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Christoblog

Leçons d'harmonie

Ceux qui suivent Christoblog savent (peut-être) que je suis fan de cinéma d'Asie Centrale. C'est donc avec gourmandise que j'ai visionné ce film originaire du Kazakhstan.

Le réalisateur Emir Baigazin fait preuve d'une maîtrise absolument sidérante pour un premier film. Leçons d'harmonie a d'ailleurs connu une carrière en festival exceptionnelle, collectant une belle série de récompenses, de l'Ours d'argent de la meilleure image à Berlin au Grand Prix à Angers. La mise en scène est d'une limpidité exceptionnelle et la beauté des plans est souvent sidérante. 

Au-delà de la beauté plastique du film, qui suffirait déjà à en faire un morceau de choix, il faut signaler que le scénario est remarquablement tordu : le film commence comme une critique d'enfance harcelée, avant de muer en un curieux film de vengeance, assaisonné par de mystérieuses ellipses, dont le sens ne se perçoit que dans la durée.

Si le film peut parfois donner l'impression d'être un poil trop lent, il trouve au final un équilibre assez bluffant entre ses différents segments : la scène initiale de l'égorgement de l'agneau se nimbe par exemple d'un halo particulier au fil du film.

Ajoutons à toutes ces louanges une interprétation parfaite (le jeune acteur a remporté un prix à Amiens), des flashs oniriques réjouissants, une description très intéressante des conditions de vie dans un pays largement inconnu, et vous obtiendrez un plat pour gourmets cinéphiles.

 

4e

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All about Albert

Petit film US indé sans prétention, All about Albert ne m'aurait peut-être pas attiré sans le triste décès de James Gandolfini, dont c'est du coup la dernière apparition.

Nicole Holofcener réalise une sorte de comédie romantique low-fi pour quadra / quinqua pas forcément super-canons : lui est obèse, elle ne peut cacher complètement les ravages du temps (excellente Julia Louis-Dreyfus... 53 ans dans la réalité). 

Le film foumille d'annotations tendrement acerbes, qui font souvent mouche et pointent nos petits travers. Laisser ses enfants prendre son envol, juger l'autre pour ce qu'il est est et non pour ce que les autres en disent, refaire sa vie lorsqu'on est à cet âge où il va être bientôt trop tard : All about Albert  traite de ces sujets avec discernement et un talent modeste qui rend ses pirouettes scénaristiques attendrissantes. 

Je conseille donc.

James Gandolfini sur Christoblog : Les Soprano

 

2e  

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L'étrange couleur des larmes de ton corps

Epuisant catalogue de tout ce que le film d'horreur tendance giallo peut inventer, le film d'Hélène Cattet et Bruno Forzani est à l'image de son titre : provoquant, trop long, mais pas exempt d'une certaine virtuosité.

Si vous n'êtes pas un adepte forcené du mélange policier / épouvante / érotisme à la sauce Argento, il y a fort à parier que cette avalanche de plans sophistiqués vous laisse de marbre.

Pour ma part j'ai adoré les décors art déco fournis par Bruxelles et Nancy, ainsi que la toute première partie du film (la découverte de l'étage mystérieux), habilement construite. Toute la suite m'a paru être une succession de clips sans rapport les uns avec les autres : noir et blanc géométrique, enquêteur énigmatique, couteaux qui coupent, classique dédoublement d'un personnage qui se voit lui-même agir, et mille autres concepts remplissant pendant 1h42mn l'écran avec une frénésie encyclopédique. 

Le film semble emporté par une fièvre accumulatrice : plus d'effets, plus de références, plus d'images choc, plus de vitesse. Il perd ainsi de la cohérence, et égare le spectateur en chemin.

 

1e

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The canyons

Rassembler une ex-starlette cocaïnomane (Lindsay Lohan) et une star du porno (James Deen) sous la houlette d'un réalisateur de 67 ans dont l'heure de gloire est passée (Paul Shrader) : The canyons sentait le mauvais coup, la fausse bonne idée. Il semblait bien convenu de montrer à nouveau ce monde délétère dans lequel on fait des films sans s'intéresser au cinéma, où tout le monde est la proie sexuelle potentielle de l'autre et où personne n'est heureux. Le plus intéressant dans le projet était peut-être le projet lui-même (un financement en dehors des grands studios, une utilisation novatrice du crowdfunding - lire l'article de Slate)

Heureusement le film est tiré vers le haut par de nombreux éléments, et d'abord par son intrigue façon Liaisons dangereuse chez les riches, parfois brillamment agencée par Bret Easton Ellis, parfois bizarrement bancale. Son utilisation habile du décor naturel que constitue Los Angeles, Grand Nulle Part fort joliment filmé, apporte aussi beaucoup au film. Les maisons de chacun des personnages sont remarquablement castées, si je puis dire. Le jeu des acteurs, enfin, entraîne le film vers des terres rarement parcourues : mélange un peu brut de tensions sexuelles, de hiératisme inquiétant et de sensibilité à fleur de peau.

La mise en scène de Paul Shrader contribue enfin beaucoup au charme du film. Si elle est souvent très classique, elle peut devenir géniale, comme dans cette scène inaugurale du repas à quatre, pleine d'effets surprenants au niveau du son et des choix de caméra.

Il m'a semblé que Lindsay Lohan produisait dans son jeu un mélange de sensualité animale, de distinction et d'émotions qui pouvait rappeler (certains vont me maudire) Romy Schneider.

Puissant et intéressant.

 

3e    

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Wrong cops

Le cinéma de Quentin Dupieux me laisse jusqu'à présent profondément indifférent. 

Réalisé d'une façon très conventionnelle, il essaye de se démarquer par une sorte de bizarrerie qui consiste à faire évoluer une galerie de personnages déphasés (ici des flics pourris) dans un environnement plutôt normal. Le procédé pourrait être générateur de gags ou de moments de poésie décalée, mais on dirait que Dupieux s'ingénie à stopper le développement de ses idées au moment où celles-ci pourraient devenir intéressantes. 

Le film, plastiquement très laid (la photographie est déplorable), ne semble être qu'une suite de sketchs sans queue ni tête, dans lesquels on croise successivement un flic qui deale de la drogue dans des rats éventrés, un autre qui fantasme sur les gros seins, une femme flic perverse, et un dernier qui est poussé au suicide par la publication d'une photo de lui dans un magazine porno gay. 

Wrong cops est une construction intellectuelle dans laquelle quelques idées surnagent à grand-peine (le rôle central de la musique), mais qui n'engendre ni émotions, ni plaisir. Parmi la brochette d'acteurs cabotinant, on notera que Marilyn Manson débarrassé de son attirail grotesque est plutôt bon, ainsi qu'Eric Judor, dont le jeu ahurri fait mouche.

Point le plus intéressant de la soirée : le cinéma distribuait aux acheteurs de billets des bouts de la copie 35mm de Rubber. Pourquoi ? Je ne sais pas.

 

1e

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Her

Dans une Los Angeles magnifiquement fantasmée, Joachin Phoenix livre le plus beau rôle de sa carrière.

Evacuons d'entrée ce qu'on peut reprocher au film de Spike Jonze : il est parfois maladroit (l'écran noir pour la scène de sexe), son scénario n'est pas particulièrement original (on a déjà vu au cinéma des histoires d'amour avec des porte-clés, des poupées gonflables ou des chimpanzés), son rythme est sujet à de laborieux ralentissements.

Mis à part ces quelques réserves, Her ne présente que d'immenses qualités, à commencer par la beauté époustouflante de son monde futuriste et doux, dans lequel tout ne semble tendre qu'à la beauté et aux loisirs. Décors, lumières, musiques, intérieurs, costumes (ah, ces pantalons taille haute sans ceinture), couleurs, éclairages : tout concourt à dessiner la trame d'un monde cohérent, à la fois moelleux et terriblement flippant. C'est à mon sens la plus belle réussite que j'ai pu voir au cinéma dans le genre.

Deuxième atout majeur du film : la prestation titanesque de Joachin Phoenix, acteur dont j'ai souvent douté, mais qui ici est presque de chaque plan, et parvient à jouer une palette d'émotions infinie. Le reste du casting est absolument parfait, avec une Amy Adams parfaitement craquante, et la voix parfaitement dosée de Scarlett Johansson (les mauvaises langues diront qu'elle tient là son meilleur rôle).

Ajoutez à ces deux qualités un scénario qui sait ménager quelques temps forts (l'incroyable tentative à trois) et une mise en scène d'une élégance rare, et vous obtenez un des films les plus attachants de ce début d'année.

Un peu décevant lors de sa vision, il révèle dans les jours qui suivent sa vision toute sa puissance évocatrice de ce que peut être l'Amour : une démence profonde, utile pour combattre le monstre rampant de la Solitude. Une grande réussite formelle.

 

4e

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How I live now

Une fois n'est pas coutume, c'est son affiche qui m'a décidé à aller voir How I live now. Elle m'a immédiatement intrigué, et charmé. 

Le deuxième point fort du film, au moins de mon point de vue, est la présence de Saoirse Ronan, 19 ans, et déjà tout d'une grande.

Le prétexte du film est assez simple, bien que finalement original : dans un futur indéterminé qui voit la troisième guerre mondiale éclater en Angleterre, une jeune fille tombe amoureuse puis doit s'enfuir en plein chaos pour tenter de retrouver son tout nouvel amour.

La réalisation du britannique Kevin Macdonald (Le dernier roi d'Ecosse) est beaucoup plus originale que ce que je pouvais imaginer : vive, nerveuse, rendant très bien les différentes ambiances du film (quiétude pastorale, violence sourde de la guerre, éclairs oniriques). La bande-son est également excellente. 

Tout l'intérêt du film réside d'ailleurs dans ces contrastes brutaux que le scénario agence assez intelligemment : spleen ado urbain US / accueil rural en Angleterre, découverte de l'amour et de la sexualité / horreur de la guerre, scène élégiaque dans une Nature complice / irruption brutale de la violence.

On pense, dans une version il est vrai plus naïve (c'est le point faible du film : son côté roman-photo pour ado), aux Fils de l'homme d'Alfonso Cuaron, que je n'avais par ailleurs pas vraiment apprécié.

Saoirse Ronan joue une fois de plus ce rôle de jeune fille errante et volontaire qu'elle tenait avec talent dans les deux films où je l'ai vu : Hanna et Les chemins de la liberté. Une actrice vraiment à suivre.

Un bon divertissement, dont les péripéties sont loin d'être toutes prévisibles.

 

2e  

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La cour de Babel

A mi-chemin entre Etre et avoir de Nicolas Philibert, et Entre les murs de Laurent Cantet, La cour de Babel emprunte au premier sa bienveillance attentive et au second son environnement de collège parisien.

La particularité est que la réalisatrice pose ici sa caméra dans une classe d'accueil, qui, comme son nom l'indique, sert de sas d'entrée aux enfants étrangers, le temps qu'ils apprennent notre langue.

Filmés tout au long de l'année, les élèves serbes, sénagalais, irlandais, polonais (etc...) s'avèrent être diablement attachants. Comme c'est souvent le cas pour les documentaires bien réalisés, ils deviennent au fil du film de vrais personnages, dont on guette les réactions, qu'on apprend à connaître et dont on suit l'évolution avec intérêt. Julie Bertuccelli y révèle un vrai talent de documentariste : choix des cadres, des angles de narration, du montage. 

Elle évite l'apitoiement facile et l'émotion frelatée pour se concentrer sur l'essentiel : le travail du professeur, la découverte mutuelle, le croisement de destinées singulières. La classe devient progressivement un reflet du monde, une sorte de bulle dans laquelle la faconde irrésistible des jeunes africaines se mêle harmonieusement à la réserve d'un jeune irlandais légèrement autiste. 

Et miracle, tout ce petit monde (une expression à prendre ici littéralement) s'aime ! On pense qu'à tout moment une querelle va désintégrer la belle harmonie de la classe, mais non. Ni le sexisme, ni le racisme, ni les religions ne semblent devoir entamer durablement l'ambiance de quiétude qui règne dans la salle. La conduite à bien d'un projet artistique, le respect mutuel tendu vers un but commun (l'intégration) semble souder ces jeunes gens jusqu'à un final de fin d'année scolaire bêtement bouleversant.

Un film qui fait un bien fou et donne passagèrement envie de faire confiance au genre humain.

Julie Bertuccelli sur Christoblog : Depuis qu'Otar est parti / L'arbre

 

3e   

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Braddock America

Découvert dans la passionnante sélection ACID l'année dernière à Cannes, Braddock America est un documentaire à l'atmosphère springsteenienne, dévoilant la déchéance d'une ville minière américaine.

Mélange d'images d'archive intéressantes et de témoignages frontaux (comme chez Herzog, dans Into the abyss), le film génère de beaux moments d'émotion. Le travail de Jean-Loïc Portron et Gabriella Kessler permet également, au-delà de son thème principal sidérurgique, de pénétrer de plain-pied dans la vie d'une ville moyenne américaine : match de base-ball, séance de conseil municipal, problèmes d'obésité évidents, prédicateurs, kermesse. On a rarement été aussi profondément immergé dans l'Amérique profonde.

Le film est très joliment réalisé, avec un sens du placement de la caméra qui semble inné, et une poésie diffuse qui évoque la fin d'un monde. On est sidéré par certaines images de rues constituées de maisons abandonnées, que la mairie n'a même pas les moyens de détruire.

Un joli film, malheureusement très mal distribué.

 

2e

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La gueule que tu mérites

Le premier film de Miguel Gomes (Tabou) n'intéressera que les fondus du réalisateur portugais.

Le film se décompose en deux parties complètement distinctes (comme Tabou d'ailleurs !).

La première est assez intrigante : un homme trentenaire assiste déguisé en cow-boy à une fête d'école costumée, lors de laquelle il se comporte en gamin. C'est complètement déstabilisant, avec un mélange de réalisme, de comédie musicale décalée, d'ellipses osées et d'ambiance irréelle. Il y a un charme original dans cette partie, qui aide à comprendre pourquoi Miguel Gomes a été remarqué dans tant de festivals. Un petit air de Wes Anderson (réalisateur qu'apprécie beaucoup Gomes) lunaire et dépressif.

La seconde partie nous montre 7 adultes soigner dans une maison perdue en forêt le protagoniste de la première partie, atteint de rubéole. Le film se perd alors totalement dans une suite de saynètes confuses et prétentieuses, multipliant les allusions à tout sorte de contes. Ce qu'on voit ne semble avoir aucun sens, si ce n'est peut-être de montrer des adultes qui se comportent comme des enfants. C'est très formel, hyper intellectualisé, moche à regarder et formidablement ennuyeux.

Le DVD est sorti depuis le 3 décembre chez Shellac (page FB). Cette critique a été réalisée dans le cadre d'une opération menée avec l'aide du site Cinétrafic.

 

1e

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Les bruits de Recife

Ce premier film du réalisateur brésilien Kleber Mendonca Filho est à la fois profondément sensuel et complètement intellectualisé. On pourra, suivant sa sensibilité, adorer l'un, détester l'autre, ou inversement. Ou les deux. Ou aucun.

C'est un peu comme le mariage du meilleur de Carlos Reygadas (pas évident à trouver) avec une véracité psychologique à la Ulrich Seidl. Vous ne voyez sûrement pas ce que je veux dire, mais d'une certaine façon, moi non plus. D'ailleurs, à ce stade, il me faut bien avouer que j'ai hésité à très mal noter ce film, à le descendre carrément (en déclarant que je m'y suis mortellement ennuyé), pour au final déclarer mentalement et intérieurement qu'il fallait attirer l'attention de la communauté de mes lecteurs (c'est-à-dire entre 2 et 4 personnes) sur son cas. Ce qui ne sert à rien, par ailleurs, puisque le film n'est quasiment pas visible en salle.

Bref, vous ne le verrez pas, je l'ai vu : et du coup, en imaginant que de ce salmigondis d'images curieuses et prétendument inoffensive sorte un futur grand réalisateur, je pourrai dire que j'y étais.

Sinon, il est question de suivre plusieurs personnages d'un quartier résidentiel qui ne se connaissent pas, et de décrire ce faisant quelques turpitudes de la nature humaine de façon assez cruelle et parfois amusante (masturbation féminine sur machine à laver en fin de cycle, l'essorage comme palliatif à l'absence de sextoy). Le film se complique quand il mêle à cette froide rhétorique des éléments oniriques incongrus, et quand il finit même par essayer d'insuffler un peu de thriller dans une trame tissée à la manière Haneke.

C'est à la fois étonnant et consternant, et pour une fois, je refuse donc de donner un avis tranché. Et toc.

 

2e

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