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Christoblog

Tournée

Miranda Colclasure. Le PacteJe ne suis pas objectif quand je parle de ce film pour plusieurs raisons :

1 - j'adore Mathieu Amalric

2 - je fais partie de ceux qui ont vu (en vrai) le spectacle New Burlesque, à Nantes, au hangar à bananes, en 2007

A ceux qui ne savent pas ce qu'est ce spectacle, il faut imaginer un strip tease trash, les Folies Bergères à la sauce Cramps, une Yvette Horner shootée aux amphets, quelque chose de complètement ahurissant, provocateur et tendre à la fois, maniant le xième degré à la perfection. Mimi Le Meaux, Kitten on the Keys... elles sont toutes superbes, plantureuses et attendrissantes à la fois. Roky Roulette, sorte de Iggy Pop sur ressort, seul homme de la troupe, assure comme une bête.

Bon, et le film alors ? La tentation serait grande de répondre : on s'en fout, tellement le portrait collectif de notre bande de strip-teaseuse post ringardes se suffit à lui-même. Oui, un simple documentaire aurait déjà suffit à notre bonheur : pleines d'énergies, tellement américaines par leur positivisme béat, insouciant et pragmatique (cf la scène de l'amant éjaculateur précoce). Quelles personnalités ! Quel beau tableau de la vie On the road !

Amalric souhaite ajouter un prétexte personnel en présentant son propre personnage comme un producteur déchu, devant rallier nuitamment Paris pour (à la fois) récupérer ses 2 garçons pour le week end et trouver une salle à Paris pour sa troupe. Le prétexte, s'il paraît accessoire au début, finit par trouver sa justification dans la juxtaposition de ce groupe de femmes décidées, enjouées, et de ce cérébral ironique - si vieille Europe.

Ainsi, est ce finalement le contact de 2 mondes que le film donne à voir, toujours à la bordure ouest du plus ancien des deux, comme longeant la frontière invisible, qui ne pourra être dépassée que lors d'un passage dans une île de l'Atlantique.

Sur cette île, les deux mondes peuvent enfin converger, charnellement du moins, dans l'ambiance délétère (et un peu facile) d'un vieil hôtel abandonné.

Tournée est - décidément - une expérience avant d'être un film (de la colle sur un téton, le bruit d'un flipper dans un bar, une chanson à la guitare quand tout le monde devrait dormir, un livreur de pizza au coucher du soleil à St Nazaire...).  Allez-y.

 

3e

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Romance

Sexe et cinéma / 1

Cet été, Christoblog adopte la stratégie marketing des magazines féminins : mettre du sexe en couverture (si je puis dire, car de couvertures, il ne sera guère question dans cette série).

Et avant d'aller au cinéma ce week-end, on commence par un petit DVD.

Le film de Catherine Breillat avait fait un petit scandale à l'époque. Marie aime son mec, qui ne lui fait pas l'amour, mais qui drague d'autres filles en boite. Marie a quand même besoin de sexe : elle se laisse donc baiser par Rocco Siffredi (pas si impressionnant que ça au passage), un inconnu dans une cage d'escalier qui la viole, et un François Berléand qui l'initie à l'art subtil du bondage et des pratiques SM.

Tout ça est très intellectuel, surligné par une voix off qui balance des platitudes éculées ou absconses. Le film n'est ni sulfureux, ni sensuel, ni brillant, ni excitant.

L'effet scandale parait bien inexplicable aujourd'hui, le fait qu'on aperçoive 3 ou 4 fois un sexe masculin ne le rend pas pornographique. Il est vrai que 12 ans ont passé...

Le film inspire une sensation de froid (à l'image de l'appartement qu'habite Marie, blanc et propre comme un magasin Lacoste) et de jeu intellectuel. Je m'attendais à une bombe incontrôlable : je ne savais pas que la bombe était glaçée.

 

1e

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Les soeurs de Gion

Ouf ouf ouf, j'aime bien parler de films que personne n'a vu et pour lesquels je n'aurai aucun commentaire (d'ailleurs il suffit que j'écrive cela pour qu'un petit malin décide d'en laisser un - de commentaire).

Bref, j'avais adoré Contes de la Lune Vague ... et aussi Les Amants Crucifiés. Donc je regarde ce film de Mizoguchi d'il y a ... 74 ans ... et je suis assez déçu. De la magie des oeuvres citées ci-dessus je ne vois pas grand-chose, sauf peut-être quelques beaux plans séquences, et des attitudes féministes qui sont diablement en avance sur leur temps.

Sinon le film est assez ennuyeux, bien que très court, heureusement, et à vrai dire, les acteurs masculins se ressemblent tellement tous que je ne suis pas sûr d'avoir suivi toute l'intrigue. Bref, il s'agit de geishas cherchant protecteurs, une vieille, et sa soeur, plus jeune, plus moderne, mais aussi manipulée au final.

C'est noir, c'est sûrement un moment de cinéma important, mais au final ça suscite l'ennui, surtout dans cette version un peu floue par moment.

Ma critique reflète l'état d'esprit d'un spectateur lambda et un peu obtus, mais si vous êtes cinéphile vous apprécierez cette approche érudite et pertinente sur le blog de Nostalgic du cool.

 

1e

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Promets moi

Mirjana Karanovic. Jean-Marie LeroyAlors voilà. Je suppose qu'il faut tomber amoureux de l'actrice principale pour apprécier ce film de Kusturica (pas très dur comme vous pouvez le constater à gauche).

Sinon, et c'est mon cas, vous resterez dubitatif face à un grand déballage serbo-foutraque dans lequel un burlesque à la Tati côtoie l'image léchée et acidulée d'une Amélie Poulinovitch.

Pourtant, bien que le film m'ait copieusement exaspéré (l'homme volant, c'est vraiment n'importe quoi) j'ai du mal à en écrire le plus grand mal. C'est comme si le conflit entre le bandit moustachu (un Groucho Marx qui veut reconstruire les twin towers en Serbie) et les deux frères chauves suscitait en moi une sorte de plaisir coupable, du genre : je lis des BD sous les draps quand j'ai 8 ans.

Il reste l'actrice et ses chapeaux, et le jeune acteur, tous deux très intéressants, et quelque chose de grand qu'on devine de la part de Kusturica, comme l'écho du génie enfoui sous la meringue et les effets trop appuyés.

 

Un drôle de film, à défaut d'être un film drôle.

1e

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L'illusionniste

Pathé DistributionBon, ceux qui me connaissent savent que je ne fais pas toujours dans la dentelle.

Le film m'a beaucoup déçu, mais en introduction peut-être faut-il dire qu'il est tellement lié à Tati (par tant d'aspects que je ne peux détailler ici), que l'intérêt qu'on peut éprouver envers lui est directement lié à l'intérêt qu'on porte à Tati lui-même. Or ce dernier m'a toujours passablement ennuyé. Ceci expliquerait donc cela.

Donc, vous voyez bien ce que va être mon opinion:

En + : des images magnifiques, dignes d'un Miyazaki très en forme, un portrait d'Edimbourg superbe.


En -, le reste, une intrigue rabougrie et ambigüe qui ne suscite qu'un intérêt limité. Je ne détaille pas le sujet cousu de fil blanc (est-ce que le vieux magicien est amoureux de la jeune insouciante transparente ?), il n'en vaut pas la peine.

Bof, bof, et l'aspect quasi-muet du film n'arrange rien. Une réussite esthétique, c'est bien, mais ce n'est pas suffisant pour déchaîner le flot de critiques laudatives que j'ai pu lire.

 

2e

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Rude boy

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51lG3LQSP%2BL._SL500_AA300_.jpgRude boy est une sorte de film culte. Tourné en 1980, il est un peu l'ancêtre de ce qu'on appellerait aujourd'hui une docu-fiction. Il nous présente la vie de Ray, raté quasi intégral, alcoolique, travaillant dans un sex shop, et qui a des idées plutôt raciste. Ray devient un peu par hasard roadie des Clash, mais brille par son incompétence (il a du mal avec les écrous) et sa capacité à draguer les filles dans les concerts.

Le scénario est donc inintéressant au possible mais le film vaut d'être vu pour deux raisons :

1 - Il nous présente un tableau passionnant de l'Angleterre de la fin des années 70. On a un peu oublié aujourd'hui combien l'extrême droite (le National Front) était présente, et comment Thatcher a surfé sur cette tendance pour accéder au pouvoir : les images d'archive montrant ses discours sont exemplaires. On a aussi oublié combien la vie semblait morne et à quel point le mouvement punk était vraiment révolutionnaire dans ce contexte.

2 - Voir les Clash en début de carrière, zonant de salle miteuse en hôtel cheap, est quelque chose de fascinant. Le groupe dégage une impression d'énergie brute comme probablement aucun autre ne l'a jamais fait. Car derrière le génial et regretté Joe Strummer (ses 2 improvisations au piano montrent combien ce gars était possédé par la musique), c'est un gang nerveux comme un electro-choc qu'on voit dans des scènes de concert stupéfiantes. Un Mick Jones génial (ah cette interprétation, seul au micro, de Stay Free), un Paul Simonon monté sur des échasses d'épileptiques et un Topper Headon s'entraînant sur un punching ball comme si sa vie en dépendait. Un commando de mecs secs comme des brindilles, arborant des T-shirt des Brigades Rouges sans savoir exactement ce qu'elles sont, qu'on croirait branchés sur le 220 volts et semblant foncer dans une Angleterre quasi fasciste comme un TGV insouciant.

 

Le plus grand groupe du monde ?

2e

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Summer wars

Superbe !

Difficile de résister au charme du dernier opus de Mamoru Hosoda (La traversée du temps).

Cela commence comme dans un Imamura : une grande réunion de famille à la campagne, avec des repas qui rappellent ceux de l'excellent Still walking, une ambiance et des images très classiques. La jeune Natsuki s'invente un petit ami, Kenji, pour faire plaisir à sa grand-mère. Wabisuke est le fils illégétime du patriarche de la famille, et il revient après avoir disparu pendant 10 ans et avoir dilapidé l'héritage. Le film montre donc une grande famille, avec chaque membre qui a sa propre personnalité (le flic colérique, le pompier, celui qui rappelle constamment les exploits antiques du clan, les enfants, le jeune geek, etc). Une savoureuse galerie de portraits.

Kenji est un prodige en maths. Un soir il reçoit un mail bizarre : une longue suite de chiffres : est-ce un défi ? Il répond le matin après avoir travaillé toute la nuit, et sans le savoir vient de donner les armes nécessaires à une monstrueuse créature sévissant dans OZ, l'univers virtuel dans lequel le monde entier peut se connecter. A partir de ce moment les intrigues entre OZ et la vieille maison familialle vont s'interpénétrer, mettant en jeu une catastrophe nucléaire, sur un mode à la fois efficace et extrêmement touchant.

L'alternance des images magnifiques de OZ, rappelant l'univers déjanté d'un Murakami, et celles, traditionnelles, d'un Japon éternel, est très stimulante.

Le scénario est travaillé, l'émotion au rendez-vous, le rire aussi. Une réussite à tout point de vue. A voir absolument si vous le pouvez, la distribution est une fois de plus confidentielle.

 

4e

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L'autre rive

L'Autre Rive pourrait être ce film de festival de plus, road movie d'Europe / Asie centrale multi primé, peu vu et globalement inintéressant.

Il ne l'est pas.

D'abord grâce à cet acteur enfant qui louche (ce n'est pas un simple gimmick, il louche et c'est tout). Ensuite grâce à ces paysages incroyables et ses scènes étonnantes qui se déroulent sous nos yeux, sans affect, sans pathos. Ce qui différencie L'Autre Rive de ses "comparants" c'est probablement cela : la volonté de faire sec, simple, frappant, tout en privilégiant une certaine idée de ce qui est beau.

Restent de belles rencontres, par exemple cette soirée quasi onirique chez le couple dont on se demande s'ils sont bons samaritains ou ogres potentiels.

Une belle soirée entre Géorgie et Abkhazie, dépaysante à souhait.


2e

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Enter the void

Wild Bunch DistributionRegarder Enter the Void me rappelle cette blague idiote du fou qui dit "Ca fait du bien quand ça s'arrête" après s'être écrasé pendant des heures le pouce gauche avec un marteau tenu dans la main droite.

Première partie

Le générique est très chouette. Illisible. Sauf qu'on voit très bien Noé. Japonais. Psychédélique. Hype. Sympa. D'une certaine façon le film serait parfait s'il s'arrêtait là.

Deuxième partie

C'est un peu la suite d'Irréversible. Montage serré, caméra subjective (à chaque fois que le personnage principal cligne de l'oeil il y a un noir à l'écran, il fallait y penser), Oscar est un dealer à Tokyo, il a une soeur, Linda, un copain Alex, un client Victor. A ce moment là (30 minutes environ après le début du film), tout va bien, on ne s'ennuie pas trop.

Troisième partie

Oscar est tué. Son âme erre au-dessus de la ville.  Pendant deux heures on a droit à l'enchaînement : caméra plongeante sur les rues de la ville, scène de l'intrigue, plongée de la caméra dans un objet circulaire (vagin, égout, cendrier, lampe, feu de cuisinière, etc), sorte de vision d'un intérieur galactique ou vaginal (ou l'inverse), puis re-scène de l'intrigue, plongée... bref vous avez compris. Sans les tics de Noé l'intrigue tient en deux lignes : Oscar baisait la mère de Victor, c'est pourquoi Victor a niqué Oscar, Alex en pinçait pour Linda, qui elle se laissait séduire par Mario. C'est tout. C'est tout ? C'est tout.

Deux heures, c'est long. On a le temps de regarder en biais les voisins de calvaire. Les flash-backs sont tellement ridicules que je n'ose même pas en parler.

Si on cumule les scènes qui ne signifient rien (écrans monochrones, trip lié à la drogue, survol de la ville, matrice pleine de synapses colorés) on doit bien atteindre 45 minutes. C'est trop. Ah oui, on voit l'intérieur d'un vagin pendant l'acte (c'est marrant comme c'est éclairé de l'intérieur, ça doit être la mère Noël), et aussi après la réincarnation le cordon qui est coupé. Délivrance ! Enfin on peut sortir...

J'ai envie de dire à Noé : chiche de faire un film sans lumière rouge, sans plongée, et sans que la caméra tourne une fois autour de son axe. Fais ça, et après on discutera.

La psychologie nunuche qui s'attache au pauvre développement moral ne mérite même pas qu'on s'y attarde : je tête ma mère donc je fume, etc... En matière de psychédélisme à deux ronds, on touche le fond. Le livre des morts tibétain est commenté dès le début afin qu'on comprenne bien : quand deux personnes font l'amour, na na ni na na na, et à la fin tous les couples du Love Hotel dégagent des volutes positives : Hosanna ! Oscar est mort et ressuscité : à ce moment là, Enter the Void fait partie des films qu'on a honte de regarder jusqu'au bout tellement c'est bête.

RIP.

 

1e

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Control

Control raconte l'ascension de Ian Curtis, chanteur mythique de Joy Division, qui s'est suicidé à 23 ans.

Que vous connaissiez, ou aimiez, la musique de Joy Division a peu d'importance. L'intérêt du film est ailleurs, dans le magnifique portrait d'un jeune Rimbaud épileptique, issu du fond de l'Angleterre. 

Control fait partie de ces films qui possèdent une sorte de grâce intrinsèque. Tout ce qu'il tente, tout ce qu'il propose, semble parfait et adéquat, parfaitement dans le ton.

Les moments de création, le mariage et la petite fille arrivés trop tôt, puis un véritable amour, rayonnant, lumineux. L'angoisse de la maladie, augmentée de celle de l'inspiration, puis de celle de la culpabilité du à ses incartades conjugales, tout cela est superbement montré. Le film est tourné dans un noir et blanc, riche, profond, chaud, l'exact opposé de celui du Ruban Blanc.

Quelle émotion profonde de suivre cette belle histoire racontée avec talent, servie une mise en scène inspirée et une direction d'acteur époustouflante ! (J'ai commencé par dire que ce n'était pas le plus important, mais la composition de l'acteur Sam Riley est incroyable, notamment dans les quelques scènes de concerts).

Bonus, pour ceux qui ont connu cette époque, on croise les ombres de Bowie, de Lou Reed, de Cabaret Voltaire, des Sex Pistols, des Buzzcocks, des Clash...

Une telle maestria dans la mise en scène laisse augurer d'une grande carrière pour Anton Corbijn.

 

4e 

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Mammuth

Gérard Depardieu et Isabelle Adjani. Ad Vitam Mammuth est un film faux.

Je m'explique : on essaye de nous faire croire que Depardieu (qui s'exprime comme dans Tartuffe) est un boucher quasi analphabète.

La "Province" est montrée comme un monde de ploucs - mais quand même avec des lettres : les gros cons prospecteurs s'appellent Poelvoorde, les fantômes Adjani (au passage affligeante), les croque-morts Dick Annegarn : c'est Groland au Fouquet's !

Le problème de Mammuth est que la bonne distance n'est jamais trouvée : Kervern et Delépine se foutent-ils de la gueule des provinciaux avec des tics purement parisianistes, où veulent ils dire autre chose ? Et quoi ?

Le scénario est ridicule, les intentions surlignées : quand on veut signifier qu'un personnage s'ennuie, on le montre tournant dans une pièce comme un lion en cage, original, non ?

L'afféterie de l'image au gros grain rend l'ensemble assez insupportable de prétention. Depardieu cabotine (mais peut-il désormais faire autre chose ?). On songe (tristement) à The Wrestler, comme on pourrait songer aux Monty Python en regardant la 7ème compagnie.

Les deux réalisateurs semblent se complaire dans la masturbation réciproque, à l'image de la scène entre les deux cousins.

Mammuth n'est pas seulement mauvais, il est inutile. Ou l'inverse.

 

1e

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Lola

EquationJ'ai été voir Lola en souvenir d'un réalisateur philippin, autrefois renommé, décédé en 1991, et qui s'appelait Lino Brocka.

J'ai vu de lui un film, Bayan Ko, que peu de ceux qui liront cet article auront vu, mais qui, pour moi, est un des films qui a marqué mon entrée en cinéphilie, en 1985.

Les Philippines sont depuis restées discrètes dans le domaine du cinéma, jusqu'à l'irruption du doué Brillante (le bien nommé) Mendoza. Je n'ai pas vu les premiers films de ce dernier (Serbis, Kinatay), fortement auréolés d'une aura scandaleuse (pornographie, viol, meurtre).

Venons-en à Lola : le prétexte est simple. Une rixe entre deux jeunes gens tourne mal. L'un meurt. Les deux protagonistes ont des grands-mères (lolas) à forte personnalité. Les deux familles sont très pauvres.  La grand-mère de la victime veut un enterrement décent pour son petit-fils, la grand-mère de l'infortuné assassin souhaite un accord à l'amiable avec la famille de la victime : en clair, verser une grosse somme pour solde de tout compte, et que son fils soit libéré. Les deux grands-mères vont-elles arriver à trouver un accord ?

Sur cette intrigue simplissime, Mendoza tresse un film qui n'est pas horrible, mais qui n'est pas non plus passionnant. Le film vaut pour deux choses : le jeu des deux grand-mères, spectaculaire dans leur énergique détermination, mais attendu, et surtout la description quasi documentaire d'une Manille sous les eaux : ses vols à la tire, ses tribunaux de quatre sous, ses taxis collectifs, ses prisons surpeuplées, ses usuriers, ses vendeurs ambulants.... c'est sous cet aspect "terrain" que le film peut le plus intéresser.

 

2e

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Tropical malady

En attendant de voir le 1er septembre la Palme d'Or d'Apichatpong Weerasethakul, je visionne son dernier film, avec un peu d'appréhension, au vu des critiques lues : le film serait abscons, hermétique, contemplatif, étrange....

Verdict : il est un peu de tout ça, mais curieusement il ne provoque pas d'ennui, en tout cas pas dans sa première partie.

Le film est en effet découpé en deux parties complètement distinctes.

Dans la première on suit la naissance d'un amour entre deux hommes : Keng, un jeune soldat, et Tong, un garçon de la campagne un peu simplet. Cette partie est absolument remarquable. Le film alterne des séquences courtes, souvent surprenantes (comme cette ouverture étonnante dans laquelle les soldats trouvent un cadavre), brillamment mises en scène. La direction d'acteur est stupéfiante de précision, chaque regard, haussement de sourcil, geste, semblent chacun porteur d'une signification profonde. La photographie est admirable, la nature montrée avec une sensualité inouie qui rappelle Terence Mallick ou Andrea Arnold. Rarement la naissance d'un amour aura été montré avec autant de délicatesse. Cette première heure donne donc l'impression de la découverte d'un cinéaste absolument majeur.

Après une heure, Keng erre dans la forêt, à la recherche de Tong, qui y circule nu, le corps entièrement tatoué. Cette partie est complètement muette, ponctuée de "cartons" comme dans les vieux films muets, évoquant des légendes de monstres et de fantômes un peu confuses. Vers la fin du film, on ne voit plus Tong mais un tigre : l'amant de Keng s'est il métamorphosé en monstre ? Si dans cette partie la nature sauvage thailandaise est aussi bien filmée que dans la première, la monotonie des plans lasse un peu.

Le film est dans son ensemble une véritable expérience sensorielle et intellectuelle, qui convoque toutes sortes de références variées et provoque des émotions aux nuances délicates. Une réussite.

Au détours d'une phrase, Tong semble annoncer le film primé à Cannes : il parle d'un oncle qui se souvient de ses anciennes vies, jusqu'à 200 ans en arrière. S'agit il d'Uncle Boonmee ?


3e

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24 heures chrono (Saison 8)

Annie Wersching. Twentieth Century Fox Film Corp.Je serai bref.

Dans la même semaine se terminent 2 des séries phares des années 2000, Lost (voir ci dessous) et 24.

Autant dire que désormais le paysage des séries devient tout à coup morne et tristounet, même s'il reste tout de même True blood, Mad Men et Breaking Bad à commenter.

Autant le final de Lost m'a parut boursouflé et à côté de la plaque autant le final de 24 me parait parfaitement conforme à ce que la série a toujours voulu faire : de l'efficacité, des rebondissements, mais une véracité psychologique rarement prise en défaut. Le final de la série est à son image, émouvante (mais pas trop), sec comme un coup de trique, et en même temps porteuse de plusieurs sens possibles (Jack ne voit pas les autres, mais leur parle, les autres le voit et pleurent, lui disparait comme Orphée aux enfers, etc...).

La saison 8 aura été de très belle facture, une de mes préférées avec les 1, 2, et 5. Il faut dire que le personnage de Renée Walker, sorte de Bauer au féminin, et symétrique de la femme de Bauer disparaissant en saison 1 y est pour beaucoup. La montée en puissance de Chloé, présente depuis la saison 3 aussi, Chloé la mal-aimée, haïe par certains fans, bouc émissaire boudeuse finalement élevée au rang de chef de la CTU, amie intime, sous-estimée, toujours présente.

Tu vas vraiment me manquer Jack, but you can put your gun down, now. It's over.

00:00:00

24h chrono, saison 1 à 7


3e

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Lost, S6, The end

Jorge García, Matthew Fox, Evangeline Lilly & Josh Holloway. ABC StudiosOk, j'expérimente un truc spécial : je vais commenter le season final de Lost sans l'avoir vu. En réalité c'est que j'en ai marre d'attendre : 6 ans déjà ... pff... et pourquoi ça ? Je suis normalement constitué, pas plus maniaque obsessionnel que vous (quoique ?). Et même, je dirais que je suis assez rationnel.

Alors, à quelques minutes (2h30 tout au plus) de comprendre pourquoi j'ai passé plus de 100 heures à regarder ce salmigondis de croyances à la mords-moi-le-noeud, de machins improbables et toujours habillés d'une sorte de rationalité extrinsèque (voilà que je me mets à délirer maintenant), oui, à quelques minutes de cela, qu'attends-je ?

Rien.

Me reviens en tête cette sentence : "Le meilleur dans l'amour, c'est la montée de l'escalier".

Oui, quoique ce season final me révèle, il sera en-dessous de ce que j'ai imaginé. Ainsi Lost restera comme la plus grande série en terme de promesses (tenues ou non, peu importe). "L'attente aiguise le plaisir" pourrait être son frontispice. Je reviens bientôt, après avoir vu la fin ...  et je ne serai pas déçu quoiqu'il arrive.

(Interruption 21h13, le 24 mai 2010)

 

Eh ben si. J'ai été déçu. Et toc.

Que le dernier épisode n'explique pas les pseudo-mystères scientifiques (la fumée noire, l'électromagnétisme, les nombres, qui a érigé la statue, pourquoi les femmes ne pouvaient pas avoir d'enfants sur l'île, etc...), finalement peu importe. Il n'y a que les crypto-scientifiques en mal d'explications rationnelles qui s'en offusqueront. Mais ceux là devraient avoir compris depuis longtemps que les révélations importantes avaient déjà eu lieu (les deux épisodes Ab Aeterno et Across the sea en ont révélé une tonne). Après tout, comme je l'ai lu ailleurs, se demande-t'on pourquoi Perter Pan peut voler ?

Donc le dernier épisode se concentre sur les personnages, et non sur les mystères, comme annoncé par les showrunners. OK.  Rien contre. Jusque là, je suis.

Maintenant, vous qui êtes fondamentalement réticents aux spoilers, partez.  ET VITE.

Car les 15 dernières minutes m'ont cruellement déçues. On dirait que JJ Abrams (et c'est possible) a imaginé les 5 dernières minutes à la suite des 5 premières. En effet, sans dévoiler la fin (mais qui se trouve être dans le même registre que la fin de Six Feet Under, en 500 fois moins bien), on peut tout de même dire qu'on n'y retrouve que les tout premiers participants (except Desmond, évidemment), y compris les plus accessoires : Shannon et son frère, Bernard et Rose...

Ainsi, apparait pour la première fois dans le vaste monde des séries cette incongruité : 5 minutes au début, 5 minutes à la fin, et au milieu, du grand remplissage, assez approximatif. Ceux qui ont vu Alias, la première série imaginée par JJ Abrams, comprendront ce que je veux dire par remplissage - et la frustration qui va avec.

Je précise : la fin en soi ne me heurte pas trop, sauf peut-être par son caractère religioso-panthéiste un peu ridicule voire tendancieusement scientologue. Mais quand même : elle ignore, elle souille, elle annihile tous les autres personnages de la série, en vrac : Jacob, MIB, l'île elle même (qui aurait méritée son centric), Wildmore, Eloise, Daniel, Charlotte, Ben, Eko, Ana Lucia, Rousseau, Mickael, Walt, Nadia, Richard, Ethan, etc... à quoi ça rimait de mettre tous ces gens en scène s'il ne servaient à rien , en tout cas à rien de plus que Boone, appelé lui à la petite scène finale "tout le monde il est beau, tout le monde il content" ? Comment imaginer qu'au moment de quitter un purgatoire (de pacotille entre parenthèse) il faille s'entourer de cette gourde de Shannon, plutôt que de sa mère ou de son père ? C'est quand même un peu n'importe quoi dans le genre bisounours au Paradis. Et je passe sur le vitrail rassemblant ostensiblement toutes les religions : on n'est quand même pas loin du foutage de gueule intégral.

Bon, je me résume. La fin n'est pas complètement nulle, mais presque. Je ne déteste pas, mais à l'image de la série j'ai envie de dire : aurait pu tellement mieux faire ! Les réalisateurs avaient toute une saison pour remettre les choses à l'endroit et mettre un peu de cohérence dans toutes les intrigues lancées. Au lieu de cela, ils ont développé les flashsideways, qui apparaissent aujourd'hui comme bien fades et inutiles.  De 3* la série se voit rétrogradée en 2* au Paradis des séries.

Ce fut un long voyage, et je fus heureux d'en être, car Lost fut plus une expérience collective qu'une série.

Lost, S6, mon avis après le 12ème épisode

Lost, S6, mon avis après le 6ème épisode

 

2e

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Dans ses yeux

Guillermo Francella et Ricardo Darin. Pretty PicturesDans ses yeux a remporté l'Oscar du meilleur film étranger 2010, au nez et à la barbe d'Un Prophète. C'est une des raisons qui m'ont poussées à aller voir ce film argentin, en mémoire d'un cas similaire : j'avais adoré Departures qui avait décroché la statuette alors qu'Entre les murs concourrait.

Benjamin Esposito est greffier dans un tribunal de Buenos Aires. Une jeune femme arrive, qui va être son chef, et dont il tombe amoureux. Il voit sur une scène de meurtre le corps d'une ravissante jeune fille, violée et assassinée. Une image qui va le marquer toute sa vie. Il va participer à la traque de l'assassin, le trouver, puis celui ci va être relâché...
 
Une fois en retraite, 25 ans plus tard, il veut écrire un roman basé sur cette histoire, mais évidemment va découvrir de nouvelles vérités sur lui-même, et sur les autres.

Le film est donc une sorte de polar romantique, dans lequel les scènes de drôleries (notamment grâce à certains dialogues ciselés) alternent avec des effets à grand spectacle (la scène du stade). C'est relativement efficace, au sens US du terme, même si le remake américain probable évitera probablement les relatives longueurs de son original sud américain. Une sorte de Zodiac en beaucoup moins bien.

Etait-ce la chaleur quasi estivale qui régnait à Nantes aujourd'hui ? Toujours est il que je me suis passablement ennuyé en regardant le film, sans savoir exactement pourquoi. Une certaine prévisibilité dans les retournements de situation peut-être. Un trop grand amoncellement de platitudes et de lieux communs, certainement. Et un problème global de rythme, c'est sûr.

Comme à chaque fois que je ne suis pas emporté par un film, je regarde la mise en scène. Ce qui m'a le plus marqué ici c'est la manie qu'a le réalisateur de mettre un objet ou un personnage très flou au premier plan quand il filme un personnage. Si vous allez voir le film, comptez les plans de ce genre (je dirais entre 30 et 40).

 

2e

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Copie conforme

William Shimell et Juliette Binoche. MK2 DiffusionIl fait chaud à Nantes. L'été arrive et je vais voir le dernier Kiarostami au Katorza alors que le Palmarès n'est pas encore tombé : je me crois un peu à Cannes... les quais de Pornic vont bientôt ressembler à la Croisette.

L'idée du film est bonne : on voit un couple se former. Lui, essayiste qui vient de publier un livre sur la copie dans l'art, elle, qui tient une galerie et a un enfant ado. Le couple nouveau-né, à la faveur d'un quiproquo, se mue en couple qui se déchire après 15 ans de mariage.

Belle idée, ratage complet. Copie conforme n'est pas un film, mais l'idée d'un film.

On voit par là que la place de Kiarostami est plus aujourd'hui dans les galeries d'"art contemporain que dans les salles de cinéma. Car de cinéma, il n'est guère question dans Copie conforme : la direction d'acteur y est exécrable (même Binoche semble buter sur les mots), la mise en scène outrageusement explicite, les symboles ridicules dans leur lourdeur démonstrative. Un seul exemple ? Pour illustrer l'incommunicabilité dans le couple, quoi de mieux que de montrer Binoche tenter d'exprimer ses voeux de bonheur à de jeunes mariés à travers une fenêtre qui ne veut pas s'ouvrir... et tout est à l'avenant, profondément ennuyeux, désespérément pataud.

Mon esprit était si peu impliqué dans ce que je regardais que j'ai pu imaginer plusieurs Copies conformes (rigolo non, des copies de copie, non ?), même histoire, mais tournés par Lynch, Cronenberg, Kieslowski, Bergman ou Sirk. Des cinéastes.

Et maintenant, attendons dimanche, l'heure du Palmarès et de la diffusion du dernier épisode de Lost, au soleil. 

 

1e

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Les fils de l'homme

Conseillé par des amis blogueurs, me voici en train de taper dans la pile de DVD au lieu d'aller dans les salles. J'attends mercredi et les premiers films de Cannes....

C'est brillamment mis en scène. Owen est méconnaissable, et joue probablement LE rôle de son début de carrière. C'est bien foutu, dans un genre qui mixerait le meilleur du jeu vidéo futuriste glauque genre Half Life, le plus bon de la Sci-fi intelligente (je pense à Battlestar Galactica), et la quintessence du roman d'anticipation. La reconstitution du Londres de 2027, sans enfant puisque le genre humain est devenu stérile, est assez réussie, anxiogène et tristement réaliste. Les scènes d'action sont époustouflantes.

Pourtant le film ne parvient pas à décoller. Comment dire ? Entre le gore, du genre je perds un bras lors de l'explosion terroriste, et le sentimental, style je mets des coeurs biens larmoyants à chaque fois qu'il faut pleurer : il faut choisir !

Cuaron ne choisit pas vraiment et pond un bébé (!) hybride qui n'emporte pas mon adhésion, même si je suis bien conscient des qualités du film.


2e

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Les Soprano, l'épilogue

Warner Bros International TelevisionCrépusculaire

Cet adjectif a du être employé un bon million de fois à propos de films ou de séries (par exemple, je l'aurais pour ma part volontiers appliqué aux Damnés de Visconti), mais jamais, jamais, il ne s'appliquera mieux qu'aux 9 épisodes de l'épilogue de la saison 6 des Sopranos.

Fidèle

Oui, il a fallu l'être tout le long de ces 6 saisons, avec ses poussées de fièvre, ses temps (parfois) morts. Au final pour le fan de séries, les Soprano lutteront jusqu'au bout, au coude à coude avec The Wire et Six Feet Under pour le titre de meilleure série de tous les temps. The wire : je n'en suis qu'à la saison 3. SFU : j'ai adoré. Mais les Soprano ont quelque chose de différent : ils échappent à la temporalité . Je veux dire (je n'ai rien fumé, ni moquette, ni rien), cette série is not about mafia, elle parle de l'homosexualité, du suicide des ados, de la façon dont on peut décider de sa vie, des addictions, du remord, du divorce, de Hamlet et de Lorenzaccio mélangés,  de la psychanalyse, du rêve, du coma, du cancer, de la trahison, de la cuisson des fettucinis, d'être père, de Dieu(x), de devenir vieux et/ou fou, des canards dans la piscine, de la meilleure façon de tenir un restaurant, du FBI, du terrorisme, de Bush, de l'obésité, des Italiens et des Juifs, du terrorisme, de Scorsese, de la façon de faire un film, des mères, du viol, et de tant d'autres choses....

Et la nature ?

Une des particularités de cet épilogue est le rapport extraordinaire à la nature que cette dernière salve d'épisodes dessine. Quand Tony regarde le lac dans l'épisode 1, ou quand il regarde le soleil se lever dans les environs de Las Vegas dans un désormais mythique épisode 6 ("sous l'empire du peyotl"), on ne peut pas ne pas penser à tout ce qui nous dépasse. Vous voyez ce que je veux dire.

Tuer ou ne pas être tué, être tué ou ne pas tuer

Les Soprano n'ont rien de contemporain. En cela ils rejoignent Sophocle et Shakespeare. Les rapports entre les personnages sont ici régi par ce qui le fait le propre des tragédies antiques (ou de la loi du marché, mais est-ce différent ?) : qui peut me servir, où est le pouvoir, comment le conserver ? Dans beaucoup de ces épisodes, Tony hésite entre tuer ou pas (le 1, le 2, le 6) : le fait-il, on non ? Pourquoi ? Et vous, qu'auriez vous fait ? Et combien y a-t'il de façon de mourir ?

Savoir finir

Finir une série n'est jamais facile. Alias optait pour le happy end projeté dans le futur, apaisé et serein. Battlestar Galactica pour le twist final improbable, les 6 dernières minutes de Six Feet Under pour l'accélération brutale (et géniale) de la flèche temps. Dans 4 semaines deux monstres (Lost et 24h chrono) devront choisir leur fin. Les Soprano opte pour un final ouvert, la série se termine par un épisode assez quelconque, pourtant conçu et réalisé par David Chase lui-même. Comme un manifeste d'under statement narratif. L'ultime scène ne se termine pas, laissant deviner une fin (une partie de la famille serait assassinée, Meadow s'en sortirait grâce à un créneau raté) qui n'arrivera jamais. Coup de génie ou déception : ainsi la fin des Soprano sera-t'elle à l'image de toutes ces saisons, ni série sur la Mafia, ni comédie de moeurs, jamais là où on l'attend, tragico-comique et ennuyeuse, modeste et ambitieuse (oh ces épisodes en Italie...), ni tout à fait une autre, ni tout à fait la même...

Grazie mille

Merci. Pour cette bande son exceptionnelle (des génériques de fin parties intégrantes de l'épisode, par la seule grâce de la musique). Pour ces moments de peur, de vertige, d'amour, de vie, d'ennui. Pour ces seconds rôles d'anthologie. Ces guests stars reconnaissantes (rien qu'en saison 6 : Ben Kingsley, Lauren Bacall, Sydney Pollack, Alec Baldwin). Pour Steve Van Sandt et l'ombre portée du Boss. Pour cet épisode (le meilleur de toutes les séries du monde entier) perdu dans la neige, des Coen à la puissance 10, L'enfer blanc (S3E11).

Merci pour toutes ces émotions entre empathie et horreur, rien que la vie, mieux que la vie.

 

4e

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La mort de Dante Lazarescu

Ion Fiscuteanu. Bac FilmsImaginez une sorte de croisement contre-nature d'Urgences (oui, la série US), de 4 mois, 3 semaines, 2 jours (la palme d'or méritée de Mungiu) et de Rohmer. Cela vous donnera une idée de l'OVNI que représente le film de Puiu.

Au début, disons pendant les 30 premières minutes, la situation est approximativement la même que pour Irréversible (bien que pour des raisons inverses) : vous avez envie d'arrêter. La description de la décrépitude du sus-nommé Lazarescu est franchement ennuyeuse et un peu trop caractéristique du cinéma de l'Europe de l'Est.

A partir du moment ou Dante (appelons le comme ça) quitte son appartement pour une odyssée nocturne dans les rues de Bucarest, le film prend une tournure onirique résolument originale et captivante. Au fur et à mesure que les diagnostics plus ou moins sérieux s'enchaînent, et sous l'égide d'une infirmière (tellement) si humaine, le film commence à ressembler à une pièce de Beckett passée au mixeur slave.

On suit avec intérêt, puis avec perplexité, et enfin avec passion l'odyssée de notre Dante à travers les cercles de l'enfer roumain, chaque hôpital représentant une étape vers, vers .... une dernière scène magnifique qui tirera les larmes de votre coeur de cinéphile endurci.

Hormis la première demi-heure un peu convenue, un chef d'oeuvre doux-amer. Très remarqué à Cannes 2005, avec raison.


3e

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