Christoblog

Les misérables

C'est peu dire que Ladj Ly, pour son entrée dans la confrérie des cinéastes de longs-métrages, frappe un grand coup.

Les misérables coche en effet toutes les cases de la réussite miraculeuse : un scénario extrêmement brillant qui évite tous les écueils (on y retrouve la complexité de The wire), une mise en scène hyper-efficace (qui m'a fait penser au meilleur de Spielberg), un casting hors normes, une attention au détail comme on en voit peu, des idées à la pelle.

Le film commence comme une agréable pagnolade à la sauce de banlieue : accent, personnalités truculentes, dialogues ciselés, récit d'initiation. La manière dont l'histoire se durcit progressivement est exceptionnelle, Ladj Ly et son scénariste Giordano Gederlini parvenant à multiplier les fausses pistes avec une habileté confondante.

Le récit du film renvoie beaucoup des protagonistes dos à dos, en veillant à ne jamais perdre son spectateur, jusqu'à un plan final d'anthologie, qui résume toutes les qualités du film. 

Les misérables, en plus de son intérêt dramatique et de sa capacité à captiver, parvient à donner un sentiment de réalité extrême. On a en effet rarement eu cette impression de vivre la vie quotidienne des quartiers, que ce soit dans les jeux des enfants, au cirque, chez les salafistes ou dans le club aux lumières rouges. La capacité que manifeste Ladj Ly à mettre en place une ambiance avec quelques éléments est la marque d'un futur très grand réalisateur.

Une oeuvre d'exception, à ne rater sous aucun prétexte !

 

4e

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Noura rêve

Le film tunisien de Hinde Boujemaa présente beaucoup de points communs avec Papicha, le récent film algérien de Mounia Meddour : un personnage féminin très fort confronté au patriarcat violent, une femme réalisatrice, un tableau saisissant de la vie quotidienne, un sentiment de fatalité, une mise en scène efficace et brutale.

Si Noura rêve est un peu moins ample que Papicha dans son propos et un poil moins ambitieux dans sa forme, il est tout de même très intéressant et mérite d'être vu. 

Le personnage de Noura est ici joué par Hend Sabri, totalement utilisée à contre-emploi, puisqu'elle est plutôt habituée au glamour et aux paillettes (elle est mannequin et égérie de L'Oréal pour le Maghreb). Ici, sans fard et sans maquillage, elle réalise une prestation très solide.

De la même façon, le personnage de l'inquiétant mari est joué par Lotfi Abdelli, plutôt connu comme humoriste en Tunisie.

Le résultat est un film glaçant, qui commence sotto voce, mais vire tout à coup l'imbroglio narratif complexe, pour se terminer dans une sorte de cruelle queue de poisson. Noura rêve est puissant, réaliste et édifiant. Je le conseille.

 

2e

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Little Joe

L'idée originale du film n'est pas mauvaise : une plante est capable d'influencer les sentiments des hommes à son profit, pour survivre, du fait qu'elle a été créée génétiquement stérile. Du coup, les humains l'entourant deviennent possédés par elle, façon bodysnatchers.

De ce concept fumeux, on imagine que certains réalisateurs auraient pu tirer quelque chose de décapant et potable (Lanthimos, Ostlund, Ozon ?). Ce n'est pas le cas de Jessica Hausner, qui propose un exercice de style théorique et peu incarné. Les intérieurs, les extérieurs, les lumières, les couleurs, les vêtements vraiment affreux  : tout concourt à inspirer un sentiment clinique de froideur très calculé.

Les acteurs jouent assez mal (regardez la photo ci-dessus pour vous en convaincre) et ne contribuent aucunement à la crédibilité du propos. La progression de l'histoire est surlignée de façon outrancière, notamment par une bande-son qui semble faite pour éprouver notre résistance au stress auditif (stridence, balle qui rebondit et aboiement de chien).

Regarder ce film absolument raté constitue une véritable souffrance.

 

1e

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Concours Vivre et chanter : Gagnez 2x2 places (Terminé)

A l'occasion de la sortie en salle de Vivre et chanter le 20 novembre, je vous propose de gagner 2 x 2 invitations valables partout en France.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : quelle est la nationalité du réalisateur Johnny Ma ? 
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 19 novembre 20 h.
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite les invitations, envoyées directement par le distributeur.

NB : un des deux lots sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)

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Gazette du Arras Film Festival 2019

9 novembre

L'Arras Film Festival commence cette année sous le soleil, par le premier long-métrage de Filippo Meneghetti : Deux (2/5). Le pitch est plutôt intéressant. Deux lesbiennes âgées qui n'ont pas fait leur coming out sont victimes d'un terrible accident de la vie : l'une d'entre elles est victime d'un AVC qui la prive de parole, et sa compagne est rejetée par les enfants de la première. Malgré une interprétation très solide de Barbara Sukowa, le film pêche par sa mise en scène appuyée et la faiblesse des seconds rôles.

Le deuxième film de la matinée est plus intéressant. Noura rêve (3/5) de la tunisienne Hinde Boujemaa rappelle la force du récent film algérien Papicha avec lequel il partage de nombreux points communs : une femme réalisatrice, une mise en scène crue et efficace, des femmes de caractère, le poids de la fatalité et un tableau sans fard de la société maghrébine contemporaine. Les acteurs sont très convaincants et le film est puissant, même s'il n'a pas l'amplitude de Papicha. Le film sort la semaine prochaine.  

On continue avec le cinéma tunisien contemporain avec le très bon Un fils (4/5) de Mehdi M. Barsaoui, convaincante histoire de couple mâtinée de thriller, réalisé efficacement de façon réaliste, "à l'américaine". L'acteur Sami Bouajila est très bon, et a obtenu un prix d'interprétation à Venise. A ne pas rater à sa sortie en mars 2020. 

Pour finir cette riche journée, rien de tel qu'une comédie romantique décalée entre une jeune paumée finlandaise bien barrée et un sage immigré iranien. Aurora (3/5), premier film de la jeune réalisatrice Miia Tervo remplit très bien un cahier charge relativement peu audacieux mais très plaisant, le tout baignant dans cette ambiance finlandaise si spéciale, assemblage d'alcool, de second degré, d'excentricité absolue et de rapports humains on ne peut plus directs.

 

10 novembre

Avant d'aller voir en soirée Hors normes à Lille qui partage beaucoup de sujets avec lui, j'ai découvert la pépite allemande Benni (5/5) à Arras. Le film de la réalisatrice Nora Fingscheidt propose le portrait d'une enfant de 9 ans hyper-active, instable et très violente, dont aucune institution ne veut. C'est un sujet qui a déjà été traité souvent au cinéma ces dernières années (La tête haute, Mommy...), mais il revêt ici une intensité particulière, de par l'interprétation incroyable de la jeune Helena Zengel (photo ci-contre). Il dresse également un tableau subtil et nuancé du travail des différents accompagnateurs.

Le film, déjà bardé de prix et de reconnaissance (pris Alfred Bauer à Berlin, représentant de l'Allemagne aux Oscars, finaliste de l'European film award), sortira au printemps en France. Il ne faudra pas le rater.

 

11 novembre

Le film serbe Stitches (2/5) traite de façon académique un sujet passionnant : le vol d'enfants nouveaux-nés à Belgrade dans les années 90. Le jeu mutique de l'actrice Snezana Bogdanovic et les parti-pris austères du scénario n'aident pas à adhérer au projet. Pas évident que le film soit distribué en France.

 

12 novembre

Le Festival se termine pour moi cette année aujourd'hui avec la projection de Seules les bêtes (3/5) de Dominik Moll. On retrouve le style du réalisateur, qui mêle film de genre, études psychologiques et ambiances à la limite du fantastique. La direction artistique, le jeu des acteurs, la mise en scène limpide, les beaux décors offerts par la Lozère : le film présente beaucoup de qualités.

Mon esprit rationnel peine cependant à adhérer à un scénario qui multiplie les coïncidences invraisemblables.  La mécanique du film, un classique et maîtrisé effet Rashomon (les mêmes scènes sont vues de multiples fois à travers le regard des différents personnages), est bien huilée. Le film sort le 4 décembre.

 

A l'année prochaine, pour de nouvelles aventures au Arras Film Festival.

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La belle époque

La première chose qui surprend agréablement dans ce film, c'est le ton des premières scènes : les femmes y sont agressives et super-cash. Fanny Ardant lamine véritablement Daniel Auteuil : "Branle toi avec ta main" répond-elle à "Embrasse moi avec tes lèvres".

Le rythme du film est haletant : mise en place de l'incroyable business mené par un Guillaume Canet impérial, satire XXL des réseaux sociaux et nouvelles technologies, mélange des tonalités (le film est tour à tour mélancolique, burlesque et drôle).

L'idée des voyages dans le temps permet d'infinie variations scénaristiques, toutes réussies, et qui parviennent à nous piéger (quel beau personnage que celui de Pierre Arditi). Daniel Auteuil se comporte dans le film comme le spectateur que j'étais : il commence par entrer dans le jeu en n'y croyant pas, puis décide d'y trouver son plaisir. Le casting est parfait et Doria Tillier une révélation.

Une franche réussite dans le genre "comédie populaire intelligente".

 

3e

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Martin Eden

Le réalisateur Pietro Marcello tente d'inclure dans son film toute la sombre complexité du roman de Jack London, en y ajoutant une propre interprétation politique. Il est du coup obligé de procéder à de larges ellipses et à de coupables raccourcis, ce qui nuit beaucoup à la consistance de l'histoire et du personnage principal.

Ses choix plastiques (de curieux inserts de films anciens, un grain de photo qui fait vieux, un décor qui n'est pas précisément situé ni dans le temps ni dans l'espace) sont osés. Pour ma part il m'ont empêché dès le début du film, et jusqu'à la fin, d'entrer véritablement dans l'histoire de Martin Eden. 

Au-delà de la photo, c'est d'ailleurs toute la mise en scène qui m'a semblé être un fastidieux exercice de retour vers le passé. Des cadrages plein visage au dernier plan rougeoyant, la plupart des images du film me sont apparues laides, compassées, datées. La prestation de l'acteur Luca Marinelli, assez artificielle, lui a valu de devancer inexpliquablement Joachin Phoenix (dans Joker) pour le prix d'interprétation masculine, lors de la dernière Mostra de Venise.

C'est pour moi, qui ai lu le livre il y a quelques mois, un affront fait au chef-d'oeuvre de Jack London, ici illustré de la pire des façons.

 

1e

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Hors normes

Reconnaissons d'abord à Toledano et Nakache d'avoir eu le mérite d'utiliser leur notoriété pour mettre sur le devant de la scène un sujet délicat et a priori peu porteur : l'absence de lieux adaptés pour gérer les cas les plus lourds d'autisme, et le dévouement absolu dont font preuve les animateurs d'associations que l'on voit à l'écran.

Il est renversant (et formidable) de voir des salles UGC bourrées de bouffeurs de pop-corn se figer silencieusement à la vue des tribulations de Joseph et Valentin.

En ce qui concerne le cinéma, le film vaut surtout pour deux points : l'interprétation phénoménale de Vincent Cassel (un acteur que j'aime détester, mais qui est ici formidable d'humanité) et son aspect documentaire, qui donne à voir le travail quotidien des accompagnateurs d'une façon particulièrement vivante.

Pour le reste, Hors normes n'est pas exempt de quelques défauts : une musique envahissante et un peu trop tire-larmes par moment, quelques facilités de scénario inutiles (par exemple la romance entre Dylan et la jeune orthophoniste, jouée par Lyna Khoudri, formidable dans le récent Papicha). Mais ces quelques défauts ne pèsent pas bien lourds si on les met en balance avec l'extrême utilité du film, son efficacité immédiate et l'énergie qu'il dégage.

Le duo Toledano Nakache sur Christoblog, c'est : Intouchables - 2011 (***) / Samba - 2015 (**) / Le sens de la fête - 2018 (**)

 

3e

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On va tout péter

Le film de l'activiste - cinéaste Lech Kowalski sur les GM&S représente le degré 0 du documentaire. On dirait une suite de rushes sans queue ni tête : pas de choix de montage, aucun point de vue extra-conflit qui donnerait de l'humanité aux personnages (à part la pêche à la truite inaugurale), un manque d'épaisseur humaine, une mise en scène qui s'apparente à celle du JT de 20h (d'ailleurs, le réalisateur se mêle bien souvent au troupeau des journalistes télé).

L'absence de contrechamps et le manque d'approfondissement des enjeux nuit à la crédibilité du film. Son aspect outrageusement militant rend son contenu suspect.

On ne peut que déconseiller ce pensum lourdingue qui semble être le brouillon d'En guerre, réussissant la prouesse de sembler moins réaliste que la fiction de Brizé.

La présentation du film à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, lors de laquelle les ouvriers se sont exhibés sur la scène comme des bêtes de foire (cornes de brume et drapeaux de la CGT compris) était très gênante : ils donnaient à voir une caricature d'eux-mêmes.

Il y a un seul bon moment dans le film, c'est le passage surréaliste où un huluberlu évoque la reprise de l'usine pour fabriquer des voitures bios. C'est trop peu.

 

1e

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Concours Conséquences : Gagnez 3 DVD (Terminé)

A l'occasion de sa sortie le 5 novembre, je vous propose de gagner en partenariat avec Epicentre 3 exemplaires du DVD Conséquences, film du réalisateur Darko Stante.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : combien de longs-métrages a réalisé Darko Stante avant celui-ci ? 
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 17 novembre 20 h.
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite le coffret DVD envoyé par le distributeur. NB : un des trois coffrets sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)

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J'ai perdu mon corps

Sensation de la Semaine de la critique à Cannes et du Festival d'Annecy, le premier film de Jérémy Clapin coche toutes les cases  du film d'animation pour adulte réussi : des éléments qui ne seront compris qu'à la toute fin du film, une direction artistique subtile, de la tristesse et de la poésie, des effets de mise en scène bien dosés.

Le film évoque dans ses premières scènes des films comme L'homme qui rétrécit, et on se demande vaguement comment le réalisateur va gérer sur la distance c'est histoire loufoque de main baladeuse. Heureusement, on constate vite que cette histoire de main n'est qu'une accroche habile, mais que le coeur du film est une histoire touchante, bien plus classique. Ainsi deux films très différents cohabitent à l'intérieur de J'ai perdu mon corps.

Tout est tellement bien dans le film, à la fois inventif et absolument sage, que je ne sais pas au final quoi en penser : chef d'oeuvre classique ou essai sympathiquement réussi ? 

Il est très difficile de parler du contenu du film sans divulgacher son contenu, aussi je vais me contenter de conclure de façon allusive : J'ai perdu mon corps est suffisamment original dans sa trame narrative comme dans sa mise en scène pour mériter d'être vu, même si l'enthousiasme général me semble légèrement suspect.

 

3e

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La fameuse invasion des ours en Sicile

Je me souviens d'une époque (très lointaine) où connaître l'oeuvre de Lorenzo Mattotti relevait d'une sorte de snobisme arty qui positionnait l'amateur de BD dans le champ de l'art contemporain. On vénérait alors un "album de BD" comme une oeuvre d'art (par exemple l'incroyable Feux). Et on tirait un type de satisfaction très particulier de cette situation : celle des happy few qui ont su distinguer le génie dans le milieu plutôt cloisonné de la BD.

J'attendais donc beaucoup du premier long-métrage de Lorenzo Mattotti.

Si La fameuse invasion est une oeuvre agréable (plutôt pour les enfants) et techniquement de très bonne qualité, il m'a un peu déçu en terme d'ambition artistique. Le conte de Buzatti est sympa, mais il manque de souffle pour intéresser le public adulte. Et l'animation est un peu trop propre à mon goût, avec ses motifs répétitifs et ses à-plat de couleurs primaires. 

Plusieurs aspects du film sont plutôt réussis (les monstres, la poésie décalée), mais sa facture est un peu trop sage pour vraiment m'enthousiasmer.

 

2e

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Le traître

L'histoire que raconte le nouveau film de Marco Bellochio est passionnante de bout en bout. Elle évite les simplifications et les effets faciles, et le portrait de ce premier repenti (qui paradoxalement semble trahir ses pairs au nom de l'honneur) est d'une complexité extrême.

Le traître frappe par la qualité sidérante de sa mise en scène, à la fois classique et inventive, et la force de son interprétation.

Si la première partie peut dégager une impression de déjà-vu un peu didactique, le film décolle vraiment à partir du procès. La qualité de la reconstitution, l'ampleur des décors, la présence des figurants donnent aux scènes dans le tribunal une force sidérante.

Le film est aussi un portrait-hommage en creux du juge Falcone, et le rapport entre ce dernier et Buscetta est très émouvant. L'ultime partie aux USA rend très bien la peur constante dans laquelle vit la famille exilée. 

A défaut d'être du grand art, Le traître est un solide morceau de cinéma, produit par un maître réalisateur.

Marco Bellochio sur Christoblog : Vincere - 2009 (****) / La belle endormie - 2012 (**) / Fais de beaux rêves - 2016 (***)

 

3e

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Concours Le nom de la rose : Gagnez 2 coffrets DVD

A l'occasion de sa sortie, je vous propose de gagner en partenariat avec Wild Silde 2 exemplaires du coffret DVD Le nom de la rose, d'après Umberto Eco, et avec John Turturro.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : en quelle année est sorti en France le roman de Umberto Eco ? 
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 13 novembre 20 h.
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite le coffret DVD envoyé par le distributeur. NB : un des deux coffrets sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)

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Sorry we missed you

Comment, à partir d'un script qui paraît quasiment téléguidé, Ken Loach et son scénariste fétiche, Paul Laverty, parviennent-ils à nous émouvoir à ce point ?

D'abord, parce que le scénario est assez fin : les coups durs attendus n'arrivent pas forcément aux moments prévisibles, ni pour les raisons prévues. Ensuite parce que la mise en scène est au cordeau : près des acteurs (tous parfaits, quel casting exceptionnel !), déliée et en même temps très ramassée. 

Si le film se résumait à une charge contre l'ubérisation de notre société, il serait intéressant. En peignant avec un ton d'une justesse impitoyable la façon dont ce fait de société bouleverse une cellule familiale donnée, Sorry we missed you devient plus qu'un pamphlet : le tableau poignant et très féministe de la charge mentale qui repose sur les femmes.

La dignité extraordinaire qui pare le film, et lui confère sa grandeur d'âme, n'exclut pas de savoureux clins d'oeil, dont l'exemple le plus parfait est sans nul doute la discussion entre supporters de foot.

Un petit chef d'oeuvre, comme le duo Loach / Laverty nous en donne parfois.

Ken Loach sur Christoblog : Looking for Eric - 2009 (***) /  La part des anges - 2012 (***) / Jimmy's hall - 2014 (**) / Moi, Daniel Blake - 2016 (***)

 

4e

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Matthias et Maxime

Dans ce film intime et modeste, Xavier Dolan, surdoué parfois hystérique, semble essayer de marquer une pause.

On retrouve ici certaines de ses préoccupations habituelles (le rapport à la mère toxique, les relations amoureuses) et d'autres plus nouvelles (la bande de potes bruyants). 

Il y a peut-être un peu moins de tics que d'habitude, même si on a droit à l'habituelle pluie de confettis / particules et aussi à la bande-son à fond, caméra rivée au macadam.

C'est décousu, souvent répétitif, parfois touchant, et un peu juste pour remplir tout un long-métrage. Il y a aussi une sorte de hiatus entre l'âge réel de Xavier Dolan et celui du personnage qu'il joue. Le film n'est pas exempt de maladresses criardes (le coup de fil pour avoir une recommandation), flotte de façon constante entre différentes intentions et n'est pas vraiment convaincant.

Une initiative sympathique, mais qui n'arrive pas à me convaincre totalement.

Xavier Dolan sur Christoblog : J'ai tué ma mère - 2009 (**) / Les amours imaginaires - 2010 (**) / Tom à la ferme - 2012 (**) / Laurence anyways - 2012 (***) /  Mommy - 2014 (****) / Juste la fin du monde - 2016 (*) / Ma vie avec John F. Donovan - 2019 (*)

 

2e

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Papicha

Le premier film de Mounia Meddour dégage une impression de prévisibilité. Peut-être parce que sa raison d'être tient dans la tension dramatique qu'il maintient constamment entre la montée inexorable de l'intégrisme dans l'Algérie des années 90 et l'insouciante énergie de ses jeunes protagonistes. On sait forcément dès le début du film que cela ne finira pas bien.

Malgré ce sentiment de fatum qui surplombe le film, on prend tout de même plaisir à suivre l'évolution des désirs et des espoirs de ces quatre jeunes filles, en particulier parce que le scénario est assez riche pour éviter une linéarité trop évidente. 

La caméra est toujours très proche des visages et des corps, créant un sentiment qui mêle claustrophobie, intimité, douceur et séduction. La mise en scène reflète une vraie personnalité et le film parvient sans difficulté à charmer et émouvoir, par la grâce d'une interprétation parfaite (les jeunes filles bien sûr, mais aussi les personnages secondaires comme la maman). Lyna Khoudri, qui interprète Nedjma, alias Papicha, est rayonnante et porte le film sur ses épaules.

On ne peut que conseiller d'aller voir ce beau film, qui outre ses qualités intrinsèques, donne aussi à voir avec brio la vie quotidienne algéroise.

 

3e

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Chambre 212

Chambre 212 est parfois présenté comme un film mineur de Christophe Honoré, une sorte de divertimento ne prêtant pas à conséquence.

Il y a pourtant dans la légèreté du film, dans sa folle inventivité, dans sa douce noirceur et sa façon de traiter la bien-séance par-dessus la jambe, quelque chose de la quintessence du cinéma de Honoré.

Le scénario est d'abord une merveille d'invention. Des époques et des personnages qui se croisent dans d'infinis jeux de miroir, des trouvailles improbables et poétiques (la volonté en Charles Aznavour) : Honoré est un orfèvre en matière de narration, de dispositif scénique et de dialogues.

La mise en scène invente perpétuellement de nouveaux axes : la maquette de la rue, les vues en plongée absolue dans les appartement, le jeu avec les portes. Le labyrinthe émotionnel dans lequel se débattent les personnages est rendu sensible par le cinéaste.

Le casting est magistral est Lacoste n'a jamais été autant Lacoste. 

Tour à tour drôle et mélancolique, le film interroge la notion de couple qui dure plutôt que celle d'amour. Ce n'est pas si courant au cinéma et quand c'est fait avec autant de subtilité et de maestria, c'est jouissif.

Christophe Honoré sur Christoblog : Les chansons d'amour - 2007 (****) / La belle personne - 2008 (***) / Non ma fille, tu n'iras pas danser - 2009 (**) / Les bien-aimés - 2011 (****) / Métamorphoses - 2014 (***) / Plaire, aimer et courir vite - 2017 (***)

 

4e

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Downton abbey

Si comme moi vous avez été captivé par la série Downton abbey, vous ne pourrez pas faire autrement que d'aller voir cette sorte de conclusion cinématographique. 

Vous aurez sans nul doute plaisir à retrouver l'intégralité de ce casting incroyable, comme on retrouve de vieux amis. Rarement une série aura permis de s'attacher à un aussi grand nombre de personnages (au moins 25), chacun disposant de son histoire et de sa personnalité propres.

Au-delà du plaisir des retrouvailles, comparable  à celui de glisser ses pieds dans de bonne vieilles pantoufles, la déception poindra certainement. En effet les caractéristiques narratives de la série (une propension à ne pas éviter les drames, une réflexion sur la fin d'un monde et la naissance d'un autre) sont ici sacrifiées au profit de l'anecdote (une visite de la reine et du roi) et du conventionnel (ce vieux monde finira peut-être par subsister, puisque même notre irlandais de Tom Branson y contribue).

Le seul personnage qui donne un peu de profondeur au propos est celui joué par l'exceptionnelle Maggie Smith, toujours aussi jouissivement méchante.  Les autres micro-histoires qui ponctuent ces deux heures de films ne présentent pratiquement aucun intérêt. La réalisation, elle, monte d'un cran par rapport à la série : les travellings sont plus aériens, la direction artistique plus fastueuse. 

Je ne le conseille qu'aux aficionados.

 

2e

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Joker

Drôle d'assemblage que ce Joker, vrai film noir au pays des comics, faux film d'auteur qui se voit récompensé par un Lion d'or au dernier Festival de Venise.

Le réalisateur Todd Phillips, principalement connu jusqu'ici pour avoir poussivement commis les Very bad trip 1, 2 et 3, se pique ici de donner à son film une ambiance glauque qu'on dirait inspirée des 70's. Il choisit une bande-son particulièrement austère, des couleurs grises, une absence d'effets spéciaux notables, autant d'éléments qui contribuent à donner à ce Joker un vernis de "film sérieux".

Le résultat est frappant, même si Phillips flirte constamment avec les limites du mauvais goût - et les franchit même allègrement à plusieurs occasions. Joaquin Phoenix fournit une prestation à proprement hallucinante, très au-delà du cabotinage, qui confine à la performance. Impossible en le voyant de ne pas penser au Jack Nicholson de Vol au-dessus d'un nid de coucou ou de Shining.

Au final, je ne dirais pas que le film est totalement réussi, mais il est très puissant. Il m'a ennuyé par moment, m'a énervé à d'autres, mais m'a aussi par instant étonné et séduit. Des scènes plutôt grossières alternent avec des moments de grâce irréels (la visite des deux collègues en est un bel exemple), et la trame narrative dans son ensemble, innervée par la thématique de la naissance du mal, est assez subtile.

A vous de vous faire votre propre idée.

 

3e

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