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Christoblog

The innocents

Cela commence comme un thriller d'épouvante classique : musique bien inquiétante, mouvements de caméra sur-signifiants, bruits qui font sursauter, décor à l'unisson.

On est dans le style "pour bien comprendre que la petite fille est méchante on va la montrer en train d'écraser un ver de terre".

Et finalement, il se terminera de la même façon : parcourant les chemins bien balisés du film qui cherche à faire peur. Entre temps, il y aura eu un frémissement, quelques passages lors desquels on aura été étonné par un plan, ou intrigué par un changement de perspective... mais au final, rien de bien enthousiasmant, ou novateur.

On songe à Morse, qui était infiniment plus déstabilisant et profond. Ici, les astuces et les procédés sont bien trop évidents pour ne pas gêner la catharsis. The innocents est une oeuvre formatée et un peu froide, qui ne parvient qu'épisodiquement à dépasser son statut d'exercice de style.

Eskil Vogt sur Christoblog : Blind - 2015 (*)  

 

2e

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The lost daughter

Tout sonne faux dans le film de Maggie Gyllenhaal. 

Leda (Olivia Colman) regarde une jeune mère sur une plage et revit un passé qu'on devine tragique. La mise en scène est lourde et sur-signifiante, essayant d'installer une ambiance de suspense mafieux qui fait pschitt.

La maison vide, le personnage mystérieux et séduisant joué par Ed Harris, la dissimulation de la poupée : tout est cousu de fil blanc pour nous amener à nous inquiéter, un peu à la manière qu'affectionne François Ozon, mais avec beaucoup moins de subtilité.

Lorsque les flash-backs arrivent, le manque de légèreté de The lost daughter devient lourdeur gênante. Le grain de l'image et la vacuité des images de ces sirupeuses parenthèses plombent totalement la deuxième partie du film. Ces allers-retours temporels l'entraîne progressivement dans un tourbillon d'insignifiance jusqu'à un happy end ridicule.

Creux et vain.

 

1e

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Un autre monde

Stéphane Brizé conclut avec Un autre monde sa trilogie du travail, commencée par La loi du marché, puis poursuivie par En guerre, et le moins que l'on puisse dire, c'est que la profondeur du propos s'est dégradée au fil des trois films.

Dans son dernier opus, Brizé dresse le tableau d'un patron d'usine obligé par son méchant actionnaire américain de licencier 10% de ses effectifs. Et c'est pratiquement tout.

Evidemment, cela ne suffit pas à remplir tout un film. Il faut donc ajouter un peu de drama familial à travers le tableau touchant (même si pas très bien dessiné) d'un fils qui pète les plombs sous la pression d'une école de commerce.

Si les acteurs sont formidables (Lindon, Kiberlain, Bajon) et certaines situations criantes de vérité (la scène formidable du divorce), le film pêche tout de même par un manque de densité et de vraisemblance. Les passages en entreprise sont particulièrement peu convaincants. Un seul exemple : le travail du personnage joué par Lindon semble consister à annoter des papiers devant un ordinateur allumé. Une petite dizaine de plans de ce genre ponctuent le film, comme si Brizé était incapable d'inventer une autre activité pour un directeur d'usine.

Quant à la fin pontifiante et sentimentale, elle couronne le contenu programmatique d'un film malheureusement très balisé.

Stéphane Brizé sur Christoblog : Quelques heures de printemps - 2012 (****) / La loi du marché - 2015 (****) / Une vie - 2016 (***) / En guerre - 2018 (**)

 

2e

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Aller au festival de Cannes (pour les nuls) N°1

En tant que simple cinéphile, puis-je aller à Cannes pendant le festival, voir des films, et en particulier puis-je assister à la montée des marches des films en compétition ?

C'est à cette question à la fois simple et compliquée que je vais essayer de répondre.

 

Première approche

D'abord, si vous allez sur le site internet du Festival, vous constaterez vite que le spectateur lambda est dissuadé de se présenter sur la Croisette. La seule possibilité qui apparait est celle de "l'accréditation cinéphiles" dont vous trouverez le détail sur cette page (Participer, puis S'accréditer). Après avoir créé un compte, il vous faudra fournir les éléments suivants : une lettre de motivation, une copie de pièce d'identité et une preuve que vous fréquentez assidument les cinémas (ou que vous êtes étudiants en cinéma). Tout est assez bien expliqué sur le site. Une contribution de 24 euros est demandée dans le cadre de la politique environnement du festival.

 

Les festivals de Cannes

Mais avant d'aller plus loin, il nous faut détailler les différentes sections. Le Festival de Cannes proprement dit, sous la houlette de Pierre Lescure et Thierry Frémaux, comprend la célèbre Sélection officielle (Compétition, Hors compétition, Séances spéciales), la section Un certain regard, ainsi que les sections moins courues comme Cannes Classics, Cannes Court métrage, le Cinéma de la plage. Géographiquement, toutes les projections du Festival "officiel" ont lieu dans l'enceinte du Palais qui comprend plusieurs salles (Le Grand Théâtre Lumière, les salles Debussy, Bazin, Buñuel, et du Soixantième), à l'exception du Cinéma de la Plage dont les projections ont lieu... sur la plage.

 

La Quinzaine des réalisateurs est une sélection indépendante. Les projections ont lieu plus loin à l'est, au Théâtre Croisette (photo ci-contre), sous l'hôtel JW Marriott, entrée dans la rue Frédéric Amouretti.

La semaine de la critique, dont la sélection ne comporte que des premiers et deuxièmes films, se déroule encore plus loin sur la Croisette, à l'Espace Miramar, à l'angle de la rue Pasteur.

La programmation ACID est la dernière-née des manifestations, et la plus modeste. Les projections ont lieu principalement au cinéma les Arcades, 77 rue Félix Faure.

Tous ces lieux sont dans un périmètre de 15 minutes à pied autour du Palais.

 

Jamais sans mon badge

Quand vous marchez à Cannes, vous remarquez rapidement que les gens se promènent avec leur(s) badge(s) autour du cou en toute circonstance.

La première grande catégorie est constituée des badges Presse. Ils ont des couleurs différentes suivant l'importance du média, si j'ai bien compris, avec un code qui associe une couleur principale et une pastille qui peut être d'une couleur différente. Le badge blanc est ainsi exceptionnel, réservé aux big boss. Il y a des badges presse roses, bleus, jaunes (les moins prioritaires). Vous verrez ensuite des badges "Marché du film", réservé aux vendeurs, producteurs, acheteurs, et aussi des badges pour les techniciens et les photographes, tous d'une couleur particulière, qui varie selon les années.

Les badges Festivaliers professionnels sont les plus courants. Ils constituent le gros de la troupe, regroupant tous les professionnels du cinéma, qui viennent en masse au Festival. 

Et enfin, le badge Cannes Cinéphiles, modeste, dont nous allons parler en détail ci-dessous, et le seul que vous pouvez obtenir.

Si on veut compliquer un peu, il faut signaler qu'il est possible d'accrocher à son tour de cou le Pass Quinzaine des réalisateurs, ou les précieux sésames qui donnent accès aux endroits où l'on fait la fête.

Mais bon, je ne m'étends pas, c'est assez compliqué comme ça.

L'accréditation Cannes Cinéphiles sert-elle à quelque chose ?

Si vous êtes un quidam, le seul badge que vous avez une chance d'obtenir est le badge Cannes Cinéphiles.

4000 seraient attribués chaque année. Pour ma part j'ai tout simplement rempli un dossier sur le site du Festival, en mettant en avant mon goût pour le cinéma à travers Christoblog et en transmettant un scan de ma carte UGC illimité (et aussi un relevé bancaire prouvant que j'ai bien payé un abonnement UGC illimité en janvier). La demande est à faire en février. Vous recevez rapidement une réponse par mail, l'organisation semble très efficace. Le badge est à retirer à l'espace Cannes Cinéphiles, situé sur la Pantiero, à deux pas à l'ouest du Palais. En même temps que vous retirez votre badge, je vous conseille d'acheter le guide des projections Cannes Cinéphiles (pour 4 euros) qui vous donnera toutes les séances accessibles dans les cinémas annexes, dont je parle ci-dessous.

D'abord, douchons les enthousiasmes : Cannes Cinéphiles ne vous permet pas d'accéder facilement aux films de la sélection officielle, dont ceux en compétition.

Pour ces derniers, avant de détailler d'autres méthodes d'accès plus bas, je précise tout de suite qu'il existe une queue "Accès Dernière minute", notamment l'après-midi et à 22h (renseignez-vous sur place), qui offre une possibilité aux badgés n'ayant pas obtenu de places d'entrer au Grand Théâtre Lumière quand il reste des sièges vides, mais l'accès n'est absolument pas garanti, et il arrive qu'aucune personne de cette queue ne soit autorisées à entrer. L'entrée de cette queue "Last minute" est à gauche quand on regarde les marches. Utile pour les réfractaires à la mendicité que je décrirai plus loin.

Tous les jours, à l'Espace Cannes Cinéphiles (sur la Pantiero) étaient distribuées jusqu'en 2021 des places pour 3 ou 4 séances du festival moins fréquentées mais parfois passionnantes : Cannes Classic, séance de minuit, et surtout master class de cinéastes. C'est une des rares occasions ou un badgé Cinéphiles peut pénétrer à l'intérieur du Palais. Posez la question sur le fonctionnement de l'année en cours quand vous retirez votre badge Cannes Cinéphiles, cela varie suivant les années.

 

La nouveauté 2021 : l'application billetterie

Depuis l'année dernière (2021) toutes les accréditations, Cannes Cinéphiles compris, doivent réserver leur places sur une application de billetterie en ligne spécifique au Festival, pour toutes les séances, quelque soit la section. Les billets sont envoyés par mail ou disponibles sur le site et se présente sous la forme d'un billet avec QR Code (photo ci-joint).

En 2021 l'accès aux séances de Un certain regard, la Quinzaine, la Semaine, ACID était relativement faciles par ce biais, y compris pour les Cannes Cinéphiles (sauf pour quelques séances, particulièrement courues). Mais le festival avait lieu en juillet et le nombre de participants étaient réduit du fait du Covid... à voir comment cela se passe en 2022.

En ce qui concerne les films en sélection officielle (en particulier la compétition), c'est plus compliqué. Vous vous inscrivez sur l'appli sur une sorte de liste d'attente, mais la probabilité que vous obteniez, en tant que Cinéphiles, des places pour la projection d'un film dans le Grand Théâtre Lumière par ce biais est assez faible (en 2021, j'en ai obtenu en moyenne une sur dix demandes environ).

Vous pourrez par contre voir facilement les films de la compétition lors des projections dans les salles annexes (mais dans ce cas vous ne verrez jamais les équipes de film) : les Arcades au centre ville, que je vous conseille, le Studio 13 un peu plus loin dans une ambiance MJC qui détonne un peu (20 minutes à pied, ou bus 1, 2 et 20 arrêt Médiathéque), la Licorne (bus 1, 2 ou 20, arrêt Mairie Annexe), le Raimu à la Bocca (bus 1, MJC Ranguin, plus loin), le théâtre Alexandre III, à l'est de Cannes (19 boulevard Alexandre III, accessible à pied du Palais), et enfin depuis 2021 dans les magnifiques et immenses salles du Cineum de Cannes La Bocca. Un bus navette relie gratuitement le Palais au Cineum pour ceux qui ont un badge (se renseigner sur les modalités qui peuvent changer).

En conclusion, le badge Cinéphiles vous permettra de voir beaucoup de films durant votre séjour, mais si vous souhaitez vous immerger dans le coeur vital du Festival que constituent les projections de la sélection officielle dans le Grand Théâtre Lumière, et donc assister aux montées des marches, il vous faudra adopter une stratégie particulière que je détaillerai dans l'article suivant.

Avoir un truc rectangulaire qui pendouille sur sa poitrine à Cannes est quasiment indispensable pour se fondre dans la masse et procure un avantage psychologique certain sur celui ... qui est tout nu !

Je vous conseille donc fortement de tenter d'obtenir une accréditation Cannes Cinéphiles. Sans cette dernière, les moyens de voir des films est très limitée : obtenir une invitation bleue, ce qui est rare (j'en parle dans l'article suivant), acheter des billets à la Quinzaine, obtenir les quelques places gratuites octroyées à la Semaine.

Si on résume :

  Films de la sélection officielle dans le GTL Films de la sélection officielle dans les salles "annexes" Films des sections parallèles (Quinzaine, Semaine, ACID)
Avec accréditation Cannes Cinéphiles

Très difficile par la billetterie 

Alternatives : accès dernière minute / quémander une place / invitation bleue / parfois quelques invitations à glaner à l'espace Cinéphiles

Très facile par la billetterie en 2021

 

Facile à possible par la billetterie, suivant les séances, dans les salles principales de chaque section

Très facile par la billetterie dans les salles annexes

Sans rien Invitation "bleue" seulement Jusqu'en 2020 possible s'il restait des places, impossible depuis la mise en place de l'appli billetterie en 2021  Achats de billets à la Quinzaine, quelques places offertes à la semaine

 

Voir aussi :

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #2

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #3

Pour les 18/28 ans, un zoom sur le Pass 3 jours à Cannes : Aller au Festival de Cannes pour les nuls #4

 

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Mon année à New-York

Le covid a brutalement interrompu la carrière de ce joli film présenté en ouverture du Festival de Berlin, en février 2020, et qui n'a jamais trouvé le chemin des salles françaises, englué dans l'embouteillage post confinement.

Mon année à New-York doit beaucoup à ses deux interprètes principales : Sigourney Weaver impériale en agent littéraire de JD Salinger et Margaret Qualley, irrésistible en jeune employée ingénue de la maison d'édition du prestigieux et mystérieux écrivain. Cette dernière, découverte dans la série Leftovers, et qui explose depuis (on l'a vu par exemple dans Once upon a time ... in Hollywood de Tarantino, et dans la série Maid), est rayonnante. Sa prestation enjouée entraîne le film dans un tourbillon frais et vintage.

Les années 90 sont délicieusement reconstituées, et forment un cadre parfait à ce récit d'apprentissage charmant et instructif, dans lequel l'informatique est encore balbutiante.

Une oeuvre sans chichi du québécois Philippe Fallardeau, à déguster en DVD ou sur Canal+. 

 

2e

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The souvenir - Part I

Quel film froid et compassé que celui-ci !

Joanna Hogg nous propose un condensé de cinéma d'auteur prétentieux : auto-portrait en creux, rythme indolent, longueurs inutiles, images dans le film illustrant le film en devenir du personnage / réalisatrice, intérêt dramatique inexistant, confusion volontaire de la réalité et des songes, cadres savants mais dépourvus de sens, regards caméras sur-signifiants, photographie éteinte, plans fixes sur la nature accompagnés d'une voix off pontifiante, temporalité bousculée, ruptures de ton incessantes, etc.

Difficile d'imaginer un cinéma plus intellectuel, plus poseur et moins sensuel : on est quelque part entre Chris Maker et Kelly Reichardt, mais sur un mode "film de fin d'étude" bricolé dans sa chambre d'étudiante.

C'est peu dire qu'on se contrefout de cette histoire d'amour à la sensualité de hareng saur, et à laquelle on ne croit pas un seul instant.

L'actrice principale, Honor Swinton-Byrne, tourne aux côtés de sa maman, Tilda Swinton. Les deux ne sont pas mauvaises, mais ne sont pas aidées par le charisme d'épagneul breton de l'acteur Tom Burke.

Une expérience de la fadeur la plus extrême, qui ne m'encourage pas à aller voir la deuxième partie.

 

1e

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Piccolo corpo

Le sujet du premier film Laura Samani n'est a priori pas très avenant : en 1900, une jeune femme dont le bébé est mort-né entame un voyage vers une église dans les montagnes, où son bébé pourrait être ressuscité le temps d'un souffle, pour pouvoir être baptisé.

Pourtant loin d'être glauque et triste, Piccolo corps est au contraire splendide, solaire et rayonnant.

Plastiquement tout d'abord, le film est une merveille. Agata traverse des paysages très différents (des  îles lacustres, des forêts, une mine, un lac, des montagnes) qui se révèlent être de magnifiques univers très différents, superbement filmés.

Le récit réserve ensuite de belles rencontres, tour à tour inquiétantes et émouvantes, qui ravivent sans cesse notre curiosité. 

L'actrice Celeste Cescutti, enfin, est très convaincante, à la fois terrienne et d'une certaine façon ... céleste. Elle irradie l'écran.

Un très beau film, véritable voyage sensoriel, et une jeune cinéaste à suivre.

 

3e

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Enquête sur un scandale d'état

Thierry de Peretti est un cinéaste vraiment étonnant, qui semble capable de rater l'inratable.

Enquête sur un scandale d'état possède en effet tout pour réussir, en particulier une histoire passionnante et un Roschdy Zem aussi charismatique que d'habitude.

Malheureusement l'écriture du film est d'une bizarrerie déroutante : de nombreuses scènes semblent sortir de nulle part, d'autres s'étirent sans intérêt, de curieuses ellipses apparaissent, des morceaux d'intrigues semblent manquer alors que certains passages au contraire paraissent appartenir à un autre récit. La mise en scène et certains choix artistiques n'éclaircissent pas l'obscure construction du film : le générique de fin qui double celui du début, le résumé final en voix off (comme si le film devait être expliqué), la prise de son parfois à la limite de l'inaudible, les plans très lointains de ville ou de paysages.

Ce troisième film de Thierry de Peretti est donc une curiosité assez désagréable à regarder, même si ses partis-pris (une réalité mise à plat avec le minimum d'artifice, chaque élément potentiellement dramatique comme désamorcé) sont intellectuellement stimulants.

Thierry de Peretti sur Christoblog : Les Apaches - 2013 (**)

 

2e

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Yi Yi

Disons-le simplement : Yi Yi, d'Edward Yang, est probablement l'un des meilleurs films jamais réalisé.

L'histoire qu'il conte est celle de la vie ordinaire : on suit les membres d'une famille dans un quotidien marqué par les évènements et les sensations que chacun de nous a éprouvé ou éprouvera. Rien de spectaculaire, donc.

Le génie du film tient dans la façon dont ces évènements sont racontés. La mise en scène ample et élégante, principalement constituée de plans larges et distanciés, donne au film une tonalité à la fois intime et sacrée. C'est comme si Edward Yang nous donnait à voir l'envers mystique d'une réalité triviale, exactement comme le petit garçon renfermé prend en photo la nuque des gens pour leur montrer ensuite (car personne ne voit jamais sa nuque, au final).

L'écoulement majestueux du film, qui dure 2h53 mais ne semble jamais long, est servi par un montage d'une intelligence rare. Les scènes se répondent, s'interpellent d'une partie à l'autre du film, et parfois nous laissent suspendus dans une expectative rêveuse et chargée d'émotion (je pense par exemple à celle du petit garçon dans la piscine, ou celle de la jeune fille avec la grand-mère).

Le jeu de la caméra avec les reflets et les transparences, l'utilisation poétique et parfois éclatante des couleurs (le rouge et le rose de mariage), le jeu au cordeau des acteurs et actrices : il ne manque rien à ce chef-d'oeuvre intemporel, dont on mesure mieux aujourd'hui à quel point il fut la matrice féconde de tout un courant du cinéma asiatique, consacré à la famille et au temps qui passe.

A voir absolument.

 

4e

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Great freedom

Franz Rogowski, acteur fétiche de Christian Petzold, qu'on a également vu chez Malick comme chez Haneke, est sûrement un des meilleurs acteurs actuel en Europe.

Dans cette histoire bouleversante, qui raconte la vie d'un homosexuel allemand de l'après-guerre jusqu'en 1970, Rogowski est absolument formidable. Il parvient à donner une profondeur étonnante à son personnage, jamais vraiment abattu, toujours luttant et aimant.

Si la mise en scène de Sebastian Meise est très sage, sa façon de conduire un récit au long cours est remarquable. La construction du film (une première partie sous forme d'un long flash-back, et une seconde partie qui du coup semble aspirer l'avenir) est extrêmement prenante. L'utilisation du milieu carcéral à rebours des habitudes (ici, les prisonniers sont loin d'essayer de s'évader) est aussi brillante : la prison apparaît comme une métaphore de la vie à l'extérieur.

Great freedom est un film captivant, qui nous prend la main et nous émeut progressivement. La belle histoire d'amour qu'il raconte nourrit progressivement l'ampleur mélodramatique du film comme le vent gonfle une voile : on est emporté par cette série de huis clos parfaitement reconstitués.

Le meilleur d'un cinéma classique, apaisé et sensible, sonnant comme un Douglas Sirk germanique.

 

4e

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Red rocket

C'est un raccourci un peu commode de qualifier Sean Baker (Tangerine, The Florida project) de cinéaste des marges du rêve US.

Il est bien plus que ça : c'est aussi un formidable directeur d'acteurs qui sait donner à sentir l'énergie brute qui peut se dégager d'une situation, d'un caractère ou d'une confrontation.

Le héros de Red rocket est une ex-star du porno (ce qu'est aussi par ailleurs le formidable Simon Rex, qui joue ce personnage) qui essaye de refaire sa vie dans un bled paumé du Texas, à l'ombre d'une gigantesque usine. Il n'est pas vraiment le bienvenu auprès de son ex femme, mais son énergie débordante et sa gouaille semble l'entraîner irrésistiblement vers une rédemption inespérée.

Le film est à la fois sombre et acidulé, drôle et touchant, sensuel et déprimant. Il est merveilleusement mis en scène et on ne s'ennuie pas une seconde. L'utilisation des décors naturels est formidable, et mérite à elle seule qu'on se déplace pour ce film.

Du beau, du grand Sean Baker.  

Sean Baker sur Christoblog : The Florida project - 2017 (***)

 

3e

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