Christoblog

Rara

Sara et Cata vivent avec leur mère divorcée, et la compagne de cette dernière.

Dans le Chili actuel, il n'est pas forcément évident d'avoir deux mamans, et le quotidien de la petite Sara va progressivement basculer au gré des évènements, alors que le papa tente de récupérer hors champ (on ne verra jamais le juge) la garde des deux fillettes. 

La réalisatrice Pepa San Martin choisit, d'une façon devenue assez classique, de conter son histoire à travers les yeux de Sara : c'est à la fois le charme et les limites du film. L'approche pré-adolescente est pleine d'un charme non dénué d'ambiguité (l'attitude de Sara avantage indirectement et contre son gré le projet de son père), mais on regrette parfois de ne pas avoir plus de visibilité sur la façon dont l'homosexualité est perçue au Chili.

Rara est un film d'une touchante délicatesse, réalisé avec beaucoup de douceur et bien interprété, notamment par la très convaincante Mariana Loyola.

 

2e

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Free fire

Free fire est une nouvelle preuve de ce que l''on savait déjà : Ben Wheatley a un talent fou, qu'il n'exploite que de façon parcimonieuse.

Comme souvent chez Wheatley, l'argument du film sonne comme une invitation à l'exercice de style : un gunfight en huis-clos dans un entrepôt, avec reconstitution des années 70 (donc sans téléphone portable, si vous pouvez imaginer cela).

Evidemment, tout invite à penser à Tarantino : la fascination pour les armes, les punchlines égrenées comme des perles dans un collier, l'utilisation percutante de la musique, le rôle musclé et déterminant de la seule femme du casting (excellente Brie Larson), les situations sadico-ubuesques, etc. Mais là où Tarantino parvient à faire décoller sa fusée, Wheatley ne réussit malheureusement qu'à attiser notre curiosité avant de la lasser.

Le film vaut donc surtout par l'intérêt qu'on pourra porter à ses "tronches" et à leurs interactions. Pour ma part, j'ai apprécié le jeu de chamboule-tout que propose le scénario, sans porter trop d'attention aux longueurs de la deuxième partie, et en jouissant du plaisir simple que procure une tête écrasée sous une roue de camion. Je rigole.

 

2e

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Okja

Okja ne sortira pas en salle, et c'est bien triste. Pour ceux qui, comme moi, pensent que le média cinéma ne peut se concevoir sans l'expérience du collectif, du grand écran et de l'extérieur, la nouveauté n'est pas plaisante.

On peut penser que les réalisateurs qui se dirigeront vers Netflix comprendront progressivement que leur propre intérêt n'est pas de travailler à la mort de leur activité : Bong Joon-ho affirme que Netflix lui a laissé toute liberté pour réaliser son film, mais quel intérêt si le grand public n'a pas accès à Okja ?   

Heureusement, je suis persuadé que le modèle Netflix n'est pas destiné à triompher : son audience se rendra finalement compte qu'elle est prisonnière, l'effet de mode passera et les auteurs ne se priveront pas aussi facilement de la reconnaissance associée à une sortie en salle (ainsi que d'une sélection au Festival de Cannes, par exemple, pour les plus talentueux d'entre eux). 

Mais revenons au film. Le dernier opus de Bong Joon-ho est à la limite du film pour enfant. Le début de Okja, dans la forêt coréenne, est très réussie : images époustouflantes, travail hyper réaliste et réussite totale de la première scène d'action le long de la falaise. Le second degré à la sauce coréenne (avec une bonne dose d'auto-dérision) est manié à la perfection par le réalisateur, même si ce n'est pas toujours très fin. La façon dont la mode des selfies est croquée est délicieuse.

L'attaque par les terroristes écolos très politiquement corrects est à mourir de rire. Elle marque, avec la course poursuite remarquable dans le supermarché, l'apogée du film, qui dans sa deuxième partie perd petit à petit en consistance.

Comme si souvent pour les cinéastes du monde, le talent du coréen semble se diluer dans le mauvais goût et les conventions une fois qu'il s'exerce aux USA. Même si Tilda Swinton et le reste du casting fait de son mieux (à l'exception notable de Jake Gyllenhaal qui signe ici sa pire prestation), le film ronronne tout à coup. Les scènes coréennes donnaient l'impression d'être ouvertes sur la ville, celles de New York semblent enfermées dans une sorte de cour miniature sclérosante.

Je résume. Deux films dans Okja : le premier coréen, très bon, le second américain, médiocre.

 

2e

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Visages Villages

Magnifique ! 

On ne sait pas trop ce qu'il faut préférer aimer dans ce film admirable : le génie de JR que le film met formidablement en valeur, le lien irrésistible qui se tisse entre l'octagénaire alerte et le placide trentenaire, la précision millimétrique du montage, le charme des rencontres, le caractère délicat et ciselé des dialogues, etc.

Alerte, vif, sans chichi : Visages Villages est à l'image des premières scènes du film qui montrent la rencontre malicieuse, bienveillante et inventive des deux protagonistes. L'ambiance du film, délicate et attentive, naît peut-être de la gentille insolence avec laquelle JR traite Agnès Varda. Nulle considération pour son grand âge : il ne l'attend pas dans les escaliers (mais ça n'a pas l'air de la déranger beaucoup).

Chaque scène est une bénédiction visuelle qui donne envie de louer le Dieu du cinéma qui nous donne à voir autant de belles choses. Pour ma part, j'ai une tendresse particulière pour les femmes de dockers et pour la jeune femme dans le village. 

La dernière partie du film, qui raconte la visite à Godard, est la cerise sur le gâteau : l'épisode rend le film génial, alors qu'il était jusqu'alors simplement très bon.

Courez-y !

 

4e 

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It comes at night

Pour commencer, ne vous fiez pas à ce que vous pourrez lire dans la presse : It comes at night n'est pas un film d'épouvante. 

Vous n'y trouverez en effet aucun élément surnaturel et pas non plus d'effets programmés pour vous faire sursauter sur votre siège.

Au contraire, dans son contexte narratif spécifique (nous suivons une famille isolée dans la forêt alors qu'un virus terrible sévit et que toutes communications sont coupées), le film est admirablement réaliste. C'est d'ailleurs cette veine quasi naturaliste, alliée à une sorte de poésie diffuse et malsaine, qui fait tout le prix de la réalisation de Trey Edward Shults.

Le jeune réalisateur américain réussit un coup de maitre pour son premier film. It comes at night est à la fois original, beau et intrigant. Au delà de ses prouesses formelles (un montage magnifique, une photographie superbe), le film suscite dans l'esprit du spectateur des questions d'ordres très différents : moral (que ferions nous à la place du père de famille), métaphysique (à quoi sert de vivre dans ces conditions ?), politique (la peur de l'autre dans l'Amérique de Trump).

Une réussite sur tous les plans, magnifiée par le personnage du jeune ado noir, silencieux et en proie à des visions terribles. A voir sans crainte.

 

3e

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Ava

Tout ce qui est noir attire Ava. Un chien errant, les cheveux d'un beau gitan, l'intérieur d'un blockhaus, une cécité annoncée. 

Ava va être aveugle, mais elle semble s'en moquer : elle veut vivre, et dire la vérité. Sa franchise va donc parfois sembler cruelle, son comportement bien peu raisonnable et très égocentrique : Ava obtient ce qu'elle veut, elle dérobe ce qu'elle désire.

Par une sombre alchimie, Ava, promise à ne plus voir, nous donne une leçon de clairvoyance solaire. Il faut jouir et il faut danser : cette scène incroyablement osée où un personnage danse sur une musique extra-diégétique qu'il n'entend pas - et en plus il s'agit d'un morceau d'Amadou et Mariam, musiciens aveugles !

La mise en scène de Léa Mysius, même si elle comprend parfois quelques maladresses, fait souffler dans le film un vent de liberté ennivrant : rêves bizarroïdes et effets spéciaux très voyants, direction d'acteur sur le fil et frénésie gitane.

Ava s'impose comme un nouveau "premier film français qui révèle une jeune réalisatrice", après Grave et avant Jeune femme. On a envie que ce cela ne s'arrête jamais.

 

3e

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Le vénérable W.

Quand on critique un documentaire, il faut toujours être attentif à distinguer le sujet de la forme.

Ici, le sujet est assez intéressant. Il présente la figure méconnue d'un moine boudhiste birman, Wirathu, qui prône la haine des Musulmans depuis plusieurs années et encourage les exactions à leur égard.

Wirathu est le prototype du monstre froid et fascisant qui utilise pour parler des Musulmans les mêmes éléments de langage qu'Hitler utilisait à propos des Juifs : leur lubricité les amène à violer les femmes birmanes, ils ont une stratégie pour nous remplacer dans notre propre pays, ce sont  à peine des êtres humains, seule notre race est pure, etc. Autant dire que le spectateur est à la fois surpris (le boudhisme a une bien autre image dans nos contrées) et abasourdi par la façon dont les foules suivent cet illuminé au charisme d'huitre.

Sur la forme, Barbet Schroeder propose un exposé très didactique (carte explicative, sous-titre indiquant les lieux et dates, alternance de témoignages, traduction de documents officiels, présentation du contexte historique) qui au mieux évoquera un bon reportage de télévision, au pire pourra faire penser à un exposé de lycéen.

On attend vainement un geste de cinéma qui rendrait le film formellement attrayant. On croit le tenir dès les premières minutes par la grâce opératique d'un traveling latéral au ralenti, mais malheureusement il nous faudra déchanter : Le vénérable W. est intéressant par son contenu, mais ce n'est pas réellement une oeuvre de cinéma.

 

2e

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Ce qui nous lie

Ce qui nous lie, pour faire bref, présente les habituels défauts d'un Klapisch, qui pourront être vus suivant le point de vue comme des qualités : une grande générosité dans la mise en scène qui avoisine souvent la facilité ou le mauvais goût, une bonne direction d'acteur, qui peut s'approcher du cabotinage, et une faculté assez sidérante à réussir certaines scènes et à en rater d'autres.

On retiendra ici un scénario assez faiblard (on a l'impression d'avoir vu ce type de situation mille fois), mais des acteurs plutôt convaincants, à l'image d'Ana Girardot, que j'ai trouvé excellente. 

Parfois, Klapisch parvient susciter une émotion brute qui nous tire (presque) des larmes : c'est la force de son cinéma désinhibé et éternellement adolescent. Si l'impression générale est cette fois plutôt négative, c'est parce que le contexte de ce film (le milieu des vignerons bourguignons) supporte moins bien le style déluré et foutraque de Klapisch que celui des étudiants de L'auberge espagnole ou celui du salopard de Ma part du gâteau.

Ce qui nous lie est loin d'être un bon film (le nombre de clichés et de facilités qu'il empile est une nouvelle fois colossal), mais il faut reconnaître à son réalisateur le talent de nous faire ressentir la libération sensuelle et rythmée qu'est une Paulée, et celui de nous amuser par une ou deux trouvailles rondement menées (comme Pio Marmaï qui invente par deux fois des dialogues de scènes observées).

Cédric Klapisch sur Christoblog : L'auberge espagnole - 2002 (**) / Les poupées russes - 2004 (***) / Paris - 2008 (***) / Ma part du gâteau - 2011 (***) / Casse-tête chinois - 2013 (**)

 

2e

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Nothingwood

Je suis prêt à parier que vous ne connaissez pas Salim Shaheen.

Il vous faut donc aller voir ce petit bijou documentaire découvert à la Quinzaine des Réalisateurs 2017. Salim est une gloire du cinéma afghan : sorte de mogul d'un cinéma de série Z, inspiré par Bollywood, mais tourné avec deux accessoires et beaucoup de bonne volonté (d'où le titre).

La réalisatrice Sonia Kronlund nous intrigue, nous émeut et nous amuse. L'enthousiasme de Salim Shaheen est à la fois risible et admirable : ce qu'il fait est en matière de cinéma en-dessous des minima de toutes les normes esthétiques connues chez nous, mais l'émotion qui nous étreint au vu de sa volonté farouche de tourner est à l'inverse supérieure à ce que la plupart des films peuvent nous procurer. Que Salim soit à la fois colérique, éruptif, démagogue, cabotin et caractériel ajoute au plaisir qu'on éprouve à le regarder travailler.

A travers ses portraits sobrement esquissés, ses coup d'oeil donnés dans l'intimité de la société afghane, son aspect de road movie improvisé, Nothingwood réussit ce qu'on demande à tout documentaire : donner à voir et émouvoir, notamment quand il apparaît clairement que Shaheen et ses collaborateurs jouent simplement leur vie pour faire du cinéma en Afghanistan.  

A ne pas rater.

 

3e

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Le jour d'après

Pour commencer, il faut préciser qu'au début de ce dernier opus de Hong Sang-soo, on ne comprend rien à ce qu'on voit. 

La temporalité de chaque scène est indistincte, les relations entre les personnages (qu'on peine même à distinguer les uns des autres) sont floues.

Petit à petit, les choses se mettent en place, sans que le propos en deviennent plus passionnant : il sera comme d'habitude question de discussion autour d'une table en buvant du soju, de la lâcheté des hommes et de la beauté des femmes. Dans Le jour d'après, Hong Sang-soo ne propose pas de construction formelle audacieuse (comme dans Un jour avec un jour sans), ni de clin d'oeil narratif à répétition (comme dans HA HA HA), ni de vertige métaphysique (comme dans Yourself and yours).

Le film est donc décevant, comme un best of du réalisateur qu'on dirait formaté pour la compétition cannoise : noir et blanc façon auteur, risque minimal et vedette internationale au casting (Kim Min-hee, vue dans Mademoiselle, et compagne de HSS). Et puis, disons-le, quand la qualité est moins bonne, les figures de styles habituelles (les conversations qui se répètent d'une scène à l'autre, les zooms dézooms) finissent par lasser et apparaître comme des tics embarrassants plutôt que comme la marque d'un talent. 

Par éclair, le film intrigue ou séduit, sans que l'ensemble ne parvienne à convaincre totalement. 

HSS sur Christoblog :   Le jour où le cochon est tombé dans le puits - 1996 (*) / HA HA HA - 2010 (***) / The day he arrives - 2011 (***) /  In another country - 2012 (***) / Sunhi - 2013 (***) / Haewon et les hommes - 2013 (**) / Un jour avec un jour sans - 2015 (**) / Yourself and yours - 2017 (**)

 

 2e

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The square

Le précédent film de Ruben Ostlund, Snow therapy m'avait enthousiasmé par son originalité, sa capacité à brouiller les pistes et ses audaces formelles.

Force est de constater que dans ce nouvel opus, tout juste couronné par la Palme d'Or, le prodige suédois reproduit la recette de son film précédent : un évènement fondateur dont le personnage principal ne sort pas grandi, suivi d'un enchaînement de circonstances induites qui montrent les compromis, les petitesses et les mesquineries de nos sociétés. Et au passage l'orgueil sexuel du mâle occidental qui en prend pour son grade.

Donc rien de bien nouveau sous le soleil de Stockholm, sauf qu'ici les sujets de moquerie me semblent bien moins originaux que dans Snow therapy (se moquer de l'art contemporain, c'est vraiment trop facile) et surtout moins maîtrisés. C'est comme si le cinéaste avait voulu ratisser le plus large possible pour amplifier ses effets comiques et toucher le maximum de personnes. Ainsi, Ostlund s'attaque à notre inaptitude à la bienveillance, à notre insensibilité à la violence, à notre aptitude au lynchage, aux méfaits du marketing, aux dégats causés par les réseaux sociaux, à notre sexualité atrophiée, à notre rapport aux mendiants, etc.

Le film veut ratisser tellement large qu'il m'a perdu en route, jusqu'à cet improbable happy end (les fifilles sont fières de leur papounet), bien éloigné de la sécheresse onirique des derniers plans de Snow therapy

Ces réserves étant faites, il faut reconnaître à la Palme d'or 2017 une vraie capacité à faire surgir le rire grinçant au détour d'une scène (par exemple quand le cuisinier annonce le repas et n'est pas écouté). Il y a dans The square un enthousiasme dans la mise en scène de nos turpitudes qui pourra se révéler communicatif, surtout pour ceux qui découvrent le cinéma d'Ostlund à cette occasion. La scène du happening pendant le repas de gala est rudement bien faite, même s'il faut admettre qu'elle ne sert en rien le développement de l'intrigue.

Clinquant, souvent brillant (tous ces carrés qui envahissent l'écran : cages d'escalier, tapis de gym...), mais tout à fait inconsistant : The square n'est probablement pas le meilleur film de son réalisateur, mais paradoxalement c'est celui qui lui apporte la consécration.

Ruben Ostlund sur Christoblog : Snow therapy - 2014 (****)

 

2e

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L'amant double

A chaque Ozon, ou presque, le constat est le même : le garçon est sacrément doué pour raconter des histoires intrigantes, et assez dilettante pour ne jamais produire un chef d'oeuvre. 

L'amant double ne déroge pas à cet énoncé un peu sommaire. Le film est malin, efficace dans ses effets, bien rythmé. Ozon est joueur et à la marge provocateur.

Le souci est que l'intrigue atteint ici des sommets de complexité tarabiscotée. En multipliant les fausses pistes, le film perd en efficacité. Le twist final est tellement brutal (et en même temps peu surprenant) qu'il devrait s'appuyer sur une précision diabolique, ce qui n'est pas le cas. Ozon n'a ni la méticulosité de Hitchcock, ni l'appétence pour le malsain de Cronenberg : son film a donc tous les oripeaux de la provocation sans en avoir la moelle.

La toute fin (les deux derniers plans) renforce ce sentiment qu'Ozon souhaite encore ajouter une couche d'interprétation à un mille-feuille psychanalytique déjà passablement indigeste. On a envie de dire : François, tu as du talent, apprends à le discipliner, respire un grand coup, et calme toi.

François Ozon sur Christoblog :   8 femmes - 2001 (**) / Potiche - 2010 (***) / Dans la maison - 2012 (**) /  Jeune et jolie - 2013 (*) / Une nouvelle amie - 2014 (***) /  Frantz - 2016 (***) 

 

2e

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Journal de Cannes 2017

 

 

27 mai

Dernier jour, qui commence en douceur avec le rattrapage d'un documentaire présenté en sélection officielle (mais hors compétition), Demons in paradise (3/5). Le film revient sur le guerre civile au Sri Lanka, et plus spécialement sur la lutte sanguinaires entre les différentes factions tamoules. C'est basé sur des témoignages de protagonistes qui reviennent sur les lieux des exactions. Intéressant.

Je reviens en compétition pour You were never really here (5/5) de Lynn Ramsay. Le film n'est pas très original par son propos (un justicier urbain tente de sauver une petite fille d'un réseau pédophile), mais l'est par sa mise en scène d'une beauté et d'une intelligence admirable. Joaquin Phoenix y est sidérant d'intériorité.

Fin de Festival avec une montée des marches en grande tenue. Le dernier Polanski, D'après une histoire vraie (1/5), est malheureusement raté à tout point de vue. L'interprétation d'Eva Green est particulièrement mauvaise. A oublier.

Merci de m'avoir suivi jusqu'au bout, et à l'année prochaine !

 

26 mai

L'un des chocs de ce Festival sera à coup sûr Patti Cake$ (5/5), film de clôture de la Quinzaine, avec lequel je commence la journée. Le réalisateur Geremy Jasper décrit la vie quotidienne des classes défavorisées du New Jersey, à travers le désir d'une jeune fille (blanche et en surpoids) de devenir une star du rap. C'est le parfait feel-good movie de fin de Festival. Un délice.

Je reviens ensuite dans la compétition, avec pour commencer In the fade (4/5) de Fatih Akin. Diane Kruger joue avec un talent incroyable une femme dont le mari et le fils sont tués dans un attentat : prix d'interprétation féminine en vue ! Sinon, le film, sous des dehors un peu pépère, est plus subtil qu'il n'y paraît : il nous conduit de nombreuses fois à changer d'opinion sur ce qu'on voit. Un film rudement efficace en matière de suspense psychologique.

A la suite, la montée des marches de 19h pour le Ozon, L'amant double (2/5). Ozon essaye de faire son Hitchcock et son Cronenberg à la fois, mais comme il n'a pas la précision du premier, ni le caractère malsain du deuxième, le résultat est couci-couça, propre sans être convaincant. J'ai eu un peu de mal à m'impliquer dans l'histoire, et n'ai pas vraiment été surpris par sa conclusion. Le film est loin d'être aussi transgressif que ce que le bouche à oreille en disait.

 

25 mai

Double shot à la Quinzaine ce matin. I'm not a witch (4/5) de la jeune zambienne Rungano Nyoni est un très joli premier film, qui traite avec beaucoup de subtilité du sujet des sorcières en Zambie, à travers le regard d'une enfant. De l'humour et de très belles images, un candidat sérieux à la Caméra d'Or.

Dans un genre totalement différent, Bushwick (3/5) de Cary Munion et Jonathan Milott, flirte avec la série B. On suit une héroïne plongée brutalement dans une véritable guerre civile en plein Brooklyn, entre une armée de miliciens et la population. Le sous-texte politique est permanent et les quelques traits d'humour rendent le film plutôt sympa. C'est une production Netflix, qui ne sortira donc pas en salle.

Retour à la compétition à 16h avec la montée des marches de Une femme douce (3/5), de Sergei Loznitsa. C'est long, c'est lent, c'est superbement filmé, c'est russe au possible et c'est sûrement le film le plus ambitieux de la compétition. Sans être ébloui, je trouve qu'il a une densité et une profondeur unique. La fin, critiquée par quelques cinéphiles, me semble éclairer toute la première partie d'une autre lumière. Fait assez rare, le film s'est fait hué par une partie du public.

Pour finir en douceur sur la belle terrasse qui mène à la salle du soixantième, 12 jours (3/5), de Raymond Depardon. Le film, modeste, s'intéresse au sort de malades dans un hôpital psychiatrique de Lyon. C'est toujours intéressant un Depardon, même si ici le sujet est assez anecdotique. A trois places de la mienne, Vincent Lindon et Clothilde Hesme regardent le film avec nous. 

 

24 mai

Petite journée aujourd'hui, consacrée à la Quinzaine. La defensa del dragon (2/5), de la jeune réalisatrice colombienne Natalia Santa, est le prototype du film du Sud : des plans fixes uniquement, un développement narratif lent. Il s'agit de tirer le portrait de trois hommes mûrs unis par la passion des échecs et qui éprouvent des difficultés dans leurs relations sociales. Pas sûr que ce film trouve le chemin des salles.

Plus tard dans la journée, je retourne dans la salle de la Quinzaine un peu au hasard, après avoir échoué à Un certain regard, et je découvre un objet filmique bizarre et exaltant : Nothingwood (4/5), un documentaire de Sonia Kronlund. Nothingwood fait référence à Bollywood, mais il s'agit ici de faire du cinéma avec... rien. Il suit sur un tournage le personnage haut en couleur qu'est Salim Shaheem, une star afghane qui a tourné 110 films avec des bouts de chandelles, dans un style inimitable, qui doit beaucoup au cinéma indien. Le film parle aussi de l'Afghanistan d'aujourd'hui. La leçon de vie qu'il propose (le cinéma contre la terreur) est formidable, et quand un des acteurs nous dit après la projection qu'il est prêt à mourir pour le cinéma (et ce n'est pas en l'espèce une figure de style), on est sidéré par la force du média qu'on célèbre ici à Cannes.

Le reste de la journée est consacré à accueillir ma petite famille et à essayer de nous faire tous entrer au GTL pour le film de Sofia Coppola, entreprise dans laquelle nous échouons d'un cheveu.

 

23 mai

Aujourd'hui un seul film vu en compétition, Vers la lumière (2/5) de Naomi Kawase. Après un début intéressant centré sur un personnage qui fait les commentaires audio pour aveugle sur les films, Vers la lumière sombre progressivement dans les travers contre lesquels Kawase doit toujours lutter : la mièvrerie et le délitement du scénario.

Heureusement, j'enchaîne immédiatement à Un certain regard avec le premier film d'une jeune française, Léonor Serraille, tourné avec une équipe technique essentiellement féminine et une actrice extra-ordinaire, l'incroyable Laetitia Dosch. Le film s'appelle Jeune femme (5/5), et il a tout pour devenir culte et emblématique d'une génération : humble, en prise directe avec le réel, bourré d'énergie, électrisant et férocement féministe. Un régal.

Du coup, je reste salle Debussy pour un autre premier film, italien cette fois-ci : Après la guerre (2/5) de Annarita Zambrano. Le film revient sur le moment où les terroristes italiens d'extrême-gauche protégés par Mitterrand ont été soudain remis à disposition de la justice italienne en 2002. C'est appliqué et proprement fait, mais après 22 film en 6 jours, j'ai besoin d'être empoigné par les films que je vois, et ce n'est pas le cas ici.

Quatrième et dernière séance de cette sixième journée, encore un italien, de la Quinzaine cette fois. L'intrusa (3/5) de Leonardo di Costanzo. Comme A ciambra (voir au 20 mai), L'intrusa possède un fort caractère documentaire. De Calabre on passe à Naples, dans une institution qui accueille les enfants défavorisés. La directrice va être confrontée a un véritable cas de conscience quand un membre de la camorra va être découvert dans ses locaux. Le film est admirablement réalisé dans une veine très naturaliste.

 

22 mai

Journée en grande partie dédiée à la compétition. The killing of a sacred deer (4/5), ne plaira pas à tout le monde, c'est sûr. Le nouveau film de Yorgos Lanthimos (The lobster) est une sorte de mix entre tragédie grecque, film d'horreur, thriller métaphysique et exposition de la cruauté façon Haneke. Moi j'ai mordu au dilemme que propose le film, et j'ai trouvé la réalisation époustouflante, bien que glaciale.

J'enchaîne avec le nouvel Haneke, Happy end (1/5) qui est d'après certains (peu nombreux sur la Croisette) sa somme, et pour d'autres (dont moi) son plus mauvais film. C'est pauvre en cinéma, ça sonne terriblement creux et ce n'est même pas dérangeant. Haneke se cite lui-même en faisant dire à Trintignant qu'il a étouffé sa femme il y a trois ans : ça sent le sapin pour l'autrichien. La troisième Palme d'or semble inacessible.

Troisième film en compétition à la suite : Le jour d'après (2/5) de Hong Sang-soo. La petite musique du coréen est ici réduite à sa plus simple expression. Aucune recherche ludique ou formelle comme dans la plupart de ces derniers films. Du coup, j'ai trouvé qu'il ne restait plus grand-chose : le film se résume à quelques conversations autour d'une table ou on absorbe beaucoup de soju. De plus, il est construit sur la base de distorsions chronologiques qui ne facilitent pas la compréhension de ce qu'on voit. La critique française semble cependant beaucoup aimer.

Dernière séance plaisir avec la projection du nouveau film d'André Téchiné, Nos années folles (4/5). Le film, très qualité française dans sa forme, se révèle parfaitement subversif dans son sujet, sur lequel je vous conseille d'en savoir le moins possible. Un moment de cinéma à l'ancienne qui fait du bien. Assis aux côtés de Téchiné, les actrices qui ont compté pour lui, une brochette ahurissante comprenant Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Isabelle Huppert, Emmanuelle Béart, Elodie Bouchez et Sandrine Kiberlain. Ajoutez que dans la salle se trouvaient aussi Lambert Wilson, Claude Lelouch, Bérénice Bejo, Nicole Garcia, Gilles Jacob, Michel Hazanavicius et John Cameron Mitchell, et vous aurez une petite d'idée de l'aura dont bénéficie Téchiné.

 

21 mai

Premier film de la compétition ce matin, qui est la deuxième production Netflix après Okja, et que vous ne verrez donc pas en salle : The Meyerowitz stories (2/5) de Noah Baumbach. Etats d'âme, conflits familiaux et égos en péril dans le milieu aisé new-yorkais : Baumbach continue à inscrire ses pas dans ceux de Woody Allen, le talent en moins. C'est oublié aussi vite que c'est vu.

Je glisse en salle Debussy pour Un Certain Regard et Before we vanish (3/5) le nouveau film du prolifique Kiyoshi Kurasawa. Des extra-terrestres débarquent sur Terre pour nous voler nos concepts puis nous envahir. Extraordinairement captivant au début, le film tombe dans la deuxième partie dans des biais (des effets trop appuyés, une mauvaise utilisation des effets spéciaux, une certaine mièvrerie) qui malheureusement gâche un peu mon plaisir de retrouver le réalisateur en bien meilleure forme que dans Le secret de la chambre noire. Le film est tout de même très intéressant par son mélange de rationalité et de poésie, et par sa réflexion sur la nature humaine.

Ce début de journée en demi-teinte est heureusement effacé dans l'après-midi par le très réjouissant How to talk to girls in parties (4/5) du trublion John Cameron Mitchell (Shortbus). Cette adaptation d'une nouvelle SF de Neil Gaman est parfaite au premier tiers du Festival : du rythme, des couleurs, du romantisme sans niaiserie. Un film punk explosif et jouissif. J'assiste à la montée des marches en direct de la salle : Nicole Kidman et Elle Fanning ont l'air complices, et le réalisateur porte une veste rouge admirable.Toute l'équipe du film se marre bien.

Fin de journée à la Quinzaine avec Otez-moi d'un doute (3/5) comédie française sans prétention de Carine Tardieu, sensible, bien faite et bien jouée (par Cécile de France et François Damiens notamment). On rit et on réfléchit simultanément, c'est le signe d'une comédie réussie.

 

20 mai

La journée commence en compétition avec 120 battements par minute (3/5) de Robin Campillo, qui décrit les années SIDA à travers quelques destins individuels de militants d'Act Up - Paris. C'est visiblement documenté, très sagement réalisé, et un brin didactique. Alors que je pleure généralement facilement au cinéma, le film ne m'émeut curieusement pas plus que ça. Je m'attendais à plus original de la part de Campillo (à l'origine des Revenants). Un plan toutefois est absolument magique : celui de la Seine ensanglantée. Les échos sur la Croisette place le film en favori de la compétition.

J'enchaîne ma deuxième séance en compétition grâce à un membre d'une société de prod qui travaille pour Amazon et me donne une invitation pour The square (2/5) de Ruben Ostlund. Le film est basé sur le même principe que Snow therapy : un évènement initial et ses multiples conséquences mettent en évidence nos petitesses, hypocrisies et autres lâchetés. J'ai trouvé toutefois le film moins tenu que son prédécesseur, plus brouillon. Il mériterait aussi d'être sérieusement raccourci. Quelques moments plaisants tout de même, comme la performance du dîner, ou la scène du préservatif.

Je passe ensuite à la Semaine de la Critique, pour voir le film évènement : Ava (4/5) de Léa Mysius. On compare beaucoup le film à Grave, présenté l'année dernière : ce sont deux premiers films français réalisés par des jeunes femmes, et mettant en scène des jeunes femmes. Ava est pourtant un peu moins maîtrisé que Grave en terme de mise en scène, mais aussi plus chaleureux. La jeune actrice Noée Abita est absolument renversante, en jeune fille qui devient aveugle en même temps qu'elle devient femme. Les dialogues percutants rendent le film très attachant. Une réalisatrice de plus à suivre de près, et un film qui va plaire.

Dernière section visitée aujourd'hui : la Quinzaine. A Ciambra (5/5), de Jonas Carpignano, est une plongée en apnée dans la communauté gitane calabraise. C'est beau, riche, parfois vertigineux tellement c'est réel (A ciambra est le résultat d'un travail de sept ans avec la famille qu'on voit à l'écran). Après le strass des marches ce matin (Will Smith m'a pratiquement marché sur le pied), la discussion avec Jonas Carpignano dans l'atmosphère feutrée du Studio 13 m'a projeté dans un autre monde. C'est aussi ça, la magie de Cannes. 

 

19 mai

Le début de journée commence par un quiproquo, lors de projection de Okja (4/5), le film de Bong Joon-ho produit par Netflix. Il y d'abord des huées et des sifflets pour protester contre le fait que Netflix ne sortira pas le film en salles, puis la bronca perdure... mais parce que l'écran est tronqué sur sa partie supérieure du fait d'un problème technique. Cela donne sur les réseaux sociaux des bêtises du genre : "Les opposants à Netflix arrêtent le film", etc. D'abord absolument superbe et inventif dans sa partie coréenne, Okja devient ensuite un produit beaucoup plus formaté et lourdaud quand l'action de déplace aux USA.

J'enchaîne avec le deuxième film en compétition, Jupiter's moon (3/5) de Kornel Mundruczo, en orchestre, juste à côté du jury au grand complet : Paolo Sorrentino arrive le premier, Almodovar tape ses SMS avec un doigt, Jessica Chastain fait la bise à tout le monde et Park Chan-wook à personne. Le film est un curieux mélange de réalisme forcené, de critique sociale à la Mungiu, et de film d'action américain. Il y est aussi question d'un migrant qui lévite. Intéressant, même si imparfait.

A 16h, énorme plaisir avec la projection de Visages Villages (5/5) d'Agnès Varda et JR. Le film est intelligent, malicieux, émouvant, bienveillant : c'est un plaisir absolu, qui permet en plus de découvrir dans le détail le passionnant travail de JR. Enorme ovation pour Agnès Varda avant et après le film.

En soirée, je rattrape le film en compétition de hier que je n'ai pas vu : Loveless (4/5) d'Andrey Zvyagintsev. Le film porte bien son nom : il est dur, tendu et sec. Loveless n'a pas la richesse narrative et la variété de ton qu'avait son prédécesseur, l'excellent Léviathan, mais il recèle quelques plans exceptionnels qui méritent le déplacement. Zvyagintsev est un formaliste hors pair, la photo du film est splendide.

 

18 mai

La journée commence bien avec le premier film en compétition, Le musée des merveilles (Wonderstruck) (5/5) de Todd Haynes. Ses films précédents (Loin du paradis, Carol) ne m'avaient pas convaincu. Je les trouvais froids et désincarnés. On retrouve ici la virtuosité de la mise en scène, mais cette fois au service d'un scénario brillantissime. On dirait que toutes les fées du cinéma se sont penchées sur ce film, qui est instantanément devenu un favori sur la Croisette. Il est quasiment impossible de ne pas pleurer dans la dernière demi-heure.

Forcément, après une telle entame, difficile d'apprécier pleinement ce qui suit. Western (2/5) de l'allemande Valeska Grisebach, présenté dans la section Un Certain Regard, est intéressant, quoiqu'un peu paresseux. On suit un groupe d'ouvriers allemands qui construisent un barrage au fin fond de la Bulgarie et se frottent à la population locale. C'est produit par Maren Ade (Toni Erdmann), et ça se sent. Le film présente des points communs avec celui de Ade (une sorte de causticité froide, des réflexions quasi-métaphysiques qui surgissent de problèmes très pragmatiques), mais en moins bien.

Après avoir fait la queue 1h45 pour rien à la Semaine, je termine la journée avec Sea Sorrow (1/5) de l'actrice Vanessa Redgrave. Le film parle de façon très polie du problème des réfugiés en Europe et décrit plus spécifiquement l'action de Redgrave et ses amis au Royaume-Uni. Le sujet est estimable, le traitement très mauvais. Le spectacle est plutôt dans la salle puisque sont voisines juste derrière moi Sandrine Kiberlain, Elodie Bouchez et Sandrine Bonnaire, toutes membres de différents jurys (meilleur documentaire et Caméra d'Or).

 

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I'm not your negro

Voilà un film qui n'est pas facile d'accès.

Il ne constitue pas à proprement parler un tableau du racisme aux USA (comme je l'imaginais un peu benoîtement en ayant survolé la presse), mais un voyage à l'intérieur de la pensée d'un écrivain, James Baldwin. 

La bande-son est constituée de lecture d'extraits d'ouvrages de ce dernier, et du coup, le film oscille en permanence entre plusieurs pôles : la biographie de Baldwin (son  séjour à Paris, son enfance, ses rencontres), ses pensées à propos de la société américaine (avec des fulgurances qui laissent parfois pantois) et des apports historiques, souvent glaçants. 

La mise en scène de Raoul Peck est très maîtrisée, recherchée, mais ne contribue pas à simplifier le propos. Au final, on est souvent désarçonné par ce que l'on voit et entend, parfois sidéré, et rarement ému.

A défaut d'être vraiment captivante, l'expérience reste enrichissante et me laisse dans la bouche un arrière-goût prononcé de pessimisme quant à l'avenir de la société américaine. Rien ne semble avoir vraiment évolué depuis l'époque où Baldwin s'exprimait, et l'époque Obama apparaît aujourd'hui comme une parenthèse incongrue.

A voir en cas d'ambiance intellectuelle émolliente nécessitant une stimulation ponctuelle.

 

2e

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Voyage à travers le cinéma français

Difficile, lorsqu'on aime le cinéma, de ne pas être passionné (et ému) lorsque la voix gourmande de Bertrand Tavernier s'élève pour célébrer le septième art.

Loin d'être une oeuvre à caractère encyclopédique, Voyage à travers le cinéma français est surtout une oeuvre autobiographique. Bertrand Tavernier s'y raconte, et y raconte l'histoire d'une cinéphilie, la sienne.

On pourra certes glaner dans le film toute une série d'éléments factuels absolument passionnants (le portrait de Gabin est fascinant), mais la subjectivité extrême des choix réalisés révèle plus la personnalité de l'auteur qu'elle n'établit une hiérarchie des connaissances.

Les monstres sacrés sont parfois sévèrement critiqués pour leur conduite en dehors du cinéma (Renoir n'est pas ménagé par exemple), alors que des quasi inconnus (Jean Sacha ?) apparaissent soudainement dans la lumière. Le film est donc délicieusement discrétionnaire.

Le principal atout de Voyage se situe probablement dans cette vérité : Tavernier raconte sa cinéphilie, et ce faisant, il réveille en chacun de ses spectateurs cinéphiles la flamme qui nous porte inlassablement à nous asseoir dans les salles obscures. C'est à la fois beau, émouvant et instructif.

 

3e

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Tunnel

L'intérêt principal de Tunnel ne tient finalement pas dans son aspect de film catastrophe. 

De ce côté-là on peut dire qu'il assure le strict minimum : les scènes d'écroulement, puis de claustration, sont certes efficaces, mais elle ne sont pas follement imaginatives. 

Le scénario du film est plutôt intéressant dans la première partie, mais il s'essouffle dans la seconde, et pour un film coréen dont on attend toujours plus de mauvais goût qu'un film US, il est relativement sage. De ce point de vue, Tunnel est clairement plus mainstream que la production coréenne habituelle, et c'est décevant, d'autant que le film précédent de Kim Seong-hun (Hard day) était un petit bijou d'inventivité.

L'intérêt du film, il faut aller le chercher dans le sous-texte sociétal de la situation : politiques froids et opportunistes, incompétence partout et corruption généralisée. Comme bien d'autres cinéastes coréens (presque tous en réalité), Kim Seong-hun apporte sa contribution au grand tableau critique de la société coréenne contemporaine. Il le fait avec un un sens du burlesque à froid qui est assez efficace, à l'image des dernières paroles prononcées par le héros.

Dernier point, malgré un sujet qui s'y prête à priori, l'émotion ne parvient pas vraiment à s'imposer dans ce curieux film, malgré la présence de la grande actrice Doona Bae, que j'ai par exemple nettement préféré dans l'admirable A girl at my door.

Kim Seong-hun sur Christoblog : Hard day - 2014 (**)

 

2e

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Django

Pour commencer, il me faut préciser que je n'aime pas trop les biopics. Le genre me parait toujours contenir en lui-même ses propres limites : on connait a priori les ressorts de l'intrigue et l'original est toujours plus intéressant que la copie.

Les rares réussites dans le genre utilisent généralement des artifices qui permettent d'éviter les risques susnommés.

Dans le genre, Django réussit à séduire. En s'intéressant à une période très particulière de l'histoire de son modèle, en dérivant progressivement vers une problématique plus large (la situation des tsiganes sous l'occupation) et en confiant son rôle principal à un acteur qui livre une excellente performance, le réalisateur Etienne Comar réussit à produire un film très plaisant.

La direction artistique (décors, lumière, costumes) est quasiment parfaite et contribue elle aussi à donner une patine de réalisme à Django, qui mérite beaucoup mieux que l'accueil qui lui a été réservé.

Je le conseille donc dans cette période ultra-calme qui précède Cannes.

 

2e

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Concours DVD Contes italiens (Terminé)

A l'occasion de la sortie en DVD du dernier film des frères Taviani, je vous propose de gagner 3 DVD.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "De quel ouvrage s'inspire Contes italiens ?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 12 mai 20 h.

Un tirage au sort départagera les gagnants.

Vous recevrez ensuite le DVD envoyé directement par le distributeur.

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Get out

Le buzz qui entoure ce film n'est guère explicable, si on ne le rapporte pas au sens du politiquement correct des Américains.

Résumons la situation pour ceux qui n'iront pas voir le film (puissent-ils être les plus nombreux possible) : un jeune Noir est invité dans une réunion de Blancs, qui ne voudront rien moins que (attention spoiler) lui piquer son corps. 

Voilà.

C'est sûrement hyper touchy au coeur du Minnessota, mais vu de Lille, le produit proposé n'est qu'une série Z d'arrière boutique. Réalisé au lance-pierre, filmé avec une enclume, joué comme un spectacle de fin de CM2, il n'y a rien à sauver du brouet insipide qu'est Get out.

On aurait aimé du second degré, une franche causticité, ou une ambigüité qui mette mal à l'aise. On n'a au final qu'un pauvre black qui sourit d'un air figé, un film d'horreur qui ne fait pas peur et un film d'action sans action. 

C'est peu de dire que tous les effets sont surlignés (Oh, la porte du cagibi ouverte - par un courant d'air ?- qui donne accès aux photos hyper-compromettantes) et que les situations ont déjà été vues mille fois : nul cinéma dans tout cela, seulement une rhétorique de petit malin qui sait transformer un dollar investi en mille dollar de recettes par la magie d'une promesse de subversion non tenue.

A fuir.

 

1e

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L'affranchie

Sujet rarement traité au cinéma, le fonctionnement des Témoins de Jéhovah fournit ici un sujet palpitant, traité de main de maître.

On ne peut que regretter la distribution quasiment confidentielle du film sur le territoire français, alors que son propos et sa forme sont susceptibles de séduire le plus grand nombre.

Très joliment mis en scène, le film est parfaitement parfaitement interprété par deux jeunes acteurs. Le visage de Sara Serraiocco oscille perpétuellement entre extrême mobilité et détermination figée.  Quant à son partenaire Michele Riondino, sorte de juvénile Samir Naceri italien (?!), il incarne parfaitement le séduisant hâbleur dont la violence sous-jacente affleure à peine.

La force du film est de montrer la confrérerie sans caricature : on en viendrait presque à les aimer. Presque. La douceur des décisions iniques prises par ces extrémistes en costume de bien-pensants rend la démarche de Julia particulièrement intéressante : il lui faut toute la puissance de la réflexion intellectuelle pour triompher de l'émotion brute que véhicule ce qu'il faut bien appeler... une secte.

Passionnant et très bien réalisé.

 

3e

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