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Christoblog

Tempête

Le cinéma de Samuel Collardey, toujours à la limite du documentaire et de la fiction, est fortement tributaire de la qualité de ses acteurs. 

Dans son avant-dernier film, Comme un lion, je trouvais que tout sonnait faux. Dans Tempête, c'est exactement le contraire qui se produit : l'acteur Dominique Leborne est exceptionnel et son prix d'interprétation à Venise est amplement mérité.

Mais avant d'aller plus loin, il faut décrire le dispositif du film : Dominique Leborne joue son propre rôle, ainsi que ses deux enfants. Tous les trois rejouent leur vie, en quelque sorte scénarisée. Et pour tout dire, il y a du lourd : conditions de vie précaire, divorce qui se passe mal, grossesse non voulue et interrompue pour raison thérapeutique, difficultés de communication en tout genre. On pourrait facilement verser soit dans une thérapie collective sans grand intérêt pour le spectateur, soit dans un auto-apitoiement exhibitioniste qui serait gênant à regarder, soit dans les deux. 

Par miracle, le film évite ces deux écueils : il est parfaitement "regardable" si on ne connaît pas son principe. Sa réussite doit bien sûr au charisme exceptionnel du personnage principal, mais aussi à la mise en scène limpide et assurée de Collardey, et peut-être plus encore à son montage rigoureux, proche de la perfection. Il se dégage de certaines scènes une émotion intense (je pense au dialogue entre le père et la fille vers la fin par exemple) qui m'a rappellé la puissance émotionnelle brute de ... Cassavetes. 

Au-delà de toutes ses qualités, Tempête est également intéressant par ce qu'il montre de la dure condition de pêcheur : peut-être le plus dur des métiers qu'on puisse aujourd'hui exercer.

Une franche réussite.

Samuel Collardey sur Christoblog : Comme un lion (*)

 

3e 

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Concours Chala une enfance cubaine (Terminé)

A l'occasion de la sortie le 23 mars de l'excellent Chala, une enfance cubaine, je vous propose de gagner 5 x 2 invitations valables partout en France.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "Dans quelle ville se déroule l'action du film ?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 21 mars  20 h.

Un tirage au sort départagera les gagnants.

Vous recevrez ensuite les invitations, envoyées directement par le distributeur.

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Aller au festival de Cannes (pour les nuls) N°1

En tant que simple cinéphile, puis-je aller à Cannes pendant le festival et voir des films ? C'est à cette question à la fois simple et compliquée que je vais essayer de répondre.

 

Première approche

D'abord, si vous allez sur le site internet du festival, vous verrez que tout est fait pour vous dissuader de tenter votre chance. On y spécifie que le festival est réservé aux professionnels et à la presse. Point barre, circulez. En creusant un peu, vous découvrirez qu'on parle d'une accréditation Cannes Cinéphiles, dont les critères d'attribution semblent très limitatifs (habiter la région PACA, faire partie d'une association de cinéphiles, être lycéen avec option cinéma...).

 

Les festivals de Cannes

Mais avant d'aller plus loin, il nous faut détailler les différentes sections. Le Festival de Cannes proprement dit, sous la houlette de Pierre Lescure et Thierry Frémaux, comprend la célèbre Sélection officielle (Compétition, Hors compétition, Séances spéciales), la section Un certain regard, ainsi que les sections moins courues comme Cannes Classics, Cannes Court métrage, le Cinéma de la plage. Géographiquement, toutes les projections du Festival "officiel" ont lieu dans l'enceinte du Palais qui comprend plusieurs salles (Le Grand Théâtre Lumière, les salles Debussy, Bazin, Buñuel, et du Soixantième).

La Quinzaine des réalisateurs est une sélection indépendante. Les projections ont lieu plus loin à l'est, au Théâtre Croisette, sous l'hôtel JW Marriott, entrée dans la rue Frédéric Amouretti. La semaine de la critique, dont la sélection ne comporte que des premiers et deuxièmes films, en est encore une autre, dont le lieu de projection principal est encore plus loin sur la Croisette, à l'Espace Miramar, à l'angle de la rue Pasteur.

La programmation ACID est la dernière-née des manifestations, et la plus modeste. Les projections ont lieu principalement au cinéma les Arcades, 77 rue Félix Faure.

Tous ces lieux sont dans un périmètre de 15 minutes à pied autour du Palais.

 

Jamais sans mon badge

Quand vous marchez à Cannes, vous remarquez rapidement que les gens se promènent avec leur(s) badge(s) autour du cou en toute circonstance. Reconnaître les badges est d'une importance capitale.

La première grande catégorie est constituée des badges Presse. Ils ont des couleurs différentes suivant l'importance du média, si j'ai bien compris, avec un code qui associe une couleur principale et une pastille qui peut être d'une couleur différente. Le badge blanc est ainsi exceptionnel, réservé aux big boss. Il y a des badges presse roses, bleus, jaunes (les moins prioritaires). Vous verrez ensuite des badges "Marché du film", réservé aux vendeurs, producteurs, acheteurs. Des badges verts pour les techniciens, des badges oranges pour les photographes.

Deux catégories vous intéressent plus particulièrement : les badges Festivaliers professionnels, dont la couleur change suivant les années (noir en 2012, gris en 2013, bleu en 2014, blanc en 2015, violet en 2017), les plus courants. Ils constituent le gros de la troupe, regroupant tous les professionnels du cinéma, qui viennent en masse au Festival. Ils sont importants pour une raison que vous comprendrez plus tard.

Et enfin, le badge Cannes Cinéphiles, blanc ou jaune suivant les années, modeste, dont nous allons parler en détail également ci-dessous.

Si on veut compliquer un peu, il faut signaler qu'il est possible d'accrocher à son tour de cou le Pass Quinzaine des réalisateurs, ou les précieux sésames qui donnent accès aux endroits où l'on fait la fête. Il était du meilleur goût de s'afficher avec le badge Villa des Inrocks en 2012 par exemple.

Mais bon, je ne m'étends pas, c'est assez compliqué comme ça.

 

Le badge Cannes Cinéphiles sert-il à quelque chose ?

Si vous êtes un quidam, le seul badge que vous avez une chance d'obtenir est le badge Cannes Cinéphile (ci-contre). 4000 seraient attribués chaque année. Pour ma part j'ai tout simplement rempli un dossier sur le site idoine, en mettant en avant mon goût pour le cinéma à travers Christoblog et en transmettant un scan de ma carte UGC illimité (et aussi un relevé bancaire prouvant que j'ai bien payé un abonnement UGC illimité en janvier). La demande est à faire en février (date limite 1er mars). Vous recevez rapidement une réponse par mail, l'organisation semble très efficace. C'est gratuit. Le badge est à retirer à l'espace Cannes Cinéphiles, situé sur la Pantiero, à deux pas à l'ouest du Palais. En même temps que vous retirez votre badge, achetez le guide des projections Cannes Cinéphiles (pour 4 euros) qui vous donnera toutes les séances accessibles dans les cinémas annexes.

Le débat est parfois vif entre amateurs sur l'intérêt de posséder ou non le badge Cinéphiles. D'abord, douchons les enthousiasmes : Cannes Cinéphiles ne vous permet pas d'accéder automatiquement aux films de la compétition. En effet, pour ceux-ci sont prioritaires les professionnels et leurs invités (on y reviendra). Il existe une queue "Accès Dernière minute", à certaines séances, notamment l'après-midi et à 22h, qui permet théoriquement aux badges Cannes Cinéphiles d'entrer au Grand Théâtre Lumière, mais l'accès n'est absolument pas garanti, et il arrive qu'aucune personne de cette queue ne soit autorisées à entrer.

Tous les jours, à l'Espace Cannes Cinéphiles (sur la Pantiero) sont distribuées des places pour 3 ou 4 séances du festival généralement sans intérêt majeur : Cannes Classic, parfois séance de minuit, master class de cinéastes, mais qui permettent de pénétrer exceptionnellement dans le Palais.

En théorie, Cannes Cinéphiles vous permet d'accéder aux séances d'Un certain Regard, mais sachez que vous passerez en dernier, une fois que tous les autres badges seront entrés. En 2012, j'ai vu par exemple une jeune fille se mettre au tout début de la queue pour Antiviral de Brandon Cronenberg à midi, et ne pas être autorisée à entrer à 14h, après deux heures de patience debout au soleil... A l'inverse en me présentant à la dernière minute pour la projection de Gimme the loot le 26 mai 2012 à 14h, je suis entré sans problème, et il restait des places vides dans la salle. Pour La Quinzaine et la Semaine de la critique, c'est un peu le même principe, j'y reviendrai, il est possible d'entrer avec Cannes Cinéphiles, mais il y a un coupe-file plus efficace pour la Quinzaine.

Pour terminer sur une note positive, Cannes Cinéphiles permet d'avoir une roue de secours possible pour accéder à des projections de films de la compétition, de La Quinzaine, de la Semaine et de l'ACID (voir le programme de ces manifestations) dans les cinémas annexes du festival : les Arcades au centre ville, que je vous conseille, le Studio 13 un peu plus loin dans une ambiance MJC qui détonne un peu (20 minutes à pied, ou bus 1, 2 et 20 arrêt Médiathéque), la Licorne (bus 1, 2 ou 20, arrêt Mairie Annexe), le Raimu à la Bocca (bus 1, MJC Ranguin, plus loin) et le théâtre Alexandre III, à l'est de Cannes (19 boulevard Alexandre III, accessible à pied du Palais).

En conclusion, le badge Cinéphiles ne vous aidera pas beaucoup si vous souhaitez vous immerger dans le coeur vital du Festival que constituent les projections de la sélection officielle dans le Grand Théâtre Lumière, mais il pourra vous rassurer en vous garantissant (plus ou moins) l'accès à des films des sélections parallèles, notamment dans les salles excentrées où l'accès est quasiment certain si vous arrivez un peu en avance (45 minutes).

De plus avoir un truc rectangulaire qui pendouille sur sa poitrine à Cannes est quasiment indispensable pour se fondre dans la masse et procure un avantage psychologique certain sur celui ... qui est tout nu !

Voir aussi :

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #2

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #3

Pour les 18/28 ans, un zoom sur le Pass 3 jours à Cannes : Aller au Festival de Cannes pour les nuls #4

 

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Aller au festival de Cannes (pour les nuls) N°2

Après l'introduction (Aller au festival de Cannes pour les nuls N°1), je vais aujourd'hui traiter du sujet qui préoccupe tout néophyte cannois : vais-je pouvoir entrer dans la salle où sont projetés les films en compétition ?

La réponse est oui. Et curieusement, voir un film en compétition s'avère être presque la tâche la plus aisée à Cannes (après l'accès à la Quinzaine, où il suffit d'acheter des tickets). Voici comment faire.

 

Le Grand Théâtre Lumière

D'abord présentons les lieux. Les films en compétition sont présentés au Grand Théâtre Lumière, une immense salle de 2309 places, composée d'un orchestre, et d'un ensemble corbeille / balcon, vertical comme une falaise. Les fauteuils sont très confortables, avec accoudoirs, et les conditions de projection, même en étant situé sur les côtés ou tout en haut, sont optimales tant pour l'image que pour le son. L'écran mesure 19 mètres de large sur 8 mètres de haut.

Le GTL est situé au sommet des fameuses marches, à gauche quand on regarde le Palais depuis la ville. Il y a d'autres marches rouges, plus modestes, à droite, qui mènent à la salle Debussy pour la sélection Un Certain Regard. Entre ces deux volées de marches, c'est l'entrée du Palais proprement dit, que vous ne pourrez pas franchir sans badge Presse ou Festivalier.

Chaque film est projeté lors d'une seule journée. Une fois, ou plus souvent deux ou trois fois dans la journée. 

Le GTL accueille aussi d'autres films de la sélection officielle (hors compétition) qui ne sont généralement projeté qu'une seule fois.

 

Ouais OK, alors comment on entre ?

Peuvent entrer au GTL les détenteurs de badges (prioritaires, presse ou professionnels). Si on est professionnel, il faut en plus posséder une invitation. Un professionnel peut être accompagné d'un invité sans badge si ce dernier possède une invitation. Tout le défi va donc consister à obtenir un de ces précieux Can2.jpgsésames.

Les invitations les plus courantes ont une couleur saumon (voir ci-contre), elles représentent 90 % de ce que j'ai pu obtenir. Ces invitations sont en possession des festivaliers professionnels (badge Festivalier) qui peuvent en avoir un nombre limité. Par exemple, un festivalier dispose de 250 points et il peut dépenser 100 points pour une invitation, sachant que son stock de points se reconstitue à une certaine vitesse (par exemple 50 points par jour).

Et, s'il demande une invitation, et que celle-ci n'est PAS utilisée, il perd un paquet de points. Ce système vise à ce que le GTL soit toujours plein, mais que le nombre d'invitations en circulation ne soit pas trop supérieur à la jauge de la salle.

Donc, si vous avez bien suivi, vous avez compris qu'un festivalier qui aurait une invitation en poche, demandée pour un ami par exemple, et qui ne pourrait pas assister à la séance, se trouve presque dans l'obligation de trouver quelqu'un à qui la donner. C'est à ce moment précis qu'il faut être là.

Une fois que vous avez ce type d'invitation en poche, il vous reste un dernier écueil à franchir, puisque avec une invitation de couleur saumon vous ne pouvez pas entrer seul, il faut entrer en compagnie d'un professionnel.

Can3.jpgAvant de revenir sur tout cela en détail, sachez qu'il existe aussi des invitations bleues, très rares. Celles-ci représentent le Graal puisqu'elles vous dispensent de devoir trouver une âme charitable qui vous fait entrer, vous pouvez simplement vous présenter et ... entrer, même sans badge. Le rêve. Il est rare d'en voir, mais souvent elles surgissent par paquet  de 5 ou 10 dans les mains de leur détenteur, puisqu'elle doivent être émise à l'intention de partenaires, d'institutionnels, qui peuvent être soumis à des désistements importants.

 

Mais comment on se les procure, ces invitations ?

En les demandant.

Hé oui. L'exercice préféré du cinéphile égaré dans la jungle cannoise est la mendicité. Il faut donc ravaler temporairement tout orgueil mal placé et faire de jolis sourires. Plusieurs techniques existent : vous croiserez des personnes plutôt directes qui errent aux alentours de l'entrée en susurrant "Cherche invitation", "Une invitation siouplait", ou "Tickets please". Je n'aime pas cette méthode, un peu vulgaire, et qui m'a semblé peu efficace. La plupart des chercheurs utilise plutôt une pancarte, un carton, un cahier, ou une ardoise magique sur lequel ils inscrivent simplement le nom du film qu'ils veulent voir. Cela peut paraître incroyable, mais cela marche quasiment toujours.

Quelques conseils : ne cherchez pas de façon générique ("Invitation pour aujourd'hui"), cela ne fonctionne pas. Commencez à chercher 2 heures environ avant l'heure de la séance. Cherchez un endroit qui vous convienne, ou vous serez le premier que les nouveaux arrivants croiseront, souriez, ne vous découragez pas, et surveillez bien tout le monde (parfois quelqu'un hésite et un regard engageant peut faire la différence).

Une fois que vous avez obtenu votre invitation saumon, mettez vous dans la queue, lorgnez autour de vous, et lorsque vous voyez un badge Festivalier, demandez avec un beau sourire si la personne accepte de dire que vous êtes avec elle. En général, ça se passe très bien, et vous pouvez même entamer une conversation passionnante par ce biais. Suivant les années, la nécessité de se passer avec un badgé Festival est plus ou moins respectée. 

 

Je veux faire une montée des marches : c'est possible ?

Can4-copie-2.jpgLes "gros films" sont projetés plusieurs fois dans leur journée. Par exemple pour Cosmopolis le 25 mai 2012 : 8:30, 13:00 et 19:30. Si vous en avez le courage, la séance de 8:30 est assez peu fréquentée et il m'a semblé un peu plus facile d'obtenir des invitations. A partir de 18:00, les séances ne sont plus ouvertes qu'aux personnes en tenue de soirée, ce qui signifie robe de soirée pour ces dames et costume noir, chemise (de préférence blanche, une autre couleur peut passer mais vous vous ferez remarquer) et noeud papillon obligatoire (aucune exception n'est autorisée) pour les messieurs. La tenue étant strictement définie, la population des quémandeurs d'invitation change de profil sociologique le soir, mais il ne m'a pas paru beaucoup plus difficile d'entrer.

Si c'est la séance en présence de l'équipe du film, généralement 19h ou 19h30, vous vivrez un moment très spécial. Pour ces séances particulières, l'entrée est décalée assez loin sur la Croisette. Vous marchez sur la route un certain temps, sous l'oeil des passants en tongs qui vous prennent en photo, puis arrivez aux marches. A cet endroit vous êtes au coeur du mythe. Tout le monde s'arrête, se prend en photo, les yeux brillent, les sourires fusent sous les projecteurs, il règne une atmosphère d'excitation joyeuse.

Une fois assis dans le GTL, vous voyez sur l'écran de la salle la montée des marches de l'équipe du film, l'accueil par Thierry Frémaux et Pierre Lescure, les séances photo, puis, au moment où les stars disparaissent de l'écran pour franchir une porte, vous réalisez qu'elle le font pour pénétrer dans la salle où vous vous trouvez vous-même. Les 2300 spectateurs endimanchés se lèvent comme une armée de pingouins pour applaudir à tout rompre.

A ce moment là, vous avez oublié la séance de mendicité forcée de 17h, je vous assure.

 

Voir aussi : 

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #1

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #3

Pour les 18/28 ans, un zoom sur le Pass 3 jours à Cannes : Aller au Festival de Cannes pour les nuls #4

 

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L'histoire du géant timide

Il arrive qu'on fasse parfois en Festival une découverte bouleversante. Ce fut le cas pour moi au Festival d'Arras 2015, avec Virgin Mountain. Apprendre quelques semaines plus tard que ce film islandais au sujet un peu aride allait être diffusé en France m'a procuré une joie sans mélange : nous sommes bel et bien le pays de la cinéphilie.

Fusi est obèse, et sa libido est faiblarde, pour ne pas dire inexistante. Et le manque de libido, dans notre société, est mal considéré. Donc Fusi a des problèmes : quand il refuse une pute gentiment offerte par ses collègues de boulot, ou quand il sympathise avec une petite fille et qu'on le soupçonne immédiatement de pédophilie.

Fusi n'est pas stupide. Fusi n'est même pas gentil. Fusi regarde les autres êtres humains avec bienveillance. Il n'aime pas aller vite, il prend son temps. C'est un taiseux, un contemplatif, un manuel, un patient. Il a l'intelligence pratique. Il est un personnage magnifique, un des plus beaux que le cinéma nous ait donné récemment.

Le réalisateur islandais du film, Dagur Kari, possède un talent solide, et il dirige très bien ses acteurs. L'immersion dans la réalité islandaise est très efficace (c'est gris !).

L'histoire du géant timide est un film qu'il faut absolument découvrir, sorte de leçon de choses sur la nature humaine, et formidable introduction à l'état d'esprit islandais, dont le parler-vrai flirte toujours avec la brutalité : "Merci de ne m'avoir pas tuée", dit la jeune femme à Fusi qui l'a ramenée chez elle !

Une pépite.

L'islande sur Christoblog : Béliers (****)

 

3e 

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Aller au festival de Cannes (pour les nuls) N°3

Pour ce dernier épisode nous allons nous intéresser aux sections parallèles, après un bref retour sur le Grand Théâtre Lumière.

 

Ultimes recommandations pour entrer en sélection officielle au GTL

Dans le N° précédent je vous indiquais comment trouver un accompagnateur bienveillant avec un badge Festivalier pour pouvoir entrer. Une précision : avant d'entrer dans le bâtiment proprement dit, vous pouvez être contrôlé plusieurs fois (suivant les années, les procédures sont plus ou moins sévères) : à l'entrée des barrières, au pied de l'escalier, au sommet de l'escalier. Le contrôle visant à vérifier que vous êtes bien accompagné a lieu en principe lors des deux premiers. En haut des escaliers normalement c'est bon, mais j'ai tout de même été interrogé une fois à cet endroit. Donc, pour résumer, ne quittez pas votre accompagnateur d'une semelle avant d'être entré dans le bâtiment.

Une fois à l'intérieur ne tardez pas trop à entrer dans la salle proprement dite, il peut en effet arriver que les portes se ferment devant vous parce que le GTL est plein. Dans ce cas on peut vous emmener dans une salle annexe (Bazin par exemple) où le film sera projeté également, mais l'ambiance n'est pas la même, évidemment.

A l'entrée de salle proprement dit, quatrième contrôle où l'on vous prend le talon de votre billet. Plus besoin de prouver que vous êtes accompagné à ce moment-là.

Dernier conseil : vous pouvez entrer avec un sac à dos, mais sans eau dedans, ni appareil photo. Sinon on vous demandera de laisser votre sac au vestiaire. Il y a une fouille des sacs et des détecteurs de métaux à l'entrée. Pas de parapluies volumineux autorisés non plus. Evitez de laisser des choses à la consigne, vous risquez de perdre du temps à la sortie, et le temps est parfois précieux pour ne pas rater une séance.

 

La Quinzaine des Réalisateurs

Can7.jpgLa Quinzaine sera probablement votre deuxième cible privilégiée. D'abord parce qu'il existe un coupe-file particulièrement efficace : l'achat de billet ! C'est la seule billeterie que vous verrez à Cannes. Vous pouvez pour 7€ (ou un peu moins si vous en achetez 5 ou 10) prendre la file d'attente qui vous permet de rentrer après les badges prioritaires, mais en même temps que les badges Festival, et surtout avant la file Cannes Cinéphiles. En arrivant 45 minutes avant la séance avec un billet vous êtes à peu près sûr de rentrer. Il y a en plus beaucoup de séances (dont la première à 9h du matin est peu fréquentée).

L'ambiance est particulièrement sympathique à la Quinzaine. L'équipe du film est souvent présente et la salle du Théâtre Croisette est très confortable. Enfin, si vous ratez une séance, possibilité de rattrapage au cinéma Les Arcades, au Studio 13, à la Licorne ou au Raimu. Consultez le programme spécifique de la Quinzaine pour avoir le programme dans ces salles annexes.

 

La Semaine de la Critique

can6.jpgA l'inverse de la Quinzaine, la Semaine est diffcile d'accès : moins de séances (celle de 8h30 est en principe réservée à la presse, mais on peut tout de même parfois rentrer) et des rediffusions beaucoup moins importantes que la Quinzaine (seulement à la Licorne, au Studio 13, au Raimu, et au compte-goutte). Difficile donc de vous dire d'essayer de tenter le coup, il est possible que vous soyez les premiers de la file Cannes Cinéphiles et que vous ne rentriez pas après une heure de queue, en ayant vu toute la file des autres badges vous passer devant.

Si vous vous y prenez à l'avance, quelques places sont données gratuitement pour les séances des jours à venir dans le petit kiosque en face de l'entrée, mais vous passez aussi après les Festivaliers dans ce cas là.

 

Les autres sélections du festival de Cannes proprement dit

Can8Il est assez facile de se procurer des invitations pour les films en sélection hors compétition, ainsi que pour les séances de minuit. La deuxième sélection du Festival, Un certain Regard, est théoriquement accessible aux badges cinéphiles, mais la probabilité de faire la queue pour rien est importante. Pour Un Certain Regard la hiérarchie des invitations atteint un sommet de complexité ubuesque : les invitations Qa sont > aux Q, qui sont > aux B, qui sont > aux X qui sont dans la même file que les badges Cinéphiles. Autant dire qu'en cas d'affluence, mieux vaut tenter d'obtenir une invit VIP (Q ou Qa) en se postant carrément en bas des marches et en quémandant. C'est ce que j'ai fait avec succès pour voir Trois mondes de Catherine Corsini en 2012. Vous ne trouverez quasiment personne pour vous faire concurrence sur ce terrain, car les chances de trouver sont faibles.

Des places pour Cannes Classic sont distribuées le matin à l'Espace Cinéphiles, et l'accès au cinéma de la Plage se fait sans problème pour les Cannes Cinéphiles.

Les Séances du lendemain qui reprennent les films en compétition et parfois d'Un certain regard ne sont pas accessibles au badge Cannes Cinéphiles. Elles se déroulent dans des salles à l'intérieur du Palais et ne font pas l'objet d'invitation. Donc pas possible d'y accéder.

 

Conseils génériques...

Vous avez compris qu'il vous faudra, pour réussir votre Festival de Cannes, beaucoup de patience. Faire la queue est l'occupation principale. Pour avoir une bonne chance de voir le film, il faut en effet s'y mettre 1h30 / 2 h avant pour la sélection officielle, 45 minutes à la Quinzaine (avec un ticket) ou au cinéma les Arcades. Les queues sont des endroits où l'on discute volontiers avec son voisin. Tous les spectateurs présents à Cannes sont, soit des professionnels (dont beaucoup d'anglophones), soit des mordus. On est donc entre connaisseurs, et comme chacun voit beaucoup de films, les discussions peuvent être très longues. Prévoyez ce qu'il faut pour les files d'attente : lecture, smartphones bien chargés, parapluie et/ou couvre-chef, nourriture et eau.

Il vous faut préparer votre voyage très à l'avance : les logements (hôtel, apparts, meublés) et les billets d'avions doivent être réservés dès janvier pour obtenir des prix abordables. Eviter de loger trop loin du centre car une fois parti vous verrez qu'il est difficile de repasser à son logement : les séances s'enchaînent beaucoup trop vite.  On est vite tenter de sauter des repas, ce qui n'est pas bon du tout pour tenir la distance. Si on prévoit de tenter la montée des marches, il faut prévoir la tenue.

Avant votre départ, vous pouvez imprimer à partir d'Internet tous les programmes de toutes les manifestations mentionnées ci-dessus et commencer à vous fixer des objectifs.

Merci à ceux qui m'auront lu jusqu'au bout.

 

Voir aussi :

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #1

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #2

Pour les 18/28 ans, un zoom sur le Pass 3 jours à Cannes : Aller au Festival de Cannes pour les nuls #4

 

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Les premiers les derniers

Un Mad Max façon bisounours, voilà à quoi fait penser le dernier film du bon géant Bouli Lanners.

Le réalisateur belge aime toujours autant filmer les personnages dans les marges, en transformant les simples paysages du Bénélux en décor d'aventure.

Ici, c'est assez réussi d'un point de vue esthétique : les images sont surprenantes et le contexte intrigant.

Les premiers les derniers est définitivement un film de "tronches" : Bouli Lanners himself en nounours fragile, Dupontel toujours aussi magnétique, Michael Lonsdale en vieux monsieur précieux qui sait ce qu'il fait, Suzanne Clément en jolie-femme-mûre-au-gros-pull-de-laine-qui-connait-la-vie. 

D'histoire il n'est pas vraiment question. Le film suit paresseusement un téléphone portable et ses personnages dans des no man's land de western belge, ne s'attachant finalement qu'à dresser à petites touches pointillistes une chronique de gentils très gentils et de méchants pas très méchants.

C'est parfaitement inconsistant.

Bouli Lanners sur Christoblog : Les géants (*)

 

2e

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The revenant

Iñárritu est doué, quand il s'agit d'emballer une scène sur un tempo d'enfer en immergeant le spectateur dans ce qui ressemble vraiment beaucoup à la réalité.

A ce titre, l'attaque initiale du camp, la rencontre avec l'ours et quelques autres scènes sont de véritables morceaux de bravoure.

Si le film s'était cantonné à un manuel de survie en milieu hostile, sec et précis, il aurait probablement plus captivé. L'ajout inutile du personnage du fils (qui n'existe pas dans le livre) et le salmigondis pseudo mystique que constituent les visions du héros tendent à dévaloriser le film, qui ne sait plus trop où se situer : à mi-chemin entre un documentaire aux belles images type National Geographic et une errance spirituelle à la Malick des mauvais jours.

Du coup, l'épreuve est beaucoup trop longue (2h40 qui durent, qui durent), d'autant plus que The revenant se résume à son contenu programmatique, qu'on connaît en entrant dans la salle : un homme survit et se venge.

DiCaprio ne m'a pas fait forte impression : porter un maquillage de scarifié et rouler des yeux en mangeant du foie cru ne fait pas un grand acteur. J'ai trouvé par contre les autres personnages de trappeurs excellents, notamment le méchant, parfaitement joué par Tom Hardy.

Le cinéma d'Iñárritu ne se réalise au final peut-être que dans la performance ébouriffante, comme c'était le cas dans Birdman. La demi-mesure semble lui être interdite.

Iñárritu sur Christoblog : Birdman (****)

 

2e

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Un jour avec un jour sans

Certains trouvent que les films de Hong Sang-Soo se ressemblent tous, au prétexte qu'ils mettent toujours en scène le même type de relations homme / femme, et qu'ils sont parsemés des mêmes gimmicks (café, alcool, réalisateur).

Ils n'ont pas tout à fait tort. Le cinéaste coréen cherche visiblement depuis plusieurs films à travailler sur la forme de ses scénarios, plutôt que sur leur contenu.

Ici le prétexte est séduisant et casse-gueule à la fois : raconter la même histoire deux fois de suite.

Dans les deux cas, nous assistons à une rencontre entre un jeune cinéaste venu présenter son film dans une petite ville et une jeune femme artiste. Les deux parties du film comprennent en gros les mêmes épisodes, les mêmes décors et parfois même les mêmes dialogues. Les mouvements de caméras ne sont pas les mêmes, les scènes présentent des variations parfois notables et surtout le caractère des personnages (ou leur humeur ?) semblent différents dans les deux versions de la même histoire.  

Les conséquences de ces variations sont plus ou moins importantes et rendent la conclusion de l'histoire différente dans les deux cas. 

Un jour avec un jour sans est donc un jeu subtil et délicat qui pourra en rebuter plus d'un. Et si de plus on est allergique à l'obséquiosité des Coréens, le film pourra être franchement rebutant.

Pour les curieux qui aiment disséquer les différences d'ambiance et de tempo, qui cherchent à voir des signes là où il n'y en pas, et qui aiment en général couper les cheveux en quatre (voire en huit, ou seize), le film paraîtra un nectar délicieux explorant le champ des possibles.

Pour ma part, j'ai oscillé pendant tout le film entre les deux points de vue.

 

2e

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La terre et l'ombre

Les tout premiers plans de La terre et l'ombre donnent le ton : le film va être une splendeur visuelle. 

Et effectivement, il l'est. Des noirs envoutants, des cadrages parfaits, des contrastes éblouissants, des travellings ensorcelants, des plans d'anthologie, une bande son captivante : le film est d'abord un enchantement des sens. On se souviendra longtemps de ces pluies de cendres ou de ce rideau flottant dans le vent.

Au-delà de sa perfection plastique, le film de César Acevedo est une formidable histoire mélodramatique. Un homme revient dans sa ferme natale, parce que son fils souffre d'une terrible maladie du poumon. Pourquoi est-il parti ? Pourquoi sa femme ne l'a-t-elle pas suivi ? Le film répond à ces questions en dressant au passage un tableau documentaire de la culture de la canne à sucre très intéressant.

Les conditions de travail très dures des ouvriers sont admirablement dénoncées, sans que cela ne soit jamais lourdement accusateur. Ce que montre le film suffit à susciter l'effroi.

Légitime Caméro d'or du dernier Festival de Cannes, La terre et l'ombre prouve à la planète cinéphile que le cinéma colombien est l'un des plus florissants d'Amérique Latine.

A voir absolument.

 

4e   

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Le trésor

Comme le savent les plus fidèles de mes lecteurs, je rate rarement lors de leur sortie en salle les films de mes pays chouchous : Roumanie et Corée.

Impossible donc de ne pas évoquer sur Christoblog le dernier film de Corneliu Porumboiu. 

Ce dernier n'est pas mon réalisateur roumain préféré, mais Le trésor est certainement son film le plus accessible et le plus plaisant.

Le thème du film est celui d'un film italien des années 70, entre misère sociale et causticité bon enfant : un homme pense qu'un trésor est enterré dans le jardin de ses grands-parents. Il entraîne son voisin, un bon père de famille sans histoire, dans l'aventure.

Evidemment, la recherche de ce trésor familial va s'avérer plus compliqué et inattendu que prévu, mettant en scène plusieurs des tares de la société roumaine contemporaine (jalousie de voisinage, corruption, lourdeurs admistratives). Le film est réussi en cela qu'il emprunte des pistes qui sont systématiquement surprenantes. Sans rien révèler de l'intrigue on peut dire que ce qui arrive est à chaque fois l'option la moins prévisible.

Le trésor, sous ses apparences de comédie dégingandée et burlesque, est une apologie de la rationalité opiniâtre. Dis comme ça, pas évident que cela vous donne envie d'y aller. A vous de voir.

Corneliu Porumboiu sur Christoblog : 12h08 à l'est de Bucarest (*)

 

2e

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The danish girl

Ceux qui, comme moi, avaient aimé Le discours d'un roi trouveront dans ce nouveau film de Tom Hooper une partie des qualités qui les avaient séduit dans l'histoire de Georges VI.

A savoir : une réalisation très soignée, un scénario habile sur un sujet intéressant, des thématiques modernes dans un cadre ancien, un montage plutôt alerte, et de belles scènes d'émotion.

Le cinéma de Hooper est tellement léché, tellement joli, que le réalisateur doit en permanence faire attention à ne pas franchir les limites qui feraient de ses films des illustrations glacées. Dans Le discours d'un roi, la prestation de Colin Firth, toute en subtilité, permettait de trouver un équilibre fragile, à la frontière du maniérisme.

Dans The danish girl, malheureusement, il m'a semblé que la limite du mauvais goût était plus d'une fois dépassée : Eddie Redmayne surjoue parfois à force de minauderies, alors que Matthias Schoenaerts, en potiche accomodante, ne joue pas, les décors sont trop propres pour être vrais, les scènes sont trop explicites ou trop tire-larmes (à l'exemple de l'écharpe de la fin). 

Le film, par sa direction artistique archi-propre, n'évite donc pas sur la durée le style académique corseté. La musique d'Alexandre Desplat, un peu guindée, renforce l'aspect artificiel du film.

Si l'histoire racontée est sur le papier très instructive, j'ai trouvé que le scénario de Lucinda Coxon était un peu trop sage. Il évite soigneusement les aspects les plus crus (la sexualité, les détails médicaux, les dilemnes psychologiques) pour ne se concentrer que sur les aspects les plus mélodramatiques de l'histoire. Il sacrifie aussi en partie le personnage de Gerda, dont la force de caractère est pourtant formidable.

Une déception.

Tom Hooper sur Chrsitoblog : Le discours d'un roi (****)

 

2e

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Les chevaliers blancs

Le cinéma de Joachim Lafosse a quelque chose de froid et d'intrigant.

On ne sait jamais trop quoi penser de ce qu'il nous montre : faut-il prendre les choses au premier ou au deuxième, voire troisième degré ?

De ce tableau très réaliste de ce que fut l'épopée picaresque et ridicule de l'Arche de Zoé, on ne sait pas exactement quoi retenir. Peut-être simplement cette évidence : la détermination n'a pas besoin d'être malhonnête pour être dangereuse, il lui suffit d'être stupide.

Le point faible du film est de ne pas ménager assez de suspense sur la motivation des uns et des autres, les cartes sont trop rapidement abattues dans un contexte qui nécessiterait (encore) plus de subtilité machiavélique dans l'écriture du scénario.

Le point du fort du film est de placer Vincent Lindon, icone de l'intransigeance morale depuis La loi du marché, dans la position amigüe de celui qui se trompe de combat.

Au final, malgré ses indéniables qualités de mise en scène, il n'est pas naturel de conseiller sans états d'âme la vision des Chevalier blancs : à vous de voir. 

Joachim Lafosse sur Christoblog : A perdre la raison (***)

 

2e

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Les délices de Tokyo

Certains pourront penser que la sélection du dernier Naomi Kawase dans la section Un certain regard du festival de Cannes s'apparente à une relégation en Ligue 2, pour elle qui fut plusieurs fois dans la sélection officielle (et reçut le Grand Prix en 2007 pour La forêt de Mogari).

Ce serait une faute de goût et une erreur d'appréciation : Les délices de Tokyo est certes un film moins ambitieux dans son propos que Still the water, par exemple, mais il en n'est pas moins délectable. 

Le panthéisme voilé de Kawase se teinte ici de colorations tendres qui font se rapprocher son style de celui de Hirokazu Kore-Eda.

Les éléments naturels (fleurs de cerisier, haricots rouges, lune) restent toujours les intercesseurs entre notre monde et l'autre, mais ce sont ici plus que jamais peut-être dans son cinéma les rapports entre êtres humains qui fascinent. Le plissement d'une lèvre, l'étonnement dans un oeil, un muscle de la joue qui se contracte, une larme qui fraie son chemin : les visages deviennent des reflets vivants de l'univers, et c'est magnifique. 

Tout cela paraitrait bien niais si la mise en scène somptueuse de Kawase ne venait pas transcender ce réseau de solitudes croisées pour en faire une sorte d'hymne à ... à quoi exactement ? Peut-être simplement au plaisir d'être au monde.

 

4e 

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Spotlight

Tom McCarthy n'est pas un réalisateur très porté sur l'esbrouffe. Ses films précédents (Le visiteur, Les winners) sont tellement sages qu'ils sont passés quasiment inaperçus.

Spotlight se situe dans cette veine de film presque atones, dans lesquels la mise en scène est transparente et la lumière neutre.

Il ne faut pas y chercher un montage épileptique, des moments de lyrisme échevelés ou des cliffhangers vertigineux : le film est plutôt construit comme le cinéma US des années 70 (on pense à Pakula par exemple), solidement, efficacement, et sans chichi.

L'intérêt de Spotlight réside principalement dans les deux aspects suivants : le casting est impeccable et les faits racontés passionants.

En ce qui concerne les acteurs, chacun joue une partition parfaite. Michael Keaton est immense, Rachel McAdams étonnante de détermination, Mark Ruffalo parfait en jeune chien fou qui ronge son os. Tous les seconds rôles sont excellents : Liev Schreiber en patron mutique et déterminé, John Slaterry dans un registre semblable à celui de son personnage dans Mad men, Stanley Tucci en avocat surbooké et désabusé.

Le scénario, s'il est linéaire et sans aspérité, maintient (pratiquement) toujours l'intérêt du spectateur en éveil. Il montre parfaitement bien la difficulté et la lenteur d'une enquête journalistique au long cours et constitue un formidable témoignage de l'opiniâtreté nécessaire pour parvenir à de grands résultats dans ce domaine.

Quant au fond de l'affaire, que je ne souhaite pas trop détailler dans cet article pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, il est ... sidérant.

A découvrir.

 

3e 

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Interview de Laurent Larivière

Je vous propose aujourd'hui une rencontre avec le réalisateur du très beau Je suis un soldat (lire ma critique).

 

Louise Bourgoin semble tellement coller au personnage de Sandrine qu'on a l'impression que le film a été écrit pour elle...

C'est le cas. J'ai rencontré Louise lors d'un atelier de théâtre dirigé par Camilla Saraceni. A cette occasion, j'ai rencontré à la fois la Louise que je pouvais connaître à travers les comédies qu'elle a tourné, une jeune femme très vive, intelligente et drôle, et j'ai aussi vu une femme férue d'art contemporain, qui avait envie de faire des films d'auteurs. On a beaucoup parlé d'où on venait, sociologiquement, avec pas mal de ressemblance dans nos deux parcours.

Tout à coup je me suis dit qu'il y avait une profondeur chez cette jeune femme que je n'avais encore jamais vu à l'écran. J'ai eu envie d'écrire pour elle. Il y avait comme un défi de montrer une Louise Bourgoin qu'on n'avait pas encore vu au cinéma. Tout cela arrivait au moment où elle-même amorçait un virage dans ses choix, puisqu'elle venait de faire le film d'Axelle Ropert (Tirez la langue, Mademoiselle). Elle avait aussi tourné dans le film de Nicole Garcia (Un beau dimanche) et s'apprêtait à jouer dans un téléfilm de Lucas Belvaux (La fin de la nuit).

Mon désir est donc entré en résonance avec ses choix.

 

Elle a un aspect terrien dans le film qui est assez étonnant. Elle parvient à en devenir presque quelconque physiquement, alors qu'elle est évidemment très belle ! 

Oui, on a travaillé cet aspect. C'est Louise qui m'a par exemple proposé de se couper les cheveux, en disant que Sandrine ne pouvait pas trop prendre soin de son physique. Mon but était de faire oublier que c'était Louise Bourgoin au spectateur.

Louise n'a jamais eu d'animaux domestiques. Elle a donc fait un travail de préparation important en allant pendant deux mois dans un chenil, deux fois par semaine. Elle rentrait dans les cages, donnait à manger aux chiens, les faisait jouer, pour avoir la plus grande aisance possible. C'est ce travail qui contribue aussi à lui donner cet aspect terrien.

Et puis Louise a un instinct de jeu que j'ai rarement rencontré. Elle a une intuition redoutable qui lui permet d'aborder son personnage de manière très intime. Son jeu n'est en rien extérieur.

 
J'ai été très sensible à l’esthétique du film. Il a un aspect presque documentaire, et en même temps les plans sont très composés. Le contraste apporte beaucoup de force au film, je trouve.
Au cœur d’une narration classique, l'idée était d'emmener le spectateur vers des zones plus poétiques ou plus abstraites, par le biais de l'image, du son ou de la mise en scène. Par exemple le plan rouge avec le lac, la manière dont Sandrine se lave de manière frénétique, le plan dans le café où ce dernier se vide sans qu'on s'en aperçoive...
Ces plans un peu abstraits ramènent à une solitude, une sensation. Nous avons beaucoup travaillé la photographie dans ce sens avec mon chef opérateur, David Chizallet, qui, par ailleurs, a eu une belle année, puisqu'il a aussi signé la photographie de Mustang et Les anarchistes.
 
La photographie est particulière, dans des tonalités plutôt froides pour les décors. Quelles étaient les idées directrices dans ce domaine ?
Le contraste a été travaillé au coeur même de l'image. Les fonds sont sur une colorimétrie très froide dans les bleus, et on a ramené de la chaleur et de la carnation sur les visages par des projecteurs qui amènent du rouge et de l'orange de façon très ciblée, sur les peaux.
 
Les décors sont parfaitement adaptés à l'histoire. Où avez-vous tourné ?
Nous avons tourné en Belgique et dans la région de Roubaix. Nous avons eu la chance de trouver des décors remarquables comme celui de la scène de nuit qui met en scène la police et les trafiquants : avec ces énormes piliers, on ne pouvait pas rêver mieux au niveau de l'ambiance, un peu mafieuse, qui rappelle le cinéma américain des années 70.
 
Un autre décor formidable, c'est le hangar des trafiquants.
 
Ce décor a été créé de toute pièce par la chef décoratrice Véronique Mélery, qui a entièrement construit ce décor. On a trouvé un hangar désaffecté, qui était complètement mangé par la végétation. On le voit lors du travelling latéral lorsque Sandrine vient chercher les caniches qu'elle va revendre. C'était complètement vide, et Véronique a créé les cages, et la mezzanine au premier étage avec le personnage de Fabien (Thomas Scimeca) qui y dort. Elle a ajouté les lumières rouges qui servent à chauffer les chiots et contribuent à donner une ambiance de tripot clandestin.
 
 
Le trafic de chien est un sujet original. D’où vient votre idée de scénario ?
 
L'origine du projet n'est pas le trafic d'animaux. Avec mon co-scénariste François Decodts, nous sommes partis de la question de la honte sociale : qu'est ce que cela signifie d'avoir trente ans et le sentiment de ne pas avoir réussi, à un âge où tous les autres ont construit les fondements de leur vie ?
Une fois qu'on avait ramené le personnage chez sa mère, on a eu envie de la plonger dans un travail que personne n'avait envie de faire, dans un milieu sale, bruyant. Très vite nous est venue l'idée du trafic de chien, et en même temps la volonté de faire basculer le film dans un thriller social. Les éléments du trafic deviennent tout à coup des éléments allégoriques, et notre volonté était que ce trafic puisse parler de la violence et de la cruauté contemporaine.
 
 
Sandrine n'est pas seule victime de cette honte sociale, son beau-frère l'est également.

 

Oui, c'est un personnage qui est comme une variation de celui de Sandrine. Il est presque dans la catégorie des travailleurs pauvres. Malgré deux salaires, son couple n'arrive pas à accéder à un plaisir simple : un petit pavillon dans la banlieue de Roubaix. Son personnage nous intéressait aussi vis à vis de celui de Sandrine, parce qu’au moment où lui dit "Mais comment font les autres ?", Sandrine y arrive en faisant le choix de rentrer dans l'illégalité, les poches pleines d'argent sale. La question que cela pose, c’est : "jusqu'où est-on prêt à aller pour s’en sortir ?"

 

Jean Hugues Anglade dégage une grande dureté, mais il y a aussi une sorte d’ambiguïté sensuelle entre son personnage et Sandrine…

L'idée qu'il y ait quelque chose de potentiellement incestueux entre les deux personnages a été évoquée lors de l'écriture du scénario. Nous avons décidé de ne pas retenir cette idée, mais les acteurs l'ont néanmoins perçu entre les lignes. Et il en reste quelque chose qui imprègne le film sans qu'on sache très bien par où ça passe...

Cela fait partie de ce qu'a apporté Jean-Hugues, des nuances sur lesquelles on ne peut pas mettre de mots. C'est un très, très grand acteur.

Comment avez vous vécu la sélection de votre film à Cannes ?

Comme une très grande surprise et comme une chance inouïe. Avec un premier long-métrage, se retrouver dans une sélection aussi prestigieuse qu’Un certain regard, c'était très précieux. Cela m'a permis de faire beaucoup de rencontres, notamment avec des programmateurs de festivals.

Quelles sont vos projets ?

Je retravaille avec le même co-scénariste. Nous voulons surtout éviter de faire Je suis un soldat 2. On est parti sur un projet très différent tant sur la forme que sur le fond. J'espère faire quelque chose d'aussi profond, mais de plus léger sur la forme, avec plus d'humour.

 

Merci à Laurent Larivière pour sa disponibilité et sa gentillesse.

 

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Encore heureux

Un petit peu à la manière de 9 mois ferme en 2013, Encore heureux apporte un petit courant d'air frais dans la comédie française. 

Sandrine Kiberlain apporte dans les deux films une irrésistible touche de fantaisie loufoque, mâtinée ici de rouerie candide : elle est épatante dans le rôle d'une mère apprenant dans les premières scènes à ses enfants l'art du vol en supermarché. 

En trompant son mari (Edouard Baer) avec l'immonde Benjamin Biolay, elle parvient à ajouter avec désinvolture le mauvais goût à l'infidélité.

Benoit Graffin signe une comédie agréable et symathique, bien servie par des dialogues de Nicolas Bedos. Son ton gentiment libertaire, les tours de passe-passe répétés du scénario et la façon d'accélérer à volonté le défilement du temps donnent au film un ton alerte et décalé.

L'alacrité du scénario est le point fort du film : il semble toujours devoir retomber sur ses pieds après avoir multiplié les invraisemblances les plus éhontées. Le sommet étant atteint dans la scène ahurissante où la formidable Bulle Ogier se fait passer pour qui elle n'est pas.

Si le film ne raconte rien sur notre société, il dit peut-être beaucoup sur l'esprit français : l'immoralité y est célébrée, pourvu qu'elle soit débrouillarde et généreuse.

 

2e

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The affair (Saison 1)

Parmi les séries récentes, The affair s'avère l'une des plus addictives.

Le principe de base est particulièrement original : on suit une aventure extra-conjugale en alternant les points de vue. Chaque épisode est strictement découpé en deux parties : la moitié est consacrée à la version de Noah, l'autre à celle d'Allison.

L'incroyable potentiel narratif de ce procédé éclate lors des deux premiers épisodes. Les mêmes scènes sont vues sous des angles différents et parfois changent du tout au tout suivant le narrateur : les circonstances, les paroles tenues, les vêtements, les attitudes, et mêmes les actes. On mesure à travers cet artifice qui érige l'effet Rashomon en sujet central le degré de perversité des deux scénaristes : Sarah Treem et Hagai Levi (à qui on doit déjà la déroutante et envoutante série En analyse).

A partir d'une intrigue amoureuse classique, la série développe ensuite une intrigue criminelle (un meurtre a été commis, et toute la série n'est finalement qu'un colossal flash back, sur le même modèle que True detective). Elle devient alors un peu plus désordonnée et confuse, tout en restant parfaitement addictive.

La grande réussite de la Saison 1 tient également à un casting de haute volée : Dominic West (que les fans de la plus grande série de tous les temps, The wire, connaissent bien) est excellent, on s'attache rapidement à Ruth Wilson, et les deux conjoints trompés sont très bons aussi (Joshua Jackson était un pilier de Fringe).

J'attends avec impatience la saison 2, dont on dit le plus grand bien.

 

 4e 

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Concours El Clan

A l'occasion de la sortie le 10 février du nouveau film de Pablo Trapero, El clan, énorme succès en Argentine, je vous propose de gagner 5 x 2 invitations valables partout en France.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "Dans quelle ville se déroule l'action du film ?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 5 février 20 h.

Un tirage au sort départagera les gagnants.

Vous recevrez ensuite les invitations, envoyées directement par le distributeur.

 

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Le garçon et la bête

Les cinéastes japonais possèdent cette incroyable capacité de mêler le réalisme le plus ordinaire (ici des vues urbaines de Shibuya, le quartier le plus dense de Tokyo) à un onirisme exacerbé (ici un monde parallèle habité par les animaux).

Le jeune héros passe de l'un à l'autre par le biais d'un passage d'une grande poésie, un peu sur le mode de la voie 93/4 d'Harry Potter. 

C'est d'ailleurs dans ces aller-retours successifs entre les deux mondes que le film de Mamoru Hosoda trouve sa force, comme c'était d'ailleurs le cas dans un des films précédents de Hosoda, Summer Wars

Une autre des caractéristiques du Garçon et la bête est sa capacité à se montrer dans un premier temps à la fois complexe et très sec dans son traitement : le personnage de la Bête est peu agréable et il faudra attendre la toute fin pour que se dessine son adoucissement. On est, comme chez Miyazaki, à mille lieues des minauderies mielleuses ou des méchants franchement sadiques de l'animation US.

Les personnages de Hosoda sont complexes : les forts ne sont pas forcément gentils, les méchants peuvent souffrir et les faibles sans personnalité sont sympathiques.

Le film est donc un petit miracle d'imagination, un récit d'initiation à la fois merveilleux et réaliste : il faut aller le découvrir.

Mamoru Hosoda sur Christoblog : Summer Wars (****) 

 

3e 

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