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Christoblog

BAC Nord

Le problème de Bac Nord ne réside pas dans la polémique qui a accompagné sa sortie. Après tout, le tableau qu'il dresse des quartiers Nord de Marseille n'est qu'une toile de fond, dont on se doute bien qu'elle est à la fois représentative d'une certaine réalité et probablement caricaturale.

Non, le problème de Bac Nord réside dans l'incurie de son scénario, le manque de caractérisation de ses personnages, la maladresse de sa construction et le mauvais goût intrinsèque qui semble présider à tout ce que l'on voit à l'écran : comment peut on oser choisir comme musique Le pénitencier (même dans sa version originale) pour une scène de sortie de prison ? 

Gilles Lellouche n'est pas pour rien dans la faillite du film. Il joue comme une enclume le rôle d'un policier tellement bête qu'on n'arrive jamais à avoir de l'empathie pour lui et ses collègues. Les scènes d'action ne sont que correctes et ne parviennent pas à faire surnager le film : en matière de western urbain le film danois Shorta, sorti l'année dernière, est bien meilleur.

C'est donc raté de bout en bout.

 

1e

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L'origine du monde

L'origine du monde est une comédie qui n'est pas très drôle, construite sur un pitch qui se veut à la fois transgressif et bizarre (attention, spoil à suivre) : pour faire rebattre son coeur, Jean-Louis doit donner une photo du sexe de sa mère à une guérisseuse.

Toutes les péripéties qu'on voit à l'écran ne sont que des saynètes qui progressent lourdement vers le but ultime que j'ai énoncé en introduction.

Le film est globalement indigeste dans son intention et pataud dans sa réalisation, alternant maladroitement des styles différents, de l'introspection inquiète (les scènes d'introduction et leurs gros plans signifiants) au burlesque débridé (les acteurs qui se déshabillent), sans que l'amalgame ne prenne jamais vraiment.

Si l'ensemble ne tient que moyennement la route, il subsiste tout de même ici où là quelques éclairs drôles et une curiosité : voir pour une fois Vincent Macaigne en autre chose qu'en bobo barbu aux yeux de cocker. Quant à Laurent Lafitte, j'espère qu'il est dans la vie moins hautain et désagréable que son personnage : sa prestation le soir de l'avant-première à l'UGC de Lille permet d'en douter.

 

2e

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Les contes de la lune vague après la pluie

La mise en ligne par Arte de plusieurs films de Mizugochi m’a permis de revoir son chef d’œuvre, Les contes de la lune vague après la pluie.

Disons-le pour commencer, la mise en scène est sidérante de modernité et d’élégance. Les premières scènes sont à ce titre exemplaires : travelling délié, variété des plans, montage alerte.

Le propos du film est également intemporel et parfaitement adapté à notre présent : ravages causés par la guerre, folie de l’ambition, violences faites aux femmes, distorsion de la réalité, irruption du fantastique dans une trame qui jusque-là était très réaliste.

Il y a enfin dans le film une cruauté sèche qui ne déparerait pas dans le cinéma contemporain, si ce n’est qu’ici les scènes violentes ne font pas l’objet d’une exposition frontale (on coupe les têtes légèrement hors champ, les viols ne sont qu’évoqués et les lances ne percent pas vraiment les corps).

Le film est enfin plastiquement très beau. La photographie est splendide et ménage quelques scènes d’anthologie, comme celle où on glisse dans la continuité du bain dans la source chaude à l’arbre en fleur. Le travail sur la musique est aussi très important, mêlant musique traditionnelle japonaise (lancinante, il faut le dire) et musique occidentale (qui peut parfois rappeler celle des westerns de la même époque).

Un film remarquable qui peut éventuellement rebuter ou interloquer par son formalisme parfois un peu compassé, particulièrement sensible dans le jeu des acteurs. A revoir.

 

3e

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Serre-moi fort

Comme souvent chez Amalric, on ne comprend d'abord rien à ce qu'on voit.

Si on ne connait pas le synopsis du film, ce qui était mon cas, il faut attendre une petite heure pour commencer à saisir de quoi il est question. Amalric malaxe dans son creuset poétique sons, images, temporalités, vivants et morts, souvenirs et rêves. C'est le plus souvent exaspérant, et parfois beau.

De cette sophistication inutile, on ne retient au final pas grand-chose, si ce n'est quelques éclairs lancés à travers le jeu de Vicky Krieps, malheureusement un peu bridée dans un rôle dans lequel elle ne peut pas faire grand-chose d'autre que la "veuve éplorée qui rêvasse en triant les photos". Quand les acteurs peuvent se lâcher un peu (la scène de la boîte de nuit et quelques autres), Serre-moi fort prend une toute autre dimension, moins doloriste et plus sensible. Ces moments sont malheureusement trop rares.

Beau, mais froid.

 

2e

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Une histoire d'amour et de désir

Une histoire d’amour et de désir prend le contre-pied des clichés habituels : les poètes de l’islam du XIIème siècle y chantent les plaisirs érotiques, les jeunes filles y sont débrouillardes et émancipées (Farah, la sœur) et la masculinité (Ahmed, son père) y est sclérosée, comme empêchée.

Ce procédé de rebrousse-poil systématique serait un peu facile s’il n’était servi par un couple d’acteur formidable. Le jeune Sami Outalbali parvient à la perfection à jouer l’introspection rêveuse et empruntée de son personnage, alors que sa partenaire, la pétillante et entreprenante Zbeida Belhajamor le bouscule avec une belle énergie. Son personnage de jeune tunisienne venant étudier en France peut certainement se lire comme un double de la réalisatrice, arrivée de Tunis pour intégrer la Femis.

La caméra de Leyla Bouzid filme cette jolie histoire sans grande originalité et avec quelques facilités, mais avec un sens très sûr de la progression dramatique : quelques scènes sont vraiment très réussies (la rencontre d’Ahmed et d’un de ses amis traditionalistes, le repas de Noël).

Le premier film de Leyla Bouzid (A peine j’ouvre les yeux) était sympathique. Le second, attendrissant et intéressant, est encore meilleur.

Leyla Bouzid sur Christoblog : A peine j'ouvre les yeux - 2015 (**)

 

3e

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La loi de Téhéran

Le film de Saeed Roustayi mérite-t-il son excellente réputation et l'accueil chaleureux de la critique dont il fait l'objet ?

La réponse est oui, mille fois oui. Tout est en effet admirable dans La loi de Téhéran : le rythme effréné du début (la première course poursuite est époustouflante), la richesse des interactions entre les différents personnages, le glissement progressif vers le point de vue du criminel et le caractère extrêmement spectaculaire de sa mise en scène.

Ce film, nouveau témoin de l'extraordinaire vitalité du cinéma iranien, n'est pas seulement un polar ultra-efficace, c'est aussi un formidable thriller psychologique (je n'ai pu m'empêcher de penser au cinéma de Farhadi durant toute la seconde partie), un tableau saisissant de la société iranienne, et un drame poignant en ce qui concerne les dernières scènes. Les acteurs sont excellents, et rarement une masse de figurants aura été aussi impressionnante.

A ne rater sous aucun prétexte.

 

4e

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France

France est sûrement un des films le plus abordable de Bruno Dumont : un scénario lisible, des péripéties, un propos caustique, des situations frappantes.

Il s'agit presque d'un film "normal". Presque, parce qu'il a tout de même une particularité notable, celle d'assembler plusieurs styles dans un ensemble bizarrement composite, ce qui explique probablement le mauvais accueil critique que le film a généré, beaucoup s'attendant à une ligne claire, que le film ne tient pas de façon continue.

France démarre par comme une satire au vitriol d'un certain style de journalisme, parodié de façon outrancière, notamment par le personnage d'assistante too much jouée par une Blanche Gardin en pleine forme. Il peut même virer au burlesque surréaliste (la scène de conférence de presse avec Emmanuel Macron, la rencontre chantée dans la neige, le capitaliste qui annonce tranquillement qu'il s'agit de devenir pauvre).

En cours de route, Dumont fait bifurquer son film vers un autre point de vue : la journaliste haïssable est elle-même sujette à état d'âmes, et passera du côté des victimes suite à une machination, avant une scène de quasi-rédemption sur les terres du cinéaste, dans le Boulonnais. Déroutant pour ceux qui s'attendaient à un dégommage au bazooka sur la durée...

Comme si cela ne suffisait pas, France est aussi un exercice de style formel (la magnifique scène de l'accident, absolument étonnante dans le cinéma de Dumont, les regards caméra) et une friandise baroque  en terme de direction artistique (l'intérieur de l'appartement, la garde robe de la journaliste, les superbes extérieurs).

Difficile donc de s'y retrouver, sauf à considérer, comme moi, que la dernière oeuvre du nordiste est avant tout un beau et sensible portrait de femme, saisie dans ses contradictions, et magnifiquement jouée par une Léa Seydoux parfois très enlaidie, dont le jeu distancié fait ici merveille. Je pense qu'il s'agit ici de son meilleur rôle.

 

3e

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Un triomphe

Le sujet de l'émancipation d'un collectif par le spectacle a déjà été traité par de nombreux films. Il existe même une très belle oeuvre des frères Taviani, lion d'or à Venise, César doit mourir, qui aborde exactement le même thème : des détenus montant une pièce de théâtre.

Rien de bien nouveau ici, donc, dans la progression balisée de l'histoire et la manière dont les embûches successives, internes et externes au groupe, seront surmontées. Le film est de ce point de vue assez plan-plan, et plutôt agréable à regarder.

Ce qui sauve Un triomphe de médiocrité et de la complaisance, c'est le dépouillement du scénario, sec et nerveux, le jeu de chien battu (mais opiniâtre) de Kad Merad, qui rappelle parfois son rôle dans Baron noir, et enfin sa dernière demi-heure. La fin du film est en effet un peu en décalage avec toute la première partie, et donne finalement au feel good movie qu'était jusque là Un triomphe un arrière-goût absurde et beckettien tout à fait étonnant.

Une bonne soirée.

 

2e

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Drive my car

Des 40 films vus à Cannes cet été 2021, aucun ne m'a fait un effet aussi durable et profond que Drive my car.

Le cinéma de Ryusuke Hamaguchi, qui jusqu'ici m'avait paru extrêmement prometteur mais toujours un peu inachevé, atteint tout à coup une ampleur et un niveau de perfection qui place son réalisateur au rang des plus grands.

On pourrait lister longuement toutes les caractéristiques qui constituent une oeuvre cinématographique, en constatant ici à chaque fois leur excellence : un scénario à la fois évanescent, précis et magique (tiré d'une nouvelle de Murakami), une mise en scène qui n'hésite à recourir ni à l'emphase ni à l'intimité (et qui peut réunir les deux), un jeu d'acteur captivant, une photographie absolument somptueuse (certaines scènes - la neige, le bord de l'eau, la répétition dans le jardin - sont parmi les plus belles que j'ai vu cette année).

Au-delà des qualités techniques du film, c'est son contenu profond qui ensorcèle. Le ballet des rencontres au fil des années (avortées, inattendues, interrompues), la méconnaissance de soi-même et des autres, le sens de notre existence et la puissance de la nature : Hamaguchi tisse la fine trame d'une philosophie personnelle et poétique qui m'a sidéré par sa puissance.

Drive my car nous tient en haleine pendant plus de trois heures, thriller psychologique et sentimental, parsemé d'éclairs de génie saisissants, tel la représentation finale de la pièce de Tchékov. Pour moi le film de l'année, et même peut-être un peu plus. 

 

4e

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OSS 117 Alerte rouge en Afrique noire

Même si ce troisième opus est issu de l'imagination du même scénariste que les deux premiers (Jean-François Halin), il ne sonne pas exactement de la même façon. 

Il faut dire que l'humour d'Halin est à manier comme de la nitroglycérine : il s'agit finalement de rire de blagues racistes, sexistes et homophobes proférées à répétition, en ayant en permanence à l'esprit qu'il s'agit de second, ou troisième degré. Hazanavicius, qui maintenait dans les deux premiers épisodes une certaine distance avec son héros, parvenait parfaitement à nous faire saisir ce besoin de lecture à plusieurs niveaux.

Nicolas Bedos propose un film plus empathique vis à vis de son héros (qui parvient même, après avoir souffert dans sa virilité, à se débarrasser de ses complexes et de ses concurrents). Il propose aussi du grand spectacle et un souffle d'aventure (avec des moyens qui ne me semblent pas toujours au top).

Le résultat final est donc plus ambigu, moins convaincant et homogène. On se demande parfois exactement ce qu'on regarde : héros sur le retour sympatoche bien qu'un peu ringard, comédie exotique ou critique féroce de la Françafrique ?

Rarement vraiment drôle (hormis le formidable passage de l'adresse au lion en allemand), toujours agréable à regarder, ce nouvel OSS 117 est un divertissement honnête qui doit être vu si on a apprécié les précédents opus.

 

2e

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Promising young woman

Il arrive que les phrases d'accroche qui parent les affiches desservent plus le film qu'elles ne le servent. Ici par exemple, la citation "Le thriller, féminin et frais, qui change la donne" ne reflète pas du tout le contenu du film.

Tout d'abord, Promising young woman n'est pas vraiment un thriller, mais plutôt une comédie romantique noire, si vous pouvez imaginer cela. Ensuite, on peut peut-être le qualifier de féministe (parce que féminin, cela ne veut pas dire grand-chose) mais en tout cas pas de "frais" : il est surtout caustique, et d'une certaine façon désespéré. Et pour finir, il ne change pas la donne du tout, il ne fait que peindre le triste tableau d'une réalité à peine rehaussée d'un trait de couleur : le coup de pied de l'âne final.

Pour peu qu'on le regarde pour ce qu'il est, Promising young woman est un beau portrait de femme, tendre et désabusé, servi par une magnifique Carey Mulligan. C'est surtout son scénario qui fait son intérêt : on ne sait vraiment pas où le film va nous emmener, et cela est suffisamment rare pour être souligné.

Une réussite qui a été mal vendue : le film n'est pas un brûlot féministe ni une comédie acidulée, mais une histoire originale et surprenante, parfaitement incarnée.

Cette critique est réalisée en collaboration avec le site Cinetrafic :  Promising young woman 

Le film est diffusé par Universal Pictures France, en DVD, Blu-Ray et VOD le 25 août : Facebook et Twitter.

 

3e

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Bonne mère

On pourra sûrement trouver beaucoup de défauts au deuxième film de Hafsia Herzi : un synopsis élastique, une direction d'acteurs qui se résume à une approche documentariste (la plupart ne sont pas des acteurs professionnels), une sorte de candeur dans la mise en scène.

Autant de travers qui pourront se retourner comme un gant : Bonne mère brille par son portrait sensible d'une mère courage qui fait tenir debout sa famille désertée par les hommes, et par le tableau sans concession et naturaliste qu'il dresse des quartiers nord de Marseille.

Quelque soit le coté où l'on penche, il est désormais certain que Hafsia Herzi, après un premier long-métrage sensible et sensuel, dépose ici la marque d'une réalisatrice à la forte personnalité.

Hafsia Herzi sur Christoblog : Tu mérites un amour - 2019 (**)  

 

2e

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Kaamelott - Premier volet

Très difficile de porter un jugement objectif sur ce film quand on a été fan de la série il y a dix ans.

D'un côté, la satisfaction de retrouver le style Astier est profondément réconfortant : les répliques qui font mouche, l'absurdité congénitale, le casting incroyable. C'est comme enfiler de vieilles pantoufles.

De l'autre, je suis perplexe quant à l'assemblage qui est tenté ici : l'humour cheap et absurde des premières saisons coexiste avec le spleen dépressif des dernières, alors que le passage sur grand écran permet d'ajouter une composante Games of Thrones dans les décors et les costumes (sans que cela fonctionne parfaitement, il faut l'avouer). Astier se permet aussi de virer au romantique et au flash-back roman-photo.

L'impression générale est donc plutôt celle d'un patchwork qui pourra être considéré comme indigeste ou attendrissant suivant l'humeur et le degré d'affection qu'on porte à la saga.

Globalement, et malgré quelques excellentes choses (Chabat incroyable et Sting très convaincant), je pense que le film paraîtra très imparfait, y compris techniquement, à celui qui n'a jamais vu un épisode de Kaamelott.

 

2e

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Bergman Island

Je ne sais pas trop quoi penser de ce nouveau film de Mia Hansen-Love, pas désagréable, mais qui respire l'entre-soi chichiteux. Malgré ses qualités (bonne photo, bons acteurs, mise en scène correcte), c'est le sujet du film qui ne me semble pas mériter l'honneur d'un long-métrage.

Un vieux réalisateur en couple avec une jeune : classique. Ils discutent, échangent des idées de films, lisent leurs notes tout en parlant de Bergman, dont il occupent la maison sur l'île de Fårö, où ils sont en résidence. 

L'idée de scénario de la réalisatrice se transforme sous nos yeux en film dans le film, puis en tournage de film dans le film. Même lieux, sujet différent, mais tout aussi anecdotique : tout cela est peu intéressant, et sent le film "meta" à plein nez, bourré de référence et d'allusions pour initiés.

Tout est donc fin et maîtrisé, sans provoquer chez moi un véritable intérêt, si ce n'est celui de découvrir les jolis paysages de l'île, et le culte de Bergman qui y règne.

 

2e

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Benedetta

Benedetta présente l'immense avantage de pouvoir faire l'objet d'une lecture à une multitude de niveaux.

Commençons par le film qui a choqué une partie des critiques : le nanar grossier où ça chie, ça pète, ça se fout des godes entre les jambes, ça zigouille, ça tranche des têtes, ça balance des répliques visiblement destinées à faire rire le spectateur et choquer le bourgeois. Celui-ci est amusant. 

Il y a aussi le film férocement blasphématoire, qui encule Dieu, ou pour être plus précis, pénètre la nonne profondément, puisque le godemichet en bois est taillé dans une statue de la Vierge. Commençant où le film précédent se termine (la grossièreté), il se termine dans des sphères bien plus politiques : utilisation des miracles, cupidité à tous les étages, absence de croyance véritable.

Il y a au passage un joli film de reconstitution historique, même si on est loin la somptuosité de La reine Margot. Verhoeven prouve tout de même ici qu'il n'a pas son pareil pour retourner un genre (le film en costume) comme un gant.

Il y a aussi un thriller psychologique dans Benedetta : qui gagnera à la fin, qui manipule qui, et jusqu'à quel point ? Qui est avec qui, finalement ? Les miracles sont-ils tous bidonnés ? Le nonce vaincra-t-il au final ?

Et enfin, il y a la façon dont Verhoeven fouille les recoins de l'âme humaine, un film aux confins de la métaphysique et de la sexualité : que croire ? qui croire ? que sentir ? comment jouir ?

Tous ces films se mêlent harmonieusement grâce à un sens du rythme exceptionnel et à des acteurs et actrices au sommet de leur forme. Virginie Efira, Charlotte Rampling, Olivier Rabourdin et Lambert Wilson sont excellents.   

J'ai beaucoup aimé ce film, qui pour moi représente un véritable tour de force.

Paul Verhoeven sur Christoblog : Total recall - 1990 (**) / Elle - 2016 (****)

 

3e

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Onoda

Quel film extraordinaire que ce Onoda ! Je crois n'avoir jamais vu de film français aussi ambitieux de toute ma vie.

C'est tout le grand cinéma américain du nouvel Hollywood qu'il faudrait convoquer ici, pour le comparer au souffle, à l'ampleur narrative de ce deuxième film d'Arthur Harari. On pense bien bien sûr au cinéma de Cimino, mais qui serait ici dans une tonalité mineure : une sorte de Voyage au bout de l'enfer intime et introspectif.

Le film est parfait sur tous les plans, sans aucune exception. L'image est d'une beauté irréelle, la photographie sublimant tous les plans, baignant les scènes dans une lumière souvent grisâtre, à la fois précise et réaliste. Les acteurs sont incroyables, le sentiment d'immersion absolu. Le découpage du film, habilement structuré autour de plusieurs flashbacks imbriqués, réduit les 2h47 du film à un clignement d'oeil. 

Une odyssée au long cours, de l'émotion, de la poésie, de la réflexion : Onoda, c'est du cinéma d'auteur XXL, en parfaite résonance avec le monde actuel (on comprend parfaitement comment peut naître une théorie du complot). Il est pour moi inexplicable que le film n'ait pas été en compétition au Festival de Cannes 2021, à la place de films comme La fracture, Haut et fort ou Tout s'est bien passé.

Arthur Harari sur Christoblog : Diamant noir - 2016 (**)

 

4e

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Titane

Titane est une oeuvre complète, qui possède sa propre logique et propose un monde homogène qui n'est pas le nôtre.

Si l'on accepte ces présupposés (ce que l'on fait sans problème si on voit un Fellini, un Anderson ou un Carax) et qu'on se laisse porter par la proposition, le second film de Julia Decourneau est enivrant de maîtrise.

Tout y est en effet admirablement fait : l'interprétation hors norme des deux interprètes principaux, la mise en scène virtuose (quelle scène d'ouverture, quel talent pour filmer les scènes d'incendie ou de danse !), la direction artistique irréprochable (musique et bande-son remarquables, photographie et décors magnifiques, effets spéciaux confondants).  

Les thématiques abordées ne sont pas foncièrement originales. Certains critiques évoquent le cinéma de Cronenberg, alors que la ressemblance n'est que superficielle à mon sens. C'est en réalité toute l'histoire de la littérature et du cinéma qu'il faudrait convoquer, en commençant par la mythologie : assassinat du père, désir de maternité et de paternité, quête d'un foyer, expression du mal-être existentiel à travers la violence, dissolution de la limite entre humain et non humain, confusion des genres, naissance de l'amour, primauté du corps sur l'esprit (et inversement), etc. L'intérêt de Titane ne repose donc pas sur les sujets abordés, ni sur l'histoire racontée, mais dans la façon dont Julia Ducourneau parvient à dissoudre tous ces thèmes dans un creuset intime et sensuel, qui lui est très personnel.

Que l'élan vital du film vous transperce ou pas conditionne donc la façon dont vous réceptionnerez Titane :   dans le premier cas vous entrerez de plain-pied dans un monde sidérant où la trivialité côtoie le sublime, dans le second vous ne comprendrez probablement pas pourquoi le film a obtenu la Palme d'Or.

Julia Ducourneau sur Christoblog : Grave - 2016 (****)

 

4e

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Journal de Cannes 2021

 

17 juillet

Dernier jour sur la Croisette. C'est le moment des ultimes rattrapages. A 10 heures, nouveau rendez-vous avec Apichatpong Weerasethakul, pour le seul film en compétition que je n'ai pas encore vu. Memoria (3/5), tourné en Colombie, est un Weerasethakul relativement abordable et toujours magnifiquement filmé. En plus, vous pouvez dormir une minute sur deux sans rien rater. Dans la foulée, j'ai vu et détesté le nouveau Gaspar Noé, Vortex (1/5). Noé filme la vieillesse et la fin de vie sans imagination, et avec une certaine complaisance. Il est bien meilleur quand il filme l'exubérance des corps et la folie des dérapages incontrôlés. Son film est pesant sans être dérangeant. 

Pour la première fois depuis que je fréquente Cannes, je peux entrer dans la salle pour la cérémonie de clôture. La cérémonie est barrée, Spike Lee étant complètement à l'ouest. Sans télé, on ne comprend pas toujours ce qui se passe (il n'y a aucune traduction en direct), mais la salle est en ébullition et réagit au peu de ce qu'elle comprend : par exemple quand Kuosmanen déclare son admiration pour Farhadi et que les deux s'étreignent. Une cérémonie bordélique, humaine, et concluant parfaitement cette semaine de retrouvailles avec le cinéma. Pour finir, mon 41ème film à Cannes (record de 2018 égalé) sera OSS 117, Alerte rouge en Afrique noire (2/5), qui se laisse regarder sans trop de déplaisir, même si l'épisode est inférieur aux précédents.

C'est fini, à l'année prochaine !

16 juillet

Journée spéciale aujourd'hui où j'ai enchaîné les cinq séances consécutives au Grand Théâtre Lumière. Haut et court (2/5) de Nabil Ayouch est un film sympa et quasi-documentaire sur le rap comme voie d'émancipation dans une banlieue de Casablanca. Un peu superficiel, mais agréable. France (4/5) ne ressemble à rien de ce que Bruno Dumont a fait jusqu'à aujourd'hui et c'est sûrement son film le plus accessible. Oeuvre étrange et très stimulante intellectuellement, qui peut se regarder au troisième degré, France en désarçonnera plus d'un. Un des tous meilleurs rôles de Léa Seydoux.

Nitram (3/5), de l'australien Justin Kurzel, est le portrait abrupt et oppressant d'un jeune mal adapté à son milieu et sa famille. Le film est puissant et révèle un acteur très spécial : Caleb Landry Jones. Enfin, le nouveau Joachim Lafosse, Les intranquilles (3/5) est un beau film sur le trouble bipolaire. Il bénéficie de la très solide interprétation de Damien Bonnard et Leïla Bekhti, tous deux excellents. Pour terminer cette longue journée, quel plaisir de retrouver dans la salle Lumière l'immense acteur Song Kang-Ho, deux ans après son triomphe dans Parasite. Emergency declaration (2/5) est un film catastrophe coréen très convenu, trop long et pas passionnant, mais ce n'est pas grave, c'est la dernière séance "officielle" du Festival en attendant la clôture demain, et quelques séances de rattrapage en ce qui me concerne dans la matinée.

 

15 juillet

Début de journée en compétition avec L'histoire de ma femme (1/5) de la hongroise Ildiko Enyedi. On ne retrouve pas du tout ici la concision rêveuse qui faisait le prix de son film précédent, Corps et âme, Ours d'or à Berlin. Le traitement de cette histoire d'amour compliquée au début du XXième siècle est laborieux, et la mise en scène très approximative, pour une durée beaucoup trop longue (2h40). Une déception que la présence de Léa Seydoux ne parvient pas à atténuer. Le nouveau Hong Sang-Soo, In front of your face (4/5) est exactement l'inverse du film précédent : 1h20 de minimalisme total, quelques plans fixes et, chose peu courante pour le coréen, beaucoup d'émotion lors d'une séquence mémorable. Un film qui marque peut-être un tournant dans la prolifique carrière de Hong Sang-Soo.

Enfin accueil très enthousiaste de la salle Debussy pour le nouveau film d'animation de Mamoru Hosoda, Belle (5/5) qui ravira tous les amateurs du genre (14 minutes de standing ovation). Pour peu que vous soyez friand de l'esthétique des anime et intéressé par le sujet des réseaux sociaux virtuels, le film est une merveille. Je vous le conseille fortement si vous avez aimé les autres films de Hosoda : Summer wars, Les enfants loups, Le garçon et la bête ou Miraï, ma petite soeur.

14 juillet

Début de journée renversant avec Titane (5/5) de Julia Ducourneau, qui secoue un peu une compétition assez ronronnante. Ce film, comme Grave, est porté par un élan vital qui donne plaisir à voir et impose un univers très particulier, entre fantasmagorie et ancrage dans le réel. Les thématiques abordées ne sont pas originales, mais leur assemblage dans un creuset intime et sensuel est remarquable. Le deuxième film de Leyla Bouzid, Une histoire d'amour et de désir (4/5) est frais et attachant. Il nous permet de découvrir la poésie érotique arabe du XIIème siècle et renverse les rôles féminin / masculin avec une belle malice. Le film conclut la très belle sélection 2021 de la Semaine de la Critique.

Je reviens ensuite à la compétition. Red rocket (4/5), de Sean Baker, est une bulle de cinéma pop, sensuel et réaliste, servi par un acteur hors du commun, Simon Rex, qui est en réalité le véritable sujet du film. Après cette série de trois bons films, grosse déception devant le nouveau Audiard, Les olympiades (2/5). Je n'ai pas vu grand-chose d'intéressant dans ses chassés-croisés amoureux et sexuels de trentenaires parisiens. Le scénario est bancal (assemblage de trois romans graphiques du même auteur américain, Adrian Tomine), les acteurs moyens, le propos insignifiant : seule la mise en scène est à remarquer, un peu. C'est donc plutôt raté, très loin du registre habituel d'Audiard.

13 juillet

La journée commence à Un certain regard avec un beau premier film, Mes frères et moi (4/5) de Yohan Manca. Un regard frais et profond sur une fratrie laissée à elle même dans une cité de Sète. On a l'impression d'avoir vu mille fois ce genre de choses, qui pourtant ici prennent un tour nouveau, attendrissant et réaliste, sur fond d'amour de l'opéra. Le film suivant à la Semaine est une sorte de performance. Feathers (3/5) de l'égyptien Omar El Zohairy, est une fable presque muette dans l'Egypte des plus défavorisés. Que se passe-t-il si un jour le mari est transformé en poulet par un magicien ? Bizarre, mais d'une grande beauté formelle : une sorte d'expressionnisme coloré et silencieux.

Retour au palais pour le reste de la journée, et des expériences plus classiques ! Un héros (5/5), d'Asghar Farhadi, marque le retour du maître dans son pays. Le film, farhadien en diable, brille par son scénario mathématique, qui comme d'habitude fouille les dilemmes moraux en multipliant les points de vue, et aussi par sa mise en scène toujours superbement intelligente. Se dessine aussi en creux un portrait de la société iranienne contemporaine. Pour finir, le nouveau Desplechin en salle Debussy, Tromperie (2/5). Léa Seydoux n'est pas là pour cause de Covid, mais Denis Podalydès, si. Le film est un parfait croisement de l'univers du cinéaste nordiste et de celui de Philip Roth. C'est parfois intéressant, mais souvent anecdotique et ennuyeux. Les acteurs et actrices assez bons, ce qui sauve le film, inutilement verbeux, de la catastrophe. Pas un grand Desplechin.

12 juillet

Ce matin premier contact avec le nouveau complexe Cineum de Cannes La Bocca qui permet de voir à coup sûr la compétition en rattrapage. Drive my car (5/5) de Ryusuke Hamaguchi s'impose pour moi comme le meilleur film en compétition à ce jour. Les 3 heures semblent durer 1H30 : c'est beau, profond, ample. Tout ce qu'on a pu voir auparavant semble lourd et pesant à côté de miracle de sensibilité. Le cinéma d'Hamaguchi (Senses, Asako 1&2) culmine ici à son point le plus haut : Palme d'or en vue en ce qui me concerne, et la Saab 900 turbo rouge en passe de devenir mythique.

Fin de journée au GTL avec deux montées des marches. La fièvre de Petrov (2/5) de Kiril Serebrennikov est un film où règne le trop-plein : trop d'intentions, trop d'effets, trop de dialogues, trop de tout. On peine à comprendre ce qu'on voit, et je n'ai jamais compris quel était le sujet du film. La mise en scène du réalisateur de Leto est toujours aussi brillante, mais tourne à vide. The French dispatch (2/5) de Wes Anderson m'a laissé lui aussi complètement froid. Pas d'émotion dans ce film ou Anderson ressasse mécaniquement ses recettes au service de trois histoires dans lesquelles aucune émotion ne circule. La montée des marches est cependant homérique : Bill Muray, Adrien Brody, Tilda Swinton, Benicio Del Toro, Owen Wilson, Jarvis Cocker, Alexandre Desplat, Mathieu Amalric, Lyna Khoudri, Thimothée Chalamet, et beaucoup d'autres.

 

11 juillet

Journée entièrement consacrée à la compétition dans le Grand Théâtre Lumière. Le nouveau Sean Penn, Flag day (1/5,) est un peu moins mauvais que son dernier film présenté à Cannes (The last face), réputé comme le film ayant obtenu le plus mauvais accueil critique de ces dix dernières années, mais cela reste vulgaire, emphatique, sirupeux, mal conçu et mal réalisé. Compartiment N°6 (5/5) du finlandais Juho Kusmanen, est l’exact opposé du Sean Penn : un projet modeste, cohérent stylistiquement et réalisé avec les tripes. Le dépaysement dans le train Moscou Moursmank est total, et l’âme russe y est parfaitement décrite. J’ai beaucoup aimé cette histoire simple, mais pas simplette. J'aimerais que le film figure au palmarès.

En soirée, deux montées des marches avec noeud papillon, les premières de cette année. Quel plaisir de se retrouver sur la même rangée que Nanni Moretti ! Son nouveau film, Tre piani (3/5) est un film de scénario plutôt qu'un film d'acteur ou de mise en scène. On pourra peut-être le trouver un peu froid. Trois histoires différentes s’entremêlent, de qualité différentes, fouillant sur une dizaine d’années les dilemmes de la conscience humaine. Bergman Island (2/5) de Mia Hansen-Løve, vu dans la foulée, ne m'a pas convaincu : synopsis meta (film dans le film, Bergman partout), entre-soi chichiteux, mise en scène a minima. Intérêts du film : se faire une idée du culte dont Bergman fait l'objet et  découvrir les jolis paysages de l’île de Fårö.

 

10 juillet

Une bonne journée qui commence avec Benedetta (4/5) de Paul Verhoeven. La bande annonce me faisait un peu peur, mais heureusement le film est bien plus complexe que ce que le teaser laissait penser. Les niveaux de lecture du film sont nombreux et s'imbriquent les uns dans les autres de façon très stimulante. Si on accepte une certaine démesure (comme dans Annette, finalement) le plaisir est grand. Je poursuis avec la compétition : La fracture (3/5), de Catherine Corsini, est le tableau saisissant d'une nuit à l'hôpital pendant les manifestations des gilets jaunes. Le film vaut principalement par son aspect documentaire, et par la performance de Valeria Bruni-Tedeschi en bourgeoise lesbienne hors de contrôle. Je prédis un succès public au film.

A Un certain regard, qui s'avère cette année la section la plus intéressante, je fais une nouvelle découverte : le très bon Et il y eut un matin (4/5), de l'israélien Eran Korilin (La visite de la fanfare). Le film raconte la mésaventure d'un arabe de Jérusalem bloqué dans le village de ses parents par des évènements imprévus : c'est drôle, émouvant, interpellant. Le type de cinéma qu'on vient chercher à Cannes, qui donne des nouvelles du monde tout en divertissant. Pour finir, séance plaisir avec le nouveau Samuel Benchetrit, Cette musique ne joue pour personne (3/5), pour moi le meilleur film de son auteur. Une comédie décalée avec rassemblé dans la salle Debussy un casting sympa : JoeyStarr, Vanessa Paradis, Bruno Podalydès, Ramzy Bedia, Gustave Kervern.

 

9 juillet

Bon début de journée à la Quinzaine avec le troisième volet que Jonas Carpignano consacre à sa ville de Calabre, Gioia Tauro. A Chiara (4/5) est une vraie réussite, une fois de plus d'un réalisme saisissant, tournée uniquement avec des acteurs non professionnels. L'actrice principale est remarquable dans le rôle d'une jeune fille de 15 ans qui découvre que son père est un mafieux. Je continue à la Quinzaine et je suis très déçu par La colline où les lionnes rugissent (1/5) de Luana Bajrami, actrice française d'origine kosovar qu'on voit beaucoup en ce moment au cinéma (elle était la servante dans Portrait de la jeune fille en feu). Peu d'intérêt dans ce portrait foutraque et déjà vu de trois jeunes filles engluées dans une adolescence sans avenir, au fond d'un trou paumé. Le fait que le film se déroule au Kosovo n'apporte rien.

Retour à la compétition avec le nouveau Joachim Trier, Julie (en 12 chapitres) (3/5), film sur une trentenaire irrésolue, qui se veut à la fois amusant (il l'est fugitivement) et dramatique (cela n'a pas marché pour moi). C'est en tout cas assez bien fait, et c'est le meilleur film de Trier depuis Oslo, 31 août. L'actrice, Renate Reinsve est très bien (prix d'interprétation en vue ?). Enfin pour terminer la journée, je tente un peu par hasard Mothering sunday (1/5) d'Eva Husson. Son dernier film, présenté en compétition (Les filles du soleil) s'était bien fait descendre, et ce sera probablement le cas de celui-ci aussi, d'une nullité affligeante. C'est académique, boursouflé, une sorte de Downton Abbey cheap. Ni Olivia Colman, ni Colin Firth, d'ailleurs absents tous deux de la projection, n'évitent le naufrage. Josh O'Connor, l'acteur principal, le prince Charles aux grandes oreilles de The crown, est lui présent dans un magnifique costume rose.

 

8 juillet

Le dernier Ozon pour commencer la journée. Tout s'est bien passé (2/5), n'est pas un cru extraordinaire. Le film aborde la fin de vie assistée sous un angle un peu particulier, qui colle très bien au cinéma de Ozon : celui d'un vieillard gay dont le choix emmerde sa famille. Les dialogues semblent écrits sur un coin de table, le scénario ne ressemble à rien et les personnages sont stéréotypés. Sophie Marceau, égérie de la maturité rayonnante, sauve le film.

J'enchaîne (au pif) à la salle Debussy pour Great freedom (5/5) de l'autrichien Sebastian Meise, qui raconte la vie d'un homosexuel allemand de 1945 à 1969, à travers ses expériences carcérales. Le film est prenant, intéressant, et l'acteur fétiche de Petzold, Franz Rogowski, irradie la pellicule. Retour ensuite à la compétition avec le maître tchadien, Mahamat-Saleh Haroun. Lingui, les liens sacrés (2/5) est comme d'habitude une splendeur visuelle, mais est moins prenant que les films précédents du cinéastes (Grigris, Un homme qui crie). Il est même assez ennuyeux par la faute d'un scénario paresseux.

Enfin, bonne surprise à la Semaine de la critique, avec la projection du premier long-métrage de Sandrine Kiberlain, Une jeune fille qui va bien (4/5). Le film est gracieux et profond à la fois, sur un sujet casse-gueule (l'optimisme et la joie de vivre d'une jeune fille juive dans la France des années 40). Les acteurs sont extraordinairement bien dirigés : la jeune Rebecca Mader bien sûr, mais aussi Anthony Bajon et India Hair. Sandrine Kiberlain est émue aux larmes. Tiens, Benjamin Lavernhe est dans la salle, accompagnant ses potes de la Comédie Française qui jouent dans le film.

 

7 juillet

Juste arrivé, première montée des marches pour le quatrième film de Nadav Lapid, Ours d'or à Berlin pour Synonymes. Le genou d'Ahed (3/5) interpelle d'abord par son formalisme : on pourra trouver que les afféteries de mise en scène rendent le cinéma de Lapid un peu froid et distancié. C'est le cas d'une bonne partie de la critique. Mais tout à coup le propos prend un tour très différent et le film se transforme en thriller psychologique et en brûlot anti-gouvernement israélien incendiaire. 

L'ouverture d'Un certain regard me réserve mon premier vrai coup de coeur du Festival. Onoda (5/5) est une fresque d'une ampleur incroyable qui raconte la destinée d'un soldat japonais qui poursuivit la seconde guerre mondiale isolé sur une île des Philippines jusqu'en 1973. J'ai rarement vu un film français aussi ambitieux. Pour tout dire, le film est quasiment parfait, je ne vois rien à lui reprocher, il excelle dans tous les domaines pendant 2h40. Arthur Harari (Diamant noir) a tout d'un (très) grand. Pour finir, séance spéciale : Jane par Charlotte (2/5) avec la mère et la fille évidemment présentes. Le film ravira les fans (on a droit à une visite privée de la maison de Gainsbourg, rue de Verneuil), séduira éventuellement grâce à la spontanéité candide de Birkin qui fait souvent mouche et laissera indifférents les autres, dont je fais partie. On ne peut pas dire que Charlotte Gainsbourg montre d'immenses qualités de documentariste dans ce premier film, consacré à sa mère.

 

6 juillet

Comme pour les deux éditions précédentes, mon Festival commence loin de Cannes, cette fois-ci à Lille.

On ne pouvait rêver mieux comme film d'ouverture : Annette (4/5) de Leos Carax, après plus d'un an de privation de salles, invoque toute la magie du cinéma pour ouvrir cette 74ème édition. Le film est complètement dingue, ose tout, et réussit beaucoup de choses. Comme au temps de Méliès, on croit tout ce qu'on voit, même les artifices les plus grossiers. Il y a de la magie dans ce cinéma-là, même si, en ce qui me concerne, l'émotion n'a pas été vraiment au rendez-vous. Adam Driver se pose comme un premier concurrent sérieux pour le prix d'interprétation masculine. Et demain : la Croisette.

 

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Annette

Annette frappe d'abord par sa virtuosité. Carax, dans la première demi-heure de son sixième film, montre tout ce dont il est capable : une caméra dont les mouvements semblent divins, une direction d'acteur au cordeau, un scénario et un montage dignes d'un rêve éveillé.

Le film est beau, étonnant, ne ressemble à rien de ce qu'on a déjà vu (à moins d'imaginer un croisement de Demy et Lynch). On est scotché à son siège. 

A partir de l'apparition d'Annette, puis de la scène sur le bateau, la magie a pour moi un peu moins fonctionné. Même si le film continue à étonner, je suis resté un peu extérieur à son propos et je n'ai pas ressenti d'émotions, peut-être par la faute d'un scénario qui m'a paru un poil rigide, bridant l'imagination débordante de Carax.

Restent de beaux moments (comme la scène finale de la prison) et une interprétation hors du commun de Marion Cotillard et Adam Driver, tous deux très bons. Le film est une déclaration d'amour à la magie du cinéma.

Suivez la suite de mes aventures cannoises ici : Journal de Cannes 2021

 

3e

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Je voulais me cacher

Histoire édifiante du peintre attardé mental Antonio Ligabue, ce film italien, d'une facture très classique, est servi par l'interprétation incroyable de son acteur principal, Elio Germano, qui fournit une interprétation saisissante.

A travers ses expressions de visage, ses cris, ses regards, les positions de son corps, il parvient parfaitement à restituer à la fois les problème psychologiques du personnage, mais aussi ses sentiments, sa fierté, sa proximité avec les animaux, sa volonté de vivre.

Une autre des qualités du film, c'est sa façon de magnifier les paysages de la plaine du Po, jusqu'au plan final, splendide. La direction artistique est impressionnante.

La construction de Je voulais me cacher, un peu alambiquée au début, s'assagit progressivement, sans que son apparent classicisme ne nuise à son expressivité. Le réalisateur Giorgio Diritti parvient à faire ressentir la pulsion de peindre comme rarement on l'a vu au cinéma.

Je recommande chaudement ce film aux amateurs d'art brut, et aux autres aussi. 

 

3e

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