Christoblog

Fruitvale station

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/13/12/04/10/26/511858.jpg Fruitvale station fait partie de ces films dont on connait la fin dès le début : alors qu'on voit le personnage principal noir se lever dans les premières scènes, on sait qu'il sera mort le soir même, suite à une bavure policière commise par un policier blanc.

On pourrait croire qu'à partir de ce postulat le film soit d'un grand ennui, sorte de réquisitoire plombé de bons sentiments (le film est directement inspiré par un fait réel)

Il n'en est rien. Le mérite en revient avant tout au jeune réalisateur Ryan Coogler, qui filme avec une attention exceptionnelle ces personnages. Bien que les moyens du film soient à l'évidence très réduits, il s'en dégage une force de tragédie grecque, qui sublime son aspect documentaire : on croit voir le destin, le fatum, en marche sous nos yeux. C'est à la fois très excitant et très émouvant.

La description de la famille dans lequel évolue le personnage principal, joué par l'excellent MB Jordan (acteur dans la très bonne série The Wire) est magnifiquement réussie. Sa femme est parfaite, et sa mère encore plus. L'autre point fort du film est l'efficacité redoutable de son montage, sa capacité à faire monter progressivement la tension d'une façon impitoyable.

Fruitvale station, dont l'originalité est quasiment nulle, parvient donc à émouvoir à l'extrême par la grâce d'une alchimie un peu mystérieuse, qui a néanmoins enthousiasmé public et jury partout où il a été projeté : Grand prix du jury à Sundance (mais ce n'est pas du tout un film "typé" Sundance), Prix du regard vers l'avenir à Un certain regard à Cannes, Prix du public et Prix de la révélation Cartier à Deauville.

Je le conseille vivement.

 

3e

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Nymphomaniac (Volume 1)

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/13/12/02/16/30/380373.jpgJe n'étais pas loin de craindre le pire en allant voir le dernier Lars von Trier : une sorte de démesure dans la dégradation de la femme, et de Charlotte Gainsbourg en particulier, voilà ce que le passé du réalisateur (Antéchrist), le titre et la bande-annonce me laissait présager.

Et puis vint la première scène, lors de laquelle Seligman, le personnage joué par le très bon Stellan Skarsgård, découvre Joe (Charlotte Gainsbourg) inconsciente. Elle est somptueuse. Les mouvements de caméra y sont divins, les cadrages et la bande-son audacieux, tout y est parfait.

A partir de cette entrée en matière alléchante, le film met en scène un dialogue entre une femme qui va raconter l'histoire de sa vie, et un vieil homme. Il y a de la Schéhérazade dans le personnage de Joe : Seligman est suspendu à la progression de l'histoire, et le couple s'amuse pour chacun des épisodes à faire correspondre les éléments du récit à quelque chose qui se trouve dans la pièce : une mouche pour pêcher, une fourchette à gâteau, un tableau, une cassette de musique. Ce procédé donne au film un charme intense, entremêlant détails et anecdotes philosophiques, scientifiques ou religieux  avec le récit de Joe.

Le miracle de Nymphomaniac est bien là : on croit venir voir un film porno un peu trash, et on a droit à des exposés sur la suite de Fibonacci, sur la musique de JS Bach, ou sur les feuilles de frênes. Lars Von Trier utilise des procédés de mise en scène que certains ne trouveront pas forcément de très bon goût (vraies ou fausses images d'archive, noir et blanc un peu tapageur, split-screen, accélérés, incrustations, répétitions, musiques très contrastées), mais qui contribuent à donner à l'oeuvre l'aspect d'une construction subtile et ludique.

Autre surprise, on rit franchement à plusieurs reprises, et de différentes façons. On sursaute aussi, au moins une fois, je vous le garantis. Et on est aussi agréablement mal à l'aise lors d'une scène stupéfiante, lors de laquelle Uma Thurman donne toute la mesure de son talent.

Vous pensez sûrement à ce stade de la critique : mais quand va-t-il de parler de sexe ? Eh bien au risque de vous décevoir, je ne vais pas en dire grand-chose. Joe est victime d'une addiction au sexe, mais elle pourrait être tout autant dépendante de l'alcool, du mensonge ou du risque. La multiplication des partenaires (jusqu'à 10 par jour) donne à son activité sexuelle un aspect routinier qui en enlève pratiquement tout intérêt sensuel. La nymphomanie est donc ici plutôt le prétexte à décrire la solitude de Joe d'une part, et à fournir au film des ressorts scénaristiques intéressants, d'autre part.

Pour finir, il faut signaler que tout le casting est excellent, car outre les acteurs déjà nommés, Stacy Martin (Joe jeune) est confondante, et Shia LaBeouf, que je n'apprécie pas habituellement, est ici une parfaite tête à claque. Les seconds rôles sont éclatants : Christian Slater campe par exemple le père de Joe avec une belle dignité.

2014 commence en beauté.

 

4e

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Les films les plus attendus de 2014

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USA

 

A la vue de bande-annonce, on peut craindre que le nouvel Aronofsky (Noé, en avril) soit assez raté. Mais avant cela on aura pu découvrir 12 years a slave de Steve McQueen, bien accueilli par ceux qui l'ont vu, The monuments men de George Clooney, The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson, et son casting de folie. Toujours avant Cannes, je recommande un petit bijou : Blue ruin, premier film prometteur du très doué Jeremy  Saulnier. On prédit déjà un Oscar à Meryl Streep, pour son rôle dans Le temps d'un été, de John Wells, remarqué à Toronto.

Beaucoup de poids lourds ont des films en postproduction et peuvent viser Cannes : David Cronenberg (Maps to the stars avec, malheureusement, Robert Pattinson), Abel Ferrara (Welcome to New York avec Depardieu, malheureusement, en DSK), Terrence Malick (Knight of cups), Paul Thomas Anderson (Inherent Vice), les frères Farrelly (Dumb and Dumber To) et pourquoi pas Christopher Nolan (Interstellar). Woody Allen devrait être sur la Croisette avec un film tourné sur la Côte d'Azur, Magic in the moonlight. On y annonce aussi Tommy Lee Jones pour son deuxième film (après le très bon Trois enterrements) : The Horsman.

Un nouvel opus de Lana et Andy Wachowski est prévu en juillet (Jupiter ascending, avec Mila Kunis), et un de Clint Eastwood en juin (Jersey boys). On ne sait pas quand sortira le prochain Inarritu, une comédie (!?) nommée Birdman, au casting délectable : Michael Keaton, Naomi Watts, Emma Stone et Zach Galifianakis.

Côté plus indépendant, il faudra voir At Berkeley du grand documentariste Frederick Wiseman, Her de Spike Jonze, Night moves de Kelly Reichardt, Under the skin de Jonathan Glazer (avec Scarlett Johansson), White bird in blizzard du grand Gregg Araki et While we're young du très en vogue Noah Baumbach (Frances Ha). A noter aussi The smell of us, de Larry Clark, avec des skaters bien sûr, mais cette fois-ci parisiens.

L'annnée US sera encore riche en reboot, prequel et suites de toutes sortes de franchises, et autres marveleries : un X-Men par Bryan Singer, un Captain America, The Amazing Spider-man 2, et même La grande aventure Lego, avec ... des Lego. Peu convaincant dans Oblivion, Tom Cruise replonge pourtant dans la SF en mai avec Edge of tomorrow, de Doug Liman.

Rappelons qu'il faudra attendre 2015 pour voir Jurassic World et le septième épisode de Star Wars.

 

FRANCE

 

Duel en début d'année entre le Yves Saint Laurent de Jalil Lespert avec Pierre Niney et Guillaume Gallienne, et le Saint Laurent de Bertrand Bonello avec Gaspard Ulliel et Jérémie Renier. On verra aussi dans la première partie de 2014 Vincent Macaigne chez Guillaume Brac (Tonnerre), Isabelle Huppert chez Catherine Breillat (Abus de faiblesse) sans oublier dès janvier Amalric chez les frères Larrieu (L'amour est un crime parfait).

Ils s'éloignent tous les deux de la comédie : Emmanuel Mouret en janvier avec Une autre vie, et Pierre Salvadori en mars avec Dans la cour. Kim Chapiron (Dog pound) change aussi complètement de milieu avec La crème de la crème, tourné dans une école de commerce. Michel Hazanavicius termine The search, qui se déroule durant la deuxième guerre de Tchétchénie.

Ils pourraient être à Cannes : Bird People de Pascale Ferran, Eden de Mia Hansen-Love, Bandes de filles de Céline Sciamma, Gaby Baby Doll de Sophie Letourneur (de quoi retrouver des femmes réalisatrices en compétition !), Mange tes morts de Jean Charles Hue, Adieu au langage de Jean Luc Godard, Deux jours, une nuit des frères Dardenne (avec Marion Cotillard), Métamorphoses de Christophe Honoré, Mercuriales de Virgil Vernier, La chambre bleue de et avec Mathieu Almaric et La rançon de la gloire de Xavier Beauvois. André Téchiné pourrait en être aussi, avec L'homme que l'on aimait trop, ce qui aménerait Catherine Deneuve et Guillaume Canet sur la Croisette. 

Comme d'habitude, je ne sais pas trop quoi penser du fait qu'un nouveau Lelouch va arriver, Salaud, on t'aime, avec un casting complètement hétéroclite : Sandrine Bonnaire et Johnny Hallyday. Je ne suis pas sûr non plus qu'il faille se réjouir de voir un nouveau Assayas, Sils Maria, fût-il avec Juliette Binoche et Chloe Grace Moretz. Record au box office à prévoir pour le polar Mea culpa du plus US des réalisateurs français, Fred Cavayé, et la comédie annuelle de Danny Boon, Supercondriaque.

Alain Resnais, inusable, continue de faire tourner Sabine Azema et André Dussolier dans Aimer, boire et chanter, prévu en mars.

 

Reste du monde

 

Après une année 2013 extraordinaire en qualité, l'Asie comptera sur Tsai Ming Liang (Les chiens errants), Kyoshi Kurosawa (Real) et Hong Sang-Soo (Our Sunhi et un autre film en cours de tournage) pour faire aussi bien. A ce jour difficile de dire si les nouveaux projets de Weerasethakul (Cemetery of kings), Wang Bing (Love and hate), Eric Khoo (The charming rose) et Naomi Kawase (2 ways) seront finis dans l'année, ou même pour Cannes.

Immanquables, les deux films des maîtres de l'animation japonaise : Le vent se lève de Hayao Miyazaki, et L'histoire de la princesse Kaguya d'Isao Takahata.

Le cinéma roumain revient sur le devant de la scène dès janvier avec Mère et fils de Calin Peter Netzer (Ours d'or 2013), puis Quand le soir tombe à Bucarest ou Métabolisme, de Corneliu Porumboiu

Le film que j'attends le plus en 2014 est Sommeil d'hiver, d'un de mes réalisateurs préférés, le turc Nuri Bilge Ceylan.   

Cette année pourrait voir la Scandinavie triompher (et peut-être aussi à Cannes) avec le film très attendu du suédois Roy Anderson, A pigeon sat on a branch reflecting on existence, la grosse production de son compatriote Tomas Alfredson (Morse), Les frères Coeur de Lion et surtout le nouveau film du norvégien Joachim Trier, auteur du superbe Oslo 31 août, Louder than bombs, avec Isabelle Huppert (encore !).

Pour finir avec l'Europe, l'année commencera avec les deux volets de Nymphomaniac de Lars von trier, et le Philomena de Stephen Frears. On verra peut-être plus tard dans l'année le nouveau film de Mike Leigh, un biopic du peintre Turner, et celui de Ken Loach, Jimmy's hall. Kusturica cherchera peut-être à obtenir une troisième Palme d'or avec L'amour et la paix. Le belge Michael R Roskam (auteur du remarqué Bullhead) a tourné un polar aux USA, Animal rescue.

Du Canada nous parviendront Tom à la ferme de et avec Xavier Dolan (et peut-être aussi le film qu'il est en train de tourner, Mommy), ainsi que le très différent Dallas buyers club de Jean-Marc Vallée. Sont potentiellement annoncés à Cannes les nouveaux films de Denis Arcand (Deux nuits) et Atom Egoyan (Captives), ainsi que la première réalisation de Ryan Gosling, How to catch a monster, un film fantastique.

Les nouveaux films de l'israélien Nadav Lapid (L'institutrice) et du jeune argentin Lisandro Alonso seront très attendus. Nous avions été nombreux a remarquer Sur les planches : le prochain film de la jeune marocaine Leila Kilani, Indivision, sera lui aussi observé avec attention.

Pour finir, difficile de ne pas évoquer, comme chaque année, Histoire du carnage d'Arkanar, film du russe Alexei Guerman, réputé terminé depuis des années, mais que son auteur peaufine de façon maniaque, et peut-être éternelle.

 

Bonne année de cinéma à tous, et merci pour votre fidélité.

 

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2 automnes 3 hivers

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/606/21060625_20131125143613489.jpgPrésenté dans la sélection ACiD lors du dernier festival de Cannes, 2 automnes 3 hivers consacre Vincent Macaigne comme l'acteur de l'année 2013 / début 2014 (La bataille de Solférino, La fille du 14 juillet, Tonnerre)... pour peu qu'on soit sensible à son look débraillé (évitons look improbable, bien qu'ici le terme puisse être parfaitement adapté), et à son jeu tout en nuance.

Bien que très imparfait techniquement, le film de Sébastien Betbeder emporte la mise, avec son apparente décontraction misant sur des procédés qui chez d'autres paraîtraient bien lourdingues : intertitres, personnages racontant l'action face caméra, etc.

Débutant comme une comédie romantique low-fi, le film évolue ensuite dans un ton beaucoup plus grave, brassant des thématiques pas toujours gaies (AVC, solitude, avortement) avec une légéreté qui fait toujours mouche. C'est un peu comme si l'inventivité de Donoma croisait les batifolages d'Emmanuel Mouret.

Parfois hilarant, souvent touchant, 2 automnes 3 hivers est hautement recommandable.

 

3e

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Tel père, tel fils

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/036/21003662_20130506161707207.jpgHirokazu Kore-Eda est sans aucun doute le cinéaste le plus fin et le plus délicat quand il s'agit de décrire l'enfance, et plus généralement les rapports humains.

Dans son dernier film, il le démontre encore à la perfection, sur une trame qu'on a trop vite tendance à rapprocher de celle d'Un long fleuve tranquille. Il s'agit en effet d'un échange d'enfant à la naissance entre deux familles de milieux très différents, mais là où le film de Chatilliez jouait la carte de la comédie pure, celui de Kore-Eda joue celle de la tendresse et de la réflexion.

Faut-il échanger les enfants, oui ou non ?

OUI, selon l'avis de la plupart des experts de l'hôpital (presque tous les parents le font), et selon l'avis du grand-père qui signale que les liens du sang seront les plus forts, et que le temps les accentuera. Oui, aussi, quand le père comprend, dans une scène d'une grande cruauté, pourquoi son fils n'excelle pas au piano, comme lui.

NON, si on se fie, comme le recommande la grand-mère (toujours importante chez Kore-Eda), aux liens du coeur.

Le film ménage de curieux rebondissements (comme cette tentative d'acheter le deuxième enfant), de beaux moments de tendresse (comme ces deux chemins qui finissent par se rejoindre, image efficace, bien qu'un peu téléphonée). Il vaut surtout par les contrastes de caractère entre les deux papas et les deux mamans, qui donnent lieu à des scènes savoureuses, et parfois dérangeantes.

Le film a été longtemps favori pour la Palme sur la Croisette, avant que la tempête Adèle ne vienne tout renverser. Il est hautement recommandable.

Hirokazu Kore-Eda sur Christoblog : I wish / Nobody knows / Still walking / Air doll

 

3e

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Le pot 10 de 2013

Pour cette année, pas de TOP 10, car 2013 a été chaotique, inégale et marquée par des films - ou des objets filmiques - tellement différents, que les comparer n'a pas beaucoup de sens. Donc, un POT plutôt qu'un TOP.

Si je me contente des films sortis cette année en salle (j'exclus donc le remarquable 'Til madness do us apart de Wang Bing, documentaire génial de quatre heures présenté à Venise et à Nantes, qui intégrerait parfaitement ma sélection), mes quatre principaux coup de coeur vont à des oeuvre fleuves, des films monstres, des objets qui dépassent les cadres classiques et tentent tous les quatre d'embrasser la vie dans toute sa complexité.

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/64/74/20341664.jpgEt d'abord, mais j'en ai abondamment parlé 1 - La vie d'Adèle est l'expérience la plus proche de l'art parfait tel que je peux le concevoir, à la fois réalité pure et oeuvre de fiction totale. Juste à côté, pourrait-on dire, de la trilogie 2 - Paradis  (Amour, Foi, Espoir) d'Ulrich Seidl qui en est en quelque sorte le contrepoint : réalité totale et oeuvre de fiction la plus pure. Toujours dans la démesure, mini-séries autant que films, bercés par une volonté romanesque de conter, de raconter, et de séduire, je mettrais à égalité le feuilletenant 3 - Shokuzai de Kyoshi Kurosawa et l'élégiaque 4 - Heimat de Karel Reisz, deux moments d'irréductibles ravissements.

Si on excepte ces monstres filmiques, oeuvres sommes semblant concentrer toute la maestria de leur auteur en un seul opus de 3 à 6 heures, j'ai plutôt envie de souligner des oeuvres singulières et immodestes : Kim Ki Duk défonce une grande partie des limites du bon goût dans son incroyable 5 - Pieta, justement récompensé à Venise, alors que Paolo Sorrentino heurte la sensibilité de quelques coincés du sphincter en défonçant d'autres barrières dans une 6 - Grande Belleza qui est à la fois une élégie démoniaque et un tendre oratorio.

Katell Quillévéré s'impose comme future super grande avec un 7 - Suzanne qui intronise Sara Forestier en immense http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/021/21002103_20131104112003833.jpgartiste, et Clio Barnard réussit le même exploit avec son 8 - Géant égoïste qui est peut-être le film le plus formellement abouti de l'année.

Et pour finir, comment ne pas saluer cet extraordinaire vent de fraicheur que représente 9 - Wadjda, digne héritier de plusieurs traditions de cinéma, en particulier iranienne et italienne, et celui qui balaie de bout en bout  toutes les limites du bon goût, 10 - Les garçons et Guillaume, à table ! qui réussit le défi de rassembler sujet improbable (premier coming out hétéro de l'histoire du cinéma), mélange de rire et d'émotion à proportion très variable suivant les spectateurs, et succès public autant que critique.

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/046/21004691_20130510142030492.jpgCe bref survol de l'année 2013, décidément plutôt très bonne, ne serait pas complet si j'omettais de constater que beaucoup de grand réalisateurs ont produit d'excellents films : Soderbergh (Effets secondaires), Scorsese  (Le loup de Wall street), Tarantino (Django Unchained), Jia Zhang Ke (A touch of sin), Alain Guiraudie (L'inconnu du Lac), Claire Simon (Gare du Nord), Hirokazu Kore-Eda (Tel père, tel fils).

Au chapître des petits nouveaux, il faudra surveiller les carrières d'Anthony Chen (Ilo Ilo), d'Any Abu-Assad (Omar) et Félix Van Groeningen (Alabama Monroe). Il fut enfin plaisant de voir Albert Dupontel réussir une comédie quasiment parfaite, qui ne rentre dans aucune catégorie et a donc par voie de conséquence le privilège de clore ce billet : 9 mois ferme.

 

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Le loup de Wall Street

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/611/21061133_20131126165415897.jpgBien sûr, il y a des airs de déjà vu dans Le loup de Wall Street qui empêchent de considérer le film comme une réussite absolue.

La fantaisie débordante de Di Caprio rappelle celle qui était la sienne dans Catch me if you can, son ascension rappelle celle des mafiosi des Affranchis, ses addictions maladives celles d'Aviator, etc. Les bimbos renvoient à Springbreakers, la nébulosité des transactions financières à Margin call, la bêtise de certains protagonistes et l'argent facile allié à la critique d'une certaine Amérique à No pain no gain : le dernier Scorsese est une somme qui récapitule une année - et peut-être même une décennie - de cinéma américain.

Tout y est assez merveilleusement agencé. Leonardo Di Caprio est a proprement parler étourdissant, utilisant tous les registres possible de l'acteur, et multipliant les morceaux de bravoures (les harangues à ses troupes sont toutes des séquences d'anthologie), tandis que Scorsese semble au sommet de sa forme, utilisant tous les procédés connus de mise en scène et se permettant quelques fantaisies (la Ferrari qui change de couleur parce que la voix off avoue s'être trompé).

Les sous-textes du film sont riches et complexes, et pourraient donner lieu à de multiples digressions : rêve américain dévoyé, bulle financière, libre entreprise contre mépris du consommateur, hédonisme contre sobriété, drogue comme dopant de la créativité, place des femmes aux USA, etc...

Le film est monté superbement, nous entraînant dans un tourbillon qui fait paraître les trois heures bien courtes même si le film connaît un tout petit coup de mou vers le milieu, et une fin légèrement décevante.

Un excellent moment de cinéma au final.

 

4e

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Le démantèlement

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/015/21001520_20130425112919374.jpgSujet a priori peu excitant pour ce long-métrage québécois : comment un éleveur de mouton doit se séparer de sa ferme pour venir en aide financièrement à une de ses filles.

Si Sébastien Pilote arrive à nous intéresser à cette histoire minimaliste, c'est par la justesse de ses observations quasi-documentaires (on perçoit réellement la dureté de ce métier, comme dans les docs de Depardon) et par le jeu à la fois retenu et terriblement expressif de Gabriel Arcand.

Le film, en décrivant minutieusement les différentes étapes par lesquelles passe Gaby, parvient à donner une profondeur de destinée à un évènement somme toute assez courant. C'est toute la vie du héros qui défile dans ses yeux tristes : la ferme aura été à la fois sa malédiction et sa raison de vivre.

Le film est donc intéressant et plaisant (à noter des seconds rôles très expressifs), même s'il lui arrive, c'est vrai, d'être un peu longuet.

 

2e

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La reine des neiges

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/589/21058938_20131119115519509.jpgQuelle catastrophe que le dernier Disney !

Pas grand-chose à sauver de cette pièce montée indigeste qui cumule tout ce qu'on peut imaginer de pire pour un film d'animation : visages lisses et stéréotypés (ces yeux de manga qui mangent la moitié du visage), personnages secondaires à peine drôles, péripéties hyper-convenues et moments de bravoure qui n'en sont pas.

Rien d'original dans ce gloubi-boulga qui parvient à rassembler une nostalgie doucereuse, un côté Sissi impératrice, et une sorte de modernisme branché et très vulgaire, façon NRJ Music Awards. Les passages chantés sont d'ailleurs réellement insupportables, à la fois par leur aspect "chanteuse québécoise à grosse voix" et par la sexualisation des jeunes princesses qui semblent tout à coup adopter en chantant les mensurations de Rihanna ou de Tal.

Je suis sidéré de la mansuétude de la critique qui semble voir dans le scénario très niais de La reine des neiges une sorte de dilemne freudien novateur alors qu'il n'y a là que conformisme mis au goût du jour.

 

1e

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Je fais le mort

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/434/21043405_2013092412452394.jpgJean Paul Salomé est un réalisateur qui alterne les petits films insignifiants (Restons groupés) et les grosses productions ratées (Belphégor, Arsène Lupin).

Je fais le mort fait plutôt partie de la première catégorie.

Le scénario est d'une indigence crasse : enquête à la mords-moi-le-noeud dans une station de ski (Megève) avec seconds rôles pittoresques, faux coupables, vrais méchants, mystères de pacotille, fausses pistes éventées et rebondissements improbables.

Si le film présente une once d'intérêt, c'est grâce à François Damiens, qui joue ici avec délectation un rôle parfaitement à sa mesure : celui d'un acteur au chômage ayant connu il y a bien longtemps son heure de gloire (un César du meilleur espoir masculin). Tour à tour menteur, taquin, bougon et maniaque, il parvient vaille que vaille à (presque) maintenir le navire à flot.

Dans un registre similairement enneigé, le film ne supporte pas la comparaison avec le poétique Poupoupidou.

 

2e

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Le géant égoïste

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/385/21038599_20130910173347226.jpgIl est rare qu'un film aussi balisé que celui de Clio Barnard procure des émotions aussi fortes. Parce que, il faut bien le dire, le terrain qu'explore le film a déjà été parcouru bien des fois par les cinéastes anglais de tout poil : misère sociale, ville du Nord déshéritée, accent à couper au couteau, enfants livrés à eux-même, petites combines et marché noir.

Sur le papier, rien de nouveau, donc.

Mais sur l'écran, deux jeunes acteurs absolument renversants qui vous arracheront à coup sûr de francs éclats de rire et de profonds sanglots. Leur performance commune est probablement ce que j'ai vu de plus fort à Cannes, où le film était présenté à la Quinzaine. Ils sont entouré par un casting absolument parfait.

Derrière la caméra, une réalisatrice très douée, excellente directrice d'acteur, et qui trouve constamment le ton juste, entre poésie et vérisme social, une sorte de mélange de Ken Loach et d'Andrea Arnold, qui joue avec le même brio du gros plan et du plan très large. La progression dramatique du film, évoluant au fil de brusques accélérations, est remarquable.

Le film est ample et resserré à la fois, d'une cohérence imparable, et d'une efficacité époustouflante.

Un des meilleurs films de l'année, sans aucun doute.

 

4e

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La jalousie

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/294/21029499_20130820171948888.jpgN'étant pas fin connaisseur du cinéma de Philippe Garrel, c'est avec une grande curiosité et une légère appréhension que je suis aller voir son dernier film, encensé par les critiques et plutôt descendu par les spectateurs (au vu des notes catastrophiques sur Allociné).

Au final, il y a bien dans le film de quoi s'enthousiasmer au plus haut point ... et de quoi s'énerver aussi.

Dans la première catégorie, citons la performance époustouflante d'Anna Mouglalis, à la voix plus grave que jamais, très Fanny Ardant. Sa composition de femme fatale qui arrache un homme à son épouse, pour ensuite le tromper abondamment puis le laisser tomber comme une vieille chaussette, est sidérant.

La photographie du film est très belle, proposant un noir et blanc très contrasté, beaucoup plus blanc que noir, d'ailleurs.

Un montage un peu déroutant mais très élégant, un art consommé de la direction d'acteur, une mise en scène délicate, des moments extraordinaires (une scène de séparation glaciale, à l'opposé de celle de La vie d'Adèle) : le film a décidément beaucoup pour lui.

Malheureusement, les aspects négatifs tiennent pour la plupart à la prestation de Louis Garrel, exhibant d'une façon obstinée sa sempiternelle moue boudeuse, alors qu'à l'évidence il y avait ici la place pour une composition plus en nuance, et qui par moment aurait pu (dû ?) être plus rieuse. Du coup, le spectateur lambda aura un peu de mal à se laisser emporter par une émotion sincère, et restera bien souvent à l'extérieur de cette histoire d'amour qui paraît curieusement ... dénuée de sentiments.

Si La jalousie mérite tout de même d'être vu, c'est donc d'abord pour sa perfection formelle.

 

3e

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A touch of sin

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/548/21054830_20131104153604429.jpgJe prétends depuis longtemps que Jia Zhang Ke est, avec son compatriote Wang Bing, un des plus grands réalisateurs actuels. Je suis donc ravi qu'il ait enthousiasmé le dernier Festival de Cannes, y gagnant curieusement le Prix du scénario, alors que A touch of sin est avant tout une magnifique leçon de mise en scène.

Ample, étonnant, ambitieux, parfaitement maîtrisé, le film raconte successivement l'histoire de quatre personnages qui ne feront que se croiser : le premier lutte contre la corruption, le second est un criminel qui semble dénué de tout sentiment, la troisième est une jeune femme violentée qui se venge, et enfin le quatrième est un jeune homme qui doit quitter son usine, et tombe amoureux d'une prostituée.

Ces quatre morceaux de vie sont marqués par une grande violence, parfois aussi frontale que chez Tarantino ou Miike, parfois plus sourde et plus sournoise, comme dans le très beau dernier épisode. Ils forment une fresque qui résume tous les problèmes de la Chine actuelle : prostitution, corruption, criminalité, condition de la femme, cupidité, croissance économique effrénée au détriment des ouvriers...

Le film est esthétiquement sublime, et le troisième épisode notamment comprend des scènes d'une beauté irréelle, d'une intensité qu'on ne voit plus guère au cinéma (la femme au serpent, les vaches sur la route). Jia Zhang-Ke ne possède pas son pareil pour filmer les paysages et les barres d'immeuble. On est là en présence d'un grand artiste, sans aucun doute, qui marquera très probablement le cinéma du XXIe siècle (Jia Zhang Ke n'a que 43 ans).

A voir d'urgence.

 

3e

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All is lost

http://fr.web.img4.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/541/21054124_20131030163139172.jpgJ'ai à propos de All is lost les mêmes réserves qu'à propos de Gravity.

D'ailleurs, les deux films sont pratiquement des décalques : remplacez l'engin spatial par un bateau, Sandra Bullock par Robert Redford, les débris de satellite par un container, les visions de Georges Clooney revenant par des visions de noyade, l'immensité de l'espace par l'immensité de la mer, la débrouillardise du cosmonaute par l'intelligence pratique du marin (ou l'inverse), et vous avez grosso modo le même film.

Pour ma part, les deux m'auront laissé sur ma faim : pas assez d'originalité dans le scénario, trop de situations téléphonées.

D'un autre côté, il faut avouer que dans les deux cas les réalisateurs auront réussi des prouesses techniques, et que le sentiment d'immersion est aussi réussi sur l'océan qu'en orbite.

Une petite différence toutefois, il me semble que le film de JC Chandor est plus dénué d'affects que celui de Cuaron. On est ici vraiment dans une sécheresse quasi documentaire. On a parfois l'impression d'être devant un manuel de voile : se servir d'une ancre flottante, monter un foc de tempête, faire de l'eau potable avec de l'eau de pluie, se servir d'un sextant, etc.

L'intérêt ? Variable suivant votre expérience du milieu. Faible en ce qui me concerne, qui déteste la mer (et cette dernière me le rend bien).

Redford ne fait pas grand-chose, on pourra donc sans risque dire qu'il le fait bien (à son âge, ma brave dame, c'est y pas remarquable, hein ?).

La fin m'énerve, mais je ne peux pas trop en parler sous peine de gâcher le plaisir (éventuel) de mes lecteurs. Donc, pour résumer, à voir si vous voulez apprendre à colmater.

 

2e

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Twenty feet from stardom

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/215/21021589_20130722151350752.jpgComme l'année dernière avec le somptueux film de Werner Herzog, Into the abyss, on peut se demander pourquoi ce très beau documenataire n'a pas droit à une distribution plus large (5 salles en France !).

Le sujet peut paraître un peu abscons : qui sont les choristes qui accompagnent les stars du rock ?

En réalité, il s'avère passionnant à plus d'un titre :

- c'est toute l'histoire de la pop music qu'on revisite, avec des visions époustouflantes (David Bowie, grand bringue dégingandée s'esseyant au R'nB, Ray Charles monté sur ressort, Mick Jagger plus sex symbol que jamais)

- les histoires individuelles des cinq ou six protagonistes principales sont extrêmement émouvantes (tentatives de carrières solo, accident de parcours, fréquentations illustres...)

- le film est aussi un témoignage de la façon dont les Noirs se sont émancipés - et plus particulièrement les femmes noires

- on entend les témoignages très pertinents de plusieurs stars respectueuses de leurs choristes (essentiellement Bruce Springsteen, Stevie Wonder, Sting, Mick Jagger), qui réfléchissent subtilement sur ce qui sépare l'anonymat de la célébrité

- certains passages du film sont des moments de grâce, en particulier tous ceux dont la sublime Lisa Fisher est le centre

Histoire, destinées, émotions, beauté, Twenty feet from stardom vous fera à la fois rire et pleurer d'émotion. Et de plaisir. Un must.

 

3e

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The lunchbox

http://fr.web.img4.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/544/21054429_20131031170142327.jpgSuccès public et critique lors de la Semaine de la critique 2013, le premier long-métrage de Ritesh Batra est une véritable friandise.

Le pitch de départ est redoutable d'efficacité : une jeune femme prépare le repas de midi pour son mari, livré sur le lieu de travail par une Dabbawallah, entreprise de livraison de lunchbox. Manque de pot, le repas ne parvient pas au bon destinataire. S'en suit une correspondance épistolaire entre la jeune femme, délaissée par son mari, et son destinataire imprévu - mais ravi.

A partir de cette trame minimale, il est étonnant de voir le film développer une histoire finalement pleine de délicatesse, de rebondissements, et d'émotions.

En dehors de l'intrigue proprement dite, déjà remarquable, le film vaut aussi pour sa minutieuse et passionnante descrition de Mumbai, de ses quartiers, de ses trains et de ses rues. Grâce à l'acteur Nawazuddin Siddiqui, déjà vu dans Gangs of Wasseypur, ici dans un second rôle hilarant, le film prend aussi une tonalité burlesque tout à fait plaisante.

Léger, pétillant, drôle, émouvant, The lunchbox vous offre un excellent moment de cinéma indien.

 

3e

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Rêves d'or

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/082/21008216_20130524171837548.jpgJ'aurais aimé dire beaucoup de bien de ce film mexicain qui a reçu un bon accueil critique un peu partout, et qui est fort méritant.

La démarche de Diego Quamada-Diez consiste à nous montrer la réalité de l'éprouvant voyage des migrants d'Amérique centrale à travers le Mexique, vers les USA.

Pour ce faire, il utilise un style quasi documentaire, faisant tourner des acteurs non professionnels castés dans les quartiers les plus pauvres du Guatemala.

Le résultat est certes parfois impressionnant par son caractère sec comme un coup de trique, par son découpage tour à tour vif ou contemplatif, et enfin par la violence sourde qui émane de certaines scènes.

Il est aussi, malheureusement, fort ennuyeux la plupart du temps. Les jeunes personnages peinent à générer de l'empathie (surtout les deux jeunes garçons, relativement transparents) et leur aspect continûment mutique fatigue un peu. Les scènes les plus lentes provoquent une douce torpeur dans l'esprit du spectateur, et l'enchaînement d'aventures tristes dans lesquelles sont entraînés naïvement les jeunes victimes paraît à force relever du systématisme. Les réactions des jeunes acteurs semblent bien peu contrastées au fur et à mesure de leur progression, qui tourne pourtant au drame.

Le film a été tourné en Super 16, probablement pour revêtir un aspect documentaire plus marqué, et l'image présente un gros grain assez laid, ce qui n'aide pas à aimer le film.

De bonnes intentions, qui ne donnent pas forcément un bon film, comme on le sait.

 

2e

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Casse-tête chinois

Cédric Klapisch continue sa saga entamée il y a 10 ans maintenant, avec sa même troupe d'acteurs/trices : Romain Duris, Cécile de France, Audrey Tautou et Kelly Reilly.  

Dans cet opus, Xavier a maintenant 40 ans (en gros les personnages vieillissent deux fois plus vite que les acteurs) et doit faire face aux emmerdes classiques de la vie d'adulte : divorce, gestion des enfants, activité professionnelle... Le film pourrait adopter une tonalité du coup un peu plus grave, mais il n'en est rien car Klapisch choisit de plonger son quatuor de choc dans des imbroglios sentimentaux à rebondissement.

Ainsi Xavier aide sa copine lesbienne Isabelle à faire un enfant, alors que celle-ci trompe son officielle avec la baby-sitter, et que Xavier hésite à retomber amoureuse de Martine, qui a deux enfants, comme lui, et que Wendy vient de le quitter pour une armoire à glace américaine : bref, on est bien dans le tourbillon de rebondissements sentimentaux que Klapisch affectionne.

Si son scénario est un peu (trop) vaudevillesque, le film possède un certain charme qui est dû aux moments de fantaisie ou de léger spleen qui le parsèment, surtout durant sa première partie. Les paysages de New-York ont beaucoup de charme et certaines scènes dégagent une belle drôlerie un peu désespérée (la rencontre de Xavier et du mec de Wendy, par exemple). Cécile de France fait preuve d'un abattage assez exceptionnel. 

Sans être irrésisitible, le film se laisse donc regarder, surtout si on a vu les deux premiers opus.

A voir aussi sur Christoblog : Les poupées russes / L'auberge espagnole

 

2e

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Wajma, une fiancée afghane

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/040/21004019_20130507155753764.jpgIl n'est pas courant de voir un film afghan, et en ce qui me concerne, il s'agit même de la première fois.

Wajma est une adolescente éduquée d'une façon plutôt moderne par ses parents : elle poursuit des études de droit, ne porte qu'un simple voile et se déplace relativement à sa guise.

Wajma rencontre à un mariage un jeune homme dont elle tombe amoureux, Mustapha, et de rencontres en câlins... tombe enceinte.

Dès lors, l'honneur de la famille est souillé. La descente aux enfers de Wajma commence lorsque son père, qui travaille au déminage du pays, rentre au domicile familial.

Avec des moyens visiblement très réduits, le réalisateur Barmak Akram (qui vit à Paris et a déjà réalisé L'enfant de Kaboul) parvient à réaliser un film très maîtrisé, bien découpé et bien interprété. Dans un Kaboul gris et enneigé, on suit d'abord avec curiosité la naissance d'une relation amoureuse, puis avec une stupéfaction désespérée une tragédie implacable.

Le film est d'autant plus intéressant qu'il présente le poids des traditions non pas dans un milieu hyper-traditionnaliste, mais plutôt dans un milieu ouvert. Rigoureux, efficace, parfois éprouvant, Wajma impose l'Afghanistan dans le paysage du cinéma mondial. Il représente son pays dans la course aux Oscars.

 

2e

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A la folie

Personne (ou presque) ne connait les films de Wang Bing, et c'est bien dommage.

Il faut dire que la plupart sont des documentaires aux durées dissuasives : on se souvient des 9 heures de A l'ouest des rails, narrant la fermeture d'un gigantesque complexe industriel dans le nord de la Chine.

Le nouvel opus de Wang Bing ne dure que 4 heures, et se déroule cette fois-ci au Yunnan, dans le sud de la Chine.

Dès les premières minutes du film, nous sommes immédiatement plongés dans la vie de l'hôpital psychiatrique. Comme à son habitude, Wang Bing se refuse à tout didactisme. Il place sa caméra au plus près des hommes, et laisse la situation se dérouler en la filmant. Au deuxième étage de l'immeuble-prison-hôpital, un couloir-balcon grillagé entoure la cour rectangulaire à ciel ouvert. Les pauvres chambres s'ouvrent sur le couloir, et la caméra ne quitte pratiquement jamais ce monde d'angles droits : couloir, chambre, neige, nuit, jour, couloir, cour, soleil, chambre, nuit, jour.

Le génie de Wang Bing est de parvenir à nous émouvoir aux larmes, malgré le dispositif austère de son film. Il parvient à ce miracle en nous faisant découvrir des personnages extraordinaires, placés dans des situtations extraordinaires : on se souviendra éternellement de ce jeune homme faisant son footing de nuit dans le couloir, de tel autre dont on suit les premières heures d'internement, du pauvre homme que la femme visite en lui expliquant qu'il ne peut pas revenir, de celui qui est puni par la pose de menottes. Chacun des destins montré est bouleversant, d'autant plus que la plupart des internés ne paraissent pas réellement malades.

Si les quatre heures de projection ne semblent pas si longues c'est aussi parce que Wang Bing possède un sens aigu du montage. On ne s'ennuie jamais parce que les scènes d'action succèdent à d'autres plus oniriques (plusieurs séquences montrant les activités nocturnes des plus malades semblent provenir d'un rêve). Le film comprend aussi de véritable petites histoires (une histoire d'amour), des échappées belles (on suit un homme qui est libéré), et des surprises.

On entre dans la salle en craignant d'avoir à supporter des visions insupportables et violentes de malades mentaux, on en ressort ému et bouleversé en ayant l'impression d'avoir assisté à une représentation de la comédie humaine en milieu clos, pleine de douceur.

Le film a été présenté au festival de Venise 2013 et j'ai eu la chance de le voir au Festival des 3 continents : Wang Bing est resté discuter avec nous près d'une heure après le film. Un grand monsieur, et sûrement un des dix plus grands réalisateurs en activité.

Wang Bing sur Christoblog : Les trois soeurs du Yunnan (****) / Le fossé (**) / A l'ouest des rails (Rouille) (***)

 

4e

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