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Christoblog

Christoblog cité au Masque et la Plume sur France Inter (!?)

Ben oui, voilà que Jérôme Garcin me cite comme détracteur ultime d'Au-delà (Bisounours au pays des Catastrophes !). Pour les pervers que ça intéresseraient il peuvent écouter les premières minutes de l'émission du 6 février ici (patienter 2mn24s).
Merci à contre-plongée qui a attiré mon attention là-dessus (je n'ai pas écouté moi-même l'émission).


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La BM du seigneur

Difficile de parler de ce film en toute objectivité. En effet la relation fusionnelle entre le réalisateur et ses acteurs  est tellement forte qu'on a du mal à considérer le film comme une oeuvre de fiction.

Comme on ne peut pas réellement dire qu'il s'agit d'un documentaire, voilà notre esprit cartésien d'analyste filmique pris en défaut et comme ... dans un no man's land ! Pour mieux se rendre compte de cet aspect du film, je conseille la lecture de cet article, dans lequel on apprend que le réalisateur s'est fait fait tirer dessus à balle réelle lors du tournage d'un court-métrage avec ces mêmes acteurs.

Du côté des + : une atmosphère unique, la découverte d'un univers auto-suffisant inconnu (les Yéniches, leurs valeurs, leur langue, leur mode vie), quelques éclairs intéressants dans la mise en scène, une belle tension dramatique dans la première demi-heure du film.

Du côté des - : des tics agaçants (les gros plans, les reflets), une juxtaposition de scènes sans rapports entre elles (les sermons), une progression du scénario très irrégulière, des moments quasi incompréhensibles, un aspect décousu (qu'on comprend mieux en connaissant les conditions de tournage).

Au final un OFNI (Objet Filmique Non Identifié), difficilement appréciable sur la base de concepts classiques et qu'on considérera plutôt comme un témoignage remarquable, en se demandant ce que le réalisateur pourra faire après avoir fait ça.

 

2e

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Morgen

Les Films du LosangeCeux qui suivent ce blog savent que je voue un intérêt particulier au cinéma roumain.

Je pouvais donc difficilement ne pas aller voir le premier film du réalisateur Marian Crisan (que les fins cinéphiles / gestionnaires d'Allociné qualifient de "réalisatrice", probablement au simple examen de son prénom Marian). Le film a obtenu une récompense à Locarno.

Nelu, la quarantaine, est un villageois taciturne et mal marié, qui va pêcher de l'autre côté de la frontière roumano-hongroise. Il tombe un jour sur un clandestin turc égaré qui cherche à se rendre en Allemagne.

Loin de toute tension dramatique le film prend un parti-pris doux amer, composé d'humour à froid et d'understatement narratif.

Notre turc est donc très volubile (mais ses propos en turc ne sont pas traduit, créant un décalage comique), d'une bonne volonté à toute épreuve, et d'une naïveté confondante. Son comportement donne naissance à des scènes assez amusantes, comme celle où il copie la gestuelle de son hôte indiquant différentes directions aux policiers qui l'examine. Il s'en va, tente de passer la frontière, revient, comme un chewing-gum humain dont Nelu n'arriverait pas à se séparer.

Crisan utilise des procédés de mise en scène parfois originaux comme le glissement du centre d'intérêt du premier plan à l'arrière plan (le match de foot). Les situations sont parfois poétiquement burlesques, et les personnages semblent habiter un no man's land absurde et imaginaire, avant qu'on réalise que ce qui nous est montré est bien notre Union Européenne.

On peut reprocher au film certains travers classiques aux productions est-européennes (abus de plans fixes, montage poussif, étirement à l'extrême de certaines scènes), et il est loin de la meilleure production roumaine. Ses qualités justifient tout de même qu'on garde un oeil attentif sur ce réalisateur.


2e

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Carancho

Ricardo Darin & Martina Gusman. Ad VitamJe n'ai pas du tout adhéré au film. Et donc, je me suis ennuyé du début à la fin, regardant Ricardo Darin et Martina Gusman (la compagne du réalisateur à la ville) se débattre dans une histoire à laquelle je n'ai rien compris.

Regarder des poissons dans un aquarium : voilà exactement ce que j'ai ressenti durant la projection de Carancho.  Regarder le poisson-ventouse nettoyer la vitre pendant une heure, la parade de deux bestioles se séduisant mutuellement, et des bagarres de poissons-combattants qui se mordent l'un l'autre. Les acteurs sont aussi expressifs que des Characidés ou des Guppies. Du coup, j'ai eu beaucoup de mal à rester jusqu'au bout. Je me suis senti oppressé sans être aspiré.

Ce qui me fait sourire, ce sont les critiques (comme celui du Monde) qui ont bien étudié le dossier de presse et qui exposent des données qui ne sont absolument pas dans le film : le nombre de morts sur les routes en Argentine par exemple.

Si on s'en tient au contenu uniquement, les péripéties du personnage principal restent complètement opaques et incompréhensibles. Il signe des trucs, fomente des machins et manigance des choses. Quoi exactement, en quoi consistent ces fameuses arnaques ? Bof, on ne sait pas trop.

L'histoire d'amour m'a laissé aussi complètement froid, à l'orée d'un baillement même pas bienveillant.

C'est filmé en plans resserrés (l'aquarium !) dans une atmosphère glauque et oppressante : ce n'est pas sans qualité et je comprends qu'on puisse aimer. Mais pour moi, peut-être un peu trop attaché à une trame narrative qui se tienne, c'est brouillon et confus. 

 

1e

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Pour elle

Vincent Lindon et Diane Kruger. Jean-Marie LeroyPlusieurs raisons de m'intéresser à Pour elle. D'abord, le réalisateur, Fred Cavayé, est rennais. Et alors ?, vous allez me dire. Et vous aurez raison. Ensuite le film a donné lieu à un remake récent de la part de nos amis US : Les trois prochains jours. Par principe je ne vais presque jamais voir les remakes, par contre, j'essaye du coup de voir les originaux (ce qui vaudra prochainement une critique sur ce blog de Anthony Zimmer, dont le remake The tourist est un grave accident industriel). Et enfin, A bout portant, le deuxième film de Cavayé, m'a passablement intrigué, à la fois bourré de qualités et rempli de défauts.

Ouf, après cette longue introduction, que dire ? Que Pour elle est une sorte de degré 0 du thriller. Je veux dire qu'on est habitué depuis quelques années à des twists incroyables qui changent totalement le fil du film, de telle façon qu'ici on s'y attend aussi. Et puis non, la trame narrative est bien celle qui est présentée, sans plus de chichi. Le film, assez quelconque au début (mais n'est ce pas sa volonté ?) devient de plus en plus basiquement prenant. Le suspense est assez bien réussi, il faut le dire.

Le film casse-t-il trois pattes à un canard ou  cinq pattes à un éléphant ? Non.

Mais on se laisse prendre, et pour servir ce thriller conforme aux standards originels du genre (le héros pourrait être vous), il fallait un héros qui vous ressemble. Vincent Lindon est nickel pour ça : regards de chien battu et maniement du flingue juste correct, il est parfait en quidam se frottant aux gangsters.

Un bon petit film. 

 

2e

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A l'ouest des rails (Rouille)

Ad VitamA l'ouest des rails fait partie de ces films dont beaucoup de cinéphiles ont entendu parler, mais que très peu ont vu.

Il faut dire que l'idée de se coltiner un documentaire chinois de plus de 9 heures (oui, vous avez bien lu) sur la fermeture d'un complexe sidérurgique géant (vous lisez toujours bien), peut en refroidir plus d'un.

Cette critique concerne la première partie du film (Rouille), qui dure un peu plus de 4 heures.

La première comparaison qui m'est venue à l'esprit, c'est Alien. Passée une fascinante introduction sous forme d'un long travelling avant, monté sur un train s'enfonçant dans l'usine enneigée, le film impose tout de suite un point de vue quasi onirique sur ces lieux gigantesques (plus d'un million d'ouvriers ont travaillé dans ce complexe), dans lesquels les hommes paraissent des fourmis. Au milieu du métal en fusion, ils semblent démunis et en danger. Lorsqu'on les voit dans l'intimité de la salle de repos, ou dans les bains, on songe à des explorateurs se réchauffant dans le cocon de leur vaisseau spatial.

Le film, contre toute attente, n'est pas ennuyeux.

Il alterne trois types de séquences, ce qui ne laisse jamais la monotonie s'installer :

- les vues magistrales des lieux industriels, véritables poèmes visuels
- les scènes de groupes, captivantes et profondément dépaysantes (karaoké entre collègues après le travail, séjour à l'hôpital pour traiter les maladies dues au plomb, jour de paye, jeux d'échecs chinois, discussions sur l'avenir de l'usine, essais de vêtements)
- les interventions de personnes seules face à la caméra, qui sont autant d'historiettes émouvantes et parfois bouleversantes
 

Wang Bing sait faire ressentir le temps qui passe (les évènements se déroulent sur plusieurs années) et de nombreux évènements marquants scandent le récit (un ouvrier est licencié, un autre meurt accidentellement dans une mare, du métal en fusion se répand accidentellement sur le sol..). On s'attache progressivement à ces Chinois qui paraissent toujours stoïques face à l'absurdité ubuesque de certaines situations.

Le film parvient ainsi à tenir en haleine (une gageure !), tout en présentant un objet qui ne ressemble à aucun autre et qui laissera à coup sûr son empreinte dans l'histoire du cinéma.

 

3e

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Le discours d'un roi

Colin Firth. Wild Bunch DistributionJ'avoue que je ne connaissais absolument pas l'histoire de George VI avant de voir ce film. C'est tout juste si le roi est évoqué dans la volumineuse biographie de Churchill que je viens de finir. Et si le défaut d'élocution de Winston est bien connu (et rappelé dans le film), celui du roi l'est beaucoup moins.

Tom Hooper et son scénariste réussissent donc le prodige de rendre passionnant la simple histoire d'un roi bègue et de son orthophoniste peu orthodoxe, en tenant en haleine le spectateur pendant presque 2 heures.

Ce prodige n'est possible que par la grâce d'un casting génial et en particulier d'un acteur extraordinaire, Colin Firth, qui réussit à distiller une émotion sourde dès sa première apparition, émotion qui ne nous quittera plus jusqu'au dernier plan.

Il parvient magnifiquement à incarner la royauté, dans le moindre de ses gestes. Il EST Georges VI, exactement comme Natalie Portman est Nina dans Black swan.

D'ailleurs, l'analogie entre les deux films ne s'arrête pas là. Dans les deux cas, que voit-on ? La volonté en lutte contre le corps, le combat de l'esprit et de la matière. Les deux films sont servis par une mise en scène intelligente, il est vrai beaucoup plus classique dans Le discours d'un roi. que dans le film d'Aronofski.

Et enfin, les deux films filent vers une représentation finale, qui est aussi un climax narratif, dans laquelle l'esprit finit par dominer le corps pour le meilleur, ou pour le pire.

 

4e

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The green hornet

Jay Chou et Seth Rogen. Sony Pictures Releasing FranceAutant le dire tout de suite, je suis sorti de la salle super énervé.

Payer 12,70 € pour voir un film en 3D dans une salle parisienne, ça me gonfle prodigieusement. On ne le dira jamais assez : la 3D n'apporte strictement rien au cinéma, en tout cas pour l'instant. La plupart des plans de ce film sont absolument normaux et comme d'habitude on a ajouté en post-production un effet qui va bien en 3D : des capsules de bouteilles dégommées par Kato et qui volent vers nous. La belle affaire.

D'autre part un détail idiot : regarder de la 3D en VO a quelque chose de complètement stupide puisque l'immersion totale qu'est sensée représenter le procédé est gâchée par ces mots en français qui s'incrustent (bien à plat) entre les meubles du premier plan et les personnages au fond.... ou l'inverse.

Et le film là-dedans ? Insignifiant. On l'aurait projeté au public sans dire que c'était Michel Gondry qui l'a réalisé et je suis certain que personne ne l'aurait deviné. C'est à peine si ici ou là un petit effet (une caméra à l'envers, des arbres qui s'enflamment) rappelle un tout petit peu qu'un réalisateur inventif tient la caméra. Quel gâchis.

En plus, le deuxième degré ne fait qu'effleurer le récit et le film finit par ressembler à ce qu'il veut caricaturer : un bon gros film américain de baston avec pyrotechnie à tous les étages. Dire que j'ai lu que Gondry pensait avoir inventé de nouvelles façons de filmer les scènes d'actions ! Il n'a pas pas du en voir beaucoup car les siennes n'ont vraiment rien d'original. Les prestations de Seth Rogen en benêt infatué, raciste et sexiste, et de Christoph Waltz en méchant sans charisme, sauvent (un peu) les meubles.

Mais au final, j'ai quand même l'impression très désagréable de m'être fait arnaqué.

 

2e

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Je suis un no man's land

Judith Chemla. Sophie Dulac DistributionSi certains se contentaient de faire ce qu'il savent faire (de la télé, des BD, de la musique, diriger des revues de cinéma), cela nous épargnerait la vision de mauvais films qui ne ressemblent à rien comme Mammuth, Gainsbourg, Rubber et le présent Je suis un no man's land.

Parce qu'on ne s'improvise pas cinéaste.
Ce que n'a pas compris Thierry Jousse, comme ses collègues qui ont commis les longs-métrages ci-dessus, c'est qu'un film ce n'est pas seulement un enchaînement d'idées qu'il suffit de filmer.

Une fan envahissante, un costume de cosmonaute, des parents émouvants, un pitch surnaturel, une chanson de Katerine, un look seventies, une partie de baby-foot mélangés ne font pas une oeuvre cinématographique.

Il faudrait un point de vue, une sensualité, une progression, et de vrais choix. A force d'hésiter entre le drame familial, l'ambiance mystérieuse (on songe à la série Le Prisonnier), la comédie sentimentale (avec morceaux chantés), le portrait d'artiste (Philippe Katerine) et le délire foutraque, le film finit par ressembler à une mayonnaise dont les ingrédients n'ont pas pris.

Une fois que c'est raté, c'est raté. Et même les quelques fulgurances sympathiques, plutôt situées dans la deuxième partie du film, ne réussissent pas à sauver l'ensemble, d'autant plus que la fin est particulièrement mauvaise.

 

1e

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Angèle et Tony

Angèle et Tony souffrira de son titre idiot. Pourquoi pas César et Rosalie, Thelma et Louise, ou Marius et Jeannette tant qu'on y est ? Il souffrira aussi de son affiche et de sa bande annonce, stylés "vols de mouette certifiés  France 3 Normandie".

C'est dommage, parce qu'avec sa modeste diffusion, le film a vite besoin de public, et il le mérite.

Oh bien sûr, je pourrais faire la fine bouche, mais pour une fois je laisserai d'autres railler l'aspect tire-larmes redoutablement efficace du film, ses quelques carences (scénaristiques) et facilités (de mise en scène et musicales). Je préfère retenir la partition exceptionnelle que jouent les deux acteurs principaux : la sublime Clotilde Hesme, félin androgyne écorché vif, et le plantigrade de la Comédie Française, Grégory Gadebois.

Ne boudons pas notre plaisir : le film soulève dans sa deuxième partie des vagues d'émotions brutes comme cela faisait longtemps que je n'en avais pas ressenti au cinéma, et il le fait sans évènements exceptionnels ni effets appuyés, mais simplement en montrant de petites choses (regards, sourires), qualité que je ne pensais plus trouver que dans le meilleur du cinéma roumain.

Voir le visage des deux acteurs se métamorphoser au fil du film agite dans l'esprit du spectateur des sentiments arc-en-ciel dont il ne se dessaisit pas en poussant la porte de sortie du cinéma. Fragile, ténu, au bord de se casser la figure à plusieurs moments, le premier film d'Alix Delaporte est remarquable et remarqué. On va bientôt penser que l'avenir du cinéma français s'écrit décidément au féminin.


3e

 

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Les chemins de la liberté

Metropolitan FilmExportPour une fois je vais être gentil.

Voilà un film qui respire le travail bien fait. Peter Weir n'est pas enrobé de la croute de sel dont les critiques de l'establishment ont entouré un ex-acteur ayant joué des cow-boys dans des westerns spaghetti. Il peut donc faire un film pépère, plein de jolis paysages et qui se laisse regarder sans ennui malgré ses 2h14.

Ici, contrairement à une Thailande de pacotille ravagée par un tsunami de carton pâte (comme dans le calamiteux Au-delà), la nature est sereinement mais terriblement toute puissante. Et les acteurs en subissent les attaques corporelles d'une façon assez convaincante (le maquilleur est un artiste).

Alors si on regarde le film comme un Tintin ou un bon vieux film d'aventure, cela fonctionne. Colin Farrell joue des gros yeux et en rajoute des kilos, mais l'aspect BD du périple fait assez bien passer la pilule. Il y a des moments d'émotion gérés avec délicatesse et une fin qui est un peu plus digne qu'une certaine fin récente dans une galerie couverte londonienne (ibidem).

Loin d'être un chef-d'oeuvre, un boulot honnête et pas tape à l'oeil.

 

2e

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I wish I knew

Ad VitamIl y a des films où je me prépare à écrire une mauvaise critique, et je le fais : Au-delà. Des films où je m'apprête à sortir le dézingueur à recharge automatique, et à l'issue desquels je suis obligé de le remballer : Potiche.

Et il y a des films où je me prépare avant à tresser des louanges, avec des tournures de phrase pratiquement prêtes une heure avant le film ... et puis je m'endors pendant la séance.

Ben oui, j'ai honte, c'est rare que ça m'arrive, mais là c'était un peu too much. Ce n'est pas que le film n'est pas intéressant, mais parmi les 18 interviews qui s'enchaînent pour nous raconter Shanghai, certaines sont intéressantes, mais d'autres un peu lassantes. Et puis les visions de l'actrice Zhao Tao errant dans les rues sans un mot n'apportent rien, au contraire. Comme l'insertion de courts extraits de films d'Antonioni, Hou Hiao Hsen et Wong Kar Wai, dont je ne comprends pas vraiment le sens. En plus tout cela est très compliqué si vous n'êtes familier de l'histoire de la Chine du XXème siècle.

Au détours de quelques plans on sent parfois l'immense potentiel qu'a Jia Zhang Ke (comme dans ces films précédents Still life et 24 city)  et qui éclatera un jour à la face du monde, j'en suis absolument certain.

Un film que j'aurais aimé aimer, dommage.

1e

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Kaamelott (Livres 1 à 4)

Calt ProductionsCet article contribue modestement à compléter la très belle série de critiques qu'Anna consacre sur son blog à la légende arthurienne au cinéma.

Pour ceux qui auraient vécu sur la planète Mars ces dernières années, un petit rappel : Kaamelott est une série humoristique créée par un Alexandre Astier pour M6. D'abord constituée de très courts épisodes, à la manière de Caméra Café, qu'elle a remplacé, la série a ensuite évolué vers un format plus long pour aboutir dans son Livre VI à des épisodes de 50 minutes. Elle a regroupé jusqu'à 5 millions de téléspectateurs.

Autant le dire pour commencer, la série ne vise pas à donner une nouvelle version du cycle arthurien. Si les principaux personnages sont bien là, et globalement respectent certaines de leurs caractéristiques (Lancelot enlèvera bien Guenièvre, Excalibur est bien magique), ils ne fournissent qu'un fond approximativement cohérent aux délires d'Astier. Un élément cependant ; si le ton est résolument à la comédie (du moins dans les Livres I à IV), la quête du Graal fournit un bruit de fond à la fois absurde et lancinant à la série, tout à fait étonnant.

 

Un humour bien français

Il serait tentant de rapprocher Kaamelott de Sacré Graal. Je trouve pourtant que les deux oeuvres ne se ressemblent pas du tout. Autant le film des Monty Python est un archétype du non-sense britannique, autant l'humour de Kaamelott trouve sa source dans un fond typiquement hexagonal. Les dialogues sont le ressort principal du rire et on ne peut s'empêcher de songer à Audiard par exemple (Léodagan est un personnage tout droit sorti des Tontons Flingueurs). Chacun des personnages a son propre trait de personnalité, ses mimiques, ses tics de langages qui deviennent des répliques cultes. On pense évidemment à De Funés ou Fernandel. Ils fonctionnent d'ailleurs souvent en double (Yvain/Gauvain, Merlin/Elias, Perceval/Karadoc) dans une grande tradition française du duo comique. Personnage aux traits typiques + duo comique + jeux de mots =  Astérix et Obélix.

Un des personnages les plus drôles, Caradoc, fait dans cette déclaration une démonstration parfaite de l'art d'Astier de jouer avec les mots, jusqu'à obtenir un effet d'embrouillamini sublime : "Le débutant, qu'est-ce qui fait ?, il attrape le fenouil par la tige, et essaye de donner des coups avec la partie sporadique[...] et ben non, en faite, qu'est-ce qu'on constate, quand on observe l'objet en détail, c'est que la partie sporadique, ne présente pas de prospérité et que donc, elle est lisse. Il vaut mieux l'attraper par la partie boulière, ou sporadique, et se battre avec la tige, la partie tigeuse, dont la pointe peut être considéré comme redondante !"

 

Kaamelott, série univers

Kaamelott est l'objet de son créateur, Alexandre Astier, qui en est l'acteur principal, le scénariste, le dialoguiste, le réalisateur, et qui en compose la musique. Il joue dans la série avec son père, sa mère, sa-belle mère, son frère, et fait apparaître ses enfants. Il décline de nouvelles trames narratives sous forme de BD, et bientôt de nouvelles, après avoir publié tous les dialogues, et avant une trilogie au cinéma dont le premier volet sortira en 2012.

Astier est tenté de tout inclure dans son monde : des dizaines  de références à des éléments extérieurs ont été répertoriées, de Star Wars aux divinités japonnaises en passant par la coupe de monde de football.

 

Perceval : Bourvil meets Kafka

De tous les personnages, Perceval se détache pour beaucoup d'aficionados. Très bête, ne sachant ni lire ni écrire, mais surdoué en ce qui concerne les nombres et les jeux hyper compliqués (le fameux Sloubi, voir la règle, hilarante), ne reconnaissant pas sa droite de sa gauche, inconscient face au danger, il semble pourtant être marqué par le destin pour tenir un rôle prépondérant dans la quête, et Arthur ne s'y trompe pas, puisqu'il le tient en haute estime et déjeune souvent seul avec lui.

La composition du comédien Franck Pitiot est exceptionnelle et donne à la série des moments d'anthologie. Pour vous donner une petite idée de l'art Percevalien je vous conseille de passer 5 minutes à regarder le magnifique épisode 92 (L'inspiration) du Livre IV, ici en streaming.  

La table ronde sur Christoblog, c'est aussi Excalibur.

Livre 5 et 6

 

3e

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Au-delà

Matt Damon. Warner Bros. FranceNul, pitoyable, bâclé, mièvre, superficiel, mou, racoleur, ridicule, ennuyeux, plat, vide de sens, inutile : et vous, quel adjectif trouverez-vous pour qualifier l'infâme Au-delà ?

Regardez Matt Damon sur cette photo : il ressemble à une éponge. Et bien, en vérité je vous le dis, il joue comme une éponge, il parle comme une éponge.

Cécile de France est toute contente d'être là, elle rigole en bêtasse franchouillarde, essayant de se doubler elle-même en Français et n'y arrivant que partiellement. Pauvre France (l'autre), montrée d'une façon aussi caricaturale que le rugby dans Invictus. Mitterrand vu par le fin connaisseur Eastwood : coureur et malhonnête ! Ca c'est de l'annalyse politique de haute volée !

Seul avantage de ce navet abyssal qui ferait passer Somewhere pour un chef-d'oeuvre débridé, c'est que l'imposture qui consiste à considérer Eastwood comme un grand réalisateur devrait normalement commencer à apparaître clairement aux yeux de tous.

Au-delà est en-dessous. De tout.

Certains trouvent que ma critique manquent d'arguments. Alors voici un complément.

 

Les Bisounours chez les morts. Ils sont sympas les morts. D'abord, ils sont toujours très disponibles pour répondre à Matt, notre interphone céleste. Gentil papa incesteux demande à fifille de lui pardonner. Bouh, comme c'est beau. Madame demande à Monsieur de refaire sa vie avec une autre, et sans traîner. Bouh, comme c'est altruiste. Jason a l'air de s'éclater comme un fou là-haut, il rigole tout le temps, trop drôle d'être mort. En plus il intervient dans la réalité, sauve son frère, et le remet face à ses responsabilités : soit un homme, aurait dit l'inspecteur Harry. Et une petite question amusante : si notre médium prend les mains de son frère, il parle avec ses parents ?

 

Les Bisounours au pays des catastrophes. C'est beau un tsunami. Quand vous êtes sur un balcon et que vous voyez tout ce beau spectacle en bas (sans que votre immeuble tremble, c'est un miracle), vous ne pouvez vous empêcher d'être ému. Quelques plans plus tard, votre immeuble a disparu de la plage (il a du avoir une faiblesse inopinée), mais ouf, au milieu des débris bien rangés par petits tas d'égale hauteur, et au milieu de cadavres déjà soigneusement alignés sous des draps miraculeusement repassés, vous retrouvez, par hasard, votre bien-aimée ! Celle-ci, emportée par les flots furieux n'a pas lâché le bracelet acheté à la petite fille (trooop mignonne) dont le nounours a suivi par miracle notre journaliste rescapée, le tout dans une eau cristalline.

Marcus, sur le quai de métro, n'a pas un cheveu qui bouge, et ne semble pas souffrir des oreilles alors qu'une bombe de grande puissance vient d'exploser dans un espace confiné à quelques dizaines de mètres de lui : ce gosse a quelque chose de spécial, vraiment.

 

Les Bisounours savent conclure. Ha, cette scène finale ! Une seule comparaison possible : notre grand Lelouch sur un scénario de Musso, notre futur prix Nobel de littérature. Tout y est : le regard éperdu de Cécile, la vision de Matt qui se voit tendrement chercher les lèvres de son amour, les mains qui s'unissent, la caméra qui tournoie, le ralenti, la musique. Rien à redire, c'est parfait. Et le décor, j'oubliais cette sublime galerie couverte, romantique en diable et si naturelle.

 

Je m'arrête là mais j'en aurais d'autres : Les Bisounours et Tonton, Les Bisounours au pays des pubs Blackberry, Les Bisounours font de la cuisine italienne, Les Bisounours jouent au travelling, Les Bisounours visitent une clinique, Les Bisounours à France Télévisions, Les Bisounours écrivent un livre, etc, etc.


1e

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Arrietty, le petit monde des chapardeurs

The Walt Disney Company FranceLa relève est assurée, voilà la conclusion qu'on peut tirer de la vision d'Arrietty, le petit monde des chapardeurs.

Le grand Hayao Miyazaki (70 ans) peut commencer à passer la main. Hiromasa Yonebayashi (38 ans) assure parfaitement la réalisation de cette nouvelle production des studios Ghibli.

L'histoire est simple et limpide : de petits êtres (les chapardeurs) vivent dans les maisons des humains. Ils ne doivent en aucun cas se faire remarquer de leurs hôtes, sinon, ils doivent partir et trouver une nouvelle maison. Arrietty, 13 ans, sympathise avec un jeune humain malade du coeur qui vient se reposer chez sa tante, et met du coup sa famille en danger.

Les images sont comme d'habitude magnifiques, la nature étant cette fois-ci particulièrement à l'honneur.

Le film est lent, le caractère de certains personnages semble dessiné à la hâte (le père), l'histoire manque certainement un peu de relief, mais la magie opère tout de même. C'est dans la poésie des proportions que le film est une franche réussite. Lorsqu'Arrietty et son père progresse dans la maison à l'aide d'astuces variées, lorsque la jeune chapardeuse découvre l'immense cuisine pour la première fois, on vibre réellement avec elle. Les décors exploitent à fond cet aspect de l'histoire en fournissant des tas de détails très bien trouvés : les timbres postes deviennent posters, une seule goutte émergeant de la mini-théière remplit une tasse, une épingle se transforme en épée, etc.

L'enthousiasme irréductible qui émane d'Arrietty, son appétit de vivre, d'aimer et de découvrir, est le deuxième point fort du film. Il est particulièrement attendrissant au regard du caractère maladif et très calme du jeune garçon.

A conseiller aux petits et aux grands, même si de par son scénario, Arrietty ne peut rivaliser avec les "grands" Miyazaki, dont les thèmes sont autrement plus complexes.

Le musée Ghibli à Tokyo, j'y étais.

 

2e

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Poupoupidou

Sophie Quinton. Diaphana DistributionLa première bonne surprise de l'année est française, et elle vient de Mouthe (Doubs) !

C'est en effet dans cette petite ville à la frontière suisse qu'on découvre le corps d'une jeune femme qui s'est suicidée. Suicidée ? Pas sûr, pense un écrivain de roman policier en panne d'inspiration de passage dans la petite Sibérie française...

A la fois polar (qui l'a tuée ?), comédie grinçante, thriller psychologique, comédie sentimentale, Poupoupidou est très maîtrisé. Il manie avec brio émotions, amusement et curiosité.

Les grilles de lecture y sont multiples : on peut le voir comme un film-collage de références à Marilyn, une chronique amère de la vie provinciale, un essai sur la mobilité faciale d'un acteur hors du commun, le magnifique Jean-Paul Rouve, un exemple d'habileté scénaristique autour du concept de flashbacks, l'esquisse tendre et désabusée d'un destin brisé.

Il ne lui manque pas grand-chose pour franchir le cap des 4**** : quelques traits moins appuyés, ou au contraire un surcroît de noirceur neigeuse, qui le ferait alors tendre vers le Fargo des Coen, ou mieux encore vers le film étincelant de Sam Raimi Un plan simple.

Jeu express

Le réalisateur s'est amusé à déposé le chiffre 5 sur une multitude d'objets dans le film, en référence, je suppose, à la fameuse répartie de Marilyn : "Que portez vous la nuit ?" "5 gouttes de Chanel N°5 uniquement".

Pour ma part j'en ai remarqué 6. Combien pourriez vous en citer ?

 

3e

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Tonnerre sous les tropiques

Robert Downey Jr. et Ben Stiller. Paramount Pictures France J'attendais beaucoup de ce film, mais comme souvent avec la "nouvelle comédie américaine", celle des Stiller, Carell, Black et consorts, je suis déçu.

On s'attend en effet, d'après la réputation du film, à assister à une parodie outrancière et passablement déjantée des films de guerre.

 

Or si Tonnerre sous les tropiques commence en effet dans cet esprit avec de fausses bandes-annonces assez marrantes, sa critique du système holywoodien et sa capacité d'auto-dérision s'éteignent très rapidement.

A partir du moment où nos héros sont abandonnés dans la forêt (la scène gore de la disparition du metteur en scène, la seule de vraiment mauvais goût), le film devient progressivement ce qu'il entendait initialement moquer : un blockbuster dans lequel ça canarde dru. Il y a parfois de bons moments, mais ceux ci ne suffisent pas à sauver l'ensemble. C'est finalement le maquilleur qui mérite un Oscar : il réussit un maquillage surprenant de Robert Downey Jr en noir (voir photo) assez confondant. Dans ce personnage qui s'ingénie à parler comme un black pendant toute l'aventure réside d'ailleurs l'effet comique le plus efficace. Deuxième exploit : grimer Tom Cruise jusqu'à le rendre méconnaissable, transformé en magnat ignoble jurant comme un charretier.

Lorsque ce dernier danse (incroyablement !) sur du rap, le film atteint alors son but : surprendre en décalant.

Malheureusement, il s'agit du dernier plan. 

2e

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Pieds nus sur les limaces

Ludivine Sagnier et Diane Kruger. Haut et Court Il est assez rare qu'un film  arrive à me convaincre sur la durée, lorsque j'ai été déçu par son début. C'est pourtant ce que parvient à faire brillamment Pieds nus sur les limaces.

Lily est simple d'esprit et vit à la campagne avec sa mère, qui meurt brutalement, dans des circonstances curieusement identiques à celles de la mort du père dans L'arbre. Sa soeur, bien éduquée, vivant en ville, mariée avec un homme à responsabilité, doit s'en occuper.

Les personnages sont dans les premières minutes dessinés à tellement gros traits qu'on se demande jusqu'où la caricature va nous emmener : le visage de Diane Kruger est désespérément vide, et Ludivine Sagnier semble surjouer. Et puis le film se transforme, par l'enchantement d'une sorte de féerie dictée par la nature, qui n'est pas sans rappeler le très beau Lady Chatterley de Pascale Ferran. 

Ludivine Sagnier élève son niveau de jeu et devient vraiment son personnage. Diane Kruger se met à l'unisson, dégageant progressivement un charisme fragile et des failles béantes. La mise en scène, qui montre quelques afféteries en début de film, se tend progressivement pour devenir sèche et précise. Le film culmine alors à des hauteurs qui le laisse en équilibre entre plusieurs genres tout aussi maîtrisés les uns que les autres : thriller psychologique (la douche, la visite des 3 lascars, les 3 garçons dans la caravane), drame familial (le nounours pendu), la comédie sentimentale (le rugbyman), le filme de province chabrollien (le pique-nique au bord du lac) ?

Un film dont les défauts sont compensés par de grandes qualités de mise en scène et de direction d'acteurs, et qui confirme la forme éclatante des réalisatrices françaises. A suivre.

 

3e

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Octubre

Bruno Odar. EurozoomLes frères Vega (Diego et Daniel), cinéastes péruviens, complètent la liste déjà assez longue des frères réalisateurs : Coen, Dardenne, Larrieu, Taviani. Wachowski, Farrelly, Pang...

Pour leur premier film, on peut dire qu'ils réussissent leur coup, avec le prix du jury de la section Un certain regard du dernier festival de Cannes.

Un prêteur sur gage patibulaire (voir photo), qui a les zygomatiques bloqués en position off, se voit un jour remettre un adorable poupon fille. Il recherche la mère supposée (une prostituée) et confie la garde du bébé à une voisine dévote qui aimerait bien avoir un homme dans son lit. Las ! Notre usurier continue d'aller aux putes. La pauvre. Même le fait de lui faire boire une eau dans laquelle a trempé une de ses culottes (usagée) ne le rend pas amoureux...

La mise en scène prend le parti pris d'un formalisme épuré : plans fixes uniquement, pas de musique. La photographie est très belle, le cadre parfait, le montage réussi. Le scénario est à mon avis le point faible du film : il ne se passe pas grand-chose et les frères Vega se la joue "humour à froid" ou "burlesque minimal", un peu à la Kaurismaki. Octubre a donc à la fois les qualités et les défauts des films du cinéaste finlandais, par moment développant un humour assez incompréhensible, à d'autres réussissant à captiver.

Des cinéastes à suivre en tout cas.

2e

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Le quattro volte

Les Films du LosangeQuel film étonnant !

Raconter le synopsis n'est pas chose facile. Un vieux berger tousse beaucoup. Il se soigne en mélangeant de la poussière ramassée à l'église et mélangée à de l'eau. Un jour, il perd la précieuse poussière en faisant ses besoins. Il va à l'église, qui est fermée. Il meurt. On suit ensuite la naissance d'un chevreau puis son apprentissage. Il se perd, et échoue au pied d'un arbre. Le film décrit ensuite la vie de l'arbre, jusqu'à ce qu'il serve de mât pour une fête de village. L'arbre finit en charbon de bois, puis en fumée, dans une sorte de féerie vaporeuse de toute beauté.

C'est beau, magnifiquement lent, cadré avec une rare élégance et tous les éléments de la nature semblent littéralement habités. Les jeux de lumière magnifient les objets filmés. Pourtant, il serait inexact de parler de panthéisme, ou de réincarnation, car le film n'est ni religieux, ni fantastique. Il est ... il est ... ce qu'Oncle Boonmee n'a pas pu ou su être !

Passée la première demi-heure un peu convenue, le film parvient à une densité rarement vue, et tout cela sans aucun dialogue.

Si j'avais vu le film avant de faire mon classement 2010, il n'aurait pas été loin d'intégrer mon Top 20 : un vrai espoir pour le cinéma italien, passablement sinistré.

3e

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