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Christoblog

L'équipier

Il y a plusieurs films dans L'équipier.

Le premier, une plongée dans l'enfer du dopage sur le tour du France 98, est le plus intéressant. Le montage nerveux et l'énergie communicative de l'acteur / cycliste Louis Talpe rendent cette plongée dans le monde cycliste édifiante et accessible à tous.

Le deuxième est une romance à l'eau de rose, agréable mais totalement anecdotique, qui se greffe un peu artificiellement sur le propos quasi documentaire du film.

Le troisième met assez classiquement en scène des scènes de courses avec le lot habituel de suspense et d'exploits qui ponctue le genre. Cet aspect est pour moi un des points faibles du film : on ne croit pas beaucoup à ces séquences assez pauvrement réalisées et qui ressemblent plus à une course amateur entre copains qu'à une étape du Tour de France. Il y manque, certainement par manque de moyens, la démesure (et notamment la foule) qui accompagne une véritable étape de la Grande Boucle.

Le réalisateur Kieron J Walsh signe ici une oeuvre imparfaite mais plaisante, dynamisée par une bande-son euphorisante.

 

2e

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Decision to leave

Dans ce dernier opus de Park Chan-Wook, tout est beau. La mise en scène est brillante, le scénario retors à souhait (pour peu qu'on arrive à suivre ses méandres jusqu'à la fin du film), l'image sublime, les acteurs et actrices formidables.

Et pourtant, par une sorte d'effet de magie noire, le film n'est pas exceptionnel, sans que l'on puisse bien comprendre ce qui manque : l'étincelle de l'émotion, un supplément d'âme ? Le vertige amoureux et sensuel qui m'avait saisi lors de la vision de Mademoiselle est ici totalement absent.

Mais malgré ces réserves, il faut quand même encourager les spectateurs à aller voir la dernière livraison du réalisateur de Old boy, car on y voit des effets et des idées qu'on a jamais vus ailleurs. Un exemple saisissant : le monde vu de l'intérieur d'un smartphone. C'est tout bête, mais l'effet est immédiatement surprenant. Le coréen est ainsi : il invente et survole son art, quitte à laisser parfois les enjeux narratifs de son film au bord du chemin.

Park Chan-Wook sur Christoblog : Thirst - 2009 (***) / Stoker - 2012 (***) / Mademoiselle - 2016 (****)

 

2e

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Buzz l'éclair

Au rayon des points positifs de ce spin off de la série Toy story : une perfection technique impressionnante, quelques jolies idées (les voyages dans l'espace qui changent l'écoulement du temps), un certain courage (un chaste bisou gay qui vaut une interdiction dans 14 pays musulmans) et un Buzz dont la personnalité est assez conforme au jouet qui porte son nom dans les films (un optimisme forcené associé à une efficace naïveté).

Pour le reste, le film d'Angus MacLane est un peu décevant. Après un début plutôt intéressant du point de vue scénario, il devient dans sa deuxième partie une partie de tirs lasers qui regarde vers la monotonie redondante des premiers Star Wars, sorte de space opera qui ne décollerait jamais (toute l'action se passe sur une seule planète). 

Le mode de narration Pixar reste toutefois assez efficace, maniant second degré agréable et délicats moments de surprise. 

A vous de voir, je suis partagé !

 

2e

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El buen patron

Le nouveau film de Fernando Leon de Aranoa a triomphé lors de la dernière cérémonie des Goya (l'équivalent de nos César), puisqu'il a remporté six statuettes, dont celle de meilleur film 2021.

El buen patron est une farce caustique, dans laquelle le patron d'une petite entreprise manoeuvre pour obtenir un prix d'excellence régionale, n'hésitant pas à prendre les décisions les plus cruelles.

L'usine fabrique des balances (ce qui donne lieu à plusieurs variations évidentes autour de l'équilibre et de l'équité). Elle est filmée un peu comme dans un Wes Anderson, à coup de travelings de toutes formes. La décoration artistique du film accentue son aspect un peu factice : costumes très expressifs, décors top much, personnages parfois réduit à des silhouettes caricaturales.

Le résultat n'est pas déplaisant à regarder, Javier Bardem étant comme souvent assez convaincant dans son rôle de jovial salaud. J'ai eu toutefois un peu de mal à saisir les raisons du phénoménal succès du film en Espagne, ses enjeux narratifs étant à mon sens trop éloignés de la réalité pour vraiment interpeller (la violence du capitalisme outrancier sont autrement plus réalistes dans le récent Un autre monde). 

L'aspect le plus réjouissant du film réside sûrement dans l'invention de deux personnages secondaires encore plus ambitieux et sans scrupule que le patron : le caractère décidément très noir de la pochade y gagne encore quelques degrés de méchanceté.

Le film est épisodiquement drôle, il peut donc être distrayant si vous n'avez rien de mieux à vous mettre sous les yeux.

Fernando Leon de Aranoa sur Christoblog : Amador - 2010 (****) / A perfect day - 2015 (***)

 

2e

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Incroyable mais vrai

Tout est mauvais dans Incroyable mais vrai, à un point qui dépasse l'entendement.

Les deux idées qui construisent le film (la trappe mystérieuse et la bite électronique) ne sont que des idées. Jamais leur potentiel dramatique / narratif n'est exploité. Le film n'est qu'une construction intellectuelle qui tourne à vide : aucun vertige, aucune interrogation, aucune ouverture. 

Il est curieux que quelqu'un puisse mettre de l'argent dans un projet aussi vide de sens, aussi peu attractif, aussi sèchement creux : Quentin Dupieux est sûrement le réalisateur le plus surcôté du moment. Les seconds rôles poussent la caricature à l'extrême (Benoit Magimel, même pas drôle), l'image est d'une laideur insigne (c'est peut-être fait exprès), l'intrigue est en roue libre.

Il n'y a que l'embryon d'un début de court-métrage dans ce brouet indigeste et lourdingue. 

A éviter absolument.

 

1e

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Je tremble, ô matador

Je tremble, ô matador représente pour moi ce que le cinéma peut produire de meilleur : une histoire intéressante et émouvante, servie par des acteurs au top et une mise en scène intelligente.

Tout est bon dans le film du chilien Rodrigo Sepulveda. L'histoire est captivante : un travesti sur le déclin, la candidature Pinochet, un révolutionnaire idéaliste beau comme un Dieu. Les ingrédients sont explosifs, les péripéties du film surprenantes.

La mise en scène est formidable, et notamment la photographie, que j'ai trouvé somptueuse. Le film est d'une beauté plastique confondante, avec en plus une sensation de plongée dans les années 80 d'un réalisme absolu.

Enfin, last not but not least, la prestation de l'acteur Alfredo Castro, dont on ne dira jamais assez qu'il est l'un des meilleurs acteurs vivants au niveau mondial, est au-delà de tous les qualificatifs : émouvant sans être larmoyant, profond sans être lourd.

Une réussite sur tous les plans, un grand moment de cinéma.

 

4e

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Festival d'Annecy 2022

Le Festival international du film d'animation d'Annecy s'ouvre aujourd'hui avec un programme pantagruélique qui mêle compétitions officielles dans de nombreuses catégories, films de patrimoine, séances en plein air pour le grand public, films de fin d'étude et hommage à l'animation Suisse.

Un chapelet de séances évènements toutes plus alléchantes les unes que les autres permettront au public de visionner en avant-première les plus grands films d'animation sortant dans les prochains mois, de Buzz l'éclair au prochain Michel Ocelot, en passant par ce que l'animation asiatique fait de meilleur (dont N°7 Cherry Lane de Yonfan, primé à la dernière Mostra).

Je pourrai me rendre quelques jours à Annecy pour visionner une petite dizaine de films dont je vous rendrai compte dans ce journal.

 

14 juin

Le festival commence pour moi avec un film coréen dans la sélection Contrechamps. Chun Tae-il : A flame that lives on (3/5) est un film à la facture très classique, que ce soit dans la narration ou dans le style d'animation. C'est surtout son propos qui est intéressant : il raconte comment un jeune ouvrier pauvre mena à la fin des années 60 une lutte modeste pour défendre les droits des travailleurs exploités dans le domaine du textile. Il s'agit d'une histoire vraie. Le film est coréen en diable, et ne recule devant aucune manifestation de sentiments au premier degré. Ce n'est pas désagréable, loin de là, à condition d'être réceptif au mélodrame pur.

J'enchaîne avec un premier film de la compétition officielle, le formidable My love affair with marriage (4/5) de la lettonienne Signe Baumane, qui nous accueille à l'entrée de la salle en nous remerciant d'être venu ! Le film est un délice en terme de techniques, mêlant animation traditionnelle, trouvailles plastiques et chansons amusantes. Il s'agit de suivre les démêlés d'une jeune femme avec l'amour en général, et ce faisant avec ses maris successifs, en différentes parties du monde. C'est drôle, enlevé et on passe un excellent moment. Premier coup de coeur.

 

17 juin

Trois séances enchaînées aujourd'hui dans la magnifique grande salle de Bonlieu. Pour la première, il règne une ambiance de surexcitation caniculaire : Les studios d'animation Disney présentent leur nouveautés ! Dans un premier temps, un Cristal d'honneur est remis à Jennifer Lee, réalisatrice des deux Reine des neiges, et aujourd'hui big boss de la création dans le studio. On voit ensuite en exclusivité mondiale deux courts-métrages : un de la série Baymax, assez quelconque, et un de la série Zootopie+, plus réussi. Mais le plat de résistance, c'est la présentation du nouveau long-métrage Disney qui va sortir en novembre, Strange world, par son producteur, le dégingandé Roy Conly. C'est tout à fait grisant de voir des extraits encore en travaux de cette nouvelle histoire et d'entendre un de ses concepteurs en parler. Difficile de se prononcer sur les rares images vues, mais ce que cela évoque de façon la plus évidente, c'est Voyage au centre de la Terre, de Jules Verne.

Globalement, cette séance donne une image du studio Disney assez incroyable : le discours est hyper-pro, mais aussi corporate à un point qui dépasse l'entendement (un film montre les employés qui s'imaginent parler à Walt lui-même), baigné par un enthousiasme qui peut sembler délirant envers le cinéma, le pouvoir des émotions et la mission quasi divine du studio dans le domaine de l'entertainment inclusif. A noter qu'on découvre qu'un des personnages de ce nouveau film est ouvertement gay (le garçon de la famille), alors que Buzz l'éclair est interdit dans 14 pays pour un chaste baiser lesbien.

De Disney à Pixar, il n'y a que quelques minutes et j'enchaîne avec Buzz l'éclair (3/5) en présence de son réalisateur Angus MacLane, lunaire et flegmatique. Le film est avant tout un film d'action, qui lorgne plus du côté de Star Wars (mais sans espace) que de Toy story, même si le caractère de Buzz est bien respecté. C'est techniquement splendide, et il y a quelques belles idées de scénario, mais le résultat entraîne tout de même une légère déception.

Pour finir la journée, retour à la compétition, avec Misaki no Mayoiga (The house of the lost on the cape) (2/5) du japonais Shinya Kawatsura. Ce dernier nous raconte l'histoire de deux petites filles, survivantes du tsunami de 2011, recueillie par une grand-mère dans une étrange maison en contact avec les esprits peuplant cette région du Japon. La narration est très sage et délicate (presque trop) et la deuxième partie, peuplée de créatures, rappelle un peu le cinéma de Miyazaki, en beaucoup moins spectaculaire. Je n'ai pas éprouvé l'émotion que cette histoire était en capacité de susciter sur le papier.

 

18 juin

Rendez-vous au N°7 Cherry Lane (4/5) pour commencer la journée. Ce film du Hong-kongais Yonfan, primé à la Mostra 2019 (prix du scénario), est d'une folle ambition formelle. Les images sont parfois d'une beauté sidérante, le scénario est d'une grande finesse, les méthodes de narration ne ressemblent à rien de connu et le sujet (un triangle amoureux dans les années 60 entre un éphèbe, une femme de 40 ans et sa fille) est sulfureux. Tout dans ce film est remarquable, y compris l'érotisation extrême des corps masculins. Une découverte majeure pour tout cinéphile.   

Changement total d'ambiance pour la séance suivante. Sing a bit of Harmony (4/5) représente ce que l'anime peut avoir de plus régressif et de plus jouissif. Dans cette histoire de lycéens japonais qui doivent accueillir dans leur classe une Intelligence Artificielle qui prend la forme d'une lycéenne, on trouve tous les ressorts de la comédie romantique qui provoquent sourires, rires, pleurs et étonnements, quelque soit son âge ! Je ne peux m'empêcher de comparer l'énergie vitale incroyable de ce film au contenu parfait mais en grande partie aseptisé de Buzz l'éclair vu hier, les deux film jouent en effet sur les mêmes ressorts : humour, action, émotions, écoulement du temps.

Fin de cette édition avec le mignon Le petit Nicolas - Qu'est ce qu'on attend pour être heureux ? (3/5), déjà présenté à Cannes. Le film vaut plus par ce qu'on apprend des vies de Sempé et Goscinny que par les illustrations des nouvelles du Petit Nicolas, assez insipides. Inoffensif mais agréable, et court (1h22) ! 

A l'année prochaine !

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Flee

Disponible en ce moment sur la plateforme d'Arte, ce film d'animation du Danois Jonas Poher Rasmussen est intéressant à découvrir.

Il est en effet original à plusieurs titres.

Dans sa forme d'abord. Il mélange différentes techniques, suivant l'effet recherché : animation classique pour la trame principale, images d'archive en prise de vue réelle pour contextualiser les séquences, dessin au fusain pour les scènes les plus marquées par l'émotion. Ce mix fonctionne bien et apporte beaucoup au film.

Par son contenu ensuite. Si les films sur les migrants sont assez nombreux, on n'avait jamais vu au cinéma une filière qui conduit des réfugiés d'Afghanistan en Europe, en passant par la Russie et les pays Baltes. Cet aspect est vraiment original, et les longs passages qui relatent la vie de la famille afghane dans un Moscou enneigé sont très réussis. Le héros enfin est homosexuel : cela ajoute évidemment à la complexité de sa situation.

L'histoire est celle d'un ami du réalisateur. Cela rend encore plus attachant ce film délicat, qui possède de plus une intrigue pleine de suspense. Flee a été primé à Annecy, et a réalisé un exploit me semble-t-il unique : être nommé aux Oscars dans trois catégories différentes (Meilleur film en langue étrangère, Meilleur documentaire, Meilleur film d'animation).

 

2e

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Don Juan

Pari osé que cette vraie fausse comédie musicale, dans laquelle l'intrigue lacunaire ne se dévoile que très progressivement.

Don Juan, pas vraiment défendu par la critique et détesté par le public, présente de nombreux aspects perturbants : une narration froide et distanciée, une composition très apprêtée, un jeu d'acteur qui penche souvent vers une sèche artificialité.

Il est donc étonnant, alors que j'ai détesté les précédents films de Serge Bozon, que je me sois laissé intrigué par cette histoire à double détente (Don Juan est follement amoureux d'une femme qui le repousse, alors que le fantôme de l'une de ces ex-victime rôde dans les parages, sous la forme d'un père / Commandeur chantonnant).

Je trouve que l'atmosphère du film vaut le détour, quelque part entre un Lynch nostalgique et un Demy éthéré. Tout n'y est pas parfait, loin de là, mais l'exercice m'a au final plu et touché. On y découvre un Tahar Rahim étonnamment à l'aise dans l'exercice du chant et un Alain Chamfort redoutablement séduisant. Quant à Virginie Efira, présente dans le film sous de multiples versions fort différentes, elle reste égale à la grande actrice qu'elle est progressivement devenue. 

Contre tous, j'ai aimé cette noire histoire d'amour.

 

2e

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Concours Les promesses : Gagnez 3 DVD (Terminé)

l'occasion de sa sortie, je vous propose de gagner 3 exemplaires du DVD du film de Thomas Kruithof, Les promesses.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : Dans quel département se déroule l'action du film ?
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 16 juin 20 h.
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite le DVD envoyé par le distributeur. NB : un des trois DVD sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien).

 © 2021 24 25 FILMS - WILD BUNCH - FRANCE 2 CINÉMA. Tous droits réservés.

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Compétition officielle

Il y a en Espagne en ce moment une mode des comédies caustiques et cruelles ! Après le chef d'entreprise cynique de El buen patron, voici le clash d'egos d'une réalisatrice imbue d'elle-même (formidable Penelope Cruz), d'un acteur de type hollywoodien (Antonio Banderas au summum de superficialité bling-bling) et enfin d'un comédien de théâtre radical (Oscar Martinez très à l'aise dans son rôle de rabat-joie).

Le film enchaîne les scènettes plus ou moins amusantes avec une belle inventivité (la scène du baiser avec la figurante, celle du rocher, celle des prix). Au delà du plaisir vaudevillesque des aventures du trio, Compétition officielle propose une réflexion incidente sur la condition d'acteur, par forcément très profonde, mais la plupart du temps plaisante.

Distrayant, ne serait-ce que pour la prestation rayonnante de l'inoxydable Penelope Cruz, toujours au top.

 

2e

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Top gun : Maverick

Ce qu'il y a de remarquable dans Top gun : Maverick, c'est l'absence totale de second degré. 

Le film est d'une frontalité absolue : les sentiments qui y sont montrés sont beaux, les personnages sont magnifiques, la mise en scène impeccable, les couchers de soleil splendides. Pas de scories, pas de mauvais goût (ou quasiment pas), mais pas de méchants non plus. Et peu de suspense, car dans ce monde parfait, personne ne peut mourir.

On ne s'ennuie pourtant pas trop en regardant Tom Cruise revivre d'anciens traumas en multipliant les exploits aériens et en re-séduisant la pimpante Jennifer Connely. Joseph Kosinski fait ce qu'il faut pour que l'intérêt soit toujours maintenu à un niveau minimum, permettant de tenir à peu près éveillé les 2h11 du film. 

Donc si vous n'êtes pas réfractaire à la rhétorique du héros américain toujours en conflit avec sa hiérarchie (mais qui sauvera tout le monde à la fin), aux bons sentiments servis en pinte et aux cabrés-piqués filmés sur un bon rythme, le film vous plaira. Il représente finalement un genre en disparition : le blockbuster bien écrit et spectaculaire, dans lequel aucun super-héros ne vient pointer le bout de sa cape.

Avoir vu le premier opus (et en être nostalgique), ce qui n'est pas mon cas, représente probablement un plus.

Je vous laisse juge.

 

2e

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Clara sola

Handicap, désir sexuel et nature luxuriante forment le creuset de ce curieux film.

Clara est une femme de 40 ans qui vit avec sa mère et sa nièce dans une maison isolée, au milieu d'une forêt tropicale. Sa colonne vertébrale est de travers et son esprit ne fonctionne pas parfaitement. Mais Clara a des dons : elles peut guérir les maladies, prévoir la pluie et les animaux l'adorent. Clara se masturbe la nuit et sa mère lui trempe les doigts dans du piment frais, pour la dissuader.

A partir de cette trame pour le moins originale, la réalisatrice costaricaine Nathalie Alvarez Mesen réussit à produire un film plein, dense, dans lequel la sensualité affleure constamment, ménageant de superbes scènes. Je garderai longtemps en mémoire ces images qu'on pourrait croire échappées d'un roman de Gabriel Garcia Marquez.

A ne pas rater, si vous aimez le cinéma sud-américain et que vous n'êtes pas réfractaire à un naturalisme teinté de fantastique.

 

3e

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Les crimes du futur

Quand le nouveau film de Cronenberg s'est terminé, j'attendais toujours qu'il commence.

Jusqu'alors, j'avais surtout l'impression d'avoir vu une sorte de court-métrage, entièrement nocturne (à l'exception de la première scène, la meilleure), tourné à l'évidence dans une zone portuaire grecque abandonnée, très verbeux et peu incarné.

Hélas, ce film - peut-être testament ? - du réalisateur canadien n'est pas réellement fini. Il comprend bien quelques scènes amusantes, mais rien n'est vraiment convaincant sur le fond : les personnages sont réduits à des caricatures et les idées originales ne sont pas réellement développées (comme celles des mangeurs de plastique).

Il m'est arrivé durant le film de me dire que certains dialogues exprimaient des idées plus intéressantes que toutes les images qui figuraient à l'écran. Pas très bon signe pour ce qui restera comme un manifeste auto-centré, creuse dystopie, développant une esthétique curieusement datée, rétro-kitsch si l'on veut, peu en lien avec l'époque actuelle et anesthésiant toute émotion.

Un chant du signe à peine esquissé, embryon d'un film que l'on attend encore.

 

1e

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Frère et soeur

On ne peut pas enlever à Desplechin la fluidité de sa mise en scène, sa capacité à glisser sur les visages et les situations avec une grâce parfois surnaturelle.

Pour le reste, ce film est raté et c'est très curieux qu'il ait eu l'honneur de la compétition à Cannes 2022 alors que Trois histoires de ma jeunesse, bien meilleur, ne l'avait pas eu.

Le jeu de Marion Cotillard et de Melvil Poupaud ne permet à aucun moment ne donner corps à ce couple, et de comprendre la véritable consistance de leur relation. Finalement, la nature de leur haine mutuelle n'est jamais vraiment compréhensible, et leur rabibochage sur le sol d'un supermarché n'est guère crédible. 

Il y a beaucoup de maladresses dans le film, assez peu habituelles chez Desplechin : la scène du vol au-dessus de Lille est par exemple d'un ridicule consommé. Les flashbacks en regardant les albums photos sont aussi d'une lourdeur inhabituelle chez le réalisateur nordiste. Et enfin le personnage de la jeune roumaine n'apporte à mon avis strictement rien au film. 

Il règne aussi dans le film une ambiance bobo (drogue, alcool, cigarettes, état d'âme d'artistes) qui sent un peu l'entre soi.

A noter qu'un des rares points forts du film est la prestation réussie de Patrick Timsit dans le rôle du copain compréhensif, qui parvient à ménager la chèvre et le chou au milieu de cette famille compliquée.

Un échec, le deuxième consécutif après le faible Tromperie.

Arnaud Desplechin sur Christoblog : Un conte de Noël - 2008 (****) / Jimmy P. - 2013 (**) / Trois souvenirs de ma jeunesse - 2014 (***) / Roubaix, une lumière - 2019 (****) / Tromperie - 2021 (**)

 

2e

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Palmarès du 75ème Festival de Cannes

Cette année, la compétition était très homogène. Aucun film n'a entraîné l'adhésion de la Croisette comme cela avait été le cas en 2019 avec Parasite par exemple. Mais aucun film n'a déchaîné non plus une tempête de critiques, comme The last face en 2016 ou Les filles du soleil en 2018.

Plus curieux encore, et fait vraiment exceptionnel, presque tous les 21 films en compétition ont figuré dans les palmarès idéaux des uns et des autres. Par exemple le palmarès de Libération ne comprend qu'un seul film en commun avec le palmarès définitif et en cumulant les deux on a quasiment l'ensemble des films !

Pour ma part, je trouve très étonnant que ne figure pas dans les films récompensés le très beau Armageddon time de James Gray (cela devient une humiliation pour ce grand cinéaste qui n'a jamais rien gagné à Cannes, qu'il adore pourtant). Etonnant aussi qu'il manque à l'appel le magnifique Leila's brothers, film iranien qui est ma Palme d'or personnelle et celle de nombreux festivaliers, ainsi que Les amandiers, de Valeria Bruni Tedeschi. Mes trois films préférés de la compétition 🙄 !

Le jury a réagi à cette homogénéité de la sélection en voulant récompenser le plus de films possibles (1 prix supplémentaire et deux prix ex-aequo) : 10 films sur les 21 présentés ont ainsi obtenu une récompense.

Palme d'or : Sans filtre (Triangle of sadness) de Ruben Ostlund

De la part du jury, c'est sûrement le choix le plus consensuel. Cette farce parfois potache, par moment hilarante, est sûrement l'oeuvre qui peut prétendre ramener le public le plus large possible vers les salles, tout en véhiculant un message anti-capitaliste qui a du plaire au président. Je trouve pour ma part le film agréable, mais un peu superficiel. C'est du cinéma de petit malin.

Grand prix ex-aequo : Close de Lukas Dhont et Stars at noon de Claire Denis

Close était la Palme d'or du coeur de beaucoup de festivaliers, le film ayant généré la plus longue standing ovation de la compétition (12 minutes). C'est un très beau film et à 31 ans Lukas Dhont est promis à un grand avenir : une sorte de Xavier Dolan européen, l'égo en moins. Le Claire Denis est de bonne facture mais ne mérite pas cette place : peut-être une façon de récompenser la réalisatrice pour sa carrière (et de s'assurer une présence féminine dans le palmarès ?).

Prix de la mise en scène : Park Chan-wook pour Decision to leave

Rien à dire, le nouveau film du réalisateur d'Old boy est presque trop brillant en terme de réalisation, on est parfois au bord du trop-plein d'idées.

Prix du scénario : Tarik Saleh pour Boy from heaven

Si le sujet du film est intéressant (un jeune pêcheur au coeur pur se trouve mêlé à une guerre de succession à la tête de l'université El Azhar du Caire), j'ai justement trouvé que le scénario souffrait de quelques carences ! Probablement une façon de trouver une petite place au film dans le palmarès.

Prix du jury ex-aequo : EO de Jerzy Skolimovski et Les huit montagnes de Felix van Groningen et Charlotte Vandermeersh

EO aurait pu se trouver plus haut dans le palmarès, c'est un film formidable et inventif. Quant aux Huit montagnes, il a souffert d'une campagne de dénigrement dans la presse que je trouve injuste : c'est un film grand public qui s'intéresse à des sujets rarement montrés au cinéma (l'amour de la montagne, l'amitié masculine comme ciment d'une vie)

Prix du 75ème : Tori et Lokita, des frères Dardenne

C'est un des plus faibles Dardenne, qui sont ici en service minimum. Il semblerait qu'il y ait eu des débats animés au sein du jury à son sujet : Lindon le voulant peut-être plus haut dans le palmarès. Un exemple que les plaidoyers moraux, s'il ne font pas de bons films, permettent d'obtenir des récompenses.

Prix d'interprétation féminine : Zar Amir Ebrahimi dans Holy spider (Les nuits de Mashhad)

Mérité ! Le film de Ali Abbasi, qui suit la trajectoire d'un tueur en série de femmes, est d'une violence crue, mais c'est un beau film nécessaire et toute l'équipe du film est désormais interdite de retour en Iran, ce qui représente quand on y pense une incroyable preuve d'amour envers le cinéma. L'actrice, qui vit en France depuis plusieurs années, campe une journaliste opiniâtre, obsédée par cette affaire.

Prix d'interprétation masculine : Song Kang-ho pour Les bonnes étoiles

Curieux que le jury ait choisi de récompenser l'acteur coréen pour ce rôle qui est presque un second rôle. Sûrement une façon de récompenser sa carrière entière et/ou de donner quelque chose au très beau film de Kore-Eda. Beaucoup pensait à l'italien Pierfrancisco Favino, pour son rôle dans Nostalgia.

Retrouvez mon avis sur 42 films présentés à Cannes dans Mon journal de Cannes 2022.

A l'année prochaine !

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Journal de Cannes 2022

 

28 mai

Ultimes séances de rattrapage. Le bleu du caftan (2/5), de Maryam Touzani, présente beaucoup de points communs avec son film précédent, Adam : huis clos, visages filmés en gros plans, sensualité dans la façon de filmer les peaux, étude de l'évolution des sentiments. Le film décrit un trio : Halim, qui fabrique des caftan et est homosexuel, sa femme en fin de vie, et un jeune apprenti beau comme un Dieu. Malgré beaucoup de qualités, je trouve que tout est trop appuyé dans le film, qui est trop long.

Et pour finir, 41 ème projection à Cannes qui me permet d'avoir vu l'intégralité des 21 films en compétition, Pacifiction (Tourment sur les îles) (1/5), dont Libération, entre autres, fait sa Palme d'or. Ce pensum dure 2H45 et regroupe la plupart des éléments que je déteste dans un certain cinéma d'auteur auto-centré : une façon de s'étaler sans sembler se soucier une seconde du spectateur, un refus de donner les clés de ce qui est montré, des éléments plaqués sur un récit de façon totalement artificielle (les scènes de boites de nuit). Une sorte d'onanisme cinématographique, qui ne possède même pas l'excuse de la beauté plastique que peuvent revendiquer Malick ou Wheerasethakul.

A l'année prochaine !

 

27 mai

Je rattrape ce matin un très beau film de la Semaine de la critique, Dalva (4/5) d'Emmanuelle Nicot. Le film suit l'itinéraire d'une jeune fille de douze ans qui a été séquestrée et abusée par son père de 5 à 12 ans, à partir du moment où elle est soustraite à l'influence de ce dernier. L'interprétation de la jeune Zelda Samson est incroyable de justesse. Un film sec, ramassé, brillant. 

Je reprends ensuite le fil de la compétition avec le nouveau Kelly Reichardt, Showing up (1/5). Je ne comprends toujours pas ce que cette cinéaste minimaliste a à nous dire. Sur une échelle de l'ennui de 1 à 10, je mets 9,5 à cette chronique qui nous montre une artiste en chaussettes essayer de prendre une douche et de soigner un pigeon. 

Un petit frère (4/5), de Léonor Serraille est au contraire une ample fresque très abordable, qui donne à voir l'itinéraire en France d'une femme et ses deux fils, arrivés de Côte-d'Ivoire en 1989. Beaucoup de justesse et une grande qualité d'écriture, parfait pour terminer en beauté une compétition. Le nouveau Hirokazu Kore-Eda, tourné en Corée avec des acteurs coréens, est une nouvelle variation sur la notion de famille. Les bonnes étoiles (5/5), connu à Cannes sous le nom de Broker, est un petit peu moins puissant qu'Un air de famille, mais il touche souvent au coeur, mêlant avec beaucoup de grâce ironie douce, émotion feutrée et rebondissements inattendus.

26 mai

Retour à la compétition avec Leila's brothers (5/5), de l'iranien Saeed Roustaee (La loi de Téhéran). Un film fleuve (2h45 quand même), mais qui passe plus vite que certains films d'1h30. Il faut imaginer l'ambiance de la série Succession dans une famille iranienne modeste, avec des intrigues dignes de Farhadi. Grand film intimiste et politique, cette fresque familiale devient ma Palme d'or à ce stade de la compétition.

Stars at noon (3/5) de Claire Denis, est plutôt une réussite. Margaret Qualley et Joe Alwyn forme un couple très convaincant, qui confrontent leurs deux opacités dans un Nicaragua moite et gangrené par toutes sortes d'intrigues politiques auxquelles on ne comprend pas grand-chose, mais ce n'est pas grave. Avec une BO merveilleuse de Tindersticks. Enfin Close (4/5), le deuxième film de Lukas Dhont, l'auteur du formidable premier film Girl. Dhont film merveilleusement bien l'amitié de deux jeunes garçons de 13 ans. Un cinéma d'une grande finesse, qui pourrait trouver sa place au Palmarès. On devrait retrouver ce réalisateur de très nombreuses fois à Cannes dans l'avenir, il n'a que 31 ans et produit déjà des films de toute beauté.

25 mai

 

Pas de compétition pour aujourd'hui, mais un petit tour dans les sélections parallèles. A la Quinzaine, le nouveau film de Thomas Salvador, La montagne (1/5) m'a beaucoup déçu. L'idée d'un homme qui va dans la montagne et ne veut / peut plus en descendre était sympa, mais l'aspect surnaturel ajouté n'apporte rien au final, au contraire. Je passe à la clôture de la Semaine pour Next Sohee (3/5), de July Jung, dont j'avais beaucoup aimé A girl at my door. Ce deuxième film est une charge violente contre la façon dont la société coréenne traite ses jeunes sur le marché du travail. Bien qu'un peu long, la projection est agréable, notamment grâce aux actrices, parmi lesquelles la formidable Doona Bae.

A Un certain regard, Mediterranean fever (3/5) de la palestinienne Maha Haj est un joli film sur une amitié entre un malfrat et un écrivain dépressif. Bien écrit (un peu long, mais c'est une maladie générique à Cannes cette année) et bien joué, le film est étonnant, jusqu'au retournement final. Elia Suleiman et les frères Nasser sont dans la salle, solidarité palestinienne oblige.

Enfin je rattrape Godland (2/5) de l'islandais Hlynur Palmason (Un jour si blanc). Certains s'extasient sur cet exercice de style hyper stylisé qui décrit le périple d'un prêtre danois en Islande au XIXème siècle : format carré, absence presque totale de dialogue pendant la première partie du film, paysages grandioses, action réduite à sa plus simple expression, longueur excessive (2h23). Je n'ai pas été sensible du tout à la démarche du réalisateur, même si la qualité de la photographie est en effet incroyable. Pour ceux qui ont aimé des films comme La dernière piste ou Jauja.

 

24 mai

Début de journée à Un certain regard. Retour à Séoul (4/5), de Davy Chou, est un très beau film sur la recherche de ses origines par une Française adoptée en Corée. Le film est à la fois ample, précis et émouvant. L'actrice est formidable.

Les frères Dardenne, dans Tori et Lokita (2/5) appliquent une recette éprouvée : accumuler un maximum d'humiliations sur les deux personnages de migrants jusqu'au drame, et sans possibilité de s'échapper. C'est peut-être efficace pour dénoncer la façon dont les migrants sont traités en Europe, mais cela ne fait pas un bon film, tout juste un manifeste pour une ONG. Heureusement que les deux interprètes principaux sont très bons.

La suite est plus réjouissante. Je parviens à entrer dans le GTL pour la cérémonie du 75ème anniversaire. Une centaine de sommités du cinéma mondial sont là, je ne peux pas tous les citer. C'est devant ce parterre de réalisateurs incroyables (14 palmes d'or pour les présents) que Louis Garrel à la lourde tâche de présenter son film, L'innocent (4/5). Heureusement pour lui le film est très bon, c'est la comédie dramatique dont le festivalier épuisé à besoin à l'approche du sprint final. La salle a éclaté de rire à de nombreuses reprises - et moi aussi. 

Fin de soirée avec Nostalgia (4/5) de l'italien Mario Martone, avec l'excellent acteur Pierfrancesco Favino (Le traître), qui pourrait bien ici espérer un prix d'interprétation. On suit un italien qui revient à Naples quarante ans après en être parti, et qui se frotte à son ancien meilleur ami, devenu boss du quartier pour la Camorra. C'est efficace, et surtout c'est un magnifique portrait de la cité napolitaine.

 

23 mai

Enorme journée aujourd'hui avec 5 films, 2 montées des marches en soirée et beaucoup d'émotions. Cela commence à la Quinzaine avec le nouveau film de Léa Mysius, Les cinq diables (3/5), un drama familial teinté de surnaturel. Cela commence très bien avant de s'affadir un peu. Le film paraît trop écrit. Adèle Exarchopoulos est là avec toute l'équipe du film.

On continue à Un certain regard avec un film turc, Burning days (2/5), de Emin Alper. Cela se situe quelque part entre Zvyaguintsev et Nuri Bilge Celan, avec beaucoup moins de finesse et de talent. Cette critique de la société turque est pleine de bonnes intentions, mais un peu naïve.

J'arrive ensuite au GTL pour un trois à la suite. Je ne me serais jamais attendu à adorer le film de Valéria Bruni-Tedeschi, Les amandiers (5/5) ! Ce portrait de groupe est magnifique. Il saisit les spécificités du métier d'acteur, il dresse un portrait sans concession mais passionnant de Patrice Chéreau, et il restitue à merveille l'ambiance des années 80. Le casting est au top. Les amandiers, c'est tout ce que le cinéma peut apporter : des infos, des émotions, des sensations. J'attendais beaucoup (sûrement trop) du nouveau film de Park Chan-Wook, Decision to leave (3/5). La mise en scène est comme d'habitude souveraine, et le scénario excelle à rendre compréhensible une histoire très complexe, mais le film est un peu long et moins spectaculaire que Mademoiselle, par exemple. Eventuellement un prix du scénario ou de la mise en scène.

Pour finir, j'obtiens miraculeusement un billet pour Les crimes du futur (1/5), de David Cronenberg. Je n'aime pas du tout le film que je trouve compassé, artificiel et finalement pauvre en cinéma. Les concepts qu'évoquent les personnages (par ailleurs tous assez mal joués) sont finalement plus intéressants que le film lui-même. Mais le spectacle autour de moi, dans un carré de 20x20 sièges est d'anthologie : outre Léa Seydoux et Kristen Stewart, je vois Guillermo del Toro se lever pour applaudir Cronenberg, Claude Lelouch de lever pour laisser passer Sharon Stone rejoindre sa place, Nuri Bilge Ceylan arriver avec son fils, Chiara Mastroianni saluer Rebecca Zlotowski, Félix Moati se pointer sans costard et s'assoir non loin d'Agnès Jaoui, Vincent Cassel présenter son billet à l'ouvreuse juste avant moi, etc. J'ai rarement vu un parterre de cette qualité.

 

22 mai

Trois films en compétition à la suite aujourd'hui. Dans Triangle of sadness (3/5), Ruben Ostlund poursuit dans la veine qui lui a déjà donné une palme d'or (The square) : se moquer avec causticité des petits travers de notre société, et des grands aussi. C'est souvent très bien vu, et parfois hilarant, mais comme ses personnages sont réduits à des caricatures sans épaisseur, l'impression finale est celle d'une superficialité un peu creuse, d'une farce potache.

Autre palmé, Cristian Mungiu ne pourra lui sûrement jamais être accusé d'être superficiel. RMN (3/5) est magnifiquement réalisé, mais un peu moins bien écrit que ses oeuvres précédentes. Le film aborde beaucoup de thèmes qu'il ne traite pas complètement, avant de se concentrer sur un tableau de la xénophobie ordinaire dans un petit village roumain. Une scène de 15 minutes, en plan-séquence fixe et avec une petite centaine de figurants, est magistrale. Holy spider (5/5), qui sortira en France sous le nom de Les nuits de Mashhad, est une oeuvre coup de poing d'Ali Abbasi, cinéaste iranien vivant en Suède, dont j'avais adoré le film précédent, Border. On suit un tueur en série fou d'Allah, qui s'en prend aux prostituées. C'est rugueux, très rythmé et frontal. On devrait le retrouver au palmarès, si les scènes de violence n'effraient pas le jury.

Pour finir en douceur, Don Juan (3/5) de Serge Bozon démontre surtout le talent immense de Virginie Efira, et celui de Tahar Rahim chanteur. L'univers décalé et très formel de Bozon trouve dans cette histoire mélancolique et triste un parfait terrain, je trouve, bien plus que dans le registre de la comédie grinçante. Le film est descendu par tout le monde ou presque.

 

21 mai

La journée commence avec Frère et soeur (2/5), qui m'a déçu. Je reviendrai très bientôt sur ce film, qui est une parodie de Desplechin par Desplechin. Étonnant de voir le contraste entre les critiques "parisiennes", dithyrambiques si on en croit Allociné (4,3 de moyenne !), et l'accueil glacial de la Croisette (il y aurait eu des ricanements pendant la projection presse).

Pamfir (5/5) est un coup de coeur. Le film est ukrainien mais n'a rien de politique. Il s'agit d'une sorte de tragédie grecque en forme de western slave, servi par une mise en scène d'une élégance rare. Un film que j'aurais volontiers vu en compétition dans l'officielle. Le nom du réalisateur est à retenir, et pas seulement si on joue au scrabble : Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk. Je continue à la Quinzaine avec Sous les figues (2/5) de la tunisienne Erige Sehiri, rayonnante dans la salle avec son casting non professionnel. Le film est un portrait de la jeunesse tunisienne, solaire, énergique et anecdotique, le temps d'une journée de cueillette de figues.

Pour finir, dans une salle archi-comble du Cineum, un des évènements de cette édition, le nouveau film de George Miller, Trois mille ans à t'attendre (3/5). C'est du divertissement de très bonne tenue, servi par un duo admirable (Tilda Swinton et Idriss Elba), qui loue les pouvoirs de l'imagination. Ca fait plaisir de voir du cinéma grand public qui quitte le sillon Marvel pour retrouver le plaisir des Mille et une nuits.

 

20 mai

Retour à la compétition aujourd'hui avec pour commencer le superbe Armageddon time (5/5) de James Gray. Très bien accueilli par la Croisette, c'est ma première Palme d'or potentielle. Le James Gray des débuts (jusqu'à Two lovers) revient dans ce film délicat, fluide et très bien réalisé, qui mélange la chronique intime et l'exploration du racisme chronique américain. Magnifique.

EO (4/5) (on peut traduire par Hi-Han) du polonais Jerzy Skolimovski est quant à lui le premier film complètement barré de l'édition 2022. iL s'agit de suivre la trajectoire d'un âne de son point de vue, en explorant la grandeur de la nature et la bêtise cruelle des hommes. Il y a une idée de cinéma toutes les 2 minutes, et c'est comme si Lynch croisait Kaurismaki. Troisième film à la suite au GTL, Boy from heaven (2/5) du réalisateur suédois d'origine égyptienne Tarik Saleh (Le Caire confidentiel) m'a déçu. Si l'histoire est intéressante (un jeune étudiant est entraîné dans une guerre de succession à la tête de la prestigieuse université coranique Al Azhar du Caire), le traitement est trop plat, et le scénario m'a semblé bâclé. Un produit trop formaté "compétition cannoise" à mon goût.

Enfin, direction Debussy pour le nouveau film d'un réalisateur que j'aime beaucoup, Dominik Moll. La nuit du 12 (4/5) est une sorte de Zodiac franchouillard, sur une affaire d'homicide non résolue à Saint-Jean de Maurienne. C'est captivant et excellemment joué par Bastien Bouillon et Bouli Lanners. La projection est marquée par un évènement rarissime : devant le manque de sous-titres anglais une partie du public fait interrompre la séance, qui repartira quelques minutes plus tard !

 

19 mai

Rodeo (4/5), premier film de la Française Lola Quivoron, était très attendu. Le film nous fait pénétrer dans le monde méconnu des adeptes de cross-bitume. L'héroïne principale (qui m'a beaucoup fait penser à celle du film American Honey) suit un parcours initiatique entre délinquance et quête de soi-même. C'est très bien fait, même si la fin m'a laissé perplexe.

Harka (3/5) m'a ensuite emmené en Tunisie. Le réalisateur qui vit aux USA, Lotfy Nathan, imprime une efficacité toute américaine à ce tableau d'un jeune tunisien qui va finir par s'immoler par le feu. Le tableau de la société tunisienne est glaçant. A la Quinzaine, Philippe Faucon propose Les harkis (2/5), qui décrit de façon un peu académique et sans grand enjeu dramatique les dilemmes des supplétifs algériens qui aidèrent l'armée française. Intsructif et très bien photographié, sans être génial. Après Tirailleurs, on dirait que le cinéma français a envie de se frotter à son passé colonial...

Le film du couple belge Félix Van Groningen et Charlotte Vandermeersch, Les huit montagnes (4/5) est plus sage que les films précédents de Van Groningen (La merditude des choses, Alabama Monroe). Format carré, écoulement lent du temps, paysages alpestres magnifiquement filmés, un sujet finalement peu montré au cinéma (l'amitié masculine comme sens à sa vie). Le film est un poil trop long (2h27) et pas toujours de très bon goût, mais il est beau et je me suis laissé emporté par l'évolution des personnages. La presse n'a pas aimé du tout.

 

18 mai

A peine arrivé, je trouve par miracle en quatre minutes chrono une place pour le premier film en compétition, La femme de Tchaïkovski (2/5), de Kiril Serebrennikov. Si la caméra est nettement moins agitée que dans La fièvre de Petrov (ce n'est pas difficile), la mise en scène reste virtuose. C'est intéressant, mais assez froid et surtout très long (2h30). Il faut dire que le sujet est un peu austère : l'amour obsessionnel et aveuglé d'une jeune femme pour un homme qui n'en voulait pas (le musicien était homosexuel, et pas vraiment sympa avec son épouse).

Je glisse ensuite dans la salle Debussy pour l'ouverture d'Un certain regard. Tirailleurs (3/5) est présenté par l'équipe du film au complet, dont un Omar Sy rayonnant et très ému. Le film raconte la première guerre mondiale du point de vue des tirailleurs sénégalais. C'est bien fait sans être génial, et le scénario aborde beaucoup de sujets intéressants. Dans la lignée d'Indigènes, qui avait été aussi présenté à Cannes. 

Pour finir, direction le théâtre Croisette pour l'ouverture de la Quinzaine. Je n'avais pas aimé son film précédent (Martin Eden), mais Pietro Marcello réussit ici à me convaincre avec pourtant des ingrédients similaires : un jeu constant et déstabilisant sur les différentes textures d'image, une sorte de romantisme rude et mal dégrossi, un vérisme parfois très cru. La réussite de L'envol (4/5) tient dans son très beau portrait de jeune fille, associé à une poésie diffuse. Un film étonnant et profond.

 

17 mai

Comme j'en ai pris l'habitude depuis plusieurs années, le Festival commence pour moi à distance, je ne rejoindrai la Croisette que demain. Après le feu d'artifice que constituait Annette en ouverture l'année dernière, cette édition s'ouvre sur un mode plus mineur, mais qui célèbre à sa façon, modeste et réjouissante, la magie du cinéma.

Coupez ! (4/5) de Michel Hazanavicius, est un kick off parfait, habilement construit, remake du film récent Ne coupez pas !, du japonais Ueda. On découvre tout d'abord une série Z japonisante d'une demi-heure, avant d'assister intrigué à des flashbacks qui nous font voir l'envers du décors. C'est simple, très bien écrit, et servi par des acteurs qui ont l'air de bien s'amuser. Les seconds rôles sont parfaits, Jean Pascal Zadi en tête. Une ouverture pétillante en forme de déclaration d'amour à l'amateurisme et au septième art. 

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Coupez !

Coupez ! commence par une série Z de 30 minutes filmée en plan séquence. On se demande vraiment ce qu'on est en train de regarder. Plusieurs scènes sont complètement ratées, les dialogues sont nuls et les acteurs semblent souvent improviser maladroitement. Parfois un effet de style fait cinéma d'auteur (la caméra est fixe alors que les personnages sortent longuement du champ, ou reste par terre après être tombée, façon found footage).

Mais curieusement, l'action se poursuit cahin-caha, et le réalisateur (un Romain Duris survolté) parvient à toujours retomber toujours sur ses pieds en parvenant même parfois à nous emporter.

Après cette introduction, le film raconte la genèse de ce qu'on vient de voir : comment cette série Z a été préparée, puis tournée. Hazanavicius parvient alors à nous surprendre et à nous émouvoir. Beaucoup d'éléments inexplicables du film initial trouve alors une explication rationnelle, parfois hilarante.

Cette deuxième partie est une déclaration d'amour au cinéma et plus spécifiquement à la volonté de tourner coûte que coûte, même avec peu de moyens et en dépit des difficultés rencontrées. C'est souvent drôle, très bien rythmé et tous les seconds rôles sont formidables.

Ce remake d'un film japonais est une ouverture parfaite, pétillante et réjouissante, pour le Festival de Cannes 2022.

Suivez jour par jour le Festival 2022 : Mon journal de Cannes 2022

 

3e

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The duke

Il y a quelque chose d'étonnant à voir les cinéastes anglais réussir ce qu'en France on a beaucoup de mal à faire : des films réglés comme du papier à musique, amusants, bien joués, rythmés et agréables.

Nous voici dans les années 60, à suivre un Robin des Bois en imperméable, prêt à faire bien des folies pour que la redevance télé soit gratuite pour les aînés.

Jim Broadbent est très bon dans ce rôle de gentil débonnaire alors que Helen Mirren casse la baraque, comme à l'habitude. La mise en scène de Roger Michell (Coup de foudre à Notting Hill, c'est lui) est d'une sobre efficacité, ne négligeant jamais d'entretenir le rythme et de peaufiner les seconds rôles.

Un divertissement agréable, sans beaucoup de prétention.

 

2e

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Murina

Tout dans Marina est estampillé "film d'auteur" destiné à être remarqué : une unité de lieu remarquable, une réalisatrice déjà récompensée pour un court-métrage sur le même sujet, une jeune actrice charismatique, des thèmes à fort potentiel dramatique.

Mais d'une certaine façon, cette qualité programmatique joue contre le film, qui ne ménage pas beaucoup de surprises : le père possessif et violent n'est pas très sympa, l'ami visiteur et riche va séduire la jeune Julija dont les désirs d'émancipation vont se heurter à la dure réalité.

Se succèdent donc différentes scènes très signifiantes et filmées de façon conventionnelle (et parfois un peu maladroite), sans que l'intérêt pour ce que raconte Murina ne grandisse beaucoup : une petite déception, pour cette Caméra d'Or du festival de Cannes 2021.

 

2e

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