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Christoblog

Drive my car

Des 40 films vus à Cannes cet été 2021, aucun ne m'a fait un effet aussi durable et profond que Drive my car.

Le cinéma de Ryusuke Hamaguchi, qui jusqu'ici m'avait paru extrêmement prometteur mais toujours un peu inachevé, atteint tout à coup une ampleur et un niveau de perfection qui place son réalisateur au rang des plus grands.

On pourrait lister longuement toutes les caractéristiques qui constituent une oeuvre cinématographique, en constatant ici à chaque fois leur excellence : un scénario à la fois évanescent, précis et magique (tiré d'une nouvelle de Murakami), une mise en scène qui n'hésite à recourir ni à l'emphase ni à l'intimité (et qui peut réunir les deux), un jeu d'acteur captivant, une photographie absolument somptueuse (certaines scènes - la neige, le bord de l'eau, la répétition dans le jardin - sont parmi les plus belles que j'ai vu cette année).

Au-delà des qualités techniques du film, c'est son contenu profond qui ensorcèle. Le ballet des rencontres au fil des années (avortées, inattendues, interrompues), la méconnaissance de soi-même et des autres, le sens de notre existence et la puissance de la nature : Hamaguchi tisse la fine trame d'une philosophie personnelle et poétique qui m'a sidéré par sa puissance.

Drive my car nous tient en haleine pendant plus de trois heures, thriller psychologique et sentimental, parsemé d'éclair de génie saisissant, tel la représentation finale de la pièce de Tchékov. Pour moi le film de l'année, et même peut-être un peu plus. 

Ryusuke Hamaguchi sur Christoblog : Passion - 2008 (***) / Senses - 2018 (***) / Asako I&II - 2019 (**)

 

4e

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OSS 117 Alerte rouge en Afrique noire

Même si ce troisième opus est issu de l'imagination du même scénariste que les deux premiers (Jean-François Halin), il ne sonne pas exactement de la même façon. 

Il faut dire que l'humour d'Halin est à manier comme de la nitroglycérine : il s'agit finalement de rire de blagues racistes, sexistes et homophobes proférées à répétition, en ayant en permanence à l'esprit qu'il s'agit de second, ou troisième degré. Hazanavicius, qui maintenait dans les deux premiers épisodes une certaine distance avec son héros, parvenait parfaitement à nous faire saisir ce besoin de lecture à plusieurs niveaux.

Nicolas Bedos propose un film plus empathique vis à vis de son héros (qui parvient même, après avoir souffert dans sa virilité, à se débarrasser de ses complexes et de ses concurrents). Il propose aussi du grand spectacle et un souffle d'aventure (avec des moyens qui ne me semblent pas toujours au top).

Le résultat final est donc plus ambigu, moins convaincant et homogène. On se demande parfois exactement ce qu'on regarde : héros sur le retour sympatoche bien qu'un peu ringard, comédie exotique ou critique féroce de la Françafrique ?

Rarement vraiment drôle (hormis le formidable passage de l'adresse au lion en allemand), toujours agréable à regarder, ce nouvel OSS 117 est un divertissement honnête qui doit être vu si on a apprécié les précédents opus.

 

2e

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Promising young woman

Il arrive que les phrases d'accroche qui parent les affiches desservent plus le film qu'elles ne le servent. Ici par exemple, la citation "Le thriller, féminin et frais, qui change la donne" ne reflète pas du tout le contenu du film.

Tout d'abord, Promising young woman n'est pas vraiment un thriller, mais plutôt une comédie romantique noire, si vous pouvez imaginer cela. Ensuite, on peut peut-être le qualifier de féministe (parce que féminin, cela ne veut pas dire grand-chose) mais en tout cas pas de "frais" : il est surtout caustique, et d'une certaine façon désespéré. Et pour finir, il ne change pas la donne du tout, il ne fait que peindre le triste tableau d'une réalité à peine rehaussée d'un trait de couleur : le coup de pied de l'âne final.

Pour peu qu'on le regarde pour ce qu'il est, Promising young woman est un beau portrait de femme, tendre et désabusé, servi par une magnifique Carey Mulligan. C'est surtout son scénario qui fait son intérêt : on ne sait vraiment pas où le film va nous emmener, et cela est suffisamment rare pour être souligné.

Une réussite qui a été mal vendue : le film n'est pas un brûlot féministe ni une comédie acidulée, mais une histoire originale et surprenante, parfaitement incarnée.

Cette critique est réalisée en collaboration avec le site Cinetrafic :  Promising young woman 

Le film est diffusé par Universal Pictures France, en DVD, Blu-Ray et VOD le 25 août : Facebook et Twitter.

 

3e

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