Christoblog

Toni Erdmann

Pour une fois, la publicité de l'affiche ("La Palme du public et de la presse") n'est pas mensongère.

De mémoire de festivalier, j'ai en effet rarement ressenti sur la Croisette un engouement aussi immédiat et unanime pour un film : le seul cas similaire qui me vienne à l'esprit, c'est celui de La vie d'Adèle.  

Toni Erdmann ne possède pourtant au départ rien de bien séduisant : un film allemand de 2h42, réalisé par une quasi inconnue du grand public. A Cannes, ceux qui avaient eu la chance de voir le film se moquaient cruellement des spectateurs timorés qui avaient zappé le film pour cause de nationalité / durée / manque de notoriété, et qui ne pouvaient le rattraper.

Les premières images du film renforcent d'ailleurs les a priori qu'on peut avoir à son encontre : image un peu sale, mise en scène qui ne ressemble à rien, intrigue qui démarre bien lentement. Rapidement cependant, Maren Ade parvient à nous intriguer : on réalise assez vite que l'écriture du film est millimétrique, que les développements du scénario sont imprévisibles et que les deux comédiens principaux sont tout simplement énormes.

L'intérêt pour le film monte ainsi crescendo d'une façon très étonnante, comme si le sismographe des émotions, à 0/10 avant l'entrée en salle, puis à 1/10 après dix minutes, montait régulièrement pour atteindre après une ou deux heures des 10/10 tonitruants, lors de plusieurs scènes d'anthologie, de types très différents au demeurant. 

A Cannes, la salle a applaudi de contentement et de surprise mêlés au moins deux fois (lors de la célèbre chanson, et au moment de la réception). Ce sont peut-être les moments de communion les plus forts que j'ai vécu à Cannes depuis cinq ans. L'ambiance y était alors euphorique.

Résumons nous : Toni Erdmann ne ressemble à aucun film que vous avez vu jusqu'à présent, et c'est pourquoi il est si difficile d'en parler. Tour à tour comédie de situation et drame sentimental, brûlot politique et fable morale, le film de Maren Ade est une pépite comme on en voit rarement, qui se permet d'embrasser plusieurs thématiques très différentes en profondeur.

Si le sujet des relations père / fille est au coeur du film, c'est loin d'être le seul abordé : Maren Ade y évoque aussi les relations entre pays riches et pays plus pauvres, les modes de fonctionnement du business international, les responsabilités individuelles, la misère sexuelle de notre époque et une dizaine d'autres sujets encore. 

Que le jury de Cannes ne lui ait décerné aucune récompense, alors qu'il les méritait toutes (scénario, mise en scène, interprétation) est incompréhensible. 

Le meilleur film de l'année, sans nul doute.

 

4e 

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Dernier train pour Busan

Pour apprécier Dernier train pour Busan, il ne faut pas être réfractaire au film de zombie.

Ce postulat étant posé, le film de Sang-ho Yeon (remarqué à Cannes il y a quatre ans pour un remarquable et terrible film d'animation, The king of pigs) est de facture très solide.

Au rayon des points faibles, on pourra toujours dire que les personnages ont des caractères assez grossièrement dessinés et que la mise en scène, peu recherchée, ne favorise pas véritablement l'empathie. 

A celui des points forts, il faut noter un scénario assez imaginatif, surtout dans la deuxième heure du film, une efficacité et une sobriété redoutables dans les scènes d'action, et la performance remarquable de la toute jeune actrice.

Dernier train pour Busan, s'il n'évite pas quelques facilités critiquables, reste un agréable divertissement pour amateur du genre. Il se différencie des blockbusters américains par sa capacité à éliminer progressivement et sans vergogne les gentils, et par sa modestie narrative, au final assez sympathique.

 

2e

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Sieranevada

Sous ses aspects classiques de film de repas familial (façon Festen, Un air de famille ou Un conte de Nöel), Sieranevada brasse de nombreuses problématiques complexes, qui toutes au final évoquent la condition humaine.

Sans chercher à être exhaustif, Cristi Puiu évoque le communisme, la religion (d'abord moquée, puis procurant au final un véritable moment de grâce), l'amour et sa variante qu'on dirait inévitable, l'adultère (scène hilarante de la femme qui débite les turpitudes de son mari, ce qui provoque un fou rire général), la mort du père, la tentation de la violence salvatrice, etc. 

Tout l'intérêt du film, qui est par ailleurs trop long (2h53), consiste dans ce dialogue permament entre une mise en scène de haute volée exploitant incroyablement l'espace confiné de l'appartement, et les grandes interrogations sur le sens de la vie.

Le film a des allures d'En attendant Godot matérialiste, le repas attendu ne semblant jamais devoir commencer, alors que comme le fait remarquer justement le personnage principal, tout s'arrange quand les estomacs se remplissent.

Mimi Bramescu porte le film sur ses épaules, toujours calme et apaisant, tentant de concilier les points de vues et d'extraire de toutes les situations, aussi bizarres soient elles, quelque chose d'utile.

Brillant exercice de style, parfois confondant de vituosité, mais aussi souvent un peu vain, Sieranevada conviendra avant tout aux amateurs de cinéma roumain. Ils me comprendront.

Cristi Puiu sur Christoblog : La mort de Dante Lazarescu - 2005 (***)

 

2e

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Concours L'étage du dessous

A l'occasion de la sortie en DVD le 6 septembre du film roumain L'étage du dessous, je vous propose de gagner 4 DVD.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "Quel est le réalisateur du film?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 1er septembre 20 h.

Un tirage au sort départagera les gagnants.

Vous recevrez ensuite le DVD, envoyé directement par le distributeur.

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Lea

Des films de mafia, on en a vu des paquets. Des durs, des sanglants, des burlesques...

Il manquait le film réaliste qui montre le calvaire d'une épouse de mafioso qui veut quitter ce milieu. 

Le réalisateur Marco Tullio Giordana, qui réalisa il y a quelques années un chef-d'oeuvre longue durée (Nos meilleures années), excelle à mettre en valeur la forte personnalité du personnage de Lea, interprétée avec maestria par Vanessa Scalera. Il faut en effet un cran énorme, on s'en doute, pour claquer la porte d'une famille dont on ne divorce pas.

En dressant de petits tableaux très réussis, espacés à chaque fois de plusieurs années, le film parvient à donner le sentiment du temps qui passe, et donne à voir le vieillissement physique et mental de Léa.

La première partie du film est de facture assez classique, mais la deuxième partie devient réellement passionnante. Et glaçante.

Un très beau film.

 

3e

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La vie est belge

Aller voir La vie est belge, c'est retrouver le goût de comédies anciennes (celles de Gérard Oury par exemple), qui étaient capables d'apporter le sourire et le rire, sans être niaises ou racolleuses.

D'abord, signalons qu'il faut être complètement cinglé pour monter un projet aussi borderline que celui-ci : faire se croiser l'univers de Christophe Honoré (période Chansons d'amour) et celui de Benoit Poelvoorde ! 

La vie est belge insère des morceaux chantés dans son intrigue, qui sont exclusivement des tubes belges, flamands ou wallons. Evidemment, on connaît mieux les seconds : Lio, Plastic Bertrand, Adamo. Le résultat est souvent touchant, et toujours charmant. Quand les chansons se doublent d'une petite chorégraphie, on se croit fugitivement chez Demy, aux USA ou même à Bollywood - c'est super gonflé.

Le scénario suit son sentier avec fermeté et une certaine originalité. La fin du film, bien que consensuelle, brille par son efficacité foutraque et joyeusement débridée, à l'image du très beau générique de fin.

Les personnages féminins sont épatants, les personnages masculins sont souvent délicieusement caricaturaux. 

La vie est belge provoque alternativement rires complices et petites larmes en coin, avec une efficacité et une bonne humeur communicative. 

Plus qu'une curiosité, un super bon moment.

 

3e

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El clan

Sortie DVD

Le pitch de El clan est un pitch en or : une série d'enlèvements et de meurtres sont commis par un patriarche charismatique, avec l'aide directe ou tacite de sa petite famille.

A la vision de la bande annonce affriolante, on s'attend à un film cruel mettant en évidence le contraste terrible entre la violence crapuleuse et une vie de famille bien rangée.

Malheureusement, Pablo Trapero semble prisonnier de ses recherches documentaires. A force de vouloir trop coller à la vérité historique, il suscite la confusion, puis l'ennui. Les longues scènes d'exposition du début nous égarent, nous laissant à penser qu'on assiste à un thriller, à un mélodrame familial, à un tableau sociologico-politique de l'Argentine post-dictature, et même à une comédie noire.

Finalement, El clan est un peu de tout ça, sans réussir pleinement dans une des voies qu'il esquisse. Le film progresse à grand coups d'ellipses alambiquées, et l'énorme talent de Trapero en tant que réalisateur (beaucoup d'effets réussis, une efficacité redoutable) ne suffit pas à combler les béances de l'écriture.

El clan est un qui film échoue par excès d'ambition.

Pablo Trapero sur Christoblog : Carancho - 2010 (*)

 

2e

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Truman

Sur le papier, il y a tout à craindre de ce genre de sujet : deux vieux copains se revoient alors que l'un d'entre eux va mourir.

On imagine immédiatement les scènes larmoyantes, les vieux souvenirs qu'on se raconte tout une nuit durant, les effusions en tout genre.

Le mérite de Cesc Gay est d'éviter toutes les chausse-trapes possibles. 

Le générique de début est à ce titre exemplaire : le voyage de Tomas du Canada en Espagne est résumé en quelques minutes, à raison d'un plan par situation (maison, taxi, salle d'embaquement, avion, etc). Le réalisateur choisit une mise en scène et un montage qui visent à l'épure et au dépouillement, ce qui rend son film pudique, amusant et émouvant.

Les relations entre Julian et Tomas seront ainsi toujours dessinées comme en creux, avec beaucoup de pudeur, et même parfois de dureté. Les deux amis se disent les choses parfois très crûment et entre eux peu de moments semblent portés par l'émotion. Les vecteurs de leur amitiés se situent ailleurs : un sens de l'humour partagé, le personnage de Paula, le chien Truman, l'argent qu'on partage sans aucun tabou, des objets qui changent de main (le livre que Tomas reprend).

Truman est perpétuellement sur le fil du rasoir, se tenant parfaitement entre deux gouffres béants : celui de l'inconsistance nauséeuse et celui du mélodrame tire-larmes. Il y parvient principalement grâce au jeu miraculeux des deux acteurs principaux. Ricardo Darin est très émouvant avec ses airs de grand ado beau gosse sûr de son charme, mais Javier Camara est encore meilleur, dans un rôle étonnant et magnifique d'observateur concerné. Il lui suffit d'un regard de côté ou d'une respiration avant de prendre la parole pour faire passer au spectateur une émotion, une réflexion et même parfois toute une histoire.

Cesc Gay s'affirme avec Truman comme LE réalisateur espagnol à suivre, dans un genre qui rappellera plus Truffaut que Refn : son style n'en est pas vraiment un. Il préfère l'élégance d'un montage précis aux effets clipesques, et l'alternance parfaite de différents types de plans à l'esbrouffe visuelle. Il confirme également être un des meilleurs directeurs d'acteurs en activité.

Le film à voir cet été.

Cesc Gay sur Christoblog : Les hommes ! De quoi parlent-ils ? - 2012 (***)

 

4e 

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Sparrows

Auréolé de toute une série de prix à travers les festivals du monde, Sparrows est finalement un produit assez consensuel et peu original.

Un adolescent doit quitter Reyjkavik pour rejoindre son père dans un fjord isolé de l'Ouest du pays. Le paternel s'avère être un poivrot, et le jeune héros va découvrir la vie au cours d'un été : premier amour, premier rapport sexuel, premier travail, première cuite, premier deuil, etc. Les rapports père / fils vont évoluer au fil des évènements, et de la construction de la personnalité du jeune personnage.

La mise en scène est relativement sage, les scènes s'étirent sans réelle utilité, et le scénario ne ménage qu'une idée vraiment originale, qui constitue la dernière partie du film. Runar Runarsson joue assez bien avec la lumière variable de l'Isalnde, mais avec une image de médiocre qualité.

Si le film plait tant, ce n'est que par la grâce du jeu des acteurs, tous parfaits, et peut-être aussi pour l'exotisme que dégage cet endroit complètement reculé, dans lequel les hommes semblent minuscules.

L'Islande a produit récemment de bien meilleurs films : Béliers  (****), L'histoire du géant timide (***), et le film franco-islandais de Solveig Anspach L'effet aquatique (***).

 

2e

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Tout de suite maintenant

Il est assez rare de voir un film français entremêler aussi habilement différents genres.

En suivant les premiers pas de Nora dans son nouveau job, on se demande à quoi on est en train d'assister : une description d'un certain milieu d'affaire où les intérêts financiers priment sur toute autre considération, une success story de jeune femme dans un monde de mâles dominants ?

Quand le personnage du père de Nora entre en scène (Bacri qui joue le misanthrope plus qu'il ne l'a jamais fait, c'est vous dire), on ne comprend vraiment plus : le film semble devenir une comédie dramatique familiale.... d'autant plus qu'une histoire d'amour contrariée avec l'énervant Vincent Lacoste vient en plus polluer le propos.

En faisant progresser à grand coup d'ellipse son film, Pascal Bonitzer flirte même avec le genre fantastique (le chien, les ouvriers plonais), avant de revenir progressivement à une résolution d'intrigue assez sage, concluant un exercice qui, à défaut d'être renversant, est très agréable à suivre. 

Il faut signaler comme point fort du film, l'incroyable casting, avec des performances renversantes de Lambert Wilson, Isabelle Huppert et Pascal Greggory.

 

2e

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The strangers

On ne peut qu'être stupéfait par l'incroyable virtuosité dont fait preuve le réalisateur Na Hong-jin dans son dernier opus.

Mais avant de développer il me faut signaler que le film n'est probablement pas destiné à un public très large : il faut pour pleinement l'apprécier ne pas être réfractaire au cinéma de genre, tendance exorcisme et épouvante.

Ceci étant dit, The strangers présente toutes les caractéristiques du film culte destiné à marquer les esprits. 

Il commence comme une comédie grinçante coréenne (c'est à dire, mettant en scène des flics incompétents), avant de basculer dans le thriller fantastique, puis de verser au final dans un sidérant huis-clos à ciel ouvert, si je peux dire, entre un policier benêt et l'ensemble des forces du mal réunies.

Le film, dans cette dernière partie, n'évite pas une certaine confusion qui pourra dérouter. En réalité, on ne sait plus trop qui est qui, qui fait quoi, et dans quel camp se situent les différents personnages. Cette incroyable maelstrom de forces occultes plonge le spectateur dans un état de sidération qui n'est pas très éloigné de celui du héros. Na Hong-jin réussit alors un coup de maître : nous sommes nous-mêmes, en tant que spectateur, désorientés par les forces du mal.

Le film est par ailleurs d'une beauté confondante dans tous ses aspects : utilisation géniale des décors, scènes gore parfaites de réalisme, excellents acteurs, mise en scène souveraine. 

L'interprétation globale qu'on peut avoir de The strangers pourra être très différente : chant d'amour d'un père pour sa fille, ou tableau désespérément noir de la condition humaine face aux forces qui la dépassent. C'est le propre des grands films.

 

Na Hong-jin sur Christoblog : The chaser - 2008 (***) / The murderer - 2011 (***)

 

3e

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La tortue rouge

Tout le monde, ou presque, s'extasie sur cette production des Studio Ghibli, réalisé par le néerlandais Michael Dudok de Wit.

Je dois être une sacrée tête de pioche, ou avoir un sacré coeur de pierre, pour être passé à côté de la magie de ce film, qui m'a paru simplet et inconsistant. 

Le sujet est ultra mince : un naufragé sur une île déserte, une tortue qui se transforme en jolie fille (ben oui, pourquoi pas ?), un bébé, le temps qui passe, la mort. Tout cela sans parole et en 1h et 20 minutes. C'est joli, bien qu'un peu répétitif (les décors servent 10 ou 15 fois chacun), et très gentil, bien que franchement naïf (l'amour c'est vachement bien). L'animation m'a semblé un peu coincée.

A part quelques sensations liées à la nature vraiment bien évoquées, je ne vois pas ce qu'on peut trouver à ce dessin animé somme toute très sage, et dépourvu de la verve onirique des meilleurs Miyazaki, Le voyage de Chihiro par exemple.

A réserver aux esthètes minimalistes et aux adeptes de robinsonades mystico-écologiques.

 

2e

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L'effet aquatique

On a déjà croisé les personnages d'Agathe, Samir, Anna et Ulfur dans un film précédent de la regrettée Solveig Anspach, Queen of Montreuil.   

C'est donc d'abord avec un doux plaisir de retrouvailles tendres qu'on retrouve le monde poétiquement bargeot de la franco-islandaise.

La première partie du film, presque entièrement centrée sur la piscine Maurice Thorez de Montreuil (un monde, un univers !), est une magnifique histoire d'amour irraisonnée entre ces deux acteurs uniques que sont la gracile Florence Loiret-Caille et le dégingandé hébété Samir Guesmi. On se délecte dans ce jeu subtil et inutile de l'amour et de l'indifférence, supervisé par deux agents d'entretien célestes joués par Philippe Rebot et Esteban.

La deuxième partie islandaise est jouissive pour ceux qui ne connaissent pas ce merveilleux pays qu'est l'Islande (je pèse mes mots), bien qu'un peu anecdotique. Le film navigue alors dans un registre plutôt folklorico-poético-lunaire, mâtiné de satyre des institutions internationales, qui n'est pas sans déclencher de francs afflux d'endorphine. 

Bon enfant, léger et délicat, un pur film d'été qui fait du bien.

 

3e

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Love and friendship

L'idée que le réalisateur du déroutant Damsels in distress puisse adapter la prose souvent piquante de Jane Austen avait quelque chose d'intrigant.

Malheureusement, le résultat m'a plutôt déçu. La structure épistolaire du court texte d'Austen donne ici un scénario assez verbeux, construit d'une façon artificielle à grand coup d'ellipse.

On peine à voir l'ensemble de l'intrigue se dessiner d'une façon riche et convaincante, comme c'est habituellement le cas chez Austen. La mise en scène statique et empesée de Stillman contribue à plomber le film qui n'évite pas les plages d'ennui.

Restent au crédit de ce film froid la belle prestation de Kate Beckinsale en femme manipulatrice et dénuée de tout scrupule, et surtout le très beau personnage de l'idiot congénital joué par Tom Bennett, qui parvient à insuffler dans le film un peu de cette grâce lunaire qui faisait le charme de Damsels in distress.

 

1e

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Diamant noir

Il faut un certain cran à Arthur Harari pour se lancer dans un scénario de film noir complexe à l'occasion de la réalisation de son premier film.

L'intrigue de Diamant noir est particulièrement alambiquée, sans être profondément originale : il est question d'un fils petit délinquant qui apprend la mort de son père, perdu de vue depuis longtemps. Ce père s'avère avoir été spolié par sa famille, diamantaires à Anvers. A l'occasion des funérailles, l'occasion va être donnée au fils de s'incruster dans la-dite famille et d'y faire à la fois son trou et le lit de sa vengeance.

Disons-le, l'intérêt du film n'est pas vraiment dans le scénario, ni dans l'interprétation artificielle du pourtant magnétique Niels Schneider, mais dans la mise en scène et ses parti-pris formels tout à fait étonnants : éclairages artificiels néo-expressionistes en couleurs, rêveries suréalistes, accumulations de gros plans inquiétants, scènes émergeant d'un inconscient torturé (le quasi-viol par exemple), mélange malsain des genres, récurrence des motifs narratifs.

Le tout donne au film une tonalité hitchcockienne post-moderne (on songe aussi au Coppola de Tetro ou a de De Palma) pas désagréable. 

A suivre.

 

2e

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La loi de la jungle

Il y a une sorte de coolitude à être fan de La loi de jungle, si l'on en juge par les critiques hype, tendance Inrocks + Cahiers.

Curieusement, ce que les partisans du film aiment, ce sont ses défauts : un aspect bricolage de gags avec les moyens du bord, un burlesque qui s'assume dans l'approximation, un mélange des genres complètement foutraque et des références régressives qui échapperont à la plupart des spectateurs (la musique de Goldorak par exemple).

Pour ma part, je n'ai jamais vraiment accroché avec les très grosses blagues du film. Macaigne fait du Macaigne et Vimala Pons de l'Audrey Tautou sous acide. Ils sont assez convaincants tous les deux, contrairement aux seconds rôles qui semblent égarés dans la jungle de ce film : un Mathieu Amalric très mauvais, un Pascal Legitimus en perdition. 

L'aspect lunaire et poétique du précédent film d'Antonin Peretjatko est ici sacrifié au profit d'une tonalité plus fantasque et plus basiquement politique. Le nombre d'idées par plan est tellement énorme que certaines finissent tout de même par faire sourire (la scène d'aphrodisiaque, quelques gags purement visuels, les animaux), même si la majorité tombent à plat.

La loi de jungle manque de rythme, et souffre de trop d'imperfections pour être aussi drôle qu'il prétend l'être. Peretjatko semble plus doué pour avoir des idées que pour les concrétiser.

Antonin Peretjatko sur Christoblog : La fille du 14 juillet (**)

 

2e

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Mr Gaga, sur les pas d'Ohad Naharin

Je n'avais jamais entendu parler du chorégraphe Ohad Naharin avant d'aller voir ce film, et je suppose que je ne suis pas le seul.  

Ma surprise de découvrir une danse magnifique et inspirée fut donc totale. 

Le film est assez bien fait, bien que très classique dans sa forme (une alternance d'interviews, d'images d'archives, de scènes privées plus ou moins volées, d'astuces de montage). Son intérêt n'est donc pas à proprement cinématographique, mais surtout ... chorégraphique. 

Des premières pirouettes dans le jardin familial à la consécration en Israel, en passant par la riche expérience new-yorkaise (où l'on croise avec plaisir Alvin Ailey et Maurice Béjart), on vit de très près l'évolution d'un danseur/chorégraphe incroyablement charismatique. C'est, en dehors des extraits de chorégraphies, l'aspect le plus intéressant du film : comment la vision d'un homme peut fédérer un groupe, et entraîner chacun de ses membres à se dépasser lui-même.

Si on évacue donc les forces et faiblesses du film proprement dit, reste une série d'images absolument fascinantes : danseurs en demi-cercles sur des chaises, tombant à l'arrière plan, se propulsant comme des animaux mythologiques, avançant en ligne comme une armée d'anges ou se palpant comme des extra-terrestres.

Une danse incisive, incroyablement variée et spectaculaire. Il suffit de regarder les 25 premières de ce spectacle (Deca Dance) pour ce rendre compte de la déflagration sensuelle que procure l'art d'Ohad Naharin. Une découverte étourdissante.

 

2e

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The neon demon

Au moins, maintenant, Nicolas Winding Refn ne cache plus son jeu.

Ce qui m'avait si fortement déplu sans ses deux derniers opus (en gros, une outrancière primauté du style sur le fond) est ici pleinement assumé. 

Cela commence fort, avec dans les cartons du générique les initiales NWR comme gravées en arrière plan. Refn n'est plus un cinéaste, il est devenu une marque. 

On n'est donc plus vraiment dans du cinéma, mais dans une sorte d'egotrip qui n'a que peu d'équivalent dans l'histoire du cinéma - je ne vois que Fellini pour avoir proposé des oeuvres aussi esthétisantes, certes dans un style très différent, dont le contenu narratif devient complètement accessoire. 

Au début du film, l'arrivée du personnage jouée par la diaphane (et redoutable) Elle Fanning dans l'impitoyable monde de la mode essaye de maintenir encore une sorte de canevas narratif. On pense subrepticement à Mulholland Drive pour l'aspect "jeune et innocente" dans un milieu hostile, filmé bizarrement, mais NWR n'arrive qu'au mollet de Lynch.

L'impression fait long feu, The neon demon évoluant tout à coup dans une abstraction absconse et tape-à-l'oeil (les triangles et tout le barnum géométrique). On nage en plein porno soft lesbien type pub pour Chanel : c'est très mauvais.

La fin du film revient à son climat esthétique minimaliste du début dans un dernier volet que j'ai trouvé particulièrement réussi. NWR cadre alors pour le plaisir des créatures improbables qui évoluent dans une sorte de non-sens onirique particulièrement flippant, dans lequel on gobe un oeil avec une voracité goulue. Ca me plait.

A ce moment-là, NWR approche de l'art contemporain plutôt que du cinéma et on a envie de lui dire : Allez mon gars, encore un effort.

NWR sur Christoblog : Le guerrier silencieux - 2009 (**) / Drive - 2011 (*) / Only god forgives - 2013 (*)

 

2e

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Folles de joie

Il y a dans le cinéma de Paolo Virzi un allant et un élan, une générosité, qui pour ma part m'enthousiasment.

Certains (probablement les Cahiers du Cinéma par exemple) trouveront peut-être que les actrices en font trop, que le scénario n'hésite pas à utiliser de grosses ficelles, et que la mise en scène est pleine d'effets de petit malin. 

Toute cela est vrai en partie, et contribue au charme du film. Votre ressenti dans la salle de cinéma dépendra de la façon dont le jeu outré de Valeria Bruni Tedeschi va vous happer, vous emporter, ou non. Son débit de moulin à parole sous amphétamine et son décolleté abyssal ne génèrent pas une confiance immédiate, et peut même susciter, on le comprend, une forme de rejet.

L'art de Virzi est de maintenir le film dans un état d'équilibre précaire : on hésite pendant tout le film à qualifier les deux héroïnes de folles, certaines de leurs élucubrations s'avérant finalement vraies.

Folles de Joie oscille donc entre deux pôles : un mauvais goût hystérique et plaisant, et un sentimentalisme tire-larme à l'italienne. A ne conseiller qu'aux coeurs d'artichaut, orientation latine, dont je pense faire partie.

Paolo Virzi sur Christoblog : La prima bella cosa - 2010 (***) / Les opportunistes - 2013 (**)

 

3e  

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A war

Dans sa première partie, A war ressemble à un film de guerre naturaliste, filmé dans un style quasi documentaire, et centré sur un soldat danois en service en Afghanistan.

La chronique du conflit est entrelardée de vignettes présentant la vie de son épouse et de ses trois enfants  au Danemark.

Cette partie n'est pas inintéressante, bien qu'un peu longue. Le style de Lindholm est d'une efficacité extrême, mêlant toute sorte d'effets (gros plans sur les visages, caméra à l'épaule, plans larges). Le réalisateur ne sacrifie quasiment rien au rendu réaliste du film : les dialogues, bourrés d'abrévations, sont parfois incompréhensibles.

Le personnage principal est dans la deuxième partie questionné par un tribunal sur une de ses décisions. A war prend alors une autre dimension, donnant à voir une série de dilemnes moraux agissant sur différentes strates. Cette partie lorgne sans hésitation vers les effets du film de procés (coup de théâtre compris), tout en gardant l'aspect sec, sans affect, presque austère de la première partie. 

Tobias Lindholm excelle véritablement dans cette façon de filmer les évènements sans emphase, les épurant jusqu'à l'os, et semblant réduire l'intrigue à sa substanfique moelle. Le jeu des acteurs, dépouillé à l'extrême, parvient cependant à nous surprendre.

A noter à titre de curiosité, et comme souvent dans le cinéma danois, qu'on retrouve dans le casting trois des acteurs principaux de la géniale série Borgen, dont Tobias Lindholm fut le scénariste. 

Tobias Lindholm sur Christoblog : R - 2010 (**) / Hijacking - 2012 (**)

 

3e  

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