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Christoblog

Un monde sans femmes / Le naufragé

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/32/91/19835450.jpgLa diffusion d'un moyen métrage est assez rare pour être saluée. Un monde sans femmes, de Guillaume Brac, renoue avec la tradition française des films de plage, dans la lignée de Rohmer, et encore plus de Jacques Rozier.

Sylvain (excellent Vincent Macaigne), est esseulé à Ault (Picardie). Esseulé, seul, solitaire, sorte de Droopy au physique de Philippe Katerine, cheveux gras en bataille et embonpoint assez prononcé pour détruire toute prétention à être / paraître un peu sexy.

L'été apporte sur la plage une mère et sa fille, parisiennes (nobody's perfect). La mère est fofolle, prête à coucher avec le premier venu, pourvu qu'il soit bien foutu et entreprenant. La fille est réservée, bien que super-mignonne, et lit dans son lit. Sylvain profite de leur compagnie, et découvre qu'un monde avec les femmes est délicieux.

Le film n'est pas hyper-ambitieux, il vise surtout à faire ressentir aux spectateurs de multiples micro-tourments et de nombreuses variations sur les thèmes de la timidité, de la maladresse, de l'amour, de la solitude.

C'est à la fois très peu, et - parce que la réalisation et la direction d'acteurs fait sens - beaucoup.

Le court métrage présenté en introduction (Le naufragé) est délicieusement connecté avec Un monde sans femmes, qui se déroule dans le même décors, avec le même acteur... dans le même appartement et avec les mêmes fringues.

Une expérience délicate hautement recommandable.

 

3e

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Les infidèles

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/85/95/20004907.jpgJe vais en suprendre plus d'un mais j'ai plutôt aimé Les Infidèles, qui n'est pas le sommet de beaufitude que la bande-annonce pouvait laisser craindre.

 

Le film démarre pourtant plutôt mal avec un prologue signé Cavayé, qui brasse les clichés les plus sexistes qu'on puisse imaginer. On se demande si le film va poursuivre dans cette veine bien grasse, qui peut certes être lue au xième degré (la fin du film le démontrera), mais aussi au premier.

 

Le premier interlude salace d'Alexandre Courtès qui suit immédiatement, renforce le sentiment de malaise que fait naître le début du film : les blagues potaches reléguant la femme à une enveloppe de bimbo décérébrée vont-elles se succéder ?

 

Heureusement non, car le premier véritable sketch, tourné par Hazanavicius, est tout à fait exceptionnel. Ce dernier excelle décidément à installer des ambiances qui flirtent avec la parodie tout en semblant extrêmement réalistes. Ici, on est dans un séminaire d'entreprise d'engrais (?!), logé dans hôtel minable au milieu de nulle part. Dujardin, qui passe 24h à essayer d'être infidèle sans y parvenir, s'y révèle très bon, subissant de front toute une palette d'humiliations.

 

Dans le deuxième sketch, filmé par la caméra sensible d'Emmanuelle Bercot, la mise en abyme du couple Dujardin / Lamy produit un effet saisissant. Le fond n'est guère original, mais la forme est intéressante.

 

La troisième partie, filmée par Lartigau, est une histoire de Lolita triste et grinçante. Lelouch joue assez justement un certain type de déchéance, et Dujardin y est méconnaissable.

 

Les interludes paillards de Courtès font mouche avec un Canet très bon en érotomane "au pull sur les épaules noué par les manches", et un Manu Payet ENORME en obsédé de femmes mûres et de bondages acrobatiques. Sandrine Kiberlain s'amuse comme une folle en animatrice des Adultères Anonymes. La fin du film nous ballade entre plusieurs fins possibles, et l'épisode de Vegas va faire beaucoup jaser.

 

Le film est déroutant, et la référence au cinéma italien que Dujardin utilise dans ses interviews est assez justifiée. Le scandale des affiches est en tout cas bien ridicule au vu du contenu du film, qui, s'il ne présente pas une image très flatteuse des femmes (mais ce n'est pas son sujet) n'épargne pas plus l'image du mâle.

 

3e

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Au pays du sang et du miel

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/31/63/20000864.jpgLe principal mérite du premier film d'Angelina Jolie en tant que réalisatrice est de dresser un tableau terriblement réaliste de la guerre en Bosnie. Que l'initiative d'un tel film revienne à une américaine nous renseigne sur notre cécité historique en matière cinématographique. Il fait d'Angelina Jolie, pasionaria humanitaire et fine diplomate pour le compte de l'UNHCR, une femme tout simplement ... exceptionnelle.

Les scènes de guerrilla urbaines sont très prenantes, et l'horreur des actes de barbarie menés par les Serbes font froid dans le dos. L'utilisation de décors très impressionnants (le film a été tourné pour une grande part en Hongrie) est pour beaucoup dans la réussite du film.

La romance contrariée des deux héros qui flirtent au début du film dans un dancing, puis se retrouvent 4 mois plus tard dans les deux camps ennemis est d'une intensité variable, mais on saisit parfaitement la force mélodramatique de la trame proposée par Angelina Jolie qui fait irrésistiblement penser aux films de Douglas Sirk (Le temps d'aimer et le temps de mourir en particulier).

La mise en scène est très maîtrisée, la musique de Gabriel Yared une fois de plus parfaite, les interprètes excellents. Le point faible du film est peut-être son scénario un peu étiré, qui se délite dans la deuxième partie du film, mais au final, je recommande ce beau film, sincère et nécessaire, animé par un véritable souffle romanesque. Le courage, le talent et l'intelligence d'Angelina Jolie (tourner un film en bosniaque, sur une guerre qui a éclaté alors qu'elle avait 17 ans, avec des acteurs du cru) sont vraiment dignes d'admiration.

Il serait injuste qu'Au pays du sang et du miel passe inaperçu.

 

3e

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Cheval de guerre

Amélie Poulain dans les tranchées de 14-18 : voilà comment on peut résumer le dernier Spielberg.

Passons rapidement sur le scénario, qui ne présente aucun intérêt (un gentil garçon élève un courageux cheval, les deux vont à la guerre, puis en reviennent), pour nous concentrer sur le reste, qui est catastrophique.

Tout, dans Cheval de guerre, est moche en essayant d'être beau, exactement comme dans certains films de Jean-Pierre Jeunet. La lumière par exemple semble toujours artificielle, trop dorée quand le soleil est rasant (poudrée même, pourrait-on dire), trop grise au lever du soleil, trop orange quand le soleil se couche, donnant des derniers plans d'une laideur insigne. 

Les décors sont également d'une artificialité affligeante : village anglais d'opérette, jeune campagnarde française avec un joli noeud dans les cheveux, no-mans land entre les tranchées gentiment aménagé avec de pratiques caillebotis improvisés pour franchir les flaques d'eau. Tout cela est d'une mochitude échevelée, qui en serait risible si elle n'était à la fois longue (2h27) et payante (5,9 €). Il est d'ailleurs curieux de constater que les derniers films des (ex)-grands cinéastes américains brillent tous par une tentation d'artificialité (plus ou moins convaincante) fuyant résolument toute tentative d'approcher la réalité : J.Edgar, Midnight in Paris, Hugo Cabret.

Tout cela ne serait pas si grave si finalement le film n'apparaissait pas comme insultant vis à vis des morts de la Grande Guerre. Montrer les tranchées comme de confortables couloirs où on peut tranquillement jouer aux cartes a quelque chose de profondément troublant lorsqu'on pense à la vision qu'ont donné du conflit d'autres créateurs, par exemple le Kubrick des Sentiers de la gloire...

On savait Spielberg capable d'être un grand enfant, j'espère que ce ratage relève de cette tendance, et qu'il n'est pas le signe précoce d'une sénilité gagnante.

 

1e

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Portrait au crépuscule

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/92/75/19869838.jpgBien qu'il ne comprenne que peu de scènes insoutenables, Portrait au crépuscule est un film profondément dérangeant, qui met le spectateur dans une zone d'inconfort dès la première séquence (un viol) et ne va pas lui permettre d'en sortir durant tout le film. Un peu comme dans 4 mois, 3 semaines, 2 jours, le spectateur est en effet constamment en train d'attendre - et de craindre - la scène suivante, l'esprit oscillant entre étonnement, adhésion, incompréhension et dégoût.

Le duo formée par la jeune réalisatrice Anguelina Nikonova et l'actrice Olga Dihovichnaya est remarquable. La première distille pour son premier film des effets magnifiques de simplicité et d'efficacité (à l'image des premiers plans) en même temps qu'elle filme parfaitement les visages. La seconde est belle, intrigante, bouleversante, attachante. Les deux sont co-productrices et co-scénaristes du film.

Tourné à Rostov sur le Don avec très peu de moyens (deux appareils photos numériques, des acteurs non professionnels pour la plupart, l'acteur principal est un ex-milicien) Portrait au crépuscule possède une densité dramatique tout à fait étonnante qui le rapproche du meilleur de la production roumaine de ces dernières années. Il dresse également un tableau incroyablement dur de la société russe actuelle : individualisme, corruption, violence, agressions sexuelles de tous genres, faillite des services publics, alcoolisme, explosion de la cellule familliale, arrivisme.

Le destin que se choisit l'héroïne ne manquera pas de susciter chez les spectateurs de nombreuses interrogations d'ordre moral, psychologique ou sentimental. C'est la force de ce film, récompensé dans une dizaine de festivals à travers le monde, ne nous l'imposer avec un talent et une assurance hors du commun.

Je le recommande chaudement.

 

4e

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J'ai tué ma mère

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/70/49/31/19100866.jpgCe qu'il y a de plus intéressant dans J'ai tué ma mère (2009), c'est le parcours de son réalisateur Xavier Dolan. A 19 ans, alors qu'il n'a tourné aucun court-métrage, il manifeste une assurance incroyable, s'assumant à la fois auteur, acteur et réalisateur de son film. Il y a du Woody Allen dans la démarche de Dolan, dans cette façon de se mettre en scène sans éviter l'auto-dérision, ni l'impudeur.

Formellement, le film multiplie sans vergogne les audaces  : succession de plans fixes très rapides pour ouvrir certaines séquences, ralentis, caméra portée, accélérés, effets de lumière, textes incrustés... Le film peut du coup paraître un peu fourre-tout, sorte de couteau suisse de l'apprenti réalisateur. 

Il se regarde toutefois avec un certain plaisir, dû en grande partie à la qualité de jeu de l'actrice jouant la mère, l'excellente Anne Dorval.

De haine il n'est finalement pas question, tellement le film est à l'évidence un cri d'amour à sa mère lancé par un ado en pleine crise. Baigné de culture littéraire, picturale et cinématographique, J'ai tué ma mère est aussi le manifeste d'un futur grand, intégrant déjà tout un univers et une conception très mature de sa propre destinée.

Xavier Dolan sur Christoblog : Les amours imaginaires

 

2e

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Fringe (Saison 1 et 2)

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/76/60/03/19820450.jpgLes lecteurs de Christoblog savent que je suis un fan de JJ Abrams (cf mes billets sur Lost, Super 8, Star Trek).

Et comme souvent avec JJ, j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans sa série Fringe. Il a fallu que je m'y reprenne à plusieurs fois pour vraiment apprécier cette nouvelle friandise abramsienne, qui s'apparente fortement à une série plus ancienne que certains d'entre vous ont aimé : Alias.

Cette dernière valait pour la révélation d'une jeune fille très séduisante, en même temps qu'extrêmement athlétique, solide et par certains côtés fragile. Jennifer Garner y acquérait une célébrité qu'elle ne sut pas bonifier. Dans Fringe, le rôle de jeune amazone est assurée par la magnétique Anna Torv. Celle-ci partage l'affiche avec un casting de rêve : le vieil azimuthé, savant fou typiquement 80's, John Noble, et une sorte de gros nounours à la Jason Bourne, le transparent Joshua Jackson.

Ce trio subit durant toute la première partie de la Saison 1 une suite d'aventures qui rappelle furieusement X-files : appelés sur les crime scenes surnaturelles, ils tentent d'élucider des énigmes compliquées et a priori sans liens entre elles. Très rapidement, leur histoire personnelle est mise en jeu, et les péripéties abracadabrantes se multiplient, balayant le spectre large de toute la SF : voyage dans le temps, télékinésie, manipulation de l'esprit de toute sorte, monstres divers, corps mutant, technologie de cuisine, etc...

L'imagination semble dans la première saison ne pas avoir de limite et la série se révèle être LA SERIE de fantastique telle qu'on la rêve : inventive, sans tabous, intime et cosmologique à la fois. C'est peu de dire que la compréhension de ce qui se joue dans la deuxième partie est une découverte absolument passionante. 

Dans la deuxième saison, on est dans la jouissance intellectuelle de premier ordre puisque le film pénètre plus avant dans le mystère des univers parallèles (un thème à la mode, 1Q84, le dernier roman de Murakami en fait son ressort principal). Cette saison charnière sera probablement la meilleure de toutes puisqu'on ne fait encore que deviner le dessein général de l'univers qui promet d'être bouleversant : plaisir de la découverte, frisson de l'inconnu.

La série parcourt avec brio tous les thèmes habituel de l'univers de JJ Abrams : relativité des notions de bien et de mal, doubles personnalités, sexualité refoulée, signes cabalistiques, pistes sans issues, artefacts magiques, vie au-delà de la mort, déterminisme et libre arbitre.

Un immense plaisir de spectateur.

 

4e

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La désintégration

Film à moitié réussi, ou à moitié raté si l'on veut, La désintégration pourra se lire de bien des façons suivant ses convictions.

Rappelons brièvement le prétexte : un jeune homme élevé dans une famille maghrébine pauvre, mais plutôt assez bien intégrée, ne trouve pas de stage pour finaliser son Bac Pro, et (du coup) devient terroriste.

Oui, je sais, dis comme ça, l'intrigue peut paraître un peu sommaire, mais pourtant c'est bien la trajectoire que propose le film. Pourquoi ce jeune bascule-t-il brutalement dans une sorte de folie qui l'amène à se braquer contre sa propre famille, puis vers l'humanité entière : Philippe Faucon n'arrive jamais à nous le faire réellement sentir.

Le film est donc comme une bille d'acier tombant vers le sol, sec comme une flèche qui vole, sans artifice, mais de fait sans véritable substance dramatique non plus, sorte d'exercice rhétorique semi-documentaire. Si la démonstration peut souvent paraître poussive et illustrées par de grossiers clichés (le gentil imam, le prof mesuré, les flics bien polis), elle est un peu sauvée par l'interprétation hors pair du meneur islamiste et surtout de la maman d'Ali, seule figure vraiment émouvante dans le film.

Lorsqu'il prend au réalisateur de transformer sa critique sociale, assez intéressante dans la première partie, en sorte de thriller dostoievkien, le fil de l'émotion se brise définitivement et le spectateur assiste à l'inéluctable en se désintéressant de ce qu'il voit.

Une fois encore dans le cinéma français, le film déçoit par son scénario insuffisamment développé. Pour en savoir plus sur le film je vous conseille l'excellent article sur le blog d'Alain.

 

2e

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Sur la planche

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/84/17/49/19808105.jpgSur la planche est typiquement un premier film.

On y reconnait cette urgence, ce caractère à la fois survolté et inquiet, qui caractérise parfois les premières oeuvres, comme Donoma par exemple. Sur la planche partage d'ailleurs avec ce dernier de nombreux points communs, comme les images volontairement floues, le montage savant et foutraque, la caméra portée à l'épaule.

 

Autre caractéristique : de multiples bonnes intentions, comme le très beau tableau de Tanger que le film donne à voir, ou comme l'excellente interprétation de Soufia Issami, qui donne au personnage de Badia toute sa densité. Au rayon des petits défauts : un scénario qui ne tient pas la distance, et dont la faiblesse est amplifiée par des afféteries temporelles qui apportent la confusion.

 

Le film est toutefois un très beau portrait de quatre jeunes filles marocaines ivres de liberté. Son rythme haletant, sur fond de déshérence sociale, révèle une belle réalisatrice, qui a encore besoin de discipliner son talent, mais qui semble être promise à un grand avenir.

 

Une jolie découverte.

 

2e

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Festival espagnol de Nantes 2012

espJe serai accrédité au 22ème festival du cinéma espagnol de Nantes (du 15 au 27 mars), avec Alex de la Iglesia comme invité d'honneur, dont on pourra voir six films.

Au programme : 50 invités, 80 films inédits, une compétition, un hommage à Jorge Semprun, une nuit du fantastique, un panorama du cinéma espagnol 2011...

Et de multiples avant-premières comme :

Eva de Kike Maíllo

No tengas miedo de Montxo Armendáriz

La chispa de la vida d'Álex de la Iglesia

 

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Tucker & Dale fightent le mal

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/92/75/19857216.jpgS'il y a un truc qui cloche dans ce film, c'est le titre français, d'un ridicule consommé, dont l'auteur parisien peut rougir 11 000 fois.

 

A part ça, nous sommes en présence d'un film correspondant parfaitement à ce qu'il prétend être : une blague potache sans prétention, qui se laisse regarder avec plaisir.

 

Le prétexte est classique : des teenagers décérébrés se font des frissons dans l'outback US, façon Delivrance. Ils pensent devenir la proie de deux hillbillies pervers, qui ne s'avèrent être que de bons bougres... Les étudiants vont tout de même tous mourir (c'est ce qui est drôle), suite à une suite totalement improbable de quiproquos tous plus idiots et capillotractés les uns que les autres.

 

C'est gentillement décalé, jamais insupportablement gore, et cela rappelle furieusement les opus de la paire Simon Pegg / Nick Frost  (Paul, Shaun of the dead, Hot fuzz). D'ailleurs le physique des deux personnages principaux n'est pas sans rappeler la paire britannique : un blond pas trop con et un brun benêt et un peu gros.

 

Si le scénario est hyper-prévisible (sauf peut-être dans son développement de comédie romantique), on passe un moment de détente plutôt agréable, à condition de pouvoir rire de quelques empalements, déchiquetage à la broyeuse, et autres démembrements cocasses.

 

2e

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La taupe

Quel ratage.

Le deuxième film de Tomas Alfredson, réalisateur du sublime Morse, avait tout pour être génial. Une réalisation brillante et classique à la fois, une pléiade d'acteurs hors du commun, des décors très bien reconstitués, une photographie très réussie générant une ambiance sourde et sombre.

Il est donc fort étonnant que le film soit au final absolument ennuyeux et même, disons-le, quasi incompréhensible. On assiste, avec un certain dépit, à l'enchaînement d'une suite de vignettes, certes fort jolies, mais dont la cohérence globale est inexistante. Que se passe-t-il ? Que voyons nous à l'écran ? Ces questions m'ont empêché d'entrer dans le film, et pour tout dire, mon degré de concentration n'a cessé de baissé au fil de la projection à mesure que les spectateurs quittaient la salle et que mes assoupissements se multipliaient pour se terminer en un somme réparateur probablement assez long, dont je ne sortis qu'au son de La mer.

S'il faut trouver des fautifs, on accusera bien volontiers les scénaristes qui ont tenté de résumer un livre lui-même assez abscons en 2h, alors que la BBC avait à grand peine fait tenir l'intrigue en une série de plus de 5 heures. Le jeu des acteurs, et en particulier celui de Gary Oldman, tout en impassibilité muette, contribue certainement aussi à cette cruelle déception.

Une torture compassée, à éviter sous peine de paralysie neuronale généralisée. A moins d'estimer que perdre le spectateur dans un labyrinthe d'images incohérentes constitue le renouveau ultime du film d'espionnage.

 

1e

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Another happy day

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/00/80/19846159.jpgAnother happy day présente un problème structurel profond : il ne sait pas ce qu'il veut être.

 

D'un côté, la référence pourrait être Festen, le chef d'oeuvre de Thomas Vinterberg, dont Melancholia s'inspire fortement. A l'appui de cette idée, on notera la présence d'Ezra Miller, le charismatique ado du dispensable We need to talk about Kevin, qui semble condamné à jouer encore et encore le bad boy intelligent auto-destructeur.  Sur ce versant, il sera question de drame re-surgissant à l'occasion d'une fête de famille, ici un mariage.

 

Le film n'ose cependant pas prendre le tournant dramatique que Festen nous infligeait sans pitié et le résultat est que ses menus atermoiements ne nous émeuvent que parcimonieusement.

 

De l'autre côté, la référence pourrait Little Miss Sunshine : famille dysfonctionnelle, névroses en tout genre, comédie caustique. Mais malgré quelques saillies amusantes, Another happy day n'arrive jamais à trouver un rythme de comédie. Les effets sont attendus, souvent un peu poussifs, et le jeu outrageusement expressif d'Ellen Barkin n'aide pas : on a plus souvent envie de la baffer que d'en rire.

 

Ni drame, ni comédie hilarante, le premier opus de Sam Levinson (le fils de son père) est donc un produit indéterminé, enrobé à la sauce Sundance extra-forte. Pas désagrable, mais sans plus.

 

2e

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Tatsumi

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/97/10/19725934.jpgQuel plaisir !

Bien sûr, le fait que je sois un grand fan de Ozamu Tezuka, la figure tutélaire du manga, comme Tatsumi, héros de ce film et lui-même auteur de manga (pour adulte), m'empêche d'être tout à fait objectif à propos du film d'Eric Khoo, prodige singapourien.

Je laisserai donc à d'autres le soin de parler de ce film de façon objective.

Pour ma part, l'évocation de la vie de ce mangaka méconnu en France m'a ravi. Cette biographie animée est décrite en couleur, alors que 5 de ses livres sont illustrés sous forme de dessins animés monochromes. Ces 5 histoires sont plus noires les unes que les autres, et reflètent bien le génie du manga pour adulte japonais : guerre, catastrophe atomique, prostitution, inceste, désespoir, impuissances de toutes sortes, incommunicabilité, suicide, mutilation, meurtre... on est à mille lieues du dessin animé Walt Disney.

Le film est très plaisant à regarder, même s'il peut être un peu répétitif, et les scènes de fin durant lesquelles on voit le vrai Tatsumi se superposer à sa représentation ont une force incontestable. Une belle découverte.

 

2e

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Detachment

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/32/06/19964497.jpgOn peut regarder Detachment suivant plusieurs angles.

 

D'un point de vue général, le film constitue un tableau impitoyable d'une société qui se délite de tous côtés. L'ensemble des personnages est saisi dans une posture d'échec présent, passé ou à venir. La charge est tellement radicale qu'elle paraît parfois onirique dans ses excès : les effets déformants, les postures inhabituelles (la principale prostrée dans son bureau), les grimaces de possédés (exceptionnelle composition de James Caan), les excès des uns et des autres, les pétages de plomb en tout genre... Le film peut donc être vu d'une certaine façon comme un mauvais rêve, un cauchemar qui reflète la réalité en la déformant très légèrement, une sorte de subtile dystopie voilée.

 

Un autre angle de vision est de considérer le film comme une ode élégiaque à la dépression, un hommage à la mélancolie. Il devient alors une version de la réalité vue à travers le prisme déformant du regard de son acteur principal. Beaucoup d'éléments poussent à cette approche, dont les inserts qui montrent Adrien Brody commenter son cas, comme si toutes les autres images étaient rêvées, les nombreuses références littéraires ou les visions finales de l'école dévastée.

 

Une troisième clé pourrait être psychanalytique : inceste, suicide, rapport à la mère, au père disparu. Les rapports aux femmes qu'entretient Henry Barthes peuvent être caractérisés par une sorte d'impuissance à concrétiser ses émotions. Il ne cède pas aux avances de sa col!ègue, ne peut serrer Meredith dans ces bras, et renvoie sa jeune protégée dans une scène déchirante.

 

Le film  ne fait donc qu'effleurer de très loin le sujet pour lequel il est vendu : la difficulté d'être enseignant dans un établissement (pas si) difficile.

 

Au-delà de son ambitieux propos, le film présente deux qualités essentielles : la performance exceptionnelle d'Adrien Brody, et la mise en scène assez soufflante de Tony Kaye. Ce dernier parvient à insuffler un rythme de film d'action à cette chronique névrosée par la grâce d'un montage hyper nerveux, associé à une petite musique toute en contrepoint et à des montagnes d'effets différents - que certains spectateurs délicats ne manqueront pas de trouver grossiers.

 

Detachment n'est pas plaisant, il est puissant.

 

3e

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Mad men (Saison 2)

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/66/88/40/18961603.jpgOuh là là, j'entends déjà ceux qui vont dire qu'ils ont déjà vu la Saison 4 de Mad men, et que je suis bien lent, et ta ta ti et ta ta ta.

A ceux là, je répondrai que cette série mérite qu'on prenne son temps, justement. Dans ma chronique de la saison 1, je soulignais combien la série était atypique, proposant plus une ambiance qu'une intrigue.

Ceci reste vrai dans la Saison 2. Pas de cliffhanger dans Mad men, mais plutôt une sensation que le temps s'écoule avec un coefficient de viscosité important. Si l'intrigue reste minimaliste (les contrats des publicitaires s'égrènent d'une façon mécanique, mais intéressante, reflétant les mouvements de fond d'une époque), ce sont les caractères des personnages qui parviennent ici à acquérir une épaisseur psychologique de plus en plus convaincante.

Prenons le cas de Peggy Olson, par exemple, particulièrement représentative de la modernité introduisant le paradoxe chez la femme (ou l'inverse). Ou celui de Salvatore, qui découvre une homosexualité refoulée - alors qu'un petit jeunot sans complexe professionnel affiche la sienne ouvertement. Tous les personnages dans cette saison s'épanouissent comme des fleurs carnivores, capiteuses, ridicules, touchantes, humaines.

Don Draper, au milieu de cette humanité balzacienne en marche apparaît comme un trou noir. Qui est-il : on ne le sait pas vraiment, et cette saison n'apporte que des embryons de résolution à cette énigme. Que veut-il ? Que ressent-il ? On ne le sait pas non plus, tant sa conduite parait être celui d'un sex addict égaré dans une époque qui ne le comprend pas, et qu'il ne comprend pas.

Si dans cette saison les personnages prennent chacun (enfin) toute leur épaisseur, que dire de la fabuleuse qualité de la reconstitution, et de l'extraordinaire travail sur les couleurs, les textures, les musiques, les chatoiement du temps. C'est à un régal proustien que nous convie Mad men : émerveillement de voir une époque entière surgissant sous nos yeux, zébrée d'apperçus de modernité (la mort de Marilyn, la Baie des cochons, les premiers concert de Dylan), qui pour nous étaient jusqu'alors moins que des souvenirs : de simples traces.

Mad men réussit un tour de force : nous faire tellement sentir présent le passé, que l'avenir d'alors semble irréel.

Cette saison atteint des sommets de bizarrerie élégante et éthérée dans son escapade californienne, absolument géniale et filmée d'une façon magistrale, cinématographique et acidulée. Du grand art.

Toutes les séries sur Christoblog.

 

4e

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Les chants de Mandrin

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/87/71/13/19963128.jpgNe connaissant ni l'histoire de Mandrin (brigand pré-révolutionnaire du début XVIIIème), ni la filmographie de Rabah Ameur-Zaïmeche, c'est vierge de tout a priori que je me lançai dans le visionnement des Chants de Mandrin.

 

Las, mes amis, il m'en cuisit.

 

De réalisme, pourtant revendiqué, il ne fut point question. Au contraire, me fallut-il supporter moults dialogues artificio-alambiqués, parfois résolument contemporains, parfois inaudibles. Quant aux scènes d'action, la postérité retiendra que le ridicule eusse pu tuer plus sûrement que les chètives pétarades du film.

 

De mise en scène, le film parvînt à s'acquitter, s'appliquant à quelques mignonneries hors de propos (silhouettes, décolletés de femmes, lune et nuages). Je cherchai avec obstination un scénario, mais sans succès hélas, n'assistant déconfit qu'à une série de vignettes illustratives sans intérêt.

 

Espérai-je en la musique des violes et autres instruments, ou en la poésie en vers burlesques que mon attente ne se brisât contre les récifs d'une médiocrité alanguie et suffisante.

 

Oyez chers cinéphiles, ce funeste mais amical avertissement : tripette ne vaut ce Mandrin là.

 

1e

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Audition

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/00/02/30/90/audition2.jpgJe poursuis ma découverte de l'étonnante filmographie de Takashi Miike avec un de ses films les plus connus, l'horrifique Audition, qui fit sensation en son temps au festival du film fantastique de Gérardmer (en 2001).

 

Qu'on s'attende à quoi que ce soit, le film surprendra.

 

En effet, Miike pousse ici à son paroxysme un style qui lui semble propre : la rupture de ton intégrale. Le film commence comme un mélodrame : un homme perd sa femme entraînée par la maladie, élève son fils seul, puis après un certain nombre d'années, décide de se remarier. Pour ce faire, il utilise un ami travaillant dans le cinéma pour détecter sa future épouse, lors de fausses auditions.

 

Il tombe alors amoureux d'une jeune fille étrange qui va s'avérer un peu ... dangereuse.

 

Le film se décompose en trois phases distinctes : un film normal, une partie type horreur japonaise dans la mouvance de Ring, et une partie (assez courte) un peu gore (mais sans excès).

 

On ne peut qu'être étourdi par cette liberté de ton qui irrigue les films de Miike. Ici, le film part soudain en vrille à l'occasion d'une scène de lit, avec une succession de visions qui mêle les différentes temporalités, nous fait successivement penser que ce que l'on voit est une fantasmagorie, puis la réalité, puis l'inverse. D'un point de vue formel, après une utilisation obstinée des plans fixes, Miike se lance dans des essais assez audacieux : monochromes, champ / contrechamps exotiques, montage cut, etc.

 

Même si certains de ses effets paraissent un peu datés (mon DVD n'est peut-être pas d'excellente qualité), Audition reste un film étonnant et déstabilisant.

 

Miike sur Christoblog : Hara-kiri, mort d'un samouraï / Dead or alive 1

 

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Café de Flore

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/82/82/48/19821691.jpgJe vous préviens : il existe toutes les raisons objectives de détester ce film. Je vais donc maintenant m'essayer à vous les décrire, avant de tenter un renversement particulièrement acrobatique (dit du chat qui retombe sur ses pattes) et conclure positivement sur le film, car la vie n'est pas si simple, ma brave dame.

Imaginez que le Eastwood d'Au-delà croise la Donzelli de La guerre est déclarée, shootée aux amphets, et vous aurez une toute petite idée du gloubi-boulga melodramatique concocté par Jean Marc Vallée.

Le film oscille constamment entre deux époques, les années 60 à Paris, où l'on suit Jacqueline (Vanessa Paradis) mère d'un petit trisomique, et le Québec contemporain dans lequel un DJ à la mode quitte sa vieille femme pour une jeune femme, au grand désespoir de la famille de son ex. Cette dernière, somnambule, fait des cauchemars. Le rapport entre les deux époque est assuré par une grosse connerie un réseau compliqué de liens ésotériques dont je ne peux révéler la teneur ici. Le film fait enfin la part belle à de nombreux autres flasbacks, tous destinés à nous embrouiller le cerveau.

Plus que l'histoire débile naïve qui nous est révélée à la fin (et qui peut presque s'analyser comme une construction psychanalytique donnée à voir dans l'esprit de la femme délaissée), c'est dans la délicatesse des sentiments exposés que le film trouve son intérêt. Je pense par exemple à la façon dont sont montrées les deux filles, ou dans les relations unissant les deux petits trisomiques.

Quant à la mise en scène, elle est à l'image du scénario, complètement zarbi inventive parfois à l'excès, et il faut bien le dire sabordée magnifiée par un montage hyper nerveux, qui fait ressembler le film à une sorte de clip new-age pour marque de chewing-gum à l'ecstasy. Je vous préviens donc, un film indigeste comme une poutine à la chantilly, qui fera fuir les amateurs de bon goût et les cinéphiles chichiteux. Je n'ai pas détesté.

 

2e

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