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Christoblog

J'irai dormir à Hollywood

Antoine de Maximy. Walt Disney Studios Motion Pictures France Antoine de Maximy est un drôle de coco.

Il se promène seul, avec une petite caméra fixée en surplomb de sa tête, qui lui permet de se filmer lui même avec ses interlocuteurs, une autre fixée sur son sac à dos, qui lui permet de filmer droit devant lui, et quelques autres qu'il pose de temps en temps sur un trépied ou un assemblage de fortune.

Sa légéreté lui permet de s'immiscer partout avec un certain naturel et aussi un certain culot, voire une bonne dose d'inconscience.

C'est ainsi qu'il rentre dans la propriété de Georges Clooney (parce que la grille est ouverte), ou qu'il va dans le quartier de La Nouvelle Orléans où on lui a dit de ne pas aller. Il faut le voir avec son sourire de Pied Nickelé, s'inviter au débotté dans les maisons (y compris éloignées de la route) pour dire : bonjour, puis-je dormir chez vous ?

Cela ne fonctionne que moyennement au début de son périple. Le couple de New Yorkais est too much et le film tarde un tout petit peu à démarrer, la séquence Amish fait carte postale, et pour le coup, Antoine n'arrive pas à s'incruster. Une fois parti dans les vastes espaces américains les rencontres se densifient, notre Tintin reporter reste plus longtemps avec les gens et au bout de quelques heures, ceux ci se livrent et suscitent de belles émotions, comme l'homme qui va pêcher une journée avant de rejoindre la prison pour 15 ans, la dame qui a perdu ces deux fils de 17 ans à 1 jour d'intervalle, la jeune femme Navajo.

Du corbillard rouge, je ne sais pas trop quoi en penser (à part bien sûr qu'il rappelle furieusement celui se Six Feet Under, qui lui était vert). Venant d'un autre que De Maximy, cela paraîtrait sûrement ridicule, mais là, le vendeur est lui-même tellement barge qu'il devient impossible de ne pas aimer le véhicule qui est un peu à l'image se son propriétaire : brinquebalant, tape à l'oeil, et plein d'esprit(s).

En creux, et c'est le point fort du film, ressort une belle radioscopie des problèmes américains (pauvreté, précarité, racisme - extraordinaire scène dans le bus de Miami, qu'on dirait jouée, alcoolisme, violence, sentiment anti-islamique exacerbé).

Tout le passage à La Nouvelle Orléans est impressionnant de tensions larvées, et poignant de tristesse.

La fin, comme le début, est plus convenue, jouant sur les clichés holywoodiens. Mais dans la durée et avec la confiance, De Maximy arrive à obtenir le témoignage du SDF, si sensible, si intelligent, si plein de force.

Une belle fin pour un beau voyage.

 

3e

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Mesrine : l'ennemi public N°1

Vincent Cassel. La Petite Reine / Roger ArpajouJ'avais vraiment beaucoup aimé le premier volet, et ma déception à la vision du deuxième est en proportion de mon enthousiasme initial.

A quoi tient l'efficacité d'un film ?

Même acteur, même réalisateur, même histoire, et pourtant la mayonnaise ne prend pas aussi bien. Peut être parce que le temps est ici plus resserré, alors que dans le premier volet le passage des années donnait un souffle, une ampleur à la destinée de Mesrine.

Et puis dans toute la première partie de L'ennemi public, les scènes semblent se répéter toujours identiques (fuite en voiture, fusillades..). Cassel reste très bon mais la terrible violence qui suintait de lui dans le premier volet n'existe presque plus dans le deuxième. Mesrine s'assagit, fait de l'humour, cabotine, joue avec les clichés, devient même larmoyant au chevet de son père, mais à part la scène avec le journaliste (et encore), pas de poussée d'adrénaline.

Le destin de ce personnage est tellement extraordinaire, son culot et son assurance tellement immenses, qu'on ne s'ennuie pas vraiment, mais on en est quand même pas loin : il faut dire qu'essayer de faire monter le suspense sur une fin qu'on a déjà vu en introduction est un pari risqué.

La caméra de Richet est beaucoup plus sage, moins inventive. Les seconds rôles sont moyens, on ne croit pas beaucoup en Amalric, ni en Gérard Lanvin comme révolutionnaire (Gérard Lanvin !?).
Finalement les deux films gagneraient probablement à être vus l'un immédiatement à la suite de l'autre.

 

2e

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La vie moderne

Ad VitamLa vie moderne est un documentaire qui pourrait paraître minimaliste : des routes, des entretiens plein cadre, et quelques vignettes de vie paysanne en plan fixe.

Au début, la caméra est comme rivée au véhicule qui progresse au son de la musique de Fauré sur cette toute petite route lozérienne.

Elle balaye un paysage magnifique, s'approche de la ferme. Dans les virages elle filme ce qu'elle a devant elle, et non pas ce que nous penserions utile qu'elle filme (les brebis, la ferme). Ce premier plan, qui nous fait entrer dans un monde inconnu avec pudeur (la caméra ne s'impose pas, elle est faussement passive) et douceur (la route descend lentement dans une profonde vallée), est magistral.

Les premières interviews sont elles aussi exceptionnelles, par exemple la longue séquence ou les deux frères (Marcel et Raymond) exposent leur deux personnalités si différentes. Ce qui est frappant chez les personne(age)s que donne à voir Depardon c'est leur extrême économie de parole, le monde de la campagne n'est pas un monde où l'on gaspille inutilement. L'autre trait marquant est la qualité des personnages féminins, vives, enthousiastes, plus subtiles que les hommes, quelque soit leur age et leur éducation.

Les émotions sont brutes et intenses, non dissimulées, et Depardon par son art des questions et des silences arrivent à tirer le meilleur de chacun. Les yeux ont une expressivité rare, les visages sont superbement filmés.

Par moment le film est zébré d'un éclair de burlesque digne des meilleures gag de comédies (une casquette s'envole, un chien mord) et dans ces moments là toute la salle éclate de rire. A d'autre moment l'émotion est tellement intense que les larmes viennent naturellement aux yeux (la mort de la vache, l'émotion de celui qui raconte qu'il a vendu les deux dernières).

Les paysages, les quelques scènes volées à la vie quotidiennes sont superbes, et ponctuent le film en l'ancrant dans le réel. Clair obscur pendant la traite des vaches, fermetures des portes au coucher du soleil, orage éclatant dans la vallée.

Le fil du temps est amoureusement tressé tout au long du film, à la fois par les saisons, les années, et les routes qui défilent ... jusqu'au dernier plan, contrepoint sublime du premier.

Un très grand moment qui marque pour longtemps.

 

4e

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Quantum of solace

Daniel Craig. Sony Pictures Releasing FranceJ'ai fait partie de ceux qui avaient été bluffé par Casino Royale. J'avais vu le film à Paris, dans une salle comble qui avait applaudi à la fin ! Le film m'avait enthousiasmé, non pas en tant que Bond, car je ne suis pas spécialement fan de 007, mais simplement en tant que film d'action / sentiments. Je l'avais trouvé intéressant au niveau du scénario, du rythme, de la parfaite exploitation des paysages et des décors (le casino au Monténégro était particulièrement réussi), du suspense, de l'épaisseur des personnages (Craig et Eva Green, excellents tous les deux et formant un beau couple, il faut le dire).

Quantum of Solace se présente comme une suite de Casino Royale, mais il n'en est que le codicille raté.

Reprenons point par point les qualités de Casino royale.
Le scénario est cette fois inintéressant (malgré la signature du très bon et expérimenté Paul Haggis qui réalise lui-même des films honnêtes comme Dans la vallée d'Elah ou Collision). Les paysages traversés sont mal exploités (Bolivie, Italie, Haiti) et les manifestations filmées (le palio à Sienne, l'opéra) semblent lourdement "plaquées" sur l'histoire et ne s'y intègrent pas.

L'exploration des sentiments reste très superficielle et même caricaturale (oh oh la petite fille témoin de la mort de sa mère et de sa soeur se vengera-t'elle ? oh oh, et alors Bond le fera lui aussi ?). Craig est toujours assez charismatique mais son jeu très fermé, très "je serre les machoires et je fonce", très "je suis un bloc noir de reseentiment et je ne sourirai pas, non, non", Olga Kurylenko. Sony Pictures Releasing Franceuse un peu.

Amalric, que j'adore, fait un méchant potable mais notablement sous exploité. Olga Kurylenka a des petits airs de Sophie Marceau jeune, mais son jeu n'a pas la subtilité de celui d'Eva Green.

Enfin là où Casino Royale optait pour un réalisme violent et simpliste, Quantum nous sert de nouveau quelques scènes qui franchissent la limite du crédible (le saut en parachute, le festival de pyrotechnie dans le désert).

Bref pas grand-chose à sauver dans le film, qui en plus manque singulièrement de rythme : vous avez déjà vu Bond rester 10 minutes assis sur une moto sans rien faire ?

A revoir.

 

1e

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