Christoblog

Un château en Italie

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/060/21006045_2013051513001218.jpgQuel intérêt à aller voir Un château en Italie si on n'est pas de la famille Bruni-Tedeschi ?

A priori, peu. Et a posteriori, pareil.

Organisé autour d'un découpage en saison (c'était la mode à Cannes cette année, cf le Ozon), Un château en Italie est le prototype du film bobo qui se regarde le nombril. Pas désagréable par ailleurs, mais dont la part autobiographique ne doit intéresser que la réalisatrice et ses proches.

Il est d'ailleurs curieux de constater que le personnage du frère, qui devrait être très émouvant, ne parvient jamais à l'être vraiment.

Garrel est insupportable, on a réellement envie de lui coller deux baffes (encore plus que d'habitude, je veux dire) et l'amour avec Louise sonne résolument faux. Beaucoup de scènes paraissent bancales, et beaucoup d'autres font franchement cul-cul : ces arbres qu'on abat, par exemple !

Bref, le film est faiblard et c'est peut-être Xavier Beauvois qui le sauve du naufrage. Il est un peu mystérieux que le film ait pu être en sélection officielle à Cannes.

 

2e

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Inside Llewyn Davis

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/028/21002833_20130806152535108.jpgAvec son titre un peu imprononçable et légèrement abscons (en quoi est-on à l'intérieur de Llewyn Davis ?), le dernier film des Coen partait avec un léger handicap dans mon esprit.

Si vous êtes des lecteurs assidus de mon blog, vous savez que je ne suis pas spécialement fan du cinéma des brothers, que je juge souvent un peu compassé, et même parfois pontifant.

C'est finalement lorsqu'ils parviennent à être légers que je les trouve meilleurs, et c'est le cas ici, puisque leur dernière production est un film tourné résolument en mode mineur.

Llewyn Davis est un loser. On suit donc avec une sorte de détachement amusé ses vaines pérégrinations (de toute façon, il n'y arrivera pas). L'intérêt du film vient de ses réparties douces-amères, d'un comique de situtation très efficace (le chat : un running gag qui tombe presque dans la facilité), et de seconds rôles parfaits (une Carey Mulligan irrésistiblement grise).

La mise en scène est classique (académique ?), les décors impressionnants (trop composés ?). Tout cela se suit du coin de l'oeil avec un certain plaisir, si on aime le folk. Le film ne sert pas à grand-chose, on ne sait pas trop si on en s'en souviendra dans deux ans.

La question est : peut-on faire un film sur un raté avec un style qui l'est aussi peu (raté) ?

Les frères Coen sur Christoblog : True grit / No country for old men / Burn after reading / A serious man

 

2e

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Blood ties

http://fr.web.img4.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/026/21002664_20130502114734178.jpgOn va me dire que je tire sur une ambulance, au vu des critiques désastreuses qui saluent le dernier poncif filmé de l'inénarrable Guillaume Canet, mais quand une ambulance a coûté aussi cher, c'est un plaisir de sortir le super bazooka M20, qui tire des obus de 4 kg.

Canet utilise les talents de James Gray (comme scénariste), de Matthias Schoenaerts, Mila Kunis, Clive Owen et James Caan (comme acteurs), de Marion Cotillard (comme femme et potiche), pour tourner le remake d'un film de Jacques Maillot dont tout le monde se fout (sauf sa seigneurie Canet lui-même car il y a fait l'acteur) : Les liens du sang.

L'envie de hurler "Arrêtez le massacre" ne m'a pas quitté une seule minute tant tout est récité, balourd, factice et pauvre en imagination comme en réalisation. Je repense par exemple à ces gunfights qui semblent tournés avec des pistolets à eau, ou à ce montage à l'emporte-pièce. Le film n'est qu'une longue accumulation de clichés : par exemple, quand un personnage va faire quelque chose de difficile, il allume une clop. C'est comme ça que Canet envisage le cinéma des années 70 et veut lui rendre hommage : à grand coup de nostalgie amidonnée et de grues planant au-dessus de voitures vintage.

Tout est mauvais dans Blood ties, rien n'accroche, on ne croit à rien, les méchants ne le sont pas assez et les gentils le sont trop : c'est de la guimauve à 25 millions de dollars qui ne sert qu'à combler les penchants onanistes de Canet.

A fuir, et vite.

 

1e

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Prince of Texas

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/96/26/64/20456547.jpg Ours d'argent du meilleur réalisateur au dernier festival de Berlin, Prince of Texas est la dernière production du réalisateur US David Gordon Green, qu'on associe souvent à une école de comédie américaine déjantée dont le barycentre serait Judd Apatow. Autant le dire d'entrée, je suis resté totalement imperméable au sujet : deux paumés qui tracent des lignes et plantent des poteaux le long d'une route paumée au fin fond du Texas. Le décor est celui d'une forêt calcinée, conséquence des incendies gigantesques qui touchèrent cette partie des USA.

Le film oscille entre plusieurs genres sans parvenir à en choisir un seul : c'est d'ailleurs peut-être là que certains y trouveront un charme. On y parle de sexe très crument, les femmes étant souvent réduites à une fonctionnalité d'orifice à combler, on y pète et on s'y branle : de ce côté, le cinéma d'Apatow n'est pas loin, avec sa finesse inégalée.

On croise des personnages complètement barrés au milieu de ce middle of nowhere, comme un chauffeur de camion passablement madré et alcoolisé, ou une vieille femme mutique dont la maison a brûlé, on pense alors à des collages suréalistes ou au cinéma de Gondry.

Cette impression est renforcée par les dialogues parfois complètement loufoques. Dans un de ces moments les moins réussis, on se croit dans un teenage movie recyclé, les deux loosers se prenant une biture carabinée et traçant des sinsoïdes sur la route au lieu de la belle ligne centrale. C'est donc pour résumer assez bavard, guère palpitant bien que correctement réalisé, et franchement évitable. Le type de film dont le pitch intiguant est finalement le point le plus réussi.

 

1e

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4 choses que vous n'avez pas (ou peu) lues à propos de La vie d'Adèle

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/456/21045687_20131001154044741.jpgAdèle n'est pas lesbienne

 

Contrairement à ce que vous lisez partout, ou presque, le personnage d'Adèle n'est pas celui d'une lesbienne.

Dans le film, elle fait l'amour au début avec un garçon, puis trompe plusieurs fois Emma avec un autre. Dans la scène du café, elle avoue avoir eu quelques aventures, sans importance, sans que l'on sache le sexe des partenaires, mais on peut comprendre qu'il s'agit de garçons.

Donc, c'est clair, Adèle n'est pas lesbienne, elle est ... bisexuelle (sur l'échelle de Kinsey, elle se situerait à 4 ou 3).

 

Des scènes de sexe... sans sexe

 

A propos des fameuses scènes de sexe, peu de personnes font remarquer un élément essentiel qui différencie le film de Kechiche d'un porno : on ne voit à aucun moment lors des ébats... un sexe féminin !

La seule fois dans le film où on peut contempler l'Origine du monde, c'est justement quand Adèle fait le modèle pour Emma peintre. Ce qui n'empêche pas des journalistes peu scrupuleux (et même un peu ridicule), d'écrire des absurdités du genre : "Dans La Vie d'Adèle, on voit des sexes féminins en gros plan, rasés intégralement, ce qui implique que le clitoris des personnages surgisse à plusieurs reprises". Ouarf, ouarf.

Les scènes de sexe sont donc anti-réalistes au possible, d'ailleurs l'éclairage est complètement différent lors de ces scènes, qui sont éclairées de façon totalement artificielle. Les deux actrices miment la jouissance, dans une théâtralité qui peut déranger, mais qui est plus proche du théâtre japonais que du film porno. Pierre Olivier Persin, qui s'est occupé des effets spéciaux sur le film, explique dans plusieurs articles comment il a conçu des prothèses pour que les actrices se sentent le plus à l'aise possible (par exemple ici

 

Une musique et des sons subtilement extra-diégétiques

 

Il n'y a pas de musique extra-diégétique (entendez : qui ne fasse pas partie de l'action montrée) dans La vie d'Adèle. Enfin, presque. Parce que, à y entendre de plus près, c'est moins évident que cela.

Prenons la fameuse scène d'anniversaire, et sa chanson désormais célèbre I follow rivers de la chanteuse suédoise Lykke Li. Au début, la chanson est effectivement écoutée par les personnages, mais progressivement les bruits de fond s'effacent et le volume de la chanson augmente, de telle façon que notre empathie avec l'état mental intérieur d'Adèle s'amplifie. La musique devient extra-diégétique.

Même procédé pour le joueur de hang que Adèle voit à Lille juste avant de croiser Emma pour la première fois. On entend le son de l'instrument, et celui-ci reste de plus en plus présent, défiant ainsi les lois de la nature et de la physique acoustique, jusqu'à ce que Adèle échange le fameux regard avec Emma : là encore, Kechiche transforme la musique incorporée à l'action en bande-son.

Dernier exemple : le son lors des scènes de sexe est hyper amplifié, on entend le bruit des caresses d'une façon totalement disproportionnée. C'est très net si on y prête attention (ce qui est difficile lors d'une première vision !)

 

Un second degré permament

 

Peu de critiques l'ont signalé, mais la dernière tirade du film, placée dans la bouche de Salim Kechiouche, qui joue un acteur recyclé dans l'immobilier est ahurissante de prescience : le personnage avoue (je cite de mémoire) qu'il vaut mieux être hypocrite dans le milieu de l'immobilier que dans celui du cinéma (coucou Léa), et qu'il en a marre d'être harcelé par les réalisateurs tyranniques (quel sens de l'auto-dérision !).

D'ailleurs, si on y fait bien attention, le film est constamment parcouru d'incises humoristiques (les grimaces des élèves pendant les cours, la sentence de la mère d'Adèle : "Les seuls peintres qui gagnent leur vie sont ceux qui sont morts") et surtout innervé par le second degré inhérent à la nature d'Adèle, qui en fait un personnage d'exception.

Quelle extraordinaire distance faut-il avoir pour proposer à Emma de la payer "en nature" lors de la scène du café, tout en corrigeant immédiatement la concupiscente proposition d'un "Je plaisante" qui laisse sur le visage de Léa Seydoux une ombre d'incrédulité stupéfaite ?!

Auparavant, Adèle aura bien pris soin de constamment désamorcer les situations triviales (les huitres et le sexe féminin, Bob Marley vs Sartre) d'une phrase signifiant qu'elle n'était pas dupe.

 

J'ai d'autres points de vue iconoclastes sur le film de Kechiche... que je garde pour commenter la parution du DVD !

 

4e

A voir aussi : La vie d'AdèleLa BD à l'origine du film : Le bleu est une couleur chaude / L'avis des blogueurs sur La vie d'Adèle / Le jour où j'ai vu La vie d'Adèle pour la deuxième fois

 

 

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Gravity

http://fr.web.img4.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/390/21039085_20130912131330021.jpgLe début de Gravity est assez plaisant. On prend un réel plaisir à observer le spectacle de la Terre, le ballet gracieux des spationautes, le mélange de rigueur professionnelle et de déconne qui caractérise ce genre de mission (on se souvient dans la réalité de cet astronaute canadien qui a enregistré une chanson de Bowie dans l'espace - il est toutefois moins canon que Clooney).

La mise en scène de Cuaron est dans les 30 premières minutes assez bluffante, je pense par exemple à ce plan incroyable dans lequel la caméra semble entrer dans le casque de Ryan, puis en ressortir.

Las ! A partir du moment ou Ryan se retrouve seule, le film devient un banal film d'action amerloque : je saute de station en station avec à chaque fois le même mode opératoire et les mêmes enjeux. Heureusement que les Thaïlandais et les Uruguayens n'ont pas d'activités spatiales, sinon le film durait 1 heure de plus, à jouer à saute-station.

Explosions, suspense improbable, musique grandiloquente, réapparition ridicule de Clooney (un spectateur a crié avec raison "What Else" lorsque Georges revient), grand spectacle pyrotechnique, mysticisme à deux balles : le film devient à ce moment-là ce qu'il ne devrait pas être, un blockbuster hollywoodien pas si différent des autres.

Le récit de survie est un genre assez aride. Le nouveau film de JC Chandor, All is lost, que j'ai vu à Cannes, est finalement une sorte de décalque de Gravity sur un voilier. C'est moins fun, mais approximativement aussi peu excitant.

Rien de révolutionnaire dans ce Gravity somme toute banal.

 

2e

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Prisoners

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/362/21036200_20130904173936565.jpgPendant les 2h33 que dure le nouveau film de Denis Villeneuve, je n'ai pas beaucoup arrêté de penser au sublime film de David Fincher, Zodiac. Les rapprochements potentiels sont en effet nombreux : meurtrier insaisissable, ambiance grise, policier laborieux et solitaire joué dans les deux films par Jake Gyllenhaal, fausses pistes...

Disons-le, la comparaison s'avère défavorable à Prisoners sur tous les plans. La mise en scène de Fincher est plus ample, plus fluide, moins tape-à-l'oeil que celle de Villeneuve. Le scénario est aussi infiniment plus ambitieux dans Zodiac, donnant à sentir le temps qui passe, sans céder à la faiblesse de donner au film un (relatif) happy end.

Cette comparaison étant faite, Prisoners n'est pas désagréable à regarder, bénéficiant d'une superbe photo grisâtre (il ne fait JAMAIS beau dans le film), et ménageant doucement un suspense bien pépère. 

Denis Villeneuve fait moins d'erreurs de goût que dans son précédent film (Incendies), mais sa mise en scène reste toutefois marquée par des tics un peu faciles (le sifflet, les voitures qui arrivent et repartent). C'est  le jeu des acteurs qui rend le film au final plutôt agréable, tous les rôles étant convaincants.

A voir si vous avez le temps.

 

2e

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Festival de La Roche sur Yon 2013

Cette année, ma participation au Festival International du Film de La Roche sur Yon se résume à la journée du samedi 19 octobre. Une seule journée, mais bien remplie.

A 14 h, je commence par le premier long métrage de Kelly Reichardt, Old joy. Je reviendrai sur le film dans une ciritque spécifique, mais il m'a globalement ennuyé, bien qu'il présente des aspects intéressants (dont la prestation en tant qu'acteur de Will Oldham, alias Bonnie Prince Billy).

Comme souvent, c'est l'échange qui suivit avec la réalisatrice qui fût particulièrement instructif, avec beaucoup de questions pertinentes dans la salle, et pas mal d'éléments apportés par Kelly Reichardt. On apprendra ainsi (et en vrac), qu'elle a été élévée par son père, photographe de scène de crime, ce qui lui donna le goût pour un certain type de photo (brrrr...). Par la suite, son père divorcé a vécu avec 4 autres photographes exerçant le même métier que lui (?!), ce qui donna à Kelly l'idée d'un scénario qu'elle essaya de monter pendant des années, sans y parvenir. Entre ces premiers moyens-métrages (River of grass, Ode) présentés d'ailleurs à La Roche pour la première fois en France, et son premier long (Old Joy), il s'est donc écoulé une dizaine d'année de galère entre Los Angeles et New York, durant lesquelles elle a dû squatté les appartements de ses connaissances et survivre comme elle pouvait, ses copains cinéastes obtenant quelques subsides en tournant des films porno, ce qu'elle ne fît pas.

Beaucoup d'opiniatreté donc dans un destin de cinéaste (on le savait, mais chaque témoignage est saisissant), avant que plusieurs concours de circonstance ne déclenchent une carrière : des cours de fac sur le cinéma, une rencontre fortuite mais décisive avec Todd Haynes, l'actrice Michelle Williams qui remarque Old joy et participe aux projets suivants de la réalisatrice (Wendy et lucy, La dernière piste), jusqu'à une certaine forme de consécration avec Night moves qui fut présenté à Venise en compétition et reçut le Grand Prix à Deauville cette année.

Jean, pull gris, coiffure nature, parole humble mais ferme, Kelly Reichardt dégage quelque chose d'affirmé et de http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/225/21022576_20130725115048838.jpgconvaincant. Une réalisatrice, une vraie.

Dans la foulée, j'enchaîne avec un film portugais, Après la nuit, film de genre tourné dans un quartier mal famé de Lisbonne, celui de l'immigration Cap Verdienne, et qui me plaît bien. J'apprécie surtout la qualité de la mise en scène, renversante pour un premier essai, et de la photographie, superbe. Le réalisateur, Basil Da Cunha, présente en deux mots son film dans un français impeccable (il vit en Suisse). Le soir il sera assis dans le siège devant le mien pour la projection de L'étrange... : magie d'un petit festival comme celui de La Roche. Nul doute qu'on entendra reparler de ce réalisateur dont le film était à la Quinzaine des Réalisateurs cette année.

Parenthèse dans les années 90 ensuite avec le Le vent de la nuit de Philippe Garrel, avec Catherine Deneuve, Xavier Beauvois (mis à l'honneur cette année, c'est pourquoi ce film était diffusé) et l'étonnant Daniel Duval. Malgré certains éléments datés, le film est intéressant et vaut surtout pour le jeu de ces trois acteurs principaux.

Enfin, en fin de soirée, la première française de L'étrange couleur des larmes de ton corps de Hélène Cattet et Bruno Forzani, sorte d'hommage de palmien au giallo, qui ne m'enthousiasme pas du tout. Après un démarrage nerveux et intrigant, le film devient vite un gloubi-boulga indigeste, épuisant à l'excès toutes les petites recettes du genre, dans une ambiance qui se voudrait un brin tarantinesque (musique d'Ennio Morricone, montage à la serpe, ralentis).

Dans le rang devant moi, le jury de la compétition au grand complet avec notamment Carlo Chatrian (directeur artistique du Festival de Locarno) et Laetitia Dosch (l'actrice de La bataille de Solférino).

C'est tout pour cette année, retour en voiture sous la pluie à Nantes vers 0h30, à l'année prochaine.

 

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Omar

Le nouveau film du palestinien Hany Abu-Assad (Paradise now) se révèle être construit sur la base de standards hollywoodiens : acteurs et actrices charismatiques, installation rapide d'une intrigue efficace, scènes de poursuites et d'action prenantes, retournements de situation inattendus.

Omar est du coup un film extrêmement plaisant, présentant une suite de dilemmes moraux très intéressants, qui ne sont pas sans rappeler la série Hatufim, ou son remake US Homeland (saison 1).

Le scénario est tellement recherché qu'il m'a semblé parfois même presque difficile à suivre. La fin est renversante.

Les israéliens n'ont évidemment pas le beau rôle, ils sont froidement manipulateurs ou alors sadiques, n'hésitant pas à brûler les testicules de leurs prisonniers (c'était la mode à Cannes cette année : il est aussi question de sexe carbonisé dans Heli, du mexicain Escalante).

Au-delà de l'intrigue passionnante, la vie en Cisjordanie est très bien montrée, avec ses difficultés, ses dédales, et son mur. L'intrication de l'histoire privée (jalousie, etc) et de l'actualité du Proche Orient est très stimulante.

Je conseille donc vivement cet Omar à la Palestinienne.

 

3e

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9 mois ferme

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/229/21022954_20130726170741603.jpgLe burlesque est un exercice difficile dans lequel nous Français avons de la peine à exceller. La réussite magistrale de Dupontel dans son dernier film n'en est que plus remarquable.

Il faut bien le dire, j'ai eu un peu peur au début : mise en scène virtuose (quelle scène de générique, avec un mouvement de caméra ébouriffant !), jeu au cordeau des acteurs, montage speed, le film part sur les chapeaux de roue. Après dix minutes à ce train d'enfer, j'en suis venu à guetter une faiblesse, une faute de goût, un léger dérapage, mais non, Dupontel tiendra ferme la barre jusqu'au bout.

9 mois ferme est donc un moment d'intense jubilation, durant lequel on ne rit pas forcément souvent aux éclats, mais qui donne l'impression d'être tout à coup plus drôle et plus intelligent.

Parmi les points forts du film, citons entre autres les apparitions hilarantes de Jean Dujardin en traducteur de langage des signes, les faux journaux télévisés, les deux scénarios du suicide et de l'accident, tous les seconds rôles (et l'avocat en particulier), et le jeu tout en subtilité de Sandrine Kiberlain, son meilleur rôle à ce jour.

C'est parfait de bout en bout, avec un sens du rythme imparable. Une réussite majeure de la comédie française.

 

4e

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Northwest

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/222/21022293_20130724130032406.jpgBien sûr, on pourra dire qu'on a vu cent fois cette histoire de jeune d'un milieu défavorisé qui sombre dans la délinquance, passe sous la coupe d'un malfrat plus puissant que lui, puis finit broyé par le Milieu.

Mais ce qui fait l'originalité de ce film danois, c'est l'attention qui est portée au personnage principal, une sorte d'attention douce et nerveuse à la fois, qui n'est pas sans rappeler l'esprit qui parcourait le sublime Oslo, 31 août. La caméra du réalisateur Michael Noer est à la fois subtile et convaincante : on entre immédiatement dans le quotidien de ce jeune cambrioleur charismatique, et l'engrenage qui le conduit dans les embrouilles est superbement disséqué. La belle vie qu'offre les premiers gros coups, apportant la reconnaissance sociale et l'amour dans les yeux de ses proches, semble pleine de douceur et de beauté. Un peu plus, on le féliciterait.

L'autre caractéristique émouvante du film est le portrait de ce frère que le héros protège, puis associe, puis sur lequel il perd progressivement le contrôle. Tout cela est admirablement montré avec une empreinte réaliste rarement vue au cinéma ces derniers temps.

Les scènes d'actions et de poursuites, qui évitent tout sensationnalisme inutile sont tournées avec un brio étonnant.

Une réussite, pour un film glaçant et attachant.

Le Danemark sur Christoblog : HijackingThe killing / Borgen / Royal affair / La chasse / Le guerrier silencieux

 

3e

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La vie domestique

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/182/21018252_20130708174338228.jpgIl y a quelque chose de profondément réjouissant dans La vie domestique, c'est la noirceur totale du propos, qui décrit exactement des situtations de vie que nous avons tous déjà vécu.

Ainsi, nous voyons sur grand écran des horreurs domestiques que nous avons subies ou proférées : remarques sourdement sexistes, poids lancinant de l'habitude, contrariétés récurrentes du quotidien, écoulement inéxorable du temps, compromissions sociales inavouables...

Si l'on craint parfois que le film ne s'enfonce dans des facilités un peu expéditives manipulant des personnages archétypaux (la scène de début) ou des intrigues secondaires un peu éculées (la petite fille enlevée), force est de constater qu'au final la réalisatrice Isabelle Scajka parvient à dessiner une carte contemporaine des aliénations tout à fait précise et souvent jouissive.

La vie domestique ne ressemble ainsi à rien de connu, sorte de Desesperate housewives banlieusardes sous Lexomyl, cauchemard éveillé dans lequel les pots de confitures tombent des sacs de supermarché, et dans lequel les maris jettent de l'Agnès Obel à la face de leur épouse au petit déjeuner (mais c'est toi la plus belle, maman, heureusement).

Vertige de la quotidienneté cotonneuse et meurtrière, La vie domestique vous cueille au creux de vos plus insignes faiblesses. Une prouesse.

 

3e

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La vie d'Adèle

 

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Plus qu'un film, une expérience

 

Ce qu'il y avait de curieux, en discutant avec les spectateurs qui avaient eu la chance de voir La vie d'Adèle à Cannes, c'est que pour beaucoup d'entre eux, la séance semblait avoir été une expérience physique. Les avis des personnes rencontrées étaient souvent ponctués d'expression comme "j'avais les jambes en coton", ou "le souffle coupé", "j'ai fini en larmes" ou "j'étais lessivé". Beaucoup ont eu l'impression de vivre une sorte d'aventure collective. Lors de la projection cannoise, des applaudissements nerveux en cours de film ont eu lieu, lors des scènes de sexe, sans qu'on sache exactement quel sentiment les déclenchait : embarras, émotion, ressentiment, admiration. Enfin, pour la quasi-totalité des spectateurs, le temps a semblé subir une brusque contraction, puisque beaucoup déclarent que les trois heures de projection leur ont paru durer moins de deux heures.

Si je commence mon article par ces observations, c'est qu'elles montrent l'emprise assez exceptionnelle que le film a sur l'esprit - et le corps - de ceux qui le regardent. Cette emprise vient d'un état de fait qu'on pourrait résumer ainsi : on n'a peut-être jamais montré avec autant d'empathie le sentiment amoureux, de sa naissance à son exaltation, puis à sa transformation en douleur. Kechiche réussit ce prodige en filmant ses deux actrices au plus près, et le jury mené par Spielberg a fait preuve d'un discernement remarquable en remettant la Palme à Kechiche et à ses deux actrices. La caméra ne quitte jamais vraiment les visages et les corps de Léa Seydoux et d'Adèle Exarchopoulos, elle réussit à capter leur moindre tressaillement, que ce dernier soit de douleur, de désir, de plaisir ou de dépit.  Ce travail de sismographie des émotions est formidable de minutie et de précision.

Le film n'élude pas les scènes de sexe, qui sont montrées d'une façon frontales, ni d'ailleurs, et c'est peut-être pour certains esthètes encore plus choquant, les réalités physiologiques. Ainsi, quand Adèle a de la morve au nez, personne ne lui essuie le visage.

Cette façon d'être au plus près des personnages procure au final un sentiment d'immersion totale. La vie d'Adèle, c'est un bain de 3D émotionnelle.

 

Le montage magique

 

Un des points qui me semble crucial dans le film, c'est la perfection du montage. On sait que Kechiche retournera peut-être en salle de montage pour retoucher le film avant sa sortie, mais j'espère que cela ne changera pas le rythme du film, qui est parfait.

Etirement des scènes-clés, plans larges comme des tableaux lorsque ceci est nécessaire, écoulement du temps suggéré par de subtiles variations (une coupe de cheveux, un changement infime dans le jeu) : Kechiche tire de ses centaines d'heures de rush une symphonie qui tantôt nous entraîne dans le tambour d'une essoreuse en fin de cycle, tantôt dans l'atmosphère languissante d'une errance nocturne.

Le montage de La vie d'Adèle magnifie l'histoire, et atténue le caractère réaliste du film, qui est loin d'être naturaliste. Même si le film dure trois heures, il choisit de ne montrer que ce qu'il montre, et il ne se disperse pas. Ainsi seront bien malheureux ceux qui tenteront de voir dans l'histoire d'amour entre ces deux femmes un manifeste pour le mariage gay. Le film ne traite pas du tout de l'homosexualité sous un angle social ou sociétal (ou très peu, seulement à travers la discrétion d'Adèle sur le sujet de sa relation à Emma, et de la réaction des lycéennes). Et d'ailleurs, comme trop peu de personnes l'ont signalé, le film ne tranche même pas sur la sexualité d'Adèle : elle aime Emma, c'est tout, et il se trouve qu'Emma est une femme.

 

Naissance d'une femme

 

Si le film parle d'amour, il décrit aussi le passage de l'enfance (premier plan dans lequel Adèle, les cheveux en bataille, mal fagottée, rejoint un bus scolaire) à l'âge adulte (dernier plan dans lequel elle s'éloigne vers son destin, venant de vivre un moment de souffrance définitive qui lui permettra - peut-être ? - de continuer à vivre), sur une durée d'une dizaine d'année.

 

On se prend alors à rêver d'une saga qui s'étendrait sur plusieurs films et constituerait ainsi une oeuvre gigantesque montrant une destinée unique dans la durée. Le fait que Kechiche ait adossé la mention Chapître 1 et 2 à son titre milite dans ce sens, puisque rien dans le film ne justifie cela.

La construction d'Adèle est sentimentale, sexuelle, mais elle aussi sociale - car c'est aspect n'est jamais absent des films de Kechiche. C'est d'ailleurs une des autres forces exceptionnelles du film : Adèle et Emma évoluent dans des milieux sociaux très différents : bourgeoisie bobo ouverte d'esprit pour Emma, milieu beaucoup plus modeste pour Adèle. Une scène, splendide, montre d'ailleurs Adèle préparer avec inquiétude le repas destiné aux invités d'Emma, reproduisant un type de schéma classique - dans un couple hétéro - d'aliénation aux tâches ménagères, vaisselle comprise. Et si la catastrophe arrive (je ne peux pas être trop explicite sans dévoiler l'intrigue du film), elle trouve entre autre ses racines dans cette différence de classe.

Enfin, et ce n'est pas la moindre des choses, Adèle a choisi un métier symbolique dans le cinéma de Kechiche, attaché à la transmission du savoir : institutrice. Kechiche la montre dans l'exercice de son métier avec une délicatesse infinie. Cette dernière partie du film, qui entre en résonnance avec la première (les lycéens parlaient, merveilleusement bien d'ailleurs, de Marivaux), est baignée d'une atmosphère de tristesse nostalgique qui est presque insupportable de par son intensité.

 

La vie d'Adèle est une oeuvre qui touche chacun de nous parce qu'elle traite de ce qui nous unit tous : éprouver des sentiments, exister au monde, souffrir.

 

Et vivre quand même.

 

A voir aussi : La BD à l'origine du film : Le bleu est une couleur chaude / L'avis des blogueurs sur La vie d'Adèle / Le jour où j'ai vu La vie d'Adèle pour la deuxième fois / 4 choses que vous n'avez pas (ou peu) lu à propos de La vie d'Adèle

4e

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Le jour où j'ai vu La vie d'Adèle une deuxième fois

http://www.lefigaro.fr/medias/2013/05/23/PHOd52bc16c-c3b5-11e2-9579-4e91ebd92e2d-805x453.jpgLa chaleur tombait (enfin) sur Paris, ce dimanche 7 juillet, et la salle était évidemment archi-comble pour l'avant-première de la Palme d'Or, dans le cadre du Festival Paris Cinéma. Du beau monde au MK2 Bibliothèque pour l’occasion : Anne Hidalgo, Valérie Donzelli, Vincent Macaigne, Rossy di Palma (actrice culte d'Almodovar). Natacha Régnier était aussi dans la salle, parait-il.

Accompagné d'une brochette de blogueurs curieux, j'étais à vrai dire un peu inquiet : Allais-je être déçu par cette deuxième vision ? La magie physique de la première projection allait-elle se reproduire ? Ne suis-je pas allé un peu loin en désignant La vie d'Adèle meilleur film vu depuis que mon blog existe ?

Eh bien toutes ces questions ce sont volatilisées dès la scène de la première rencontre entre Adèle et Emma, qui survient après quelques minutes. J'ai alors compris quelque chose que j'allais vérifier pendant tout le film : la prestation d'Adèle Exarchopoulos est gigantesque. Son visage est un tableau qui peut changer d'expression en une fraction de seconde, son sens de la répartie est fracassant, son rire explosif, sa sensualité brute renversante. Jamais une actrice n’a donné autant dans un film, et n’a été aussi bien filmée. J'ai d'ailleurs eu plusieurs fois l'impression nette que Léa Seydoux tombait amoureuse de sa partenaire en même que nous, avec dans le regard des éclairs d'incrédulité admirative.

J'ai déjà évoqué plusieurs aspects du film dans mon premier article, que je vais compléter ici (attention, le texte qui suit révèle de nombreux éléments du film qu’il vaut mieux ne pas connaître avant de le voir).

 

Les structures temporelles du film

 

Connaissant déjà la progression de l'histoire, j’ai mieux perçu la structure du film, qui m’apparaît plus clairement partagé en deux parties. La première concerne le développement du sentiment amoureux entre Emma et Adèle jusqu’au climax des scènes de sexe. Cette partie donne l’impression d’être un torrent impétueux dans lequel les évènements s’enchaînent rapidement, à grand coup d’ellipse si nécessaire (cf la rupture express avec Thomas), même si en réalité le temps ne s’y écoule pas si vite que ça, puisque cette partie s’étire en temps réel sur plusieurs mois.

Plus le film avance, plus le temps s’écoulant entre deux scènes semble augmenter : quelques heures séparent les premières scènes au lycée, puis quelques jours (avant la première rencontre), puis quelques semaines (avant le passage à l’acte), et enfin quelques mois.

La scène du repas avec les amis d’Emma constitue à l’évidence le nœud du film. Il commence par des scènes de cuisine qui montrent l’isolement d’Adèle, puis donnent à voir de multiples occasions dans lesquelles Adèle est subtilement ostracisée, avant de fournir à Adèle comme à Emma l’occasion d’un flirt (avec l’acteur et avec Lise), et de se terminer dans le lit avec les premières importantes lézardes exprimées par Emma.

Commence alors le chapître 2, celui de la déliquescence, de la descente en enfer. La durée de temps réel s’allonge encore entre les scènes : de mois, on passe à des sauts équivalant probablement à des années, la totalité de l’histoire d’Adèle s’étendant approximativement sur une petite décennie (de la Première à Bac+7).

Je trouve que la force particulière du film réside en grande partie dans cette accélération continue du temps : le film monte en intensité jusqu'en haut d'une montagne émotionnelle, puis en redescend mélancoliquement, mais tout du long il donne littéralement à percevoir l’écoulement inéluctable du temps.

 

Les figures de style kechichiennes

 

Tout le monde se rendra facilement compte que La vie d’Adèle est un film constitué d’une très grande majorité de gros plans. En le revoyant, je me suis toutefois rendu compte que les plans larges avaient également leur importance, soit parce qu’ils donnaient à voir le fonctionnement d’un groupe dans son ensemble (la manif, les lycéens, les repas), soit parce qu’ils mettaient en évidence les situations dans lesquelles un personnage est seul à un moment décisif (Adèle assise dans l’escalier qui va se faire embrasser par sa copine de classe, le banc dans le parc, Adèle qui s’éloigne dans le dernier plan).

La mise en scène de Kechiche, loin de toute fioriture visant à flatter l’égo, est entièrement orientée vers un seul objectif : mettre à l’unisson les sentiments des personnages et les mouvements de la caméra (ou le cadre). A titre d’exemple, un plan magnifique : alors qu’elle vient de tenter d’embrasser sa copine dans les toilettes, Adèle est filmée par un long travelling arrière fiévreux et superbement maîtrisé dans un couloir de lycée. La totale confusion de ses émotions y est admirablement montrée, notamment par un mouvement vif et rapide vers ses copines qui l'interpellent sur la gauche.

Autre point que j’ai remarqué lors de cette vision, les éléments récurrents qui jalonnent l’histoire, souvent avec des implications radicalement différentes : les spaghettis (trois fois), Adèle qui danse (à son anniversaire, dans les manifs, lors du repas, dans la rue avec son futur amant, avec ses élèves), le regard vers le ciel (dans le parc, dans l’eau en faisant la planche), l’explication de texte en classe (au début et à la fin), les manifs de rue (de lycéens, puis la gay pride), etc. Le film, en même temps qu'il donne à voir la flèche du temps, s'amuse à construire des cycles de répétitions.

 

Romantiques / lyriques vs classiques / cyniques

 

Les quelques conversations amorcées à la fin de la projection avec les autres spectateurs laissent préfigurer ce que pourraient être les débats autour du film. Les romantiques, comme moi, donnent la primeur au souffle qui porte le film le bout en bout. Peu leur importe qu’Adèle ne nettoie pas son nez lors de la scène de rupture, mais ce détail permet à la revue Zinzolin (qu’on rangera sur ce coup dans les cyniques) d’ironiser par voie de tweet sur le vin blanc à la morve.

Adèle est-elle animale et magnétique (point de vue romantique) ou bovine (point de vue classique) ? La façon dont les deux familles sont montrées sont-elles réalistes : d’un point de vue romantique, oui, car le trait appuyé ne sert qu’à renforcer le rendu des sentiments, ce qui est parfaitement le cas dans les deux scènes de repas croisés dans les familles respectives, d’un point de vue classique, non, car les spaghettis ET Julien Lepers en bruit de fond pourront sembler redondants.

Lors de leur visite de la Piscine à Roubaix, les deux filles ne semblent regarder que des tableaux et statues de femmes nues : illustration de l'extrême tension sexuelle entre elles d'un point de vue romantique (la caméra ne montre que ça parce qu'elles mêmes ne voient que ça), effet de surlignage exagéré d'un point de vue classique / cynique.

 

En attendant la troisième

 

Il est désormais probable que je retournerai voir La vie d’Adèle une troisième fois en salle, tellement le film est autant une expérience physique (sentiment de moiteur, parfois d’oppression, perception sensible des réactions de ses voisins, durée dilatée) qu’une oeuvre cinématographique. On peut donc y retourner comme on retourne à la piscine ou au sauna.

 

Film monde, film manifeste, La vie d’Adèle constitue un sujet d’étude inépuisable.

 

A voir aussi : Mon avis sur La vie d'Adèle  / L'avis des blogueurs sur La vie d'Adèle / La BD à l'origine du film : Le bleu est une couleur chaude / 4 choses que vous n'avez pas (ou peu) lu à propos de La vie d'Adèle

 

4e

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Le bleu est une couleur chaude : la BD à l'origine de La vie d'Adèle

http://www.slate.fr/sites/default/files/photos/planches.jpgPlusieurs polémiques ont accompagné la Palme d'Or. L'une d'entre elles concernait la prétendue amertume que Julie Maroh aurait exprimé sur son blog (lire l'article) à propos de l'adaptation qu'avait fait Kechiche de sa BD. Certains journalistes se sont fait un malin plaisir d'extraire quelques phrases du dernier paragraphe de ce texte, qu'il est facile de monter en épingle.

En réalité, Julie Maroh exprime en des termes plutôt mesurés des sentiments complexes, dont émerge entre autre la frustration d'écrivain la plus universellement partagée : celle de voir son oeuvre lui échapper. Elle conteste aussi le caractère réaliste des scènes de sexe, ce qui m'amuse un peu, tant à mes yeux d'hétéro les fameuses 7 minutes brûlantes du film me semblent très similaires aux pages 94 à 97 de la BD. Comme quoi, quand on ne connaît pas un sujet, on n'y voit que du feu. 

Au-delà de ces polémiques un peu vaines (au sens où il me semble que Kechiche comme Julie Maroh sont tous deux gagnants dans l'affaire, et c'est le principal), j'ai été curieux de me faire une idée par moi-même de la qualité intrinsèque du livre.

Le bleu est une couleur chaude est une très belle BD. Elle est traversée par un souffle romantique puissant et fortement évocateur. Le dessin est agréable, avec une utilisation astucieuse du bleu, même si le procédé peut paraître à force un peu facile. Les personnages sont très attachants. Celui de Clémentine (Adèle dans le film) est dessiné un peu dans un style manga, notamment dans l'exagération des mimiques (yeux écarquillés, bouche grande ouverte...).

Impossible pour moi, évidemment, de faire abstraction du film. Au petit jeu des comparaisons, il apparaît d'abord que dans sa première partie, le scénario suit scrupuleusement la BD, au point que celle-ci ressemble par moment au story board du film. Petit à petit le scénario s'éloigne toutefois assez franchement de la trame de la BD pour inventer de nouvelles strates, typiquement Kechichienne : un approfondissement de la description des milieux socio-professionnels, quasiment inexistant dans la BD, et des inserts nombreux sur l'éducation. Il me semble que certaines scènes cruciales de la deuxième partie du livre (comme la colère noire du père de Clémentine) ne sont pas reprises dans le film.

Plus le film avance et plus on quitte l'intrigue de la BD, à tel point que la fin est radicalement différente. Un autre point m'a intrigué : je trouve que Adèle Exarchopoulos campe un personnage complètement différent de Clémentine, alors que Léa Seydoux est une Emma assez ressemblante. Dans la BD, Clémentine est chétive, enfantine, maladive, beaucoup plus petite qu'Emma. Dans le film Adèle est une force de la nature, pleine d'une santé très terrienne, et plus grande qu'Emma.

Pour conclure, finissons par un lieu commun de première ampleur : le film est excellent, la BD est très bonne, chacun s'exprime superbement dans son media et les deux sont complémentaires. 

En contrepoint de cet avis, il faut signaler qu'une autre artiste est associée au film : la peintre Cécile Desserle qui raconte dans cet article sa collaboration avec Kechiche. Une relation qui débouche sur une autre dimension du film, picturale, absente de la BD, et qui laisse voir pour le coup une relation entre créateurs totalement apaisée.

 

Lire aussi sur le sujet : Mon avis sur La vie d'Adèle  / L'avis des blogueurs sur La vie d'Adèle / Le jour où j'ai vu La vie d'Adèle pour la deuxième fois / 4 choses que vous n'avez pas (ou peu) lu à propos de La vie d'Adèle

 

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Miele

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/031/21003164_2013050316035895.jpgQu'est-ce qui pousse Irène, l'héroïne de Miele, à partir régulièrement au Mexique acheter des produits vétérinaires qui serviront à accompagner dans la mort des malades en Italie ?

On ne le saura jamais. Le film de Valeria Golino se garde d'entrer trop profondément dans la psychologie de ses personnages, et c'est d'ailleurs un peu sa limite.

Lorsque Irène vend un produit à un homme qui s'avèrera en parfaite santé, un trouble moral l'envahit, ce qui fournit l'argument principal du film sans réussir à lui donner un squelette bien solide.

L'intérêt de Miele réside surtout dans sa mise en scène, extrêmement prometteuse : Valeria Golino possède un véritable talent pour capter les sensations et les émotions. A ce titre, toute la première partie du film est spelndide, pleine de sensualité et de délicatesse.

Une réalisatrice à suivre, lorsqu'elle travaillera sur un projet plus ambitieux.

 

2e

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La tendresse

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/113/21011323_20130610111840643.jpg

Vous savez que je ne suis pas méchant (vous le savez ?), mais il ne faut pas me pousser dans mes retranchements. Dans le dernier film de Marion Hänsel, tout est mauvais.

Un couple séparé depuis 15 ans entame un road movie de Belgique à Chamonix pour rejoindre leur fils blessé lors d'un accident de ski. Ils font la connaissance de la copine de leur fils : elle est super-gentille et super-canon. Finalement le fils n'a pas grand-chose et tout le monde peut remonter outre-Quiévrain tranquillement. Chemin faisant, la mère se fait draguer par un auto-stoppeur marin-pêcheur joué par un Sergi Lopez plus Sergi Lopez que nature. Qui lui laisse un mot sur le pare-brise pour lui dire qu'elle est vraiment trop belle : c'est pas émouvant ça ?

Durant le trip il s'avère que la mère est vraiment pas dégourdie : elle ne sait pas faire marcher l'auto-radio, ne sait pas se servir d'une carte de crédit et se fait enfermer dans les toilettes. C'est ballot. Elle découvre par contre les joies de la montagne grâce à un gentil savoyard qui l'emmène en moto-neige voir la vue en haut des pistes au milieu de la nuit. C'est trop émouvant comme on voit les étoiles.

Olivier Gourmet fait des blagues un peu racistes qui mettent son fils mal à l'aise mais il a un coeur d'or sous ses dehors un peu ronchon. Tous les seconds rôles (chirurgien, patron du club, etc) sont des marshmallows qui jouent d'une façon aussi naturelle qu'une troupe échappée du musée Grévin.

Tout ça est bien trop mimi pour moi.

 

1e

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Les conquérants

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/176/21017650_20130704165632037.jpgUn film en mode mineur peut être complètement raté (comme le récent Tirez la langue, mademoiselle), ou plutôt réussi.

Il s'en faut de pas grand-chose : des acteurs parfaits plutôt que moyens (ici Mathieu Demy et un exceptionnel Denis Podalydès), des idées un peu originales plutôt que rebattues (ici un soupçon de fantastique), et un solide sens de la mise en scène plutôt que des approximations de téléfilmeur.

Ne me faites cependant pas dire que Les conquérants est un film génial. Il est bourré par ailleurs de défauts : un rythme un peu alangui, une intrigue cyclothymique.

C'est finalement par l'originalité légèrement suréalistes de certaines observations (les cours de philo à l'équipe de foot), par la virtuosité légère de certaines scènes (comme celle de l'enterrement) que le film parvient à être plutôt bon que mauvais. Il baisse d'intensité une fois dans la montagne, une certaine complaisance du réalisateur vis à vis des paysages pyrénéens entrant peut-être en ligne de compte.

L'impression finale est qu'il faudra suivre de prés la carrière de Xabi Molia (8 fois debout), dont c'est le deuxième film.

 

2e

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Leviathan

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/96/36/19/20536753.jpgQu'est-ce qui différencie un film de cinéma d'une installation vidéo ?

Le regard.

Celui du cinéaste, qui choisit un cadre, un mouvement, une focale, un décor, des accessoires, qui dirige des acteurs. Celui du monteur, qui choisit, trie, coupe.

Dans Léviathan, la part du réalisateur est réduite à l'extrême : tout juste choisit-il(s), peut-être, de fixer sa caméra GoPro (celle que les skieurs fixent sur leur casque) sur le ciré d'un marin plutôt qu'en haut du mat.

C'est tout.

Pour le reste, on voit la nuit et des ombres indistinctes pendant une séance d'ouverture qui parait infiniment longue, des mouettes qui volent à l'envers (ouah, l'effet !), des raies dont les ailes sont coupées, des étoiles de mer, un marin qui s'endort et des filets.

Dans le contexte d'un musée, nul doute que ces images puissent saisir le visiteur qui les surprendra à la volée, pénétrant dans une salle par hasard. Dans une salle de cinéma, elles n'ont pas beaucoup plus de valeur qu'un plan fixe qui montrerait une corbeille de fruit en train de pourrir.

Le seul élément qui rapproche franchement Léviathan d'un (vrai) film de cinéma, c'est le travail sur le son, qui montre une franche volonté, un travail d'artisan au service d'un concept réfléchi : tout ce qui manque aux images du film.

 

1e

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L'oeil du cyclone

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/185/21018557_20130710104235293.jpgMais qu'est-ce que Charlotte Rampling est allée faire dans cette galère australienne ?

Tout est mauvais dans ce film, à l'image de la photo essentiellement désespérante qui git sur votre gauche : les acteurs cabotinent, le réalisateur (si l'on admet que Fred Schepisi mérite ce qualificatif) tourne un téléfilm, le scénariste enfile les perles.

Que dire de plus que le film est vain, factice, inutile, prétentieux, précieux et artificiel. 

L'idée qu'un prix Nobel de littérature (Patrick White) puisse être derrière ce navet sentencieux me révulse.

Allez, c'est trop d'honneur que de consacrer tant de mots à si peu de chose.

 

1e

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