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Christoblog

Articles avec #coree

Juste sous vos yeux

On avait peut-être un peu perdu Hong Sang-Soo ces derniers temps, dans un dédale de recherches vagues et d'approximations vaporeuses.

Ce retour en grâce est d'autant plus appréciable qu'il prend ici un tour de fausse simplicité. Cela commence comme un retour dans la ville natale, des retrouvailles avec une soeur un peu perdue de vue, puis une rencontre artistico-amoureuse pleine de nostalgie. 

Tout ce qu'on voit est à la fois simple, et marqué du sceau de la solennité définitive qui sera révélée en fin de film, dans un plan d'une beauté déchirante. Le cinéma de HSS, souvent marqué par une superficialité apparente est ici tout à coup empreint d'une profondeur peu courante chez le cinéaste coréen. On peut peut-être y discerner les premières alertes de l'âge.

Le résultat, sec et resserré comme un coup de trique (1h25 de mémoire compressée), est étonnant de brièveté émouvante. On y retrouve quelques gimmmicks classiques de HSS (un rêve dont on ne saura rien, des plans au début du film qui se répéteront à la fin, de l'alcool à gogo), mais pour une fois ils paraissent ici comme atténués, affaiblis.

Pour la première fois, je crois qu'un film de Hong Sang-Soo m'a tiré une larme.

Le film, malheureusement, n'est visible que dans quelques salles parisiennes.

HSS sur Christoblog :   Le jour où le cochon est tombé dans le puits - 1996 (**) / Le pouvoir de la Province de Kangwon - 1998 (**) / La vierge mise à nu par ses prétendants - 2000 (***) / Turning gate - 2003 (***) / La femme est l'avenir de l'homme - 2003 (***) / Conte de cinéma - 2005 (**) / Les femmes de mes amis - 2009 (**) / HA HA HA - 2010 (***) / The day he arrives (Matins calmes à Séoul)  - 2011 (***) /  In another country - 2012 (***) / Sunhi - 2013 (***) / Haewon et les hommes - 2013 (**) / Hill of freedom - 2014 (***) / Un jour avec un jour sans - 2015 (**) / Yourself and yours - 2017 (**) / Le jour d'après - 2017 (**) / La caméra de Claire - 2017 (***) / Hotel by the river - 2020 (***) 

 

3e

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Decision to leave

Dans ce dernier opus de Park Chan-Wook, tout est beau. La mise en scène est brillante, le scénario retors à souhait (pour peu qu'on arrive à suivre ses méandres jusqu'à la fin du film), l'image sublime, les acteurs et actrices formidables.

Et pourtant, par une sorte d'effet de magie noire, le film n'est pas exceptionnel, sans que l'on puisse bien comprendre ce qui manque : l'étincelle de l'émotion, un supplément d'âme ? Le vertige amoureux et sensuel qui m'avait saisi lors de la vision de Mademoiselle est ici totalement absent.

Mais malgré ces réserves, il faut quand même encourager les spectateurs à aller voir la dernière livraison du réalisateur de Old boy, car on y voit des effets et des idées qu'on a jamais vus ailleurs. Un exemple saisissant : le monde vu de l'intérieur d'un smartphone. C'est tout bête, mais l'effet est immédiatement surprenant. Le coréen est ainsi : il invente et survole son art, quitte à laisser parfois les enjeux narratifs de son film au bord du chemin.

Park Chan-Wook sur Christoblog : Thirst - 2009 (***) / Stoker - 2012 (***) / Mademoiselle - 2016 (****)

 

2e

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Squid game

Au-delà de l'effet de scandale dû à l'impact de la série dans les cours d'école et de l'effet de hype provoqué par le fait que la série est la plus regardée de l'histoire de Netflix, que vaut vraiment Squidgame ?

Pour commencer, la série est extrêmement solide du point de vue scénario. La partie jeu mortel est très habilement menée : on est en permanence surpris, que ce soit par la nature des jeux, leur déroulement ou leurs implications morales.

Mais Squid game surprend surtout par ses à-côtés narratifs. Une grande majorité des trois premiers épisodes se déroule en dehors de l'île, et la façon dont la série décrit les travers de la société coréenne est très intéressant. Les relations entre les personnages, le basculement en milieu de série qui permet de comprendre le but des jeux, les péripéties concernant les gardiens : tous ces éléments renouvellent constamment l'intérêt.

La mise en scène et les moyens de la série impressionnent par leur démesure. Comme beaucoup de productions coréennes, Squid game est, de par son montage alerte et son identité visuelle, une réussite pleine d'efficacité qui n'a rien a envier aux productions américaines. La série atteint un haut niveau de réalisme, ne barguignant pas sur la cruauté et le sang, ce qu'une production US n'aurait pas pu se permettre.

Enfin, les acteurs sont tous et toutes formidables. La composition de Lee Jeong-Jae est en particulier saisissante dans sa variété.

Ce genre de série à suspense est une course en avant de surprises et d'effets qui peut se diluer ou se perdre au fil des épisodes dans de la surenchère irréaliste ou un délitement progressif. Squid game évite également cet écueil et négocie assez bien le piège de la dernière demi-heure, répondant avec une certaine élégance à plusieurs  questions, et en laissant irrésolues plusieurs autres, ce qui laisse augurer une seconde saison que l'immense succès mondial de la série rendait de toute façon indiscutable.

 

3e

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Homeless

Découvert lors du premier Festival du film coréen organisé à Nantes en 2021, ce court film (1h22) est une réussite.

Le jeune réalisateur Lim Seung-Hyeun s'intéresse à un sujet peu traité dans le cinéma coréen : les jeunes couples qui ne gagnent pas assez d'argent pour pouvoir se loger.

Le tableau dessiné est d'abord saisissant : la famille dort, comme d'autres, dans un magasin qui loue ses locaux pour la nuit. Quand, par hasard, meurt une vieille dame sans famille à qui le père a l'habitude de livrer ses repas, la tentation est grande de s'installer dans la maison.

Est ce que les dilemmes de conscience empêcheront la famille de profiter de l'opportunité ? Seront ils  repérés ? Et que faire du corps encombrant ?

On pense devant ce film modeste et délicat au formidable Un air de famille de Hirokazu Kore-Eda, l'amplitude en moins. Il y règne le même type de subtilité douce et les comédiens sont formidables.

Malheureusement, il est fort peu probable que le film sorte en France.

 

2e

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Minari

Minari est un film modeste. Son propos n'est en effet pas très ambitieux : il s'agit de montrer les difficultés d'adaptation d'immigrés coréens dans l'Arkansas profond. Sa structure est simple et sa mise en scène sans effet particulier.

Il se dégage pourtant quelque chose de profond du film, de poignant et d'universel : une évocation de l'espoir, un aperçu de ce qui se joue dans un couple, un questionnement sur le sens de la vie.

Pour rendre sensible le propos ténu du film, il faut de grands interprètes. Minari peut s'appuyer à ce propos sur des performances remarquables : le petit garçon et la grand-mère sont incroyablement justes (Youn Yuh-Jung, magnifique en aïeule d'abord pimpante, puis terriblement affaiblie, a reçu l'oscar du meilleur second rôle).   

Lee Isaac Chung filme son histoire avec une application à la fois sereine et pénétrée. Il parvient à donner à son film une résonance apaisée, qui se conclût de façon exemplaire par un plan de toute beauté.

Une jolie découverte, toute en nuance, primé à Sundance.

 

2e

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Les femmes de mes amis

Dans la très riche filmographie de Hong Sang-Soo, ce neuvième film n'apporte pas grand-chose de nouveau.

Pour résumer très brièvement cet opus, sans en déflorer le contenu, disons qu'il s'agit de suivre un cinéaste d'art et d'essai dans deux aventures durant lesquelles il va séduire les femmes de deux connaissances, avec à chaque fois de curieuses similitudes  dans les circonstances (des amis qui n'invitent jamais personne chez eux, une scène dans les toilettes, des hors champs assez mystérieux, de l'alcool, une pierre volcanique...).

On retrouve donc ici la structure en dyptique de plusieurs de ses films précédents, dont le très bon La vierge mise à nu par ses prétendants, la réalité incertaine et les coïncidences étranges qui ont déjà fait l'objet de plusieurs développements, les problèmes d'égo d'un cinéaste, approfondis dans l'étonnant Contes de cinéma par exemple.

A ce stade de sa carrière (la fin du premier tiers), Les femmes de mes amis apparaît donc comme une sorte de digest de ce que le réalisateur sait faire. Le film manque toutefois d'allant pour entraîner une grande adhésion, et ne constitue pas la meilleure porte d'entrée dans l'univers de HSS. Le point positif du film, qui me fait le considérer tout de même positivement, est le très beau personnage féminin de la deuxième partie, qui explose lors d'une dernière scène très forte. "Je n'ai pas de toile d'araignée entre les jambes" est une des plus belles répliques mise par Hong Sang-Soo dans la bouche d'une actrice.

HSS sur Christoblog :   Le jour où le cochon est tombé dans le puits - 1996 (**) / Le pouvoir de la Province de Kangwon - 1998 (**) / La vierge mise à nu par ses prétendants - 2000 (***) / Turning gate - 2003 (***) / La femme est l'avenir de l'homme - 2003 (***) / Conte de cinéma - 2005 (**) / HA HA HA - 2010 (***) / The day he arrives (Matins calmes à Séoul)  - 2011 (***) /  In another country - 2012 (***) / Sunhi - 2013 (***) / Haewon et les hommes - 2013 (**) / Hill of freedom - 2014 (***) / Un jour avec un jour sans - 2015 (**) / Yourself and yours - 2017 (**) / Le jour d'après - 2017 (**) / La caméra de Claire - 2017 (***) / Hotel by the river - 2020 (***)

 

2e

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Night in paradise

Disponible sur Netflix, ce film coréen est un polar ultra-stylisé. Son réalisateur, Park Hoon-Jung, est principalement connu pour être le scénariste du très surestimé J'ai rencontré le diable.

Night in paradise oscille continuellement entre une violence typiquement coréenne à la limite du sadisme, et la chronique d'une triste romance entre deux êtres condamnés à mourir.

D'un côté un jeune truand dont on a tué la soeur et qui s'est vengé en agressant un boss de la pègre, de l'autre une jeune fille atteinte d'une maladie incurable. Ces deux-là vont se rapprocher dans l'atmosphère élégiaque de l'île de Jeju, au fil de scènes marquées par l'omniprésence de la mort.

Tout cela n'est pas follement joyeux, on en conviendra, mais n'est pas non plus bouleversant. On est ballotté entre le grand-guignol des scènes de violences (lors desquelles un homme peut se relever après avoir été tabassé à mort et reçu dix coups de couteau) et le charme éthéré et peu amène de l'excellent duo Eom Tae-Go (lui) / Jeon Yeo-Bin (elle).

Je ne peux pas dire que j'ai vraiment apprécié cet exercice de style un peu tape-à-l'oeil, qui a pourtant eu l'honneur d'une sélection à Venise. A réservé donc aux fans de polars coréens.

 

2e

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Peppermint candy

Ce deuxième film de Lee Chang-Dong est un bijou.

Il commence comme une énigme : un jeune homme rejoint un groupe d'anciens amis qui pique-niquent au bord d'une rivière, avant d'adopter un comportement incohérent et de monter sur un pont de chemin de fer au moment où un train arrive. 

Le film va ensuite reculer dans le temps, exposant des scènes séparées à chaque fois par plusieurs années, et dévoilant ainsi progressivement ce qui a conduit le personnage de Yongho à agir comme il le fait.

Cette progression à rebours, qui avance dans l'éclaircissement à mesure qu'elle recule dans le temps (comme le train qui sépare chaque séance et avance alors qu'il recule, parce que la pellicule défile dans le mauvais sens) est une superbe trouvaille, utilisée la même année - curieuse coïncidence - par Irréversible. Elle donne une tonalité étrange au film, pesante et mystérieuse : tout semble la conséquence d'un évènement initial qui nous manque, mais dont on voit les multiples conséquences (la méchanceté de Yongho, les bonbons, la jambe abîmée).

Une ambiance teintée de douleur et d'une sourde nostalgie baigne l'ensemble du film, qui peut être parfois d'une grande brutalité, toute coréenne.

Comme toujours chez le grand Lee Chang-Dong, la mise en scène est souveraine et élégante. Le montage est d'une efficacité exemplaire, la narration d'une rare ampleur et la direction d'acteur incroyablement précise. C'est avec une grande admiration pour l'art du maître coréen que j'ai laissé ma curiosité progresser jusqu'aux derniers plans, d'une grande beauté.

Lee Chang Dong sur Christoblog : Secret Sunshine - 2007 (***) / Poetry - 2010 (***) / Burning - 2018 (****)

 

4e

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Hotel by the river

Dans la très dense filmographie de Hong Sang-Soo, Hotel by the river se distingue de plusieurs manières. 

Ici, pour une fois, il n'est pas vraiment question de rapports amoureux (tous les personnages sont seuls, séparés, divorcés, célibataires ou veufs). Plusieurs des motifs habituels du cinéma de HSS sont par ailleurs absents : pas de découpages en plusieurs parties distinctes, pas de légèreté incisive dans les dialogues, peu de lâcheté et de ridicule.  

Hotel by the river est marqué par une sorte de gravité qui est assez peu courante dans le cinéma du cinéaste coréen, une gravité qui n'est ni plombante ni superficielle : juste poétique et parfois presque métaphysique.

Le film se situe en effet sur une ligne de crête qui sépare la réalité brute de l'onirisme feutré. On peut le voir comme la représentation naturaliste de destins qui se croisent dans un hôtel quelconque, ou comme une métaphore d'un état ou d'un lieu qui pourrait être totalement rêvé ou imaginaire, sorte de limbes ou de purgatoire.

Le film regorge de détails qui tendent à prouver que ce qu'on voit ne correspond pas à la réalité : plusieurs personnes qui se trouvent dans la même pièce sans se voir, une baisse brutale de température, un personnage invisible mais déterminant (le patron de l'établissement), une chute de neige incroyablement rapide, des comportements étranges, des pressentiments qui se réalisent.

L'art subtil de HSS se déploie ici avec un degré de maîtrise et de profondeur inégalé à mon sens, vertige quasi lynchien ou fable poétique, suivant le degré de concentration du spectateur.

 

3e

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La vierge mise à nu par ses prétendants

Troisième film de Hong Sang-Soo, La vierge mise à nu par ses prétendants est la première manifestation dans la filmographie du coréen de sa propension aux exercices de distorsion de la réalité.

Le film est, comme souvent chez HSS, découpé en deux parties distinctes.

La première raconte d'une façon assez inhabituelle pour lui une histoire d'amour simple et partagée, presque idéale, découpée en sept tableaux. La seconde reprend la même histoire, tableau par tableau, en montrant quelques scènes complémentaires à chaque fois. Mais contrairement à un effet Rashomon "simple", les scènes ne sont pas exactement les mêmes que dans la première partie : par exemple une fourchette tombe à la place d'une cuillère, un personnage dit quelque chose au lieu d'un autre, etc. 

L'interprétation de ce que l'on voit est donc complexe, si l'on se demande où se situe la réalité : dans la partie A (potentiellement vue à travers les yeux de l'amoureux transis), dans la partie B (plus mitigée, plus complexe, peut-être donc la même histoire vue par la femme), quelque part entre les deux ?

Le résultat est extrêmement stimulant, très agréable à regarder (un très beau noir et blanc qui sera utilisé dans trois autres films par le coréen, dont le très beau Matins calmes à Séoul), parfaitement construit.

Après les deux premiers films qui comportaient encore des tentatives plus ou moins réussies, La vierge... est pour moi la première complète réussite de Hong Sang-Soo.

 

3e

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Le pouvoir de la province de Kangwon

Deuxième film de Hong Sang-Soo, Le pouvoir est un film assez ardu pour ceux qui ne sont pas familier avec l'oeuvre du coréen.

Son premier film (Le jour où le cochon est tombé dans le puits) était une sorte de manifeste dense et marqué par un quasi trop-plein d'intentions. Son deuxième est également un manifeste, mais qui annonce une autre partie de son oeuvre : moins conceptuelle, plus subtile, plus cruelle, plus épurée.

On trouve ainsi pour la première fois une structure en dyptique, assez simple, que HSS réutilisera de nombreuses fois. Les liens temporels entre les deux parties du film (le graffiti sur le palier de la porte, la même scène de train) sont subtils et mêmes parfois presque surnaturels (le poisson rouge qui disparaît dans la deuxième partie est-il l'animal qu'enterre Ji-Sook dans la première ?). Hong pose ici des jalons de sa réflexion sur le temps et les coïncidences qu'il approfondira par la suite.

Le pouvoir est aussi marqué par le désespoir et la présence omniprésente de la violence : harcèlement, assassinat de la femme dans la montagne, pulsion de suicide, corruption pour obtenir un poste, dispute en tout genre, crise soudaine de colère, avortement traumatisant. Sous ses dehors légers et son air "de ne pas y toucher", le cinéma de Hong remue ici les immondices de l'âme humaine, mais il le fait avec distinction.

La structure du film est toutefois un peu lâche et l'ensemble peut sembler manquer de cohérence. Il est en tout cas pour moi moins riche que Le cochon, moins subtil que La vierge, et globalement moins maîtrisé que le reste de l'oeuvre de HSS. 

C'est enfin peut-être le film le plus noir de son auteur, puisqu'ici aucun sourire ne vient adoucir le noir tableau de la condition humaine qu'il dessine.

 

2e

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Conte de cinéma

Conte de cinéma est le sixième film de Hong Sang-Soo. Après la trilogie qui l'a fait connaître en occident, puis deux films ambitieux pour lesquels il a bénéficié de plus de moyens (Turning gate et La femme est l'avenir de l'homme), le réalisateur coréen conçoit ici son premier film dont la construction entière est basée sur un concept qui trouble le spectateur. Conte de cinéma inaugure ainsi une lignée qui aura de nombreux successeur dans la filmographie de Hong Sang-Soo (de Hill of freedom à Un jour avec, un jour sans).

Nous assistons dans la première partie du film à une histoire dont le sujet, le ton et la réalisation détonne légèrement par rapport aux autres films de HSS, même si on y trouve des thématiques habituelles du cinéastes (la lâcheté masculine, le suicide). Par exemple c'est la première fois que le zoom optique est utilisé, me semble-t-il.

Au milieu du film, on comprend qu'on vient de voir un film réalisé par un cinéaste qui est en train de mourir (les subtils décalages détectés sont donc normaux, puisque le film n'est pas de HSS !). L'actrice principale du film sort d'une salle de cinéma où elle regardait le même film que nous, et est suivie par un homme qui la drague, et lui révèle être celui qui a inspiré le personnage principal du film. S'en suit une seconde partie très sombre, peut-être une des plus noire de tout le cinéma de HSS, dans laquelle la femme s'avérera particulièrement dure.

Le film dans son entier semble marqué par l'emprise de la mort (suicide, maladie). Les mensonges et l'incompréhension entre les êtres humains semblent portés ici à leur maximum, et le sens de la vie s'échappe des mains des protagonistes comme du sable entre les doigts, sous l'ombre tutélaire de la tour de Séoul, qui ouvre le film et revient régulièrement tout au long de ce long-métrage.

D'un point de vue formel, le cinéma de HSS s'allège un peu dans Conte de cinéma. La durée diminue nettement, la touche est plus légère, même si elle reste cruelle. Il s'agit sans nul doute d'une des oeuvres pivots de la filmographie du coréen.

Intellectuellement très stimulant. 

 

2e

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Hill of freedom

Hill of freedom marque dans la filmographie de Hong Sang-Soo le début d'un travail intense sur la destruction de la trame logique et temporelle de la narration, qui culminera dans ses deux films suivants, Un jour avec, un jour sans, puis plus encore Yourself and yours.

Ici, le montage obéit à un concept ludique assez bien trouvé  : une femme lit une longue lettre, les feuilles tombent dans un escalier et les scènes vont être assemblées dans cet ordre aléatoire. 

Le résultat est stimulant intellectuellement. S'il n'est pas très difficile de "recoller" les différents éléments de l'histoire pour en faire un tout cohérent, le procédé apporte au film une coloration légèrement décalée, qui est très agréable, renforcée par le caractère étrange de certains dialogues métaphysiques (sur le temps par exemple). L'aspect ludique de la construction du film va jusqu'à inclure (si je puis dire) des scènes "manquantes" (comme la bagarre), ou des rêves, pour mieux nous égarer.

Le sujet du film est probablement l'incommunicabilité entre les êtres humains (et surtout entre les hommes et les femmes), comme souvent chez HSS. Tout amène ici les protagonistes à mal se comprendre : le problème de la langue (le personnage principal est japonais et ne parle pas coréen), les malentendus, les occasions manquées, les histoires avortées.

Le cinéma du coréen trouve ici une expression quasiment parfaite dans sa forme : légère comme une fugue de Bach, ne s'encombrant d'aucun effet accessoire, parfaitement maîtrisée dans sa structure dépouillée. Les personnages du film semblent être des mouches se heurtant obstinément à une vitre, et une sorte de nihilisme forcené émane de Hill of freedom

 

3e

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La femme est l'avenir de l'homme

La femme est l'avenir de l'homme suit dans la filmographie de Hong Sang-Soo son manifeste de jeunesse, Turning gate.

Il reprend une partie des thèmes du film précédent (trio amoureux, femmes très entreprenantes sur le plan sexuel, spleen généralisé chez les hommes), sur un mode un peu moins dense et poétique.

La femme est l'avenir de l'homme est un Hong Sang-Soo très léger dans sa structure. Le film est court, avance rapidement et parfois même abruptement, ose des flashbacks qui éclairent brillamment le présent, et propose mêmes des scènes imaginées par les personnages. Il annonce ainsi nombre des films suivants, dans lesquels la trame temporelle sera malmenée avec une apparente désinvolture par le cinéaste.

Le film est aussi un des plus pessimiste de HSS. Pas beaucoup d'espoir dans la quête minable menée par ces deux hommes amoureux de la même femme, qui vivent nombre de situations embarrassantes tout au long du film.  Une fois retrouvée, la dite femme s'avère à la fois charmante et insaisissable, s'offrant curieusement et sans engagement aux deux jeunes hommes. La narration du film est d'une grande liberté, et le décor romantique de Séoul enneigé (qui sera magnifié plus tard dans Matins calmes à Séoul) forme un écrin parfait à ce film d'une grande noirceur.

Un bon cru.

 

3e

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Turning gate

Ce quatrième film de Hong Sang-Soo suit la trilogie initiale qui fit connaître le cinéaste coréen en France, et marque la mise en place des grands thèmes que HSS va ensuite développer durant toute sa carrière.

Nous avons donc ici des hommes qui cherchent l'amour, des femmes séduisantes et insaisissables, un simulacre d'amitié, des phrases qui se répètent dans la bouche de plusieurs personnages, des scènes de beuverie et de restaurant, des allusions sexuelles directes, des artistes plus ou moins ratés, des coïncidences, des situations qui rendent mal à l'aise, des défauts de mémoire, des objets symboles et un récit en deux parties.

Les seuls éléments vraiment nouveaux qui apparaîtront dans la suite de la filmographie de Hong Sang-Soo seront les déformations de la trame temporelle de la narration, complètement inexistantes ici.

Dans ce film fondateur de la grande période classique du coréen, on suit la trajectoire d'un beau personnage masculin, Gyung-Soo, qui promène sa grande carcasse dans la campagne coréenne : une vraie curiosité pour le coup, puisque Séoul est le théâtre habituel utilisé par HSS. Il rend visite à un ex-ami, couche avec la petite copine de celui-ci qui le manipule, rencontre ensuite une fille avec qui il était au collège et dont il ne souvient plus, en tombe amoureux, et se fait larguer.

On voit que tout cela n'est pas très gai, et l'acteur Kim Sang-Kyung interprète à merveille ce pauvre gars à la fois maladroit et poète (très jolie scène où il écrit une déclaration posée dans la rue à l'aide d'un kaki).

Turning Gate est une très bonne introduction à l'univers de Hong Sang-Soo, donnant à voir à la fois l'incroyable habileté du réalisateur à saisir les plus petits mouvements de l'âme, et sa capacité à parfois égarer le spectateur dans les méandres de plans plus ou moins utiles. Le film est à cet égard remarquablement long pour un HSS (1h55) : il semble rempli à ras bord des intentions de son réalisateur.

 

3e

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Kingdom

Kingdom est une série coréenne de zombies, qui se déroule au Moyen-âge.

Présentée comme cela, elle ne vous attirera pas forcément, et c'est bien dommage. Cette série originale est en effet une des plus jolies choses que l'on puisse regarder sur Netflix, pour peu qu'on ne soit pas allergique à quelques têtes coupées et autres hectolitres d'hémoglobine.

Les paysages, les décors, les costumes et la photographie sont tout d'abord d'une beauté irréelle. Je crois n'avoir jamais vu rien de plus beau dans une série. 

L'écriture est ensuite d'une belle finesse. S'il faut deux épisodes pour situer correctement tous les personnages les uns par rapport aux autres, le plaisir est ensuite immense. Les rebondissements et les enjeux de la série sont finalement plus proches de ceux de Game of thrones que de ceux de The walking dead

La mis en scène de Kim Seong-Hun (Hard day, Tunnel) est virtuose, et le casting est impressionnant. On y retrouve par exemple la grande Doona Bae, qu'on a vue dans Sense 8 mais aussi chez Park Chan-Wook, Bong Joon-Ho et Hirokazu Kore-Eda. 

Kingdom est une aventure sensuelle d'une qualité exceptionnelle, qui sait varier les enjeux d'une manière extrêmement brillante : la deuxième saison abandonne presque le sujet des zombies pour se concentrer sur les luttes de pouvoir. Au vu de la fin très excitante de cette seconde saison, on prie pour que Netflix rempile et que nous puissions continuer à suivre dans le fil de l'imagination débridée de la scénariste Kim Eun-Hee.

 

4e 

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Height of the wave

Je connaissais beaucoup de facettes du cinéma coréen : le burlesque osé, la comédie, le drame social, le mélange des genres, la provocation, l'horreur, la comédie romantique, l'humour décalé et même le misérabilisme extrême. 

Il me manquait le film d'auteur lent, poussif et moche : lacune comblée au Festival des 3 continents 2019 avec le calamiteux Height of the wave, dont on peut penser (et espérer) qu'il ne sorte jamais en France. 

Le sujet du film est assez intéressant : une femme policière isolée sur une île enquête sur le statut d'une jeune fille orpheline, qui s'avérera avoir été abusée par la quasi totalité des hommes présents sur l'île. Le sujet est glauque, mais il aurait pu être traité de façon brillante. 

Jungbum Park le traite malheureusement de façon glauque : montage lymphatique, image grisâtre, caméra hésitante, jeu des acteurs approximatif, lumière fantomatique. 

C'est très laid, et on s'ennuie ferme.

 

1e

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Le gangster, le flic et l'assassin

Présenté en séance de minuit au dernier Festival de Cannes, le film coréen Le gangster, le flic et l'assassin peine à soutenir la comparaison avec ses illustres prédécesseurs, au nombre desquels le superbe The spy gone north, projeté en 2018.

Ici, seule l'idée du film - tiré d'un véritable fait divers -  est véritablement intéressante : un gangster humilié (par hasard) par un tueur en série s'allie (temporairement) avec un flic, pour coincer son agresseur. 

C'est efficace comme un film d'action américain, assez peu subtil, mais émaillé de trouvailles dans le sordide ou le gore comme seuls les asiatiques semblent en trouver (par exemple le coup du punching ball, assez amusant).

Sinon, les travers habituels de la société coréenne sont mis en évidence (les flics ripoux) et les rebondissements inattendus qui arrivent à point nommé sont bien là. Les scènes marquantes sont filmées avec moult ralentis et le film est à la fois énervé et inoffensif. 

Ce n'est pas le meilleur du cinéma coréen, loin de là.

 

2e

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Parasite

Quel merveilleux film que le dernier Bong Joon-Ho, qui porte à leur plus haut point toutes les qualités déjà vues dans les films précédents du réalisateur coréen.

Le plus remarquable pour commencer c'est la fluidité parfaite du scénario, qui glisse merveilleusement d'une situation à une autre avec un sens du rythme qui captive sans aucune interruption. 

Bong Joon-Ho possède une capacité hors du commun pour mélanger les genres au sein d'un même film  : on passe ainsi progressivement (ou même alternativement) de la comédie burlesque à la satire sociale, du thriller hitchcokien au film d'épouvante, et de la chronique quotidienne au mélodrame sentimental, sans que jamais la narration ne semble ralentie ou affaiblie par ces changements de ton.

Il serait réducteur de présenter le film comme une allégorie de la lutte des classes (bien des médias ne s'en priveront pas) : il est bien plus que ça. La prestation de ces acteurs, à commencer par le magnifique Song Kang-Ho, sorte d'alter ego du réalisateur à l'écran, magnifie les sentiments qui unissent les membres de cette famille pauvre.

Les héros chez Bong Joon-Ho ne sont pas toujours très intelligents et ne sentent pas très bon (quelles formidables et dramatiques variations sur le sujet dans Parasite). On l'avait déjà bien réalisé en regardant The host ou Memories of murder. Mais ils agissent, tentent de progresser et de s'entraider avec une énergie positive qui force l'admiration.

Ajoutez aux qualités du casting et du scénario une mise en scène vive, déliée et élégante, une utilisation absolument géniale des décors (la scène de l'inondation est une merveille de réalisme), et vous obtiendrez un plaisir de spectateur total.

Le meilleur film de l'année à ce jour et une Palme d'or amplement méritée.

Bong Joon-Ho sur Christoblog : Memories of murder - 2003 (****) / The host - 2006 (***) / Mother - 2009 (***) / Snowpiercer - 2013 (*) / Okja - 2017 (**)

 

4e

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The spy gone north

Le réalisateur Yoon Jong-bin montre dans ce film à quel point le cinéma coréen peut être puissant et efficace quand il s'empare d'un thème et d'un genre.

The spy gone north est en effet au film d'espionnage ce que The strangers fut au film d'épouvante il y a deux ans : il commence comme un classique du genre avant de s'envoler vers tout autre chose.

On est ici saisi devant la complexité apparente du scénario, que le montage resserré et efficace éclaircit au fur et à mesure. Les jeux de pouvoir, l'influence de la politique, la longueur et la dangerosité de la mission menée par l'agent Park : tous ces éléments contribuent à faire de ce long film dense un sommet de l'année 2018 en matière de thriller. 

Comme souvent chez les cinéastes coréens, la mise en scène est racée et rudement efficace, alors que la direction artistique est extraordinaire. Les rencontres avec le dictateur nord-coréen donnent l'occasion à l'équipe du film d'élaborer des plans mémorables : les lumières, décors, figurants, et accessoires sont impressionnants.

The spy gone north commence comme un film d'espionnage et finit comme un drame sentimental doublé d'un brûlot politique. C'est passionnant.

 

3e

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