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Christoblog

Ouistreham

Dans le film d'Emmanuel Carrère, il y a trois films : le premier dresse un tableau des travailleurs précaires du nettoyage, le second est le récit d'une imposture (sujet de prédilection du réalisateur écrivain), le troisième est une belle galerie de portraits.

Le premier de ces films n'est pas très original. On a vu mille fois, chez Ken Loach et ailleurs, les ravages du travail précaire. L'originalité est ici de s'intéresser particulièrement au travail sur les ferrys, incroyablement dur.

Le second ne m'a pas réellement convaincu. Je trouve que le personnage joué par Juliette Binoche ne fait sentir que superficiellement les affres que traverse l'écrivaine infiltrée, dont on ne comprend pas forcément tous les choix.

C'est finalement le troisième film, qui fait la part belle à une galerie d'acteurs et d'actrices non professionnels, qui pour moi donne toute sa valeur à Ouistreham. Le spectateur n'oubliera pas de sitôt l'énergie brute de la formidable Hélène Lambert (Christèle), la bonhommie de Didier Dupin (Cédric), l'éclatante vitalité d'Emily Madeleine (Justine), la fraîcheur irrésistible de Léa Carne (Marilou) et tranquille sérénité d'Evelyne Porée (Nadège).

L'énergie de ces personnages finit par arracher quelques larmes, reléguant la prestation de Juliette Binoche au second plan et enjambant l'inconsistance de la mise en scène d'Emmanuel Carrère. Un beau film.

 

3e

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La bonne année

Il y a beaucoup de bonnes choses dans ce film de Claude Lelouch revu en ce début d'année à la télé : un parti-pris esthétique frappant (le passé est en couleur et le présent en noir et blanc), une histoire de braquage bien mené, un duo Lino Ventura / Charles Gérard qui rappelle irrésistiblement les grandes heures du cinéma à la Audiard, quelques moments de bravoure, une mise en scène étonnante de vivacité et de modernité.

Mais ce qui emporte vraiment le morceau, et rend le film remarquable, c'est le couple magnifique formé par la grande Françoise Fabian et Lino Ventura, sûrement un des couples les plus étonnants et les plus convaincants qu'il m'ait été de voir au cinéma.

Elle est d'un milieu très intellectuel, lui est un malfrat au sens de l'honneur aiguisé : leur rencontre fait des étincelles, et donne lieu à toute une série de répliques et de scènes mémorables (dont celle du repas avec les amis de Françoise). J'ai adoré les voir se rencontrer, se trouver, puis se retrouver dans un final étonnant de modernité et de féminisme, qui a du être dur à faire avaler à Ventura.

Pour moi, un des sommets de la carrière de Lelouch.

 

3e

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Jane par Charlotte

Le premier sentiment que le film m'a inspiré, c'est celui de l'entre-soi chichiteux et "prout prout" : chiot moche et hors de prix, voyage à Tokyo et NYC, maison bretonne sur la plage.

La tendresse entre la fille et la mère (ou le manque de tendresse, selon le point de vue) est un aspect intéressant du film, mais celui-ci est dilué dans un imbroglio qui se situe entre une analyse sauvage sans divan et un numéro hors série de Point de vue / Images du monde.

La mise en scène ne ressemble à rien et le talent de documentariste de Charlotte Gainsbourg est donc totalement à démontrer.

Restent au rayon des points positifs : une incursion dans le saint des saints (rue de Verneuil), la spontanéité candide de Jane qui parle de façon frontale de deuil et de cancer. Ce n'est pas assez pour que le film génère au final un sentiment positif.

 

2e

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Lingui, les liens sacrés

J'adore la façon de filmer de Mahamat-Saleh Haroun, en général. 

Les images qu'il nous propose sont sublimes, sa façon de filmer les visages est inimitable et son discours humaniste toujours touchant.

Pourtant ici, la mécanique habituelle du maître tchadien, faite de subtilité scénaristique et de magnificence plastique, est un peu grippée.

La composition des cadres et l'utilisation des couleurs donne une limpidité aux images qui est exceptionnelle, mais pour ce qui est de la narration, l'histoire est un peu convenue. Bien sûr, le discours est incontestablement consensuel (sonorité et féminisme), mais il manque probablement à Lingui ce supplément d'âme, ou de complexité, qui fait les grands films.

Mahamat-Saleh Haroun sur Christoblog : Un homme qui crie - 2010 (***) / Grigris - 2013 (***)

 

2e

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La main de Dieu

Sorrentino, qui donne souvent dans la démesure, fait ici preuve d'une retenue remarquable.

Si La main de Dieu commence comme un Fellini (créatures fantastiques et conte baroque), il évolue vite vers une chronique familiale d'abord burlesque, puis tendre et dramatique.

Le film est beau comme un Amarcord assagi, trouvant une énergie brute et solaire dans le magnifique décor de la baie de Naples. Il est non seulement un voyage agréable au soleil qui nous fait découvrir l'amour fou d'une ville entière pour un footballeur, mais aussi un intéressant aperçu de la jeunesse d'un apprenti cinéaste.

Comme d'habitude, c'est magnifiquement filmé.

Paolo Sorrentino sur Christoblog : This must be the place - 2011 (***) / La grande belleza - 2013 (***) / Youth - 2015 (**)

 

3e

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Mes frères et moi

Quel joli film que ce premier opus de Yohan Manca. Il n'est pas d'une originalité folle, mais dessine avec beaucoup de sensibilité le tableau d'une fratrie veillant une mère mourante.

Le film glisse progressivement d'un noir tableau d'une cité de Sète (drogue, traffic en tout genre) à un tableau de groupe où chaque frère prend petit à petit à l'épaisseur.

Le grand frère, d'une nature violente, se laisse séduire progressivement par le personnage de la prof de chant. Le second, très touchant, se prostitue. Le troisième, écorché vif, cherche la bagarre à tout prix. Le petit garçon est formidable, parfois enfantin, parfois adulte, souvent naturel et aimant.

Le film ne souffre d'aucune baisse de rythme, ne cède pas à la facilité, et manifeste déjà une belle maîtrise dans tous les domaines (action, sentiments, mise en scène).

Une découverte.

 

3e

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West side story

Ce remake de Spielberg me laisse perplexe.

D'un côté, je salue la volonté de rendre plus accessible aux jeunes générations le monument qu'est West side story, en en donnant une version proche de la comédie musicale originale, un peu modernisée (les portoricains sont joués par des hispaniques).

D'un autre côté, je songeais avec délectation pendant le film, qui est un peu long et laisse des moments de loisirs, à une version transportée dans un quartier de LA de 2020, avec une intrigue entre hispanos et blacks, et des paroles transformées en rap... mais ce n'est pas le projet de Spielberg.

Le résultat est plutôt conforme au cahier des charge initial : c'est sympa à regarder, avec des points forts forts et des points faibles. Parmi les premiers, la classe de la jeune actrice Rachel Zegler et celle de la plus ancienne Rita Moreno (l'actrice qui jouait Maria dans le film de 1962), la qualité d'ensemble du casting, certaines scènes de chants et danse (celle de la prison). Parmi les seconds : la prestation d'endive de l'acteur Ansel Elgort, une photographie et des décors souvent vulgaires et trop artificiels, une certaine platitude dans la plupart des scènes de chant et de danse.

Le résultat final est un divertissement de Noël honorable.

Steven Spielberg sur Christoblog : Cheval de guerre - 2011 (*) / Lincoln - 2012 (**) / Le pont des espions - 2015 (***) / Pentagon papers - 2017 (***)

 

2e

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Les amants sacrifiés

Le dernier film du prolifique Kiyoshi Kurosawa est encore une fois raté, malgré un scénario signé Hamaguchi (Drive my car).

Il est vraiment étonnant de constater comment le japonais, à l'évidence doué pour la mise en scène et doté d'une véritable sensibilité (voir la sublime série Shokuzai), peut parfois (souvent) s'égarer.

Ici, il ne choisit le genre de film qu'il veut faire. On est tour à tour dans une romance énamourée dans un style In the mood for love, dans un Hitchcock particulièrement complexe, tout en passant par une reconstitution historique artificielle, avant de finir dans un mélodrame au long cours. Aucun de ces film dans le film ne convainc, et Les amants sacrifiés est parfois même ridicule dans sa maladresse (à l'image des scènes sur le cargo). Kurosawa semble étranger à l'histoire qu'il nous raconte, ou plutôt qu'il illustre avec distance.

Mystérieusement raté.

Kiyoshi Kurosawa sur Christoblog : Kairo - 2001 (**) / Shokuzai - 2012 (****) / Real - 2012 (**) / Vers l'autre rive - 2015 (**) / Le secret de la chambre noire - 2017 (*) / Avant que nous disparaissions - 2018 (**)

 

2e

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Tromperie

Tromperie est un Desplechin conceptuel, très fidèle à Philipp Roth, qui lui-même est un écrivain obsessionnel et intellectuel.

Le résultat manque donc logiquement de chair, malgré la prestation assez convaincante et sensuelle de Léa Seydoux, aux côtés d'un Denis Polydades plus cérébral. 

Il est ici longuement question des Juifs et de leur pénis, de l'absolu nombrilisme de l'artiste, à travers de longs échanges verbeux sans grand intérêt. L'alchimie entre les deux personnages principaux est faible, et la mise en scène de Desplechin assez belle, comme pour compenser l'ennui que génère la logorrhée échappée du livre de Roth.

On retiendra de cet exercice de style pesant quelques scènes amusantes (le procès) ou émouvantes (Emmanuelle Devos). Pour le reste, le film plaira aux fans de Roth ou à ceux de Desplechin.  

Arnaud Desplechin sur Christoblog : Un conte de Noël - 2008 (****) / Jimmy P. - 2013 (**) / Trois souvenirs de ma jeunesse - 2014 (***) / Roubaix, une lumière - 2019 (****)

 

2e

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Licorice pizza

Le voilà, le grand film de Paul Thomas Anderson !

Les talents formalistes de PTA, qui ont pu bien souvent m'exaspérer, se fondent ici miraculeusement dans un creuset simple et complexe.

Simple parce que l'histoire ne peut sembler qu'une énième comédie romantique adolescente, complexe parce que le scénario mêle à cette simple trame plusieurs ambitions étonnantes : faire rire à travers une succession de saynètes délicieuses, dresser le tableau d'une époque en en reconstituant chaque détail, explorer les affres du passage à l'âge adulte, dresser de brillants tableaux psychologiques. 

Licorice pizza embrasse large et étreint bien. Le film est un banquet pantagruélique pour le cinéphile : l'interprétation des deux personnages principaux est incandescente, l'apparition de chaque personnages secondaires est un évènement (la rencontre de Tom Waits et de Sean Penn est d'anthologie), la mise en scène est virtuose mais toujours au service de la narration, le montage d'une fluidité rare.

Cette douce élégie dans ce qui constitue le jardin de PTA est donc un régal à tout point de vue, des premiers plans solaires au générique délicieusement rétro.

Le film de ce début d'année 2022, émouvant, beau, brillant.

PTA dans Christoblog : Punch-drunk love - 2001 (*) / There will be blood - 2008 (**) / The master - 2012 (*) / Phantom thread - 2017 (**)

 

4e

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Lamb

Incroyable cinéma islandais qui nous envoie régulièrement de nouveaux réalisateurs intéressants.

Dans Lamb, Valdimar Johannsson propose un exercice de style assez impressionnant. 

Bien entendu, le paysage islandais tient ici, comme souvent, une place essentielle : immenses étendues, importance du climat, cohabitation homme / animal, impression de solitude conférant aux habitations humaines le statut d'esquif précaire soumis aux éléments.

Le film commence d'une façon réaliste, assez classique. Même si a posteriori, certains plans de cette partie peuvent être vus d'une façon différente. Un peu avant sa moitié, Lamb prend un tournant que je ne dévoilerai pas, mais qui n'est pas véritablement une surprise. Il devient alors un objet réellement passionnant, paraissant naviguer à vue, et ménageant ses parts de surprises (le surgissement du frère).

Sa fin, étrange et déstabilisante, est véritablement un coup de force comme on en voit peu au cinéma. 

Noomi Rapace est impériale. C'est probablement le film à voir dans ce début d'année pour qui aime être surpris au cinéma.

 

3e

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Madeleine Collins

Madeleine Collins commence comme un thriller mystérieux et malsain, un peu comme excellait à en concevoir Claude Chabrol.

On prend beaucoup de plaisir à suivre Judith / Margot dans sa double vie en France et en Suisse : deux compagnons, deux vies, des mensonges, plusieurs enfants. 

Petit à petit, le tableau complet de la situation se dévoile à nous, au fur et à mesure que les personnages nous la font découvrir : c'est un processus classique qui transforme le spectateur en voyeur, et qui fonctionne ici parfaitement.

Malheureusement, le film se grippe un peu dans sa deuxième partie, une fois l'intrigue principale dévoilée. Plusieurs points faibles (une direction d'acteurs défaillante concernant les enfants, des maladresses scénaristiques, un montage qui s'étiole) viennent pondérer l'impression favorable que laisse toutefois le film au final.

Virginie Efira crève l'écran et justifie à elle seule qu'on aille voir le nouveau film d'Antoine Barraud. Il faut aussi noter deux participations de cinéastes amusantes dans des rôles non négligeables : Valérie Donzelli et Nadav Lapid. 

Antoine Barraud sur Christoblog : Le dos rouge - 2015 (**)

 

2e

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Belle

Quelle production cinématographique actuelle peut revendiquer autant de lâcher-prise, autant d'inventivité débridée que Belle ?

Aucune. Il faut l'âme d'enfant de Mamoru Hosoda, sa fascinante humilité au service de l'émotion, pour générer autant de vibrations sensorielles.

Tout n'est certainement pas parfait dans ce dernier opus, mais tout y est tellement sincère qu'on ne peut que se laisse entraîner dans le torrent d'idées qu'Hosoda parvient à brasser, mélange étonnant de quotidienneté déprimante et de rêveries fantastiques. Peu d'oeuvres sont à ce point capables de nous faire pleurer sur des idées aussi simples (et des chansons aussi vulgaires). L'art d'Hosoda, qui explosait déjà dans le fameux Summer Wars, se rend ici plus accessible, plus directement abordable.

Les quatorze minutes de standing ovation dans la salle Debussy cet été (c'est mon record à Cannes) ont démontré la puissance de l'évocation hosodienne : une magie de l'enfance est ici à l'oeuvre, mélangeant ses aspects les plus sombres et ses espoirs les plus fous. C'est sublime, jusqu'à cette fin mezzo voce, si représentative de l'état d'esprit de Hosoda, artisan de cinéma modeste et génial.

Mamoru Hosoda sur Christoblog : Summer Wars - 2010 (****) / Le garçon et la bête - 2016 (***) / Miraï, ma petite soeur - 2018 (**)

 

4e

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Gazette des Arcs Film Festival 2021

11 décembre

Cette année je n'ai pu malheureusement assister qu'à la première journée du Festival, mais quel plaisir de se retrouver dans l'ambiance chaleureuse du Centre des Congrès Taillefer !

La journée a commencé en début d'après-midi à Bourg Saint Maurice par le bon film suédois Tigers (3/5) de Ronnie Sandhal, basée sur l'histoire vraie du footballeur Martin Bengtsson. On suit l'itinéraire de ce jeune suédois acheté par l'Inter de Milan, qui vit une profonde dépression. Le film est prenant, efficace et très bien joué. Pas sûr toutefois qu'il soit distribué en France.

Un peu plus tard, après être grimpé à 1850 mètres sur une route enneigée, on est accueilli par un bon vin chaud pour la soirée d'ouverture à laquelle on assiste en après-ski : ça change de Cannes ! Dans la salle, un super jury (Eric Judor déchaîné qui vanne Michel Hazanavicius sur son pull, Tania de Montaigne, Laetitia Dosch et Sidse Babett Knudsen).  Noomi Rapace arrive ensuite dans une tenue improbable pour dire deux mots avant la projection de Lamb (4/5), film islandais de Valdimar Johannson. 

Le film est franchement barré, montrant une situation fantastique (voire mythologique) d'une façon froidement réaliste. C'est brillant et mieux vaut ne rien savoir du film avant de le voir. Un tour de force.

A l'année prochaine pour plus de séances j'espère ! 

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Un héros

Comme c'est souvent le cas quand un réalisateur s'expatrie, Asghar Farhadi retrouve pleinement son talent en retournant tourner dans son pays d'origine.

Un héros développe la petite mécanique farhadienne avec une précision diabolique : le bien et le mal semblent les deux faces d'une même pièce, on peut adopter les points de vue des différents personnages à tour de rôle et on est sans cesse tiraillé entre plusieurs considérations, perdu dans une galaxie de dilemmes moraux.

Le film est délicieux car totalement imprévisible : ce à quoi on s'attend n'arrive généralement pas, et à l'inverse Farhadi nous emmène dans des scènes à la fois improbables et férocement réalistes, comme celle de l'enfermement de Rahim dans le magasin.

Le meilleur film de l'iranien depuis Une séparation se termine sur un plan d'exception, peut-être le plus beau vu au cinéma cette année. Le cadre est composé de deux parties : à droite un avenir possible lumineux, à gauche celui vers lequel le personnage va se diriger, du fait de l'enchaînement des évènements, dont il est partiellement responsable (c'est cette finesse qui distingue ce film de celui, poussif et lourdingue, de Rasoulof). Au milieu, une zone grise, celle de notre conscience.

Un héros réussit de multiples prodiges. L'un des plus brillants est de parler merveilleusement bien des réseaux sociaux sans à aucun moment filmer un écran de téléphone : quel autre cinéaste peut être aussi intelligent ? Un autre est de ne pas répondre à la question comprise dans le titre.

Une fête pour l'esprit.

Asghar Farhadi sur Christoblog : Les enfants de Belleville - 2004 (***) / A propos d'Elly - 2009 (***) / Une séparation - 2010 (****) / A propos d'Une séparation : le vide avec un film autour / Le passé - 2013 (**) / Le client - 2016 (***) / Everybody knows - 2018 (**)

 

4e

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Le diable n'existe pas

Le nouvel opus de Mohammad Rasoulof enfonce des portes ouvertes d'un point de vue moral : la peine de mort c'est mal, demander à des conscrits d'être les bourreaux c'est pas cool, et faire exécuter des opposants politiques par des innocents qui veulent juste une perm, c'est pire.

Les scénarios des quatre histoires complètement indépendantes qui composent ce film avancent comme des chars d'assaut, autour de ces quelques idées édifiantes. Leur effets sont tellement calculés qu'ils en paraissent au pire putassiers façon Michel Franco (le premier segment), au mieux simplement prévisibles et tristement sentimentaux (le troisième et le quatrième).

C'est le second chapitre qui m'a vraiment intéressé : il y a dans le huis clos du dortoir une vraie tension psychologique, puis dans la deuxième partie une effervescence sauvage qui rappelle un peu le très bon La loi de Téhéran, qui lui aussi traite (en partie) de la peine de mort, avec une autre puissance.

Pas le meilleur Rasoulof, loin s'en faut. Un homme intègre et Au revoir possédaient une profondeur psychologique bien supérieure. On peut supposer que l'Ours d'or lui a été donné sur une base plus politique qu'artistique.

Mohammad Rasoulof sur Christoblog : Au revoir - 2011 (***) / Un homme intègre - 2017 (***)

 

2e

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Où est Anne Franck !

Il y a deux films dans le dernier Ari Folman.

Le premier, plutôt agréable, trouve un équilibre presque parfait entre la vivacité intellectuelle de la jeune Anne Franck et l'imagination débordante du vieux réalisateur israélien. 

A ce titre, certains passages sont de véritables splendeurs visuelles (l'armée colorée, les soldats nazis, l'incursion dans le poste de radio, Clark Gable, les dieux grecs, l'arrivée aux enfers...). Le caractère enjoué et impertinent d'Anne, sa détermination sans faille sont très bien illustrés.

Il y a malheureusement un deuxième film beaucoup moins convaincant (et même lourdingue) dans Ou est Anne Franck !, c'est celui qui est centré sur l'amie imaginaire d'Anne, Kitty. Le parallèle que fait Folman entre la Shoah et la situation des migrants dans l'Europe d'aujourd'hui est pour le moins discutable. Les errements de Kitty et de son compagnon pickpocket dans l'Amsterdam contemporaine sont ainsi lourdement didactiques et nuisent finalement au propos

Pas facile du coup de conseiller ce film, pourtant édifiant pour les enfants et les adolescents. A vous de voir, je suis partagé.

Ari Folman sur Christoblog : Valse avec Bachir - 2008  (**) / Le congrès - 2013 (**)

 

2e

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Une femme du monde

La prostitution de proximité semble être un sujet qui intéresse les cinéastes contemporain(e)s comme en témoigne par exemple le récent (et très bon) Filles de joie.

Alors que les travailleuses du sexe de ce dernier film allaient exercer en toute légalité en Belgique, le personnage joué par l'excellente Laure Calamy se voit contrainte d'aller en Allemagne pour augmenter ses revenus et financer ainsi les études de son fils. Les deux films ont ceci en commun qu'ils montrent que nos voisins sont bien moins hypocrites que nous sur le sujet.

L'intérêt d'Une femme du monde ne tient qu'à un fil. Il faut l'alliance d'une interprète ravie de jouer avec son physique et d'une réalisatrice délicate et subtile pour qu'on accroche à cette proposition, d'une modestie attendrissante, qui fonctionne parfaitement bien. Tous les personnages sont admirablement dessinés (le fils, l'avocat, les collègues, le patron) et le fait que Marie assume parfaitement son métier est finalement plutôt original (la scène de la banque est formidable de ce point de vue).

Un beau portrait de femme, juste et émouvant.

 

2e

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The power of the dog

Mais où est passée la sensibilité de Jane Campion ?

Dans cette production Netflix, la réalisatrice néo-zélandaise filme de magnifiques paysages baignés d'une lumière splendide.

C'est à peu près le seul intérêt de ce film, par ailleurs très ennuyeux dans son développement. Plans très composés au point d'en être pompiers, prestations des acteurs caricaturales, intrigue mollassonne et difficilement lisible à la fois : il y a beaucoup de raisons de s'énerver contre ce film qui se regarde un peu trop ostensiblement le nombril (tu as vu mes jolis éclairages ?).

Ses dernières quinze minutes pourraient sauver The power of the dog si l'ennui généré par la première partie n'avaient pas anesthésié les capacités de réflexion du spectateur (ce qui génère sur internet un foisonnement d'articles sur le thème "La fin du film de Jane Campion expliquée").

Beau, mais glacial.

Jane Campion sur Christoblog : Bright star - 2010 (****)

 

2e

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