs à la sauce été indien. On assiste à une succession de plan brillante, qui dessine brièvement la trajectoire d'une vie pour aboutir dans un cercueil. Tous les paradoxes de Ozon sont déjà dans ce début : images glacées, effets un peu faciles mais redoutablement efficaces.

Le film m'a fait oscillé constamment entre deux pôles : me laisser entraîner dans une histoire plutôt originale et bien jouée, ou m'arrêter sur quelques faiblesses de scénario. Le bilan de ces oscillations est une sorte de vertige plutôt agréable qui aboutit, dans un dernier plan compliqué, à une certaine perplexité. 

En fin de séance, la politesse bienveillante d'Ozon, le caractère taquin de Personnaz et le rayonnement enjoué d'Anaïs Demoustier ont littéralement scotché sur leur siège la totalité des spectateurs de la salle 6 de l'UGC. Des échanges ressort : que Personnaz a été casté pour le rôle finalement tenu par Romain Duris (mais y a été de son propre aveu très mauvais), qu'un des extraits du film qu'on entend dans Une nouvelle amie est Angel d'Ozon (car on ne paye pas dans ce cas de droit d'auteur, nous dit-il !), et que Ozon était terrifié à l'idée de jouer dans son propre film (le pervers dans le cinéma) et qu'il a même réalisé une autre prise de cette scène avec un "vrai" acteur, au cas où il se trouve vraiment trop mauvais. 

La salle lilloise a posé des questions plutôt pertinentes et les réponses d'Ozon ont mis en valeur le film. Une excellente soirée.

François Ozon sur Christoblog : Dans la maison (**) / Jeune et jolie (*) / Potiche (***) / 8 femmes (**)

 

3e

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Samba

En relisant ce matin ma critique d'Intouchables, je me disais que tout ce que j'écrivais sur ce film pouvait être repris à propos de Samba.

Je trouvais par exemple François Cluzet excellent dans Intouchables. Ici, Charlotte Gainsbourg trouve probablement un de ses meilleurs rôles en cadre dépressive et lunaire. Omar Sy est époustouflant de présence, on rêverait de le voir dirigé par Scorsese dans un rôle de bad boy, tellement son physique en impose. Même Tahar Rahim, qui est un des acteurs que j'apprécie le moins, arrive ici à me surprendre en joyeux brésilien. Notre duo de réalisateurs excelle donc dans la direction d'acteurs, c'est une évidence.

Deuxième point fort du film : l'écriture de chaque scène. On retrouve dans Samba la même qualité que dans Intouchables, qui est souvent l'apanage des productions américaines : minutie de l'écriture qui fait que chaque punchline porte au bon moment, précision d'horloger dans le montage. Le résultat est que, prises séparément, plusieurs scènes du film sont des modèles d'efficacité. Je pense par exemple à la scène du Nouvel An à l'asso, qui mêle brillament poésie, séduction, émotion, et humour (merveilleuse Hélène Vincent).

Toledano / Nakache savent donc construire une scène à la perfection et nous amener avec une facilité confondante aux bord des larmes et / ou au fou-rire (parfois simultanément). Mais il manque à Samba de la profondeur (et des méchants !) pour être un grand film.

Le cinéma de Toledano / Nakache est un cinéma de la générosité : c'est à la fois son prix et sa limite.

 

2e

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Concours Canailles Connection

A l'occasion de la sortie le 29 octobre de Canailles Connection, je vous propose de gagner 5 x 2 invitations.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "Qui a signé le scénario de Canailles connection ?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 28 octobre 12 h.

Les bonnes réponses arrivées N°1, 5, 10, 15, 30 gagneront.

Vous recevrez ensuite les invitations (valables partout en France).

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Gone girl

Difficile de me faire une idée bien arrêtée sur Gone girl.

D'un côté le film m'a ennuyé une bonne partie du temps.

En fait (attention quelques spoilers peuvent m'échapper), la première partie, centrée autour de lui, est classique, et ne casse pas des briques. La deuxième partie, qui s'intéresse à elle, est intrigante, on se demande alors où le film va aller, et c'est le meilleur moment. La troisième et dernière partie, qui s'éloigne du roman, est franchement tirée par les cheveux.

Le film est sans cesse tiraillé entre deux aspects opposés : la fluidité du style (on retrouve les qualités de Zodiac) et la grossièreté de l'écriture des personnages. Parce que, il faut bien le dire, la faiblesse du film est là : Ben Affleck joue le gros nounours inexpressif et Rosamund Pike la salope calculatrice. 

Leur deux personnages sont sous-écrits et manquent d'épaisseur. Pour le reste la critique de la société des médias est dressée au bazooka, celle du couple américain est un poil plus fine.

Le film parvient tout de même à vaguement entretenir l'intérêt par la concision et la légèreté de son montage. Il s'en faut de peu pour qu'on décroche, mais certains éléments (le personnage de l'avocat par exemple) nous ramène régulièrement au coeur de l'intrigue.

Au final, l'impression étrange que me laisse Gone girl peut se résumer ainsi : une mise en scène élégante au service d'un scénario de bûcheron.

David Fincher sur Christoblog : The game  (**) / Panic room (***) / Millenium (**) / The social network (**) / L'étrange histoire de Benjamin Button (***)

 

2e

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Métamorphoses

Adapter l'oeuvre d'Ovide (12000 vers !) dans un décor de bordure d'autoroute et de parking désert du sud de la France : voilà le genre de défi que seul Honoré peut oser. Et réussir. 

Le film est décomposé en trois parties. La première, que j'ai trouvé vraiment excellente, conte l'enlèvement d'Europe par Jupiter, la seconde se concentre sur la figure de Bacchus, et la dernière sur celle d'Orphée - dont l'aspect christique est ici évident. Les trois comprennent des digressions étonantes (connaissez vous Penthée, Edmus ou Hippomène ?).

L'impression d'ensemble que dégage le film est pour moi celle d'une plongée dans l'inquiétante altérité des Dieux. En les représentant sous forme d'hommes et de femmes à peu près normaux (quoique), Honoré parvient à l'aide de son scénario et de quelques procédés subtils de mise en scène à nous les faire ressentir comme étrangers. Tout le film baigne donc dans une atmosphère étrange dans laquelle le plus trivial semble de façon indissoluble lié au divin : Narcisse joue au basket, Jupiter conduit un poids lourds.

Honoré parvient donc à la fois à surprendre, à impressionner (terribles bacchantes saisies dans un plan sidérant en train de dévorer un homme), à intéresser et à plaire. 

Christophe Honoré sur Christoblog : Les chansons d'amour (****) / La belle personne (***) / Non ma fille, tu n'iras pas danser  (**) / Les bien-aimés  (****) 

 

3e

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National gallery

Je suis un grand amateur du cinéma de Frederick Wiseman, le plus grand documentariste vivant, avec Raymond Depardon. Aussi ai-je foncé bille en tête découvrir son National Gallery à la dernière Quinzaine des Réalisateurs.

Passer près de trois heures dans un musée peut sembler a priori inquiétant, et soporifique. L'expérience s'avère pourtant aussi déroutante et passionnante qu'effectuer une excursion dans la forêt vierge.

Bien sûr on parle ici un peu de peinture, et les conférenciers sont vraiment fantastiques, à l'image de la première intervenante, qui dramatise toutes ses interventions. Mais des restaurateurs nous y font aussi découvrir des strates de peinture inconnues, qui sont autant de digressions magiques (les rayons X chez Rembrandt !).

Plus curieusement, nous faisons la connaissance du Directeur, capable de tacler un collaborateur en une phrase, ou de partir en vrille à propos du Duc d'Orléans (premier aristocrate à cuisiner lui-même, c'est un des nombreux enseignements du film).

Wiseman, fidèle à son habitude, se plante là et filme tout ce qu'il voit. On aura donc droit à des ébénistes, des journalistes, des danseurs, des débats houleux sur la stratégie commerciale à adopter, des doreurs à la feuille, des commissaires, des panneaux publicitaires "Picasso", des visages de visiteurs, de l'arrivée du Marathon de Londres, etc...

On réfléchit sur le fait que "penser que piquer l'image d'un chaton peut faire souffrir un chaton" est l'essence de la peinture. Vous me suivez ? National Gallery est un film qui fait du bien, un film qui vous rend (encore) plus intelligent. 

Frederick Wiseman sur Christoblog : Boxing Gym  (***) 

 

3e

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Mommy

On attendait la grande oeuvre de Xavier Dolan, la voici.

Tout ce que promettait le jeune prodige québécois explose ici avec une maîtrise exceptionnelle : direction d'acteurs admirable, énergie électrisante, sens de la mise en scène époustouflant. Je me souviendrai longtemps de la trouvaille visuelle qui accompagne la scène du skateboard et la musique d'Oasis (je ne veux pas en dire plus, au risque de gâcher l'effet de surprise) : je crois que c'est le moment de cinéma qui m'a le plus impressionné de toute ma vie de cinéphile. Mon coeur s'est littéralement dilaté. Des idées géniales commes celle-ci, le talent inné et complet de Dolan semble pouvoir en produire plusieurs à la minute.

Mommy est aussi - et sûrement avant tout - une tornade émotionnelle provoquée par deux actrices et un acteur qui repoussent les limites de l'art de jouer : ils sont géniaux de bout en bout, Anne Dorval en tête. La première scène de violence est déjà un paroxysme de tension et d'émotion, qui sera suivi par bien d'autres. Dolan y réussit également quelque chose d'un peu nouveau pour lui : changer de style visuel fréquemment, pour coller au sujet de la scène.

Le seul petit bémol pour moi se situe vers la fin du film, que je trouve moins convaincante : la projection dans l'avenir est un peu naïve, la scène du parking inutilement longue, et le tout dernier plan ne m'a pas entièrement convaincu. C'est toutefois bien peu de choses pour un film qui aurait fait une belle Palme d'Or. 

Xavier Dolan sur Christoblog : Tom à la ferme (**) / Laurence anyways (***) / J'ai tué ma mère (**) / Les amours imaginaires (**)

 

4e

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Festival international du court métrage de Lille / 2

Deuxième passage au Festival pour un tiers de la compétition nationale.

Nain géant est un film d'animation enfantin, assez poétique, mais sans grand relief (4/10).

Le deuxième film de la soirée, Jeanne, assez long (23mn), est un beau morceau de cinéma. Trois soeurs, jouées par trois actrices très différentes, font le deuil de leur soeur cadette en mimant des scènes. C'est assez beau, original et on sent qu'il y a une graine de vrai cinéaste dans ce deuxième court de Cosme Castro (7/10).

Golden boy est un court d'animation très stylé, sec, cruel et brillant, doté d'une esthétique post-rétro du meilleur effet (7/10). Mais mon film préféré est le suivant : Aïssa de Clément Tréhin-Lalanne. Le film décrit sur un mode documentaire l'examen médical visant à déterminer si une jeune fille congolaise est majeure ou pas. Le contraste entre les émotions qui se dégagent de la jeune actrice et le ton froid du médecin qui décide finalement de son sort, est admirable. Du grand cinéma (9/10). Sans surprise, j'apprends sur internet que le film était présenté à Cannes et y a reçu un prix.

Le reste de la programmation parait du coup assez fade : Lead me est plus un clip qu'un court (5/10), Traversées est un documentaire expérimental qui montre simplement des personnes faisant du patin dans une patinoire en y associant des bruits bizarre (7/10) et Sneh est un film d'animation d'inspiration slovaque qui s'égare un peu (5/10).

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Still the water

Le nouveau film de Naomi Kawase commence doucement. Des plans fixes, un garçon mutique. 

Pour tout dire, on peut craindre de s'ennuyer ferme à ce moment-là. Mais Still the water se diversifie progressivement en s'attachant à plusieurs personnages : la mère mourante, le père magnifique, l'autre mère toujours absente. On comprend tout doucement pourquoi le jeune garçon est si silencieux. Kawase filme d'une façon admirable les personnages féminins : la jeune fille est un miracle de calme détermination. 

Les critiques insistent beaucoup sur le caractère panthéiste du film (fonds marins, vagues, plage, forêt, mangrove, excellemment filmés) mais c'est surtout la façon dont la jeune fille contamine petit à petit le garçon qui en fait la valeur. La communion ultime dans l'océan est une des plus scènes de cinéma vue cette année.

Le film de Kawase, dense et poétique, présente bien d'autres intérêts : une superbe musique, un caractère quasi documentaire sur la spiritualité des habitants de cette île, une scène spectaculaire pendant un typhon.

Un film (encore un !) qui a fait honneur à la belle sélection officielle du dernier Festival de Cannes.

 

3e  

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The tribe

The tribe est la plus grande imposture vue récemment. Qu'il ait obtenu toute une série de récompenses à la Semaine de la Critique indique la faiblesse de cette section du Festival de Cannes, dans laquelle la posture est si importante.

Myroslav Slaboshpytskiy filme des sourds-muets orphelins délinquants sans sous-titre. C'est beaucoup. C'est trop. Ce faisant, il nous contraint à la position de spectateur voyeur, et il réduit le handicap des acteurs à un certain type de réification : les personnages ne sont plus des êtres humains, mais des concepts agités devant une caméra complaisante. 

L'impression que le film m'a donné lors de sa projection à Cannes était extrêmement désagréable. Le réalisateur me semblait manquer de respect à la fois vis à vis de ses spectateurs, de son sujet, de ses acteurs et même de ses références. Slaboshpytskiy ne manque pas de convoquer la violence la plus crue, un peu à la manière d'un Tarantino ou d'un Winding Refn, mais sans l'hystérie joyeuse du premier, et sans l'ambition plastique du second.

Les femmes sont tout au long du film manipulées comme des objets, les scènes de sexe sont mises en scène comme des photos de calendrier porno soft (cf ci-dessus), bref, tout est emprunté, artificiel et pernicieusement calculé. 

D'émotions il n'est pas question ici, Slaboshpytskiy préfère manipuler les grosses ficelles du cinéma d'auteur formaté festival. Un véritable petit catalogue d'horreurs est ainsi proposé : violences, combats, avortement sauvage (on est si loin de la sécheresse émouvante de 4 mois 3 semaines 2 jours), prostitution, meurtre sanglant. 

The tribe est poseur, artificiel, vain, et son réalisateur est un manipulateur primé. 

 

1e

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Saint-Laurent

J'aime beaucoup Bonello depuis notre rencontre à Nantes, pour la projection de L'Apollonide, un soir de septembre 2011.

Las ! Son Saint-Laurent m'a laissé de marbre. Je m'attendais, après avoir visionné la soupe tiède de Jalil Lespert (Yves Saint-Laurent), à acter une nette différence entre le produit d'un habile faiseur et l'oeuvre d'un véritable artiste.

Ce n'est pas le cas, le film ne vaut guère mieux que celui de Lespert. Il lui ressemble même beaucoup : mêmes touches impressionnistes, même montage qui multiplie les flashbacks, même non-choix d'un "point de vue". 

Alors qu'on pouvait attendre que Bonello se démarque de son concurrent, on retrouve dans son film les mêmes anecdotes et les mêmes personnages : défilés (moins bien filmés chez Bonello), Bouddha, amant de Lagerfeld, villa à Marrakech.

Le Bonello est peut-être un peu mieux mis en scène, les mouvements de caméra sont un peu plus fluides, la direction artistique un peu plus classe.

Mais en fait, la question est : Yves Saint-Laurent méritait-il deux films ? Et même un seul ? Oui, si on avait vu la puissance créatrice de l'artiste plutôt que les drogues ou les partouzes...

Le film de Bonello (et cela me fait mal de le dire) est raté, creux et sans intérêt. 

Niney et Ulliel commettent finalement la même erreur : copier n'est pas incarner.

 

 2e

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La traversée

Tourné sur un ferry qui assure la liaison Marseille Alger, le documentaire d'Elisabeth Leuvrey présente le bateau comme une puissante métaphore du déracinement.

Alors qu'ils sont physiquement entre les deux rives de la Méditerranée, les Algériens (ou les Français d'origine algérienne, on ne sait pas) qu'on écoute sont aussi sentimentalement entre les deux pays.

Beaucoup de conversations tournent autour de ce sujet : on aime y retourner en été, mais on ne pourrait plus y vivre. La conversation avec l'incroyable Ben, vers le milieu du film, y fait par exemple référence. Ben compare ses visites en Algérie à celle qu'on ferait à une vieille tante : on ressent le besoin d'y aller, puis on est pressé d'en partir, et enfin on se sent coupable de n'être pas resté plus longtemps.

La traversée est très court (1h12, tiré d'une centaine d'heures de rush) et se regarde avec intérêt. Elisabeth Leuvrey réussit quelques très jolis tableaux et possède à l'évidence un sens du cadre hors du commun. Si les témoignages sont inégaux, on croise une telle diversité de caractères que le voyage est tout de même globalement plaisant.

A signaler que le DVD est accompagné d'un très joli livret, qui prolonge et complète agréablement la vision du film. 

Cette chronique est écrite dans le cadre d'une opération DVDtrafic. Le DVD de LA traversée est sorti en mars chez Shellac. Vous pouvez retrouver tous les films 2013 sur Cinétrafic.

 

2e

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Leviathan

Le souci avec Leviathan, c'est qu'on aura vite fait de le ranger dans une catégorie donnée, un peu comme certains l'ont fait avec Winter sleep : film russe, film calibré pour Cannes, film engagé.

En réalité, Zvaguintsev nous propose ici un menu autrement plus copieux qu'un film à thèse ou qu'un exercice de style. Leviathan est un pur produit de ce que la Russie peut produire de meilleur : mélange irrésistible de perfection plastique, de ricanement sarcastique, de lyrisme échevelé, d'auto-dérision décentrée.

La mise en scène est fluide, délicate, enlevée, racée. Le scénario est scorsesien : on pense que l'intelligence peut triompher de la force brute, mais les choses se compliquent par le biais des passions. Les dialectiques que développe le film s'avèrent d'autant plus fines : fidélité vs adultère aventureux, intelligence vs loi du plus fort, corruption vs sens du devoir, espoir vs désespoir, nature vs société, doute vs certitude, désespoir vs humour.

Finalement Léviathan s'avère être un très grand film : alors que la plupart des critiques y voient principalement un manifeste politique, je le considère comme une élégie sur l'isolement amoureux. Zvaguintsev s'y révèle être un très grand réalisateur : ces ellipses, cette photographie, cette direction d'acteur !

Il y a dans Leviathan un arrière-goût de (future ?) Palme d'or.

 

4e

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Festival international du court métrage de Lille / 1

Samedi soir, direction la petite salle de l'Hybride, un endroit intime et cosy dans lequel on regarde les films dans un canapé en sirotant une Maredsous. 

Je vois un tiers du programme international.

Beauty, de Rino Stefano Tagliafierro, est un exercice un peu vain : l'italien anime simplement les personnages de tableaux plus ou moins célèbres. Les éphèbes bougent légèrement la main, les fleurs perdent leur pétales. Passé le premier moment de surprise, peu d'intérêt (2/10). Voyageurs dans la nuit, du hollandais Ena Sendijarevic, est plus intéressant : une caissière de station service se laisse entraîner dans une danse effrénée par un petit malfrat qui finit par lui piquer la caisse. De l'idée, mais une réalisation un peu faible (3/10). On change complètement de registre avec un film d'animation canadien, The chaperone, qui raconte une soirée ou deux compères mettent en fuite un gang de motards. Frais, rythmé, le film mélange différents styles, pas toujours avec bonheur (4/10).

Le meilleur moment de la séance advient ensuite avec le très beau film slovène de Spela Cadez, Boles. Tiré d'une nouvelle de Gorki, le film est un enchantement. La délicatesse des mouvements de visages est miraculeuse. A travers cette animation de marionettes, c'est toute une tradition d'animation d'Europe de l'Est qui surgit à l'écran (8/10). In the air is Christopher Gray, de Felix Massie, est un court film d'animation US à l'esthétique minimaliste, plutôt réussie. Il raconte sur un air pince sans-rire des histoires d'enfants drôles et cruelles (7/10).

Toutes des connes, du québécois François Jaros est l'histoire d'un deuil amoureux raconté à travers une myriade de vignettes qui égratignent la maculinité en général. Très drôle, le film est passé par Sundance (8/10). Pour finir, Zima (Hiver), film russe de l'italienne Cristina Picchi est un collage documentaire expérimental tentant de faire ressentir ce qu'est l'hiver sibérien. Des moments de pure beauté, mais le tout est inégal (6/10). Le film a été présenté à Locarno et Clermont-Ferrand, qui est la Mecque du court-métrage, comme chacun sait.

A suivre...

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Pride

Les années 80. La grande grève des mineurs au Royaume-Uni. Thatcher intraitable. Un groupe de gays et lesbiennes soutient les mineurs d'une petite ville au Pays de Galles en collectant des fonds à Londres.

En choisissant ce sujet, le réalisateur Matthew Warchus joue sur du velours. On perçoit immédiatement les immenses potentialités de ce type de scénario : confrontation des excentriques londoniens et des Gallois bourrus (mais qui ont si bon coeur au fond....), éloge de la solidarité entre opprimés, tensions / rapprochement, destinées individuelles dans un contexte historique formant une intéressante toile de fond, etc.

Pride exploite à fond tous ces filons, et il le fait avec une efficacité incroyable, ne ménageant aucune occasion de faire gonfler les yeux des spectateurs lors de scènes mémorables, je pense notamment à la scène de danse queer, ou au somptueux chant choral dans la grande salle commune. 

Warchus tisse habilement son intrigue, partant sur des bases solides, puis s'intéressant successivement à tous ses personnages, avant de prendre un virage nettement plus noir et mélancolique dans sa dernière partie, alors que les ailes noires du SIDA commencent à se déployer sur la communauté gay. Si les traits sont parfois un peu forcés, on a envie de pardonner au film ses quelques défauts, tellement il inspire la sympathie.

Parangon du feel-movie aux effets millimétrés (c'était LE film à voir sur la Croisette ce printemps - avec l'excellent Whiplash - pour se remonter le moral), servi par une brochette d'acteurs impeccables et des décors de toute beauté, Pride est la garantie absolue de passer un bon moment. 

 

3e  

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L'institutrice

En apprenant dans un article que Nadav Lapid est un fan de Carlos Reygadas (Post tenebras lux), j'ai mieux compris pourquoi j'avais éprouvé ce sentiment de frustration en regardant L'institutrice.

A l'évidence l'israelien a le même talent que son collègue mexicain, mais il a aussi les mêmes chevilles qui enflent - dans une proportion toutefois moindre que Reygadas, qui aux dernières nouvelles ne pouvait plus chausser que des moonboots.

Mais revenons à nos moutons. Un petit garçon (qui serait à l'image de Nadav Lapid lui-même, en toute modestie) écrit de magnifiques poésies à 5 ans. Son institutrice le défend. Ou l'utilise. 

Sur cette base plutôt intéressante, Lapid construit un portrait de femme subtilement dépressive, à la sexualité hésitante et aux buts incertains. Il confronte la figure hiératique de l'actrice Sarit Larry (impressionnante) à une gamme de situation assez convenues, mais souvent incroyablement bien filmées. L'institutrice est baignée dans une lumière d'une pureté solaire, et certains de ses mouvements de caméra sont sublimes. Lapid se moque un peu du scénario, et joue, parfois avec brio, à se faire plaisir.

Ses exploits esthétiques ne sauvent pourtant pas le film qui sombre lentement dans une marre d'ennui glacé. 

 

2e

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Festival international du court métrage de Lille

Juste arrivé dans la métropole lilloise, je vais découvrir le Festival du coin, qui traite des courts-métrages.

Au programme : une compétition internationale, une compétition nationale, la nuit de l'animation, une sélection de très-courts (films de moins de cinq minutes) et d'autres évènements assez originaux.

Une excellente occasion de se délecter de ces formats mini qui permettent aux futurs grands réalisateurs de faire leurs armes. Je vous commenterai évidemment mes passages à l'Hybride. A bientôt !

Site officiel du Festival

 

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L'homme qu'on aimait trop

Fut un temps où le dernier Téchiné représentait quelque chose. 

Aujourd'hui, je peux me permettre de critiquer son dernier film de façon désinvolte, plusieurs semaines après son passage sur les écrans, et je pense que beaucoup de mes lecteurs ne se seront même pas rendu compte de sa sortie.

Vous savez donc peut-être que le film est une sorte de reconstitution de la célèbre affaire Le Roux. Le problème, c'est que Téchiné se contente de filmer sagement, on pourrait dire benoîtement à la manière d'un reportage sur France 3, ce qu'on sait de cette affaire, sans prendre parti quant à l'issue. Du coup, le scénario semble inabouti et comme atone. C'est d'autant plus dommage que les comédiens sont au meilleur de leur forme.

Catherine Deneuve est une fois de plus souveraine, alors que Canet trouve ici son meilleur rôle, et que Adèle Haenel confirme une partie de son potentiel. 

Inoffensif, le film montre comment l'emprise psychologique se construit sur une misère affective. C'est propre, inodore, et sans saveur.

  

2e

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