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Christoblog

La chimère

Je n'ai jamais aimé le cinéma d'Alice Rohrwacher, et ce n'est pas ce film qui va me faire changer d'avis.

On retrouve dans La chimère ce qui fait la signature de la réalisatrice italienne : un mélange de milieux décalés, de faux documentaire, d'esthétique un peu cradingue, de formalisme toc (le format du cadre), de fantastique et de chronique sociale.

Le résultat est parfois intriguant (la découverte du milieu des chasseurs d'antiquités étrusques), mais le plus souvent à mon sens quelconque, et même par moment ridiculement prétentieux (le "fil d'Ariane"). Comme souvent, la réalisatrice répugne à donner des éléments de contexte aux scènes qu'elle nous proposent, ce qui laisse souvent le spectateur au bord du chemin.

Plus encore que dans ses films précédents, c'est une impression de bric et de broc non maîtrisé qui prédomine à la sortie de la séance, comme si Alice Rohrwahcher ne savait pas elle-même ce qu'elle avait voulu raconter.

A un moment, un personnage regarde la caméra et assène une phrase définitive : "Si on avait eu l'héritage des Etrusques plutôt que celui des Romains, les Italiens seraient moins machistes". On se demande à ce moment-là où le film veut nous emmener, entre considération historique approximative, rêverie poétique, éloge de la sororité, effet de style et critique de la société italienne contemporaine.

De ce brouet inégal ressort l'interprétation subtile de l'acteur anglais Josh O'Connor, dont le jeu lunaire et incarné se marrie bien à l'univers de l'Italienne.

Alice Rohrwacher sur Christoblog : Corpo celeste - 2011 (**) /  Les merveilles - 2015 (*) / Heureux comme Lazarro - 2018 (**)

 

2e

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L'innocence

Hirokazu Kore-Eda est probablement le réalisateur en activité qui sait le mieux filmer l'enfance, et il le prouve encore ici.

L'innocence commence comme un thriller psychologique mettant en évidence le corsetage extrême de la société japonaise.

On est tour à tour intrigué et choqué par le premier tiers du film, qui semble traiter du harcèlement d'un élève par son professeur. On perçoit qu'il y a dans ce qui nous est montré plusieurs éléments étranges, dont on devine qu'ils seront expliqués ultérieurement. 

Dans les deux parties suivantes, le cinéaste japonais utilise un "effet Rashomon" évolué (chaque nouveau récit apporte un nouveau point de vue différent sur l'histoire), mais assez subtil (les mêmes scènes ne sont pas à chaque fois totalement rejouées comme c'est parfois le cas dans ce genre de construction). Cette structure séduisante a valu au film le prix du scénario lors du dernier Festival de Cannes. 

Curieusement, au fur et à mesure que la vérité se dévoile (un peu trop vite à mon goût, et vers une issue un peu trop prévisible), mon intérêt a progressivement faibli, même si les principales qualités de Kore-Eda sont bien présentes : une attention extrême aux affects et à la psychologie, une grande subtilité dans l'analyse des rapports humains, une sorte de froide dureté associée à de grandes capacités empathiques. 

Les beaux plans larges, la musique envoutante de Ryuichi Sakamoto, la mise en scène millimétrique et la merveilleuse direction d'acteurs contribuent à faire de ce dernier opus un bon cru dans carrière d'Hirokazu Kore-Eda.

Hirokazu Kore-Eda sur Christoblog : Nobody knows - 2003 (**) / Still walking - 2008 (***) / Air doll - 2009 (**) / I wish - 2012 (***) / Tel père tel fils - 2013 (***) / Notre petite soeur - 2014 (****) / Après la tempête - 2016 (***) / The third murder - 2017 (**) / Une affaire de famille - 2018 (****) / La vérité - 2019 (**) /  Les bonnes étoiles - 2022 (****)

 

3e

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Misanthrope

Moins délirant que le formidable Les derniers sauvages, qui fit connaître Damian Szifron en France, Misanthrope est un polar nerveux et super efficace, porté par un duo hors du commun interprété par la jeune Shailene Woddley et l'insaisissable Ben Mendelsohn (qui irradiait la série Bloodline).

On a rarement vu une mise en scène aussi précise et un montage aussi alerte dans le cadre d'une traque de tueur en série. De la première scène époustouflante au final assez classique, mais d'une belle tension, on suit avec un plaisir constant une suite d'évènements qui s'enchaînent dans une belle unité de style et d'ambiance.

C'est évidemment les capacités à percevoir la dépression du tueur par empathie qui rend le personnage de la jeune enquêtrice Eleanor si attachant. Shailene Woddley, qu'on avait découverte en fille de Georges Clooney dans The descendants, parvient à donner à son personnage une épaisseur mélancolique et attentionnée dont on se souvient.

De la belle ouvrage, qui amène à souhaiter que Szifron s'attaque à d'autres sujets.

Damian Szifron sur Christoblog : Les nouveaux sauvages - 2014 (****)

 

3e

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Augure

Le premier film de l'artiste d'origine congolaise Baloji (acteur, musicien, réalisateur, styliste, performeur) est une découverte étonnante.

Le début du film est délicieux. Koffi rentre au pays pour présenter sa femme, aussi blonde que lui est noir, mais les choses vont très mal se passer suite à un malentendu causé par trois malheureuses gouttes de sang.

Enchaînement loufoque d'évènements bizarres, racisme dans tous les sens, tableau sensible de la vie quotidienne, scènes de rue impressionnantes, songes poétiques : on est happé par cette entrée en matière.

Augure perd ensuite un peu en intensité, multipliant les histoires parallèles dans un creuset dont on comprend vaguement qu'il parle de transmission, mais qui ne se raccordent pas forcément au début du film.

Sans être parfaitement réussi, le film de Baloji brille par sa puissante vitalité et révèle un réalisateur qui pourrait dans les années à venir donner de l'Afrique une vision plus moderne et plus déliée que celle que nous offrent les "anciens" du continent (Abderrahmane Sissoko, Mahamat-Saleh Haroun).  

 

2e

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Gladiator

En attendant la sortie de Gladiator 2 en 2024, j'ai récemment comblé une grosse lacune en regardant enfin Gladiator.

Le film est passionnant par les émotions  et sensations diversifiées (voire contradictoires) qu'il procure.

Ainsi, l'impression saisissante de réalisme générée par les scènes d'action trouve un parfait contrepoint dans l'aspect fake et kitsch des images concernant le voyage de Maximus d'Allemagne jusqu'à sa demeure espagnole. La nervosité de certaines phases du scénario contraste avec de longues plages assez monotones, rendant le film très curieux à appréhender. Les approximations historiques (le matériel de guerre de la scène d'ouverture est complètement anachronique, les relations entre personnages en grande partie réinventées) n'empêchent pas de louables efforts de vulgarisation (il est très plaisant de voir Marc Aurèle écrire ses ouvrages philosophiques sur le front).

Bref, Gladiator est un film généreux, foutraque, mal léché, qui a entraîné mon adhésion par la qualité de l'écriture de sa dernière partie (il fallait oser être aussi noir) et l'interprétation absolument parfaite de son casting : Russel Crowe tout en retenue, Joaquin Phoenix pas commode, et Connie Nielsen idéalement lisse. 

Ridley Scott réussit à ressusciter la saveur lointaine de soirées passées à frémir devant Ben Hur, Les dix commandements ou Cléopâtre, et rien que pour cela, il peut être remercié.

Ridley Scott sur Christoblog : Blade runner - 1982 (****) / Prometheus - 2012 (*) / Seul sur Mars - 2015 (**) / House of Gucci - 2021 (**) / Le dernier duel - 2021 (***)

 

3e

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Soudain seuls

Pendant toute la séance, je me suis demandé quel était l'intérêt de projeter une scène de ménage de couple en train de se défaire dans l'environnement grandiose de l'Antarctique (en fait l'Islande).

Dans ce drôle de survival, rien ne semble intéresser moins les deux protagonistes que ... survivre. Ils préfèrent en effet s'envoyer des saloperies à la figure (pour ensuite, classiquement, baiser furieusement), plutôt que d'échanger sur la méthode à suivre pour ne pas mourir. 

Ainsi la nourriture semble être le cadet de leur soucis, comme d'ailleurs l'exploration des environs ou la consolidation de leur abri de fortune. Il semble par contre essentiel de se rappeler combien tel ex était vraiment un connard, ou telle maîtresse une belle salope. 

Bref, on ne croit pas un seul instant aux personnages joués par Gilles Lelouch (imbuvable, stupide, ridicule) et Mélanie Thierry (un peu plus crédible).

Quant à la fin du film, elle brille également par son invraisemblance totale : comment imaginer que Laura, déjà affaiblie, survive à deux nuits dans la neige, sans manger ? 

C'est donc raté, malgré de belles images et.... des pingouins. On attendait beaucoup mieux du scénariste attitré des films de Jacques Audiard.

  

1e

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Perfect days

Il est très difficile de faire ressentir la poésie au cinéma. Je connais très peu de films dont je pourrais dire qu'il m'ont ému "poétiquement" (Bright star, Poetry).

Perfect days y parvient, par le biais d'une succession de répétition, un peu comme le tentait maladroitement le Paterson de Jarmusch. La même journée semble se répéter durant tout le film, avec ses rituels anodins, son apparente monotonie et ses activités quelconques (le personnage principal nettoie les toilettes publiques).

Mais Hirayama (joué par Koji Yakusho, récipiendaire mérité du prix d'interprétation à Cannes) semble trouver son épanouissement dans cette journée sans fin à la mode tokyoïte, entre autre inspiré par la transcendance de la lumière à travers les feuillages d'arbre (les Japonais appelle cela le komorebi), qu'il aime photographier.

Les rares distractions qu'invente le scénario (quelques rencontres fugaces, une poignée de frêles amitiés) sont comme les ridules qui se forment à la surface d'une eau calme après qu'un corps y a pénétré : elles ne troublent que temporairement et superficiellement la sérénité d'Hirayama, tout entier consacré à la recherche de la quiétude au travers de l'observation du monde.

Le film se conclut par des plans d'une ampleur incroyable, qui m'ont littéralement arraché des larmes tellement leur beauté m'a atteint en plein coeur, me faisant soudainement ressentir toute la beauté et la fugacité de la vie.

Wim Wenders sur Christoblog : Pina - 2011 (**) /  Every thing will be fine - 2015 (*) / Anselm (Le bruit du temps) - 2023 (**)

 

3e

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Un hiver à Yanji

Anthony Chen, réalisateur singapourien à qui on doit l'excellent Ilo Ilo, possède une palette pleine de délicatesse et de poésie, qui peut faire penser à un certain cinéma français (Rivette, Rozier, Truffaut).

On suit ici trois jeunes gens dépressifs qui se rencontrent par hasard et vivent ensemble quelques situations évanescentes et anecdotiques (par exemple une promenade dans la montagne enneigée à la recherche d'un lac perdu). 

L'intérêt du film réside dans le miroitement de leur solitudes superposées, qui rend leur rencontre plus intéressante que leur existence individuelle, et qui brille dans un paysage lui-même incertain, morceau de Chine perdu aux confins de la Corée du Nord, dans une sorte de no-man's land fantasmatique et glacé. 

L'écriture est fine au point de parfois paraître absconse, et la mise en scène élégante jusqu'à devenir invisible. Cette histoire de Jules et Jim sotte voce pourra donc décevoir.

Ce tableau délicat de la jeunesse chinoise contemporaine est à déguster si vous êtes friand de cinéma asiatique racé.

Anthony Chen sur Christoblog : Ilo Ilo - 2013 (***)

 

2e

 

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Le monde après nous

Disponible sur Netflix, le dernier film du créateur de Mr Robot, Sam Esmail, commence plutôt bien.

Un couple de New-Yorkais fortuné (Ethan Hawke / Julia Roberts) et leurs deux enfants passent un week-end dans une maison luxueuse des Hamptons, quand tout à coup une cyber attaque supprime tous les moyens de communication. Lorsque le propriétaire de la maison revient tout à coup chez lui (le toujours excellent Mahershala Ali), la situation se tend....

La première partie du film est intéressante : les relations entre tous les personnages sont assez finement décrites. Les intéractions dans la famille ne sont pas caricaturales, et les réactions de Julia Roberts, teintées de racisme latent, lorsque le propriétaire revient chez lui, sont bien vues. Comme à ce moment-là les effets de la cyber-attaque sont spectaculaires et d'une certaine façon crédibles, on est réellement captivés.

Malheureusement le film ne sait pas trop dans quelle direction aller dans sa deuxième partie. Il tourne en rond, multiplie les signes qu'il ne déchiffrera pas (les cerfs, le son, la cabane, la maladie du garçon) et les relations entre les personnages s'effilochent progressivement, jusqu'à une fin ambigüe qui évite de conclure.

C'est dommage. Il y avait une belle sensibilité au début du film qui aurait pu éclore si le scénario avait été plus maîtrisé. La mise en scène lorgne du côté de Hitchcock, de Fincher et de Kubrick, avec des mouvements de caméra inutilement virtuoses, sans convaincre tout à fait.

C'est donc au final plutôt raté, mais de peu.

 

2e

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Chien de la casse

Formidable film que ce premier long-métrage de Jean-Baptiste Durand.

Raphaël Quenard et Anthony Bajon y joue une partition parfaite, le premier avec son accent inimitable, ses trouvailles sémantiques et poétiques, le second dans ce style physique, taciturne et sensible qui lui va si bien (on pense bien sûr à La prière).

Ces deux amis zonent dans un village de l'Hérault, entre petites combines, projets fumeux, rap et difficultés familiales... jusqu'à ce que l'arrivée d'Elsa (excellente Galatea Bellugi) entame la complicité des deux compères.

Tout dans Chien de la casse est intéressant et respire l'intelligence : le scénario sinueux, la précision avec laquelle sont dessinés les seconds rôles, l'utilisation des décors naturels, la fin touchante et sensible.

Je recommande chaudement ce film qui confirme le talent écrasant de Raphaël Quenard et révèle au grand jour celui de Jean-Baptiste Durand.   

 

3e

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Et la fête continue !

J'ai éprouvé les mêmes sensations à la vision du dernier film de Guédiguian qu'à celle du dernier Moretti : une certaine gêne devant le radotage approximatif d'un vieux maître, zébré d'éclats agréables.

Pour ce qui est du radotage, on a ici des ingrédients bien connus : portrait de Marseille, communisme (devenu nostalgique par la force des choses), prime aux bons sentiments, grand tableau de la communauté arménienne (des petits travers à la tragédie du Haut-Karabagh).

Tout cela n'est ni très bien fait, ni vraiment convaincant, juxtaposition de scènes tout à fait ratées (les réunions politiques) ou pas vraiment réussies. 

Ce qui sauve Et la fête continue !, c'est surtout l'histoire d'amour délicate entre les personnages joués par Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin, encore une fois très convaincant. La manière dont est évoquée l'effondrement des immeubles de la rue d'Aubagne, dans le "dos" d'Homère, est aussi assez bien vu.

Le tout est tout de même très fragile, fait de bric et de broc, et au final pas vraiment recommandable.

Robert Guédiguian sur Chisitoblog : Les neiges du Kilimandjaro - 2011 (**) / Gloria mundi - 2019 (****)

 

2e

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Le temps d'aimer

Si la référence n'était pas si pesante, je dirais volontiers que Le temps d'aimer évoque pour moi le cinéma de Douglas Sirk : profondeur des sentiments, écoulement du temps, sentiment du destin qui écrase et parfois libère ses personnages, nuances dans l'écriture et la mise en scène, acuité dans l'exposition des moments qui marquent (et parfois changent) une vie.

Oui, le nouveau film de Katell Quillévéré est un formidable mélodrame "à l'ancienne", qui traite de problématiques plutôt modernes : le mélange est étonnant, et bien que sage (peut-être un poil trop), souvent émouvant.

Au service de l'émotion que génère le film se trouve l'interprétation absolument parfaite d'Anaïs Demoustier et de Vincent Lacoste. Si la première est coutumière des éloges sur Christoblog (je ne suis pas loin de penser qu'elle est avec Virginie Efira la meilleure actrice française actuelle), le deuxième recueille ici le premier total satisfecit. Il est absolument renversant de sensibilité contenue.

2023 se termine en beauté pour le cinéma français, qui aura proposé cette année une pléiade de très bons films, parmi lesquels je retiens surtout, outre le Temps d'aimer, Au revoir Paris, Rien à perdre et Je verrai toujours vos visages.

Allez-y si vous aimez les mélodrames bien dosés au long cours.

Katell Quillévéré sur Christoblog : Suzanne - 2013 (****)

 

3e

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La femme de mon frère

Emballé par le film suivant de Monia Choukri (Simple comme Sylvain), je me suis décidé à regarder en séance de rattrapage le premier film de la Québécoise.

Mal m'en a pris. La femme de mon frère est en effet un brouillon indigeste et mal maîtrisé dans lequel coexistent plusieurs films : une chronique familiale à la limite de l'hystérie (l'influence de Xavier Dolan est manifeste), une comédie romantique décalée, un film d'auteur aux recettes alambiquées (la fin zarbi, le montage saccadé d'une même action), un portrait délicat de jeune femme célibataire en recherche d'identité. Bref, tout cela sent le "premier film dans lequel je veux mettre toutes mes idées".  

Le travail sur le son et la musique diagétique rend certaines scènes proprement insupportables : là encore, une afféterie inutile d'apprentie réalisatrice mesurant l'étendue de son pouvoir, y compris de nuisance.

Ce tableau d'un amour excessif entre une frère et une soeur aurait mérité mieux que le traitement kaléidoscopique et parfois épileptique que lui réserve Monia Choukri.

 

1e

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Concours About Kim Sohee : Gagnez 2 DVD

l'occasion de sa sortie, je vous propose de gagner 2 exemplaires du DVD du film du très bon film de July Jung, About Kim Sohee.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : comment s'appelle le premier film de July Jung ?
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 9 décembre 20 h.
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite le DVD envoyé par le distributeur. NB : un des deux DVD sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien).

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Mars express

Le principal intérêt du film d'animation de Jérémie Périn est le monde du futur qu'il décrit : on a envie de se promener à l'infini dans ce décor dans lequel chaque détail mérite l'attention.

Il y a bien sûr les paysages superbes de cette ville construite sous cloche sur Mars, tantôt dépouillés, tantôt très urbains, mais aussi mille merveilles technologiques qui donnent lieu à de belles idées de mise en scène ou de scénario (répliques d'êtres humains, créatures à moitié robotiques, fantômes d'humains décédés revivant dans des machines, reconstitutions vidéos en 3D, chat qui peut changer de peau...).

Cet environnement est particulièrement réussi, tant du point de vue de sa cohérence que de son aspect esthétique, vraiment de toute beauté. L'animation est très réussie. 

Pour le reste, Mars express ne présente quasiment pas d'intérêt. Il propose une histoire qui reprend l'ambiance des grands romans noirs américains (j'ai pensé très fort à Dashiell Hammet), appliquée à des thématiques inspirées d'Asimov et de Philip K. Dick. Quelques jours après avoir vu le film, j'ai quasiment tout oublié de ses péripéties.

Difficile de le conseiller, même si je ne regrette pas de l'avoir vu : à vous de voir, en fonction de votre appétence pour la SF d'une part, et pour les films d'animation pour adulte d'autre part.

 

2e

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Rien à perdre

La filmographie de Virginie Efira devient passionnante. L'actrice, au faîte de sa renommée, choisit de plus en plus ses films, offrant à des réalisateurs/trices méconnus son image bankable et la garantie d'un certain nombre d'entrées.

Delphine Deloget, dont c'est le premier long-métrage, bénéficie ainsi d'une tête de gondole haut de gamme, pour illustrer un scénario formidable qu'elle a elle-même écrit. Virginie Efira est par ailleurs entourée d'un casting d'une qualité irréprochable : Félix Lefebvre, Mathieu Demy, Arieh Worthalter et India Hair sont absolument parfaits.

Rien à perdre brille par de nombreux aspects. Sa principale qualité est un scénario d'une finesse incroyable. Dans cette histoire d'enfant dont les services sociaux pensent qu'il est peut-être en situation de danger, on passe alternativement par plusieurs états d'âmes, adoptant alternativement les différents points de vue. 

Chaque personnage du film agit avec profondeur, aucune situation n'est traitée avec vulgarité ou facilité, et on est souvent surpris par le développement d'une situation. 

L'émotion n'est jamais loin, servi par le jeu à fleur de peau de Virginie Efira, qui atteint encore ici des sommets.

Du grand cinéma.

 

4e

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Concours Cesária Évora, la diva aux pieds nus : Gagnez 5x2 places

l'occasion de sa sortie, je vous propose de gagner 5x2 places pour découvrir le film de la portugaise Ana Sofia Fonseca, Cesária Évora, la diva aux pieds nus, qui sort le 29 novembre.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : en quelle année est décédé Cesária Évora  ?
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 1er décembre 20h
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite les places envoyé par le distributeur. NB : un des cinq lots sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)

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How to have sex

Il y a dans ce premier film une concision, une puissance et une maîtrise qui forcent le respect.

Son intrigue est pourtant minimaliste : trois jeunes filles anglaises se rendent dans un club en Crète dans le but de faire la fête (en réalité, boire assez d'alcool pour vomir) et si possible perdre leur virginité. 

C'est sur le papier peu de chose, mais la réalisatrice Molly Manning Walker parvient à transformer ces quelques jours en une Odyssée qui va entraîner l'héroïne principale, Tara, formidablement interprétée par Mia McKenna-Bruce, dans des contrées mentales très contrastées.

La folle excitation, le plaisir de l'amitié, les rencontres d'humains malfaisants ou bienfaisants, de semi-divinités, la tristesse, la mélancolie, le dégoût de soi, la peur de l'avenir, les regrets : toutes ces étapes vont être émotionnellement parcourues par Tara, dans une succession de décors moches et magnifiquement filmés qui donnent au film une coloration presque mythologique.

Les boîtes de nuit, la plage, la rue jonchée de détritus (vision d'apocalypse), la villa-paradis, les mini-chambres dans lesquels on grapille quelques minutes de sommeil, les rues désertes, les poubelles derrière lesquelles on se soulage : ce sont les stations du chemin de croix de Tara, qui la conduisent de l'enfance à l'âge adulte.

J'ai rarement vu dans un premier film une mise en scène aussi parfaite (la référence qui me vient instinctivement est le premier film de Soderbergh, Sexe, mensonges et video), épousant aussi parfaitement les contours de la géographie mentale de ses personnages, tout en étant au plus proche des corps dans une sorte de proximité permanente, souvent admirable, parfois claustrophique.

Il faut enfin signaler l'extrême délicatesse avec laquelle le film traite son sujet de la première relation sexuelle, à la fois terrible et élusive, profondément émouvante.

C'est un coup de maître.

 

4e

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Grand Paris

Il y a dans ce film, réalisé avec trois bouts de ficelle, une tendresse et un ton profondément sympathiques.

Le réalisateur, Martin Jauvat, met en scène deux jeunes glandeurs de banlieue (joués par lui-même et Mahamadou Sangaré), qui errent toute une nuit dans la très grande banlieue parisienne, cherchant à percer le mystère d'un artefact mystérieux qu'ils ont trouvé sur un chantier du Grand Paris express.

Leurs pérégrinations prend ainsi l'apparence d'une odyssée nocturne, de RER en terrain vague, de bus en engin spatial. Tout cela respire une sorte de poésie urbaine réduite à l'os, qui imprègne les paysages et les personnages. Les scènes lors desquelles notre duo croise la route de l'improbable Amin (excellent William Lebghil) et de son incroyable véhicule sont vraiment délicieuses. Quand les trois compères rejoignent Momo, alias Sébastien "Irresponsable" Chassagne, on est saisit par une douce euphorie tellement ces scènes sont tendrement drôles.

Si Grand paris peine à entraîner une adhésion absolument totale (son manque de moyens est parfois pénalisant, il a du mal à tenir la longueur d'un long-métrage), il constitue un essai prometteur qui poussera à suivre la carrière de son jeune réalisateur.

 

2e

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Polaris

Le projet d'Ainara Veira est très intéressant. On suit la trajectoire de deux soeurs : l'une navigue en Arctique pour convoyer des voyageurs, l'autre vient d'être mère dans le Sud de la France, à sa sortie de prison.

Toutes les deux s'aiment beaucoup sans pouvoir se le dire et traversent de nombreuses situations difficiles, dans l'ombre tutélaire et complexe d'une mère ayant connu de grandes difficultés elle aussi.

L'originalité du projet est sa facture. La caméra d'Ainara Veira colle aux visages des protagonistes, sans donner aucun élément de contexte. On ne sait ainsi jamais vraiment où l'on se trouve, ni à quel moment, ni dans quel contexte. Le tournage ayant duré plus de deux ans, les repères temporels sont complètement brouillés. Les personnages tiers, même présents dans les scènes (le conducteur de la voiture qui emmène les deux soeurs, le compagnon nordique d'Hayat) ne sont pas montrés et se résument à de vagues silhouettes fantômatiques.

Le résultat est saisissant : alors que Polaris est de nature documentaire (il s'agit d'un portrait de vraies personnes), le résultat final est proche d'une oeuvre conceptuelle (j'ai pensé au cinéma de Lucien Castaing-Taylor et Verena Paravel). L'impression générale est celle d'un tableau mélancolique et sensoriel de solitudes qui se frottent et parfois s'entrechoquent. 

Une oeuvre à découvrir et une cinéaste à suivre. 

 

2e

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