Christoblog

Articles avec #coree

Kingdom

Kingdom est une série coréenne de zombies, qui se déroule au Moyen-âge.

Présentée comme cela, elle ne vous attirera pas forcément, et c'est bien dommage. Cette série originale est en effet une des plus jolies choses que l'on puisse regarder sur Netflix, pour peu qu'on ne soit pas allergique à quelques têtes coupées et autres hectolitres d'hémoglobine.

Les paysages, les décors, les costumes et la photographie sont tout d'abord d'une beauté irréelle. Je crois n'avoir jamais vu rien de plus beau dans une série. 

L'écriture est ensuite d'une belle finesse. S'il faut deux épisodes pour situer correctement tous les personnages les uns par rapport aux autres, le plaisir est ensuite immense. Les rebondissements et les enjeux de la série sont finalement plus proches de ceux de Game of thrones que de ceux de The walking dead

La mis en scène de Kim Seong-Hun (Hard day, Tunnel) est virtuose, et le casting est impressionnant. On y retrouve par exemple la grande Doona Bae, qu'on a vue dans Sense 8 mais aussi chez Park Chan-Wook, Bong Joon-Ho et Hirokazu Kore-Eda. 

Kingdom est une aventure sensuelle d'une qualité exceptionnelle, qui sait varier les enjeux d'une manière extrêmement brillante : la deuxième saison abandonne presque le sujet des zombies pour se concentrer sur les luttes de pouvoir. Au vu de la fin très excitante de cette seconde saison, on prie pour que Netflix rempile et que nous puissions continuer à suivre dans le fil de l'imagination débridée de la scénariste Kim Eun-Hee.

 

4e 

Voir les commentaires

Height of the wave

Je connaissais beaucoup de facettes du cinéma coréen : le burlesque osé, la comédie, le drame social, le mélange des genres, la provocation, l'horreur, la comédie romantique, l'humour décalé et même le misérabilisme extrême. 

Il me manquait le film d'auteur lent, poussif et moche : lacune comblée au Festival des 3 continents 2019 avec le calamiteux Height of the wave, dont on peut penser (et espérer) qu'il ne sorte jamais en France. 

Le sujet du film est assez intéressant : une femme policière isolée sur une île enquête sur le statut d'une jeune fille orpheline, qui s'avérera avoir été abusée par la quasi totalité des hommes présents sur l'île. Le sujet est glauque, mais il aurait pu être traité de façon brillante. 

Jungbum Park le traite malheureusement de façon glauque : montage lymphatique, image grisâtre, caméra hésitante, jeu des acteurs approximatif, lumière fantomatique. 

C'est très laid, et on s'ennuie ferme.

 

1e

Voir les commentaires

Le gangster, le flic et l'assassin

Présenté en séance de minuit au dernier Festival de Cannes, le film coréen Le gangster, le flic et l'assassin peine à soutenir la comparaison avec ses illustres prédécesseurs, au nombre desquels le superbe The spy gone north, projeté en 2018.

Ici, seule l'idée du film - tiré d'un véritable fait divers -  est véritablement intéressante : un gangster humilié (par hasard) par un tueur en série s'allie (temporairement) avec un flic, pour coincer son agresseur. 

C'est efficace comme un film d'action américain, assez peu subtil, mais émaillé de trouvailles dans le sordide ou le gore comme seuls les asiatiques semblent en trouver (par exemple le coup du punching ball, assez amusant).

Sinon, les travers habituels de la société coréenne sont mis en évidence (les flics ripoux) et les rebondissements inattendus qui arrivent à point nommé sont bien là. Les scènes marquantes sont filmées avec moult ralentis et le film est à la fois énervé et inoffensif. 

Ce n'est pas le meilleur du cinéma coréen, loin de là.

 

2e

Voir les commentaires

Parasite

Quel merveilleux film que le dernier Bong Joon-Ho, qui porte à leur plus haut point toutes les qualités déjà vues dans les films précédents du réalisateur coréen.

Le plus remarquable pour commencer c'est la fluidité parfaite du scénario, qui glisse merveilleusement d'une situation à une autre avec un sens du rythme qui captive sans aucune interruption. 

Bong Joon-Ho possède une capacité hors du commun pour mélanger les genres au sein d'un même film  : on passe ainsi progressivement (ou même alternativement) de la comédie burlesque à la satire sociale, du thriller hitchcokien au film d'épouvante, et de la chronique quotidienne au mélodrame sentimental, sans que jamais la narration ne semble ralentie ou affaiblie par ces changements de ton.

Il serait réducteur de présenter le film comme une allégorie de la lutte des classes (bien des médias ne s'en priveront pas) : il est bien plus que ça. La prestation de ces acteurs, à commencer par le magnifique Song Kang-Ho, sorte d'alter ego du réalisateur à l'écran, magnifie les sentiments qui unissent les membres de cette famille pauvre.

Les héros chez Bong Joon-Ho ne sont pas toujours très intelligents et ne sentent pas très bon (quelles formidables et dramatiques variations sur le sujet dans Parasite). On l'avait déjà bien réalisé en regardant The host ou Memories of murder. Mais ils agissent, tentent de progresser et de s'entraider avec une énergie positive qui force l'admiration.

Ajoutez aux qualités du casting et du scénario une mise en scène vive, déliée et élégante, une utilisation absolument géniale des décors (la scène de l'inondation est une merveille de réalisme), et vous obtiendrez un plaisir de spectateur total.

Le meilleur film de l'année à ce jour et une Palme d'or amplement méritée.

Bong Joon-Ho sur Christoblog : Memories of murder - 2003 (****) / The host - 2006 (***) / Mother - 2009 (***) / Snowpiercer - 2013 (*) / Okja - 2017 (**)

 

4e

Voir les commentaires

The spy gone north

Le réalisateur Yoon Jong-bin montre dans ce film à quel point le cinéma coréen peut être puissant et efficace quand il s'empare d'un thème et d'un genre.

The spy gone north est en effet au film d'espionnage ce que The strangers fut au film d'épouvante il y a deux ans : il commence comme un classique du genre avant de s'envoler vers tout autre chose.

On est ici saisi devant la complexité apparente du scénario, que le montage resserré et efficace éclaircit au fur et à mesure. Les jeux de pouvoir, l'influence de la politique, la longueur et la dangerosité de la mission menée par l'agent Park : tous ces éléments contribuent à faire de ce long film dense un sommet de l'année 2018 en matière de thriller. 

Comme souvent chez les cinéastes coréens, la mise en scène est racée et rudement efficace, alors que la direction artistique est extraordinaire. Les rencontres avec le dictateur nord-coréen donnent l'occasion à l'équipe du film d'élaborer des plans mémorables : les lumières, décors, figurants, et accessoires sont impressionnants.

The spy gone north commence comme un film d'espionnage et finit comme un drame sentimental doublé d'un brûlot politique. C'est passionnant.

 

3e

Voir les commentaires

Burning

Le nouveau film de Lee Chang-Dong, cinéaste brillant et peu prolifique (son dernier film, le très beau Poetry, date de 2010), est à la fois délectable et insaisissable. 

Il commence comme une bleuette girl power : une rencontre fortuite, la jeune fille plutôt dégourdie drague un jeune homme timide. Elle couche tout de suite, a des préservatifs sous son lit et un chat qu'on ne verra jamais (mais qui existe probablement car il semble manger ses croquettes).  Elle part ensuite au Kenya avec un autre garçon très riche, et à son retour les trois jeunes gens sortent ensemble.

Lui dit brûler des serres en plastique, elle être tombé dans un puits quand elle était petite. On sent dès le début du film un vertige s'insinuer dans chaque plan : qui ment ? qui est qui ? est-ce que ce qu'on voit est bien la réalité ? Sans effet spécifique (et on reconnait bien là la patte de Murakami, auteur du texte dont le film est tiré), l'étrangeté s'installe dans chaque plan, en même temps qu'une sourde banalité.

Vers le mitan du film, un non-évènement chamboule l'équilibre précaire du trio, et Lee Chang-Dong se complait alors à nous égarer encore plus dans une sorte de vapeur confuse en multipliant les embryons de révélations et les fausses pistes. Il parvient avec beaucoup d'habileté à mêler poésie et politique (les rapports de classes constituent un thème en creux de la narration). Le film atteint alors un niveau de perfection qu'on voit rarement au cinéma et qui culmine dans deux scènes d'une beauté stupéfiante : la scène de danse au coucher du soleil sur Miles Davies et la scène finale (dont je ne dirai rien) incroyable de précision glacée.

Les trois acteurs sont magnifiques, et la mise en scène est exceptionnelle de fluidité. Le film a longtemps fait figure de favori à Cannes 2018... avant de repartir bredouille, comme cela arrive parfois. La Critique Internationale l'a cependant récompensé, concrétisant la considération dont Burning avait bénéficié de la part d'une grande majorité de festivaliers.

Lee Chang Dong sur Christoblog : Secret Sunshine - 2007 (***) / Poetry - 2010 (***)

 

4e 

Voir les commentaires

La caméra de Claire

Dans la filmographie de Hong Sang-Soo, La caméra de Claire fait figure d'oeuvre mineure. Tourné en quelques jours, sans prétention métaphysique, morale ou esthétique, le dernier film du prolifique coréen brille par sa modestie délicieuse.

Je retrouve du coup le plaisir (un peu perdu ces derniers temps) de me laisser bercer par la petite musique habituelle de Hong Sang-Soo : zoom dès le premier plan du film, homme infect et femmes finalement remarquables, alcool, éléments récurrents (ici le chien), etc.

Sous l'apparence lâche de l'intrigue et l'aspect décousu du montage, se dissimule une rigueur dans le scénario qui se révèle dans les derniers plans. L'atmosphère irréelle des ruelles cannoises filmées en marge du Festival contribue pour beaucoup à la tonalité du film, fable spleenétique et rohmérienne, exercice de style minuté à la seconde : le film dure 1h et 9 minutes, et on redécouvre qu'un film court, c'est délicieux.

Kim Min-Hee parvient en un seul plan à exprimer toute une série d'émotions délicates, alors que sa compatriote Jang Mi-Hee lui donne parfaitement la réplique. Isabelle Huppert, affublée d'un affreux chapeau et d'une bonhommie innocente et légèrement surnaturelle, est parfaite - la candeur lui va presque mieux que la perversité.

Une jolie réussite, toute en litote.

HSS sur Christoblog :   Le jour où le cochon est tombé dans le puits - 1996 (*) / HA HA HA - 2010 (***) / The day he arrives - 2011 (***) /  In another country - 2012 (***) / Sunhi - 2013 (***) / Haewon et les hommes - 2013 (**) / Un jour avec un jour sans - 2015 (**) / Yourself and yours - 2017 (**) / Le jour d'après - 2017 (**)

 

3e

Voir les commentaires

Okja

Okja ne sortira pas en salle, et c'est bien triste. Pour ceux qui, comme moi, pensent que le média cinéma ne peut se concevoir sans l'expérience du collectif, du grand écran et de l'extérieur, la nouveauté n'est pas plaisante.

On peut penser que les réalisateurs qui se dirigeront vers Netflix comprendront progressivement que leur propre intérêt n'est pas de travailler à la mort de leur activité : Bong Joon-ho affirme que Netflix lui a laissé toute liberté pour réaliser son film, mais quel intérêt si le grand public n'a pas accès à Okja ?   

Heureusement, je suis persuadé que le modèle Netflix n'est pas destiné à triompher : son audience se rendra finalement compte qu'elle est prisonnière, l'effet de mode passera et les auteurs ne se priveront pas aussi facilement de la reconnaissance associée à une sortie en salle (ainsi que d'une sélection au Festival de Cannes, par exemple, pour les plus talentueux d'entre eux). 

Mais revenons au film. Le dernier opus de Bong Joon-ho est à la limite du film pour enfant. Le début de Okja, dans la forêt coréenne, est très réussie : images époustouflantes, travail hyper réaliste et réussite totale de la première scène d'action le long de la falaise. Le second degré à la sauce coréenne (avec une bonne dose d'auto-dérision) est manié à la perfection par le réalisateur, même si ce n'est pas toujours très fin. La façon dont la mode des selfies est croquée est délicieuse.

L'attaque par les terroristes écolos très politiquement corrects est à mourir de rire. Elle marque, avec la course poursuite remarquable dans le supermarché, l'apogée du film, qui dans sa deuxième partie perd petit à petit en consistance.

Comme si souvent pour les cinéastes du monde, le talent du coréen semble se diluer dans le mauvais goût et les conventions une fois qu'il s'exerce aux USA. Même si Tilda Swinton et le reste du casting fait de son mieux (à l'exception notable de Jake Gyllenhaal qui signe ici sa pire prestation), le film ronronne tout à coup. Les scènes coréennes donnaient l'impression d'être ouvertes sur la ville, celles de New York semblent enfermées dans une sorte de cour miniature sclérosante.

Je résume. Deux films dans Okja : le premier coréen, très bon, le second américain, médiocre.

 

2e

Voir les commentaires

Le jour d'après

Pour commencer, il faut préciser qu'au début de ce dernier opus de Hong Sang-soo, on ne comprend rien à ce qu'on voit. 

La temporalité de chaque scène est indistincte, les relations entre les personnages (qu'on peine même à distinguer les uns des autres) sont floues.

Petit à petit, les choses se mettent en place, sans que le propos en deviennent plus passionnant : il sera comme d'habitude question de discussion autour d'une table en buvant du soju, de la lâcheté des hommes et de la beauté des femmes. Dans Le jour d'après, Hong Sang-soo ne propose pas de construction formelle audacieuse (comme dans Un jour avec un jour sans), ni de clin d'oeil narratif à répétition (comme dans HA HA HA), ni de vertige métaphysique (comme dans Yourself and yours).

Le film est donc décevant, comme un best of du réalisateur qu'on dirait formaté pour la compétition cannoise : noir et blanc façon auteur, risque minimal et vedette internationale au casting (Kim Min-hee, vue dans Mademoiselle, et compagne de HSS). Et puis, disons-le, quand la qualité est moins bonne, les figures de styles habituelles (les conversations qui se répètent d'une scène à l'autre, les zooms dézooms) finissent par lasser et apparaître comme des tics embarrassants plutôt que comme la marque d'un talent. 

Par éclair, le film intrigue ou séduit, sans que l'ensemble ne parvienne à convaincre totalement. 

HSS sur Christoblog :   Le jour où le cochon est tombé dans le puits - 1996 (*) / HA HA HA - 2010 (***) / The day he arrives - 2011 (***) /  In another country - 2012 (***) / Sunhi - 2013 (***) / Haewon et les hommes - 2013 (**) / Un jour avec un jour sans - 2015 (**) / Yourself and yours - 2017 (**)

 

 2e

Voir les commentaires

Tunnel

L'intérêt principal de Tunnel ne tient finalement pas dans son aspect de film catastrophe. 

De ce côté-là on peut dire qu'il assure le strict minimum : les scènes d'écroulement, puis de claustration, sont certes efficaces, mais elle ne sont pas follement imaginatives. 

Le scénario du film est plutôt intéressant dans la première partie, mais il s'essouffle dans la seconde, et pour un film coréen dont on attend toujours plus de mauvais goût qu'un film US, il est relativement sage. De ce point de vue, Tunnel est clairement plus mainstream que la production coréenne habituelle, et c'est décevant, d'autant que le film précédent de Kim Seong-hun (Hard day) était un petit bijou d'inventivité.

L'intérêt du film, il faut aller le chercher dans le sous-texte sociétal de la situation : politiques froids et opportunistes, incompétence partout et corruption généralisée. Comme bien d'autres cinéastes coréens (presque tous en réalité), Kim Seong-hun apporte sa contribution au grand tableau critique de la société coréenne contemporaine. Il le fait avec un un sens du burlesque à froid qui est assez efficace, à l'image des dernières paroles prononcées par le héros.

Dernier point, malgré un sujet qui s'y prête à priori, l'émotion ne parvient pas vraiment à s'imposer dans ce curieux film, malgré la présence de la grande actrice Doona Bae, que j'ai par exemple nettement préféré dans l'admirable A girl at my door.

Kim Seong-hun sur Christoblog : Hard day - 2014 (**)

 

2e

Voir les commentaires

Madame B. Histoire d'une nord-coréenne

On pense longtemps que le principal (et peut-être le seul) intérêt de ce court film documentaire réside dans le tableau saisissant qu'il dresse du chemin qui mène de la Corée du Nord à la Corée du Sud en passant par la Chine puis par la Thaïlande.

Un peu déçu de ne pas en apprendre plus sur la vie en Corée du Nord, on suit d'un oeil distrait les errements de cette femme, qui a fui la dictature, trafiqué de la drogue en Chine, a été vendue à un mari, puis finalement retrouvé ses fils et son ex-mari à Séoul.

Le film est hétéroclite, et semble hésiter entre plusieurs registres sans en choisir vraiment un : scènes sur le vif filmées caméra à l'épaule, tableau silencieux de la pauvreté à la Wang Bing ou interviews des protagonistes face caméra. Il manque à Madame B. une cohérence générale, ce qui découle peut-être des difficiles conditions de tournage. 

Notre curiosité est de nouveau émoustillée dans la toute dernière partie, quand le film se transforme brutalement en suspense psychologique : quel mari (et quel pays) choisira finalement Madame B. ? Jero Yun ne nous donne pas la réponse, ce qui ajoute un peu à la frustration que procure globalement ce documentaire imparfait, qui traite d'un sujet intéressant.

 

2e

Voir les commentaires

Yourself and yours

A l'image de son titre alambiqué, le dernier opus de Hong Sang-Soo pousse un peu loin le jeu de déstructuration de l'intrigue que le réalisateur coréen affectionne tellement.

Résumons brièvement le propos : un jeune homme se dispute avec sa compagne. Ses amis l'aurait vue boire dans un bar et se disputer avec un homme. Elle dément, puis disparait.

Le jeune homme la cherche vainement. Il rêve qu'il la retrouve. Nous la voyons en parallèle rencontrer d'autres hommes, à chaque fois une autre, et ne se souvenant pas de ses actions précédentes. Ment-elle ? Souffre-t-elle d'un désordre psychiatrique ? N'est-elle qu'une allégorie de l'amour qui circule d'homme en homme ?

Pour avoir parcouru un peu la presse, il semble y avoir autant de lectures du film que de spectateurs..

Si la stimulation intellectuelle que propose Hong Sang-Soo est toujours intéressante, elle semble ici tourner à vide, laissant en suspens la résolution de son intrigue. On sait que Hong Sang-Soo tourne souvent ivre, et on se prend à penser que cette fois-ci, il a peut-être exagéré les doses. La mise en scène est réduite à l'épure, et frôle parfois l'indigence.

Malgré ces réserves, il faut reconnaître au film une finesse d'interprétation assez remarquable, et dans les dernières scènes, une capacité à provoquer un vertige presque métaphysique.

Yourself and yours ne laissera cependant pas une trace indélébile dans la filmographie de son auteur.

HSS sur Christoblog :   Le jour où le cochon est tombé dans le puits - 1996 (*) / HA HA HA - 2010 (***) / The day he arrives - 2011 (***) /  In another country - 2012 (***) / Sunhi - 2013 (***) / Haewon et les hommes - 2013 (**) / Un jour avec un jour sans - 2015 (**)

 

2e

Voir les commentaires

La petite fille de la terre noire

Je connaissais du cinéma coréen les films de genre barrés, le cinéma spectaculaire de Bong Joon-ho et Park Chan-wook, le cinéma d'auteur bavard façon Hong San-soo.

Il me manquait au tableau le genre néo-réaliste très aride, plutôt l'apanage pour l'Asie des cinéastes chinois (Wang Bing, Shangjun Cai, et le Jia Zhangke première manière).

C'est désormais chose faite avec La petite fille de la terre noire, à la fois tableau sans concession d'une petite ville minière coréenne, et chronique de la descente aux enfers d'une famille pauvre.

Le père tombe malade, et doit quitter son travail à la mine. Le petite fille de neuf ans, Young-lim, doit s'occuper de la famille et en particulier de son frère aîné, attardé mental. On ne sait pas où se trouve la mère.

Inutile de vous dire que le film n'est pas d'une gaieté folle. Il parvient pourtant par la précision de son découpage, l'économie pensée de ses moyens, à éviter tout sentimentalisme larmoyant. La rigueur du réalisateur Jeon Soo-il dans la façon de cadrer ses plans donne au film une tonalité d'étrangeté déstabilisante. La manière dont est esquissée à petite touche l'évolution de la petite fille est aussi très bien vue : c'est son besoin de tendresse (les gestes envers son père et son frère, les chatons, la femme du bus) et de beauté (la musique, les dessins, la fleur dans la neige) qui vont la conduire à des choix qui ne sont pas de son âge.

Un film prometteur, qui pourra gêner certains par la longueur et la fixité des ses plans, ainsi que par l'aspect grisâtre et un peu fruste de l'image.

La Corée sur Christoblog, c'est aussi 37 critiques de films.

 

2e

Voir les commentaires

Mademoiselle

Quelle splendeur !

Visuellement, le nouveau film de Park Chan-Wook est une merveille. Perfection des mouvements de caméra, montage au cordeau, photographie admirable, virtuosité et précision dans tous les domaines, c'est du grand art.

Au niveau du scénario, le film est d'une complexité rare. Il est basé sur un effet Rashomon à étage : alors qu'habituellement, les films basés sur ce principe nous font voir des choses différentes à chaque version de la même histoire, on a ici l'impression que chacune des trois versions est la même que la précédente, mais complétée.

Le maître coréen nous promène donc de faux-semblants en tromperie, pour déboucher finalement sur une version qui fait étonnamment figure de brûlot féministe. Après avoir été martyrisées, humiliées et sous-estimées par toutes sortes de personnages masculins, les deux femmes du film sortent grandies de leur aventure.

Mademoiselle est ponctué de morceaux de bravoure ahurissants (comme les lectures érotiques par exemple). On pourra estimer qu'il est un peu froid pour être vraiment génial, à l'image des scènes de sexe qui ne sont pas d'une folle sensualité, mais le plaisir intellectuel et sensoriel que procure le film en fait un des grands moments cinématographiques de l'année.

 

4e   

Voir les commentaires

Dernier train pour Busan

Pour apprécier Dernier train pour Busan, il ne faut pas être réfractaire au film de zombie.

Ce postulat étant posé, le film de Sang-ho Yeon (remarqué à Cannes il y a quatre ans pour un remarquable et terrible film d'animation, The king of pigs) est de facture très solide.

Au rayon des points faibles, on pourra toujours dire que les personnages ont des caractères assez grossièrement dessinés et que la mise en scène, peu recherchée, ne favorise pas véritablement l'empathie. 

A celui des points forts, il faut noter un scénario assez imaginatif, surtout dans la deuxième heure du film, une efficacité et une sobriété redoutables dans les scènes d'action, et la performance remarquable de la toute jeune actrice.

Dernier train pour Busan, s'il n'évite pas quelques facilités critiquables, reste un agréable divertissement pour amateur du genre. Il se différencie des blockbusters américains par sa capacité à éliminer progressivement et sans vergogne les gentils, et par sa modestie narrative, au final assez sympathique.

 

2e

Voir les commentaires

The strangers

On ne peut qu'être stupéfait par l'incroyable virtuosité dont fait preuve le réalisateur Na Hong-jin dans son dernier opus.

Mais avant de développer il me faut signaler que le film n'est probablement pas destiné à un public très large : il faut pour pleinement l'apprécier ne pas être réfractaire au cinéma de genre, tendance exorcisme et épouvante.

Ceci étant dit, The strangers présente toutes les caractéristiques du film culte destiné à marquer les esprits. 

Il commence comme une comédie grinçante coréenne (c'est à dire, mettant en scène des flics incompétents), avant de basculer dans le thriller fantastique, puis de verser au final dans un sidérant huis-clos à ciel ouvert, si je peux dire, entre un policier benêt et l'ensemble des forces du mal réunies.

Le film, dans cette dernière partie, n'évite pas une certaine confusion qui pourra dérouter. En réalité, on ne sait plus trop qui est qui, qui fait quoi, et dans quel camp se situent les différents personnages. Cette incroyable maelstrom de forces occultes plonge le spectateur dans un état de sidération qui n'est pas très éloigné de celui du héros. Na Hong-jin réussit alors un coup de maître : nous sommes nous-mêmes, en tant que spectateur, désorientés par les forces du mal.

Le film est par ailleurs d'une beauté confondante dans tous ses aspects : utilisation géniale des décors, scènes gore parfaites de réalisme, excellents acteurs, mise en scène souveraine. 

L'interprétation globale qu'on peut avoir de The strangers pourra être très différente : chant d'amour d'un père pour sa fille, ou tableau désespérément noir de la condition humaine face aux forces qui la dépassent. C'est le propre des grands films.

Na Hong-jin sur Christoblog : The chaser - 2008 (***) / The murderer - 2011 (***)

 

3e

Voir les commentaires

Un jour avec un jour sans

Certains trouvent que les films de Hong Sang-Soo se ressemblent tous, au prétexte qu'ils mettent toujours en scène le même type de relations homme / femme, et qu'ils sont parsemés des mêmes gimmicks (café, alcool, réalisateur).

Ils n'ont pas tout à fait tort. Le cinéaste coréen cherche visiblement depuis plusieurs films à travailler sur la forme de ses scénarios, plutôt que sur leur contenu.

Ici le prétexte est séduisant et casse-gueule à la fois : raconter la même histoire deux fois de suite.

Dans les deux cas, nous assistons à une rencontre entre un jeune cinéaste venu présenter son film dans une petite ville et une jeune femme artiste. Les deux parties du film comprennent en gros les mêmes épisodes, les mêmes décors et parfois même les mêmes dialogues. Les mouvements de caméras ne sont pas les mêmes, les scènes présentent des variations parfois notables et surtout le caractère des personnages (ou leur humeur ?) semblent différent entre les deux versions de la même histoire.  

Les conséquences de ces variations sont plus ou moins importantes et rendent la conclusion du film différente dans les deux cas. 

Un jour avec un jour sans est donc un jeu subtil et délicat qui pourra en rebuter plus d'un, et si on est allergique à l'obséquisité naturelle des Coréens, le film pourra être franchement rebutant.

Pour les curieux qui aiment disséquer les différences d'ambiance et de tempo, qui cherchent à voir des signes là où il n'y en pas, et qui aiment en général couper les les cheveux en quatre (voire en huit, ou seize), le film paraîtra un nectar délicieux explorant le champ des possibles.

Pour ma part, j'ai oscillé pendant tout le film entre les deux points de vue.

HSS sur Christoblog : Sunhi (***) / Haewon et les hommes (**) / Another country (***) / HA HA HA (***) / The day he arrives (***) /  Le jour où le cochon est tombé dans le puits (*)

 

2e

Voir les commentaires

Sea fog - les clandestins

Les lecteurs assidus de Christoblog savent que je suis un fan du cinéma en provenance du pays du matin calme.

Le premier film de Sung Bo-Shim présente tout ce que j'aime dans le cinéma coréen : cela commence par une chronique sociale très bien filmée qui décrit avec beaucoup de justesse et de talent le quotidien d'un équipage de pêcheurs dont le bateau est sur le déclin.

Une façon de renflouer les caisses est de transporter des clandestins chinois qui cherchent à migrer vers la Corée. Commence alors un autre film, qui change complètement de point de vue, et vire au thriller horrifique - et passablement gore. 

Le film réussit ces prodiges qu'un cinéma encore vraiment jeune peut se permettre : une rupture de ton brutale, des effets spectaculaires qui ne craignent jamais de flirter avec le mauvais goût, une énergie de tous les instants. 

C'est plaisant à regarder, étonnant, rythmé comme un morceau de rock, et d'une qualité technique (photographie, direction artistique, réalisation) trois crans au-dessus de la production US lambda.

Je le conseille vivement aux amateurs de sensations fortes et de mets épicés.

 

3e

Voir les commentaires

Hard day

Le chroniqueur paresseux aura vite fait de résumer ce nouveau thriller coréen déjanté à son pitch dévastateur : un quidam qui tue par accident un homme lors d'un accident de la route se débarrasse du cadavre en le glissant ... dans le cercueil de sa mère, qui vient de décéder.

Cela paraît dingue, mais le film fonctionne parfaitement bien sur ces bases carrément loufoques : le rythme est drôle, enlevé, prenant. On s'attache au personnage principal, un flic pourri (comme toujours dans le cinéma coréen), pourtant sensé être antipathique, et on observe fasciné la multiplication de scènes d'anthologie (le petit soldat qui avance dans le conduit d'air de la morgue par exemple).

Et puis, le vrai méchant survient, et le film perd alors un peu de sa morbidité rieuse, et devient plus traditionnellement un combat entre un gentil un peu faible et un bad guy indestructible (ô combien !). Si cette partie ne manque pas de panache et de trouvailles, elle est plus classique.

Le final renoue avec le rythme échevelé et millimétrique de la première partie du film, et on sort de la salle ravi d'avoir découvrir un nouveau venu : Kim Seong-Hun.

A voir absolument si on aime les films coréens et/ou les thrillers originaux.

 

3e

Voir les commentaires

A girl at my door

Si vous voulez éviter tout spoiler, ne lisez pas cette critique.

Vous risqueriez d'y apprendre qu'il n'est pas prudent pour une policière lesbienne de recueillir chez elle une jeune fille battue (et un peu tordue). Surtout quand l'action se déroule dans le fin fond provincial d'une Corée encore très traditionnelle.

Ceci dit, le film dépasse largement son pitch rapidement énoncé. Notamment grâce au jeu tout en finesse de la mégastar / mannequin Doona Bae, qu'on a déjà vu dans Air doll, Cloud Atlas, et The host. La mise en scène de la jeune July Jung, classique mais robuste, rend le film très plaisant à regarder : à la fois ambigu, finement descriptif de la société coréenne et discrètement mélodramatique.

On appréciera particulièrement la description une nouvelle fois sans concession (c'est le moins qu'on puisse dire) de la masculinité coréenne. Comme souvent dans le cinéma de ce grand pays de cinéma, le film marie très bien le grotesque, le tragique et le sentimental, zigzagant entre clichés éculés, sentimentalisme de pacotille et cruauté des comportements.

Un beau film au final, présenté dans la décidément très riche section Un certain regard du Festival de Cannes 2014. Le film est produit par Lee Changdong, réalisateur des beaux Secret Sunchine et Poetry.

 

3e

Voir les commentaires

1 2 3 > >>