Christoblog

Wild

Filmer les pensées d'une femme qui marche : c'est le nouveau défi que se propose de relever Jean Marc Vallée.

Est-il réussi ? Pour moi, plutôt.

Bien sûr, d'aucun reprocheront au cinéaste québécois certain effets un peu faciles, une sentimentalité exacerbée jamais très éloignée de l'auto-apitoiement et une tendance à la répétition légèrement vulgaire. C'est un peu la marque de son cinéma, qui n'est pas très propre, ni très arty.

J'aime assez ce filon un peu rentre-dedans qui irigue les films de Jean Marc Vallée, ces imperfections manifestes et ses fulgurances géniales (ici, un reflet dans l'oeil d'un cheval qui ne s'expliquera que bien plus tard). Les souvenirs de Cheryl se répètent, s'entrelacent, certains sont brefs et d'autres s'étendent : exactement ce qui se passe dans le crâne d'un marcheur. Un état d'esprit entre méditation et ressassement.

On est bien sûr très loin du trip extrême de Christopher dans le presque homonyme Into the wild, puisqu'il s'agit ici d'une reconstruction, alors que Sean Penn racontait plutôt une destruction. Le film de Vallée est plus policé, moins intense, et moins maîtrisé. C'est un Into the wild en mode mineur, qui se permet même le luxe d'être drôle (comme dans cette jolie scène de journaliste photographiant les hobos à travers le pays).

Reese Witherspoon réussit à être presque laide dans ce film. Je me suis rendu compte à sa vision que je n'avais jamais vraiment remarqué cette actrice (pourtant vue plusieurs fois, comme par exemple dans Mud), alors qu'ici elle éclabousse l'écran de sa personnalité. 

A voir donc, en particulier si les deux lettres GR vous mettent des étoiles dans les yeux.

Jean Marc Vallée sur Christoblog : Café de Flore (**) / Dallas Buyers Club (***)

 

3e

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Snow therapy

Nul doute que le nouveau film de Ruben Ostlund va diviser la critique et les blogueurs. 

D'un côté, ses détracteurs reprocheront au film son sens du dispositif : les craquements d'une famille de bobo scandinaves en vacances aux sports d'hiver, examinés avec un microscope impitoyable et désincarné. Ceux-là dénigreront le film en le qualifiant de froid et de cynique. Il pointeront la machinerie visant à construire un film apte à être reconnu en festival (ce qui ne manqua pas d'arriver à Cannes où il emporta le Prix du jury Un certain regard).

Il y a peu, j'aurais peut-être pu me ranger dans cette catégorie. J'aurais pu alors parler d'une sorte de Haneke tentant de faire de l'humour.

Mais contre toute attente, j'ai beaucoup aimé le film, qui me semble infiniment plus complexe que son pitch. Bien sûr, Ostlund commence par démonter sciemment toutes nos petites hypocrisies contemporaines : une certaine lâcheté, la tentation du bonheur parfait (mais insipide), l'abandon de notre part d'animalité, les petites lâchetés, l'incapacité à se regarder en face, l'importance du paraître, les blessures de l'ego masculin, l'usure du couple, ce satané principe de précaution, etc.

Si ce n'est jamais franchement hilarant, c'est souvent insupportable de justesse et sidérant de cruauté (comme l'incroyable scène ou nos deux héros boivent une bière et se font aborder par une jeune femme), à tel point que le sourire (jaune, c'est vrai) est pratiquement toujours là.

La démarche serait un peu vaine  et factice, si Snow therapy n'était pas aussi un grand moment de cinéma. Ostlund y déploie une mise en scène souveraine et surprenante, qui mélangerait le sens du décors de Tati et la finesse des observations de Bergman. Son travail sur les sons est remarquable.

Il donne à voir une nature grandiose qui offre un contrepoint parfait à la mesquinerie de la petite famille. Il invente des scènes extrêmement surprenantes, telles celle qui met en scène un drone domestique flottant dans l'espace comme un OVNI. La diversion qu'apporte le couple de visiteur est aussi une idée brillante, qui apporte une échappatoire à l'enfermement mortifère du couple principal... avant de s'avérer un piège aussi redoutable.

Le film installe une atmosphère trouble et mystérieuse dans laquelle la réalité semble toujours à la limite du fantastique (cet étrange employé de l'hôtel toujours présent dans les moments de dispute, cette séquence de fin incroyablement ambigüe). En ce sens il dépasse et fait exploser le cadre dans lequel on pourrait être tenter de l'enfermer : une étude de caractère du bobo moderne.

Une oeuvre majeure, la première de 2015.

 

4e

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The smell of us

Larry Clark accumule dans The smell of us une succession de scènes choquantes.

Certains présentent le film comme un tableau quasi-documentaire sur les skaters bourgeois du Trocadéro, mais le film est plutôt une succession de fantasmes en tous genres : alcool, fétichisme, prostitution homosexuelle (ou pas), relations sexuelles intergénérationnelles, racket, violence, humiliation, inceste, transe technoïde, suicide, addiction au smartphone, rapports sexuels en public (et filmés, bien sûr), jeux vidéos... Le cinéaste, en dressant son petit catalogue des horreurs vécues par la jeunesse contemporaine, n'évite pratiquement aucun poncif. Pour vous dire : on y brûle aussi une voiture !

Au lieu d'être subtilement transgressif, The smell of us est inutilement démonstratif. Il est aussi très laid. Le contenu - notamment psychologique - est tellement faible que Larry Clark tente d'habiller son film en multipliant les effets d'image inutiles (par exemple en insérant des images de smartphone).

En voyant Larry Clark lui-même sucer avec avidité les doigts de pied de son interprète principal, ou en observant la façon dont il aime filmer à l'envi les caleçons de ses jeunes acteurs, on ne peut s'empêcher de penser que le cinéma est peut-être (aussi) une façon pour lui d'assouvir ses pulsions. Le spectateur lambda se sentira malheureusement exclu de cette démonstration d'onanisme cinématographique, tant le film manque totalement d'ambition en matière de narration et d'intérêt pour ses personnages.

Que les Cahiers du Cinéma consacrent 30 pages à cet essai obsessionnel franchement raté confirment que cette revue est malheureusement redevenue ce qu'on avait espéré qu'elle n'était plus : un conservatoire de la bien-pensance pseudo avant-gardiste, qui n'aime jamais autant un film que lorsque ce dernier ignore son spectateur.

 

 1e 

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Foxcatcher

Tout est beau et bien fait dans Foxcatcher. La mise en scène est très agréable. La direction artistique est parfaite : les décors sont par exemple exceptionnels, dans la pauvreté comme dans l'opulence. La bande-son est excellente.

Sorte d'anti-Rocky baigné dans une lumière bleue-grise assez étrange, le film de Bennett Miller est à la fois diablement intéressant et un peu froid.

Alors qu'il raconte l'ascension d'un champion de lutte, il évite soigneusement les poncifs du film de boxe (genre The fighter, où il est aussi question de deux frères), pour se concentrer sur les relations ambigues qui se nouent entre le jeune lutteur et son mentor, un petit peu comme dans Ma vie avec Liberace : fascination / dépendance / initiation. Il y est aussi question de recherche du père. 

On est donc plus proche de The servant que de Million dollar baby.

Steve Carrell (sur)joue à mon goût le type coincé, menton en l'air, visage comme un masque, posture très raide, démarche mécanique.  Le couple Tatum / Ruffalo est par contre remarquable, et le véritable intérêt du film se loge dans les relations entre ces trois personnages.

S'il ne s'agit pas du chef d'oeuvre annoncé ici ou là, Foxcatcher est tout de même un beau morceau de cinéma à découvrir.

 

2e

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Les films les plus attendus en 2015

Snow therapy, de Ruben Ostlund, sort le 28 janvier et s'annonce comme une des sensations de l'année.

 

USA / Canada

2015 commencera logiquement avec les films déjà sortis outre Atlantique et en course pour les Oscars : Birdman de Inarritu, Invicible d'Angelina Jolie, Wild de Jean Marc Vallée, Foxcatcher de Bennett Miller, American Sniper de Clint Eastwood, Big eyes de Tim Burton, Inherent vice de Paul Thomas Anderson, Une merveilleuse histoire du temps de James Marsh (un biopic de Stephen Hawking), The imitation game de Morten Tydlum (inspiré de la vie de Turing, informaticien et père de cryptographie moderne), le mauvais Captives d'Atom Egoyan.

Les Cahiers du cinéma consacrent trente pages au nouveau Larry Clark, The smell of us : skaters et sexe au programme, pas sûr que cela plaise à tout le monde. A noter aussi en début d'année la sortie le 4 février d'un film québécois qui cumule les récompenses dans de nombreux festivals : Félix et Meira, de Maxime Giroux.

On surveillera ensuite d'un oeil le film d'espionnage anglo-américain Kingsman (avec Colin Firth), le Hacker de Michael Mann, Au coeur de l'océan de Ron Howard (une relecture de Moby Dick) et surtout Jupiter de Lana et Andy Wachowski, dont chaque film est une expérience.

Plus tard dans l'année, on sera curieux de découvrir le nouvel opus de Noah Baumbach (Frances Ha, Greenberg) : While we're young, avec Ben Stiller et Naomi Watts. Autre figure du cinéma indé US : David Gordon Green (Prince of Texas) tourne avec Sandra Bullock Our brand is crisis

Les poids lourds américains sont au boulot, et nul doute qu'on croisera quelques-uns de ces films sur la Croisette : St James Place de Steven Spielberg, Crimson Peak de Guillermo del Toro, Midnight special de Jeff Nichols, Sea of trees de Gus Van Sant (avec l'inévitable Matthew McConaughey décidément partout), Ricki and the flash de Jonathan Demme, She's funny that way de Peter Bogdanovitch, The walk de Robert Zemeckis ou The martian de Ridley Scott.

Knights of cup, le prochain Terence Malick en chantier depuis plus d'un an, sera lui en compétition à Berlin.

Pas sûr qu'il soient prêts en 2015 : Carol de Todd Haynes, un documentaire-opéra sur les Stooges par Jim Jarmusch, The lost city of Z de James Gray (avec Robert Pattinson et Benedict Cumberbatch), Silence de Scorsese, The trap du coloré Harmony Korine et last but not least, The hateful eight de sieur Tarantino.

Werner Herzog tourne aux USA une fiction basée sur la vie de l'aventurière Gertrude Bell : ça s'appelle Queen of the desert, et le casting est de folie : Nicole Kidman, Robert Pattinson, James Franco. Le film sera en compétition à Berlin en février.

 

France

Dès janvier, Xabier Beauvois nous montrera Benoit Poelvoorde voler le cerceuil de Charlie Chaplin dans La rançon de la gloire. A noter le 18 février la sortie du premier film de Thomas Salvador, qui fait l'unanimité dans tous les festivals où il est projeté : Vincent n'a pas d'écaille, premier film français de super-héros sans effets spéciaux. A ne pas rater aussi en janvier, le beau Hope de Boris Lojkine, très bien accueilli à Cannes.

Des prétendants pour Cannes : Erran, de Jacque Audiard, parlera d'un réfugié politique tamoul réfudié à Paris, Les deux amis de Louis Garrel (avec lui-même et Vincent Macaigne), L'ombre des femmes de son père Philippe Garrel, Comme un avion de Bruno Podalydes (avec son frère, comme d'hab), Nos Arcadies - Trois souvenirs d'Arnaud Desplechin.

Est-ce que Maïwen sera de retour sur la Croisette avec Mon roi, connu jusqu'alors sous le titre Rien ne sert de courir, (Vincent Cassel et Emmanuelle Bercot dans une histoire passionnelle) ?

Le rare Philippe Gandrieux a fini de tourner Malgré la nuit et le zarbi Quentin Dupieux sort Réalité en février (avec Alain Chabat). Mais le film le plus excitant en chantier, c'est peut-être Paul Verhoeven qui le tourne en ce moment à Paris : cela s'appelle Elle, avec l'excellente Isabelle Huppert, et ça s'annonce sulfureux. 

A signaler aussi l'intriguant The voices, tourné aux USA par Marjane Satrapi avec Ryan Reynolds, ou à plus long terme les projets de Catherine Breillat (Bridge of floating dreams), Michel Gondry (Microbe and gasoil) ou Andrzej Zulawski (Cosmos, avec Sabine Azema). On ne sait pas si le prochain film de Valérie Donzelli, L'histoire de Julien et Marguerite, avec la délicieuse Anais Demoustier (je l'adore !) sortira en 2015. Jamel Debbouze signera un film d'animation, Pourquoi j'ai mangé mon père, tiré du roman loufoque de Roy Lewis. Enfin, après une année 2014 très YSL, ce sera au tour de Dior de remplir les salles avec le documentaire Dior et moi, de Frédéric Tcheng.

Il sera imossible d'échapper à Léa Seydoux cette année encore, dans le James Bond bien sûr, mais aussi par exemple dans Le Journal d'un femme de chambre, de Benoit Jacquot, qui sera en compétition à Berlin. Je parie sur une présence à Cannes de Belles familles, qui marque le retour de Jean Paul Rappeneau, à 82 ans, et après 11 ans d'absence. Autre revenant, Jean-Jacques Annaud, qui revient aux animaux, avec Le dernier loup.

Pas de Kechiche à l'horizon, son projet La blessure, transposition du livre de Bégaudeau de Vendée en Tunisie, avec Gérard Depardieu, est au point mort. 

 

Europe

En ce début d'année, je conseille le délicieux Queen and country du vétéran britannique John Boorman. En janvier, ce sera aussi le moment de découvrir le stupéfiant Snow Therapy, en course à l'heure qui est pour l'Oscar du meilleur film étranger, et révélation de la section Un certain regard au dernier festival de Cannes. Il faut imaginer Haneke en rigolo pour avoir une idée du film. On lit aussi de bonnes choses sur Phoenix, de l'allemand Christian Petzold (Barbara).

Peter Greenaway, dont les dernières sorties ont été pour le moins confidentielles, reviendra-t-il sous les projecteurs avec son biopic Eisenstein in Guanajuto ?

Ne sachant pas trop dans quelle catégorie le ranger (USA ou pas ?), je place ici le film que j'attends le plus en 2015. Joachim Trier, le réalisateur norvégien de Oslo, 31 août, a tourné Louder than bomb à New York, avec Gabriel Byrne, Isabelle Huppert (décidément toujours dans les bons coups) et Jesse Eissenberg.

J'attendrai aussi de pied ferme la nouvelle vague grecque qui doit  concrétiser : Chevalier d'Athina-Rachel Tsangari et surtout The lobster de Yorgos Lanthimos, avec Colin Farrell et Léa Seydoux.

Ailleurs en Europe : Flashmob de Michael Haneke (espérons qu'il ne soit pas prêt en mai !), Le trésor de Corneliu Porumboiu, L'ultimo vampiro du vétéran Bellochio et le retour de Moretti qui fait tourner John Torturro dans Mia madre. Je vous conseille aussi un film anglais très noir vu à Cannes l'année dernière, Catch me daddy, du jeune Daniel Wolfe. Côté espagnol, Juliette Binoche a tourné avec Isabel Coixet Nobody wants the night au Groenland. 

Quant au nouveau projet de Miguel Gomes (Taboo), Les mille et une nuits, je ne sais trop quoi en penser : le film dure ... 7h37. Je suis également très intrigué par le retour des Monty Python, accompagné de Simon Pegg, dans Absolutely anything. Et aussi par le nouveau film de la polonaise Malgorzata Szumowska (Elles, AIME et fais ce que tu veux) : Body.

Epérons enfin que nous pourrons voir dans les salles Mandarines, un film géorgien de Zaza Urushadze, qui a excellente presse (il figure dans les 5 finalistes aux Oscars du meilleur film étrangers). 

Wim Wenders termine Every thing will be fine, qui réunit Charlotte Gainsbourg, James Franco et Rachel McAdams. 

 

 

Reste du monde

Ne manquez pas pour commencer la fantaisie noir coréenne Hard day et l'explosif film de Damian Szifron Les nouveaux sauvages, qui sortent en janvier.

Une année exceptionnelle côté Asie avec quasiment tous les cinéastes majeurs du continent sur la ligne de départ : le magnifique A la folie de Wang Bing qui sort en avril, Hill of freedom de l'indispensable Hong Sang-Soo, The taking of the tiger mountain de Tsui Hark, le nouveau Takeshi Kitano, Mountains may depart de Jia Zhang-ke, The crossing de John Woo, The assassin (enfin !) de Hou Hsia-hsien, In the room d'Eric Khoo, Umimachi Diary du délicieux Hirokazu Kore-Eda, et The Ferryman de Wong Kar-wai. Incroyable, si on ajoute en plus le très attendu Love in Khon Kaen du palmé Apichatpong Weerasethakul ! Il va falloir faire de la place sur la croisette.

Berlin verra en février le retour du grand Jafar Panahi, avec Taxi.

Coté animation japonaise, Miyazaki est en retraite mais on dit beaucoup de bien de Souvenirs de Marnie, de Hiromasa Yonebayashi (Arrietty) , qui sort le 14 janvier.

Comparé à l'Asie pas beaucoup de nouvelles de l'Amérique du Sud. A Cannes l'année dernière je n'ai pas aimé du tout Jauja du pourtant estimé Lisandro Alonso.

 

Suites, sequels, prequels, spin-offs, marveleries, reboot, franchises et autres tartufferies

Au rayon des blockbusters prévisibles, la pauvreté d'imagination des scénaristes fait peine à voir.

L'année sera donc marquée par toutes sortes de production de nationalité et d'intérêt variables : James Bond 24 (Spectre), réalisé par Sam Mendes, Fast and Furious 7 ("sanctifié" par le décès brutal de Paul Walker), Jurassic World (4ème du nom mais sans Spielberg), Mad Max 4 (avec le vétéran Georges Miller aux commandes), Tintin 2 (sans Spielberg non plus), Star War 7 par JJ Abrams, Die Hard 6, un nouvel opus d'Avengers (que j'irai peut-être voir parce que réalisé par mon chouchou Joss Whedon), Mission impossible V (avec Tom le petit), Terminator Genisys avec Arnold (peut-être un peu rouillé), Cinquante nuances de grey qui amorce je le crains une longue série libidineuse mais pas trop (mais qui pourrait m'éviter de lire les livres), un nouvel épisode de La nuit au musée (oui, on s'en fout, c'est vrai) et enfin une nouvelle version de Peter Pan, qui s'appelle ... Pan.

 

Je finis mon article par le serpent de mer que constitue la sortie éventuelle du film d'Alexei Guerman (décédé en 2013) : L'hitoire du massacre d'Arkanar. Rappelons que le tournage du film a commencé en 2000. Le fils de Guerman aurait dit que le film était presque prêt : suspense donc, pour le film le plus longuement attendu de l'histoire du cinéma. A l'année prochaine !

 

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Queen and country

En 1987, John Boorman réalisait Hope and glory, film sur l'enfance en temps de guerre, en grande partie autobiographique. L'année dernière à Cannes, il présentait en quelque sorte sa suite : Queen and country, chronique du passage à l'âge adulte sur fond de guerre de Corée.

J'ai été parfois décontenancé par les ruptures de ton incroyables qui émaillent le fim : on passe sans transition de la bleuette un peu nunuche à la comédie loufoque, avant de basculer dans le drame. Queen and country est un objet très attachant, complètement atypique, chronique cruelle d'une Angleterre désuette et buddy movie amusant.

Tout le début du film amène à sourire de façon quasi-continue tant les situations cocasses et les punchlines s'accumulent, mais une ombre commence à recouvrir le personnage principal vers son milieu, et cette ombre (mélancolie, tristesse et nostalgie) ne cesse de grandir jusqu'à la fin. 

Le dernier plan s'arrête sur une caméra ... qui s'arrête de filmer. Espérons que ce dernier plan ne soit pas prémonitoire.

 

2e

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L'affaire SK1

Symbole d'une nouvelle qualité française un peu poussive, L'affaire SK1 ne présente pas beaucoup d'intérêt en terme cinématographique. Frédéric Tellier fait partie de ces réalisateurs de seconde zone qui n'hésitent pas à nous offrir un travelling vertical sur la Tour Eiffel quand celle-ci entre dans le champ de la caméra, comme le ferait n'importe quel touriste chinois en goguette sur le Trocadéro.

La plupart des acteurs et actrices sont mauvais (William Nadylam est catastrophique en avocat de Guy Georges) ou moyen (Raphael Personnaz est transparent, comme souvent, Olivier Gourmet et Michel Vuillermoz assurent tout juste, dans leur registre habituel). Une exception toutefois dans la grisaille du casting : l'extraordinaire prestation de Adama Niane, qui joue le tueur, et qui parvient à la fois a nous terrifier et à nous intriguer. 

Le film, s'il ne présente que peu d'intérêt en tant qu'objet cinématographique, excite un peu notre curiosité quant au fait divers qu'il représente. Le début de la traque est en particulier étonnante, avec ces coïncidences incroyables qui égarent les enquêteurs (le meurtre de Dijon, la présence de Reboul sur les différents lieux de crime). 

Petit à petit, la curiosité s'émousse cependant, la répétitivité des meurtres générant un certain ennui, ce qui contraint le réalisateur à faire le choix d'un montage "cache-misère", qui tente sans grand succès de dynamiser le film par un montage temporel alterné. On est évidemment très loin des vertiges métaphysiques que générait le Zodiac de Fincher, sur un sujet comparable.

Malgré tous ces défauts, L'affaire SK1 ne parvient pas à être totalement inintéressant : le portrait qu'il dessine de Guy Georges est suffisamment frappant pour marquer l'esprit du spectateur. A voir si vous avez le temps.

 

2e

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Invincible

La morale du deuxième film d'Angelina Jolie est simpliste.

L'américain est bon, résistant, courageux, loyal, intelligent, en un mot : invincible. Le japonais est vil, pervers, lunatique, sadique, faible : c'est un salopard. Et les requins aussi sont méchants.

C'est un peu court, surtout que le film ne présente aucun trait vraiment original. Les images sont d'une beauté tapageuse et un peu factice comme dans l'Odyssée de Pi, on y croise le fantôme du Clint Eastwood sportif période Invictus (rigolo : c'est quasiment le même titre), la partie centrale du film est une redite de All is lost en moins bien, les japonais dans la forêt évoquent furieusement Furyo, etc...

On ne peut même pas dire qu'on se laisse prendre par l'histoire (sauf peut-être lors de la première scène), tellement celle-ci paraît avoir été déjà racontée mille fois sous plusieurs formes différentes. 

Où est passée la réalisatrice exigeante qui signait il y a quelques années un film audacieux et original sur un sujet complexe (Au pays du sang et du miel) ? En tout cas, elle n'est aucunement présente dans ce pensum longuet, long calvaire doloriste autocélébrateur.

 

 1e 

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Les nouveaux sauvages

Cela faisait longtemps (Pulp fiction, Femmes au bord de la crise de nerf ?) que je n'avais pas éprouvé ce plaisir inouï d'une déflagration cinématographique mêlant à la fois maîtrise totale du rythme, mauvais goût et éclats de  rire.

Et d'abord, évacuons l'antienne du film à sketches, qui serait systématiquement moins bon (ou bien meilleur) qu'un film normal.

Les nouveaux sauvages est seulement un excellent film : les histoires s'enchaînent avec une science consommée de l'assemblage. On n'est pas du tout ici dans la morne succession de vignettes indépendantes les unes des autres (type Paris je t'aime), mais dans l'oeuvre d'un créateur qui nous présente un tableau raisonné du genre humain.

Le film de Damian Szifron respire la classe à l'état pur, que ce soit pour agencer des trames scénaristiques difficilement prévisibles, installer en quelques plans une ambiance, ou entretenir sur la durée un atroce suspense.

Les scènes d'anthologie se succèdent, pour finir dans un tourbillon de folie insensé et jouissif lors du sketche du mariage, un chef d'oeuvre. Le cinéaste argentin dégage alors une puissance énergisante incroyable, et son cinéma apparaît comme tout à coup neuf. Il a fait souffler un vent salutaire de jeunesse dans la sélection officielle de Cannes 2014, en replaçant le plaisir du spectateur au coeur de son projet.

La vision que Szifron offre de nos congénères est à la fois cruelle, drôle, et terriblement réaliste : on en redemande.

 

4e

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Captives

Difficile de dire ce qui est le plus mauvais dans ce film : le méchant qui surjoue effrontément (Kevin Durand), le scénario incroyablement décousu, le montage alambiqué sans raison.

Le sentiment éprouvé à la vision de Captives est celui d'un grand gâchis : Egoyan fut un très bon réalisateur et il use ici son talent sur une bonne idée (un réseau de pervers qui prendraient son plaisir à voir la souffrance des autres) honteusement mal exploitée.

Le film a ceci d'étonnant qu'il parvient à échouer comme rarement à installer une quelconque tension. Il tente de masquer les faiblesses criardes de son scénario (les relations amoureuses des deux flics, le vraie consistance du réseau, son chef) par des tentatives pitoyables de maquillages temporels.

C'est un vrai mystère que ce film à la mise en scène faible et poussive ait été en sélection officielle à Cannes dernier. Sur un sujet voisin, le Prisoners de Denis Villeneuve, loin d'être un chef-d'oeuvre, était bien plus réussi.

 

1e 

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Hard day

Le chroniqueur paresseux aura vite fait de résumer ce nouveau thriller coréen déjanté à son pitch dévastateur : un quidam qui tue par accident un homme lors d'un accident de la route se débarrasse du cadavre en le glissant ... dans le cercueil de sa mère, qui vient de décéder.

Cela paraît dingue, mais le film fonctionne parfaitement bien sur ces bases carrément loufoques : le rythme est drôle, enlevé, prenant. On s'attache au personnage principal, un flic pourri (comme toujours dans le cinéma coréen), pourtant sensé être antipathique, et on observe fasciné la multiplication de scènes d'anthologie (le petit soldat qui avance dans le conduit d'air de la morgue par exemple).

Et puis, le vrai méchant survient, et le film perd alors un peu de sa morbidité rieuse, et devient plus traditionnellement un combat entre un gentil un peu faible et un bad guy indestructible (ô combien !). Si cette partie ne manque pas de panache et de trouvailles, elle est plus classique.

Le final renoue avec le rythme échevelé et millimétrique de la première partie du film, et on sort de la salle ravi d'avoir découvrir un nouveau venu : Kim Seong-Hun.

A voir absolument si on aime les films coréens et/ou les thrillers originaux.

 

3e

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A most violent year

Les deux premiers films de JC Chandor ne m'avaient pas enthousiasmé, loin de là (cf ci-dessous). Je suis d'autant agréablement surpris par A most violent year, sorte de faux polar fatigué et lent.

L'originalité du film tient dans le personnage joué par l'excellent Oscar Isaac : Morales est un jeune entrepreneur aux dents longues, qui veut développer son bizness honnêtement, dans un milieu qui ne l'est pas vraiment.

Jusque là, rien de bien frappant me direz-vous... Mais Morales est inflexible comme un caïd de la mafia qui aurait appris la politesse et les bonnes pratiques pédagogiques ou managériales comme le renforcement positif. Ce que réussit Oscar Isaac, c'est de jouer un gentil avec des airs de méchant. Le film prend alors une ampleur considérable, le spectateur ne sachant pas trop sur quel pied danser jusqu'à la toute fin du film : faut-il céder à la violence ou pas ? le film sera-t-il une tragédie ou pas ?

JC Chandor organise son suspense aux petits oignons et sa mise en scène est littéralement somptueuse, avec une photographie parfois très sombre, parfois lumineuse, qui rappelle le meilleur de James Gray. Jessica Chastain est une nouvelle fois parfaite.

Un excellent moment de cinéma pour commencer la nouvelle année.

JC Chandor sur Christoblog : Margin Call (*) / All is lost (**)

 

4e

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Imagine

En cette amorce de réveillon, c'est le moment de parler d'un film qu'aucun de mes lecteurs n'a vu (si je me trompe, laissez moi un commentaire).

Imagine est le troisième film d'un réalisateur polonais prometteur : Andrzej Jakimowski (son deuxième film, Un conte d'été polonais, a remporté plus de trente prix dans différents festivals).

L'action se passe dans un monastère lisboète qui accueille des enfants aveugles. Un nouveau professeur arrive, non-voyant lui aussi, et utilise des pratiques pour le moins iconoclastes : il encourage les enfants à prendre des risques, à utiliser tous leurs sens et lui-même marche sans canne, au risque de se blesser.

Bien sûr, on voit tout de suite dans quelle veine poourrait se contenter de loger le film : Cercle des poètes disparus en mode mal-voyant, apologie de la liberté et exaltation des sens. D'autant que le jeune professeur, fort mignon, se lie avec une jeune fille très jolie.

Là où le film surprend et excite notre intérêt, c'est quand il vire vers une direction plutôt inattendue : le jeune professeur est-il un charlatan ? Et en quoi la liberté apprise d'un charlatan serait moins précieuse qu'une autre ? 

Le film devient alors tortueux et captivant. 

On pourra être un peu décontenancé par l'image très propre, les lumières un peu artificielles (le film baigne dans une sorte de réalisme magique) et les choix de mise en scène très formels. Ce fut mon cas, avant que je comprenne les parti-pris audacieux du réalisateur, en particulier cette façon d'exploiter toutes les ressources du cadrage et de la bande-son pour nous faire ressentir les sensations des protagonistes.

Une curiosité à découvrir.

Cette chronique est écrite dans le cadre d'une opération DVDtrafic. Le DVD de Imagine est disponible chez KMBO

 

2e

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La French

Un film qui fait vieux, avec des acteurs pas tout jeunes, pour une histoire des années 70/80. 

La French est un produit hors d'âge, qui joue sur tous les tons la po(au)se vintage.

C'est franchement pas affriolant, comme un dimanche après-midi chez Drucker qui enquêterait sur le milieu marseillais.

Dujardin n'est pas très bon (mais peut-il l'être ?), Lellouche est un peu plus crédible.

A porter au crédit du film : de très bons seconds rôles, un caractère documentaire instructif pour les jeunes générations, une jolie photographie de Marseille. A décharge : le reste.

Engoncé dans sa mollesse intrinsèque, le film parvient à susciter plus l'ennui curieux que le dégoût, ce qui n'est déjà pas si mal.

 

2e  

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Whiplash

Dans Whiplash, le héros est un salaud. L'air de rien, c'est sûrement l'aspect le plus éblouissant de ce film par ailleurs fort aimable. 

Les poncifs ne manquent pas pour évoquer la fougue énergisante qui traverse le film de part en part : plaisir (mais ouch, quelle exigence ma bonne dame), récit initiatique de passage à l'âge adulte en mode Full Metal Baguette. Mais Damien Chazelle parvient à nous faire rire des blagues sexistes et homophobes du sergent instructeur, c'est son véritable talent.

Le film se brise en son milieu, rebondissant comme ces balles hyper réactives dont on ne sait où elles vont finir.

Qui gagne, qui perd, dans ces rebondissements et ses retournements superbement rythmés, Damien Chazelle nous embrouille avec délice. On jouit (eh oui) de l'emberlificotage du scénario, et de la sobre efficacité de la mise en scène (cf le camion par exemple).

Tonique, jouissif, énergique : un Grand prix à Sundance qui sort de l'ordinaire et une belle découverte (encore !) de la dernière Quinzaine des réalisateurs à Cannes 2014.

A voir absolument avant la fin d'année.

 

4e

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Top 10 2014

1 - Winter Sleep / Nuri Bilge Ceylan : j'écris depuis plusieurs années sur ce blog que Ceylan est l'un des plus grands cinéastes vivants, et je ne suis désormais plus le seul à le penser 2 - Mommy / Xavier Dolan : le jeune prodige québécois canalise enfin son incroyable énergie créatrice 3 - Les trois soeurs du Yunnan / Wang Bing : le film le plus accessible de cet exceptionnel documentariste  4 - Boyhood / Richard Linklater : une vie sous nos yeux 5 - Bird people / Pascale Ferran : la magie faite cinéma  6 - Leviathan / Andrei Zviaguintsev : la Russie éternelle, grinçante, sentimentale et épique 7 - Les combattants / Thomas Cailley : la révélation française de l'année 8 - Nebraska / Alexander Payne : de l'intelligence dans tous les plans 9 - Sils Maria / Olivier Assayas : Juliette Binoche et Kirsten Stewart au sommet 10 - Pelo Malo / Mariana Rondon : un Tomboy vénézuélien

Les articles de Christoblog relatifs à chacun de ces dix films sont accessibles en cliquant sur les titres.

 

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Charlie's country

David Gulpilil, l'acteur principal de Charlie's country, est un vieil aborigène au charisme incroyable, qui tient le film sur ses frêles épaules.

Le première partie du film de Rolf de Heer se déroule dans le bush : c'est à la fois contemplatif et amusant. Le film met très bien en évidence comment nos lois ne "collent" pas aux valeurs des aborigènes, et du coup, c'est l'ensemble de nos certitudes qui sont remises en question. 

Quand Charlie tombe malade, puis qu'il découvre la ville, le ton change du tout au tout. De l'atmosphère mystique de la nature on passe sans ambage aux ravages de l'alcool : cette partie m'a semblé plus démonstrative et moins intéressante.

Charlie's country fournit une vision immersive et détaillé de la condition aborigène, et il rappelle d'une façon brutale une réalité qu'on a tendance à oublier : en Amérique et en Océanie, les blancs ne sont finalement pas chez eux.

 

2e 

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Marie Heurtin

On ne se souviendra pas éternellement du film de Jean Pierre Améris, mais il me faut bien avouer que Marie Heurtin est à la fois édifiant, instructif, bien joué et correctement réalisé.

On suit la destinée d'une jeune sourde aveugle, quasiment élevée dans un état sauvage, dans la France rurale du XIXème siècle. Et on s'intéresse à l'opiniâtreté presque maladive avec laquelle Soeur Marguerite va tenter d'apprendre à Marie cette évidence qui n'en est pas une : chaque chose possède un nom.

Isabelle Carré est une nouvelle fois stupéfiante dans ce rôle à sa mesure, alors que la jeune Ariana Rivoire est aussi très bonne dans le rôle de Marie Heurtin.

Le film est un tire-larme de première bourre, du genre : "Attention, nous prévenons qu'aucun spectateur ne sortira de la salle sans avoir les yeux rougis, et/ou en enlevant discrètement ses lunettes pour se gratter le haut de la joue, et/ou sans voir sa poitrine se lever compulsivement durant certaines scènes du film".

Le scénario ménage peu de surprises, et certaines scènes commandent un peu trop ouvertement les émotions, mais bon, ne boudons pas trop notre plaisir de simple spectateur : Marie Heurtin nous fait sortir de la salle de cinéma moins idiot qu'on y est entré. Et en plus, le film est projeté à toutes les séances en version sous-titrée pour les mal entendants, une initiative salutaire et pédagogique.

 

2e 

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Qu'Allah bénisse la France

Ce soir 2 décembre, salle comble à l'UGC Lille pour le premier film d'Abd al Malik. 

Avant d'en venir aux réactions de la salle, mieux vaut le dire tout de suite : le film est une nouvelle preuve que les bons sentiments ne font pas les bons films.

Rien à redire quant aux intentions d'Abd al Malik : montrer les jeunes de la cité, l'islam et le rap (quel programme !) sous un jour différent, et fondamentalement plus optimiste. Tiré de son autobiographie romancée, le film porte la forte d'empreinte de son créateur et de ses idées : la France républicaine, la France des idées et des grands intellectuels, cette France là peut sauver un jeune délinquant, fut-il strasbougeois d'origine congolaise.

En guise d'illustration à ces nobles propos, le film ne propose qu'une série de poncifs cinématographiques d'un intérêt très médiocre : plans approximatifs, ellipses brutales qui sentent le manque de moyens, dialogues pauvrement écrits, manque de rythme, acteurs parfois peu inspirés, romance à l'eau de rose. Difficile de descendre plus le film qui a un fond sympathique, mais disons pour être clair que je ne suis pas sûr qu'il ait trouvé un chemin en salle si le réalisateur ne s'appelait pas Abd al Malik.

Lors des questions en fin de séance, le réalisateur n'a laissé que quelques miettes aux deux acteurs présents, trustant la parole et assénant son message républicain devant un public applaudissant à chacune de ses interventions. La surprise vint comme souvent d'un spectateur qui s'interrogea sur le moment précis lors duquel le film passe du noir et blanc à la couleur .... alors que ce dernier est intégralement en noir et blanc ! Grand moment de solitude pour le spectateur (daltonien ?), mais révélateur du rapport que chacun d'entre nous peut entretenir avec l'écran de cinéma !

A la toute fin, à la demande d'une spectatrice, Abd al Malik a offert un petit slam à la salle, et tout à coup, il y eut plus de magie dans l'air que pendant toute la soirée.

 

1e 

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