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Christoblog

Les trois royaumes

 Lin Chi-Ling. Metropolitan FilmExportEn regardant Les trois royaumes, j'ai retrouvé des sensations que j'éprouvais petit le mardi soir en regardant les westerns sur la troisième chaîne.

Des bons, des méchants (mais des méchants classe, pas des idiots ou des brutes).

De la bravoure, du courage, de l'intelligence, de l'amitié, de l'amour, de l'astuce, de l'émotion. Une narration simple et limpide. Une beauté visuelle époustouflante.

Pour son retour au pays, John Woo n'a pas lésiné sur les moyens, les décors et les trucages sont à la hauteur des films hollywoodiens, voire au-delà. On reconnait la patte de maître Woo à l'extrême fluidité de sa caméra, au sens des mouvements originaux, aux tics récurrents (envol de colombes, scènes aux milliers de chandelles, ralentis appuyés).
 
Alors qu'il a pu s'égarer quelquefois aux US, ses talents trouvent ici une occasion de se déployer en pleine harmonie avec l'histoire et le style de son film.

Le cadre dans lequel se déroule la majeure partie du film est sidérant de beauté (le camp de la falaise rouge). Sa topographie très lisible est un des atouts majeures de l'histoire : cette partie reprend les codes de la tragédie antique dans un immense théâtre naturel. Comme dans les meilleurs westerns ce sont donc les grecs qui peuvent être convoqués en référence de cette belle histoire antique, en particulier Homère et ses héros tour à tour rusés et/ou courageux. Le film doit beaucoup aux acteurs, excellents, avec une mention spéciale pour le couple Tonny Leug / Takeshi Kaneshiro. L'actrice est aussi très émouvante.

Un bien beau divertissement.

 

3e

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Le chant des oiseaux

Le cinéphile aventureux que je suis s'est levé tôt ce dimanche matin, pour aller voir Le Chant des Oiseaux à 10h20 au Katorza dans le cadre du festival espagnol.

Bon.

Imaginez le film le plus lent, le plus ennuyeux que vous ayez vu jusqu'à présent : Zabriskie point, Still life ou un autre, qu'on va appeler X. Le chant des oiseaux est à X ce que X est à Casino Royal. C'est dire.

Autre image : on vous interdit de bouger (par exemple vous passez une IRM) et en même temps on vous enfonce des aiguilles sous les ongles en vous forçant à écouter un silence total. C'est aussi ça, Le chant des oiseaux.

On devait être entre une quarantaine de spectateurs dans la salle.

La première à craquer fut une dame d'un certain âge. Ensuite il y eut une sorte de quiproquo : un homme parlait fort devant la porte du fond, et on ne savait pas trop s'il tentait un happening ou s'il craquait nerveusement. En réalité, il essayait d'inciter une de ses connaissances à quitter le lieu de torture. Un peu plus tard, deux hommes ont tergiversé assez longuement avant de se décider à sortir : ils devaient hésiter à déranger tout le rang.

A la fin de la projection un malade mental a applaudi, je rêvais de voir les services d'internement d'urgence venir lui mettre une camisole. Les autres spectateurs, qui venaient de souffrir inutilement depuis plus d'une heure trente auraient pu tout aussi bien le lyncher, ça ne m'aurait pas choqué.

Conclusion :

1-ne plus JAMAIS aller voir un film d'Albert Serra

2-se méfier comme de la peste des Cahiers du Cinéma 

NB : Certains d'entre vous, outragés, diront : "il ne parle même pas du film !". Je leur répondrai que c'est parce qu'il n'y a pas de film.

 

1e

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Je vais bien, ne t'en fais pas

Mélanie Laurent. Mars DistributionEmoustillé par la vision de Welcome, je me procure le précédent film de Philippe Lioret.

Et..... je retrouve bien dans ce film, en germe, tout ce qui éclatera pleinement dans le film suivant par la grâce d'un sujet autrement plus politique (au bon sens du terme).

A savoir :

1 - un sens du casting épatant. Mélanie Laurent est parfaite. Kad Merad est profond. Tous les acteurs jouent juste, même les deuxièmes ou troisièmes rôles.
2 - un art de la mise en scène consommé (montage bien rythmé, alternance des plans larges et resserrés, utilisation des focales et des premiers/deuxièmes plans)
3 - une impression de réalité que le cinéma français peine généralement à nous donner

L'intrigue est certes un peu juste, mais les promesses d'un beau et grand cinéma français, réaliste et sentimental à la fois, sont là.

 

2e

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La journée de la jupe

Isabelle Adjani. Rezo FilmsArte diffusait hier soir un film destiné à sortir sur les écrans mercredi prochain, comme elle l'avait déjà fait l'année dernière avec le très bon film de Christophe Honoré, La Belle Personne.

Le pitch de La Journée de la Jupe est le suivant : une prof surmenée, malmenée dans un établissement difficile, pète les plombs et est amenée par un concours de circonstances à prendre sa classe en otage.

Autant le dire tout de suite, je n'ai vraiment, mais vraiment pas aimé la façon de jouer d'Adjani, notamment dans la première partie du film. J'ai trouvé qu'elle était peu crédible en prof et qu'elle surjouait sans parvenir à nous faire ressentir sa réelle détresse psychologique. Les éléments externes à la classe (les profs, le principal, les membres du RAID, la ministre) sont eux aussi totalement factices, artificiels (Jackie Berroyer en fait par exemple vraiment trop, quant aux problèmes de coeur de Podalydes, on s'en fout carrément).

Finalement un peu comme dans Entre les Murs, les raisons d'aimer le film viennent des acteurs qui jouent les élèves. Eux paraissent bien réels et nous donnent à voir un océan de bêtise, de racisme, de violence, de sexisme. Le tableau dressé de cette jeunesse là est bien plus noir et désespéré que celui d'Entre les Murs, dans lequel des raisons d'espérer subsistaient. Dans la Journée de la Jupe, qui est peut-être (malheureusement) plus réaliste encore, point de salut.

Peut-être une polémique naîtra-t'elle de la "vengeance" que met en oeuvre Adjani par moment. Certains esprits chagrins diront que cette image donnée des enseignants est négative. Ce sera idiot car si le film montre bien une réalité sociologique côté des élèves, la destinée de la prof me semble très personnelle (son origine étrangère...) et peu représentative d'une majorité (même si bien sûr le même type de tensions peuvent être ressenties par beaucoup).

Un bon téléfilm de vendredi soir qui ne manque pas de rebondissements. Une curiosité aussi puisque Adjani n'avait plus tourné au cinéma depuis 2003. Le film a été présenté à Berlin cette année. 

 

2e

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The chaser

Haut et CourtLe cinéma coréen a décidément le génie du film de genre : western, horreur, film de monstre, thriller, policier.

The Chaser est une variation habile sur le thème du serial killer comme l'était déjà l'excellent Memories of Murder, dont j'ai parlé récemment sur ce blog.

Ici, l'originalité est que le tueur est découvert dans les 5 premières minutes du film, exactement de la même façon que The Host donne à voir le monstre très rapidement. La conséquence est que le film commence par ce qui est bien souvent, dans d'autres oeuvres, la fin. C'est une façon de dire : bon voilà, ce gars est vraiment un sadique, il en a tué 9 ou 12, peu importe, maintenant voyons voir comment le film peut évoluer, et les personnages avec.

Le tueur emmène donc sa victime dans une maison qui n'est pas la sienne, est dérangé, doit sortir, puis par un concours de circonstances étranges est démasqué dans la rue. Mais la police n'a pas de preuves, ou pas assez. Commence donc un jeu du chat et de la souris totalement prenant et d'une violence rare, alors que la victime agonise doucement dans la pièce ensanglantée

Le film montre superbement les ruelles de Séoul, en particulier sous la pluie battante. Il est vif, bien monté. Les personnages comme souvent dans les films coréen sont très ... directs, voire vulgaires. Comme souvent aussi les autorités sont tournées en ridicule, ou du moins leur incompétence n'est pas dissimulée. Les deux personnages principaux sont bien joués, ils donnent tous les deux une noirceur profonde au film.

Petit défaut : certains effets sont trop marqués, mais c'est le premier film d'un tout jeune réalisateur, dont il parait qu'il n'a pas encore tout à fait fini ses études de cinéma. On ne lui en tiendra donc pas rigueur.

Un très beau coup d'essai, qui vient d'obtenir un prix au festival du film asiatique de Deauville. A voir, si vous pouvez supporter une certaine dose de violence et de tension.

 

3e

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Welcome

Firat Ayverdi. Guy FerrandisTrès agréable surprise.

Depuis quand n'avait-on pas vu un film français se coltiner avec un problème social contemporain, tout en étant un bel objet cinématographique ?

Depuis Ressources Humaines de Laurent cantet, peut-être... 

Evacuons tout de suite la polémique douteuse montée de toute pièce par Eric Besson à propos de la comparaison avec les méthodes utilisées envers les juifs lors de la shoah. C'est ridicule, et en plus ce qu'a dit Lioret n'était pas faux. Mais passons.

Ce que montre Welcome de la vie des migrants à Calais est remarquable. Plus encore, le rôle de la police, ce qu'encourent les habitants s'ils aident les clandestins : tous ces sujets sont très intéressant.

Le film parvient à dresser un tableau saisissant de la situation, non pas d'une façon didactique mais à travers deux prismes :

- celui du thriller autour de l'aventure d'un jeune kurde, thriller très percutant, d'abord dans le camion, puis dans la mer
- celui de l'évolution psychologique du personnage principal, remarquable Vincent Lindon, qui contre toute attente n'en fait pas trop, et dont l'anglais est délicieux

Il est très touchant de voir comment les liens se tissent entre lui et le jeune acteur (remarquable aussi), passant très rapidement d'un prétexte pour reconquérir sa femme à quelque chose de plus profond : l'amour de son prochain, la compassion, et ce faisant sa propre humanité. D'une certaine façon, le mécanisme à l'oeuvre chez Lindon est probablement celui qui conduisit les Justes à sauver des juifs pendant la seconde guerre mondiale, et c'est très beau de le voir à l'écran.

Philippe Lioret, d'une façon qui me surprend beaucoup, révèle un sens de la composition très sûr, dans les plans presque abstraits de la piscine, des athmosphères glauques, et l'épisode très réussi de la traversée, où les sensations éprouvées face aux tankers puis dans la tombée de la nuit sont très fortes. Le montage est excellent lui aussi, vif, alerte, signifiant (rapide passage de Sarkozy !).

Il y a certes un peu de sensiblerie ici ou là, quelques petits défauts que les autres se chargeront de noter. Mais quand les qualités d'émotions et de mise en scène sont là, pourquoi faire la fine bouche ?

 

4e

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Bellamy

J'aime Claude Chabrol en tant que personne.

Il fait partie de ces gens avec qui il doit être très agréable d'aller manger une tête de veau en discutant de la dernière intégrale présentée à la cinémathèque française. Son immense érudition, son sens de la répartie, son expérience en font un passionnant chroniqueur de l'actualité cinéphilique.

C'est parce que je l'aime que cela m'embête de ne pas avoir aimé Bellamy.

J'aimerais pouvoir dire que son travail s'apparente à celui d'Hitchcock, par la façon qu'il a d'attacher plus d'importance aux relations entre les personnages qu'à l'évolution psychologique de chacun d'eux. Ce serait presque vrai, sauf que le suspense n'est pas au rendez-vous.

La machine se grippe, peut-être dans les invraisemblances ehontées du scénario (tomber sur une vendeuse qui est la petite amie du cadavre en allant acheter des étagères : incroyable, non ?). Ou alors dans le jeu artificiel de la plupart des acteurs (Gamblin remportant la palme du tout et n'importe quoi). Ou dans les répliques paresseuses ("C'est mal de tuer" dit Bellamy). Ou dans le suspense avorté (ridicule séance de la chanson au tribunal, fin prévisible). Ou dans les clichés rebattus (la bimbo est une salope qui couche avec le commissaire Leblanc).

Bon j'arrête là, cela me rend triste. Chabrol semble s'amuser en dilettante pour son dernier film au cinéma, alors que la matière du scénario méritait mieux. 

Le plus triste est que par moment, on peut sentir la patte d'un grand réalisateur, dans le tout début par exemple où par la simple grâce du montage (lent au cimetière marin, puis saccadé pour approcher de Bellamy) Chabrol arrive à exprimer tout un contexte.

Dommage, cher Claude. 

 

1e

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Les parapluies de Cherbourg

Collection Christophe L.Les parapluies de Cherbourg est le troisième film de Jacques Demy.

On se souvient qu'à la fin de Lola  , la plupart des personnages principaux partaient pour Cherbourg, en particulier l'alter ego de Demy, Roland Cassart, qu'on va retrouver dans les parapluies en diamantaire avisé. Il y a donc une continuité entre ces deux films, très joliment illustrée par un long travelling tournant dans le passage Pommeraye déserté, en guise de flash back.

Demy voulait d'ailleurs tourner Les parapluies dès 1962, mais l'idée de financer un film ENTIEREMENT chanté, ce qui n'avait encore jamais été fait, inquiétait sérieusement les producteurs et le montage du film a été plus long que prévu. Entre temps Demy a donc tourné La baie des anges.

Aujourd'hui encore c'est l'émorme pari esthétique que propose le film qui impressionne le plus. Tourner en 1962 un mélodrame avec uniquement des dialogues chantés, filmé en grande partie en extérieur, il fallait vraiment oser. D'autant plus que Demy innove aussi au niveau des couleurs, particulièrement audacieuses. Il repeint les façades des maisons en couleurs vives, choisit des papiers peints pour les intérieurs en fonction des robes des actrices, multiplie les contrastes rose/vert/rouge/orange/bleu.

L'histoire commence comme un gateau sucré et un peu indigeste, évolue vers un mélodrame doucereux, et finit par un dénouement sec comme un coup de trique.
C'est avant tout le film de la désillusion : l'amour n'est pas aussi fort qu'on peut l'espérer, et le temps arrive assez facilement à l'effriter. C'est aussi, en creux, un film très juste sur le traumatisme de la guerre d'Algérie et ses conséquences. C'est enfin un remarquable exemple de symbiose dans une équipe de film (la musique de Michel Legrand évidemment essentielle, l'éclosion d'une jeune Catherine Deneuve - 21 ans - sublime sous le regard d'un réalisateur très doué).

Demy manifeste à son troisième long métrage une maitrise assez incroyable, très à l'aise dans le placement de la caméra, se permettant même de faire regarder les actrices droit dans les yeux des spectateurs à plusieurs reprises. Sa façon de conter des histoires particulièrement cruelles (le héros principal couche avec une pute au moment ou sa marraine qui l'a élevé meurt, il refuse de saluer sa fille à la fin du film, etc..) dans une ambiance de conte de fée, est très représentatif du style Demy.

Si Christophe Honoré ou des films comme Jeanne et le garçon formidable existent aujourd'hui, c'est probablement grâce aux Parapluies.

 

Tout Demy sur Christoblog.

 

3e

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Gran Torino

Difficile de parler de Gran Torino et de l'icône Eastwood en faisant abstraction de l'avalanche de louanges que critiques, spectateurs et blogueurs ont déjà déclenché dans un bel ensemble.

Le film se laisse regarder, mais comme souvent chez Eastwood, un certain nombre de points m'empêchent de crier au chef-d'oeuvre.

D'abord la mise en scène et le jeu des acteurs sont très académiques. Eastwood surjoue volontairement, mais un petit peu trop à mon goût. La progression de l'histoire, assez convenue, ne brille pas non plus par son originalité.

Là où le film est le plus convaincant et emporte la mise, c'est dans la description insolite de l'immersion du white american old school dans le milieu Hmong. "J'ai plus en commun avec ces gens qu'avec mes propres fils" dit Walt dans le film. La façon dont les deux parties s'apprivoisent et apprennent à se connaître est réellement bien vue (je pense notamment à la longue séquence du repas durant laquelle Walt erre avec aisance parmi les étrangers qu'il haïssait quelques heures auparavant). Le sens de l'humour qui plane doucement sur toute une partie du film est aussi très agréable. Par moment il vire même au burlesque d'une façon assez inhabituelle chez Eastwood ces derniers temps (les duels d'injures avec italiens et irlandais par exemple, ou la scène des offrandes).

Quant au débat "On s'attendait à Dirty Harry chez les bridés, et c'est tout à fait autre chose / c'est tout à fait ça" il paraît un peu vain, tant on peut défendre des points de vue opposés sur la question avec la même force. Le fait est que Eastwood sent la fin approcher et sait qu'il se met en scène peut-être pour une des dernières fois. Que le fantôme d'Harry traîne dans son esprit au moment où il se filme lui-même dans un cercueil est inévitable.

Une bonne soirée, sans que je comprenne toutefois l'enthousiasme délirant de l'accueil critique vis à vis d'un film tout de même assez formaté et prévisible. 

 

3e

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Tulpan

Le personnage principal de Tulpan est la steppe kazakhe.

Le paysage dans lequel se déroule le film est en effet fascinant : plus plat, je ne crois pas que ce soit possible.

La ligne d'horizon, parfaitement horizontale, sépare exactement deux mondes : celui d'en-bas, monotone, dans lequel une yourte apparaît de loin en loin, un cauchemar pour le chef opérateur, car rien n'accroche le cadre, et celui d'en haut, plus changeant, avec ses orages, ses nuages, ses tornades.

Asa est un jeune homme qui revient d'un séjour dans la marine pour habiter chez sa soeur, son beau-frère, et leurs 4 enfants. Pour s'installer il lui faut un troupeau, pour avoir un troupeau il lui faut une femme. La première disponible s'appelle Tulpan, elle habite avec ses vieux parents à une journée de tracteur. Hélas, les oreilles d'Asa ne plaisent pas à Tulpan...

Le film vaut plus par son ambiance que par son scénario. La façon dont les personnages sont isolés dans l'immensité est poignante, la puissance de la nature y est directement sensible, comme en mer. On se rend parfaitement compte de l'interdépendance des êtres humains entre eux, et de leur lien fusionnel avec les bêtes du troupeau.

Asa qui n'a ni yourte, ni femme, ni troupeau n'arrive pas trouver sa place. Dans l'intimité de la yourte familiale où chacun dort côte à côte, il gêne. Il n'est pas compétent en tant que berger. Dans cet environnement impitoyable l'inutilité sociale est elle tenable ? Asa partira-t'il à la ville, à 500 km de là ? restera-t'il ? Voilà en résumé l'enjeu de la deuxième partie d'un film intéressant, même si certaines de ses scènes auraient gagné à être légèrement raccourcies.

 

2e

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The wrestler

Evidemment il y a toujours des grincheux que la vue de la réalité, en l'occurrence du corps, dérange, exaspère ou ennuie.

Mon voisin lors de la projection de The Wrestler était de ceux là : une remarque désagréable à chaque vomissement ou blessures de Mickey Rourke, puis pour faire bonne mesure, un commentaire final bien senti envers ces incapables qui ont donné un Lion d'Or à un film comme celui-là.

Oui, voir notre corps comme de la viande n'est pas si confortable, c'est vrai. Pour lui : viande tailladée, écrasée, poinçonnée, bourrées aux hormones, piquée, droguée, alcoolisée, brûlée aux UV, meurtrie. Pour elle : viande exhibée, percée, peinte, enveloppée dans le bon emballage, puis vendue. De la viande partout, à tel point que The Ram finit par en vendre, en frire, en trancher, et même au final couper la sienne propre avec l'outil destiné à couper celle du porc.

De la viande, oui, mais avec des sentiments dedans.

En osant un parallèle pas évident, je dirais que Hunger, magnifique film, montrait l'âme dans/en dépit du corps, et The Wrestler montre les sentiments dans/en dépit du corps. La viande s'appelle Robin, mais celui qui aime, et qui voudrait tant qu'on l'aime en retour, s'appelle Randy, et les deux cohabitent comme ils le peuvent. Le corps est fatigué, usé, les sens sont émoussés (lunettes et appareil auditif sont nécessaires), le coeur/viande est au bord de la rupture, mais à l'intérieur le coeur/sentiment est en pleine forme, il lui faut de l'amour, de l'amitié, n'importe quoi qui ressemble à un sentiment. Catcheurs, fille, amante potentielle, petit garçon qui joue à la Nintendo, public, Randy essaye toutes les pistes et toutes, ou presque, échouent.

Il fallait un drôle de cran pour tourner ce film au scénario minimaliste et quelques fois proche du mélodrame, du cran, et un acteur fabuleux. Rourke réussi une performance exceptionnelle, comme revenu d'entre les morts. La mise en scène est sobre, rugueuse comme la peau couturée du héros, caméra à l'épaule et gros grain. On dirait presque un film européen de ce point de vue. Les Dardenne ne sont pas loin.

Les décors (si on peut dire) sont gris, glauques, superbes, magnifiquement en phase avec l'histoire, comme la bande son, qui se finit dans le ton juste avec la belle chanson de Springsteen, l'enfant le plus célèbre du New Jersey où se déroule le film.

The Wrestler : l'amour, avec de la viande autour.

 

4e

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