Christoblog

Jimmy's hall

Encéphalogramme plat du côté de Ken Loach.

Son nouveau film (qui devrait être son dernier, si l'on en croit le réalisateur lui-même) ne présente aucun intérêt particulier pour celui qui aime la nouveauté. Jimmy's hall peut même être considéré comme une sorte de suite (voire de réplique) du film qui avait valu à Loach sa Palme d'Or, Le vent se lève.

Nous voici donc en 1921 en Irlande, pour suivre le retour au bercail d'un communiste irlandais qui a du s'exiler en 1909. Tous les sujets d'intérêt de Loach sont donc ici bien présents : éloge de la solidarité et de l'engagement, lutte pour l'émancipation, etc. Le film est propre, les champs sont verts, les filles ont des tâches de rousseur, les jeunes sont plein d'espoir et font du vélo, la lumière caresse tous ces beaux visages. Les méchants sont à baffer, les gentils à croquer.

C'est beau et complètement insipide, sans être vraiment mauvais. A conseiller donc aux amoureux de l'Histoire, ou de l'Irlande. A Cannes 2014, un autre réalisateur anglais, Mike Leigh, proposait lui aussi un film de facture classique, mais d'une autre ampleur, Mr Turner (sortie le 3 décembre).

 

2e

Voir les commentaires

Blue ruin

Sorti dans un relatif anonymat, Blue ruin mérite véritablement d'être vu. Le premier film de celui qui s'annonce comme le nouveau prodige américain, Jérémy Saulnier, est en effet ce qu'on pourra appeler un bijou de film noir.

L'expression aura sûrement été utilisée des milliers de fois, mais elle est ici particulièrement fondée : Blue ruin est d'une noirceur absolue, mais Saulnier sculpte tellement bien son oeuvre, la débarrassant de tout effet superflu, que le film finit par briller comme un diamant. On est avalé par le flux hautement improbable de cette histoire de vengeance-contre-son-gré, on rit, on sourit, on frissonne, on se murmure des "C'est pas possible" et des "Il ne va pas oser".

Je vous conseille vraiment de voir cet archétype parfait du film de genre et d'auteur.

 

3e  

Voir les commentaires

Winter sleep : une Palme d'Or méritée

Lors de ce 67ème Festival de Cannes, j'ai vu le film de Nuri Bilge Ceylan dès le deuxième jour de la compétition, et j'ai alors compris que je tenais là un film monde, un film qui réunit tout ce qu'on est en droit d'attendre du cinéma : des images magnifiques, des acteurs superbement filmés, des surprises, des émotions, une mécanique complexe et subtile, une réflexion profonde.

Certains vous diront du mal du film (prenez Nice Matin ou le Parisien par exemple), simplement au prétexte de sa durée (3h16), de son sujet (l'étude d'un homme et de ses relations aux autres) ou de sa nationalité. Ce sont les mêmes qui donneraient la Palme d'Or à Godzilla ou Babysitting, Dieu nous préserve. Sûrement n'ont-ils même pas vu ce dont ils parlent, car si Winter sleep est long, il n'est pas lent, s'il est bavard, c'est parce que chaque conversation est un évènement qui fait avancer son propos, s'il est tourné souvent en intérieur, c'est loin d'être un huis clos.

 

Nuri Bilge Ceylan, horloger des âmes

 

Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas vu un réalisateur disséquer avec autant d'acuité le mouvement des sentiments de ces personnages. On pense évidemment à Bergman ou à Kieslowski. 

Le personnage principal, qui tient un hôtel en Cappadocce, est-il intelligent ? Est-il bon ? Que veut-il ? Que sait-il ? Durant tout le film, nos sentiments envers lui vont constamment évoluer : nous serons tantôt en empathie avec lui, nous le comprendrons, nous le rejetterons et le trouverons parfois même infâme.

C'est la première grande force du film que de montrer avec une extraordinaire précision les contradictions qui existent dans chacun d'entre nous. Cela est vrai pour l'homme, mais aussi pour les deux femmes qui l'entourent : sa soeur, amère et divorcée, qui regrette Istanbul, et sa femme plus jeune que lui. Elles-mêmes seront tour à tour le centre de cette vaste fresque psychologique, parfois comme sujet, parfois comme objet de l'attention de l'homme. Avec ce simple trio (superbement joué, chacun des trois rôles méritait un prix), le film pourrait être déjà superbe, mais les rôles secondaires complexifient et enrichissent sa trame narrative : un homme à tout faire, une famille pauvre, un ami, un instituteur, un cheval, un voyageur sans but, un touriste japonais. 

Winter sleep échappe alors à son enveloppe psychologique déjà passionnante pour devenir politique (qu'est ce que la propriété, les rapports de classe) et métaphysique (le film interroge au fond le sens de la vie de chacun de ses trois personnages). Comment ceux qui lui reprochent sa lenteur ont-il pu passer à côté de la puissante dramaturgie, parfois extrêmement cruelle, qui irrigue chaque conversation ?

 

Une magistrale leçon de mise en scène

 

Au fur et à mesure que Nuri Bilge Ceylan produit des films, force est de constater que sa mise en scène s'épure et devient de plus en plus belle. On pourra disséquer pendant des heures ces admirables scènes de conversation entre le personnage principal et sa soeur, à qui il tourne le dos : choix des cadres, champs / contrechamps variés et signifiants, montage parfait, visages superbement éclairés, tout fait sens d'une façon parfois iréelle.

L'utilisation du temps dans le film, où plutôt la façon dont ses différentes caractéristiques sont gérées à l'intérieur même de sa durée (étirement, précipitation, transport, ellipse brutale), est aussi remarquable. A de longues conversations succèdent une échappée extérieure, au duel à fleurets mouchetés d'une conversation intellectuelle succède une beuverie et le coup de tonnerre d'un poing sur la table, aux aménités policées de la bourgeoisie et de ses affidés succède le geste brutal qui restaure l'honneur du père bafoué. 

Ramené à sa densité d'idées de mise en scène, Winter sleep n'est pas long, et on comprend mieux pourquoi un montage initial durait 5 heures. 

Le tableau que je dresse des qualités du film serait incomplet si je n'évoquais pas la magie qui se dégage de cette Cappadocce enneigée, à la fois paysage extérieur dans lequel évolue le personnage et paysage intérieur matérialisé, avec ces cheminées de fées, ses concrétions gangrenées et ses étendues infinies. Je pourrais écrire probablement des heures pour détailler tel ou tel plan du film, survenant au hasard d'une séquence et sidérant par sa beauté formelle : un animal mort dans la neige, une partie de chasse flirtant avec le grotesque, un homme sur le tombeau de ses parents, un cheval dans l'obscurité (la plus belle obscurité que j'ai jamais vue au cinéma).

 

Pour toutes ces raisons, et beaucoup d'autres encore, Winter sleep mérite sans conteste sa Palme d'Or, n'en déplaise au journaliste (?) du Parisien qui trouve spirituel de se gausser de son titre.

Nuri Bilge Ceylan sur Christoblog : Uzak (****) / Les trois singes (***) / Il était une fois en Anatolie (****)

 

4e

Voir les commentaires

Sunhi

Après la relative déception d'Haewon et les hommes, je craignais de voir mon affection pour le prolifique réalisateur Hong Sang-Soo se déliter durablement.

Il n'en est rien ! Dans le cadre du dernier Festival des trois continents, la vision du dernier opus du Woody Allen coréen s'est révèlée particulièrement réjouissante.

Sunhi se présente sous la forme d'une épure ludique : une jeune femme, un peu insaisissable, et trois hommes qui gravitent autour d'elle, ex et futurs ex, si je puis dire.

Si on retrouve ici les éléments qui font partie du rite que constitue un film de HSS (le réalisateur raté, l'alcool local - le soju - qui coule à flot, les plans fixes dans les bars, les zooms / dézooms très datés), ces derniers se parent ici une légèreté aérienne. Ce ne sont plus par exemple les objets qui glissent de personnages en personnages à leur insu (comme dans HA HA HA), mais les phrases, dans une farandole qui est absolument délicieuse et parfois amère.

Si le personnage féminin est - comme souvent - extrêmement séduisant, les trois hommes sont croqués avec une méchanceté moins cruelle que dans d'autres oeuvres d'HSS. Il y a une sorte de douceur dans la description des turpitudes masculines, qui trouve un accomplissement définitif dans la ré-écriture de la lettre de recommandation, véritable bijou scénaristique.

De l'essence de Hong Sang-Soo, à déguster sur un lit de dialogues ciselés.

HSS sur Christoblog : Haewon et les hommes / Another country / HA HA HA / The day he arrives /  Le jour où le cochon est tombé dans le puits

 

3e

Voir les commentaires

Boyhood

Rappelons d'abord le principe fondateur du film : Richard Linklater l'a tourné pendant 12 ans, à raison de quelques jours de tournage par an.

Il résulte de ce mécanisme osé le sentiment incroyable de saisir la texture du temps qui passe. Le monde entier semble vieillir de 12 ans sous nos yeux, pendant les 2h45 du film.

Les acteurs évoluent bien sûr physiquement. Le jeune Ellar Coltrane a 6 ans au début du film, 12 à la fin, et il est vertigineux de le voir muer de façon continue, comme sa soeur dans le film, qui est dans la vraie vie la fille du réalisateur. Patricia Arquette s'empâte progressivement alors que Ethan Hawke semble éternellement mince et séducteur.

Mais ce que propose le film est encore plus fort : l'environnement lui-même évolue constamment : voitures, téléphones, programmes télé, jeux vidéos, musiques, centres d'intérêt (la séance Harry Potter !). L'impression saisissante que procure le film est renforcé par le fait que les transitions entre les douze séquences sont extrêmement fluides. Certaines m'ont d'ailleurs échappé. Cette incroyable unité du film tient sur deux piliers : la capacité des acteurs de garder le bon "ton" d'année en année, et la cohérence du style de Linklater.

Si Boyhood est un objet filmique passionnant et même envoutant, c'est donc principalement en tant que peinture hyper-réaliste de la fuite du temps. Si on le regarde comme un film "normal", il est probable que le scénario (forcément écrit en partie au fil de l'eau) apparaîtra comme un peu faible. Le film ménage certes quelques moments de grâce (par exemple les morceaux de musique, ou quelques instantanés silencieux ou ralentis), mais il pourra sembler parfois ennuyeux aux spectateurs peu sensibles à sa proposition.

Richard Linklater avait déjà exploré les effets du vieillissement naturel des acteurs, à travers la superbe trilogie Before  : Before Sunrise / Before sunset / Before Midnight

 

4e

Voir les commentaires

Le conte de la princesse Kaguya

Quelle beauté et quel incroyable célébration de la vie ! Voilà les premières impressions qui se dégagent lors de la vision de la dernière oeuvre d'Isao Takahata (Le tombeau des lucioles, Pompoko), l'autre maître des Studios Ghibli.

Trouvée miraculeusement dans un bambou, la princesse Kaguya est élevée par un couple de campagnards modestes. J'ai rarement vu la petite enfance aussi délicieusement montrée que dans ce film : être attendrissant sans être niais, c'est le génie des cinéastes japonais.

Las ! Le père décide de faire de sa petite fille une vraie princesse. Il l'emmène à la ville et lui fait enseigner les bonnes manières. La pauvre Kaguya dépérit, jusqu'à...

Incroyable melting pot de sentiments mêlés (émotion, panthéisme, tristesse, dépression, espoir, incrédulité), Le conte de la princesse Kaguya est une friandise à la fois acidulée et amère. On est tour à tour ému, révolté, triste et joyeux. 

Servi par des dessins d'une stupéfiante beauté, parfois profondément originaux (le rêve de fuite) et d'autres fois, il faut le dire, d'une kitscherie embarassante (la fin), le film s'avère être au final un morceau de choix pour celui qui aime le Japon, ou l'animation, ou les jolis contes.

 

3e  

Voir les commentaires

Les hommes ! De quoi parlent-ils ?

http://lh5.ggpht.com/-exxwrweBtXw/UL8ewgiPH0I/AAAAAAABF_A/RBrfY1MajHE/5818246426963144657-656596945163.jpgVu au Festival du film espagnol de Nantes en 2013. 

 

Una pistola en cada mano (le titre francais est d'une idiotie rare), de Cesc Gay, est un véritable délice. En cinq tableaux ou scénettes qui ne sont presque constituées que de dialogues, le réalisateur nous peint un tableau pour le moins impitoyable de la condition masculine, de 30 à 50 ans.

Dans le premier épisode, deux ex-amis se retrouvent et se racontent leur vie, partiellement insatisfaisante pour l'un, complètement ratée pour l'autre. Dans le deuxième, un divorcé tente de reconquérir fort maladroitement son ex. Nous suivons ensuite un jeune homme qui tente d'obtenir des faveurs sexuelles dans son boulot, avant de se faire copieusement humilier. C'est tendre et cruel, mais pas autant que le quatrième tableau, réunissant Luis Tosar et Ricardo Darin (quel duo exceptionnel !), où l'on découvre un cocu qui suit sa femme et croise le chemin d'une connaissance. Le cinquième épisode quant à lui, est proprement génial : deux amis discutent séparément avec la copine de leur copain et chacun apprend sur l'autre les pires horreurs. 

En guise d'épilogue, tous ces personnages se retrouvent dans une fête.

Le tout, bien que sans prétention, est superbement joué, bien filmé, et Cesc Gay déploie des trésors d'imagination pour développer ses historiettes. C'est ciselé comme du Woody Allen : un film d'une grande finesse, injustement (et inexplicablement) assimilé par la majorité de la presse française à un navet comme Le coeur des hommes, sous le seul prétexte qu'on s'intéresse dans les deux films aux déboires sentimentaux d'hommes mûrs.

 

3e 

Voir les commentaires

Le procès de Viviane Amsalem

Le propos du dernier film de Ronit et Shlomi Elkabetz est assez limpide : une femme israélienne souhaite divorcer de son mari, car elle ne l'aime plus (et probablement ne l'a jamais aimé). Comme les divorces sont sous l'autorité d'un tribunal rabbinique, il est nécessaire d'obtenir l'accord du mari. Ce dernier ne souhaite pas lui donner, bien qu'il n'ait rien à lui reprocher (ils sont séparés depuis 3 ans).

A partir de cette trame psychologiquement puissante, le film étire un long huis-clos passionnant. Les audiences, tantôt courtes, tantôt plus longues, se suivent sans qu'on ait jamais le sentiment de redite. Il faut dire que le scénario étonne par son inventivité : production de témoins inattendus, renversements de situation, mise en cause de l'impartialité des parties prenantes, crise de nerfs.

L'intrigue se mue progressivement en thriller (le divorce sera-t-il prononcé, oui ou non ?), tout en interrrogeant avec une belle acuité la société israélienne, et la place qui y est faite aux femmes. Les dialogues sont d'une finesse extrême, on pense on cinéma de Farhadi, et surtout au début d'Une séparation. Miracle du film : même l'époux ne parvient pas à être complètement antipathique, alors qu'il est en train de détruire la vie de son épouse.

Une franche réussite, un excellent moment.

 

3e 

Voir les commentaires

Under the skin

Under the skin est un film protéiforme, qui m'a inspiré des sentiments assez divers.

Son introduction lente et mystérieuse m'a d'abord intrigué. Il y a un peu des mouvements de vaissaux spatiaux du 2001 de Kubrick dans les visions cosmiques que propose Jonathan Glazer.

L'atterissage de l'alien dans le corps de Scarlett Johansson fait l'objet d'une scène d'une beauté stupéfiante. A ce moment là on pense alors peut-être tenir un chef d'oeuvre. Les pérégrinations qui suivent sont malheureusement un peu lassantes dans leur répétitivité : l'alien traque des hommes solitaires, les attire, puis vole leur peau lors d'une cérémonie étrange. Parfois dérangeantes (l'épisode Elephant man), parfois insipides (la rencontre amoureuse téléphonée), les péripéties de notre ami étranger ennuient, charment ou agacent.

Vers la fin, le film prend encore un autre tournant, évoluant vers une sorte de survival en forêt, façon Delivrance enneigé. Le film se finit alors dans une sorte de déflagration narrative avec la révélation de qui se cachait dans la peau de Scarlett : il est encore à ce moment-là stupéfiant, et en même temps trop démonstratif.

Au final, Under the skin est un exercice de style à la fois envoutant et ennuyeux, naïf et profondément original. Il mérite d'être vu.

 

2e

Voir les commentaires

Xenia

Bonne nouvelle en provenance de Grèce. On savait que ce pays pouvait proposer un cinéma d'auteur pointu (Athina Tsangari, Yorgos Lanthimos), on découvre aujourd'hui qu'il peut produire un cinéma touchant, exigeant et original.

Xenia commence comme un clip hyper kitsch, et franchement queer, avec des visions délirantes qui donnent au film une tonalité quasi fantastique. On voit passer au large un paquebot sur lequel chante celle qui  sera le fil rouge du film : la chanteuse italienne des années 70 Patty Pravo.

Habilement manipulé par le réalisateur qui multiplie les pistes, on s'attache très vite au personnage de Dany, jeune gay de 16 ans, joué par le formidable Kostas Nikouli.

Sa rencontre avec son frère Odysseas, puis leur recherche d'un père hypothétique, est plein de charme et de surprise. Le scénario du film, même s'il n'est pas férocement original dans sa deuxième partie, s'avère être plein de charme et d'émotion, alors que la mise en scène de Panos Koutras varie ses effets avec un talent certain.

Un réalisateur à suivre.

 

3e  

Voir les commentaires

Tristesse club

Tristesse club cumule tous les poncifs du film d'auteur français récent : road movie provincial (merci le financement des régions), fratrie dissemblable réunie à l'occasion de la disparition de la figure paternelle, scènes décalées à la limite de l'irréel, masculinité défaillante.

Vincent Mariette ne parvient jamais à transcender son histoire improbable et ses stéréotypes marqués : Laurent Lafitte en super beauf (mais au fond, c'est un garçon si sensible), Ludivine Sagnier minaudant en femme-enfant fatale, Vincent Macaigne en cocker puceau énamouré.

Il résulte de cet embrouillamini lourdingue un ennui pesant et un intense sentiment de gâchis. Comment peut-on tourner des films aussi peu originaux, aussi auturo-nombrilistes que celui-ci ? On a presque honte de voir des comédiens qu'on aime se fourvoyer dans des inepties de ce genre. Présenté comme une comédie, le film n'est ni drôle, ni émouvant, ni tendre. Il est raté.

 

1e

Voir les commentaires

Black coal

Black coal, Ours d'or au dernier Festival de Berlin, est un polar tortueux, sensuel, et racé. J'ai souvent pensé au cinéma élégant de Fincher dans Zodiac, zébré d'éclair de violence et d'éclats esthétiques confondants, qui évoque irrésistiblement le cinéma de Jia Zhang Ke.

Pour bien apprécier le film, il faut accepter de ne pas tout comprendre au début, sachant que les évènements vont progressivement s'éclaircir. Le film de Diao Yinan progresse en effet sur un rythme syncopé, louvoyant entre différents temps, maniant quasi systématiquement l'ellipse en fin de scène, comme autant de coups de hache narratif.

Le film brille également par son tableau à la fois attachant et sidérant de la Chine profonde, et par le jeu de son acteur principal, qui a d'ailleurs obtenu le prix d'interprétation à Berlin.

Beau, intriguant, stimulant, Black coal est une pépite noire à découvrir.

 

3e 

Voir les commentaires

Les trois singes

Ce dont parle le film est d'une noirceur insigne : un homme politique paye son chauffeur pour prendre sa place alors qu'il a tué un homme lors d'un accident de la route, puis couche avec sa femme, moyennant une aide financière pour son fils. Quand le mari sort de prison, les choses s'enveniment.

Dans la filmographie de Nuri Bilge Ceylan, Les trois singes occupe une place à part. C'est dans cet opus que le cinéaste turc a mené le plus loin ses expérimentations esthétiques. Tout le film est conçu comme une sorte d'objet expressionniste dans lequel les cadres sont très travaillés (alternativement très larges ou très rapprochés) et les éclairages semblent iréels. La bande-son, exceptionnelle, est entièrement retravaillée en post-synchro et constituerait un sujet d'étude en soi. 

Le résultat est un film impressionnant de maîtrise (il remporta d'ailleurs le prix de la mise en scène à Cannes), absolument délectable si on s'attache à toutes ses trouvailles (le fait que seuls les visages des 4 protagonistes principaux soient filmés, la conversation dans la voiture, les effets de reflets, etc), peut-être un peu artificiel si on n'entre pas dans le projet de l'auteur.

 

3e  

Voir les commentaires

Les drôles de poissons-chats

Alors évidemment, on pourra dire que ce film est un effroyable tire-larmes reposant sur une intrigue minimaliste : une jeune fille solitaire rencontre à l'hôpital une femme malade du SIDA et s'incruste dans sa famille.

Cela serait sans compter avec la grande délicatesse qu'emploie la réalisatrice, Claudia Sainte-Luce, pour décrire chacun des membres de cette famille un peu dysfonctionnelle. Martha a en effet 4 enfants de 3 pères différents : Alejandra, la plus grande, doit assumer beaucoup de responsabilités, Wendy est en surpoid et les deux petits derniers, Mariana et Armando, doivent gérer leurs sentiments complexes... Parce que la mort est bien présente dès le début du film, et planera jusqu'au bout sur cette singulière équipe. 

Le plus intéressant dans le film est la façon dont la jeune fille, Claudia, s'insère progressivement dans le dispositif familial, dans lequel chacun souffre en silence, et comment elle prend sa part de douleur.

Le final, qui enchaîne une virée désespérée à la mer, des plans en voiture très émouvants, puis des plans fixes sur chacun des 5 personnages, est calibré pour vous arracher des larmes, et au vu des multiples reniflements, sortie précipitées en enlevant ses lunettes, pinçage discret de nez, il atteint parfaitement son but.

La mise en scène très fluide de la réalisatrice fait de ce premier film mexicain un très joli moment.

 

3e    

Voir les commentaires

Bird people

Si la magie existe au cinéma, elle est dans Bird People.

Le dernier film de Pascale Ferran pourra sembler n'être rien, un cadre américain en transit à Roissy, une jeune fille qui finance ses études en faisant le ménage dans un hôtel. Deux destinées qui ne se croiseront que par le biais du plus improbable hasard : un évènement dont je tairai volontairement la nature, tellement l'effet de saisissement est impressionnant (je vous conjure d'aller voir le film en en sachant le moins possible à son sujet).

Il semble n'être rien, et il est tout.

Il est la cassure dans une vie, le moment où une destinée bascule, il est le maelstrom des vies humaines, la dignité, la nature, l'espace et le temps. Bird people propose un chemin subtilement orginal, il nous entraîne avec lui dans des contrées qu'on n'imaginait pas accessibles via le cinéma, par la grâce d'un casting idéal et d'une mise en scène affolante de simplicité et de complexité mêlée.

Poétique, intrigant, flattant à la fois l'intelligence et le coeur, un des plus beaux films de l'année, sans contestation possible.

 

4e  

 

Voir les commentaires

Ugly

Déjà plus d'un an que j'ai vu ce film à Cannes, à la Quinzaine des réalisateurs : mystères insondables de la distribution !

Attention la suite contient des spoilers révélant la fin du film.

Le réalisateur indien Anurag Kashyap revenait en 2013 sur la Croisette après avoir présenté son Parrain en 2012 : le colossal Gangs of Wasseypur. Cette fois-ci la durée du film est plus raisonnable (2 heures au lieu de 6), mais la tonalité est un peu la même : c'est noir, très noir.

Le point de départ est limpide : une petite fille se fait enlever. Tous les membres de la famille vont alors se faire passer pour le kidnappeur pour toucher la rançon : l'ami du père, le frère de la mère, la nouvelle copine du père, etc... 

Pendant ce temps, le cadavre de la petite pourrit quelque part. 

C'est franchement amusant par moment (la conversation initiale avec le commissaire de quartier, comme un ping-pong verbal), et le film peut être rapproché sous cet angle du cinéma coréen : capacité d'auto-dérision portée à son maximum et tableau peu flatteur de la police locale.

Le film a un côté BD, avec sa bande originale très punchy et ses scènes d'action menées tambour battant, qui est plutôt agréable si vous aimez un type de cinéma qui décape sans complexe. 

 

2e

Voir les commentaires

La chambre bleue

Il y a plusieurs films dans La chambre bleue.

Le premier pourrait être le polar, dans lequel on se demande qui a tué qui, avec la complicité de qui. Ce film là n'est pas très passionnant : Amalric ne cherche d'ailleurs pas à maintenir un incroyable suspense sur ce plan.

Le deuxième film dans le film pourrait être la chronique de la vie provinciale (ici les Pays de Loire) . Cet aspect est assez bien traité, dans une optique finalement assez fidèle à l'esprit de Simenon : le coin de rue de la pharmacie, la plage des Sables d'Olonnes, les machines agricoles, le tribunal d'une petite ville de province, tous ces éléments dessinent le décor d'une tragédie ordinaire d'une façon convaincante.

Le troisième film est peut-être le moins convaincant à mon goût : c'est l'histoire d'amour, censément être puissamment érotique. Je n'y ai pas vraiment cru, je n'ai jamais senti l'attirance réciproque des deux corps.

Au final, l'assemblage de tous ces aspects sur une durée très courte (le film dure 1h15) pourrait être intéressant, s'il n'était gâché par des afféteries que j'ai jugé assez insupportables : une musique beaucoup trop envahissante, des dialogues qui sonnent faux, des voix qui semblent volontairement mal synchronisées (lors de la première rencontre entre les deux amants par exemple, au bord de la route), un découpage alambiqué, des inserts sans rapport avec la trame principale.

Un film ambitieux, dont les ingrédients ne s'assemblent pas vraiment pour former une oeuvre parfaitement cohérente. 

 

2e 

Voir les commentaires

Adieu au langage

C'était la première fois, ce 21 mai à 16h, que je voyais la salle principale du Festival de Cannes remplie de personnes avec des lunettes rouges sur le nez, telles 2300 clowns venus célébrer le plus illustre d'entre eux : Jean-Luc Godard.

Autant le dire tout le suite, j'ai un problème avec la 3D. J'ai du mal à accomoder correctement, je tripatouille mes branches et cela provoque une interruption de l'effet 3D, ce que je vois me semble toujours laid ou flou, je passe mon temps à regarder comment font mes voisins (qui pour la plupart regardent sagement l'écran, comme s'ils étaient dans un autre continuum espace-temps). Bref, je ne suis jamais dedans.

A un moment, le film explore un nouveau procédé : une image est vue par l'oeil droit, une complètement différente par l'oeil gauche, de telle façon que le spectateur puisse zapper de l'une à l'autre en clignant de l'oeil comme il l'entend. Je n'étais pas prévenu de ce sublime effet, aussi ai-je immédiatement pensé lorsqu'il s'est produit : "Purée, là ton cerveau disjonte carrément". Et voilà que paniqué j'enlève mes lunettes pour les nettoyer et reprendre mes esprits, alors qu'une partie de la salle se met à applaudir pour une raison que je ne comprends évidemment pas sur le moment.

Voilà, le film de Godard c'est un peu ça : il faut être initié pour l'aimer, il faut dire que c'est un mashup surréaliste et poétique, et non pas un collage merdique de films amateurs et de citations de grands auteurs.

Sinon, je n'ai strictement rien compris au peu que j'ai regardé, et je suis preneur d'avis éclairés, et binoculairement performants. 

 

 1e

Voir les commentaires

The homesman

Tommy Lee Jones disposait d'un scénario en or pour son nouveau film. L'idée d'un western "réaliste" relatant la condition des femmes qui devenaient folles sur la Frontière était à la fois intéressant et original. Malheureusement, il ne réussit que partiellement à transformer sa matière première en film intéressant.

Certes, les paysages sont superbes, les deux acteurs principaux plutôt convaincants (surtout Hilary Swank, excellente), mais le film déçoit surtout par le traitement qu'il réserve aux trois malades, réduites à des objets interchangeables, sans caractéristiques individuelles. Or, elles ont toutes les trois une histoire qui leur est propre, et leur maladie ne peut certainement pas se résumer aux symptômes similaires que le film nous montre. Autrement dit, Tommy Lee Jones aurait sûrement du s'entourer d'avis de psychiatres.

L'enchaînement des péripéties du voyage se suit avec un intérêt variable, franchement émoussé quand il s'agit de reproduire une ambiance bien mieux traitée ailleurs : je pense évidemment à la scène de l'hôtel, qu'on dirait directement inspirée par le Django Unchained de Tarantino. 

L'esthétique du film est un peu trop belle à mon goût : on sent le gros travail des accessoiristes et décorateurs, mais on le sent un peu trop. La ville d'arrivée par exemple semble sortir d'un conte de fée.

Si The homesman n'est pas complètement raté, il ne m'a pas enthousiasmé non plus : je vous laisse juge !

 

2e 

Voir les commentaires

Maps to the stars

Dans Maps to the stars, Cronenberg semble avoir voulu accumuler un maximum de clichés en rapport avec son cinéma, et le plus possible de provocations à propos d'Hollywood.

Cela donne un gloubi-boulga souvent indigeste et parfois plaisant dans lequel on retrouvera : Robert Pattinson dans une limousine, Juliane Moore en train de faire caca, Mia Wasikowska défigurée salissant pendant ses règles un beau canapé blanc, un inceste mère fille, un inceste frère soeur, du name dropping à tous les coins de dialogues (du Dalaï Lama à Bernardo Bertolucci), des scène de sexe à trois ("Je suis nul en lesbienne" dit Julianne Moore, souvent drôle dans ce film), une immolation par le feu (très mauvais effets spéciaux), un meurtre violent, des fantômes, etc...

Trop n'est visiblement pas assez pour Cronenberg dans ce film, et c'est bien dommage, parce que la belle histoire du frère et de la soeur - qui finalement est le coeur battant du film - passe au second plan. Sur des thèmes semblables (l'arrivisme, la cupidité, l'aveuglement du mileu hollywoodien) Paul Shrader a signé récemment un film bien plus réussi : The canyons

David Cronenberg sur Christoblog : Cosmopolis (*) / Les promesses de l'ombre (***) / A dangerous method (***)

2e 

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 > >>