Christoblog

Articles avec #festival de cannes

Journal de Cannes 2019

 

Le Palmarès (et mon avis) :

Palme d'Or : Parasite de Bong Joon-Ho (c'était aussi ma Palme, et celle de la presse internationale)
Grand Prix : Atlantique de Mati Diop (un film sympathique et plein de promesses, mais que j'ai trouvé un peu fragile. On peut dire que c'est un signe d'encouragement, et de renouvellement. Discutable, mais pas idiot)
Prix du jury ex-aequo : Les Misérables de Ladj Ly et Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles (mérité pour les deux, surtout pour Ladj Ly)
Prix d'interprétation féminine : Emily Beecham dans Little Joe. (c'est le bug de ce Palmarès, même si l'actrice ne démérite pas dans le film. Il y avait tellement mieux ailleurs, Virginie Efira par exemple, ou Léa Seydoux, ou Noémie Merlant)
Prix d'interprétation masculine : Antonio Banderas dans Douleur et Gloire. (normal, il est magnifique)
Prix de la mise en scène : les Dardenne pour Le jeune Ahmed (étonnant à première vue vu la concurrence, ce choix n'est pas complètement aberrant car pendant le film, je me souviens m'être dit "c'est quand même hyper bien fait", indépendamment du scénario, qui ne vaut rien)
Prix du scénario : Portait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma (pourquoi pas, je n'ai pas trop aimé le film qui est besogneux, mais c'est un soulagement pour moi de ne pas le voir plus haut)
Mention spéciale : It must be heaven de Elia Suleiman (un film spécial auquel ce prix va très bien)
 
Au final, un des meilleurs Palmarès de ces dernières années.Très heureux de ne pas voir la bouillie mystique de Malick au Palmarès. Un peu déçu pour Bellochio, Loach, Diao et Desplechin qui ont signé de très beaux films, mais il semblerait que la prime ait été donné à la jeunesse.
 
Merci de m'avoir suivi, et à l'année prochaine !

 

25 mai

Je profite d'être encore à Cannes en ce dernier jour pour rattraper deux films de la compétition que j'avais raté (le dernier jour, tous les films sont re-projeté, mais une seule fois).

Le lac aux oies sauvages (5/5) du chinois Yinan Diao est une splendeur visuelle, probablement ce que j'ai vu de plus beau pendant mes dix jours cannois. La photographie est magnifique, chaque plan étant baigné d'une lumière quasi surnaturelle. Certaines scènes sont d'une beauté à couper le souffle, l'histoire est bouleversante et la vision de la Chine contemporaine très instructive.

Le film Les siffleurs (2/5) du roumain Corneliu Porumboiu est un objet étrange, sorte de polar vintage qui me rappelle de vieilles séries télé, dans lequel aucun personnage n'est vraiment intéressant, et dont on se fout de l'intrigue. Il reste quelques bouts de mise en scène à admirer, mais bon, c'est quand même très faible.

 

24 mai

La journée commence avec les 3h30 très contreversées de Mektoub my love : Intermezzo (3/5) de Kechiche. On est ici un petit peu au-delà de ce qu'est le cinéma, puisqu'on est plongé pendant tout le film (hormis les 15 premières minutes sur une plage) dans une boîte de nuit à regarder des jeunes twerker, discuter, boire, s'allumer et avoir des relations sexuelles (cunnilingus d'une quinzaine de minutes dans les toilettes, qu'on jurerait non simulé). Bref, c'est presque plus de l'art contemporain que du cinéma. Curieusement, comme l'on dit deux spectatrices à la fin du film à mes côtés, c'est étonnant qu'on ne se soit pas plus fait chier. Les débats sur les réseaux sociaux vont bon train, concernant le malegaze de Kechiche, l'absence d'Ophélie Bau à la conférence de presse et les accusations répétées d'abus sur les tournages de Kechiche. L'expérience mérite pour moi d'être vécue, même si les principales qualités de film précédent (Mektoub my love : Canto Uno) ne sont pas là.

A la suite, les 1h20 de Il était une fois dans l'est (3/5) de la russe Larisa Sadilova à Un certain regard passent en un clin d'oeil. Il s'agit de la chronique douce amère d'un double adultère dans un petit village de la Russie profonde et c'est apaisant.

Pour finir, suite (et fin) de la compétition : It must be heaven (2/5), du palestinien Elia Suleiman est une collection de vignettes absurdes et/ou burlesques. Le réalisateur silencieux promène sa silhouette et son chapeau de paille en Palestine, à Paris et à New-York, donnant à voir à travers de petits haïkus visuels les travers de notre civilisation. Un Tati contemporain, dont l'humour me laisse assez froid.

Pour finir, émouvant de voir Justine Triet (très) enceinte regarder son film Sibyl (3/5) pieds nus. Malgré quelques qualités (Virginie Efira impeccable, une histoire intéressante), le film ne m'a pas vraiment emporté comme je l'espérais. Critique à venir très vite sur Christoblog.

 

23 mai

Début de journée avec le film de clôture de la Quinzaine, Yves (2/5) de Benoit Forgeard. Sur le papier, le pitch était intéressant : un rappeur tombe sous l'emprise de son frigo connecté et intelligent. Malheureusement la farce est indigeste et le film tourne à la comédie sentimentale qui se voudrait déjantée, mais n'y arrive pas.

J'enchaîne ensuite trois films de la compétition. Roubaix, une lumière (4/5), d'Arnaud Desplechin, est très beau. Le film traite avec une douceur incroyable de faits divers sordide. Roschdy Zem est magnifique de calme et de sérénité. Léa Seydoux et Sara Forestier sont aussi formidables. Une franche réussite qui dans n'importe quel autre Festival paraîtrait un bijou, mais cette année à Cannes, il y a du lourd.

Le nouveau film de Dolan, Matthias et Maxime (2/5) est meilleur que ces deux derniers (pas difficile), mais est assez mineur. Cet amour de jeunesse qu'on devine autobiographique présente peu de relief et n'intéresserait probablement pas grand-monde si Xavier Dolan n'en était pas le réalisateur / acteur. Il faudra un jour que le jeune canadien parvienne à tuer sa mère, encore bien nocive dans ce dernier opus.

Enfin, les 2h20 de la fresque de Marco Bellochio, Le traître (4/5), passent très vite, preuve de la qualité du film qui raconte l'histoire du repenti de la mafia qui a permis au juge Falcone de faire condamner des centaines de mafiosi. C'est du beau cinéma classique et l'acteur Pierfrancesco Favino est exceptionnel (pris d'interprétation possible).

 

22 mai

Après une relative grasse matinée (le réveil a sonné à 8h au lieu de 6h30), et une vaine deuxième tentative d'accéder au Tarantino, je consacre ma journée aux sections parallèles avant de revenir à la compétition pour les deux derniers jours.

A la Quinzaine, Les particules (3/5), premier film de Blaise Harrison est intéressant sans être génial. Tourné dans le pays de Gex, le film décrit de façon assez naturaliste le quotidien d'adolescents, tout en y mêlant des éléments oniriques liés au fait que la région est traversée par l'accélérateur de particules du CERN, le LHC (d'où le titre). Un petit peu décousu, mais le réalisateur est à suivre.

A Un Certain Regard, je vois un film chinois de facture assez traditionnelle (c'est à dire sans la lenteur / noirceur qu'on peut attribuer à la production chinoise visible en Festival) : Summer of Changsha (3/5) de Zu Feng. Cela commence comme une intrigue policière classique (un bras coupé est retrouvé dans une rivière) avant d'évoluer vers un drame sentimental.

Pas mal, mais le meilleur est à venir : La vie invisible d'Euridice Gusmao (5/5) est un film impressionnant à beaucoup d'égards. Le brésilien Karim Aïnouz dresse le portrait de deux soeurs que le patriarcat sépare sur plusieurs décennies, et il y a du mélodrame romanesque à la puissance 10 dans ce film fleuve (2h19) qui s'étire sur plusieurs décennies. Une vraie révélation, avec une mise en scène irréprochable et une interprétation top niveau de deux grandes actrices brésiliennes.

 

21 mai

Début de journée qui commence comme celle de hier s'est terminée : avec un film d'animation, une fois n'est pas coutume. La fameuse invasion des ours en Sicile (3/5) est une adaptation d'un conte de Buzatti, réalisé par le grand dessinateur de BD Lorenzo Mattotti. C'est beau et plaisant : le film sera à conseiller aux enfants comme une excellente alternative à l'imagerie Disney, apportant le même genre de renouvellement esthétique que le fit en son temps Michel Ocelot.

J'enchaîne avec un film hors compétition, le formidable La belle époque (4/5). Dans la catégorie film français grand public de qualité, le film de Nicolas Bedos remplit le même office que Le grand bain l'année dernière, en encore mieux. Fanny Ardant (dont habituellement je ne suis pas fan) est excellente, tout comme Daniel Auteuil. Je prédis quelques millions d'entrée.

Le petit détour en début d'après-midi à la Quinzaine s'avère catastrophique : Por el dinero (1/5) est un film argentin absolument nul. Une sorte de méta cinéma qui se moque de lui-même en pensant être drôle. Cela dure 1h20, mais après 20 minutes je pensais déjà qu'il s'était écoulé 2 heures.

A 17h, tout le monde sur la Croisette ne pensait qu'à une chose : voir le Tarantino. En 8 ans d'expériences cannoises, je crois que je n'ai jamais vu autant de personnes chercher une place. Du délire. 

Du coup, j'en ai profité pour faire un vrai repas, et j'ai réussi in extremis à me faufiler dans la salle pour la montée des marches de Parasite (5/5) de Bong Joon-Ho à 22h. Le film, dont il ne faut pas dire grand-chose pour ne pas déflorer le plaisir du spectateur, est formidable, admirablement maîtrisé de tous les points de vue. Une sorte de croisement de Kore-Eda et de Park Chan-Wook si vous pouvez imaginer. On devrait le retrouver au Palmarès.

 

20 mai

Démarrage en douceur ce matin à la Quinzaine avec Une fille facile (3/5) de Rebecca Zlotowski. Le pôle d'attraction principal du film est évidemment Zahia Dehar (l'affaire Ribéry, etc), qui joue très dénudée dans le film et dont je craignais qu'elle génère un effet "bête de foire" autour du film. Au final, ce que j'ai vu est la gentille chronique d'émancipation d'une autre jeune fille, jouée par Mina Farid, et le film trouve un ton juste et attachant. Benoit Magimel est très bon. 

Vient ensuite un des morceaux de résistance de la compétition, les trois heures de Une vie cachée (2/5) de Terrence Malick. Je trouve que les tics malickiens, dans lesquels j'inclus la bouillie poético-mystique en voix off, auraient dû être mis en sourdine au regard du sujet, l'objection de conscience d'un autrichien qui refusa de prêter serment à Hitler (et qui parle anglais dans le film, contrairement aux méchants nazis qui baragouinent l'allemand). Ce n'est pas le cas, on est dans la même emphase que dans The tree of life. Je n'ai pas aimé, même si on ne peut nier qu'il y a des plans superbes.

Le jeune Ahmed (3/5) des frères Dardenne est intéressant. Il s'empare d'un sujet difficile (la fanatisation des plus jeunes) mais ne développe pas complètement ses idées. On a un sentiment d'inachevé en regardant ce film court, qu'on dirait presque même écourté par une fin bizarre. Un petit Dardenne, mais stimulant par les réflexions qu'il génère. 

Enfin, la principale satisfaction de la journée viendra de ma première incursion à la Semaine de la Critique. J'ai perdu mon corps (4/5) est un premier film d'animation français, de Jérémy Clapin. Tout part d'une idée folle : une main coupée part à la recherche de son corps, ce qui va nous entraîner dans toutes une série de flashbacks et d'aventures émouvantes, amusantes et mélancoliques. Un très beau film, qui je l'espère aura une belle carrière en salle.

 

19 mai

Journée cinéma français aujourd'hui, qui commence à Un certain regard avec le dernier film de Christophe Honoré, Chambre 212 (5/5). Honoré s'y révèle un excellent scénariste (quelle inventivité !), un formidable metteur en scène et un directeur d'acteur époustouflant. Chiara Mastroianni y est impériale. Un de mes coups de coeur 2019, sans aucun doute.

J'enchaîne à la Quinzaine avec Perdrix (4/5) de Erwan Le Duc. C'est "l'instant fraîcheur" de ce Festival, un peu comme le fut Les combattants il y a quelques années : une comédie burlesque parfois hilarante, parfois mélancolique, servie par un casting d'exception (Fanny Ardant, Swann Arlaud, Maud Wyler). Délectable. 

Je reviens ensuite à la compétition avec Portrait de la jeune fille en feu (2/5) de Céline Sciamma, qui me déçoit énormément. Le synopsis du film est simpliste (un huis clos entre deux femmes qui évolue de façon hyper-prévisible en histoire d'amour), les dialogues compassés, la mise en scène fadasse. Le film ne présente d'intérêt que si on est amoureux(se) d'Adèle Haenel, qui est le coeur vibrant du film, et son unique intérêt. Comme ce n'est pas mon cas, je me suis ennuyé à mourir. Petit complément non contradictoire avec ce que je viens d'écrire : Xavier Dolan a adoré.

 

18 mai

Journée consacrée aux sections parallèles. A la Quinzaine, le formidable film de l'américain d'origine russe Kirill Mikhanovsky, Give me liberty (4/5), très remarqué à Sundance où une version incomplète a été montrée, est une excellente surprise. A travers la journée mouvementée d'un jeune ambulancier, on va rire, pleurer, et pleurer de rire, en découvrant plusieurs communautés différentes, toutes très attachantes. A la suite, le nouveau film de Nicolas Pariser, Alice et le maire (3/5), avec Fabrice Luchini et Anaïs Demoustier, est un film agréable sans être renversant, qui fait voir la politique sous un angle différent.

Pour finir la journée, projection bourrée d'émotion de Port authority (3/5) de Danielle Lessovitz. A travers une histoire d'amour, on découvre un New-York paupérisé et la fraternité de la communauté LGBT. A la fin de la projection un des acteurs se jette sur scène pour danser lors du générique. Un magnifique moment, doux et triste à la fois.

 

17 mai

Aujourd'hui, c'était pour moi journée Sélection officielle au Grand Théâtre Lumière.  A 8h30, réveil en fanfare avec le dernier Ken Loach, excellent : Sorry we missed you (5/5). Dans la lignée de Moi, Daniel Blake Loach dissèque avec son complice Laverty les dernières mutations de notre société, ici l'uberisation. Par tout autre que Loach, cela paraîtrait too much, mais l'attention portée aux personnages et la qualité du scénario sont tellement bons que le miracle se reproduit une fois de plus.

Rocketman (4/5) est un biopic d'Elton John super efficace et très bien filmé par Dexter Fletcher. Contrairement à Bohemian Rhapsody, le film a une véritable personnalité, et les scènes de comédies musicales sont formidables. Little Joe (1/5) de l'autrichienne Jessica Hausner est très décevant. Malgré une idée de base particulièrement originale et riche de développements narratifs (et métaphysiques) potentiels, le film est froid, voire glacial. Une erreur de casting : le film aurait par exemple pu être remplacé avantageusement en compétition par Une grande fille (cf ci-dessous).

Clou de la soirée, la montée des marches de Douleur et gloire (5/5) du grand Pedro Almodovar, avec un Antonio Banderas exceptionnel. Le film est riche, dense, profond, émouvant. Il constitue une mise en abyme maîtrisée et puissante de l'homme et du cinéaste. Ca sent la Palme d'Or, et vous pouvez le voir au cinéma dès maintenant.

 

16 mai

Première journée "complète", avec quatre films au compteur. On commence à Un certain regard avec Une grande fille (4/5) de Kantemir Balagov, qui avait été très remarqué il y a deux ans au même endroit avec Tesnota. Ce deuxième film est moins convaincant que le premier. Il multiplie les scènes dérangeantes en les étirant plus que nécessaire, mais formellement c'est une splendeur. Un "film de Festival" par excellence, comme ceux de Loznitsa. 

A la Quinzaine, On va tout péter (1/5), le documentaire de Lech Kowalski sur les GMS, représente pour moi le degré 0 du documentaire : pas de tranche de vie, pas de scénarisation, pas de contrechamps. Aucun intérêt hormis le sujet lui-même, mais cela ne suffit évidemment pas.  Je reviens à la compétition pour un des films les plus attendus  de cette année : Atlantique (2/5) de la réalisatrice Mati Diop (première réalisatrice noire en compétition en 72 éditions). Le film est plein de bonnes intentions, aussi bien dans son scénario que dans sa mise en scène, mais il semble lui manquer dans chaque domaine un petit plus pour franchir la marche de la compétition. On croirait par moment voir Claire Denis tourner au Sénégal.

Enfin, j'arrive de justesse (avant-dernier à entrer) à choper une séance de rattrapage du film d'ouverture de la Quinzaine, Le daim (4/5) de Quentin Dupieux avec Jean Dujardin. Beaucoup disent qu'il s'agit d'un film mineur et réussi de Dupieux : pour moi, c'est celui que ... je préfère. Les errements aléatoires des films précédents (Réalité, Wrong cops, Rubber) semblent ici de canaliser sur un sujet bien identifié, formidablement joué par Dujardin, qui acquière ici pour moi le statut de grand acteur. 1h17 de pur plaisir cinématographique.

 

15 mai

Premier choc du Festival cet après-midi pour moi avec la montée des marches du premier film Les misérables (5/5) de Ladj Ly. Issu du collectif Kourtrajmé venu collectivement le soutenir (Romain Goupil, Kim Shapiron, JR et Mathieu Kassovitz étaient entre autres présents), le jeune réalisateur propose une oeuvre très maîtrisée, à la fois puissante et subtile, en prise directe avec la réalité mais très travaillée. Ce serait fort étonnant que ce film tourné en et par la banlieue ne trouve pas son chemin jusqu'au Palmarès.

J'enchaîne ensuite avec Bacurau (3/5) des brésiliens Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles. Après les oeuvres précédentes de KMF (Les bruits de Recife et Aquarius), le film était très attendu, mais il m'a un peu déçu. Pas facile de rentrer dans ce western dystopique, mais une fois qu'on y est on peut apprécier. Etonnant de constater que le film partage beaucoup de points communs avec le Jarmusch (en mieux quand même) : hommage au film de genre, problème de scénario et de rythme, qualité de l'interprétation, scènes gore, éléments fantastiques, message politique peu subtil.  

 

14 mai

Le Festival commence pour moi au Majestic de Lille, qui s'embrouille un peu dans la retransmission de la cérémonie d'ouverture : on en rate je pense une bonne moitié le temps que le projectionniste trouve le bon canal. 

Le film de Jarmusch qui fait l'ouverture, The dead don't die (2/5) ne me convainc pas du tout. Je le trouve lent, paresseux, sans imagination, poussif. Il ne vaut pour moi que par quelques éclairs plaisants (la trombine de Bill Murray en particulier, toujours parfait) et une atmosphère d'Amérique profonde bien composée. Le mélange d'horreur, de comédie décalée et de film à message politique est assez indigeste à mon goût.

 

Voir les commentaires

En route pour le Festival de Cannes 2019

Du 14 au 25 mai 2018, vous pourrez suivre le Festival de Cannes en direct sur Christoblog, avec un résumé tous les soirs de mes aventures sur la Croisette, à suivre en lisant Mon journal de Cannes.

Pour mes avis immédiats à la sortie de chaque projection, vous pouvez me suivre sur Facebook ou Twitter, comme plus de 800 fidèles. Vous pouvez aussi vous abonner à la newsletter de Christoblog, là, à droite de l'article, en inscrivant votre adresse mail dans la case "Saisissez votre email ici". 

Alejandro Gonzalez Iñárritu est cette année le Président du jury. Il est accompagné par des jurés qui sont en grande majorité des réalisateurs de très haut niveau (Pawlikowski, Campillo, Lanthimos, Rohrwacher, Reichardt), ce qui peut laisser présager d'un Palmarès faisant la part belle aux parti-pris de mise en scène plutôt pointus.

Edouard Baer sera maître de cérémonie (on s'en régale déjà), Claire Denis présidera les jurys Courts-métrages et Cinéfondation, et Nadine Labaki dirigera le jury d'Un certain regard. Le réalisateur Ciro Guerra sera quand à la lui à la tête du jury de la Semaine de la Critique.

Si vous allez à Cannes pour la première fois, ces articles pourraient vous intéresser :

 

Mon avis sur les différentes sélections :

Compétition

Cette année, la compétition est partagée assez équitablement entre valeurs sûres et nouveaux venus, formant un ensemble diablement excitant.

Parmi les habitués du Festival, il y aura les déjà palmés Ken Loach (présent pour la 14ème fois), frères Dardenne, Terrence Malick, Quentin Tarantino, Kechiche, ainsi qu'Arnaud Desplechin, Jim Jarmusch, Xavier Dolan, Elia Suleiman, Marco Bellochio, Bong Joon Ho, Kleber Mendonça Filho, qui malgré leur âge très différent ont tous déjà présenté un film en compétition. C'est la première fois que la compétition comprend autant de cinéastes ayant déjà remporté une Palme d'Or.

Le groupe des nouveaux entrants est emmené par une sélection française très audacieuse avec Céline Sciamma, Justine Triet et le premier film de Ladj Ly, complété par le roumain Porumboiu, le chinois Diao Yinan, l'autrichienne Jessica Hausner, l'américain Ira Sachs et la franco-sénégalaise Mati Diop dont le film Atlantique est précédé des meilleures rumeurs possibles.

Un certain regard

Du (très) beau monde dans la section Un certain regard, qui ferait le plaisir de nombreux festivals dans le monde, avec entre autres les nouveaux films de Bruno Dumont, Christophe Honoré, Albert Serra et Kantemir Balagov, le réalisateur d'un excellent premier film déjà présenté dans cette section il y a deux ans, Tesnota. A signaler deux films d'animation dans cette section, ce qui est assez rare : Les hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman adapté d'un roman de Yasmina Khadra et La fameuse invasion des ours en Sicile de l'auteur de BD cultissime Lorenzo Mattotti.

Sélection officielle

Dans le cadre des séances spéciales, Elton John est attendu en personne pour la présentation du biopic qui lui est consacré, Rocketman. Une projection où on se bousculera, c'est sûr. A noter aussi Les plus belles années d'une vie, de Claude Lelouch, qui reprend les personnages d'Un homme et une femme, 50 ans après, et trois documentaires signés (excusez du peu), Alain Cavalier, Abel Ferrara et Werner Herzorg.  

C'est La belle époque, de Nicolas Bedos, qui remplit cette année la case "film français grand public" qui a si bien réussi au Grand bain l'année dernière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Quinzaine des réalisateurs

Pour sa première sélection après avoir succédé au règne de 7 ans d'Edouard Waintrop, le jeune Paolo Moretti frappe fort d'entrée avec une série impressionnante de grands noms : Lav Diaz, Bertrand Bonello, Takashi Miike, Fabrice Lucchini (dans le nouveau film de Nicolas Pariser, Alice et le maire), Robert Pattinson et Willem Dafoe (dans The lightouse, le nouveau film très attendu de Robert Eggers, a qui l'on doit The witch), Rebecca Zlotowski et Quentin Dupieux.

Il surprend aussi avec d'autres invités qu'on n'a jamais vu à Cannes (16 en tout) mais dont les quelques lignes de synopsis donne l'impression d'une volonté de fantaisie particulièrement rafraîchissante : il sera entre autre question d'un rappeur qui discute avec son frigo intelligent, d'un concert prolétarien, d'un fantôme, d'un ambulancier malchanceux et de pratiques sado-maso (dans un film finlandais au titre évocateur : Les chiens ne portent pas de pantalons). 

Les séances spéciales, avec une master class de Robert Rodriguez suivi d'un moyen métrage inédit (Red 11), tourné avec 7000 $, et un court-métrage de 35 minutes de Luca Guadagnino (avec Julianne Moore et Kyle MacLachlan), feront également le plein.

 

Semaine de la critique

Après une année somptueuse en 2018, la Semaine de la Critique propose comme souvent un programme intrigant et prometteur, dans lequel on notera tout particulièrement Vivarium de l'irlandais Lorcan Finnegan, film fantastique avec Jesse Eisenberg et Imogen Poots.  

ACID

Dans la petite dernière des sélections cannoise, 5 fictions et 4 documentaires. Peu de noms connus dans cette liste qui vise justement à faire découvrir de nouveaux réalisateurs au public et (surtout) aux distributeurs, sauf peut-être L'angle mort, de Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic, avec Isabelle Carré et Golshifteh Farahani.   

 

A bientôt en direct de Cannes !

Voir les commentaires

Aller au Festival de Cannes (pour les nuls) N°4

Ce dernier opus de ma série de conseils pour ceux qui veulent aller au Festival de Cannes est consacrée à l'accréditation apparue en 2018 : 3 jours à Cannes.

Ce qui va suivre est un résumé tiré de plusieurs témoignages, dont celui de Maxime Decerier du blog Cinéma to grill et celui de Nicolas Am. Je les remercie tous les deux.

Pour bien comprendre ce qui va suivre, il est préférable d'avoir lu les 3 premiers articles.

Pour les jeunes uniquement

Premier point important, cette accréditation ne concerne que les jeunes de 18 à 28 ans, de toutes nationalités. Officiellement, elle a été crée pour rajeunir l'audience du festival et permettre à des jeunes de profiter du plus grand Festival de cinéma au monde. Officieusement, il se murmure que cette initiative vise également à renflouer les audiences des 3 derniers jours du Festival : il y a en effet beaucoup moins de monde sur la Croisette lors des derniers jours, beaucoup de professionnels étant déjà repartis. Nouveauté 2019 : une deuxième session, en début de Festival, est également ouverte.

Comment ça marche ? Il suffit d'envoyer une lettre de motivation au Festival en passant par le portail d'inscription ! 1500 jeunes environ sont sélectionnés et il y aurait eu 10000 candidatures l'année dernière. On voit donc que la probabilité d'être retenu est loin d'être négligeable.

En 2018, les réponses favorables ont parfois été envoyées très peu de temps avant le début du Festival, ce qui pose évidemment de gros problèmes logistiques pour se loger : à prendre en compte dans votre budget. En 2019 la phase d'inscription a débuté le 22 mars.

Comment ça marche ?

L'accréditation 3 jours à Cannes ne fonctionne que les 3 derniers jours du Festival (du jeudi 17 au samedi 19 mai en 2018) et les trois premiers jours (nouveauté 2019). 

Elle permet l'accès : 

- au cinéma Les Arcades pour des projections dédiées aux pass 3 jours (extrait ci-contre) . La programmation est constituée de la plupart des films en compétition, et de quelques films de la sélection Un certain regard. Comme les salles des Arcades font environ 300 places, il faut arriver longtemps à l'avance pour pouvoir entrer (prévoir 1h30 de queue pour être sûr d'entrer). Chaque film n'est projeté qu'une seule fois.

- à certaines séances spécifiques à l'intérieur du Palais comme les masters class (à condition d'en faire la demande préalable au bureau des invitations), certaines séances "du lendemain" et lors du dernier jour, à la reprise de tous les films en compétition. C'est donc l'occasion d'entrer dans le Palais assez facilement, ce qui n'est pas possible avec l'accréditation Cannes Cinéphiles. La circulation à l'intérieur du Palais est toutefois plus restreinte qu'avec l'accréditation Festivalier classique (par exemple pas d'accès au Marché du film).

- au système de réservation des invitations qui permet d'accéder aux séances officielles dans le Grand Théâtre Lumière. Pour cela vous avez accès à la Centrale de réservation informatique. A priori, en 2018, il a été possible d'obtenir par ce biais des invitations pour des séances en journée, mais quasiment aucune pour les séances du soir. Bien sûr il est toujours possible de procéder aux séances de quémandage que je décris dans les articles précédents. Une séance spécifique de Star Wars Solo semble également avoir été ajoutée le vendredi 18 mai 2018 à 22h visant en particulier la population des pass 3 jours : comme toujours à Cannes, il faut être perpétuellement aux aguets ! Pour toutes ses projections, vous êtes soumis aux même règles que les autres festivaliers (voir articles précédents)

- aux séances d'Un certain regard salle Debussy, de la Semaine et de la Quinzaine dans les mêmes conditions que les badges Festivalier

Conclusion

Le pass 3 jours est une bonne façon de découvrir le Festival de Cannes.  Si vous avez les moyens de vous loger il peut être agréable de venir un ou deux jours avant le jeudi : votre accréditation 3 jours ne vous sera d'aucune utilité, mais vous pourrez fréquenter plus assidûment les sections parallèles et vous pourrez aussi vous favoriser avec les lieux.  

Pour bien comprendre comprendre le fonctionnement du festival de Cannes, je vous conseille de lire  :

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #1

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #2

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #3

 

Voir les commentaires

Journal de Cannes 2018

 

19 mai

Pour la première fois depuis sept ans, je suis à Cannes pour le dernier jour, ce qui me permet de tester les séances de rattrapage qui reprennent sur une même journée tous les films en compétition. Cela me permet de voir Heureux comme Lazarro (2/5) de Alice Rohrwacher. Le film commence dans le même esprit que Les merveilles, son film précédent, que j'avais peu goûté. Il évolue ensuite vers une sorte de délire mystico new age à base de loup, que j'apprécie à peine plus. Le scénario du film, si on excepte la fin catastrophique, est toutefois intéressant.

J'aurai vu 20 des 21 films en compétition : au vu des critiques toutes négatives, j'ai fait l'impasse sur Les filles du soleil, de Eva Husson. 

Ayant échoué dans mes tentatives d'assister à la cérémonie de cloture, je regarde le Palmarès avec mon pote Maxime en terrasse du Café Roma. Un Palmarès (pour une fois) très satisfaisant, j'y reviendrai. La fin de soirée est consacrée au film de Terry Gilliam, L'homme qui tua Don Quichotte (4/5), qui m'a plu par sa faculté à multiplier les niveaux de lectures, presqu'à l'infini. C'est du grand spectacle intelligent, et j'espère que le film sera un succès en salle.

Merci à tous ceux qui m'ont lu régulièrement (vous êtes au moins 500), et à l'année prochaine en direct de la Croisette.

18 mai

Dernier sprint aujourd'hui avec les quatre derniers films en compétition. Je commence avec Vanessa Paradis et Un couteau dans le coeur (2/5) de Yann Gonzalez. Si vous aimez l'esthétique queer / porno gay années 70 / giallo, vous aimerez ce film. Sinon, vous le trouverez cheap et sans intérêt.

A la suite, Capharnaüm (5/5), de Nadine Labaki, est sans conteste un des chocs de ce Festival. Il s'agit d'une plongée en apnée dans les bas-fonds de Beyrouth, sur la trace de Zaïn 12 ans, et Yonas, 2 ans. Peu d'yeux encore secs en fin de séance autour de moi. Le film sera à coup sûr au Palmarès, reste à savoir à quelle place.

Ayka (3/5), de Sergey Dvortsevoy, est un peu le pendant russe de Capharnaüm, en plus enneigé, plus sombre et plus pessimiste. Formellement, le cinéaste suit son actrice caméra à l'épaule à courte distance pendant tout le film, créant un sentiment d'urgence permanente et de claustrophobie.

Dernier et quarantième film de mon Festival, Le poirier sauvage (4/5) de Nuri Bilge Ceylan est une fresque ambitieuse dont le noeud est la relation père / fils. On y retrouve tous les ingrédients du maître : une photographie prodigieuse, une mise en scène d'une précision surnaturelle, de longues conversations philosophiques, le sentiment physique du temps qui s'écoule, la complexité des sentiments.

17 mai

Premier film en compétition de la matinée, Dogman (5/5) de Matteo Garrone. C'est probablement le meilleur film du réalisateur italien. Tableau sobre et puissant de la bonté bafouée : j'ai adoré. L'acteur principal et l'utilisation des décors sont admirables.

Toujours en compétition, Burning (4/5) du coréen Lee Chang-Dong (Poetry, Secret sunshine) est un thriller vaporeux à l'atmosphère murakamienne en diable (le film est tiré d'une nouvelle de l'auteur japonais). C'est parfois sublime, globalement très intéressant, mais un peu long et un peu mou à mon goût. Le film est le chouchou de la presse internationale, qui le voit Palme d'or.

C'est la dernière journée à la Semaine de la Critique, qui repasse les films primés de cette section, ce qui me permet d'enchaîner trois films à la suite. Il est très surprenant que le jury présidé par Joachim Trier ait donné le Grand Prix à Diamantino (1/5), film portugais complètement barré où un clone de Ronaldo voit des chiots géants sur le terrain quand il marque des buts. Un film d'une laideur insigne, tourné avec les pieds. Woman at war (3/5) est un film islandais plutôt sympa, où il est question d'une militante écologiste qui sabote les lignes électriques de son pays, tout en tentant d'adopter une petite orpheline ukrainienne. Très islandais dans l'esprit WTF. Pour finir, un très joli film indien, Sir (4/5) de la réalisatrice Rohena Gera, qui est présente dans la salle. Le film raconte avec une grande subtilité la naissance d'un amour entre un jeune maître et sa servante dans le Bombay d'aujourd'hui.  

16 mai

Début de journée avec la sélection officielle et Under the silver lake (2/5), du jeune prodige US David Robert Mitchell, un des films les plus attendus du Festival. Pour résumer, il faut s'imaginer un film réalisé comme dans les années 50 (même musique symphonique, mêmes couleurs pétantes, même intrigue alambiquée que dans les romans de Dashiell Hammett), passé au mixeur des années 2010 (thèse complotiste, hipster new age). C'est marrant pendant une heure, mais le film dure 2h19. Donc non.

J'enchaîne rapidement à la salle Debussy pour Sofia (2/5), de la marocaine Meryem BenM'Barek. Le film dure 1h20, il est très bien fait mais le scénario peine à tenir la distance, un moyen métrage aurait suffi. Le film rappelle opportunément que les relations sexuelles hors mariage sont punies de 1 mois à 1 an de prison au Maroc.

A la Quinzaine, quel plaisir d'applaudir le merveilleux Mamoru Hosoda, pour son nouveau bijou Miraï, ma petite soeur (4/5). Ce film d'animation raconte les tourments d'un petit garçon jaloux de l'arrivée de sa soeur. C'est à la fois trois fois rien, et l'univers entier qui est invité dans ce film attachant et précieux.

Fin de soirée alternative à la sélection ACID, pour voir un documentaire réalisé par deux jeunes femmes (Ombline Ley et Caroline Capelle) dans un IME du Nord Pas de Calais. Ca s'appelle Dans la terrible jungle (4/5) et je vous le conseille ardemment. Le travail effectué avec les handicapés de ce Centre est joyeux, émouvant, dynamique. Du coeur d'Hollywood à 8h30 aux applaudissements d'une petite salle de 200 personnes pour les jeunes handicapés descendus du Nord sur la Croisette pour présenter le film : c'est la magie du Festival.

15 mai

Après ma folle journée de hier (le von Trier m'a fait me coucher vers 3h du matin), je m'accorde un répit et je ne commence ce matin qu'à 11h, avec le nouveau film de Bi Gan, le réalisateur chinois très remarqué pour Kaïli blues, Un grand voyage vers la nuit (5/5). Ce film, connu à Cannes sous le nom Long day's journey into night, est une splendeur visuelle, dont chaque plan est magnifique et comprend plusieurs idées de mise en scène. La dernière partie du film est constituée d'un prodigieux plan séquence d'une heure environ, en 3D. Il faut simplement accepter, comme dans Mulholland drive par exemple, de ne pas comprendre tout ce qu'on voit.

A 16h, je fais la montée des marches d'En guerre (3/5) de Stéphane Brizé. Le point fort du film est le sentiment d'immersion totale qu'il procure, son point faible c'est la difficulté à développer dans sa deuxième partie des enjeux narratifs consistants (ce qui aboutit à une fin un peu too much). 

Après avoir échoué dans une tentative de rattrapage à la Quinzaine (c'est mon deuxième échec depuis que je suis là), je me retrouve un peu par hasard à regarder un film d'une jeune réalisatrice kazakhe, Bad bad winter (1/5), présenté dans la section ACID. Le pitch du film, incluant un huis clos entre 5 personnes et une succession de dilemmes moraux, rappelle les films iraniens de Farhadi. Malheureusement la sauce ne prend pas ici, par la faute d'une direction d'acteurs flottante et d'un montage trop lâche.

14 mai

Journée exceptionnelle avec cinq films, du suspense et des émotions. Je m'étais fixé pour objectif de voir tous les films projeté au Grand Théâtre Lumière dans la journée. Je commence donc par Une affaire de famille (5/5), d'un de mes réalisateurs préférés, Hirokazu Kore-Eda. C'est touchant, profond, magnifiquement mis en scène. Le meilleur film de la compétition pour moi à ce jour.

J'enchaîne avec une excellente comédie française, parfait buddy-feelgood movie, Full monty aquatique : Le grand bain (4/5) de Gilles Lellouch, avec un casting exceptionnel (Guillaume Canet, Benoit Poelvoorde, Philippe Katherine, Mathieu Amalric, Virginie Efira et plein d'autres). 

Journée japonaise en compétition avec ensuite Asako (3/5), de Ryusuke Hamaguchi, l'auteur de Senses. Une chronique sentimentale originale et un traitement distancié qui fait paraître l'intrigue presque surnaturelle par moment. Le traitement sage de comportements complexes est clairement la marque de fabrique de son auteur.  

Ca se complique pour trouver une place pour la montée des marches de Blackkklansman (4/5) de Spike Lee, mais j'y arrive. Le film est très classique dans sa forme, hyper énergique, drôle et prenant, un vrai plaisir de spectateur. Trump en prend pour son grade, mais la charge politique est subtilement menée à travers une histoire incroyable inspirée de faits réels.

Je n'y croyais pas beaucoup, mais un heureux concours de circonstance m'a projeté au premier rang du GTL, à quelques mètres du réalisateur, pour la première mondiale très attendue de The house that Jack built (2/5) de Lars von Trier. Le film m'a déçu, moche, trop bavard et mal foutu à mon goût, et beaucoup moins malsain que ce que la petite centaine de spectateurs ayant quitté la salle pourront colporter. Quand un film traite d'un tueur en série, il ne faut pas s'attendre à voir courir des agneaux dans des champs de fleurs (et en plus si, on voit aussi ça dans le film). 

13 mai

Un petit Gaspar Noé pour se réveiller, c'est brutal, d'autant plus qu'il fallait être dans la file d'attente vers 7h30 du matin pour espérer entrer (la séance était à 8h45). Pour le coup, rien n'avait filtré, et nous avons vraiment vu le film en première mondiale. Climax (5/5) est pour le moi le meilleur film de son auteur : tourné en trois semaines avec des danseurs, le film raconte une fête qui dégénère suite à l'absorption d'une sangria augmentée. Il faut imaginer une nef des fous (façon Bosch) tournée par l'enfant naturel de Pasolini et de Lynch. C'est brillant, virtuose, scotchant, très dérangeant sans être gore. Du grand art.

A la suite, je tente un film indien (c'est un pays qui ne figure pas encore dans ma carte du monde Cannes 2018) à Un Certain Regard. Manto (3/5) est un biopic à gros budget (il y avait 25 personnes sur la scène de Debussy pour la présentation du film, je n'ai jamais vu ça), qui raconte la vie d'un écrivain musulman ayant vécu à l'époque de l'indépendance de l'Inde. Réflexion sur la façon dont les écrivains sacrifient tout pour leur art, chronique socio-historique intéressante, le film ne trouvera peut-être pas le chemin des salles françaises.

Retour à la compétition avec Trois visages (3/5) de l'iranien Jafar Panahi. Le film débute par un scène d'anthologie d'un point de vue scénaristique et développe une enquête champêtre lors de laquelle l'approche pince sans rire de Panahi fait des merveilles. Peut-être un poil anecdotique, mais réalisé dans un esprit kiarostamien des plus agréables qui ravira les admirateurs de Taxi Téhéran.

Fin de journée au Studio 13 avec le nouveau film de Romain Gavras, Le monde est à toi (3/5), comédie grinçante et déjantée au casting plus que parfait : Karim Leklou en premier rôle (enfin !), Isabelle Adjani impériale, Vincent Cassel à contre-emploi et des apparitions désopilantes de Philippe Katerine et François Damiens. Un feel-good movie de qualité, qui me réconcilie avec l'auteur.

12 mai

J'attendais beaucoup du nouveau film du chinois Jia Zhang-Ke, dont j'avais beaucoup aimé les deux films précédents (A touch of sin, Au-delà des montagnes). Malheureusement, Les éternels (2/5) m'a déçu. Le film reprend beaucoup des thèmes du film précédent de son auteur, en les développant moins bien. Je n'ai pas accroché avec cette histoire d'amour qui traverse le temps. Le film m'a paru à peine fini et mal monté.

La première vraie, grande, bonne surprise de ce Festival vient à 16h d'Un Certain Regard, avec la projection de Girl (5/5), du belge Lukas Dhont. On suit une jeune transexuel qui veut devenir danseuse. Lara est une fille avec un corps de garçon, et on n'a à mon avis jamais aussi bien montré cette situation au cinéma. L'acteur Victor Polster est prodigieux, et la mise en scène est d'une grande sensibilité. Un film magnifique, caméra d'or en puissance puisque premier film.  

Fin de journée à la Quinzaine, avec un film de genre, Mandy (1/5) de Panos Cosmatos, avec Nicolas Cage, qui n'a pas fait le déplacement pour Cannes. Le film montre ce dernier tuer des sortes de zombies en ferraille avec une hallebarde faite maison, alors qu'une secte a enlevé et brûlé vive sa femme. C'est très série Z, moche, et les seuls bons moments sont les moments de second degré où toute la salle rigole. La magie de Cannes c'est (aussi) de passer de Girl à Mandy sans transition.

11 mai

Je commence par un film de la compétition, Cold War (4/5) du polonais Pawel Pawlikovski, le réalisateur de Ida. Le film est d'une beauté formelle époustouflante (format carré, noir et blanc sublime), qui sert très bien une histoire d'amour sur plusieurs décennies, racontée sous forme de vignettes euphémistiques. L'actrice Joanna Kulig est magnétique.

J'enchaîne rapidement à la Quinzaine par le premier film de Marie Monge, Joueurs (2/5). L'intérêt du film est de montrer avec beaucoup de réalisme le fonctionnement les cercles de jeu parisiens. Tahar Rahim et Stacy Martin sont parfaits et la réalisation solide, mais le film souffre d'un manque d'originalité : on a l'impression d'avoir vu ça mille fois.

En milieu d'après-midi je trouve une place en orchestre pour la montée des marches du Godard, Le livre d'image (1/5). Le film est laid, incompréhensible et représente une vraie torture. Un spectateur hurle sur ma gauche en début de séance "Godard forever", mais beaucoup d'autres partiront avant la fin.

Parlons plutôt de mes voisins. Sur le siège à ma gauche est assis Patrick Poivre d'Arvor : c'est bizarre d'être assis à côté de quelqu'un de célèbre ... à qui on a rien à dire ! Trois places à ma droite le réalisateur ukrainien Sergei Loznitsa. Trois rangs derrière moi, une bonne partie du jury : Cate Blanchett surveillée de près par Robert Guédiguian, Kristen Stewart en jean, Laura Seydoux, Andrey Zviagintsev en blouson de cuir et Denis Villeneuve en jeans et chemise bleu clair. Le président de la confédération helvétique (et ses impressionnants gardes du corps) cinq rangs devant moi.

Fin de journée dans la modeste salle Alexandre III, pour un rattrapage, le film d'ouverture de la Quinzaine, Les oiseaux de passage (4/5), un film colombien de Ciro Guerra (L'étreinte du serpent) et Cristina Gallego. Pour résumer, c'est Scarface chez les indiens Wayuu. Beau et intéressant.

10 mai

La journée commence bien à la Quinzaine, avec Petra (4/5), du catalan Jaime Rosales. On dirait un Haneke du sud, qui se finirait bien et qui serait agréable à regarder. Le récit est composé de 7 chapîtres qu'on voit dans le désordre, ce qui constitue une belle émulation intellectuelle. Le film possède bien des points communs avec le film de Farhadi (l'Espagne, son actrice principale, des thématiques liées à la famille et au passé), mais il est bien plus réussi.

Toujours à la Quinzaine, Les confins du monde (2/5), de Guillaume Nicloux, est raté. Je comprend que Frémaux n'en ait pas voulu, malgré tout le potentiel glamour du film (Depardieu, Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, et le fric qui suinte de chaque plan). Pour résumer, je dirais que c'est un Apocalypse now franchouillard et gore, qui relie guerre et frustration sexuelle. Tout m'y a semblé factice.

Je rentre ensuite grâce à une invitation glanée auprès de l'attaché de presse du film à Un certain regard, pour la projection du très attendu A genoux les gars (4/5). Antoine Desrosières, le réalisateur, s'était fait remarqué avec son court métrage Haramiste, qui mettait en scène deux jeunes filles voilées, parlant très librement de sexe. On retrouve ici les deux actrices (formidables) dans un film qui ne ressemble à rien de connu, mêlant sujets de sociétés (homophobie, viol et consentement) à l'histoire d'une émancipation sexuelle. C'est vif, déjanté, une logorrhée étourdissante et enivrante qui sert une dialectique complètement zarbi. 

Quand je sors de cette troisième projection à la suite, il est 16h, et il est temps de ... manger une salade niçoise, avant de chercher une invitation pour la montée des marches de Plaire, aimer et courir vite (4/5), en compétition. Le film de Christophe Honoré, que vous pouvez voir en salle, est beau et sage. La mise en scène est d'une grande beauté et les acteurs m'ont convaincu. Pourtant, curieusement, l'émotion a été assez peu au rendez-vous. Le films souffre peut-être d'une longueur un poil excessive.

 

9 mai

La journée ne commence qu'en début d'après-midi, pour cause d'avion, de transport, d'installation à l'hôtel...

Mon premier film à Cannes est Rafiki (3/5), un film kényan, réalisé par une jeune femme, et qui raconte une histoire d'amour entre deux jeunes filles, un peu sur le mode de La vie d'Adèle, le sexe frontal en moins et l'Afrique en plus. C'est pop, coloré, chaleureux, parfois maladroit mais finalement estimable. Les actrices sont très bien.

J'enchaîne avec un deuxième film africain (c'est exceptionnel à Cannes !) : Yomeddine (5/5) premier film d'un jeune réalisateur égyptien. Il s'agit d'un road movie qui met en scène un lépreux très marqué par sa maladie, et un jeune nubien qui s'appelle Obama. C'est un film formidable, entre Elephant man, Freaks, et les comédies italiennes des années 70. J'ai beaucoup aimé, et le film a été acclamé par le public du Grand Théâtre Lumière pendant de longues minutes. La presse a été plus bégueule, reprochant au film ses quelques facilités ou maladresses. On pourrait à mon avis le retrouver au palmarès.

Pour finir, à 22 h, le troisième film de la compétition : Leto (2/5), du russe Kirill Serebrennikov. Ce dernier est assigné à résidence en Russie et l'actrice principale entre dans la salle avec un panneau portant son nom. Au-delà de l'aspect politique, le film m'a laissé complètement froid : du Garrel russe et rock, agrémenté de clips moches et d'une musique médiocre. Le film présente sûrement un intérêt, mais je ne l'ai pas vu.

 

8 mai

Une fois n'est pas coutume, mon Festival de Cannes commence cette année au beau cinéma le Louxor, à Barbès. Je ne prendrai l'avion qu'aux aurores, demain matin.

Pas grand-chose à reprocher formellement au film d'Asghar Farhadi, Everybody knows (3/5), solidement réalisé, bien écrit et bien interprété. L'intrigue, qui se développe agréablement lors de la première partie, patine cependant franchement dans la deuxième, et les nuances habituelles des scénarios de Farhadi cèdent ici la place à un conformisme décevant.

Un film qu'on devine invité en ouverture principalement pour le côté glamour du couple Bardem / Cruz.

Voir les commentaires

En route pour le Festival de Cannes 2018

Du 8 au 19 mai 2018, vous pourrez suivre le Festival de Cannes en direct sur Christoblog, avec un résumé tous les soirs de mes aventures sur la Croisette.

Pour mes avis immédiats à la sortie de chaque projection, vous pouvez me suivre sur Facebook ou Twitter, comme plus de 460 fidèles. 

Vous pouvez aussi vous abonner à la newsletter de Christoblog, là, à droite de l'article, en inscrivant votre adresse mail dans la case "Saisissez votre email ici".

Cate Blanchett est cette année la Présidente du jury.

Edouard Baer sera maître de cérémonie (on s'en régale déjà), Bertrand Bonello président des jurys Courts-métrages et Cinéfondation, Ursula Meier présidente du jury de la Caméra d'Or et Benicio del Toro (grand cinéphile devant l'éternel) dirigera le jury d'Un certain regard. Le réalisateur Joachim Trier présidera le jury de la Semaine de la Critique.

Si vous allez à Cannes pour la première fois, ces articles pourraient vous intéresser :

Aller au Festival de Cannes (pour les nuls) #1

Aller au Festival de Cannes (pour les nuls) #2

Aller au Festival de Cannes (pour les nuls) #3

Mon avis sur les différentes sélections :

Compétition

Une sélection qui sent le neuf. A part Nuri Bilge Ceylan, dont le film a été ajouté à la sélection tardivement, aucun des réalisateurs sélectionnés n'a gagné de Palme d'or.

Si la liste comprend quelques cinéastes reconnus et/ou habitués du Festival (Matteo Garrone, Hirokazu Kore-Eda, Jia Zhang-Ke, Asghar Farhadi), il y a beaucoup de nouveaux venus, peu connus du grand public : le japonais Ryusuke Hamaguchi, le kazakh Sergey Dvortsevoy, la libanaise Nadine Labaki, et l'égyptien AB Shawky, dont il est même difficile à ce jour de trouver trace sur internet.

Même les anciens (Jean Luc Godard, Spike Lee) font figure de revenants improbables.

La représentation française est rafraichissante elle aussi : Christophe Honoré, Eva Husson, Yann Gonzalez, et dans une moindre mesure Stéphane Brizé.

Trois cinéastes ayant réalisé peu de films - mais très remarqués pour leur film précédent - sont également présents : David Robert Mitchell (44 ans, It follows), Pawel Pawlikowski (60 ans, Ida) et Alice Rohrwacher (36 ans, Les merveilles). Aucun de ses trois films ne m'a plu, espérons qu'ils sauront me faire changer d'avis.

Le coréen Lee Chang-Dong, que j'aime à l'inverse beaucoup (Poetry, Secret sunshine), sera également présent, ainsi que l'iranien Jafar Panahi et le russe Kirill Serebrennikov, qui tous deux ont maille à partir avec les autorités de leur pays.

La compétition s'annonce donc cette année à la fois rajeunie, à forte coloration asiatique, sans grande star, et politique.

L'intégralité de la sélection sur le site du Festival.

Un certain regard

Dans cette section, le renouvellement est aussi impressionnant. Pas moins de six premiers films sur dix-huit sélectionnés, ça ne doit pas être loin du record.

Je ne connais pas beaucoup de réalisateurs, à part Sergei Loznitsa qui fera l'ouverture, Valeria Golino (Miele) et l'actrice Andréa Bescond dont j'ai vu le magnifique spectacle (Les chatouilles) au théâtre.

Pour le reste, c'est le grand saut vers l'inconnu, avec des destinations particulièrement exotiques : l'Iran, l'Afrique du Sud, le Kazakhstan, le Maroc, l'Inde, la Syrie, le Kenya et l'Argentine.

Le belge Lukas Dhont, l'allemand Ulrich Kohler et le français Antoine Desrosières complètent la sélection.

Un seul film, me semble-t-il, bénéficie d'un buzz pré-Cannes vraiment notable : Long day's journey into night, du chinois Bi Gan, que beaucoup annonçaient en compétition.

Sélection officielle

Etonnant de voir se cotoyer Solo : a star wars story, de Ron Howard, pour lequel les places seront très chères, et le documentaire de l'austère - mais génial - cinéaste chinois Wang Bing, qui dure ... 8h15 ! 

Je suis intrigué par le film de Gilles Lelouche, Le grand bain, au casting imparable : Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Philippe Katerine, Benoit Poolvoerde. J'essaierai de voir The house that Jack built, qui marque le retour de Lars von Trier sur la Croisette.

Wim Wenders présentera un documentaire sur le pape et Mads Mikkelsen essayera de survivre par - 70 ° dans Arctic, en séance de minuit : contraste cannois...

 

Quinzaine des réalisateurs

Sous la houlette d'Edouard Waintrop, la recette de la sélection a toujours obéi à des règles simples : une part de grands noms refoulés de la Sélection officielle, une part de découvertes plus ou moins réussies, un film de genre, une comédie française de qualité, un film déjà présenté à Sundance.

En 2018 cela donne pour la première catégorie les nouveaux films de Guillaume Nicloux (avec Gérard Depardieu), Gaspar Noé, Philippe Faucon, Mamoru Hosada. Pour la seconde, des films espagnols et sud-américains à la pelle, le nouveau film de Mohammed Ben Attia (le réalisateur de Hedi). Le film de genre, Mandy, fournira action, horreur, et Nicolas Cage sur la Croisette. La comédie française fait très envie cette année : En liberté ! de Pierre Salvadori, avec Adèle Haenel. Le film de sundance est le second film de l'américaine Debra Granik. Son film précédent, Winter's bone, avait révélé une jeune actrice alors inconnue, Jennifer Lawrence.

Parmi les nombreuses curiosité de la Quinzaine, signalons Le monde est à toi de Romain Gavras, et son casting d'exception : Vincent Cassel, Isabelle Adjani, Karim Leklou.

 

Semaine de la critique

Côté de la Semaine, qui ne programme que des premiers et des seconds films, on a affaire comme d'habitude à des inconnus. Sept films, deux seconds et cinq premiers, dont quatre sont réalisés par des femmes, ce qui rend la Semaine beaucoup plus féminine que la sélection officielle.

Les films viennent de Pologne, d'Inde, de France, de Hongrie, de Suisse, du Portugal et d'Islande.

Hors compétition, la Semaine présente le premier film de l'acteur américain Paul Dano avec la sublime Carey Mulligan et Jake Gyllenhall, ainsi que le deuxième film du Belge Guillaume Senez, avec Romain Duris. 

Souhaitons à l'ensemble de la sélection le même avenir que David Robert Mitchell, qui avait présenté It follows il y a deux ans à la Semaine, et se retrouve cette année en compétition de l'officielle.

La sélection de la Semaine de la critique 2018.

ACID

Comme souvent, je ne connais pas grand-chose dans la sélection ACID, si ce n'est Thunder road de l'américain Jim Cummings. Ce dernier avait réalisé (et joué) un court-métrage extraordinaire visible ici, sur l'amour que porte un homme à sa mère, exprimé sur une chanson de Bruce Springsteen. Ce long-métrage semble être une extension du court primé à Sundance. J'essaierai évidemment d'y aller.

 

A bientôt en direct de Cannes !

Voir les commentaires

Journal de Cannes 2017

 

 

27 mai

Dernier jour, qui commence en douceur avec le rattrapage d'un documentaire présenté en sélection officielle (mais hors compétition), Demons in paradise (3/5). Le film revient sur le guerre civile au Sri Lanka, et plus spécialement sur la lutte sanguinaire entre les différentes factions tamoules. C'est basé sur des témoignages de protagonistes qui reviennent sur les lieux des exactions. Intéressant.

Je reviens en compétition pour You were never really here (5/5) de Lynn Ramsay, qui sortira finalement en France sous le titre A beautiful day. Le film n'est pas très original par son propos (un justicier urbain tente de sauver une petite fille d'un réseau pédophile), mais l'est par sa mise en scène d'une beauté et d'une intelligence admirable. Joaquin Phoenix y est sidérant d'intériorité.

Fin de Festival avec une montée des marches en grande tenue. Le dernier Polanski, D'après une histoire vraie (1/5), est malheureusement raté à tout point de vue. L'interprétation d'Eva Green est particulièrement mauvaise. A oublier.

Merci de m'avoir suivi jusqu'au bout, et à l'année prochaine !

 

26 mai

L'un des chocs de ce Festival sera à coup sûr Patti Cake$ (4/5), film de clôture de la Quinzaine, avec lequel je commence la journée. Le réalisateur Geremy Jasper décrit la vie quotidienne des classes défavorisées du New Jersey, à travers le désir d'une jeune fille (blanche et en surpoids) de devenir une star du rap. C'est le parfait feel-good movie de fin de Festival. Un délice.

Je reviens ensuite dans la compétition, avec pour commencer In the fade (3/5) de Fatih Akin. Diane Kruger joue avec un talent incroyable une femme dont le mari et le fils sont tués dans un attentat : prix d'interprétation féminine en vue ! Sinon, le film, sous des dehors un peu pépère, est plus subtil qu'il n'y paraît : il nous conduit de nombreuses fois à changer d'opinion sur ce qu'on voit. Un film rudement efficace en matière de suspense psychologique.

A la suite, la montée des marches de 19h pour le Ozon, L'amant double (2/5). Ozon essaye de faire son Hitchcock et son Cronenberg à la fois, mais comme il n'a pas la précision du premier, ni le caractère malsain du deuxième, le résultat est couci-couça, propre sans être convaincant. J'ai eu un peu de mal à m'impliquer dans l'histoire, et n'ai pas vraiment été surpris par sa conclusion. Le film est loin d'être aussi transgressif que ce que le bouche à oreille en disait.

 

25 mai

Double shot à la Quinzaine ce matin. I'm not a witch (4/5) de la jeune zambienne Rungano Nyoni est un très joli premier film, qui traite avec beaucoup de subtilité du sujet des sorcières en Zambie, à travers le regard d'une enfant. De l'humour et de très belles images, un candidat sérieux à la Caméra d'Or.

Dans un genre totalement différent, Bushwick (3/5) de Cary Munion et Jonathan Milott, flirte avec la série B. On suit une héroïne plongée brutalement dans une véritable guerre civile en plein Brooklyn, entre une armée de miliciens et la population. Le sous-texte politique est permanent et les quelques traits d'humour rendent le film plutôt sympa. C'est une production Netflix, qui ne sortira donc pas en salle.

Retour à la compétition à 16h avec la montée des marches de Une femme douce (3/5), de Sergei Loznitsa. C'est long, c'est lent, c'est superbement filmé, c'est russe au possible et c'est sûrement le film le plus ambitieux de la compétition. Sans être ébloui, je trouve qu'il a une densité et une profondeur unique. La fin, critiquée par quelques cinéphiles, me semble éclairer toute la première partie d'une autre lumière. Fait assez rare, le film s'est fait hué par une partie du public.

Pour finir en douceur sur la belle terrasse qui mène à la salle du soixantième, 12 jours (3/5), de Raymond Depardon. Le film, modeste, s'intéresse au sort de malades dans un hôpital psychiatrique de Lyon. C'est toujours intéressant un Depardon, même si ici le sujet est assez anecdotique. A trois places de la mienne, Vincent Lindon et Clothilde Hesme. 

 

24 mai

Petite journée aujourd'hui, consacrée à la Quinzaine. La defensa del dragon (2/5), de la jeune réalisatrice colombienne Natalia Santa, est le prototype du film du Sud : des plans fixes uniquement, un développement narratif lent. Il s'agit de tirer le portrait de trois hommes mûrs unis par la passion des échecs et qui éprouvent des difficultés dans leurs relations sociales. Pas sûr que ce film trouve le chemin des salles.

Plus tard dans la journée, je retourne dans la salle de la Quinzaine un peu au hasard, après avoir échoué à Un certain regard, et je découvre un objet filmique bizarre et exaltant : Nothingwood (4/5), un documentaire de Sonia Kronlund. Nothingwood fait référence à Bollywood, mais il s'agit ici de faire du cinéma avec... rien. Il suit sur un tournage le personnage haut en couleur qu'est Salim Shaheem, une star afghane qui a tourné 110 films avec des bouts de chandelles, dans un style inimitable, qui doit beaucoup au cinéma indien. Le film parle aussi de l'Afghanistan d'aujourd'hui. La leçon de vie qu'il propose (le cinéma contre la terreur) est formidable, et quand un des acteurs nous dit après la projection qu'il est prêt à mourir pour le cinéma (et ce n'est pas en l'espèce une figure de style), on est sidéré par la force du média qu'on célèbre ici à Cannes.

Le reste de la journée est consacré à accueillir ma petite famille et à essayer de nous faire tous entrer au GTL pour le film de Sofia Coppola, entreprise dans laquelle nous échouons d'un cheveu.

 

23 mai

Aujourd'hui un seul film vu en compétition, Vers la lumière (2/5) de Naomi Kawase. Après un début intéressant centré sur un personnage qui fait les commentaires audio pour aveugle sur les films, Vers la lumière sombre progressivement dans les travers contre lesquels Kawase doit toujours lutter : la mièvrerie et le délitement du scénario.

Heureusement, j'enchaîne immédiatement à Un certain regard avec le premier film d'une jeune française, Léonor Serraille, tourné avec une équipe technique essentiellement féminine et une actrice extraordinaire, l'incroyable Laetitia Dosch. Le film s'appelle Jeune femme (4/5), et il a tout pour devenir culte et emblématique d'une génération : humble, en prise directe avec le réel, bourré d'énergie, électrisant et férocement féministe. Un régal.

Du coup, je reste salle Debussy pour un autre premier film, italien cette fois-ci : Après la guerre (2/5) de Annarita Zambrano. Le film revient sur le moment où les terroristes italiens d'extrême-gauche protégés par Mitterrand ont été soudain remis à disposition de la justice italienne en 2002. C'est appliqué et proprement fait, mais après 22 film en 6 jours, j'ai besoin d'être empoigné par les films que je vois, et ce n'est pas le cas ici.

Quatrième et dernière séance de cette sixième journée, encore un italien, de la Quinzaine cette fois. L'intrusa (3/5) de Leonardo di Costanzo. Comme A ciambra (voir au 20 mai), L'intrusa possède un fort caractère documentaire. De Calabre on passe à Naples, dans une institution qui accueille les enfants défavorisés. La directrice va être confrontée a un véritable cas de conscience quand un membre de la camorra va être découvert dans ses locaux. Le film est admirablement réalisé dans une veine très naturaliste.

 

22 mai

Journée en grande partie dédiée à la compétition. The killing of a sacred deer (4/5), ne plaira pas à tout le monde, c'est sûr. Le nouveau film de Yorgos Lanthimos (The lobster) est une sorte de mix entre tragédie grecque, film d'horreur, thriller métaphysique et exposition de la cruauté façon Haneke. Moi j'ai mordu au dilemme que propose le film, et j'ai trouvé la réalisation époustouflante, bien que glaciale.

J'enchaîne avec le nouvel Haneke, Happy end (1/5) qui est d'après certains (peu nombreux sur la Croisette) sa somme, et pour d'autres (dont moi) son plus mauvais film. C'est pauvre en cinéma, ça sonne terriblement creux et ce n'est même pas dérangeant. Haneke se cite lui-même en faisant dire à Trintignant qu'il a étouffé sa femme il y a trois ans : ça sent le sapin pour l'autrichien. La troisième Palme d'or semble inacessible.

Troisième film en compétition à la suite : Le jour d'après (2/5) de Hong Sang-soo. La petite musique du coréen est ici réduite à sa plus simple expression. Aucune recherche ludique ou formelle comme dans la plupart de ces derniers films. Du coup, j'ai trouvé qu'il ne restait plus grand-chose : le film se résume à quelques conversations autour d'une table où on absorbe beaucoup de soju. De plus, il est construit sur la base de distorsions chronologiques qui ne facilitent pas la compréhension de ce qu'on voit. La critique française semble cependant beaucoup aimer.

Dernière séance plaisir avec la projection du nouveau film d'André Téchiné, Nos années folles (4/5). Le film, très qualité française dans sa forme, se révèle parfaitement subversif dans son sujet, sur lequel je vous conseille d'en savoir le moins possible. Un moment de cinéma à l'ancienne qui fait du bien. Assis aux côtés de Téchiné, les actrices qui ont compté pour lui, une brochette ahurissante comprenant Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Isabelle Huppert, Emmanuelle Béart, Elodie Bouchez et Sandrine Kiberlain. Ajoutez que dans la salle se trouvaient aussi Lambert Wilson, Claude Lelouch, Bérénice Bejo, Nicole Garcia, Gilles Jacob, Michel Hazanavicius et John Cameron Mitchell, et vous aurez une petite d'idée de l'aura dont bénéficie Téchiné.

 

21 mai

Premier film de la compétition ce matin, qui est la deuxième production Netflix après Okja, et que vous ne verrez donc pas en salle : The Meyerowitz stories (2/5) de Noah Baumbach. Etats d'âme, conflits familiaux et égos en péril dans le milieu aisé new-yorkais : Baumbach continue à inscrire ses pas dans ceux de Woody Allen, le talent en moins. C'est oublié aussi vite que c'est vu.

Je glisse en salle Debussy pour Un Certain Regard et Before we vanish (3/5) le nouveau film du prolifique Kiyoshi Kurasawa. Des extra-terrestres débarquent sur Terre pour nous voler nos concepts puis nous envahir. Extraordinairement captivant au début, le film tombe dans la deuxième partie dans des biais (des effets trop appuyés, une mauvaise utilisation des effets spéciaux, une certaine mièvrerie) qui malheureusement gâche un peu mon plaisir de retrouver le réalisateur en bien meilleure forme que dans Le secret de la chambre noire. Le film est tout de même très intéressant par son mélange de rationalité et de poésie, et par sa réflexion sur la nature humaine.

Ce début de journée en demi-teinte est heureusement effacé dans l'après-midi par le très réjouissant How to talk to girls in parties (4/5) du trublion John Cameron Mitchell (Shortbus). Cette adaptation d'une nouvelle SF de Neil Gaman est parfaite au premier tiers du Festival : du rythme, des couleurs, du romantisme sans niaiserie. Un film punk explosif et jouissif. J'assiste à la montée des marches en direct de la salle : Nicole Kidman et Elle Fanning ont l'air complices, et le réalisateur porte une veste rouge admirable.Toute l'équipe du film se marre bien.

Fin de journée à la Quinzaine avec Otez-moi d'un doute (3/5) comédie française sans prétention de Carine Tardieu, sensible, bien faite et bien jouée (par Cécile de France et François Damiens notamment). On rit et on réfléchit simultanément, c'est le signe d'une comédie réussie.

 

20 mai

La journée commence en compétition avec 120 battements par minute (3/5) de Robin Campillo, qui décrit les années SIDA à travers quelques destins individuels de militants d'Act Up - Paris. C'est visiblement documenté, très sagement réalisé, et un brin didactique. Alors que je pleure généralement facilement au cinéma, le film ne m'émeut curieusement pas plus que ça. Je m'attendais à plus original de la part de Campillo (à l'origine des Revenants). Un plan toutefois est absolument magique : celui de la Seine ensanglantée. Les échos sur la Croisette place le film en favori de la compétition.

J'enchaîne ma deuxième séance en compétition grâce à un membre d'une société de prod qui travaille pour Amazon et me donne une invitation pour The square (2/5) de Ruben Ostlund. Le film est basé sur le même principe que Snow therapy : un évènement initial et ses multiples conséquences mettent en évidence nos petitesses, hypocrisies et autres lâchetés. J'ai trouvé toutefois le film moins tenu que son prédécesseur, plus brouillon. Il mériterait aussi d'être sérieusement raccourci. Quelques moments plaisants tout de même, comme la performance du dîner, ou la scène du préservatif.

Je passe ensuite à la Semaine de la Critique, pour voir le film évènement : Ava (4/5) de Léa Mysius. On compare beaucoup le film à Grave, présenté l'année dernière : ce sont deux premiers films français réalisés par des jeunes femmes, et mettant en scène des jeunes femmes. Ava est pourtant un peu moins maîtrisé que Grave en terme de mise en scène, mais aussi plus chaleureux. La jeune actrice Noée Abita est absolument renversante, en jeune fille qui devient aveugle en même temps qu'elle devient femme. Les dialogues percutants rendent le film très attachant. Une réalisatrice de plus à suivre de près, et un film qui va plaire.

Dernière section visitée aujourd'hui : la Quinzaine. A Ciambra (5/5), de Jonas Carpignano, est une plongée en apnée dans la communauté gitane calabraise. C'est beau, riche, parfois vertigineux tellement c'est réel (A ciambra est le résultat d'un travail de sept ans avec la famille qu'on voit à l'écran). Après le strass des marches ce matin (Will Smith m'a pratiquement marché sur le pied), la discussion avec Jonas Carpignano dans l'atmosphère feutrée du Studio 13 m'a projeté dans un autre monde. C'est aussi ça, la magie de Cannes. 

 

19 mai

Le début de journée commence par un quiproquo, lors de projection de Okja (4/5), le film de Bong Joon-Ho produit par Netflix. Il y d'abord des huées et des sifflets pour protester contre le fait que Netflix ne sortira pas le film en salles, puis la bronca perdure... mais parce que l'écran est tronqué sur sa partie supérieure du fait d'un problème technique. Cela donne sur les réseaux sociaux des bêtises du genre : "Les opposants à Netflix arrêtent le film", etc. D'abord absolument superbe et inventif dans sa partie coréenne, Okja devient ensuite un produit beaucoup plus formaté et lourdaud quand l'action de déplace aux USA.

J'enchaîne avec le deuxième film en compétition, Jupiter's moon (3/5) de Kornell Mundruczo, en orchestre, juste à côté du jury au grand complet : Paolo Sorrentino arrive le premier, Almodovar tape ses SMS avec un doigt, Jessica Chastain fait la bise à tout le monde et Park Chan-Wook à personne. Le film est un curieux mélange de réalisme forcené, de critique sociale à la Mungiu, et de film d'action américain. Il y est aussi question d'un migrant qui lévite. Intéressant, même si imparfait.

A 16h, énorme plaisir avec la projection de Visages Villages (5/5) d'Agnès Varda et JR. Le film est intelligent, malicieux, émouvant, bienveillant : c'est un plaisir absolu, qui permet en plus de découvrir dans le détail le passionnant travail de JR. Enorme ovation pour Agnès Varda avant et après le film.

En soirée, je rattrape le film en compétition de hier que je n'ai pas vu : Loveless (5/5) d'Andrey Zvyagintsev. Le film porte bien son nom : il est dur, tendu et sec. Loveless n'a pas la richesse narrative et la variété de ton qu'avait son prédécesseur, l'excellent Léviathan, mais il recèle quelques plans exceptionnels qui méritent le déplacement. Zvyagintsev est un formaliste hors pair, la photo du film est splendide.

 

18 mai

La journée commence bien avec le premier film en compétition, Le musée des merveilles (Wonderstruck) (5/5) de Todd Haynes. Ses films précédents (Loin du paradis, Carol) ne m'avaient pas convaincu. Je les trouvais froids et désincarnés. On retrouve ici la virtuosité de la mise en scène, mais cette fois au service d'un scénario brillantissime. On dirait que toutes les fées du cinéma se sont penchées sur ce film. Il est quasiment impossible de ne pas pleurer dans la dernière demi-heure.

Forcément, après une telle entame, difficile d'apprécier pleinement ce qui suit. Western (3/5) de l'allemande Valeska Grisebach, présenté dans la section Un Certain Regard, est intéressant, quoiqu'un peu paresseux. On suit un groupe d'ouvriers allemands qui construisent un barrage au fin fond de la Bulgarie et se frottent à la population locale. C'est produit par Maren Ade (Toni Erdmann), et ça se sent. Le film présente des points communs avec celui de Ade (une sorte de causticité froide, des réflexions quasi-métaphysiques qui surgissent de problèmes très pragmatiques), mais en moins bien.

Après avoir fait la queue 1h45 pour rien à la Semaine, je termine la journée avec Sea Sorrow (1/5) de l'actrice Vanessa Redgrave. Le film parle de façon très polie du problème des réfugiés en Europe et décrit plus spécifiquement l'action de Redgrave et ses amis au Royaume-Uni. Le sujet est estimable, le traitement très mauvais. Le spectacle est plutôt dans la salle puisque sont voisines juste derrière moi Sandrine Kiberlain, Elodie Bouchez et Sandrine Bonnaire, toutes membres de différents jurys (meilleur documentaire et Caméra d'Or).

 

Voir les commentaires

En route pour le Festival de Cannes 2017

Du 17 au 28 mai 2017, vous pourrez suivre le Festival de Cannes en direct sur Christoblog, avec un résumé tous les soirs de mes aventures sur la Croisette.

Pour mes avis immédiats à la sortie de chaque projection, vous pouvez me suivre sur Facebook ou Twitter, comme plus de 450 fidèles. 

Vous pouvez aussi vous abonner à la newsletter de Christoblog, là, à droite de l'article, en inscrivant votre adresse mail dans la case.

Pedro Almodovar sera cette année le Président d'un jury assez exceptionnel, composé de réalisateur/trices de grand talent (Paolo Sorrentino, Maren Ade, Park Chang-Wook), d'acteurs/trices d'envergure mondiale (Will Smith, Jessica Chastain, Fan Bingbing), d'Agnès Jaoui et du compositeur de musique de film Gabriel Yared.

Monica Belluci sera maîtresse de cérémonie, Cristian Mungiu président des jurys Courts-métrages et Cinéfondation, Sandrine Kiberlain présidente du jury de la Caméra d'Or et Uma Thurman d'Un certain regard. Le réalisateur (et critique) Kleber Mendonça Filho, qui a enthousiasmé la Croisette l'année dernière avec Aquarius, présidera le jury de la Semaine de la Critique.

Bref, du très beau monde côté des jurys.

Si vous allez à Cannes pour la première fois, ces articles pourraient vous intéresser :

Aller au Festival de Cannes (pour les nuls) #1

Aller au Festival de Cannes (pour les nuls) #2

Aller au Festival de Cannes (pour les nuls) #3

Et maintenant, mon avis sur les différentes sélections.

Compétition

D'abord, une évidence : il y aura cette année moins de réalisateurs déjà palmés que les années précédentes, puisque seul Michael Haneke est dans de cas. On assiste donc à un certain renouvellement du casting. Quatre français (classique Ozon, rare Doillon, inattendu Campillo et habitué Hazanavicius) et quatre américains (surprenants frères Safdie, favori Haynes, revenante Sofia Coppola et bobo Noah Baumbach) : autour de des deux pôles majeurs s'organisera une compétition plutôt ouverte. Le grec Yorgos Lanthimos est souvent cité parmi les valeurs à la fois montantes et sûres de cette année, comme le russe Andrey Zvyagintsev (à mon avis un des cinq meilleurs cinéastes en activité) et le jeune suédois Ruben Ostlund dont le précédent film avait secoué la Croisette (Snow therapy).

Pour compléter  on notera l'absence de l'Espagne, de l'Amérique du Sud, et de l'Italie, alors que sont présents l'Allemagne (avec Fatih Akin), l'Ukraine (avec Sergei Loznitsa), la Hongrie (avec Kornel Mundruczco), le Japon (avec l'abonnée Naomi Kawase) et enfin la Corée (avec l'explosif Bong Joon-Ho et l'alcoolisé Hong Sang-Soo).

Une petite place est faite à une femme écossaise (Lynne Ramsay), mais tout le monde pense déjà que la Palme d'Or ira pour la troisième fois au mauvais génie Haneke dont le film porte un titre qui sent l'antiphrase (Happy end).

Un certain regard

De ce côté, que Thierry Frémaux décrit souvent comme la contre-programmation du Festival par le Festival lui-même, on relève quand même une ancienne Palme d'Or (Laurent Cantet avec L'atelier), plusieurs grands noms (Mathieu Amalric, Sergio Castellitto, Michel Franco, Kiyoshi Kurosawa, Mohamad Rasoulof, Santiago Mitre) et une flopée de films russes, ce qui semble marquer un renouveau du cinéma dans cette partie du monde. Un film chinois d'un quasi inconnu aussi.

Bon nombre de connaisseurs avertis attendent impatiemment dans cette section le premier film de Karim Moussaoui, réalisateur algérien très remarqué pour ces courts et moyens-métrages.

Sélection officielle

Pour le reste de la sélection officielle (séances spéciales et autres évènements incasables), je note cette année une très fortes présences des documentaires, avec de grands noms (Agnès Varda, Claude Lanzman, Vanessa Redgrave, Raymond Depardon) et un sujet qui semble récurrent : les migrants et les réfugiés.

Le Festival s'encanaille côté Séries (ce qu'il ne faisait jamais jusqu'à présent) avec la saison 2 de Top of the lake (Jane Campion) et les premiers épisodes de Twin Peaks, saison 3.

Pour le reste, le programme ressemble à une brocante de rêve pour cinéphiles en manque : le dernier Téchiné au passage, un film en réalité virtuelle signé Inarritu, un court-métrage de Kristen Stewart, deux thrillers coréens en séances de minuit, une oeuvre posthume de Kiarostami et un divertissement de Hong Sang-Soo, tourné à Cannes pendant le Festival avec ... Isabelle Huppert bien sûr. Et aussi le dernier opus de John Cameron Mitchell (Shortbus) dont tout le monde parle : How to talk at girls at parties, avec Elle Fanning. 

Et un Desplechin en ouverture. Rien que ça.

 

 

Quinzaine des réalisateurs

L'année dernière avait été marquée par un débauchage avec fracas de plusieurs cadors de la sélection officielle par la Quinzaine (Desplechin, Gomes).

Rien de tel cette année, ou le travail de sélection a semblé mené plus calmement. 

Au final, on trouve dans la sélection des noms qui feraient baver tous les grands festivals du monde : Claire Denis (Un beau soleil intérieur, avec Juliette Binoche et Xavier Beauvois), Abel Ferrara, Philippe Garrel, Brunot Dumont (avec une comédie musicale sur l'enfance de Jeanne d'Arc), Sharuna Bartas (qui présentera un film avec Vanessa Paradis) et Amos Gitai.

La case du feel-good movie français, remplie ces dernières années par Les combattants, Les garçons et Guillaume à table et Divines, est cette fois-ci occupée par Carine Tardieu, avec Otez-moi d'un doute, qui impressionne déjà par son casting, François Damiens et Cécile de France en tête.

J'attendrai beaucoup du deuxième film de Chloé Zhao, The rider, dont j'avais adoré le premier : Les chansons que mes frères m'ont apprise. A noter en clôture le film dont le Festival de Sundance a été gaga : Patti Cake$, de Geremy Jasper, qui met en scène une jeune rapeuse.

Semaine de la critique

Puisque le principe de la Semaine est de ne présenter que des premiers et des deuxièmes films, on est toujours un peu démuni devant la sélection, forcément constituée de noms peu connus.

On peut guetter Ava, le premier film d'une jeune réalisatrice française, Léa Mysius, et qui pourrait être le pendant de Grave l'année dernière.

Il faut signaler aussi un film d'animation iranien, Tehran Taboo, et le second film d'Emmanuel Gras, Makala, qui avait été remarqué pour son premier, Bovines.

Hors compétition, j'essaierai de voir Une vie violente, de Thierry de Peretti, film de gangster et de mafia corse, par le réalisateur d'un film dont le cadre était déjà la Corse et qui avait été remarqué à la Quinzaine en 2013 (Les Apaches).

ACID

Concernant la plus jeune, la plus décalée et la plus politique des sections cannoise, 2017 sera à l'évidence engagée et française. Au programme cinq documentaires sur neuf films présenté, dont celui de Mariane Otero sur le mouvement Nuit debout (L'assemblée).

En séance spéciale, le premier film de Vincent Macaigne en tant que réalisateur : Pour le réconfort.

 

A bientôt en direct de la Croisette !

 

Voir les commentaires

Cannes 2016 : bilan de la compétition

 

 

Palmarès

Cette année, le jury présidé par Georges Miller a semblé dénué de tout sens de l'humour, écartant les films ayant enthousiasmé la critique sur la Croisette par leur originalité et leur ton subversif. Aucun prix donc pour l'excellent Toni Erdmann de Maren Ade, le furieux Elle de Paul Verhoeven et l'excentrique Ma Loute de Bruno Dumont.

Ce n'est pas que les choix effectués soient complètement aberrants. La Palme à Moi, Daniel Blake, de Ken Loach n'est pas complètement illégitime : le film est bouleversant.

Mais récompenser Mungiu et Assayas pour la mise en scène, Farhadi pour le scénario et l'interprétation masculine, c'est finalement proposer une vision étriquée du cinéma, dans laquelle les films ne sont certes pas mauvais, mais "sérieux" et construits sur un même modèle. Quant au Grand prix octroyé à Juste la fin du monde, plutôt une médiocre réalisation du jeune québécois, c'est aussi une sorte de néo-conservatisme : Dolan fait désormais partie des meubles (et il ne lâchera rien tant qu'il n'aura pas eu la Palme !).

Vous noterez par ailleurs que tous les réalisateurs récompensés ont déjà reçu un prix à Cannes : le renouvellement que représentaient cette année Maren Ade ou Kleber Mendonça Filho (Aquarius) n'est pas du tout encouragé. 

La seule lueur d'originalité dans le Palmarès est le prix du jury donné à Andrea Arnold pour American Honey, c'est bien peu. 

Un jury qui, cette année, n'était pas au niveau de la sélection.

 

Des femmes de caractère

Peut-on trouver une ligne directrice dans les 21 films en compétition ? Il me semble que oui : les femmes étaient sacrément présentes cette année, et avec de drôles de caractères. 

Prenez Michèle (Isabelle Huppert) dans Elle : dévoreuse d'hommes et de femmes, victime puis bourreau, rien ne semble résister à sa force et à ses pulsions, y compris sexuelles. On peut dire la même chose des deux héroïnes de Mademoiselle, du coréen Park Chan-wook, qui finissent par venir à bout des hommes qui les maltraitent, et nous offrent... le seul 69 de cette 69ème édition.  

Continuons notre examen. Dans Aquarius, Sonia Braga joue une femme libre qui résiste aux forces masculines qui tentent de la déloger de son appartement - et qui ne cède là encore rien à sa libido. Les femmes cannibales de Winding Refn (The neon demon) se mangent entre elles, alors que dans American Honey, la chef de gang est une fille. Dans le film d'Andrea Arnold, c'est la formidable Star, jouée par Sasha Lane, qui capte toute la lumière et s'oppose frontalement à la façon de faire de Jake, prototype du mec baratineur. Chez Guiraudie, Rester vertical, la femme abandonne carrément son bébé, l'instinct maternel n'est même plus sacré ! Chez Maren Ade (Toni Erdmann), la jeune cadre dynamique jouée par Sandra Hüller est certes malheureuse, mais elle n'hésite pas à asservir son copain dans le cadre d'un jeu érotique vraiment bizarre.

Même dans les drames psychologiques un peu corseté, les personnages féminins sont plus intelligents. Dans Le client d'Asghar Farhadi, c'est la femme agressée qui veut pardonner à son agresseur, contre l'avis de son mari, alors que dans Bacalaureat, de Cristian Mungiu, la fille ne suit pas le conseil de son père et fait preuve d'une belle indépendance d'esprit, alors que la mère dépressive s'avère fort pertinente dans ses avis.

Plus discrète, l'héroïne de Loving, Mildred, jouée par la formidable Ruth Negga, prend en main les rênes de la contestation et est la véritable héroïne de l'histoire. Dans Juste la fin du monde, c'est le personnage de la mère (Nathalie Baye), certes un peu fofolle, qui prodigue les conseils de communication les plus avisés, que s'empresse de suivre Louis. 

Chez les Dardenne (La fille inconnue), Adèle Haenel se montre obstinée et parvient seule à élucider une sombre affaire. C'est ce que tente aussi Kristen Stewart dans un genre très différent chez Assayas (Personal shopper), alors que l'héroïne de Mal de pierres tient toute la structure du film sur ses épaules de fille un peu fêlée.

Même la Palme d'or, Moi, Daniel Blake impose à côté du beau personnage joué par Dave Johns un personnage féminin très puissant joué par l'excellente Hayley Squires. Chez Almodovar (Julieta), les hommes semblent réduits à de frêles accessoires, comme chez Mendoza (Ma'Rosa), dans lequel on voit l'actrice Jaclyn Jose (prix d'interprétation féminine) tenir sur ses solides épaules les destinées de toute sa famille.

2016, c'était l'année des fortes femmes.

 

Voir les commentaires

Journal de Cannes 2016

 

21 mai

Pour le dernier jour, la compétition hausse son niveau. Elle (5/5) est une claque magistrale envoyée par Paul Verhoeven. Son film, adapté d'un roman de Djian (Oh...) est subservif, amusant, captivant de bout en bout. Isabelle Huppert y est parfaitement utilisée dans un rôle de femme à poigne qui lui va comme un gant. Le reste du casting est parfait et Verhoeven semble distiller l'efficacité holywoodienne dans un cinéma français un peu pantouflard.

Le dernier film en compétition, Le client (4/5) d'Asghar Farhadi, est un bon film lui aussi. Très proche dans sa construction de Une séparation, il peut légitimement concourir pour une récompense. Il est une fois de plus question de culpabilité, thématique récurrente cette année.

Les séances se faisant rares le dernier jour, je vais voir ce que je peux ... c'est à dire un film finlandais d'Un certain regard : The happiest day in the life of Olli Maki (2/5), de Juho Kuosmamen. Le pitch ne fait pas rêver : le film, en noir et blanc, raconte la préparation d'un boxeur finlandais pour les championnats du monde en 1962, match qu'il perdra en seulement deux rounds. Le film est bien fait, et rappelle un peu l'approche de Jean Echenoz dans son livre Courir à propos d'Emile Zatopek. C'est poétique et un peu distant. J'apprends en sortant de la salle que le jury Un certain regard vient de décerner à ce film son Grand Prix, ce qui me parait un peu exagéré.

Pour finir, j'atteins de justesse mon objectif (40 films, dont les 21 en compétition) en accrochant une séance de rattrapage de The neon demon (2/5). Au début, le film m'a paru moins mauvais que ce qu'en dit la Presse, mais malheureusement, après une demi-heure, Nicolas Winding Refn verse dans une esthétique porno chic du plus mauvais effet. Où il est question de tops modèles lesbiennes nécrophiles et cannibales, filmées dans des décors de pub pour Chanel. 

Merci à ceux qui m'ont suivi pendant ces 10 jours, et à l'année prochaine.

 

20 mai

Aujourd'hui, énorme avant-dernière journée avec cinq films, dans des styles et des niveaux de qualité très différents. Projection à 8h30 du nullissime The last face (0/5), de Sean Penn, à laquelle j'attribue une note de 0, ce que je ne fais en principe jamais. Une phrase en introduction du film fait d'abord rigoler les spectateurs : elle dit en gros que pour un occidental le mieux pour imaginer la guerre en Afrique c'est de la comparer à un amour impossible... Ridicule ! L'histoire d'amour sur fond d'humanitaire est affreusement décrite et la complaisance avec laquelle Penn filme les souffrances rend le film indécent. L'accueil de la critique internationale est d'une violence hallucinante : une moyenne de 0,2 sur 4, la plus faible depuis que ce système existe (13 ans).

Je passe ensuite à la Semaine de la critique pour des séances de rattrapage. J'ai adoré Diamond island (5/5) de Davy Chou. On suit des jeunes qui travaillent sur une sorte de ville nouvelle à Phnom Penh. L'histoire n'a rien de spécial, mais la photographie et la mise en scène sont d'une beauté iréelle. L'image transcende le quotidien et instille une poésie colorée qui m'a beaucoup touché. J'imagine que c'est ce type d'effet que fait Weerasethakul sur certains.

Je fais une parenthèse à Un certain regard pour La tortue rouge (2/5), de Michael Dudok de Wit, présenté comme un film d'animation Ghibli et globalement encensé sur la Croisette. Il s'agit d'une histoire à la Robinson Crusoé, assez simpliste, et je n'ai pas trouvé beaucoup d'originalité dans l'animation. On est bien loin du Voyage de Chihiro par exemple.

Retour à la Semaine pour un film que je vais tenter de vite oublier. Mimosas (1/5) a pourtant reçu le prix principal de cette section. Le réalisateur espagnol Oliver Laxe propose un voyage initiatique et en partie religieux dans l'Atlas marocain. Il rejoint la liste des réalisateurs que je déteste, ceux qui se fichent complètement qu'on comprenne quelque chose à ce qu'ils racontent (Albert Serra, Bela Tarr, Lisandro Alonso). 

Heureusement que la journée se termine sur une bonne note en provenance d'Israel. One week and a day (4/5) raconte la journée d'un couple, première journée qui suit la semaine de deuil religieux suivant les obsèques de leur fils unique de 25 ans. Comme l'a dit Charles Tesson, le boss de la Semaine, en présentant le film, il s'agit d'un "feel-good sad movie". Une sorte de Chambre du fils où on sourit tout le temps - et où à la fin, on pleure. C'est très réussi, sur un sujet difficile, et le réalisateur israélien Asaph Polonski doit être suivi de près.

 

19 mai

De tôt matin, Cristian Mungiu confirme son incroyable talent de disséqueur d'âme. Bacalauréat (4/5) est une psychanalyse de la Roumanie et un suspense psychologique sur le thème de ce qui est juste de faire, ou non. C'est précis, subtil, dynamique, même si l'intensité de 4 mois, 3 semaines, 2 jours reste ici inégalée.

C'est peu de dire que Juste la fin du monde (1/5), de Xavier Dolan, me déçoit beaucoup. C'est bien simple : au moment le film se termine, j'ai l'impression qu'il n'a pas encore commencé. Les personnages sont prisonniers de leur caricatures, à un point où cela en devient très gênant. Vincent Cassel surjoue de façon abonimable, il faudrait pouvoir l'empêcher de sévir sur les plateaux. 

A Un certain regard je tente Pericle il nero (2/5), de Stefano Mordini. Film de mafia dont l'originalité est de se passer en Belgique (les Dardenne coproduisent). Rien de bien neuf sous le manque de soleil liégeois. A éviter.

La bonne surprise du jour, c'est le décoiffant Divines (5/5) de Houda Benyamina, ou comment une jeune fille de banlieue se rêve en Scarface. C'est drôle, plein d'une énergie folle, et décapant. Je prédis un grand succès public à ce film, porté par des actrices charismatiques.

 

18 mai

Au final, la compétition me parait plus faible cette année que l'année dernière, malgré ses promesses sur le papier. Je n'attendais pas grand-chose de La fille inconnue (2/5) des frères Dardenne. Je n'ai donc pas été déçu de ne pas aimer. Le film ressemble un peu au précédent, Deux jours, une nuit, en en reprenant des motifs : le parcours linéaire d'un fort personnage féminin, qui progresse en faisant du porte à porte. C'est insipide.

La vraie claque de la journée vient du brûlot Goksung (The strangers) (4/5), en sélection mais hors compétition (on se demande bien pourquoi). Na Hong-Jin (The chaser, Murderer) propose une vaste fresque sur la façon dont l'empire du mal se propage dans un petit village de Corée. Cela commence par une chronique provinciale pour finir en film d'épouvante très réussi. Une mise en scène virtuose. Seul petit bémol, la fin du film est pour le moins confuse.

Ma'Rosa (3/5) de Brillante Mendoza, m'a déçu. Le film est une plongée en apnée dans une Manille corrompue, moite, grouillante. Le film vaut surtout pour son aspect documentaire. Le style Mendoza (période Kinatay), pourra en déranger certains : caméra à l'épaule, image sombre, musique stridente. Peu de renouvellement chez ce réalisateur.

Pour finir la journée en douceur, découverte à la Quinzaine d'un premier film fort sympathique : Mercenaire (3/5) de Sacha Wolff. Une histoire originale qui montre comment les joueurs de Polynésie sont recrutés comme du bétail pour les clubs de rugby français. Le film est sans concession et sait rendre ses acteur aimables. Une réussite.

 

17 mai

Aujourd'hui, et je crois que c'est la première fois depuis que je viens à Cannes, trois films sont présentés en compétition dans la même journée. J'attaque donc avec Julieta (5/5) de Pedro Almodovar. Ce qu'il y a de bien avec le maître espagnol, c'est qu'on vieillit ensemble... Le film est hitchcockien en diable et magnifique visuellement. Pedro filme comme à l'habitude avec beaucoup d'habileté ses superbes actrices. Un bon moment. Le film manque toutefois un peu de densité pour faire une Palme.

J'enchaîne avec le nouveau film de Olivier Assayas, dont j'avais adoré Sils MariaPersonal shopper (2/5) est construit autour de, à cause de, et pour Kristen Stewart. C'est sa valeur (la jeune actrice révèle l'étendue de son talent) et sa limite (le scénario semble non fini). Assayas n'est pas très à l'aise pour filmer les fantômes, il donne beaucoup dans les clichés. Décevant. 

Troisième et dernier film en compétition, Aquarius (4/5) de Kleber Mendonça Filho. Il s'agit du beau portrait d'une femme de caractère, qui résiste aux forces qui veulent l'obliger à quitter son appartement. Une mise en scène de haute volée et une interprète hors norme (la somptueuse Sonia Braga) font de ce film brésilien un prétendant à une récompense. Il manque toutefois l'étincelle pour enflammer le public.

Soirée émotion à la Quinzaine pour finir la journée, avec la projection en présence de l'équipe du dernier film de la regrettée Solveig Anspach, décédée récemment. L'effet aquatique (4/5) est un peu une déclinaison islandaise du film Queen of Montreuil.  J'ai une tendresse particulière pour le grutier lunaire jouée par Samir Guesmi et pour la survoltée Agathe, jouée par Florence Loiret-Caille. Ce n'est pas très rationnel, car je suis conscient des limites du film, mais j'ai passé un bon moment et c'est comme ça. On ne va pas non plus être objectif tout le temps.

 

16 mai

La journée commence avec Loving (3/5) de Jeff Nichols, en compétition. Le film me réconcilie avec le réalisateur, qui m'avait beaucoup déçu avec Midnight special. L'histoire est celle d'un couple, illustrant le combat mené pour abolir les lois interdisant les mariages inter-raciaux dans certains états des USA, dans les années 50. Le film est doux, intime, convaincant, modeste.

Devant la salle Debussy, l'attachée de presse du film Apprentice (3/5) me tend une invitation en Rangs Réservés. Je la prends pour deux raisons : la perspective de pouvoir étendre mes jambes, et le film. Ce dernier est assez frappant : c'est un thriller psychologique sur fond de peine de mort à Singapour. Ou la pendaison vu du côté bourreau. Comme souvent dans le cinéma asiatique, c'est carré, efficace et superbement réalisé. Seul bémol, le scénario est un peu court.

Deuxième film de la compétition aujourd'hui, Paterson (1/5) de Jim Jarmusch, me déçoit beaucoup. La montée des marches est triste à mourir : le réalisateur et ses deux acteurs/trices (Adam Driver et Golshifteh Farahani) semblent faire la gueule et éviter de se toucher. Le film est ennuyeux. Il montre un chauffeur de bus écrire de la (mauvaise) poésie, et répète sept fois de suite le même rituel journalier, avec des variantes. L'accueil du GTL est glacial, les applaudissements épars. La critique internationale, curieusement, semble adorer.

Pour finir la journée j'embraye à la Quinzaine avec un film d'Anurag Kashyap, Raman Raghav 2.0 (2/5), qui ne me convainc pas. Le réalisateur, qui est en train de devenir un chouchou de la Quinzaine, répète en moins bien les recettes de ses précédents films, Gangs of Wasseypour ou Ugly. C'est du film noir à la sauce Bollywood. Seul intérêt notable du film, la vision qu'il donne des bidonvilles de Bombay, saisissante.

 

15 mai 

Le premier film de la journée, Mal de pierres (1/5) de Nicole Garcia, est la première véritable erreur de casting de la compétition. Le film est d'une platitude totale, à l'image du jeu de Marion Cotillard. Aucun intérêt.

Le film d'animation que nous voyons ensuite à la Quinzaine, Ma vie de courgette (5/5), est à l'inverse remarquable. Le scénario de Céline Sciamma est très fin, et la réalisation de Claude Barras dégage à la fois une profonde poésie et un grand réalisme. C'est beau, et extrêmement émouvant, sans être du tout tire-larme. J'espère que cette histoire de bande de copains qui se forme à l'orphelinat va connaître l'immense succès qu'il mérite.

Les 2h40 du film d'Andrea Arnold, American Honey (4/5) passent relativement vite, au regard de l'aspect intransigeant et un peu rébarbatif du film (cadre carré, image un peu sale, impression d'improvisation constante, scénario très approximatif). C'est un film qui se mérite, mais qui possède une belle longueur en bouche. Shia LaBeouf et l'inconnue Sasha Lane tous deux impeccables.

Soirée à la Quinzaine pour le deuxième film de Rachid Djaïdani, Tour de France (2/5) avec Depardieu. Ce dernier fait le show sur la scène, demande une chaise car "il ne peut plus supporter le poids de son corps" et déclare être "fatigué par la vie et effrayé par la mort". La salle s'insurge ! Le film est très léger et sympathique, avec trop d'approximation côté scénario et mise en scène pour être recommandé. Depardieu est en roue libre.

 

14 mai

Début de journée à fond avec Folles de joie (4/5) à la Quinzaine, en présence du réalisateur Paolo Virzi (La prima cosa bella, Les opportunistes) et de Valéria Bruni Tedeschi. Le film raconte la fugue de deux femmes internées dans un établissement psychiatrique. C'est vif, énergique, parfois drôle et gorgé d'un sentimentalisme que certains pourront trouver exacerbé. 

Le long film de l'après-midi marque le retour de l'Allemagne en compétition. Toni Erdmann (5/5), de la jeune Maria Ande, est un film admirable sur les rapport père / fille, d'une originalité et d'une subtilité remarquable. Il y a plusieurs climax dans la deuxième partie du film qui entraînent une hilarité et un enthousiasme irrésistible : c'est la première fois depuis longtemps que j'entends une salle applaudir à tout rompre pendant une scène. 

Par la profondeur de son propos et le jeu subtil de ses acteurs, le film marque durablement. Impossible de ne pas le retrouver au Palmarès.

A 22h, montée des marches en noeud pap pour le Park Chan-Wook. Un hasard incroyable nous propulse dans une place numérotée à trois rangs devant toute l'équipe du film. Très impressionnant. Mademoiselle (5/5) est un thriller particulièrement retors, bâti sur l'effet Rashomon : on voit la même histoire plusieurs fois, en découvrant à chaque fois une nouvelle version. Mise en scène nerveuse, direction artistique impeccable et scénario à la fois complexe et limpide : il manque juste un peu d'émotion pour que ce film féministe soit parfait.

 

13 mai

Aujourd'hui, matinée consacrée aux films en compétition. Je commence par Ma loute (5/5) de Bruno Dumont, qui m'a enthousiasmé. Ce ne sera pas le cas de tout le monde j'imagine, car le film est un mélange de genre tout à fait étrange : à la fois comédie burlesque, film d'initiation amoureuse et critique sociale au vitriol. La photographie est exceptionnelle.

Moi, Daniel Blake (4/5) est semble-t-il le dernier Ken Loach (avant le prochain ?). Ca se pourrait, tellement le film ressemble à un testament. On a l'impression d'avoir vu cent fois ces films sociaux anglais qui semblent tous découler d'un remake à la sauce UK du Voleur de bicyclette, mais ici le chant d'amour de Ken Loach pour ses acteurs est particulièrement réussi. Et aussi très émouvant : j'ai maladroitement étouffé quelques sanglots, et j'atteste qu'il en a été de même pour mes voisins de gauche et de droite. Forte production lacrymale dans la salle.

Je parviens ensuite à me glisser dans une séance d'Un certain regard très demandée : La danseuse (2/5) de Stéphanie di Giusto. Le casting du film est impressionant : la chanteuse Soko (qui s'est faite larguée ces derniers jours par Kristen Stewart, mais ça n'a rien à voir avec le film), François Damiens, Mélanie Thierry, Lili-Rose Depp (la fille de Vanessa Paradis, apologie vivante de l'anorexie mais ça n'a rien à voir avec le film), Gaspard Ulliel. Il s'agit d'un biopic d'une danseuse oubliée, qui veut se donner les moyens de la reconstitution historique, mais que j'ai trouvé très peu incarné. Problème de direction d'acteur ou de casting. Une direction artistique un peu empesée aussi (décors, costumes).

Pour finir, et après une heure de queue inutile à la Quinzaine (ce sont des choses qui arrivent), je me rabats sur une séance de rattrapage dans une salle annexe de Fais de beaux rêves (4/5) de Marco Bellochio, film d'ouverture de la Quinzaine. C'est un beau mélo ample et profond, qui montre les conséquences de perdre sa mère jeune tout au long de sa vie. Formidables acteurs et scénario de très haute volée.

 

12 mai

La journée commence en salle Debussy (une nouveauté de cette année) pour le premier film en compétition, Rester vertical (2/5). Le format n'étant pas le bon (?!), les spectateurs ont du siffler au bout de cinq minutes pour que les personnages n'aient pas la tête coupée.

En bref, disons que le film est complètement barré, à l'image de son réalisateur aveyronnais, Alain Guiraudie. On est dans un truc bizarre qui est à la fois très naïf (et même caricatural) et ancré socialement. Le film possède ce lot de scènes chocs propres à lancer un Festival sur de bonnes bases, comme une sodomie doublée d'une euthanasie, qui donne un délicieux titre en une du Midi LIbre de Séverac-le-Château. C'est L'inconnu du lac en moins bien.

Dans la foulée, j'enchaîne à Debussy grâce à une place gentiment donnée par l'équipe du film, avec le film égyptien Eshtebak (Clash) (5/5) de Mohamed Diab, le réalisateur des Femmes du bus 678. Le film est entièrement tourné depuis l'intérieur d'un fourgon de police pendant les évènements de 2013 entre Frères Musulmans et partisans de l'armée. C'est génial, oppressant, magnifiquement scénarisé et réalisé. Un vrai thriller qui mélange politique, action, suspense et drame. Un film qui aurait mérité d'être en compétition, même si l'ouverture de Un certain regard, c'est bien aussi !

Deuxième film de la compétition aujourd'hui, Sieranevada (3/5) du roumain Cristi Puiu, m'a un peu déçu. Je m'attendais à quelque chose de renversant, mais le film n'est finalement que le "filmage" d'un très long et pénible repas de famille. C'est génial fugitivement, comme un croisement de Festen et de Mungiu, c'est brillamment réalisé, mais beaucoup de personnes dans la salle ont fait des micro-siestes. Il faut quand même tenir près de trois heures...

Après avoir échoué à entrer dans la salle pour l'ouverture de la Semaine de la critique, j'aterris dans la salle du Soixantième pour la projection d'un documentaire signé par deux auteurs (un italien et un grec) : L'ultima Spiaggia (1/5). C'est filmé à la manière d'un Wiseman, c'est-à-dire que la caméra est posée là et enregistre tout ce qui se passe, mais ce n'est pas du tout à la hauteur du maître : manque de talent ou choix d'un sujet trop léger (une plage à Trieste) ? 

 

Voir les commentaires

En route pour le Festival de Cannes 2016

Du 11 au 22 mai 2016, vous pourrez suivre le Festival de Cannes en direct sur Christoblog, avec un résumé tous les soirs de mes aventures sur la Croisette.

Pour mes avis immédiats à la sortie de chaque projection, vous pouvez me suivre sur Facebook ou Twitter, comme plus de 400 fidèles. 

Et maintenant, voici mes commentaires sur la sélection officielle, qui compte 49 films parmi ... 1869 visionnés.

Un certain regard

Par rapport à d'autres années, pas beaucoup de grands noms à Un certain regard. 

A noter tout de même le nouveau film des soeurs Coulin (Voir du pays), dont j'avais beaucoup aimé 17 fillesComme Weerasethakul l'année dernière, Hirokazu Kore-Eda, habitué de la compétition, présentera son nouveau film (After the storm) dans cette section un peu moins prestigieuse.

Beaucoup de commentateurs sont impatients de découvrir Apprentice, le film du singapourien Boo Junfeng, produit par Eric Khoo. A noter aussi la présence du japonais Koji Fukada (Harmonium), qui a été récompensé à Nantes pour son film précédent, Au revoir l'été, dont je ferai bientôt la chronique. Comme souvent, Cannes fera un clin d'oeil à Sundance, en montrant The transfiguration, de Michael O'Shea, qui fut très bien reçu dans le festival américain.

On verra aussi le nouveau film de l'égyptien Mohamed Diab (Clash), dont j'avais beaucoup aimé Les femmes du bus 678. A noter pour terminer un film d'animation, fait rarissime à Un certain regard, avec La tortue rouge, du néerlandais Mickael Dudok de Wit.

Il y aura aussi des films roumain, israélien, iranien, finlandais, russe et argentin.

Hors compétition / Séances Spéciales / Séances de minuit

On savait déjà que Woody Allen faisait l'ouverture avec Café Society. Les USA seront très présents avec Steven Spielberg qui présentera son film familial, Le bon gros géant, Judi Foster (Money Monster) et Shane Black (The nice guys).

Dans un genre radicalement différent, on verra aussi le dernier film d'Albert Serra, avec Jean Pierre Léaud en Louis XIV vieillissant (La mort de Louis XIV). Pas sûr que je cherche à le voir, Serra m'ayant offert une de mes pires séances de cinéma avec Le chant des oiseaux.

Jim Jarmusch présentera un documentaire sur Iggy Pop (Gimme danger) et le grand Mahamat-Saleh Haroun un autre sur Hissein Habré

Je suis très impatient de voir le nouveau film du coréen Na Hong-Jin (le réalisateur de The Chaser et The Murderer)  : Goksung.

En compétition

C'est probablement, sur le papier, la plus intéressante sélection vue depuis des lustres. Tous les films font envie, quasiment sans exception. La liste équilibre grands noms, jeunes pousses et des cinéastes pas forcément habitués à être en compétition.

D'abord, les réalisateurs les plus connus sont là : Almodovar (Julieta), les frères Dardenne (La belle inconnue, avec Adèle Haenel), Olivier Assayas (Personal shopper, avec Kristen Stewart), Xavier Dolan (Juste la fin du monde, avec un casting incroyable, Léa Seydoux, Gaspard Ulliel, Marion Cotillard ), Bruno Dumont (Ma loute) dont j'attends énormément, Jim Jarmusch (Paterson), Nicole Garcia (Mal de pierre), Ken Loach pour son dernier dernier film (I, Daniel Blake), Cristian Mungiu, qui cherchera une deuxième Palme d'Or (Baccalauréat), Jeff Nichols, dont Midnight special est encore sur les écrans, qui présentera Loving, Park Chan-Wook, le réalisateur culte de Old boy (The handmaiden), Sean Penn (The last face), Paul Verhoeven avec Isabelle Huppert d'après Philippe Djian (Elle), Nicolas Winding Refn (The neon demon) et Asghar Farhadi qui a tourné The salesman en Iran avec les acteurs qui jouaient dans Une séparation.

A cette liste déjà époustouflante s'ajoutent les cinq noms suivants, qui me font saliver d'avance. Andrea Arnold (Fish tank, Red road), que j'adore, montrera son premier film américain, American HoneyAlain Guiraudie, l'excellent réalisateur de L'inconnu du lac, franchit pour la première fois la barrière de la compétition avec Rester verticalKleber Filho Mendonça, que le monde entier a découvert avec Les bruits de Récife, représentera le Brésil (Aquarius). Brillante Mendoza, le philippin, et Cristi Puiu, le roumain, deux de mes réalisateurs chouchous, complète la liste merveilleusement avec Ma'Rosa et Sieranevada.

Il faut toujours un inconnu total dans une sélection (en tout cas de moi, et de Allociné) : ce sera l'allemande Maren Ade (Toni Erdmann).

A noter l'absence de films italiens cette année, alors que l'Allemagne fait son retour en compétition pour la première fois depuis bien longtemps.

Un programme gargantuesque... en attendant le programme de la Semaine de la critique et de la Quinzaine des réalisateurs. 

Voir les commentaires

Aller au festival de Cannes (pour les nuls) N°1

En tant que simple cinéphile, puis-je aller à Cannes pendant le festival et voir des films ? C'est à cette question à la fois simple et compliquée que je vais essayer de répondre.

 

Première approche

D'abord, si vous allez sur le site internet du festival, vous verrez que tout est fait pour vous dissuader de tenter votre chance. On y spécifie que le festival est réservé aux professionnels et à la presse. Point barre, circulez. En creusant un peu, vous découvrirez qu'on parle d'une accréditation Cannes Cinéphiles, dont les critères d'attribution semblent très limitatifs (habiter la région PACA, faire partie d'une association de cinéphiles, être lycéen avec option cinéma...).

 

Les festivals de Cannes

Mais avant d'aller plus loin, il nous faut détailler les différentes sections. Le Festival de Cannes proprement dit, sous la houlette de Pierre Lescure et Thierry Frémaux, comprend la célèbre Sélection officielle (Compétition, Hors compétition, Séances spéciales), la section Un certain regard, ainsi que les sections moins courues comme Cannes Classics, Cannes Court métrage, le Cinéma de la plage. Géographiquement, toutes les projections du Festival "officiel" ont lieu dans l'enceinte du Palais qui comprend plusieurs salles (Le Grand Théâtre Lumière, les salles Debussy, Bazin, Buñuel, et du Soixantième).

La Quinzaine des réalisateurs est une sélection indépendante. Les projections ont lieu plus loin à l'est, au Théâtre Croisette, sous l'hôtel JW Marriott, entrée dans la rue Frédéric Amouretti. La semaine de la critique, dont la sélection ne comporte que des premiers et deuxièmes films, en est encore une autre, dont le lieu de projection principal est encore plus loin sur la Croisette, à l'Espace Miramar, à l'angle de la rue Pasteur.

La programmation ACID est la dernière-née des manifestations, et la plus modeste. Les projections ont lieu principalement au cinéma les Arcades, 77 rue Félix Faure.

Tous ces lieux sont dans un périmètre de 15 minutes à pied autour du Palais.

 

Jamais sans mon badge

Quand vous marchez à Cannes, vous remarquez rapidement que les gens se promènent avec leur(s) badge(s) autour du cou en toute circonstance. Reconnaître les badges est d'une importance capitale.

La première grande catégorie est constituée des badges Presse. Ils ont des couleurs différentes suivant l'importance du média, si j'ai bien compris, avec un code qui associe une couleur principale et une pastille qui peut être d'une couleur différente. Le badge blanc est ainsi exceptionnel, réservé aux big boss. Il y a des badges presse roses, bleus, jaunes (les moins prioritaires). Vous verrez ensuite des badges "Marché du film", réservé aux vendeurs, producteurs, acheteurs. Des badges verts pour les techniciens, des badges oranges pour les photographes.

Deux catégories vous intéressent plus particulièrement : les badges Festivaliers professionnels, dont la couleur change suivant les années (noir en 2012, gris en 2013, bleu en 2014, blanc en 2015, violet en 2017), les plus courants. Ils constituent le gros de la troupe, regroupant tous les professionnels du cinéma, qui viennent en masse au Festival. Ils sont importants pour une raison que vous comprendrez plus tard.

Et enfin, le badge Cannes Cinéphiles, blanc ou jaune suivant les années, modeste, dont nous allons parler en détail également ci-dessous.

Si on veut compliquer un peu, il faut signaler qu'il est possible d'accrocher à son tour de cou le Pass Quinzaine des réalisateurs, ou les précieux sésames qui donnent accès aux endroits où l'on fait la fête. Il était du meilleur goût de s'afficher avec le badge Villa des Inrocks en 2012 par exemple.

Mais bon, je ne m'étends pas, c'est assez compliqué comme ça.

 

Le badge Cannes Cinéphiles sert-il à quelque chose ?

Si vous êtes un quidam, le seul badge que vous avez une chance d'obtenir est le badge Cannes Cinéphile (ci-contre). 4000 seraient attribués chaque année. Pour ma part j'ai tout simplement rempli un dossier sur le site idoine, en mettant en avant mon goût pour le cinéma à travers Christoblog et en transmettant un scan de ma carte UGC illimité (et aussi un relevé bancaire prouvant que j'ai bien payé un abonnement UGC illimité en janvier). La demande est à faire en février (date limite 1er mars). Vous recevez rapidement une réponse par mail, l'organisation semble très efficace. C'est gratuit. Le badge est à retirer à l'espace Cannes Cinéphiles, situé sur la Pantiero, à deux pas à l'ouest du Palais. En même temps que vous retirez votre badge, achetez le guide des projections Cannes Cinéphiles (pour 4 euros) qui vous donnera toutes les séances accessibles dans les cinémas annexes.

Le débat est parfois vif entre amateurs sur l'intérêt de posséder ou non le badge Cinéphiles. D'abord, douchons les enthousiasmes : Cannes Cinéphiles ne vous permet pas d'accéder automatiquement aux films de la compétition. En effet, pour ceux-ci sont prioritaires les professionnels et leurs invités (on y reviendra). Il existe une queue "Accès Dernière minute", à certaines séances, notamment l'après-midi et à 22h, qui permet théoriquement aux badges Cannes Cinéphiles d'entrer au Grand Théâtre Lumière, mais l'accès n'est absolument pas garanti, et il arrive qu'aucune personne de cette queue ne soit autorisées à entrer.

Tous les jours, à l'Espace Cannes Cinéphiles (sur la Pantiero) sont distribuées des places pour 3 ou 4 séances du festival généralement sans intérêt majeur : Cannes Classic, parfois séance de minuit, master class de cinéastes, mais qui permettent de pénétrer exceptionnellement dans le Palais.

En théorie, Cannes Cinéphiles vous permet d'accéder aux séances d'Un certain Regard, mais sachez que vous passerez en dernier, une fois que tous les autres badges seront entrés. En 2012, j'ai vu par exemple une jeune fille se mettre au tout début de la queue pour Antiviral de Brandon Cronenberg à midi, et ne pas être autorisée à entrer à 14h, après deux heures de patience debout au soleil... A l'inverse en me présentant à la dernière minute pour la projection de Gimme the loot le 26 mai 2012 à 14h, je suis entré sans problème, et il restait des places vides dans la salle. Pour La Quinzaine et la Semaine de la critique, c'est un peu le même principe, j'y reviendrai, il est possible d'entrer avec Cannes Cinéphiles, mais il y a un coupe-file plus efficace pour la Quinzaine.

Pour terminer sur une note positive, Cannes Cinéphiles permet d'avoir une roue de secours possible pour accéder à des projections de films de la compétition, de La Quinzaine, de la Semaine et de l'ACID (voir le programme de ces manifestations) dans les cinémas annexes du festival : les Arcades au centre ville, que je vous conseille, le Studio 13 un peu plus loin dans une ambiance MJC qui détonne un peu (20 minutes à pied, ou bus 1, 2 et 20 arrêt Médiathéque), la Licorne (bus 1, 2 ou 20, arrêt Mairie Annexe), le Raimu à la Bocca (bus 1, MJC Ranguin, plus loin) et le théâtre Alexandre III, à l'est de Cannes (19 boulevard Alexandre III, accessible à pied du Palais).

En conclusion, le badge Cinéphiles ne vous aidera pas beaucoup si vous souhaitez vous immerger dans le coeur vital du Festival que constituent les projections de la sélection officielle dans le Grand Théâtre Lumière, mais il pourra vous rassurer en vous garantissant (plus ou moins) l'accès à des films des sélections parallèles, notamment dans les salles excentrées où l'accès est quasiment certain si vous arrivez un peu en avance (45 minutes).

De plus avoir un truc rectangulaire qui pendouille sur sa poitrine à Cannes est quasiment indispensable pour se fondre dans la masse et procure un avantage psychologique certain sur celui ... qui est tout nu !

Voir aussi :

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #2

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #3

Pour les 18/28 ans, un zoom sur le Pass 3 jours à Cannes : Aller au Festival de Cannes pour les nuls #4

 

Voir les commentaires

Aller au festival de Cannes (pour les nuls) N°2

Après l'introduction (Aller au festival de Cannes pour les nuls N°1), je vais aujourd'hui traiter du sujet qui préoccupe tout néophyte cannois : vais-je pouvoir entrer dans la salle où sont projetés les films en compétition ?

La réponse est oui. Et curieusement, voir un film en compétition s'avère être presque la tâche la plus aisée à Cannes (après l'accès à la Quinzaine, où il suffit d'acheter des tickets). Voici comment faire.

 

Le Grand Théâtre Lumière

D'abord présentons les lieux. Les films en compétition sont présentés au Grand Théâtre Lumière, une immense salle de 2309 places, composée d'un orchestre, et d'un ensemble corbeille / balcon, vertical comme une falaise. Les fauteuils sont très confortables, avec accoudoirs, et les conditions de projection, même en étant situé sur les côtés ou tout en haut, sont optimales tant pour l'image que pour le son. L'écran mesure 19 mètres de large sur 8 mètres de haut.

Le GTL est situé au sommet des fameuses marches, à gauche quand on regarde le Palais depuis la ville. Il y a d'autres marches rouges, plus modestes, à droite, qui mènent à la salle Debussy pour la sélection Un Certain Regard. Entre ces deux volées de marches, c'est l'entrée du Palais proprement dit, que vous ne pourrez pas franchir sans badge Presse ou Festivalier.

Chaque film est projeté lors d'une seule journée. Une fois, ou plus souvent deux ou trois fois dans la journée. 

Le GTL accueille aussi d'autres films de la sélection officielle (hors compétition) qui ne sont généralement projeté qu'une seule fois.

 

Ouais OK, alors comment on entre ?

Peuvent entrer au GTL les détenteurs de badges (prioritaires, presse ou professionnels). Si on est professionnel, il faut en plus posséder une invitation. Un professionnel peut être accompagné d'un invité sans badge si ce dernier possède une invitation. Tout le défi va donc consister à obtenir un de ces précieux Can2.jpgsésames.

Les invitations les plus courantes ont une couleur saumon (voir ci-contre), elles représentent 90 % de ce que j'ai pu obtenir. Ces invitations sont en possession des festivaliers professionnels (badge Festivalier) qui peuvent en avoir un nombre limité. Par exemple, un festivalier dispose de 250 points et il peut dépenser 100 points pour une invitation, sachant que son stock de points se reconstitue à une certaine vitesse (par exemple 50 points par jour).

Et, s'il demande une invitation, et que celle-ci n'est PAS utilisée, il perd un paquet de points. Ce système vise à ce que le GTL soit toujours plein, mais que le nombre d'invitations en circulation ne soit pas trop supérieur à la jauge de la salle.

Donc, si vous avez bien suivi, vous avez compris qu'un festivalier qui aurait une invitation en poche, demandée pour un ami par exemple, et qui ne pourrait pas assister à la séance, se trouve presque dans l'obligation de trouver quelqu'un à qui la donner. C'est à ce moment précis qu'il faut être là.

Une fois que vous avez ce type d'invitation en poche, il vous reste un dernier écueil à franchir, puisque avec une invitation de couleur saumon vous ne pouvez pas entrer seul, il faut entrer en compagnie d'un professionnel.

Can3.jpgAvant de revenir sur tout cela en détail, sachez qu'il existe aussi des invitations bleues, très rares. Celles-ci représentent le Graal puisqu'elles vous dispensent de devoir trouver une âme charitable qui vous fait entrer, vous pouvez simplement vous présenter et ... entrer, même sans badge. Le rêve. Il est rare d'en voir, mais souvent elles surgissent par paquet  de 5 ou 10 dans les mains de leur détenteur, puisqu'elle doivent être émise à l'intention de partenaires, d'institutionnels, qui peuvent être soumis à des désistements importants.

 

Mais comment on se les procure, ces invitations ?

En les demandant.

Hé oui. L'exercice préféré du cinéphile égaré dans la jungle cannoise est la mendicité. Il faut donc ravaler temporairement tout orgueil mal placé et faire de jolis sourires. Plusieurs techniques existent : vous croiserez des personnes plutôt directes qui errent aux alentours de l'entrée en susurrant "Cherche invitation", "Une invitation siouplait", ou "Tickets please". Je n'aime pas cette méthode, un peu vulgaire, et qui m'a semblé peu efficace. La plupart des chercheurs utilise plutôt une pancarte, un carton, un cahier, ou une ardoise magique sur lequel ils inscrivent simplement le nom du film qu'ils veulent voir. Cela peut paraître incroyable, mais cela marche quasiment toujours.

Quelques conseils : ne cherchez pas de façon générique ("Invitation pour aujourd'hui"), cela ne fonctionne pas. Commencez à chercher 2 heures environ avant l'heure de la séance. Cherchez un endroit qui vous convienne, ou vous serez le premier que les nouveaux arrivants croiseront, souriez, ne vous découragez pas, et surveillez bien tout le monde (parfois quelqu'un hésite et un regard engageant peut faire la différence).

Une fois que vous avez obtenu votre invitation saumon, mettez vous dans la queue, lorgnez autour de vous, et lorsque vous voyez un badge Festivalier, demandez avec un beau sourire si la personne accepte de dire que vous êtes avec elle. En général, ça se passe très bien, et vous pouvez même entamer une conversation passionnante par ce biais. Suivant les années, la nécessité de se passer avec un badgé Festival est plus ou moins respectée. 

 

Je veux faire une montée des marches : c'est possible ?

Can4-copie-2.jpgLes "gros films" sont projetés plusieurs fois dans leur journée. Par exemple pour Cosmopolis le 25 mai 2012 : 8:30, 13:00 et 19:30. Si vous en avez le courage, la séance de 8:30 est assez peu fréquentée et il m'a semblé un peu plus facile d'obtenir des invitations. A partir de 18:00, les séances ne sont plus ouvertes qu'aux personnes en tenue de soirée, ce qui signifie robe de soirée pour ces dames et costume noir, chemise (de préférence blanche, une autre couleur peut passer mais vous vous ferez remarquer) et noeud papillon obligatoire (aucune exception n'est autorisée) pour les messieurs. La tenue étant strictement définie, la population des quémandeurs d'invitation change de profil sociologique le soir, mais il ne m'a pas paru beaucoup plus difficile d'entrer.

Si c'est la séance en présence de l'équipe du film, généralement 19h ou 19h30, vous vivrez un moment très spécial. Pour ces séances particulières, l'entrée est décalée assez loin sur la Croisette. Vous marchez sur la route un certain temps, sous l'oeil des passants en tongs qui vous prennent en photo, puis arrivez aux marches. A cet endroit vous êtes au coeur du mythe. Tout le monde s'arrête, se prend en photo, les yeux brillent, les sourires fusent sous les projecteurs, il règne une atmosphère d'excitation joyeuse.

Une fois assis dans le GTL, vous voyez sur l'écran de la salle la montée des marches de l'équipe du film, l'accueil par Thierry Frémaux et Pierre Lescure, les séances photo, puis, au moment où les stars disparaissent de l'écran pour franchir une porte, vous réalisez qu'elle le font pour pénétrer dans la salle où vous vous trouvez vous-même. Les 2300 spectateurs endimanchés se lèvent comme une armée de pingouins pour applaudir à tout rompre.

A ce moment là, vous avez oublié la séance de mendicité forcée de 17h, je vous assure.

 

Voir aussi : 

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #1

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #3

Pour les 18/28 ans, un zoom sur le Pass 3 jours à Cannes : Aller au Festival de Cannes pour les nuls #4

 

Voir les commentaires

Aller au festival de Cannes (pour les nuls) N°3

Pour ce dernier épisode nous allons nous intéresser aux sections parallèles, après un bref retour sur le Grand Théâtre Lumière.

 

Ultimes recommandations pour entrer en sélection officielle au GTL

Dans le N° précédent je vous indiquais comment trouver un accompagnateur bienveillant avec un badge Festivalier pour pouvoir entrer. Une précision : avant d'entrer dans le bâtiment proprement dit, vous pouvez être contrôlé plusieurs fois (suivant les années, les procédures sont plus ou moins sévères) : à l'entrée des barrières, au pied de l'escalier, au sommet de l'escalier. Le contrôle visant à vérifier que vous êtes bien accompagné a lieu en principe lors des deux premiers. En haut des escaliers normalement c'est bon, mais j'ai tout de même été interrogé une fois à cet endroit. Donc, pour résumer, ne quittez pas votre accompagnateur d'une semelle avant d'être entré dans le bâtiment.

Une fois à l'intérieur ne tardez pas trop à entrer dans la salle proprement dite, il peut en effet arriver que les portes se ferment devant vous parce que le GTL est plein. Dans ce cas on peut vous emmener dans une salle annexe (Bazin par exemple) où le film sera projeté également, mais l'ambiance n'est pas la même, évidemment.

A l'entrée de salle proprement dit, quatrième contrôle où l'on vous prend le talon de votre billet. Plus besoin de prouver que vous êtes accompagné à ce moment-là.

Dernier conseil : vous pouvez entrer avec un sac à dos, mais sans eau dedans, ni appareil photo. Sinon on vous demandera de laisser votre sac au vestiaire. Il y a une fouille des sacs et des détecteurs de métaux à l'entrée. Pas de parapluies volumineux autorisés non plus. Evitez de laisser des choses à la consigne, vous risquez de perdre du temps à la sortie, et le temps est parfois précieux pour ne pas rater une séance.

 

La Quinzaine des Réalisateurs

Can7.jpgLa Quinzaine sera probablement votre deuxième cible privilégiée. D'abord parce qu'il existe un coupe-file particulièrement efficace : l'achat de billet ! C'est la seule billeterie que vous verrez à Cannes. Vous pouvez pour 7€ (ou un peu moins si vous en achetez 5 ou 10) prendre la file d'attente qui vous permet de rentrer après les badges prioritaires, mais en même temps que les badges Festival, et surtout avant la file Cannes Cinéphiles. En arrivant 45 minutes avant la séance avec un billet vous êtes à peu près sûr de rentrer. Il y a en plus beaucoup de séances (dont la première à 9h du matin est peu fréquentée).

L'ambiance est particulièrement sympathique à la Quinzaine. L'équipe du film est souvent présente et la salle du Théâtre Croisette est très confortable. Enfin, si vous ratez une séance, possibilité de rattrapage au cinéma Les Arcades, au Studio 13, à la Licorne ou au Raimu. Consultez le programme spécifique de la Quinzaine pour avoir le programme dans ces salles annexes.

 

La Semaine de la Critique

can6.jpgA l'inverse de la Quinzaine, la Semaine est diffcile d'accès : moins de séances (celle de 8h30 est en principe réservée à la presse, mais on peut tout de même parfois rentrer) et des rediffusions beaucoup moins importantes que la Quinzaine (seulement à la Licorne, au Studio 13, au Raimu, et au compte-goutte). Difficile donc de vous dire d'essayer de tenter le coup, il est possible que vous soyez les premiers de la file Cannes Cinéphiles et que vous ne rentriez pas après une heure de queue, en ayant vu toute la file des autres badges vous passer devant.

Si vous vous y prenez à l'avance, quelques places sont données gratuitement pour les séances des jours à venir dans le petit kiosque en face de l'entrée, mais vous passez aussi après les Festivaliers dans ce cas là.

 

Les autres sélections du festival de Cannes proprement dit

Can8Il est assez facile de se procurer des invitations pour les films en sélection hors compétition, ainsi que pour les séances de minuit. La deuxième sélection du Festival, Un certain Regard, est théoriquement accessible aux badges cinéphiles, mais la probabilité de faire la queue pour rien est importante. Pour Un Certain Regard la hiérarchie des invitations atteint un sommet de complexité ubuesque : les invitations Qa sont > aux Q, qui sont > aux B, qui sont > aux X qui sont dans la même file que les badges Cinéphiles. Autant dire qu'en cas d'affluence, mieux vaut tenter d'obtenir une invit VIP (Q ou Qa) en se postant carrément en bas des marches et en quémandant. C'est ce que j'ai fait avec succès pour voir Trois mondes de Catherine Corsini en 2012. Vous ne trouverez quasiment personne pour vous faire concurrence sur ce terrain, car les chances de trouver sont faibles.

Des places pour Cannes Classic sont distribuées le matin à l'Espace Cinéphiles, et l'accès au cinéma de la Plage se fait sans problème pour les Cannes Cinéphiles.

Les Séances du lendemain qui reprennent les films en compétition et parfois d'Un certain regard ne sont pas accessibles au badge Cannes Cinéphiles. Elles se déroulent dans des salles à l'intérieur du Palais et ne font pas l'objet d'invitation. Donc pas possible d'y accéder.

 

Conseils génériques...

Vous avez compris qu'il vous faudra, pour réussir votre Festival de Cannes, beaucoup de patience. Faire la queue est l'occupation principale. Pour avoir une bonne chance de voir le film, il faut en effet s'y mettre 1h30 / 2 h avant pour la sélection officielle, 45 minutes à la Quinzaine (avec un ticket) ou au cinéma les Arcades. Les queues sont des endroits où l'on discute volontiers avec son voisin. Tous les spectateurs présents à Cannes sont, soit des professionnels (dont beaucoup d'anglophones), soit des mordus. On est donc entre connaisseurs, et comme chacun voit beaucoup de films, les discussions peuvent être très longues. Prévoyez ce qu'il faut pour les files d'attente : lecture, smartphones bien chargés, parapluie et/ou couvre-chef, nourriture et eau.

Il vous faut préparer votre voyage très à l'avance : les logements (hôtel, apparts, meublés) et les billets d'avions doivent être réservés dès janvier pour obtenir des prix abordables. Eviter de loger trop loin du centre car une fois parti vous verrez qu'il est difficile de repasser à son logement : les séances s'enchaînent beaucoup trop vite.  On est vite tenter de sauter des repas, ce qui n'est pas bon du tout pour tenir la distance. Si on prévoit de tenter la montée des marches, il faut prévoir la tenue.

Avant votre départ, vous pouvez imprimer à partir d'Internet tous les programmes de toutes les manifestations mentionnées ci-dessus et commencer à vous fixer des objectifs.

Merci à ceux qui m'auront lu jusqu'au bout.

 

Voir aussi :

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #1

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #2

Pour les 18/28 ans, un zoom sur le Pass 3 jours à Cannes : Aller au Festival de Cannes pour les nuls #4

 

Voir les commentaires

Palmarès Festival de Cannes 2015

Palme d'or : Dheepan, de Jacques Audiard

Le film d'Audiard est fabuleux dans sa première partie avant de verser dans sa toute fin dans ce que je trouve être une faute de goût. Mais ce n'est pas une Palme scandaleuse.

Grand Prix du jury : Le fils de Saul, de Laszlo Nemes

Mérité, ce film extraordinaire aurait pu prétendre à la Palme.

Prix du jury : The lobster de Yorgos Lanthimos

Le jeune grec fait une proposition de cinéma hors norme, très plaisante, et ce prix est mérité lui aussi, même s'il était le candidat idéal pour le prix du scénario.

Prix de la mise en scène : The assassin de Hou Hsiao Hsien

C'est un des deux films de la compétition que je n'ai pas vu.

Prix d'interprétation masculine : Vincent Lindon dans La loi du marché

Si un point réunissait tous les spectateurs de la Croisette, c'est bien celui-ci. Indiscutable et indiscuté.

Prix d'interprétation féminine : Emmanuelle Bercot dans Mon roi, et Rooney Mara dans Carol

Même si je n'aime pas le film de Maïwenn, il faut bien reconnaître qu'Emmanuelle Bercot y est formidable (bien meilleure que le cabotin Vincent Cassel). Quand à Mara, c'est un peu curieux de reconnaître sa performance dans ce qui est finalement un second rôle, mais là encore, la décision du jury n'est pas scandaleuse.

Prix du scénario : Michel Franco pour Chronic

C'est toujours le prix dont on ne sait pas trop quoi faire. Curieux de le donner à un film dont le scénario ne semble justement pas le point fort, et qui se termine par une solution de facilité démontrant un manque de maîtrise.

Conclusion

Le jury a visiblement privilégié des films novateurs et puissants dans leur forme : le Audiard bénéficie d'une mise en scène efficace et souvent impressionnante, le Nemes est un objet radical, comme le Brizé ou le Maïwenn dans leur genre, et The lobster est l'histoire la plus originale vue depuis longtemps au cinéma. 

On comprend mieux à travers cette grille de lecture pourquoi les deux autres films qui avaient largement séduit la critique (dont votre serviteur) sont absents du Palmarès : Mia Madre de Nanni Moretti et Mountains may depart de Jia Zhang Ke sont d'une facture plus classique que les films récompensés.

A ce bémol près, le Palmarès est équilibré et plutôt satisfaisant. Le jury a aussi évité de donner des prix aux films dont la sélection même pouvait être critiquable, comme le Van Sant ou le Donzelli.

A l'année prochaine.

Retrouvez l'intégralité de mes chroniques cannoises 2015 : Journal de Cannes 2015.

 

Voir les commentaires

Journal de Cannes 2015

23 mai

Dernier film en compétition, MacBeth, de Justin Kurzel, est un Shakespeare à la sauce heroic fantasy, genre Seigneur des anneaux. Je n'ai pas accroché au film, mais Michael Fassbender y est formidable. En sortant de la salle on me jette quasiment à la figure une invitation pour la projection des courts-métrages en compétition. J'y vais et je ne le regrette pas : 8 sur 9 sont vraiment très bons, tour à tour drôles, poétiques, cruels ou inquiétants. Un beau panomara du cinéma mondial en deux heures.

Fin de Festival à la Quinzaine pour la reprise des films primés. Mustang, de la réalisatrice franco-turque Deniz Gamze Erguven est pour moi un coup de coeur (et je ne suis pas le seul). Cinq soeurs en proie au conservatisme et au machisme turc du côté de Trabzon : énergisant et émouvant. Quarantième et dernière séance avec le film colombien El abrazo de la serpiente, aride randonnée dans la jungle amazonienne, en noir et blanc et en mode Apocalyse now art et essai. Pas inintéressant, mais un peu dur pour un dixième jour de festival à 17h.

Merci à ceux (et celles) qui m'auront lu jusqu'au bout, et à l'année prochaine.

 

22 mai

Michel Franco est un Haneke mexicain. Son Chronic utilise les mêmes ficelles que l'Autrichien : on montre l'humiliation des personnages avec complaisance (ici des malades en phase terminale) et on prend les émotions du spectateur en otage. C'est sec et pauvre en idées de cinéma, avec une fin honteuse. Mauvaise matinée, puisque le film suédois que je décide d'aller voir à la Quinzaine (Le lendemain, de Magnus von Horn) est un pensum lourdingue et très balisé, sur une idée grotesque : un jeune étudiant qui a étranglé une camarade réintègre la même classe en sortant de détention.

Heureusement, les choses s'éclairent dans l'après-midi. Je n'attendais rien de bon de la montée des marches de Valley of love, de Guillaume Nicloux, en compétition. Finalement le film est une bonne surprise avec un duo Depardieu / Huppert magistral, dans des paysages magnifiques. Notre Gégé national se paye une ovation avant et après la projection, il faut avouer que sa présence écrase toutes les autres sans exception.

Après ce bon moment, détente avec une séance de rattrapage de la Semaine : Les deux amis, premier long-métrage de Louis Garrel. C'est sans prétention mais délicieux, une sorte de croisement entre Marivaux et Christophe Honoré (qui a co-écrit le scénario). Garrel, Macaigne et Golshifteh Farahani sont excellents.

 

21 mai

Ce matin grasse matinée jusqu'à 9h, après m'être couché vers 3h20. Début de journée pépère avec Le trésor, film roumain de Corneliu Porumboiu, présenté à Un certain regard. Décalé, inattendu, assez fin.

J'enchaîne avec le film de Jacques Audiard en compétition, Dheepan, qui s'avère plutôt beau, très bien réalisé, mais avec un scénario un peu court à mon sens pour viser la récompense suprême. Un prix de la mise en scène serait mérité  : celle-ci est souvent de toute beauté. Toute la première partie du film est exceptionnelle.

Après avoir dormi durant la projection d'Oka de Souleymanne Cissé que je n'ai donc pas vu (j'ai honte), fin de soirée salle Debussy pour un documentaire magnifique et écrasant sur les exclus d'une certaine Amérique et sur les brigades para-militaires de rednecks au Texas : The other side. Ahurissant. Longue standing ovation pour le réalisateur italien, Roberto Minervini, un nom à retenir à l'évidence.

 

20 mai

Deuxième grosse journée qui commence avec Youth, de Paolo Sorrentino. Même qualités et même défauts que ses autres films (La grande belleza...) : certains détestent, d'autre adorent.  En ce qui me concerne, je trouve le film distrayant. Deuxième film en compétition, Mountains may depart, du chinois Jia Zhang Ke est une élégie sur 3 décennies et deux continents. Le film se dessine sur la fine trame du temps, c'est très beau. A Un certain regard je vois Lamb, premier film éthiopien à Cannes. Photographie admirable, paysages à couper le souffle, ce premier long métrage vaut surtout pour son aspect documentaire.

A la Quinzaine, très beau Fatima de Philippe Faucon (La désintégration), avec une actrice non-profesionnelle remarquable : longue ovation dans la salle pour l'équipe du film.

Pour finir, je fais la queue à partir de 23h pour la séance de minuit du très attendu Love, du sulfureux Gaspar Noé (Irréversible), film d'amour pornographique en 3D. Ambiance électrique à 0h40 lorsque la projection commence dans une salle archi comble (2300 personnes), mais qui devient vite atone car le film est ... très mauvais.

 

19 mai

Début de journée avec les deux films en compétition. Sicario, du canadien Denis Villeneuve est un thriller racé et efficace. Un scénario épuré, une mise en scène solide, des images magnifiques. Un très bon divertissement. Ensuite le nouveau film de Valérie Donzelli, dont j'avais adoré La guerre est déclarée et détesté Main dans la main. Las ! Marguerite et Julien fait partie de la deuxième catégorie : le film est un naufrage esthétique, dramaturgique, moral. L'accueil de la Croisette est glacial.

Je passe à Un certain regard. Taklub, de Brillante Mendoza, raconte le quotidien des sinistrés du typhon Haiyan, qui dévasta les Philippines en 2013. C'est une fiction, mais qui veut se donner un air de documentaire et qui y parvient très bien. Dur mais nécessaire. Fin de journée à la section que je n'avais pas encore visité : ACID. Dans la salle des Arcades (la seule où on peut étendre ses jambes à toutes les places) je vois The grief of others, deuxième film de l'américain Patrick Wang. Tourné en 2 semaines en Super 16, sans vidéo, le film parvient à émouvoir par son extrême sensibilité. Dans cette ambiance de ciné club de quartier très particulière, on discute pendant 30 minutes avec l'équipe du film.

 

18 mai

Grosse journée aujourd'hui. Début en fanfare avec La loi du marché, de Stéphane Brizé, en compétition. Le film montre une certaine réalité du monde du travail rarement exposée au cinéma avec autant de véracité. Vincent Lindon y est exceptionnel. J'entre ensuite sur un coup de chance dans la salle pour un des films les plus attendus du Festival, Cemetery of splendour, du thaïlandais déjà palmé, Apichatpong Weerasethakul. La salle est pleine comme un oeuf, et le jury doit même se pousser au bord du rang, Tahar Rahim et Isabella Rossellini compris. Le film, admirable visuellement, me laisse par ailleurs complètement froid. Toujours dans la continuité, j'enchaîne immédiatement avec le troisième film du réalisateur norvégien Joachim Trier, en compétition, Louder than bombs. J'avais adoré Oslo, 31 août, mais je suis déçu par ce film : la magie d'Oslo semble s'être évaporée au-dessus de l'Atlantique.

Après une pizza avalée vers 15h, détente avec le feel-good movie de la Quinzaine, Le tout nouveau testament, pochade belge fort agréable de Jaco Van Dormael. Dieu habite Bruxelles et a une fille qui veut faire aussi bien que son frère, JC. Très agréable. Fin de soirée à La Bocca, instructive et émouvante, avec le documentaire Amy, de Asif Kapadia, sur la chanteuse Amy Winehouse : un destin hors norme pour un talent exceptionnel.

 

17 mai

Baisse du niveau général de la compétition aujourd'hui. Mon roi, de Maïwenn, brille par certains éclats, mais l'ensemble du film est démonstratif, répétitif et vulgaire. Cet aspect énergique et mal dégrossi collait bien au sujet de Polisse, ce qui n'est le cas ici. Vincent Cassel est à baffer, mais c'est le rôle... Carol, de Todd Haynes, raconte de façon plate et peu empathique un amour lesbien au début des années 50. C'est froid et bien filmé, mais le film m'a laissé de marbre. C'est pourtant le film le plus apprécié à ce jour par la critique étrangère.

Dans l'après-midi, le film du croate Dalibor Matanic, Zvizdan (Soleil de plomb) est une oeuvre intéressante sur les conflits de l'ex-Yougoslavie, vus à travers 3 histoires différentes jouées par les mêmes acteurs. Surprenant et très maîtrisé. En soirée, impossible d'entrer à la Quinzaine pour Le tout nouveau testament de Jaco Van Dormael, la foule est impressionante. Du coup, au dodo avant minuit aujourd'hui !

 

16 mai

Très bon début de journée avec Mia madre, de Nanni Moretti : fin, intelligent, très bien réalisé. Après la sélection officielle, direction la Quinzaine avec le nouveau film de Miguel Gomes, le prodige portugais. Le premier volet des Mille et une nuit est un film bricolé et foutraque, mais le projet est impressionant et force le respect : raconter sur 3x2 heures une année du Portugal. J'y reviendrai en détail.

A la Semaine de la Critique, Ni le ciel ni la terre, premier film de Clément Cogitore est une claque. On suit des soldats français en Afghanistan et le film emprunte des chemins inusités dans le cinéma français. J'y reviendrai, mais c'est un premier film de toute beauté. Pour finir la journée (et comme je fais l'impasse sur le Van Sant) direction Un certain regard pour le deuxième film d'Alice Winocour (Augustine) : Maryland. Diane Kruger et Mathias Schoenaerts jouent d'une façon trop monocorde pour enflammer le film qui accumule pas mal de poncifs, tout en étant très bien fait. Du beau monde dans la salle : Céline Sciamma, Noomi Rapace.

 

15 mai

Beau début de journée avec The lobster de Yorgos Lanthimos, fable dystopique dans laquelle les célibataires sont condamnés à être transformés en animaux s'ils ne trouvent pas l'âme soeur en moins de 45 jours. C'est grinçant, cruel, amusant et parfois émouvant. Dans la foulée, le nouveau Woody Allen, Irrational man, s'avère un bon cru. Racé, inattendu et porté par une immense Emma Stone.

Changement total d'ambiance avec le deuxième film en compétition de la journée, Le fils de Saul, du jeune hongrois Laszlo Nemes, dont c'est  le premier film. Il n'y avait probablement qu'une seule façon de filmer les chambres à gaz, et c'est celle ci. Un film coup de poing, terrifiant, mais qui ne prête le flan à aucune polémique. Fin de soirée glamour à la Quinzaine avec le nouveau Desplechin, Trois souvenirs de ma jeunesse. Anecdotique, mais plaisant, à mi-chemin entre Klapisch et Assayas. Du beau monde dans la salle : Fleur Pellerin, Emmanuelle Devos, Céline Sciamma et toute l'équipe du film.

 

14 mai

Mon Festival 2015 commence par un long plan fixe sur Adèle Exarchopoulos, en écho à 2013, et à La vie d'Adèle. Malheureusement, Les anarchistes, le deuxième film d'Eli Wajeman, est engoncé dans un formalisme froid auquel je n'adhère pas du tout. Triste ouverture pour la Semaine de la Critique, dans une salle pourtant bondée. J'enchaîne avec le premier film en compétition, le nouveau Matteo Garrone (Gomorra, Reality). Tale of tales est un conte pour adulte, à la fois sucré et piquant. Son esthétique pourra être de qualifiée de pompeuse (Fellini 2.0) ou de somptueuse suivant le point de vue. Le film m'a bluffé par moment, amusé à d'autres. A la sortie, le juré Guillermo del Toro discute tranquille avec les spectateurs, en sweat à capuche noir et rouge.

Dans l'après-midi, une seule séance pour le Kore-Eda (comme pour le Ceylan en 2014, ce qui ne l'a pas empêché de décrocher la Palme), et donc j'assiste à la montée des marches. J'aime beaucoup ce réalisateur et je pense que Notre petite soeur est une Palme d'Or potentielle. C'est un film magnifique, qui donne la pêche et qui est d'une délicatesse innomable. Fin de soirée pénible à Un certain regard. J'attendais beaucoup de L'étage du dessous, du roumain Radu Muntean (Mardi après Noël). L'intrigue du film est beaucoup trop légère et trop floue. Un court-métrage de dix minutes aurait suffit. La séance commence en retard et je rentre à l'hôtel vers 1h15 du matin...

 

Voir les commentaires

Quinzaine des réalisateurs 2015

Comme chaque année, programme alléchant à la Quinzaine.

D'abord Edouard Waintrop a débauché trois oeuvres qui avaient été souvent annoncées en compétition : Trois souvenirs de ma jeunesse d'Arnaud Desplechin, L'ombre des femmes de Philippe Garrel et les trois films de deux heures constituant Les mille et une nuits du portugais Miguel  Gomes. 

Sont également très attendus A perfect day de l'espagnol Fernando Leon de Aranoa, avec un casting d'enfer (Tim Robbins, Olga Kurylenko, Mélanie Thierry, Fedja Stukan, Benicio Del Toro), Le tout nouveau testament du revenant Jaco Van Dormael (avec Benoit Poelvoorde, Yolande Moreau et Catherine Deneuve), Fatima, le nouvel opus de Philippe Faucon et Much loved de Nabil Ayouch.

Pour ma part, j'aurai un oeil tout particulier sur Les cowboys, film français de Thomas Bidegain avec François Damiens et le deuxième film chromatique de Jeremy Saulnier, Green room, dont j'avais beaucoup apprécié Blue ruin.

Pour le reste ce sera franchement l'aventure, en provenance de Lituanie, de Suède, de Colombie, du Chili, de Turquie et des USA.

En clôture, il y aura le feel-goodie de la Quinzaine, Dope de l'américain Rick Famuyiwa (qui était à Sundance, prix du montage) et en séance spéciale le nouvel OVNI de Takashi Miike, au nom évocateur : Yakuza apocalyse

A noter dans la sélection courts-métrages le premier film de Reda Kateb, Pitchoune.

Pour suivre tout cela en direct, RDV sur Christoblog, ou pour plus de réactivité encore sur FB et Twitter.

Voir les commentaires

En route pour le Festival de Cannes 2015

Du 13 au 24 mai 2015, vous pourrez suivre le Festival de Cannes en direct, tous les jours, sur Christoblog, mais aussi pour plus de réactivité encore sur Facebook et Twitter.

 

En compétition 

 

Cette année, grosse présence française en compétitiion officielle, respectant parfaitement la parité : 2 réalisateurs (Jacques Audiard avec Dheepan, et Stéphane Brizé, auteur du merveilleux Quelques heures de printemps, avec La loi du marché) et 2 réalisatrices (Maïwen avec Mon roi, et Valérie Donzelli avec Marguerite et Julien, tiré d'un scénario écrit pour Truffaut mais jamais tourné).

Thierry Frémaux a même ajouté un cinquième film en complément, tourné aux USA par Guillaume Nicloux : Valley of love, avec Gérard Depardieu et Isabelle Huppert. 

L'autre pays très présent sera l'Italie avec trois poids lourds habitués des palmarès cannois : Nanni Moretti avec Mia Madre cherchera sa deuxième Palme d'Or, Paolo Sorrentino avec Youth poursuivra une série exceptionnelle de sélection (rappellons que tous ses films ont été présentés en compétition à Cannes) et Matteo Garrone risque d'affoler la Croisette avec Tale of tales, film fantastique sanglant et libertin. 

En 2014 j'avais espéré la Palme pour Nuri Bilge Ceylan : je parierais cette année sur une Palme pour un de mes deux réalisateurs préférés : Jia Zhang-Ke avec Mountains may depart ou le délicieux Hirokazu Kore-Eda avec Notre petite soeur, dont les premières images fixes m'émeuvent déjà aux larmes. A noter le retour du grand taïwanais Hou Hsiao Hsien avec un film d'art martial déjà culte au vu de son incroyable durée de tournage (quatre ans) et de ses dépassements budgétaires : The assassin.

Modeste sélection américaine cette année : Gus Van Sant cherchera une seconde Palme d'Or avec The sea of trees, tourné au Japon, et Todd Haynes présentera une histoire d'amour lesbien dans les années 50 : Carol. Cate Blanchett et Rooney Mara seront-elles les Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos de 2015 ? Le canadien Denis Villeneuve a tourné aux USA Sicario, un thriller avec Benicio del Toro.

J'attendrai énormément de Louder than bombs du norvégien Joachim Trier, dont j'avais adoré Oslo, 31 août.

Enfin, trois outsiders peu connu : le grec Yorgos Lanthimos, fer de lance de la nouvelle vague de cinéastes grecs, présentera The lobster (un film "auquel on ne comprend pas tout" a dit Thierry Frémaux), l'australien Justin Kurzel, très remarqué pour son premier film ultra violent Les crimes de Snowtown, présentera un Macbeth avec Marion Cotillard. Enfin, un premier film se déroulant dans un camp de concentration, Le fils de Saul du jeune hongrois Laszlo Nemes, va à coup sûr relancer le débat sur la représentation de la Shoah au cinéma.

L'Amérique latine sera représentée par Chronic du mexicain Michel Franco.

A noter l'absence d'Arnaud Desplechin et de Miguel Gomes, relégués à la Quinzaine, et de Weerasethakul, Mendoza et Kawase, exilés à Un certain regard. On remarquera également l'absence de films espagnols, anglais, africains et allemands.

 

Un certain regard

 

Ces dernières années, la section Un certain regard semblait servir de séance de Ligue 2 pour de grands auteurs non retenus (Sofia Coppola, Claire Denis, Pascale Ferran...). Thierry Frémaux confirme cette année avec sa liste complémentaire : AN, de Naomi Kawase, Rak ti Khon Kaen d'Apichatpong Weerathekakul et Taklub du philippin Brillante Mendoza étaient tous les trois annoncés en compétition. 

La sélection comporte cependant beaucoup de découvertes pures avec des films en provenance de Roumanie, de Corée, d'Inde (deux films pour chacun de ces trois pays, ce qui dessine une belle cartographie de la vitalité cinéphilique mondiale), d'Islande, de Croatie, d'Iran, d'Ethiopie (pour la première fois à Cannes) et du Mexique. 

Même élan de fraîcheur pour les deux films français sélectionnés : le premier film de Laurent Larivière (Je suis un soldat) et le deuxième film d'Alice Winocour, très remarquée pour son premier, Augustine (Maryland). Ce dernier promet une montée des marches classieuse avec Diane Kruger et Matthias Schoenaerts.

Deux films un peu à part. The other side, un documentaire de l'italien Roberto Minervini, qui montre les dessous du rêve américain et arrive avec un buzz incroyable et Vers l'autre rive, film de fantômes, du très élégant Kiyoshi Kurosawa.

 

Hors compétition

 

Les films en sélection, mais hors compétition, fleurent bon les USA et le box office : Pete Docter de Disney/Pixar pour Vice-Versa, George Miller pour Mad Max Fury Road, Mark Osborne (Kung fu Panda) pour un film d'animation tiré de Saint Exupéry, Le petit prince, et Woody Allen pour Irrational man.

Quelques autres films seront projetés à Cannes, qui feraient le bonheur de n'importe quel festival au monde : le premier film de Natalie Portman (Une histoire d'amour et de ténèbres) et les derniers films de Samuel Benchetrit (Asphalte), Souleymane Cissé (Oka), Barbet Schroeder (Amnesia) et Robert Guédiguian (Une histoire de fou).

Voir les commentaires

Journal de Cannes 2014

 

24 mai

Grasse matinée ce matin (jusqu'à 8h !). Je vais voir White dog, le film hongrois de Kornel Mundruczo, qui a reçu le prix principal d'Un certain regard. Il commence comme une chronique du passage de l'enfance à l'adolescence, en décrivant l'attachement d'une petite fille pour son chien. Ce dernier est ensuite abandonné et maltraité, et il revient dans la deuxième partie du film pour se venger des hommes, accompagné par une meute de chiens errants. Etonnant, et d'une puissance visuelle considérable.

J'enchaîne pour mon 36ème et dernier film cannois avec une autre séance de rattrapage : Jauja de Lisandro Alonso génère un ennui incommensurable : format 4/3 coins arrondis, plans fixes sur des paysages de Patagonie dans lesquels erre Viggo Mortensen en soldat cherchant sa fille. Terrible.

Vers 19h je suis le Palmarès depuis l'intérieur du Palais du Festival. Ayant vu les 18 films en compétition, voici mon avis :

Rien à dire d'abord sur les Prix d'interprétation. Il y avait beaucoup de combinaisons possibles à mes yeux, mais Timothy Spall pour Mr Tuner et Julianne Moore pour Maps to the stars sont de bons choix.

J'avais deux Palmes d'Or possibles : Winter sleep étant celle du cerveau, Mommy celle du coeur. La présence de ces deux films dans le Palmarès me convient donc parfaitement. Cela fait plusieurs années que je soutiens que Nuri Bilge Ceylan est l'un des plus grands réalisateurs en exercice. Donner le prix de la mise en scène à Bennett Miller pour Foxcatcher se justifie (même si je l'aurais volontiers donné à Olivier Assayas pour Sils Maria). Récompenser le très beau film de Zviaguintsev, Léviathan, un de mes films préférés parmi tous ceux que j'ai vu à Cannes, me convient bien (Relatos salvajes aurait pu être récompensé dans cette catégorie du meilleur scénario). Le prix donné à Godard peut être considéré comme un geste symbolique (le plus jeune et le plus vieux réalisateurs ex aequo). 

Un Palmarès que je partage donc, à l'exception du Grand Prix accordé à Le meraviglie, pour moi (et pour quasiment tous les critiques présents à Cannes) le moins bon des 18 films présentés, avec celui d'Egoyan. Je ne comprends absolument pas ce que les jurés ont pu voir d'intéressant dans ce pensum mal filmé. J'aurais pour ma part récompensé soit Timbuktu d'Abderrahmane Sissako, soit Still the water de Naomi Kawase.

Voilà, c'est fini, merci de m'avoir suivi et à l'année prochaine.

 

23 mai

Et voici la première journée à 5 films de mon séjour. Sils Maria, d'Olivier Assayas, est une divine surprise. Je n'aime pas d'habitude les films de ce réalisateur, mais ici force est d'admettre que tout est bon : les actrices (Juliette Binoche, Kristen Stewart, Chloe Grace Moretz), la mise en scène et le scénario. Il ne manque pas grand-chose pour qu'on puisse évoquer Bergman - et la Palme d'or. Je craignais ensuite la projection (2h21 !) de Léviathan, d'Andrey Zvyagintsev, et je me trompais : les paysages de Sibérie sont magnifiques, le tableau de la Russie profonde saisissant et l'évolution des personnages intéressante. Contre toute attente, le film est aussi (parfois) drôle.

Passage ensuite à la Semaine de la Critique, pour voir Hippocrate, du médecin/cinéaste Thomas Lilti. Nous sommes ici dans du cinéma populaire, filmé comme un téléfilm. Le réalisateur montre les réalités de ce dur métier (le manque de moyens, les difficultés des débutants) sur un mode social assumé. Tout y est un peu surligné, et comme le film aborde beaucoup de sujet (droit à mourir dans la dignité, erreur médicale, conditions de vie des internes...), cela fait un peu trop de couleurs. On enchaîne avec The tribe, LE film qui a fait le buzz sur la Croisette cette semaine et qui a rafflé tous les prix à la Semaine de la Critique. Ukraine : un pensionnat de jeunes sourds-muets qui volent, se prostituent, se battent. En langue des signes et sans sous-titre. C'est hyper-violent, parfois à la limite de la complaisance, pour un scénario finalement classique, avec des partis-pris esthétiques radicaux qui ne m'enthousiasment pas. Je reviendrai en détail sur ce film marquant.

Je rends ensuite visite à la section ACID pour son dernier soir : New territories, de Fabianny Deschamps, est une rêverie un peu compliquée basée sur un fait divers étonnant. En Chine, des hommes et femmes disparaissent et leurs corps sont vendus à des familles en lieu et place d'êtres chers, pour être brûlé. La crémation est en effet obligatoire, mais les valeurs chinoises ne la recommande pas, l'âme du mort pouvant alors errer éternellement. Je n'accroche pas à l'univers de la réalisatrice qui utilise des voies trop tortueuses pour moi.

 

22 mai

Ce matin démarrage en douceur avec une vieille connaissance, Ken Loach, qui nous livre dans Jimmy's hall le même genre de ritournelle que dans Le vent se lève dont on peut considérer en un sens qu'il est la suite. C'est sympathique, académique, irlandais, et oublié aussitôt vu.

Je passe l'après-midi dans la salle Debussy à Un certain regard. Je vois d'abord L'incomprise, d'Asia Argento, dont le thème est classique : le quotidien d'une enfant de 9 ans que ses deux parents délaissent. C'est le traitement ici qui est original, avec un petit côté trash assumé. La jeune actrice est superbe, et Charlotte Gainsbourg joue très bien une mère égoïste et inconséquente. Je repense au petit garçon de The search : pourquoi ne pas donner les prix d'interprétation à des enfants cette année ? Dans la foulée, Charlie's country est un joli film australien, qui ne tient là encore que par la performance de son acteur principal. Le film nous fait pénétrer dans la lancinante question aborigène : intéressant.

Mais le morceau de résistance de cette fin de festival, c'est la montée des marches de Xavier Dolan pour Mommy. Dolan pleurait déjà en sortant de sa voiture officielle, inutile de vous dire qu'il s'est transformé en fontaine vivante pendant les 11 minutes de standing ovation à la fin du film (et contrairement à d'autres fois, dans un Grand Théâtre Lumière resté quasiment plein). Le film est une quintessence du cinéma de Dolan, probablement son meilleur, même si certaines scories subsistent encore (notamment vers la fin du film). Une odeur de Palme d'or dans la salle ce soir. A noter un évènement assez rare, la salle a a applaudi pendant le film, lorsque Dolan ose un effet de cadre, il faut dire particulièrement bluffant.

 

21 mai


C'est le mercredi de la deuxième semaine qu'on peut avoir un petit coup de blues (imminence de la fin, 21 films au compteur en 6 jours, un peu de fatigue). Pour pallier à cela, rien de tel qu'une séance matinale (8h30) de The search. Hazavanicius s'y avère un aussi habile compteur que dans ses OSS 117 ou que dans The artist, dans un registre totalement différent : le film de guerre. J'ai été bouleversé et impressionné par ce film, rélaisé dans une certaine tradition classique de type hollywoodien : réalisme absolu, beaux personnages, lyrisme tire-larme. Lui donner une belle récompense serait reconnaître un cinéma de qualité, qui pense au plaisir du spectateur avant tout. La critique est très dure sur la Croisette pour ce film, pour des raisons qui m'échappent.

J'enfile les séances au GTL : d'abord avec L'homme qu'on aimait trop, film de Téchiné présenté hors compétition et traitant de l'affaire Maurice Agnelet. Deneuve parfaite, Canet dans son meilleur rôle, Adèle Haenel fait du Adèle Haenel (elle nage, comme dans Les combattants et Naissance des pieuvres). Un téléfilm de qualité, mais un téléfilm.

Ensuite grand moment avec la seule projo officielle du Godard, Adieu au langage. Cohue indescriptible (même parmi la population des détenteurs d'invitations), ambiance électrique, beaucoup d'accrédités n'arrivent pas à rentrer. L'oeuvre (que j'ai du mal à appeler film) est chiante à mourir et illustre des aphorismes du maître et de très nombreux auteurs. Godard est devenu inaudible dans le paysage actuel.

Une fois de plus, merci la Quinzaine pour le feel-good movie de la journée: Queen and country, du vétéran John Boorman, est une comédie mélancolique de premier choix.

 

20 mai

Début en fanfare ce matin avec une séance de rattrapage d'Un certain regard à la Licorne : Bird people, de Pascale Ferran. J'ai adoré ce film, dont je ne dévoilerai pas le pitch assez incroyable, basé sur un changement de situation magique en milieu de film. Une véritable leçon de mise en scène, et cette originalité décisive que j'attendais depuis le début du Festival.

Je m'attaque ensuite à du lourd. Deux jours, une nuit des frères Dardenne m'a semblé très mauvais : artificiel, compassé, répétitif, pauvre en scénario comme en mise en scène. Marion Cotillard y est très médiocre, elle tente de se suicider avec un je m'en foutisme inadmissible (je rigole).

J'obtiens ensuite une invitation exceptionnelle en Orchestre pour Still the water, de Naomi Kawase, qui se trouve assise à quelques sièges de moi. L'occasion d'observer le jury de près : Jane Campion arrive à pied avec les 4 autres femmes du jury (c'est une habitude). Carole Bouquet chausse ses lunettes et a un peu froid. Le personnel apporte obligamment à ces dames un plaid chacune. Willem Dafoe est arrivé au bras d'une jolie brune. Jia Zhang Ke fait bande à part, au fond du carré réservé au jury. Et le film ? Ah oui, j'oubliais. Il ne parle pas de grand-chose (la mort, l'amour, le sexe, Dieu, la nature, ce genre de choses), mais le fait superbement bien. Un parfum de Palme d'Or planait lors de l'ovation finale : 10 minutes ininterrompues d'applaudissements de tout le Grand Théâtre Lumière. Naomi Kawase (dans un kimono magnifique) et ses acteurs en larmes.

Une demi-heure, un sandwich au saucisson et une bière plus tard (une anglaise demande une Cronenberg, au lieu d'une Kronembourg : funny, isn't it ?), me voilà à la Quinzaine pour Whiplash, fantastique feelgood movie, relatant l'affrontement d'un jeune batteur de jazz et d'un prof sadique. Energique, drôle, vibrant. Encore une standing ovation d'une dizaine de minutes pour le jeune réalisateur Damien Chazelle et son acteur principal. Le film a été récompensé deux fois à Sundance. C'est une bombe.

 

19 mai

J'inverse ce matin l'habitude en commençant par la sélection officielle. Foxcatcher, de Bennett Miller (le réalisateur de Truman Capote), raconte l'histoire vraie d'un champion de lutte américain glissant sous l'influence d'un riche mentor fortuné. J'ai souvent pensé à Ma vie avec Liberace pendant le film. C'est propre et net, mais l'émotion n'affleure jamais. Maps to the stars est plutôt meilleur que Cosmopolis, mais je trouve que Cronenberg rabâche un peu son cinéma. Sur le même sujet (la perversion d'Hollywood, la perte des valeurs, le cynisme), le récent The canyons est bien meilleur.

Fin d'après-midi à la Semaine de la critique pour When animals dream (photo ci-contre), un film danois où on s'amuse à reconnaître des acteurs de la série Borgen, tout en assistant à la lente transformation d'une jeune fille en loup-garou. Un bel exercice de style, parfaitement réussi par le réalisateur Jonas Arnby, dont c'est le premier film.

 

18 mai

Encore une fois, je débute la journée à la Quinzaine avec un thriller haletant, plein de violence et d'humour (mélange que les coréens semblent maîtriser à la perfection) : A hard day (ô combien) de Kim Seong-Bun. C'est rafraîchissant et idéal pour bien commencer la journée.

J'enchaîne ensuite les deux films en compétition de la sélection officielle. The homesman, de Tommy Lee Jones, est un western féministe, réalisé dans une veine plutôt réaliste, qui rappelle La dernière piste de Kelly Reichardt. Sage et appliqué, sans grand relief, il n'exploite pas la richesse potentielle de son scénario. Le meraviglie, d'Alice Rohrwacher, est le seul film italien en compétition. Je reste complètement extérieur au propos du film, qui décrit frontalement la vie quotidienne d'une famille pauvre d'apiculteurs, dans un style réaliste un peu crade. Je n'ai pas aimé du tout, et pour être honnête j'en ai profité pour dormir un moment.

En fin de soirée, c'est une nouvelle fois la Quinzaine qui me sauve la journée avec Gett, le procès de Viviane Ansalem (photo ci-dessus), de Ronit et Schlomi Elkabetz, qui met uniquement en scène des séances de tribunal lors d'un jugement de divorce en Israel. C'est extraordinaire de précision et de justesse de ton. Une réussite, qui rappelle le cinéma de Farhadi.

 

17 mai

Comme hier, la journée commence à la Quinzaine, avec la projection du nouveau documentaire de l'immense Frederick Wiseman, National Gallery. Le film dure 2h53 mais on se s'ennuie pas. La réflexion qu'il porte sur l'art et la beauté est passionnante. J'ai aussi appris beaucoup de chose. On enchaîne avec le premier long-métrage de Thomas Cailley, Les combattants. Porté par le naturel dévastateur d'Adèle Haenel, le film est très très drôle. C'est l'équivalent de Guillaume et les garçons à table en 2013, ou Camille redouble en 2012, tous présentés à la Quinzaine, la section qui aime rire.

De retour à la compétition officielle pour la montée des marches du Saint Laurent de Bonello, en belle compagnie : François Ozon, Gaspard Noé, Eva Longoria, Natacha Régnier, en plus de l'équipe du film. Nous passons à 2 mètres de Michel Piccoli en haut des marches, en train de faire la bise à Thierry Frémaux. Je n'ai pas aimé le film : il ressemble finalement beaucoup à celui de Jalil Lespert, en un peu moins mainstream. Je suis très déçu pour plein de raisons que je détaillerai dans un article dédié. Fin de soirée délirante avec le film argentin Relatos salvajes, produit par Almodovar et bien dans le style de ce dernier, il s'agit d'un film à sketch délicieusement cruel où l'on rit beaucoup. Un coup de coeur.

 

16 mai

Début de journée à la Quinzaine pour un premier film prometteur : Catch me daddy, de l'anglais Daniel Wolf. Un thriller efficace tourné au fin fond du Yorkshire. C'est un peu comme si les Coen tournaient chez Ken Loach. Très efficace, et un poil décalé, comme souvent à la Quinzaine.

Dans l'après-midi, j'assiste à la seule projection officielle de Winter Sleep, du turc Nuri Bilge Ceylan. Toute l'équipe du film porte un ruban noir, en soutien aux mineurs turcs. Comme d'habitude, je suis enthousiasmé par la minutie et le talent de cet horloger des âmes qu'est Ceylan. Il perpétue une tradition de cinéaste qui rendent sensible à l'écran le mouvement des idées et des sentiments (Bergman, Tarkovski, Kieslowski). C'est superbe et je parie que le film repartira avec un prix qui ne sera pas la Palme d'Or : les 3h16 du film sont trop ardues pour enthousiasmer tout le monde.

La fin de soirée est consacrée à une deuxième montée des marches, celle d'Atom Egoyan pour Captives. Je n'ai pas du tout aimé le film, plat, quelconque, mal conçu, mal joué  et mal interprété. Le thème et le style rappelle le récent Prisoners, en moins bien.

 

15 mai

Début de journée à la Semaine de la critique avec FLA, le deuxième film de Djinn Carrénard, dont j'avais adoré le premier (réputé avoir été tourné avec 150 euros) : Donoma. La première demi-heure du film est géniale et surprenante. Malheureusement le film ne tient pas sur la durée (2h45 tout de même) et présente de nombreux défauts. Un grand réalisateur en puissance, mais un film pas maîtrisé, à l'image de ces disputes sans fins, horripilantes par leur répétition.

La bonne surprise vient ensuite de la compétition avec le beau Timbuktu, d'Abderramahne Sissako. Il s'agit d'un plaidoyer contre l'invasion de la ville malienne par les fondamentalistes. C'est très finement réalisé et poétique tout en étant grave. Un accueil chaleureux de la salle, des blogueurs et des critiques.

Fin de soirée avec la montée des marches de Mike Leigh et de son équipe. Mr Turner m'a fait très peur au début : je trouvais le biopic inutile et engoncé dans sa lumière d'outre-siècle. Et puis petit à petit le film se fait gaiment métaphysique, dans une atmosphère funèbre (bizarre, non ?). Un beau film, qui approche de très près l'acte de peindre. Une bonne surprise aussi, qui dure quand même la bagatelle de 2h29.

 

14 mai

J'arrive à Cannes sous un soleil splendide. L'atmosphère est curieuse en ville : grève des bus, manif des taxis Place de l'hôtel de ville, descente massive de pompiers à la gare pour une raison que je ne connais pas. Les intermittents ont pris possession de la plage : banderolles, slogans, CRS qui courent sur la Croisette en longeant les limousines. On se croiserait dans le Cosmopolis de Cronenberg : une ville en état de siège qui fait la fête dans le strass.

Les premières critiques (catastrophiques) sur Grace de monaco ne m'incitent pas trop à forcer l'entrée du Palais pour la cérémonie d'ouverture. Je regarde pépère la montée des marches des membres du jury et de Nicole Kidman, toujours aussi belle. J'obtiens une place pour la deuxième séance à 23 h mais la redonne aussitôt : demain j'ai prévu une grosse journée.

 

Voir les commentaires

Cannes 2014 : la Quinzaine des Réalisateurs

Comme les autres années, c'est la Quinzaine qui présente pratiquement la sélection la plus excitante.

D'abord des pointures, avec en ouverture le nouveau film de Céline Sciamma (Tomboy), Bande de filles, et la présence des vétérans John Boorman, avec Queen and country et Isao Takahata (Le tombeau des lucioles), qui nous permettra d'honorer le studio Ghibli avec Le conte de la princesse Kaguya. Bruno Dumont présentera en intégralité une série tournée pour Arte, Le P'tit quiquin, comme l'avait fait l'année dernière Jane Campion avec Top of the lakeEnfin, on pourra voir le nouveau film du grand documentariste Frederick Wiseman, National Gallery.

L'autre pilier de la sélection, c'est comme d'habitude les films de genre, avec des polars, dont un coréen (A hard day de Kim Seong-Hun) et le très attendu Cold in july de Jim Mickle avec une distribution prestigieuse : Michael C.Hall, Sam Shepard et Don Johnson.

Pour finir on guettera avec gourmandise Whiplash de Damien Chazelle, Grand prix du jury et prix du public au dernier festival de Sundance (qui ces deux dernières années était plutôt accueilli à Un certain regard), et le deuxième film de Jean-Claude Hue (La BM du seigneur) : Mange tes morts. 

Tout cela sans compter avec les films inconnus en provenance du Québec, d'Israel (trés présent avec deux films),  du Japon et de Belgique.

Pour suivre la Quinzaine en direct, RDV sur Christoblog, ou pour plus de réactivité encore sur FB et Twitter.

PS : Et si vous allez à Cannes, il faut que vous lisiez cela :

Voir les commentaires

Cannes 2014 : Semaine de la Critique

La Semaine de la Critique ne sélectionne que des premiers et des deuxièmes films.

Cette année l'évènement sera créé sans conteste par la projection de FLA (Faire l'amour), le deuxième film de l'incroyable Djinn Carrénard (Donoma). D'autres films très excitants en séances spéciales : les deuxièmes films de l'israélien Nadav Lapid, L'institutrice, qui a longtemps été annoncé en sélection officielle, et Mélanie Laurent, Respire, film de filles avec Isabelle Carré, entre autre.

Le reste de la sélection, que vous pouvez découvrir sur le Site officiel de la Semaine s'annonce comme un véritable tour du monde : Danemark, Israel, Ukraine, USA, Italie, Colombie.

Charles Tessier a assumé une sélection avec des films de genre : il y aura un film de loup-garou féministe, et un film de spectres.

De quoi combler quelques trous dans les journées cannoises, même si l'accès à la salle Miramar est toujours un des plus aléatoires.

Pour suivre tout cela en direct, RDV sur Christoblog, ou pour plus de réactivité encore sur FB et Twitter.

 

PS : Et si vous allez à Cannes, il faut que vous lisiez cela :

Voir les commentaires

1 2 > >>