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Christoblog

Comme des garçons

Le principal intérêt de Comme des garçons, c'est la formidable reconstitution des années 60/70 qu'il propose, dans un style qui rappelle ce que proposait Populaire pour les années 50.

On suit donc avec un certain plaisir les mésaventures d'un jeune journaliste qui devient par opportunisme le promoteur du foot féminin. Le film ruisselle de bons sentiments, rien n'y est crédible (bien que tout soit inspiré d'une histoire vraie), aucun personnage n'est vraiment approfondi, mais l'ensemble respire une bonne humeur communicative, parfaitement dans l'air du temps. Max Boublil cabotine sans excès.

Le tableau que dessine Julien Hallard du machisme congénital de la fédération de football de l'époque est glaçant, mais cet aspect un peu pénible est contrebalancé par l'esthétique acidulée du film, et par sa bonhomie résolument optimiste. 

 

2e

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Girl

Il est assez rare d'éprouver au cinéma un sentiment de plénitude artistique aussi fort que celui que procure la vision de Girl.

Tout en effet est quasiment parfait dans ce premier film du Belge Lukas Dhont : l'interprétation magistrale de Victor Polster, la pertinence du montage, la justesse des seconds rôles, la progression millimétrique de l'intrigue jusqu'à la conclusion bouleversante, la fluidité élégante de la mise en scène, la beauté de la photographie douce et dure à la fois.

Si Girl s'impose désormais comme le film de référence dans le domaine transgenre, il sublime également sa thématique (comme l'a fait La vie d'Adèle) pour donner à voir une destinée individuelle absolument captivante.

L'un des éléments qui donne au film sa force incroyable, c'est que les "méchants" sont quasiment absents du film : tout le monde est bienveillant envers Lara (à part certaines de ses copines). Le seul ennemi de Lara est à l'intérieur de Lara et sera vaincu par Lara. Girl peut aussi être vu comme une lutte de l'esprit contre le corps, dans l'exercice de la danse comme dans l'apprentissage de l'amour.

Girl est le plus beau film que j'ai vu à Cannes en mai dernier. Il y a gagné la Caméra d'Or et Victor Polster le prix d'interprétation dans la section Un certain regard. 

C'est un film magnifique. Vous ne devez le rater à aucun prix.   

 

4e 

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Nos batailles

Le propos du deuxième film de Guillaume Senez est assez intéressant sur le papier : un homme se fait plaquer sans explication par sa femme (qui disparait dans la nature) et doit apprendre à s'occuper de ses deux enfants. 

En pratique, Nos batailles se perd en hésitant entre plusieurs pistes : le tableau familial sus-cité d'une part, et une sorte de militantisme distancié, façon En guerre chez Amazon, d'autre part.

Guillaume Senez met en avant une méthode spécifique de direction d'acteurs, qui consiste à laisser improviser les acteurs dans un cadre pré-défini. Le procédé est censé donner une impression de naturel et de spontanéité. En réalité je trouve que c'est tout l'inverse qui se produit : les comédiens donnent souvent l'impression de chercher l'inspiration (par exemple en se répétant) et Romain Duris semble même à un moment ne plus se rappeler du prénom de sa fille...

Le résultat est donc à mes yeux parfaitement imparfait, et souvent désagréable. Romain Duris ne me parait jamais complètement crédible, mais Laetitia Dosch, tout en retenue, trouve par contre ici un de ses meilleurs rôles. 

Au final, j'ai bien du mal à comprendre l'engouement critique pour ce film, qui est une petite chose quasi-expérimentale qui ne manque pas d'intérêt sans être vraiment enthousiasmant.

 

2e

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Joueurs

Le premier long-métrage de Marie Monge est presque réussi.

Il commence de façon brillante par un tourbillon amoureux qui entraîne avec brio l'excellente Stacy Martin et un Tahar Rahim plutôt convaincant. 

Il continue ensuite par un tableau réussi d'un milieu plutôt mal connu : celui des cercles de jeu parisiens (l'équivalent franchouillard d'un milieu décrit dans un contexte US dans Le grand jeu). 

Il évolue enfin, et malheureusement, vers un mélo plutôt raté qui s'échoue dans une dernière scène d'une faiblesse criarde.

Malgré les grandes maladresses de la deuxième partie, il faut probablement retenir de Joueurs une mise en scène résolue et nerveuse, qui augure de prochains beaux films.

 

2e

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Concours DVD A l'heure des souvenirs (Terminé)

A l'occasion de sa sortie, je vous propose de gagner 2 exemplaires du DVD du nouveau film de Ritesh Batra, A l'heure des souvenirs

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "Quel est le titre du roman dont est tiré le film ? "

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 17 octobre 20 h.

Un tirage au sort départagera les gagnants.

Vous recevrez ensuite le DVD envoyé directement par le distributeur.

NB : un des deux DVD sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien).

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Première année

Première année ne présente pas beaucoup d'intérêt si on l'examine du point de vue de sa mise en scène ou de son scénario. Ce dernier est en effet tout à fait simpliste : une amitié entre deux étudiants en première année de médecine, agrémentée d'une fin à suspense très téléphonée et peu crédible.

On ne pourra apprécier le film que si on est sensible à son aspect documentaire. Première année montre en effet avec une grande force l'aspect complètement stupide du concours de médecine en fin de première année, en parfaite résonance avec l'actualité et la réforme des études de médecine. On voit très bien dans le film à quel point le bachotage par coeur est la règle, et combien toutes les autres compétences d'un bon médecin sont superbement ignorées : la réflexion, l'empathie, le recul. Sur cet aspect "pris sur le vif", les deux acteurs posent une prestation très honorable : Vincent Lacoste dans son registre habituel de tête à claque boudeur (qui ne me convainc toujours pas vraiment), William Lebghil dans un style beaucoup plus intéressant, entre naÏveté et profondeur.

Pour tout le reste, c'est très moyen : les second rôles sont réduits à des ombres chinoises sans personnalité (comme la voisine de Benjamin), les explications psychologisantes sont très lourdes (ouh, le méchant papa qui ne vient pas fêter la réussite de son fils) et la photographie est insignifiante.

A conseiller avec parcimonie, à ceux que les études en médecine intéressent de près. Ou de loin.

 

2e

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Donbass

La filmographie de Sergei Loznitsa est pour l'instant pratiquement irréprochable, et en même temps pas facile d'accès.

Après son remarquable Une femme douce, véritable trip visionnaire sous anxiolytique, Loznitsa nous embarque cette fois-ci dans un voyage dans le Donbass occupé par l'armée russe qui emprunte à la fois à Kafka et au cique Zavatta.

Après plusieurs séquences un peu fades, le film devient brutalement très déstabilisant à travers une série de vignettes plus dérangeantes les unes que les autres : peloton de garde perdu dans la neige, abris souterrains surpeuplés, tableau du racket organisé par l'armée d'occupation, mariage célébré par une députée de la Nouvelle Russie. Dans son escalade grotesque et glaçante, le film est à ce moment-là assez désagréable à regarder et pleinement édifiant.

Du point de vue de la mise  en scène, c'est magistral (Prix de la mise en scène à Un certain regard à Cannes 2018), et on est scotché par la dernière scène, contrepoint sinistre de la première. Du grand art, pas forcément facile à regarder.

Sergei Loznitsa sur Christoblog : Dans la brume - 2013 (***) / Une femme douce - 2017 (**)

 

3e

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Rafiki

Bien qu'il ne cherche pas à l'être, le film de la Kényane Wanuru Kahiu est d'abord un film politique : premier film kényan sélectionné à Cannes, rare film africain LGBT, interdit dans son pays, puis cyniquement autorisé une semaine en salle pour pouvoir être présenté aux Oscars.

Drôle de carte de visite pour une oeuvre volontairement modeste, avant tout manifeste pop : un générique qui claque comme un clip, des couleurs pimpantes sur les vêtements et les murs, une musique entraînante.  Malgré une intrigue particulièrement mince (un amour, sa naissance, les obstacles qu'il surmonte), Rafiki parvient à convaincre grâce notamment au jeu des deux actrices, qui sont splendides. 

Le travail sur les lumières, les gros plans sur les visages et l'inventivité du montage rendent le film plaisant et diablement attachant. Il y a un petit quelque chose de La vie d'Adèle à Nairobi dans cette belle histoire d'amour, y compris dans la façon dont le temps s'écoule. A découvrir.

 

2e

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Le retour du héros

Difficile de dire du mal de ce petit film mignon qui tente de renouer avec une certaine comédie française enlevée : on pense par exemple aux films de Philippe de Broca, et Dujardin a des airs de Bébel.

Si ce dernier s'en sort à merveille en goujat amoureux, Mélanie Laurent est encore meilleure. On savoure sa verve imaginative, et le film peut d'ailleurs s'envisager comme une ode à l'écriture, qui finit pas façonner la réalité.

Malgré ces qualités sympathiques, il faut bien reconnaître par ailleurs que Le retour du héros souffre de quelques faiblesses criardes : péripéties téléphonées, scènes d'action ratées (la charge héroïque), essoufflement de l'intrigue, dialogues parfois lourdingues. 

Le film se laisse toutefois regarder avec un plaisir coupable, un dimanche soir pluvieux par exemple.

 

2e

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Les frères sisters

Tout est plutôt bien fait, dans le dernier film de Jacques Audiard, comme d'habitude, et pourtant j'ai vainement attendu le grand frisson.

L'image est belle, le choix des décors (très américains, mais pas souvent vus au cinéma) est parfait, la reconstitution de l'ambiance du far-west au moment de la ruée vers l'or est admirablement rendue. On croit à ce qu'on voit, sans jamais avoir l'impression de décors en carton pâte. 

Les acteurs sont formidables. Joaquin Phoenix est magnétique en bad boy à tendance suicidaire, Riz Ahmed épatant en idéaliste charismatique, et Jake Gyllenhaal très juste en détective pensif. Mais le meilleur de tous, c'est John C. Reilly, tour à tour attendrissant, violent, protecteur, affaibli. Il parvient par son jeu subtil à balayer toute une palette d'émotion.

Malgré toutes ces qualités (on pourrait y ajouter la curiosité de découvrir l'invention de la brosse à dent), le film parvient difficilement à susciter l'intérêt. Si certaines scènes portent bien la marque de son réalisateur (je pense par exemple à l'expressionnisme nocturne de la fusillade d'ouverture), il lui manque la vivacité du scénario de la première partie de Dheepan par exemple, ou le charme des visions oniriques qui parsemaient De rouille et d'os.

La promenade que propose Audiard dans l'Ouest américain est donc plaisante, mais c'est probablement parce que le scénario est un peu évanescent que le film ne décolle que très rarement. Les dernières scènes dans la maison familiale résument ce que je pense du film : elles sont admirablement filmées, et ennuyeuses.

Jacques Audiard sur Christoblog : Un prophète - 2009 (***) / De rouille et d'os - 2012 (****) / Dheepan - 2015 (***)

 

2e

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Concours Coffret The seven ups (Terminé)

A l'occasion de sa sortie le 26 septembre, je vous propose de gagner 2 exemplaires du magnifique coffret The seven ups, qui regroupe DVD, Bluray et livre.

L'occasion pour vous de découvrir ce classique oublié du film policier, réalisé dans les 70s par Philip d'Antoni, le réalisateur d'un seul film, mais le producteur de Bullit et The french connection.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : " Qui joue le rôle de Vito Lucia ? "

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 10 octobre 20 h.

Un tirage au sort départagera les gagnants.

Vous recevrez ensuite le coffret envoyé directement par le distributeur.

NB : un des deux coffret sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien).

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Climax

J'aurai rarement eu au cinéma autant l'impression de monter dans un grand huit sensoriel qu'en regardant Climax.

Unité de temps, de lieu, d'action : Gaspar Noé tourne en 15 jours une descente aux Enfers à la facture très classique. Après quelques minauderies un peu vaines bien qu'amusantes (des logos détournés, le générique de fin au début, des interviews de danseurs et la pile de DVD de Noé), le film commence vraiment. S'enchaînent alors de fabuleux plans séquences pendant plus d'une heure.

On commence par des chorégraphies hip hop (pour simplifier) démentes qui donne envie de voir Gaspar Noé tourner une comédie musicale. Le rythme et l'énergie des danseurs perforent littéralement l'écran. Petit à petit, la sangria arrangée rend les danseurs un peu dingues en révélant leurs mauvais penchants. La caméra sort alors de la salle de danse pour s'égarer dans les locaux techniques, la cuisine et les chambres, et nous montrer dans un flamboyant et sinueux cauchemar toute la noirceur de l'âme humaine.

Pour une fois, Noé ne montre pas les délires vécus par ses personnages de l'intérieur (en caméra subjective), comme il le faisait dans Into the void par exemple, mais adopte un point de vue distancié, de l'extérieur, sans aucun effet spécial. Son cinéma y gagne une densité nouvelle : l'horreur ne résulte pas d'effets frelatés mais de l'acuité distanciée avec laquelle les comportements de la bande sont montrés.

On peut ainsi voir une jeune femme prendre littéralement feu suite à une mauvaise manipulation, puis s'éloigner pour s'intéresser à d'autres personnages tout en sachant qu'une fille est en train de brûler quelque part dans les pièces voisines. Multiplié tout au long de cette nuit violente, le procédé crée un maelström d'une grande beauté : Climax est un feu d'artifice à combustion lente, mêlant corps, bassesses et drogues.

Le film captive sans finalement choquer : une première pour Gaspar Noé, et pour moi son meilleur film.

Gaspar Noé sur Christoblog : Irréversible - 2002 (***) / Enter the void - 2009 (*) / Love - 2015 (*)

 

4e 

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Sofia

Ce premier film de la réalisatrice marocaine Meryem Benm’Barek a de nombreux atouts, propres à séduire spectateurs et critiques : des sujets de société traitant âprement du Maroc contemporain (répression des relations sexuelles hors mariage, violence faites aux femmes, différences de classes), une réalisation brute qui colle à son sujet et un twist surprenant en milieu de film.

Malheureusement, le film (qui ne dure pourtant que 1h20) semble avoir été étiré un peu artificiellement pour constituer un long-métrage. Il en résulte quelques plages un peu molles ici ou là. L'organisation de toute la narration autour du twist central nuit aussi au rythme du film :  le mutisme initial de l'actrice principale, un peu énervant, ne s'explique que dans la deuxième partie.

Sofia aurait constitué un excellent moyen-métrage de 50 minutes. Il peine dans son format final à tenir la distance. 

 

2e

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Mademoiselle de Jonquières

Excellente surprise que ce nouveau film d'Emmanuel Mouret, qui s'était un peu perdu au fil du temps dans un monde de radotage libertin et contemporain.

En transposant son goût pour la dialectique subtile et parfois perverse au XVIIIème siècle, Mouret réalise un coup de maître. 

Sa langue châtiée et déliée à la fois se marie admirablement avec l'époque, et Cécile de France et Edouard Baert, tous deux excellents, semblent  se délecter des dialogues, il faut le dire, absolument brillants.

Le scénario est suffisamment subtil pour intriguer, séduire, surprendre et enfin renvoyer chacun à sa conscience quand il s'agira à la fin du film de savoir quel personnage est aimable. Ce n'est d'ailleurs pas le moindre mérite de Mouret de donner à voir des émotions profondes à travers le filtre de propos légers, et d'habiller la cruauté du plus beau des sourires.

Une franche réussite, de plus très joliment filmée.

 

3e

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Thunder road

Dans le paysage du film indépendant américain, on a l'habitude de moquer l'omniprésence du film typé "Sundance" : réalisé proprement, un peu noir mais pas trop, et avec beaucoup de bons sentiments (et mieux encore : des enfants).

Thunder road détonne totalement dans ce cadre : le personnage est horripilant (voire antipathique selon votre sensibilité), la mise en scène n'a rien de lisse, et le sujet est à la fois quelconque (un tableau de l'american way of live) et déstabilisant (idem).

Le film dresse le portrait d'un homme, Jimmy Arnaud, policier texan, en train de tout perdre. Mère, femme, enfant, métier, famille, maison. Jimmy est profondément décalé par rapport à la réalité, à tel point qu'on doute souvent de sa santé mentale : il adopte des comportements que l'Amérique promeut tous les jours (l'héroïsme, le respect de l'autorité, un certain type de virilité), tout en étant constamment en léger décalage avec ce qu'il conviendrait de faire. Jimmy dérape donc régulièrement, sur plusieurs plans. Il dit ce qu'il ne faut pas quand il ne le faut pas, adopte le mauvais ton ou la mauvaise attitude, montre trop ses émotions.

Ce décalage perpétuel entre le drame que vit le personnage et son inaptitude à le gérer génère chez le spectateur des sentiments ambivalents de malaise, de pitié et de sidération. Le film est alternativement un drame, une comédie grotesque, un film noir et une chronique sociale.

Si Thunder road ne paraît pas complètement tenir la distance d'un long-métrage, il est suffisamment original pour mérité d'être vu.

 

2e

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Guy

Voici un projet pour le moins étonnant.

Qu'un humoriste choisisse pour sujet de son premier film le portrait sans fard d'un chanteur ringard et vieillissant, c'est déjà curieux. Qu'il décide de l'interpréter lui-même, fardé et grimé, c'est un pari supplémentaire. Qu'il lui donne une forme aussi spécifique que le faux reportage réalisé par un fils naturel ignoré, c'est quasiment, du moins sur le papier, un suicide artistique.

Il faut donc vraiment voir le film pour mesurer à quel point l'exercice d'équilibriste d'Axel Lutz est maîtrîsé. D'un sujet pour le moins rébarbatif (se coltiner la vieillesse d'un chanteur déjà niais quand il était jeune), le réalisateur parvient tout doucement à tirer une leçon de vie qui ne porte pas son nom : le mauvais goût est finalement assez relatif, et la pulsion de vie lui est de toute évidence bien supérieure.

Le spectateur bobo, confortablement engoncé dans ses certitudes (les chansons "d'époque" sont d'une ringardise absolue) se voit à la fin du film presque obligé de reconnaître que la version chantée de Je reviendrai à Montréal est magistrale. Il aura fallu, dans l'espace du film, déployer tout un arsenal de ruses scénaristiques (la scène avec Julien Clerc et Dani) pour y parvenir.

Plus qu'une curiosité, Guy est un délicieux bonbon à la guimauve un peu amère, d'une originalité confondante.

 

3e

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Concours A la recherche d'Ingmar Bergman (Terminé)

A l'occasion de la sortie le 5 septembre du film de Margareth von Trotta, je vous propose de gagner 2 x 2 invitations valables partout en France.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "Dans quelle ville est née la réalisatrice ?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 11 septembre 20 h.

Un tirage au sort départagera les gagnants.

Vous recevrez ensuite les invitations, envoyées directement par le distributeur.

NB : un des deux lots sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien).

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Sortie DVD / Les Bleus 2018, au coeur de l'épopée russe

Les habitués de Christoblog trouveront peut-être étrange que je commente la sortie de ce documentaire en DVD, dont la qualité en terme de cinéma n'est pas exceptionnelle.

La première raison qui me pousse à le faire, c'est l'intérêt du sujet, pour peu qu'on s'intéresse un minimum au football, ou peut-être encore plus au management.

Comme l'image ci-contre le suggère discrètement, le véritable sujet du film est plus la façon dont Didier Deschamps a réussi à faire d'une bande de jeunes écervelés une équipe soudée que la recension méthodique de leurs exploits sportifs.

Il y a donc un véritable point de vue dans le travail des réalisateurs Emmanuel Le Ber et Théo Schuster : il s'agit de montrer le travail en profondeur du coach, basé sur un discours simple (ténacité, performance, solidarité) et des postures managériales parfaitement maîtrisée (attention à tous, renforcement positif, exigence, exemplarité).

Le film possède même des caractéristiques esthétiques très particulières qu'on pourra apprécier (l'usage des focales, l'étirement de certaines scènes) ou moins (le montage kaléidoscopique des scènes de matchs).

Le résultat est le portrait évanescent d'une tribu qui se construit, dans une sorte de brume beckettienne parfois presque métaphysique (tout le monde semble attendre toujours quelque chose : un train, un massage, un avion, un match, une nouvelle chambre). Le travail de montage montre les egos se dissoudre dans une quête obsessionnelle de l'objectif commun : chacun est à la fois concentré en lui-même (les innombrables plans du "regard perdu au loin avec les écouteurs sur les oreilles", l'exercice abrutissant du panier de basket) et absorbé par la masse du collectif (chacun semble toujours vouloir toucher l'autre à tout instant).

Parfois ennuyeux à dessein, il faut reconnaître au film la faculté d'éviter tout pathos excessif (pas de brosse à reluire pour Macron, pas de scènes sur la visite des familles) pour se concentrer sur la problématique centrale de son sujet : l'alchimie subtile qui a permis à ce groupe très jeune de renverser méthodiquement tous les obstacles.

De ce tableau collectif une personnalité exceptionnelle ressort tout de même. Paul Pogba crève en effet l'écran. Tour à tour tribun inspiré, mémorialiste consciencieux (quand il visionne la finale de l'euro 2000), slameur meneur (quand il salue tous les joueurs dans ce qui semble être une improvisation géniale), Pogba révèle dans le film une personnalité bien plus complexe et attachante que son image bling bling projette.

Pour les amoureux de foot, donc, et pour les autres aussi.

 

3e

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Le monde est à toi

Si le premier film de Romain Gavras m'avait passablement énervé par sa prétention mal dissimulée, je dois avouer que celui-ci m'a plutôt plu. 

Le monde est à toi n'est certes pas un chef-d'oeuvre, mais c'est une comédie plutôt bien troussée, qui vaut avant tout par la qualité de son casting. Karim Leklou confirme son immense talent, Vincent Cassel est excellent dans son rôle (à contre-emploi) de gangster timide obsédé par les Illuminati, Isabelle Adjani est (peut-être un peu trop) impériale, et les caméos de Philippe Katerine et François Damiens sont impayables.

On apprécie aussi un scénario bien écrit, des personnages secondaires dessinés avec précision, et des décors utilisés à la perfection (Benidorm, mon Dieu !). Gavras a également bénéficié d'une belle production qui ne lésine pas sur les moyens. 

La particularité du film est de recycler des thématiques actuelles (les migrants, les théories du complot, le terrorisme) sans avoir peur du mauvais goût. Cela fonctionne, et donne une des meilleures comédies de l'année.

Romain Gavras sur Christoblog : Notre jour viendra - 2010 (*)

 

2e

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Burning

Le nouveau film de Lee Chang-Dong, cinéaste brillant et peu prolifique (son dernier film, le très beau Poetry, date de 2010), est à la fois délectable et insaisissable. 

Il commence comme une bleuette girl power : une rencontre fortuite, la jeune fille plutôt dégourdie drague un jeune homme timide. Elle couche tout de suite, a des préservatifs sous son lit et un chat qu'on ne verra jamais (mais qui existe probablement car il semble manger ses croquettes).  Elle part ensuite au Kenya avec un autre garçon très riche, et à son retour les trois jeunes gens sortent ensemble.

Lui dit brûler des serres en plastique, elle être tombé dans un puits quand elle était petite. On sent dès le début du film un vertige s'insinuer dans chaque plan : qui ment ? qui est qui ? est-ce que ce qu'on voit est bien la réalité ? Sans effet spécifique (et on reconnait bien là la patte de Murakami, auteur du texte dont le film est tiré), l'étrangeté s'installe dans chaque plan, en même temps qu'une sourde banalité.

Vers le mitan du film, un non-évènement chamboule l'équilibre précaire du trio, et Lee Chang-Dong se complait alors à nous égarer encore plus dans une sorte de vapeur confuse en multipliant les embryons de révélations et les fausses pistes. Il parvient avec beaucoup d'habileté à mêler poésie et politique (les rapports de classes constituent un thème en creux de la narration). Le film atteint alors un niveau de perfection qu'on voit rarement au cinéma et qui culmine dans deux scènes d'une beauté stupéfiante : la scène de danse au coucher du soleil sur Miles Davies et la scène finale (dont je ne dirai rien) incroyable de précision glacée.

Les trois acteurs sont magnifiques, et la mise en scène est exceptionnelle de fluidité. Le film a longtemps fait figure de favori à Cannes 2018... avant de repartir bredouille, comme cela arrive parfois. La Critique Internationale l'a cependant récompensé, concrétisant la considération dont Burning avait bénéficié de la part d'une grande majorité de festivaliers.

 

4e 

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