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Okja

Okja ne sortira pas en salle, et c'est bien triste. Pour ceux qui, comme moi, pensent que le média cinéma ne peut se concevoir sans l'expérience du collectif, du grand écran et de l'extérieur, la nouveauté n'est pas plaisante.

On peut penser que les réalisateurs qui se dirigeront vers Netflix comprendront progressivement que leur propre intérêt n'est pas de travailler à la mort de leur activité : Bong Joon-ho affirme que Netflix lui a laissé toute liberté pour réaliser son film, mais quel intérêt si le grand public n'a pas accès à Okja ?   

Heureusement, je suis persuadé que le modèle Netflix n'est pas destiné à triompher : son audience se rendra finalement compte qu'elle est prisonnière, l'effet de mode passera et les auteurs ne se priveront pas aussi facilement de la reconnaissance associée à une sortie en salle (ainsi que d'une sélection au Festival de Cannes, par exemple, pour les plus talentueux d'entre eux). 

Mais revenons au film. Le dernier opus de Bong Joon-ho est à la limite du film pour enfant. Le début de Okja, dans la forêt coréenne, est très réussie : images époustouflantes, travail hyper réaliste et réussite totale de la première scène d'action le long de la falaise. Le second degré à la sauce coréenne (avec une bonne dose d'auto-dérision) est manié à la perfection par le réalisateur, même si ce n'est pas toujours très fin. La façon dont la mode des selfies est croquée est délicieuse.

L'attaque par les terroristes écolos très politiquement corrects est à mourir de rire. Elle marque, avec la course poursuite remarquable dans le supermarché, l'apogée du film, qui dans sa deuxième partie perd petit à petit en consistance.

Comme si souvent pour les cinéastes du monde, le talent du coréen semble se diluer dans le mauvais goût et les conventions une fois qu'il s'exerce aux USA. Même si Tilda Swinton et le reste du casting fait de son mieux (à l'exception notable de Jake Gyllenhaal qui signe ici sa pire prestation), le film ronronne tout à coup. Les scènes coréennes donnaient l'impression d'être ouvertes sur la ville, celles de New York semblent enfermées dans une sorte de cour miniature sclérosante.

Je résume. Deux films dans Okja : le premier coréen, très bon, le second américain, médiocre.

 

2e

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Le jour d'après

Pour commencer, il faut préciser qu'au début de ce dernier opus de Hong Sang-soo, on ne comprend rien à ce qu'on voit. 

La temporalité de chaque scène est indistincte, les relations entre les personnages (qu'on peine même à distinguer les uns des autres) sont floues.

Petit à petit, les choses se mettent en place, sans que le propos en deviennent plus passionnant : il sera comme d'habitude question de discussion autour d'une table en buvant du soju, de la lâcheté des hommes et de la beauté des femmes. Dans Le jour d'après, Hong Sang-soo ne propose pas de construction formelle audacieuse (comme dans Un jour avec un jour sans), ni de clin d'oeil narratif à répétition (comme dans HA HA HA), ni de vertige métaphysique (comme dans Yourself and yours).

Le film est donc décevant, comme un best of du réalisateur qu'on dirait formaté pour la compétition cannoise : noir et blanc façon auteur, risque minimal et vedette internationale au casting (Kim Min-hee, vue dans Mademoiselle, et compagne de HSS). Et puis, disons-le, quand la qualité est moins bonne, les figures de styles habituelles (les conversations qui se répètent d'une scène à l'autre, les zooms dézooms) finissent par lasser et apparaître comme des tics embarrassants plutôt que comme la marque d'un talent. 

Par éclair, le film intrigue ou séduit, sans que l'ensemble ne parvienne à convaincre totalement. 

HSS sur Christoblog :   Le jour où le cochon est tombé dans le puits - 1996 (*) / HA HA HA - 2010 (***) / The day he arrives - 2011 (***) /  In another country - 2012 (***) / Sunhi - 2013 (***) / Haewon et les hommes - 2013 (**) / Un jour avec un jour sans - 2015 (**) / Yourself and yours - 2017 (**)

 

 2e

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Tunnel

L'intérêt principal de Tunnel ne tient finalement pas dans son aspect de film catastrophe. 

De ce côté-là on peut dire qu'il assure le strict minimum : les scènes d'écroulement, puis de claustration, sont certes efficaces, mais elle ne sont pas follement imaginatives. 

Le scénario du film est plutôt intéressant dans la première partie, mais il s'essouffle dans la seconde, et pour un film coréen dont on attend toujours plus de mauvais goût qu'un film US, il est relativement sage. De ce point de vue, Tunnel est clairement plus mainstream que la production coréenne habituelle, et c'est décevant, d'autant que le film précédent de Kim Seong-hun (Hard day) était un petit bijou d'inventivité.

L'intérêt du film, il faut aller le chercher dans le sous-texte sociétal de la situation : politiques froids et opportunistes, incompétence partout et corruption généralisée. Comme bien d'autres cinéastes coréens (presque tous en réalité), Kim Seong-hun apporte sa contribution au grand tableau critique de la société coréenne contemporaine. Il le fait avec un un sens du burlesque à froid qui est assez efficace, à l'image des dernières paroles prononcées par le héros.

Dernier point, malgré un sujet qui s'y prête à priori, l'émotion ne parvient pas vraiment à s'imposer dans ce curieux film, malgré la présence de la grande actrice Doona Bae, que j'ai par exemple nettement préféré dans l'admirable A girl at my door.

Kim Seong-hun sur Christoblog : Hard day - 2014 (**)

 

2e

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Madame B. Histoire d'une nord-coréenne

On pense longtemps que le principal (et peut-être le seul) intérêt de ce court film documentaire réside dans le tableau saisissant qu'il dresse du chemin qui mène de la Corée du Nord à la Corée du Sud en passant par la Chine puis par la Thaïlande.

Un peu déçu de ne pas en apprendre plus sur la vie en Corée du Nord, on suit d'un oeil distrait les errements de cette femme, qui a fui la dictature, trafiqué de la drogue en Chine, a été vendue à un mari, puis finalement retrouvé ses fils et son ex-mari à Séoul.

Le film est hétéroclite, et semble hésiter entre plusieurs registres sans en choisir vraiment un : scènes sur le vif filmées caméra à l'épaule, tableau silencieux de la pauvreté à la Wang Bing ou interviews des protagonistes face caméra. Il manque à Madame B. une cohérence générale, ce qui découle peut-être des difficiles conditions de tournage. 

Notre curiosité est de nouveau émoustillée dans la toute dernière partie, quand le film se transforme brutalement en suspense psychologique : quel mari (et quel pays) choisira finalement Madame B. ? Jero Yun ne nous donne pas la réponse, ce qui ajoute un peu à la frustration que procure globalement ce documentaire imparfait, qui traite d'un sujet intéressant.

 

2e

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Yourself and yours

A l'image de son titre alambiqué, le dernier opus de Hong Sang-Soo pousse un peu loin le jeu de déstructuration de l'intrigue que le réalisateur coréen affectionne tellement.

Résumons brièvement le propos : un jeune homme se dispute avec sa compagne. Ses amis l'aurait vue boire dans un bar et se disputer avec un homme. Elle dément, puis disparait.

Le jeune homme la cherche vainement. Il rêve qu'il la retrouve. Nous la voyons en parallèle rencontrer d'autres hommes, à chaque fois une autre, et ne se souvenant pas de ses actions précédentes. Ment-elle ? Souffre-t-elle d'un désordre psychiatrique ? N'est-elle qu'une allégorie de l'amour qui circule d'homme en homme ?

Pour avoir parcouru un peu la presse, il semble y avoir autant de lectures du film que de spectateurs..

Si la stimulation intellectuelle que propose Hong Sang-Soo est toujours intéressante, elle semble ici tourner à vide, laissant en suspens la résolution de son intrigue. On sait que Hong Sang-Soo tourne souvent ivre, et on se prend à penser que cette fois-ci, il a peut-être exagéré les doses. La mise en scène est réduite à l'épure, et frôle parfois l'indigence.

Malgré ces réserves, il faut reconnaître au film une finesse d'interprétation assez remarquable, et dans les dernières scènes, une capacité à provoquer un vertige presque métaphysique.

Yourself and yours ne laissera cependant pas une trace indélébile dans la filmographie de son auteur.

HSS sur Christoblog :   Le jour où le cochon est tombé dans le puits - 1996 (*) / HA HA HA - 2010 (***) / The day he arrives - 2011 (***) /  In another country - 2012 (***) / Sunhi - 2013 (***) / Haewon et les hommes - 2013 (**) / Un jour avec un jour sans - 2015 (**)

 

2e

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La petite fille de la terre noire

Sortie DVD

Je connaissais du cinéma coréen les films de genre barrés, le cinéma spectaculaire de Bong Joon-ho et Park Chan-wook, le cinéma d'auteur bavard façon Hong San-soo.

Il me manquait au tableau le genre néo-réaliste très aride, plutôt l'apanage pour l'Asie des cinéastes chinois (Wang Bing, Shangjun Cai, et le Jia Zhangke première manière).

C'est désormais chose faite avec La petite fille de la terre noire, à la fois tableau sans concession d'une petite ville minière coréenne, et chronique de la descente aux enfers d'une famille pauvre.

Le père tombe malade, et doit quitter son travail à la mine. Le petite fille de neuf ans, Young-lim, doit s'occuper de la famille et en particulier de son frère aîné, attardé mental. On ne sait pas où se trouve la mère.

Inutile de vous dire que le film n'est pas d'une gaieté folle. Il parvient pourtant par la précision de son découpage, l'économie pensée de ses moyens, à éviter tout sentimentalisme larmoyant. La rigueur du réalisateur Jeon Soo-il dans la façon de cadrer ses plans donne au film une tonalité d'étrangeté déstabilisante. La manière dont est esquissée à petite touche l'évolution de la petite fille est aussi très bien vue : c'est son besoin de tendresse (les gestes envers son père et son frère, les chatons, la femme du bus) et de beauté (la musique, les dessins, la fleur dans la neige) qui vont la conduire à des choix qui ne sont pas de son âge.

Un film prometteur, qui pourra gêner certains par la longueur et la fixité des ses plans, ainsi que par l'aspect grisâtre et un peu fruste de l'image.

La chronique de ce DVD sorti le 15 novembre a pu être réalisée grâce à l'opération DVDTrafic. Le film est distribué par Les films du Paradoxe.

Sur Cinetrafic :  
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La Corée sur Christoblog, c'est aussi 37 critiques de films.

 

2e

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Mademoiselle

Quelle splendeur !

Visuellement, le nouveau film de Park Chan-Wook est une merveille. Perfection des mouvements de caméra, montage au cordeau, photographie admirable, virtuosité et précision dans tous les domaines, c'est du grand art.

Au niveau du scénario, le film est d'une complexité rare. Il est basé sur un effet Rashomon à étage : alors qu'habituellement, les films basés sur ce principe nous font voir des choses différentes à chaque version de la même histoire, on a ici l'impression que chacune des trois versions est la même que la précédente, mais complétée.

Le maître coréen nous promène donc de faux-semblants en tromperie, pour déboucher finalement sur une version qui fait étonnamment figure de brûlot féministe. Après avoir été martyrisées, humiliées et sous-estimées par toutes sortes de personnages masculins, les deux femmes du film sortent grandies de leur aventure.

Mademoiselle est ponctué de morceaux de bravoure ahurissants (comme les lectures érotiques par exemple). On pourra estimer qu'il est un peu froid pour être vraiment génial, à l'image des scènes de sexe qui ne sont pas d'une folle sensualité, mais le plaisir intellectuel et sensoriel que procure le film en fait un des grands moments cinématographiques de l'année.

 

4e   

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Dernier train pour Busan

Pour apprécier Dernier train pour Busan, il ne faut pas être réfractaire au film de zombie.

Ce postulat étant posé, le film de Sang-ho Yeon (remarqué à Cannes il y a quatre ans pour un remarquable et terrible film d'animation, The king of pigs) est de facture très solide.

Au rayon des points faibles, on pourra toujours dire que les personnages ont des caractères assez grossièrement dessinés et que la mise en scène, peu recherchée, ne favorise pas véritablement l'empathie. 

A celui des points forts, il faut noter un scénario assez imaginatif, surtout dans la deuxième heure du film, une efficacité et une sobriété redoutables dans les scènes d'action, et la performance remarquable de la toute jeune actrice.

Dernier train pour Busan, s'il n'évite pas quelques facilités critiquables, reste un agréable divertissement pour amateur du genre. Il se différencie des blockbusters américains par sa capacité à éliminer progressivement et sans vergogne les gentils, et par sa modestie narrative, au final assez sympathique.

 

2e

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The strangers

On ne peut qu'être stupéfait par l'incroyable virtuosité dont fait preuve le réalisateur Na Hong-jin dans son dernier opus.

Mais avant de développer il me faut signaler que le film n'est probablement pas destiné à un public très large : il faut pour pleinement l'apprécier ne pas être réfractaire au cinéma de genre, tendance exorcisme et épouvante.

Ceci étant dit, The strangers présente toutes les caractéristiques du film culte destiné à marquer les esprits. 

Il commence comme une comédie grinçante coréenne (c'est à dire, mettant en scène des flics incompétents), avant de basculer dans le thriller fantastique, puis de verser au final dans un sidérant huis-clos à ciel ouvert, si je peux dire, entre un policier benêt et l'ensemble des forces du mal réunies.

Le film, dans cette dernière partie, n'évite pas une certaine confusion qui pourra dérouter. En réalité, on ne sait plus trop qui est qui, qui fait quoi, et dans quel camp se situent les différents personnages. Cette incroyable maelstrom de forces occultes plonge le spectateur dans un état de sidération qui n'est pas très éloigné de celui du héros. Na Hong-jin réussit alors un coup de maître : nous sommes nous-mêmes, en tant que spectateur, désorientés par les forces du mal.

Le film est par ailleurs d'une beauté confondante dans tous ses aspects : utilisation géniale des décors, scènes gore parfaites de réalisme, excellents acteurs, mise en scène souveraine. 

L'interprétation globale qu'on peut avoir de The strangers pourra être très différente : chant d'amour d'un père pour sa fille, ou tableau désespérément noir de la condition humaine face aux forces qui la dépassent. C'est le propre des grands films.

Na Hong-jin sur Christoblog : The chaser - 2008 (***) / The murderer - 2011 (***)

 

3e

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Un jour avec un jour sans

Certains trouvent que les films de Hong Sang-Soo se ressemblent tous, au prétexte qu'ils mettent toujours en scène le même type de relations homme / femme, et qu'ils sont parsemés des mêmes gimmicks (café, alcool, réalisateur).

Ils n'ont pas tout à fait tort. Le cinéaste coréen cherche visiblement depuis plusieurs films à travailler sur la forme de ses scénarios, plutôt que sur leur contenu.

Ici le prétexte est séduisant et casse-gueule à la fois : raconter la même histoire deux fois de suite.

Dans les deux cas, nous assistons à une rencontre entre un jeune cinéaste venu présenter son film dans une petite ville et une jeune femme artiste. Les deux parties du film comprennent en gros les mêmes épisodes, les mêmes décors et parfois même les mêmes dialogues. Les mouvements de caméras ne sont pas les mêmes, les scènes présentent des variations parfois notables et surtout le caractère des personnages (ou leur humeur ?) semblent différent entre les deux versions de la même histoire.  

Les conséquences de ces variations sont plus ou moins importantes et rendent la conclusion du film différente dans les deux cas. 

Un jour avec un jour sans est donc un jeu subtil et délicat qui pourra en rebuter plus d'un, et si on est allergique à l'obséquisité naturelle des Coréens, le film pourra être franchement rebutant.

Pour les curieux qui aiment disséquer les différences d'ambiance et de tempo, qui cherchent à voir des signes là où il n'y en pas, et qui aiment en général couper les les cheveux en quatre (voire en huit, ou seize), le film paraîtra un nectar délicieux explorant le champ des possibles.

Pour ma part, j'ai oscillé pendant tout le film entre les deux points de vue.

HSS sur Christoblog : Sunhi (***) / Haewon et les hommes (**) / Another country (***) / HA HA HA (***) / The day he arrives (***) /  Le jour où le cochon est tombé dans le puits (*)

 

2e

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Sea fog - les clandestins

Les lecteurs assidus de Christoblog savent que je suis un fan du cinéma en provenance du pays du matin calme.

Le premier film de Sung Bo-Shim présente tout ce que j'aime dans le cinéma coréen : cela commence par une chronique sociale très bien filmée qui décrit avec beaucoup de justesse et de talent le quotidien d'un équipage de pêcheurs dont le bateau est sur le déclin.

Une façon de renflouer les caisses est de transporter des clandestins chinois qui cherchent à migrer vers la Corée. Commence alors un autre film, qui change complètement de point de vue, et vire au thriller horrifique - et passablement gore. 

Le film réussit ces prodiges qu'un cinéma encore vraiment jeune peut se permettre : une rupture de ton brutale, des effets spectaculaires qui ne craignent jamais de flirter avec le mauvais goût, une énergie de tous les instants. 

C'est plaisant à regarder, étonnant, rythmé comme un morceau de rock, et d'une qualité technique (photographie, direction artistique, réalisation) trois crans au-dessus de la production US lambda.

Je le conseille vivement aux amateurs de sensations fortes et de mets épicés.

 

3e

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Hard day

Le chroniqueur paresseux aura vite fait de résumer ce nouveau thriller coréen déjanté à son pitch dévastateur : un quidam qui tue par accident un homme lors d'un accident de la route se débarrasse du cadavre en le glissant ... dans le cercueil de sa mère, qui vient de décéder.

Cela paraît dingue, mais le film fonctionne parfaitement bien sur ces bases carrément loufoques : le rythme est drôle, enlevé, prenant. On s'attache au personnage principal, un flic pourri (comme toujours dans le cinéma coréen), pourtant sensé être antipathique, et on observe fasciné la multiplication de scènes d'anthologie (le petit soldat qui avance dans le conduit d'air de la morgue par exemple).

Et puis, le vrai méchant survient, et le film perd alors un peu de sa morbidité rieuse, et devient plus traditionnellement un combat entre un gentil un peu faible et un bad guy indestructible (ô combien !). Si cette partie ne manque pas de panache et de trouvailles, elle est plus classique.

Le final renoue avec le rythme échevelé et millimétrique de la première partie du film, et on sort de la salle ravi d'avoir découvrir un nouveau venu : Kim Seong-Hun.

A voir absolument si on aime les films coréens et/ou les thrillers originaux.

 

3e

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A girl at my door

Si vous voulez éviter tout spoiler, ne lisez pas cette critique.

Vous risqueriez d'y apprendre qu'il n'est pas prudent pour une policière lesbienne de recueillir chez elle une jeune fille battue (et un peu tordue). Surtout quand l'action se déroule dans le fin fond provincial d'une Corée encore très traditionnelle.

Ceci dit, le film dépasse largement son pitch rapidement énoncé. Notamment grâce au jeu tout en finesse de la mégastar / mannequin Doona Bae, qu'on a déjà vu dans Air doll, Cloud Atlas, et The host. La mise en scène de la jeune July Jung, classique mais robuste, rend le film très plaisant à regarder : à la fois ambigu, finement descriptif de la société coréenne et discrètement mélodramatique.

On appréciera particulièrement la description une nouvelle fois sans concession (c'est le moins qu'on puisse dire) de la masculinité coréenne. Comme souvent dans le cinéma de ce grand pays de cinéma, le film marie très bien le grotesque, le tragique et le sentimental, zigzagant entre clichés éculés, sentimentalisme de pacotille et cruauté des comportements.

Un beau film au final, présenté dans la décidément très riche section Un certain regard du Festival de Cannes 2014. Le film est produit par Lee Changdong, réalisateur des beaux Secret Sunchine et Poetry.

 

3e

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Sunhi

Après la relative déception d'Haewon et les hommes, je craignais de voir mon affection pour le prolifique réalisateur Hong Sang-Soo se déliter durablement.

Il n'en est rien ! Dans le cadre du dernier Festival des trois continents, la vision du dernier opus du Woody Allen coréen s'est révèlée particulièrement réjouissante.

Sunhi se présente sous la forme d'une épure ludique : une jeune femme, un peu insaisissable, et trois hommes qui gravitent autour d'elle, ex et futurs ex, si je puis dire.

Si on retrouve ici les éléments qui font partie du rite que constitue un film de HSS (le réalisateur raté, l'alcool local - le soju - qui coule à flot, les plans fixes dans les bars, les zooms / dézooms très datés), ces derniers se parent ici une légèreté aérienne. Ce ne sont plus par exemple les objets qui glissent de personnages en personnages à leur insu (comme dans HA HA HA), mais les phrases, dans une farandole qui est absolument délicieuse et parfois amère.

Si le personnage féminin est - comme souvent - extrêmement séduisant, les trois hommes sont croqués avec une méchanceté moins cruelle que dans d'autres oeuvres d'HSS. Il y a une sorte de douceur dans la description des turpitudes masculines, qui trouve un accomplissement définitif dans la ré-écriture de la lettre de recommandation, véritable bijou scénaristique.

De l'essence de Hong Sang-Soo, à déguster sur un lit de dialogues ciselés.

HSS sur Christoblog : Haewon et les hommes / Another country / HA HA HA / The day he arrives /  Le jour où le cochon est tombé dans le puits

 

3e

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Suneung

Les cinéastes coréens sont souvent comme ça : imaginatifs, et pas très fins.

Shin Su-Wan remplit une fois de plus ce cahier des charges basique, mais fort agréable. 

Suneung est d'emblée punchy, dès sa première scène : alternance saccadée d'un corps d'ado découvert mort, de planètes dans l'espace et de chasse sanglante au lapin. On ne comprend rien, ça va à 100 à l'heure, mais c'est très rigolo à regarder. Tout le film remonte ensuite la pelote temporelle du drame à coup de multiples flashbacks désordonnés, et l'ensemble est assez captivant.

Outre l'intrigue, plus sombre et complexe que ce que laissent penser les premières minutes, le film séduit aussi par le tableau sans concession (et il faut le dire, sans finesse) qu'il dresse de la compétition scolaire en Corée.

En résumé, à voir absolument pour les fans de cinéma coréen, envisageable pour ceux qui aiment les intrigues retorses menées à coups de serpe, dispensable pour les autres.

 

2e  

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Haewon et les hommes

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/96/12/94/20447710.jpgLa petite musique de Hong Sang-Soo fonctionne plus ou moins bien, suivant le substrat sur lequel le prolifique cinaste coréen la déploie.

Ici, rien ne permet au sujet de pleinement se développer, ni la perfection cotonneuse de l'image comme dans The day he arrives, ni le brio scénaristique comme dans Another country ou HA HA HA.

Hong Sang-Soo récite donc ici son cinéma, toujours sur les mêmes bases, à savoir des dialogues rohmérien, des hommes assez faibles et des femmes plutôt fortes, des gimmicks bien connus (un réalisateur comme personnage, beaucoup d'alcool et de scènes de café, des personnages ou des objets récurrents).

Apparaissent toutefois ça et là quelques séquences pépites lors desquelles le génie badin et profond du cinéaste affleure : la rencontre de l'héroïne et de Jane Birkin, l'appel du taxi par simple effort de la pensée, les promenades hivernales au fort. Une oeuvre mineure de Hong Sang-Soo, portrait rêveur (rêvé ?) et amoureux d'une jeune femme ne sachant pas aimer.

 

2e 

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Snowpiercer, le transperceneige

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/360/21036090_20130904151243628.jpgAutant le dire tout de suite, j'ai été très déçu par le passage à la production internationale de mon réalisateur coréen fétiche, Bong Joon Ho.

Même si fugitivement affleurent dans le film ses anciennes qualités (second degré, attention aux visages, sens inné de la mise en scène), la vérité est que ce sont surtout les défauts du film dont on se souvient. A savoir : un casting fadasse et hétéroclite, des clichés vus et revus mille fois (pauvres/gentils contre riches/méchants), des rebondissements invraisemblables, des décors moches et terriblement factices, des combats filmés caméra à l'épaule dans la plus grande confusion.

Si le film commence honorablement, il devient de plus en plus artificiel, pour finir en queue de poisson désastreuse. Attention, spoiler à suivre. Rien à sauver dans les dix dernières minutes : la machine en tête de train ne ressemble à rien, l'enfant qui entre dedans ne correspond à aucun enchaînement narratif, le dernier plan sur l'ours polaire est d'une naïveté confondante (et en plus n'a rien à voir avec l'histoire).

A aucun moment Bong Jooh Ho ne parvient à créer une atmosphère réaliste au sein de son film, comme il l'avait superbement réussi dans The host. On ne rentre jamais dans cette histoire, en particulier parce que les acteurs ont le charisme d'une huitre (le taiseux Chris Evans), ou en fond au contraire des tonnes (Tilda Swinton et son dentier).

Après cet agglomérat kitsch de clichés SF, j'espère que Bong Joon Ho retrouvera son talent

Bong Joon Ho sur Christoblog : Mother / The Host / Memories of murder

 

1e

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Stoker

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/46/80/20436782.jpgLa question était : Park Chan-wook, le délirant réalisateur coréen, allait-t-il perdre de sa superbe en tournant aux Etats-Unis ?

La réponse est non. Le style est toujours le même, flamboyant, du genre à avoir une idée par plan. On n'en finirait pas de lister les figures de styles plus ou moins novatrices qui parsèment le film. Deux moments seulement, magnifiques, qui sont deux exemples parfaits d'enchaînement de plans : celui où un oeuf apparaît en surimpression sur l'oeil de la jeune fille, et celui où cette dernière marche dans une rue, puis sur une route, dans la continuité.

Park Chan-wook, c'est un peu les montagnes russes de l'imagination derrière une caméra. Nul doute que certains pourront du coup ressentir une impression de trop-plein.

Le fond, lui, est fortement empreint de perversion, comme souvent chez Park Chan-wook. Bien plus que le triste pensum de Brian de Palma (Passion), c'est bien dans Stoker qu'on pourra voir un ultime hommage au cinéma de Hitchcock. L'intrigue, bien qu'un peu trop flottante pour faire réellement référence, rappelle assez certains films de sir Alfred. Nicole Kidman est aussi une héroïne hitckockienne en diable. Alors bien sûr, la virtuosité de Park lui fait assez souvent perdre de vue la vraisemblance de l'intrigue, mais on est toutefois dans un registre infiniment plus maîtrisé que celui du délirant Thirst.

Stoker est un film brillant, que certains trouveront trop superficiel pour être marquant, et que d'autres adoreront comme on peut se laisser entraîner par un feu d'artifice particulièrement réussi.

Park Chan-wook sur Christoblog : Thirst, ceci est mon sang

 

3e

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Printemps, été, automne, hiver... et printemps

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/35/19/68/18371851.jpgPrintemps... fut le film qui fit connaître Kim Ki-duk au public européen et en particulier français, alors que son film suivant, moins connu, Samaria, décrochait simultanément l'Ours d'argent à Berlin, en 2004.

Rien d'étonnant à ce que ce film, pétri de philosophie, symbolique à plusieurs niveaux, et littéralement imbibé de la présence de la nature ait été plébiscité au milieu des années 2000 : il a un petit côté new age qui entrait parfaitement en résonance avec l'époque.

Aujourd'hui le film a plutôt bien vieilli, si l'on excepte l'affreuse musique pas toujours en harmonie avec les images, et le jeu parfois artificiel des enfants. Pour le reste, après la première "saison" un peu inquiétante (est-on en train de voir un reportage animalier ou un ersatz du National Geographic ?), le film prend son envol romanesque. Eté est captivant, Automne bouleversant, et Hiver impressionnant.

Les ficelles sont certes un peu grosses, mais le film fonctionne comme un bulldozer narratif et sensuel, entremêlant les perceptions changeantes du temps, les ellipses géantes, la symbiose avec la nature. Le déplacement du temple sur le lac place les personnages autant hors du temps que de l'espace. Il est impossible de résister à la puissance du film qui emporte tous les petits bémols sur son passage.

Kim Ki-duk sur Christoblog : Locataires / Pieta

 

3e

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Pieta

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/92/85/95/20483394.jpg Pieta, Lion d'or au dernier festival de Venise, est un film sparadrap.

Vouliez-vous en oublier le propos, l'ambiance ou le souvenir, que le film de Kim Ki-Duk vous poursuivra au plus profond de vos nuits, sans rémission. Car le film est ainsi : sec, aride, violent comme un coup de poing, peu aimable, comme du Pialat trash à la sauce coréenne, un objet qu'on pense détester avant de se rendre compte, avec horreur, qu'il a pris possession de votre âme.

Deux mots du pitch, avant d'aller plus loin, et sans spoiler, ce qui serait suprêmement dommageable (mais dire cela c'est déjà spoiler) : Kang-do recouvre des dettes. Il n'hésite pas à estropier ses victimes pour cela, afin qu'elles touchent une assurance (et parfois, comble de l'horreur, avec leur bénédiction). Un jour une femme se présente, qui est la mère de Kang-do, et entreprend de le sauver du mal...

Le film est remarquable de plusieurs points de vue. D'abord sa photographie, d'une beauté sur-réelle, qui rend les horreurs décrites presque aimables. Pieta, c'est un peu Léonard de Vinci qui illustre Sade ou Bataille. La mise en scène de Kim Kim-Duk est souveraine, aérienne, précise, cruelle. Le jeu des deux acteurs principaux est absolument magistral : lui est charismatique avec sa lippe boudeuse et sa lente transformation, elle est rayonnante. Quant au scénario, il est d'une complexité étonnante, la seconde visite à chacune des victimes s'avérant beaucoup plus ambigüe qu'il n'y paraît.

Ajoutez à cela l'incroyable génie des décors qui caractérise le film, et le tableau saisissant d'un quartier de Séoul qui se meure, et vous obtiendrez une pièce marquante du cinéma coréen contemporain.

Le film, qui ne présente aucune image gore, est considéré par certains comme extrêmement violent (témoins ces vagues de spectateurs bon chic bon genre quittant la salle à Deauville lors d'une fameuse scène qui s'avérera - ironie du script - autre chose que ce qu'elle paraît être, mais ceux qui ont quitté la salle ne le sauront jamais). Il ne l'est que par ce que nous pensons, nous spectateurs, de ce que nous voyons. Où est la bassesse, où est la raison, où sont les tords des uns et les raisons des autres ? Pieta est doistoievkien en diable et c'est pour cela que je l'aime.

Un oeuvre forte à déconseiller aux âmes chastes.

 

4e

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