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Christoblog

Articles avec #animation

Sing a bit of harmony

La puissance des anime japonais, en matière d'énergie positive et de narration décomplexée, n'a pas aujourd'hui d'équivalent dans le monde. Ce que propose ici Yasuhiro Yoshiura se situe à un niveau d'imagination débridée que peu de productions américaines ou européennes pourront atteindre. 

Le pitch est casse-gueule : une intelligence artificielle est envoyée "incognito" dans une école par un groupe de chercheur en informatique, sous la forme d'une jeune fille. Las ! Elle est démasquée immédiatement, et l'intrigue doit donc rebondir vers d'autres pistes complexes, très émouvantes et pour certaines, un peu tirées par les cheveux !

Ce qui fait tenir un tel projet debout, c'est l'incroyable optimisme qui draine l'ensemble. Le scénario ose tout, sublime tous les poncifs en provoquant sourires, pleurs, rires, étonnements, avec un sens du rythme qui rappelle celui de la grande comédie musicale américaine. C'est enlevé et très maîtrisé dans la progression dramatique, jusqu'à un final formidablement réussi.

Pour les amateurs du genre, du très solide. Le film, que j'ai découvert à Annecy, est malheureusement très mal distribué en France.

 

3e

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Flee

D'abord disponible sur la plateforme d'Arte, ce film d'animation du Danois Jonas Poher Rasmussen sort aujourd'hui en salle.

Il est original à plusieurs titres.

Dans sa forme d'abord. Il mélange différentes techniques, suivant l'effet recherché : animation classique pour la trame principale, images d'archive en prise de vue réelle pour contextualiser les séquences, dessin au fusain pour les scènes les plus marquées par l'émotion. Ce mix fonctionne bien et apporte beaucoup au film.

Par son contenu ensuite. Si les films sur les migrants sont assez nombreux, on n'avait jamais vu au cinéma une filière qui conduit des réfugiés d'Afghanistan en Europe, en passant par la Russie et les pays Baltes. Cet aspect est vraiment original, et les longs passages qui relatent la vie de la famille afghane dans un Moscou enneigé sont très réussis. Le héros enfin est homosexuel : cela ajoute évidemment à la complexité de sa situation.

L'histoire est celle d'un ami du réalisateur. Cela rend encore plus attachant ce film délicat, qui possède de plus une intrigue pleine de suspense. Flee a été primé à Annecy, et a réalisé un exploit me semble-t-il unique : être nommé aux Oscars dans trois catégories différentes (Meilleur film en langue étrangère, Meilleur documentaire, Meilleur film d'animation).

 

2e

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Buzz l'éclair

Au rayon des points positifs de ce spin off de la série Toy story : une perfection technique impressionnante, quelques jolies idées (les voyages dans l'espace qui changent l'écoulement du temps), un certain courage (un chaste bisou gay qui vaut une interdiction dans 14 pays musulmans) et un Buzz dont la personnalité est assez conforme au jouet qui porte son nom dans les films (un optimisme forcené associé à une efficace naïveté).

Pour le reste, le film d'Angus MacLane est un peu décevant. Après un début plutôt intéressant du point de vue scénario, il devient dans sa deuxième partie une partie de tirs lasers qui regarde vers la monotonie redondante des premiers Star Wars, sorte de space opera qui ne décollerait jamais (toute l'action se passe sur une seule planète). 

Le mode de narration Pixar reste toutefois assez efficace, maniant second degré agréable et délicats moments de surprise. 

A vous de voir, je suis partagé !

 

2e

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Belle

Quelle production cinématographique actuelle peut revendiquer autant de lâcher-prise, autant d'inventivité débridée que Belle ?

Aucune. Il faut l'âme d'enfant de Mamoru Hosoda, sa fascinante humilité au service de l'émotion, pour générer autant de vibrations sensorielles.

Tout n'est certainement pas parfait dans ce dernier opus, mais tout y est tellement sincère qu'on ne peut que se laisse entraîner dans le torrent d'idées qu'Hosoda parvient à brasser, mélange étonnant de quotidienneté déprimante et de rêveries fantastiques. Peu d'oeuvres sont à ce point capables de nous faire pleurer sur des idées aussi simples (et des chansons aussi vulgaires). L'art d'Hosoda, qui explosait déjà dans le fameux Summer Wars, se rend ici plus accessible, plus directement abordable.

Les quatorze minutes de standing ovation dans la salle Debussy cet été (c'est mon record à Cannes) ont démontré la puissance de l'évocation hosodienne : une magie de l'enfance est ici à l'oeuvre, mélangeant ses aspects les plus sombres et ses espoirs les plus fous. C'est sublime, jusqu'à cette fin mezzo voce, si représentative de l'état d'esprit de Hosoda, artisan de cinéma modeste et génial.

Mamoru Hosoda sur Christoblog : Summer Wars - 2010 (****) / Le garçon et la bête - 2016 (***) / Miraï, ma petite soeur - 2018 (**)

 

4e

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Où est Anne Franck !

Il y a deux films dans le dernier Ari Folman.

Le premier, plutôt agréable, trouve un équilibre presque parfait entre la vivacité intellectuelle de la jeune Anne Franck et l'imagination débordante du vieux réalisateur israélien. 

A ce titre, certains passages sont de véritables splendeurs visuelles (l'armée colorée, les soldats nazis, l'incursion dans le poste de radio, Clark Gable, les dieux grecs, l'arrivée aux enfers...). Le caractère enjoué et impertinent d'Anne, sa détermination sans faille sont très bien illustrés.

Il y a malheureusement un deuxième film beaucoup moins convaincant (et même lourdingue) dans Ou est Anne Franck !, c'est celui qui est centré sur l'amie imaginaire d'Anne, Kitty. Le parallèle que fait Folman entre la Shoah et la situation des migrants dans l'Europe d'aujourd'hui est pour le moins discutable. Les errements de Kitty et de son compagnon pickpocket dans l'Amsterdam contemporaine sont ainsi lourdement didactiques et nuisent finalement au propos

Pas facile du coup de conseiller ce film, pourtant édifiant pour les enfants et les adolescents. A vous de voir, je suis partagé.

Ari Folman sur Christoblog : Valse avec Bachir - 2008  (**) / Le congrès - 2013 (**)

 

2e

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Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary

Beaucoup de qualité pour ce très joli film d'animation qui confirme l'excellence de la France dans ce domaine.

Le sujet est plaisant : il s'agit de montrer l'enfance de la célèbre Calamity Jane, et à travers ce prétexte, de donner à voir le monde de l'Ouest américain à travers un nouveau prisme, plus doux et plus poétique que dans les westerns traditionnels. On ne sait pas grand-chose de l'enfance de la future aventurière, ce qui permet aux scénaristes d'imaginer de belles aventures et une galerie de personnages attachants.

Le film de Rémi Chayé brille d'abord par son scénario. L'histoire est brillamment menée, pleine de rebondissements qui plairont aussi bien aux petits qu'aux grands. On éprouve un plaisir simple à suivre les mésaventures de cette petite fille féministe avant l'heure, toujours déterminée et se sortant des situations les plus désespérées avec un grand talent (et un peu de chance).

Les personnages sont typés sans être caricaturaux, les péripéties nombreuses et variées. On sent vraiment l'appel de l'Ouest dans ce convoi de charriots qui se dirige vers l'Oregon, et cela est dû en particulier aux paysages magnifiques et aux couleurs choisies, tout à fait étonnantes, et qui forment de véritables tableaux chatoyants. 

Calamity est donc une véritable réussite, tant sur la forme que sur le fond. Calamity, Une enfance de Martha Jane Cannary ressort dans les salles de cinéma françaises le 19 mai 2021 : profitez en famille !

Cette critique a été réalisée dans le cadre de l'opération DVDtrafic. Le film est disponible en DVD, Bluray et VOD depuis le 7 avril, chez Universal (FB, Twitter). Calamity, Une enfance de Martha Jane Cannary est bien parti pour intégrer le classement des plus grands dessins animés. Pourra-t-il même se placer parmi les films historiquement les plus aimés par les spectateurs ?

 

2e

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Soul

Fut un temps où chaque nouveau Pixar parvenait à nous surprendre. 

Ce n'est plus réellement le cas aujourd'hui.

Même si Soul est agréable, il suit un chemin désormais bien balisé et facilement attribuable à la "patte" Pixar : une animation irréprochable à la pointe de la technique numérique (certains objets ont une apparence de réalité totale), une intrigue qui mêle habilement humour et considérations métaphysiques, et enfin une tentative de faire surgir en nous de profondes émotions liées à l'enfance. 

Les aspects métaphysiques sont ici assez limités. Il est vaguement question de ce qu'est l'âme, mais le sujet n'est qu'effleuré pour être rapidement remplacé par un ressort plus classique de changement de corps.  Quant aux émotions, qui faisaient tout le sel de Vice versa ou de Toy story par exemple, elles se résument à des poncifs assez éculés : l'amour d'une mère, le don de soi, la peur de mourir. 

La philosophie générale du film se résume à un banal (et un peu niais) "C'est beau la vie, profitons-en", énième revisitation du carpe diem, ce qui est un peu court.

Ces réserves étant faites, le savoir-faire est toujours là. Certaines scènes sont très réussies (celle du coiffeur par exemple), l'animation de l'au-delà est assez originale et les personnages sont globalement sympathiques. Les scènes de musique sont jolies (mais moins réussies que dans Coco), la construction du film habile. L'atmosphère new-yorkaise est particulièrement bien rendue.

Un divertissement honorable, pour moi toutefois en retrait de la moyenne des productions Pixar. 

 

2e

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J'ai perdu mon corps

Sensation de la Semaine de la critique à Cannes et du Festival d'Annecy, le premier film de Jérémy Clapin coche toutes les cases  du film d'animation pour adulte réussi : des éléments qui ne seront compris qu'à la toute fin du film, une direction artistique subtile, de la tristesse et de la poésie, des effets de mise en scène bien dosés.

Le film évoque dans ses premières scènes des films comme L'homme qui rétrécit, et on se demande vaguement comment le réalisateur va gérer sur la distance c'est histoire loufoque de main baladeuse. Heureusement, on constate vite que cette histoire de main n'est qu'une accroche habile, mais que le coeur du film est une histoire touchante, bien plus classique. Ainsi deux films très différents cohabitent à l'intérieur de J'ai perdu mon corps.

Tout est tellement bien dans le film, à la fois inventif et absolument sage, que je ne sais pas au final quoi en penser : chef d'oeuvre classique ou essai sympathiquement réussi ? 

Il est très difficile de parler du contenu du film sans divulgacher son contenu, aussi je vais me contenter de conclure de façon allusive : J'ai perdu mon corps est suffisamment original dans sa trame narrative comme dans sa mise en scène pour mériter d'être vu, même si l'enthousiasme général me semble légèrement suspect.

 

3e

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La fameuse invasion des ours en Sicile

Je me souviens d'une époque (très lointaine) où connaître l'oeuvre de Lorenzo Mattotti relevait d'une sorte de snobisme arty qui positionnait l'amateur de BD dans le champ de l'art contemporain. On vénérait alors un "album de BD" comme une oeuvre d'art (par exemple l'incroyable Feux). Et on tirait un type de satisfaction très particulier de cette situation : celle des happy few qui ont su distinguer le génie dans le milieu plutôt cloisonné de la BD.

J'attendais donc beaucoup du premier long-métrage de Lorenzo Mattotti.

Si La fameuse invasion est une oeuvre agréable (plutôt pour les enfants) et techniquement de très bonne qualité, il m'a un peu déçu en terme d'ambition artistique. Le conte de Buzatti est sympa, mais il manque de souffle pour intéresser le public adulte. Et l'animation est un peu trop propre à mon goût, avec ses motifs répétitifs et ses à-plat de couleurs primaires. 

Plusieurs aspects du film sont plutôt réussis (les monstres, la poésie décalée), mais sa facture est un peu trop sage pour vraiment m'enthousiasmer.

 

2e

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Toy story 4

Rien de nouveau sur la planète Toy story, mais le travail est une fois de plus très bien fait.

Ce nouvel opus réserve son lot de nouveautés, à savoir un magasin d'antiquités avec des poupées années 50 façon film d'horreur et deux peluches plutôt dures à cuire (puisque ce sont des jouets de stand de foire), Ducky et Bunny (dont la voix est celle du décidément omniprésent Jordan Peele).

Tout cela est raisonnablement attendrissant, ménage le double niveau de lecture enfants / parents qui fait le sel de la série, fait appel à la nostalgie avec une relative délicatesse et permet de constater à quel point la technologie a progressé depuis le premier épisode. Les thématiques abordées ne sont à dire vrai pas très nouvelles (le besoin d'amour, l'émancipation) et très consensuelles. 

Je n'ai pas été bouleversé comme dans Toy story 1 ou 3, j'ai un peu ri, beaucoup souri et écrasé une micro larme.

Pour résumer, un divertissement tout à fait recommandable en temps de canicule.

Toy story sur Christoblog, c'est : Toy story 3 - 2010 (***)

 

2e

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Funan

En s'attaquant au terrible sujet de la dictature des Khmers Rouges, ce film d'animation de Denis Do ne fait pas dans la facilité : pas évident en effet d'évoquer l'horreur avec les lignes claires d'une sage animation.

Le début de Funan est d'ailleurs un peu trompeur. Le spectateur est invité à partager une gentille chronique de la vie quotidienne d'une famille cambodgienne. Les couleurs sont plutôt pastel, le trait des dessins presque évanescent. 

Puis, petit à petit, le film devient un road trip un peu plus tendu, avant de descendre progressivement dans les différents cercles de l'horreur : camps, traitements inhumains à grande échelle, rapports complexes entre bourreaux et victimes, scènes de terreur pure. 

Quand la lumière se rallume, on a du mal à croire que la quiétude des premiers plans du film ont pu nous mener à la catastrophe finale (entre 1 et 2 millions de cambodgiens sont morts entre 1975 et 1979), exactement comme si un film commençait sous les pommiers en fleurs d'un tranquille shetl de la campagne polonaise pour se finir à Auschwitz. 

Denis Do dit s'être inspiré des récits de sa grand-mère pour réaliser son film. C'est peut-être ce qui donne à Funan ce beau mélange de force et d'extrême sensibilité.

 

3e

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Miraï, ma petite soeur

A ceux qui, comme moi, ont été estomaqués par l'ampleur et le foisonnement imaginatif des films précédents de Mamoru Hosoda, Miraï, ma petite soeur pourra peut-être apparaître comme une œuvre mineure, voire décevante.

En effet ici peu d'effets spéciaux, de mondes parallèles ou de monstres protéiformes, mais la simple immersion dans la psyché d'un petit garçon de quatre ans qui vient d'avoir une petite sœur. L'exercice est donc minimaliste, et il faut l'incroyable talent de Hosoda pour tenir la distance d'un long-métrage.

Pour réussir ce qui tient d'une gageure, le réalisateur japonais (qui s'affirme de plus en plus comme le successeur de Myiazaki dans le Panthéon de l'animation nippone) utilise toutes sortes de subterfuges délicats : l'architecture incroyable de la maison qui permet nombre de pirouettes, des aller-retours dans le temps d'une grande beauté et une mise en scène très cinématographique qui joue superbement sur les cadres et la profondeur de champ.

Le résultat est un condensé de poésie et de délicatesse. A conseiller en cette période de Noël. 

Mamoru Hosoda sur Christoblog : Summer Wars - 2010 (****) / Le garçon et la bête - 2016 (***)

 

2e

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Parvana

Grandir à Kaboul quand on est une petite fille et que son papa vient d'être arrêté, ce n'est pas simple. Parvana, 11 ans, décide donc de se déguiser en garçon pour faire les courses au marché.

La réalisatrice irlandaise Nora Twomey choisit d'entremêler une chronique réaliste de la vie quotidienne avec des visions oniriques illustrant un conte traditionnel. Elle parvient ainsi à atténuer la dureté de ce que vit la petite fille, et donne à voir la puissance de l'imagination.

Les scènes qui se déroulent dans la capitale afghane sont assez réalistes alors que les passages liés à la fable sont travaillés comme des miniatures orientales, un peu dans le style du Michel Ocelot de Azur et Asmar.

Le film se regarde avec plaisir, même s'il faut reconnaître que le scénario un peu trop sage manque un peu d'originalité pour vraiment émouvoir. 

 

2e

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Les indestructibles 2

N'ayant pas vu le premier opus, dont la réputation est très bonne, c'est avec une curiosité gourmande que j'ai visionné ce nouveau Disney Pixar.

Brad Bird (à qui on doit aussi Ratatouille), réalise ici un travail d'orfèvre. Toute la première partie des Indestructibles 2 est un miracle d'intelligence. En rendant les super-héros hors la loi et en envoyant le papa garder la marmaille pendant que maman sauve la planète, le film est subtilement en phase avec son temps.

Les idées fusent à une vitesse hallucinante, que ce soit dans le scénario d'une belle complexité ou par le biais d'une réalisation particulièrement inventive, dans les scènes d'action comme dans les scènes plus calmes (le combat de Jack Jack et du raton-laveur est un sommet). On savoure durant cette partie le charme des personnages secondaires (Tante Edna, Lucius) et la personnalité bien dessinée de tous les membres de la famille. 

Vers la fin, l'histoire devient plus conventionnelle, avec le sempiternel affrontement final du super-méchant et des gentils. Le film perd alors un peu en originalité, même si la façon dont le méchant prend possession de l'esprit de ses proies est assez plaisant. 

Un divertissement de haute volée, qui ne suscite pas vraiment d'émotion (contrairement à bien d'autres Pixar) mais provoque un plaisir simple par son allant et sa finesse.

 

3e

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L'île aux chiens

Pendant que je regardais L'île aux chiens, une question m'a traversé l'esprit : mais qu'est ce que Wes Anderson a dans la tête, qui lui permette d'élaborer un projet aussi improbable que ce film, qui traite de choses tristes se passant dans un décor démoralisant, avec du japonais parfois non sous-titré ? Sûrement beaucoup de génie, une opiniâtreté d'acier et le sentiment de vouloir régler ses dettes (ici au Japon).

Le résultat est brillant. Les chiens et les personnages humains sont un peu statiques (cela est du au procédé utilisé : le stop motion) et pourtant très expressifs. Anderson joue avec les cadrages, la disposition symétrique dans les plans, la profondeur de champ, bref, de tous les moyens de la mise en scène, pour exprimer les émotions.

Les décors sont incroyables d'inventivité, et j'ai particulièrement aimé les petites séquences gratuites rendant hommage au Japon : la préparation des sushis et le combat de sumo par exemple.

Si les images sont superbes, le film convainc également par l'alacrité de ses dialogues, comme toujours chez Anderson à la fois simples, non conventionnels et servant admirablement la progression de l'intrigue.

Je conseille donc vraiment L'île aux chiens, qui, comme Fantastic Mr. Fox, donne le meilleur à voir de Wes Anderson.

Wes Anderson sur Christoblog : The grand Budapest hotel - 2013 (**) / Moonrise kingdom - 2012 (****) / Fantastic Mr. Fox - 2009 (****) / A bord du Darjeeling Limited - 2007 (***) / La vie aquatique - 2003 (*)

 

4e 

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Coco

On trouve dans Coco tout ce qui fait un bon dessin animé.

D'abord un scénario très malin, qui sait parfaitement jouer avec les différents tons, et qui déploie des arabesques pleines de subtilité dans une atmosphère nostalgique. Une audace visuelle ensuite, traduite par la vision féérique de la ville des morts, et plus particulièrement par ces animaux imaginaires aux couleurs chatoyantes. Et enfin les éclairs de fantaisie qui font sourire, ici parfaitement illustrés par les cabrioles de Dante, chien nu mexicain.

Le film représente donc la fusion presque parfaite du monde Disney (les enfants aux grands yeux, le haut potentiel lacrymal de l'histoire, les morceaux de bravoure admirablement chorégraphiés) et de la marque Pixar (transformer un film en expérience quasi-métaphysique, oser les thématiques trangressives). 

Le résultat est jouissif, parfaitement rythmé et débarrassé des scories qui encombrent parfois les Disney (les affreuses chansons de La reine des neiges par exemple). On sort ravi de la salle, même si au final le vertige narratif est un peu moins grand que dans Vice-Versa, et la poésie nettement moins osée que dans Wall-E.

Un spectacle idéal pour Noël, à voir toutes générations confondues.

 

3e

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Dans un recoin de ce monde

Les potentialités de l'anime japonais semblent infinies.

On a vu par exemple ces derniers temps un manifeste d'esthétisme pop new age (Your name), une fable poétique formidable (Le garçon et la bête) et un portrait de femme sur fond historique (Miss Hokusai).

Dans un recoin de ce monde aborde un nouveau genre : le mélodrame à la Douglas Sirk. Le réalisateur Sunao Katabuchi nous raconte l'histoire de la jeune Suzu, obligée de quitter sa famille pour aller se marier avec un inconnu dans un village éloigné. 

Suzu est un peu simplette. Elle apprécie les petits plaisirs quotidiens, est plutôt réservée et dessine très bien. Sa nouvelle famille est composée d'une belle soeur acariâtre, d'un doux mari, d'une petite nièce ravissante et de beaux-parents qui vieillissent. Il est très touchant de suivre cette expérience de vie à la fois unique et un peu quelconque.  

Le fait que l'action se situe aux environs d'Hiroshima en 1944 ajoute bien sûr à l'intérêt du film, même si le sujet de la bombe n'est pas décisif dans le film, et fait l'objet d'un traitement admirablement distant. La description des conditions de vie durant la phase de guerre conventionnelle est très intéressante, et c'est un autre évènement, dont je ne dirai rien ici, qui va entraîner le récit dans une autre dimension, immensément triste.

Sans être bouleversant (Kutabuchi adopte une distance narrative à grand coup d'ellipses qui limite les épanchements lacrymaux), le film est captivant par son attention portée à des détails de la vie quotidienne, sa capacité à rendre la nature merveilleusement exotique et une intelligence pour exploiter la géographie des lieux de l'action (paysage, maison).

Un bien beau moment, qui recèle de magnifiques parenthèses poétiques. 

 

3e

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Your name

Un truc incroyable avec les anime japonais, c'est leur capacité à brouiller les frontières entre bon et mauvais goût.

Parce que, franchement, après le générique d'introduction de Your name, il y aurait toutes les raisons de fuir à grands pas la salle de cinéma, ne serait-ce qu'à cause de l'affreuse musique pop japonaise qui l'enrobe.

Et puis le film commence, et comme souvent on est capté par l'incroyable capacité des auteurs à alterner les différences de tons (comédie romantique, chronique juvénile, tableau de la ruralité, énigme conceptuelle) tout en maintenant en éveil la curiosité du spectateur. 

L'intrigue se complexifie progressivement avec un degré de raffinement qui pourra laisser le spectateur lambda perplexe, et qui en tout cas est bien loin des standards occidentaux. Le prodige de ce type de film, c'est que le dédale conceptuel qu'il génère ne nuit pas à l'intensité des émotions décrites, qui varient elles-mêmes de qualité et de tons : nostalgie triste, espoir éperdu, amour sincère. 

On est comme figé sous un déluge d'imagination débordante, de sensibilité un peu primaire, de nostalgie proustienne et d'esthétisme pop. C'est déroutant, enivrant et fugitivement magnifique.

 

3e

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Ma vie de courgette

Il y a un phénomène de l'ordre de la magie pure dans Ma vie de courgette, qui transforme des marionnettes aux grosses têtes et aux bras filiformes en petit garçons et petites filles très réalistes. 

Tout ce qui peut éveiller une émotion (les yeux des personnages, les voix, la précision des textes, le scénario millimétré de Céline Sciamma) est ici réalisé à la perfection.

Le résultat est percutant, vivifiant, émouvant. Claude Barras distille juste ce qu'il faut de drame et d'humour pour que son film soit parlant à tous les âges. 

A tous ces compliments, il faut ajouter le plus important : une qualité esthétique hors du commun. Les plans de Ma vie de courgette sont des vrais plans de cinéma dans lesquels chaque élément (éclairage, cadrage, profondeur de champ) compte. Le travail sur les couleurs est fascinant, et dans chaque décor on trouvera des détails remarquables.

Puisque j'en suis à lister les innombrables qualités du film, je finirai par un montage parfait. Le rythme sur la longueur est parfaitement tenu, tout en étant très libre dans chaque séquence. Le séjour au ski, par la perfection de ses enchaînements, est en lui-même un petit chef d'oeuvre.

Si sa morale est somme toute classique, Ma vie de courgette brille par sa perfection stylistique et sa faculté à susciter de fortes émotions par des procédés proches de l'épure. Un des meilleurs films de l'année.

 

4e 

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La tortue rouge

Tout le monde, ou presque, s'extasie sur cette production des Studio Ghibli, réalisé par le néerlandais Michael Dudok de Wit.

Je dois être une sacrée tête de pioche, ou avoir un sacré coeur de pierre, pour être passé à côté de la magie de ce film, qui m'a paru simplet et inconsistant. 

Le sujet est ultra mince : un naufragé sur une île déserte, une tortue qui se transforme en jolie fille (ben oui, pourquoi pas ?), un bébé, le temps qui passe, la mort. Tout cela sans parole et en 1h et 20 minutes. C'est joli, bien qu'un peu répétitif (les décors servent 10 ou 15 fois chacun), et très gentil, bien que franchement naïf (l'amour c'est vachement bien). L'animation m'a semblé un peu coincée.

A part quelques sensations liées à la nature vraiment bien évoquées, je ne vois pas ce qu'on peut trouver à ce dessin animé somme toute très sage, et dépourvu de la verve onirique des meilleurs Miyazaki, Le voyage de Chihiro par exemple.

A réserver aux esthètes minimalistes et aux adeptes de robinsonades mystico-écologiques.

 

2e

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