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Articles avec #louis garrel

Les filles du docteur March

Pour les plus anciens des lecteurs de Christoblog, nul doute que Les filles du docteur March évoque le souvenir de visions télévisuelles des précédentes adaptations (Melvyn leRoy, voire Cukor), doucement teintées d'une nostalgie un peu ringarde, mais en technicolor.

Force est de reconnaître à Greta Gerwig un premier talent : celui de dépoussiérer l'argument rebattu du roman de Louisa May Alcott, sans rechigner à la reconstitution. Il aurait été ridicule de transposer cette histoire dans une autre époque, mais y infuser discrètement une thématique actuelle (l'indépendance des femmes) est assez bien vu.

Si la direction artistique m'a semblé un poil trop proprette, la mise en scène est très solide, et le montage sert beaucoup le film, par ses allers-retours incessants (et en même temps très fluides) entre deux époques : l'une heureuse, baignée par des lumières chaudes, et l'autre triste, délavée par une avalanche de bleus et de gris.

Le film est porté de bout en bout par des actrices en état de grâce (ce sont les vraies richesses du film) : Saoirse Ronan, Florence Pugh, Emma Watson et Laura Dern, dont les personnalités très complémentaires irradient l'écran. Un casting vraiment sensationnel, comme on n'en pas vu depuis longtemps, pour une épopée sentimentale qui sonne formidablement juste.

 

3e

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J'accuse

Le principal intérêt du film de Polanski est de raconter froidement le déroulement de l'affaire Dreyfus, vu du côté de l'enquêteur Picquart. 

L'aspect didactique du film, qui m'a fait enfin comprendre de quoi il retournait de façon parfaitement limpide, est donc sa qualité principale. La réalisation, sage et efficace, parfois un peu maladroite, n'est pas spécialement à remarquer.

C'est plutôt du côté de l'interprétation qu'il faut chercher les points forts de J'accuse. Si Emmanuelle Seigner est toujours aussi nulle (si elle n'était pas la femme de Polanski, elle ne serait évidemment pas là), le reste du casting est assez impressionnant, avec une pléiade d'acteurs de la Comédie Française, et un Jean Dujardin absolument parfait, sec comme un coup de trique. Sous son influence, le film semble filer vers son dénouement comme une flèche, tendu et ramassé, parfaitement servi par la musique obsédante d'Alexandre Desplat.

Le film donne aussi - et surtout - à penser : la rectitude morale et la volonté de justice sont des sentiments assez forts pour qu'un homme borné et raciste adopte une attitude de Juste. C'est vertigineux.

 

3e

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Funan

En s'attaquant au terrible sujet de la dictature des Khmers Rouges, ce film d'animation de Denis Do ne fait pas dans la facilité : pas évident en effet d'évoquer l'horreur avec les lignes claires d'une sage animation.

Le début de Funan est d'ailleurs un peu trompeur. Le spectateur est invité à partager une gentille chronique de la vie quotidienne d'une famille cambodgienne. Les couleurs sont plutôt pastel, le trait des dessins presque évanescent. 

Puis, petit à petit, le film devient un road trip un peu plus tendu, avant de descendre progressivement dans les différents cercles de l'horreur : camps, traitements inhumains à grande échelle, rapports complexes entre bourreaux et victimes, scènes de terreur pure. 

Quand la lumière se rallume, on a du mal à croire que la quiétude des premiers plans du film ont pu nous mener à la catastrophe finale (entre 1 et 2 millions de cambodgiens sont morts entre 1975 et 1979), exactement comme si un film commençait sous les pommiers en fleurs d'un tranquille shetl de la campagne polonaise pour se finir à Auschwitz. 

Denis Do dit s'être inspiré des récits de sa grand-mère pour réaliser son film. C'est peut-être ce qui donne à Funan ce beau mélange de force et d'extrême sensibilité.

 

3e

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L'homme fidèle

Il y a quelque chose de platement germanopratin dans L'homme fidèle : un manque d'ambition dans la mise en  scène, un quant-à-soi satisfait et ronronnant, un réseau de références qui essaye de tenir lieu de talent.

Dans ce film, tout le monde est le quelqu'un de quelqu'un de connu  : Louis Garrel (fils et petit-fils de), Lily-Rose Depp (doublement fille de) et Laetitia Casta (compagne de l'acteur principal / réalisateur).

Le résultat est sans saveur et sans relief. Il comprend deux bonnes idées de scénario non développées (le prétendu meurtre du père et le pari de jeter son homme dans les bras de sa rivale), et pour le reste il se contente d'empiler des scènes superficielles, quelque part entre le marivaudage à la Emmanuel Mouret (sans sa perversité) et le spleen truffaldien (sans sa profondeur, malgré l'usage abondant de la voix off).

Ce n'est pas vraiment désagréable, mais on oublie L'homme fidèle dans les trente minutes suivant sa projection.

Louis Garrel sur Christoblog  : Petit tailleur - 2010 (***) / Les deux amis - 2014 (**)

 

2e

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Mal de pierres

Malgré un scénario sur le papier intéressant, Mal de pierres s'avère être d'une platitude consternante.

Difficile dans ces conditions de ne pas incriminer la mise en scène de NIcole Garcia, et peut-être encore plus sa direction d'acteur.

Marion Cotillard arbore la même expression durant tout le film, révélant une fois de plus l'extrême atonie de son jeu. Alex Brendemühl ne fait guère mieux et Louis Garrel cabotine en sourdine.

La mise en scène est invisible et d'un classicisme pesant (ces plans de coup sur le sanatorium...), et si ce n'était faire insulte à quelques productions télévisuelles, on dirait volontiers qu'elle est digne d'un téléfilm. Le découpage du film ne vaut que par son twist final, qui curieusement ne parvient pas à nous frapper autant qu'il le devrait : la faute à la mollesse indigente de tout ce qui le précède ?

Peu incarné, aucunement original, Mal de pierres entre dans notre cerveau par un neurone et en ressort instantanément par un autre.

Nicole Garcia sur Christoblog : Un balcon sur la mer - 2010 (**) / Un beau dimanche - 2013 (***)

 

1e

 

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Mon roi

Chez Maïwenn, le mauvais goût est érigé en style.

Quand le sujet s'y prête, que les acteurs sont collectivement à l'unisson du projet, et que l'humeur du spectateur est adaptée, la réussite peut être au rendez-vous (cf mon avis sur Polisse).

Quand le sujet nécessite un traitement délicat et subtil, comme c'est le cas ici, on avoisine la catastrophe.

Mon roi est horripilant par bien des aspects : c'est un cinéma de l'hystérie sur le fond, et du remplissage sur la forme.

Les personnages ne peuvent (ne doivent ?) s'exprimer que dans l'outrance. L'intensité du sentiment ne semble pouvoir se matérialiser que par la démesure des comportements. Ils pleurent, hurlent, se droguent, se soûlent, baisent sur les tables d'un restaurant, passent leur main à travers une vitre, se suicident, dans un même élan. Dans ce cinéma qu'on dirait réalisé sous l'influence d'une drogue euphorisante, il ne semble pas permis d'être subtil.

Vincent Cassel est ici laissé totalement en roue libre, cabotinant comme jamais, jouant avec insolence un rôle qui lui va bien : le phalocrate séducteur qu'on a envie d'étrangler cinq ou six fois dans le film.

Sur la forme, Maïwenn ne semble jamais en mesure de gérer la complexité de l'histoire qu'elle tente de raconter. Elle "remplit" donc son film de scènes redondantes, ou inutiles, à l'image des scènes tournées dans le Centre de rééducation spécialisé, qui ne présentent aucun intérêt. La façon dont elle insère artificiellement dans sa narration des jeunes de banlieue est ridicule. Pour ce qui est de la répétition, on peut carrément prévoir le déroulement de chaque scène à partir d'un archétype qui revient sans cesse : séduction, esbrouffe, on dérange les autres en rigolant, crise de nerfs, réconciliation sur l'oreiller. 

En sortant de la salle, j'avais l'impression d'avoir passé deux heures dans un tambour de machine à laver, à regarder des gens faire leur valises pour aller à l'hôpital. Un film épuisant, inutile, gênant.

 

1e

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Les deux amis

Pour son premier long métrage, Louis Garrel nous offre un film délicieux.

Impossible de ne pas succomber au charme extraordinaire de Golshifteh Farahani, et à celui, un poil plus convenu, de la paire d'adulescent Garrel/Macaigne. 

Les deux acteurs jouent des rôles qui leur collent chacun à la peau : Garrel est beau, trop sûr de lui, donneur de leçon et fouteur de merde. Macaigne incarne à la perfection le Droopy amoureux, timide, indécis et dépendant. 

Plus que leur amitié superficielle, et typiquement parisienne (on pense à Dans Paris, de Christophe Honoré, ce dernier ayant co-écrit le scénario), c'est la beauté du jeu de Golshifteh Farahani qui donne de la valeur au film. Elle parvient à être à la fois sublime et terrienne, désirante, vulgaire et décidée. Son personnage fait du film une sorte de manifeste féministe qui renvoie les deux hommes au rôle de simples faire-valoir, juste bons à donner un titre au film, faibles, menteurs et ridicules.

Les deux amis est donc un badinage profond, cruel et amusant.

Louis Garrel avait auparavant réalisé un moyen-métrage de très bonne facture : Petit tailleur.

 

2e

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L'ombre des femmes

Comment peut-on être amoureux d'un trou du cul inexpressif comme celui qu'incarne (le mot est fort)  Stanislas Mehrar ?

Là git véritablement la clé du dernier film de Philippe Garrel. Parce que, admet-on le, si l'hypothèse de séduction du bellâtre blond ne fonctionne pas, le film tombe par terre. Personnellement, je serais à la place de Clotilde Courau, je partirais vite fait et je ne reviendrais jamais. 

Mais bon, je m'éloigne probablement du film dont on peut dire qu'il est à l'amour ce que les match exhibitions sont au tennis : ça y ressemble et ça brille, mais on ne croit pas à l'engagement total des protagonistes.

La faute probablement à cette diction éculée, cette voix off très rohmérienne de fiston Garrel, à ces ambiances de losers germano-pratins. Tout cela est bref, pas trop moche à regarder, d'une superficialité inoffensive, et d'un intérêt limité.

 

3e

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Saint-Laurent

J'aime beaucoup Bonello depuis notre rencontre à Nantes, pour la projection de L'Apollonide, un soir de septembre 2011.

Las ! Son Saint-Laurent m'a laissé de marbre. Je m'attendais, après avoir visionné la soupe tiède de Jalil Lespert (Yves Saint-Laurent), à acter une nette différence entre le produit d'un habile faiseur et l'oeuvre d'un véritable artiste.

Ce n'est pas le cas, le film ne vaut guère mieux que celui de Lespert. Il lui ressemble même beaucoup : mêmes touches impressionnistes, même montage qui multiplie les flashbacks, même non-choix d'un "point de vue". 

Alors qu'on pouvait attendre que Bonello se démarque de son concurrent, on retrouve dans son film les mêmes anecdotes et les mêmes personnages : défilés (moins bien filmés chez Bonello), Bouddha, amant de Lagerfeld, villa à Marrakech.

Le Bonello est peut-être un peu mieux mis en scène, les mouvements de caméra sont un peu plus fluides, la direction artistique un peu plus classe.

Mais en fait, la question est : Yves Saint-Laurent méritait-il deux films ? Et même un seul ? Oui, si on avait vu la puissance créatrice de l'artiste plutôt que les drogues ou les partouzes...

Le film de Bonello (et cela me fait mal de le dire) est raté, creux et sans intérêt. 

Niney et Ulliel commettent finalement la même erreur : copier n'est pas incarner.

 

 2e

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La jalousie

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/294/21029499_20130820171948888.jpgN'étant pas fin connaisseur du cinéma de Philippe Garrel, c'est avec une grande curiosité et une légère appréhension que je suis aller voir son dernier film, encensé par les critiques et plutôt descendu par les spectateurs (au vu des notes catastrophiques sur Allociné).

Au final, il y a bien dans le film de quoi s'enthousiasmer au plus haut point ... et de quoi s'énerver aussi.

Dans la première catégorie, citons la performance époustouflante d'Anna Mouglalis, à la voix plus grave que jamais, très Fanny Ardant. Sa composition de femme fatale qui arrache un homme à son épouse, pour ensuite le tromper abondamment puis le laisser tomber comme une vieille chaussette, est sidérant.

La photographie du film est très belle, proposant un noir et blanc très contrasté, beaucoup plus blanc que noir, d'ailleurs.

Un montage un peu déroutant mais très élégant, un art consommé de la direction d'acteur, une mise en scène délicate, des moments extraordinaires (une scène de séparation glaciale, à l'opposé de celle de La vie d'Adèle) : le film a décidément beaucoup pour lui.

Malheureusement, les aspects négatifs tiennent pour la plupart à la prestation de Louis Garrel, exhibant d'une façon obstinée sa sempiternelle moue boudeuse, alors qu'à l'évidence il y avait ici la place pour une composition plus en nuance, et qui par moment aurait pu (dû ?) être plus rieuse. Du coup, le spectateur lambda aura un peu de mal à se laisser emporter par une émotion sincère, et restera bien souvent à l'extérieur de cette histoire d'amour qui paraît curieusement ... dénuée de sentiments.

Si La jalousie mérite tout de même d'être vu, c'est donc d'abord pour sa perfection formelle.

 

3e

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Un château en Italie

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/060/21006045_2013051513001218.jpgQuel intérêt à aller voir Un château en Italie si on n'est pas de la famille Bruni-Tedeschi ?

A priori, peu. Et a posteriori, pareil.

Organisé autour d'un découpage en saison (c'était la mode à Cannes cette année, cf le Ozon), Un château en Italie est le prototype du film bobo qui se regarde le nombril. Pas désagréable par ailleurs, mais dont la part autobiographique ne doit intéresser que la réalisatrice et ses proches.

Il est d'ailleurs curieux de constater que le personnage du frère, qui devrait être très émouvant, ne parvient jamais à l'être vraiment.

Garrel est insupportable, on a réellement envie de lui coller deux baffes (encore plus que d'habitude, je veux dire) et l'amour avec Louise sonne résolument faux. Beaucoup de scènes paraissent bancales, et beaucoup d'autres font franchement cul-cul : ces arbres qu'on abat, par exemple !

Bref, le film est faiblard et c'est peut-être Xavier Beauvois qui le sauve du naufrage. Il est un peu mystérieux que le film ait pu être en sélection officielle à Cannes.

 

2e

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Les bien-aimés

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/84/25/84/19733616.jpgDans Les Biens-aimés Christophe Honoré renoue avec le style qui fit le succès des Chansons d'amour : des passages chantés écrits par Alex Beaupain, une histoire mêlant amour et mort, homo et hétérosexualité, et enfin une pléiade d'acteurs tout entiers acquis à la cause du film.

Les deux films, au-delà de leur parenté formelle, sont pourtant assez différents. Les chansons d'amour creusaient en effet un sillon éminemment parisien, et son ton était délibérément romanesque (à l'image d'un Louis Garrel plus cabotin que jamais).

Ici, Christophe Honoré paraît assagi, mélancolique. L'histoire s'étire au long de plusieurs décennies, visite quantité de lieux (Prague, Paris, Londres) et se frotte à quelques grands évènement (le printemps de Prague, l'apparition du sida, le 11 septembre). Honoré sort donc apparemment de ses tropismes habituels, tout en y restant, car sous la surface rutilante du monde et de ses changements (chaque époque est très bien rendue) les sujets du film sont typiques d'Honoré : l'Amour, la Légèreté, la Deuil.

Au coeur du film, les deux personnages féminins sont merveilleux : Madeleine (jouée jeune par une incroyable Ludivine Sagnier, puis par une Catherine Deneuve plus coquine que jamais) et sa fille Véra (magnifique Chiara Mastroianni). La mère est une femme légère dans une époque qui s'y prête (les années 60), la fillle voudrait l'être mais croise un amour impossible dans une époque qui est bien pesante (les années 2000). Le fil conducteur du film, comme le refrain d'une des chansons le dit, pourrait donc être : "Les filles légères ont le coeur lourd". La scène durant laquelle est chantée ce morceau est représentative de ce qui fait la qualité du film : sobriété, intensité dramatique de ce qui se dit, mouvements de caméra discrets mais parfaitement au service de la scène (oh les beaux travellings !), jeu parfait des actrices.

Autour de ces deux phares féminins gravitent des hommes qui les vénèrent, les aiment, mais peinent à les rendre heureuses. Il faut noter que Milos Forman et Michel Delpech sont tous deux excellents. Louis Garrel, pour une fois, fait preuve d'une certaine retenue, tout en lâchant quelques saillies dont il a le secret. Deux quasi-inconnus - en tout cas pour moi - (Paul Schneider et Rasha Bukvic) complètent à merveille la plus belle distribution de l'année.

Les chansons de Beaupain surprennent toujours, à la fois simples, profondes, osées (les rimes délite/trique/(or)bite/(spout)nik). Elles constituent un élément important du film en éclairant les personnages de l'intérieur. La façon dont se répondent la première (Je peux vivre sans toi, pleine d'espièglerie) et la dernière (Je ne peux vivre sans t'aimer, pleine de tristesse) donne la juste mesure de ce film ambitieux et idéalement réussi : il conte le temps qui passe.

Si Christophe Honoré n'existait pas, qui nous parlerait d'amour ?

 

Christophe Honoré sur Christoblog : Les chansons d'amour / La belle personne / Non ma fille, tu n'iras pas danser

 

4e

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Petit tailleur

Léa Seydoux. MK2 DiffusionEn allant voir le film de Garrel réalisateur, je m'attendais à voir un film typé Garrel acteur : un certain romantisme désabusé et flamboyant, des réparties biens senties assénées d'un ton à la fois infantile et insupportable.

Mais bonne surprise, le film débute par un réveil express, une course à pied dans les rues de Paris (le personnage principal, Arthur, a peur du métro, une bonne idée), puis une immersion chez un très vieux tailleur juif, en passe de céder son affaire et de mourir, accessoirement, et qui s'avérera bien moins sympa qu'il n'y parait. 

Un noir et blanc parfait, tantôt passé au gros grain de l'obscurité sensuelle, tantôt nous égarant dans une surexposition blanchâtre hallucinante de précision, un rythme assez proche d'un battement de coeur, une atmosphère très nouvelle vague - mais pas rancie, non, nouvelle vague dans l'esprit 2010, une Léa Seydoux qui commence sérieusement à envahir ma sphère émotiono/cognito/sensuelle - au détriment de Naomi Watts et de Scarlett Joanson réunies, c'est vous dire, une narration sur le fil qui ménage l'expression brute du sentiment amoureux au détriment de la paraphrase démonstrative (c'est joli, il faudra que je m'en souvienne), cet idiot de metteur en scène est aussi beau qu'une porte de prison fermée sur laquelle un détenu aurait pissé, une bande son aux allures d'hommage générationnel (The Smith, The Smith, The Smith !), une façon de dire plus en 40 minutes ce que d'autres essayent d'étirer sur plus de 2 heures, ouais, je pourrais continuer comme ça longtemps mais l'important que vous devez retenir, c'est que ce moyen métrage mérite d'être vu, qu'il vaut son pesant de cacahuètes ou de salsepareille, ça n'a rien à voir mais je fais un apparté pour saluer les 20 ans de la mort de Jacques Demy et je pense quand même à Lola, le deuxième meilleur film de la nouvelle vague après A bout de souffle, à l'expo que j'ai vue à la Médiathèque de Nantes sur Jacquot, à la magie indescriptible que dégageait cet artisan de l'imaginaire, et au livre à propos de Demy que j'ai acheté et dont je vais vous parler bientôt, et puis (j'en reviens à mon sujet) Garrel je l'adore chez Honoré, et pourtant là ça n'a rien vo

Oh et puis allez voir le film, ça durera moins longtemps que de me lire.


3e

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La belle personne

Louis Garrel. Le PacteEvidemment, Les chansons d'amour vont marquer pour lontemps le cinéma de Christophe Honoré. Ce film était si puissant, si plein, si entier, si rythmé, qu'il emportait tout sur son passage, comme un fleuve romantique.

La belle personne n'évite pas d'une certaine façon la redite ou la nostalgie : mêmes acteurs (Garrel, Leprince Ringuet, Clotilde Hesme), apparition en guest star de Chiara Mastroianni, vues de Paris en hiver, et acteur chantant du Beaupain au plus fort de la crise.

Cette filiation n'est pourtant pas dérangeante. La belle personne est comme un addenda élégiaque aux Chansons d'amour, qui lui exploitait plutôt une veine lyrique et romantique.

La première partie du film patine un peu. Les jeunes acteurs ont du mal a trouver leurs marques, je trouve qu'il y a des problèmes de bande-son qui rendent une partie des dialogues inaudibles et les cours de l'upper-class parisienne, observés après avoir vu Entre les murs, ont un peu de mal à passer.

Dans la deuxième partie, lorsque le scénario se concentre sur les personnages principaux, le film devient captivant et atteint des sommets (le nettoyage de la cour par exemple, les derniers plans). Rarement la douleur quasi physique de l'amour aura été aussi bien montré au cinéma. La musique triste du barde folk et maudit qu'était Nick Drake contribue a instaurer une ambiance envoûtante.

Christophe Honoré se révèle de film en film un cinéaste étonnant et extraordinairement doué. Ses mouvements de caméra, ses montages cut, sa façon de carresser les personnages, ses innovations stylistiques : il y a de grandes promesses dans ce cinéma-là, et l'ombre de Truffaut commence sérieusement à recouvrir Honoré.

Enfin impossible de conclure cette critique sans un hommage particulier à l'actrice principale, Léa Seydoux, perle opaque au teint blanc et aux cheveux noirs, qui irradie le film de sa beauté et de sa présence.


3e

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Les chansons d'amour

Ludivine Sagnier. Bac FilmsMon premier article 2008 sera consacré à la vision en DVD d'un des films qui m'a le plus marqué en 2007 : Les chansons d'amour.

Bon, je sais en ayant parcouru les blogs que les avis sont plus que partagés sur cette oeuvre, et .... c'est ce qui me plaît, car la cinéphilie déteste les tièdes.

Evidemment, si l'idée qu'une personne normalement constituée commence à pousser la chansonnette au moment d'avoir une relation homosexuelle avec un ado breton te semble peu naturelle, et t'empêche d'adhérer pleinement au film, c'est mal parti.

Mais sinon, la vérité est que ce film :

1 - est magnifiquement joué. Garrel est le digne héritier d'Antoine Doinel et tout son personnage est sous emprise truffaldienne (cabotine parfois, mais l'entendre dire "je suis très mélancolique" lors qu'il est complétement bourré est un grand moment). Les deux filles sont craquantes, tout en étant complètement dissemblables : la blonde, pleine et lumineuse, la brune, insaisisable et virevoltante. Chiara Mastroianni est bouleversante et même les seconds rôles sont parfaits (l'autre soeur, la mère) apportant chacun un personnage totalement consistant psychologiquement

2 - est doté d'un scénario résolument moderne et en phase avec son époque, en en reflétant toutes les subtilités et tous les antagonismes (engagement/détachement, plaisir/souvenir)

3 - est monté de façon magistrale. Ce qui marque le plus en revoyant le film est l'absence totale de plan inutile. La scène du jardin de la Pépinnière est exemplaire : un plan sur les enfants qui jouent puis sur Chiara qui chante (brièvement), un plan fixe sur une allée d'arbres nus (la mort) pointant vers un point de fuite indéfini (l'absence) : toute la tragédie du deuil est dite en quelques minutes

4 - montre Paris comme la ville n'a jamais été montrée, ses stations de métro, ses balayeurs, ses cafés, ses enseignes lumineuses, ses passants, ses gens qui téléphonent dans les cabines, ses ambulances, l'ange de la Bastille, les grilles des jardins, les bureaux de tabacs, les kiosques à journaux

5 - expose une mise en scène totalement virtuose : du balais des chaises à roulettes dans le premier plan à l'acrobatie en corniche sous observation du dernier plan, tout n'est que volte, arabesque, esquive et légèreté

Je sais que l'ombre de Demy plane sur le film (l'héroine s'appelle Pommeraye comme le nom du célèbre passage couvert nantais, la scène ou Julie semble flotter sur un tapis roulant etc...) mais il est bien plus que ça. Je pense qu'il est aussi plus que le film d'une époque comme Les nuits fauves ont pu l'être pour les années Sida. Il est simplement le premier film totalement abouti d'un cinéaste hyper doué qui pourrait être le plus grand réalisateur français sur la durée : Aime moi moins, mais aime moi longtemps.


4e

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