Christoblog

Articles avec #israel

Tempête de sable

On a l'impression, en regardant Tempête de sable, de se voir proposer pour la millième fois le tableau consternant de la condition de la femme dans une société profondément machiste, ici une tribu bédouine du sud d'Israël.

Le film d'Elite Zexer commence par nous montrer combien la polygamie institutionnalisée peut être cruelle. En donnant au début du film un visage plutôt sympathique au père (en réalité, et comme on le verra, un salaud), et un côté antipathique à la mère (la victime), la réalisatrice réussit un premier pas de côté assez intéressant.

La suite du film captive par les aspects retords de son scénario. L'humiliation des femmes va aller crescendo (répudiation, mariage forcé, abandon de l'émancipation), jusqu'à un point culminant assez gonflé : la résignation par amour. Je n'en dis pas plus.

Tempête de sable est intéressant, et très bien réalisé. La caméra d'Elite Zexer est sensible, délicate, et l'alternance des rythmes et des cadrages donne au film une tension qui capte l'attention du début à la fin. La photo est très réussie également.

A voir.

 

3e

Voir les commentaires

Une semaine et un jour

Une semaine et un jour réussit parfaitement l'exercice délicat du film de deuil joyeux : une sorte de Chambre du fils où on sourierait tout le temps.

Le pitch du film est simple : on suit un couple assez âgé d'israéliens le jour qui clôture la période de deuil "réglementaire", une semaine et un jour. 

La mère est plutôt raisonnable, toute en intériorité. Elle tient à faire ce qui est prévu, probablement pour maintenir un peu d'ordre dans ce bas-monde. Lui, le père, au contraire, semble retomber en enfance sur un mode furieusement régressif : fumer su shit, frapper les gens qui vous énervent. Comme si la mort du fils désinhibait totalement son comportement.

Les deux parents sont formidablement interprétés, et même si le fils de substitution exagère parfois sa tendance fifou, le résultat est suffisamment attachant pour que le film soit hautement recommandable.

La scène du cimetière est sublime, avec ce long flash back qui enchâsse un deuil dans un autre deuil, et qui d'une certaine façon marie les morts. Magnifique !

Une franche réussite pour un premier film remarquable.

 

3e

Voir les commentaires

Mr Gaga, sur les pas d'Ohad Naharin

Je n'avais jamais entendu parler du chorégraphe Ohad Naharin avant d'aller voir ce film, et je suppose que je ne suis pas le seul.  

Ma surprise de découvrir une danse magnifique et inspirée fut donc totale. 

Le film est assez bien fait, bien que très classique dans sa forme (une alternance d'interviews, d'images d'archives, de scènes privées plus ou moins volées, d'astuces de montage). Son intérêt n'est donc pas à proprement cinématographique, mais surtout ... chorégraphique. 

Des premières pirouettes dans le jardin familial à la consécration en Israel, en passant par la riche expérience new-yorkaise (où l'on croise avec plaisir Alvin Ailey et Maurice Béjart), on vit de très près l'évolution d'un danseur/chorégraphe incroyablement charismatique. C'est, en dehors des extraits de chorégraphies, l'aspect le plus intéressant du film : comment la vision d'un homme peut fédérer un groupe, et entraîner chacun de ses membres à se dépasser lui-même.

Si on évacue donc les forces et faiblesses du film proprement dit, reste une série d'images absolument fascinantes : danseurs en demi-cercles sur des chaises, tombant à l'arrière plan, se propulsant comme des animaux mythologiques, avançant en ligne comme une armée d'anges ou se palpant comme des extra-terrestres.

Une danse incisive, incroyablement variée et spectaculaire. Il suffit de regarder les 25 premières de ce spectacle (Deca Dance) pour ce rendre compte de la déflagration sensuelle que procure l'art d'Ohad Naharin. Une découverte étourdissante.

 

2e

Voir les commentaires

False Flag

Si vous êtes nostalgique du rythme haletant et des rebondissements à tiroir de 24 h chrono, cette nouvelle série israélienne est pour vous.

Le pitch de départ est captivant : cinq citoyens israéliens (a priori innocents et ne se connaissant pas entre eux) sont accusés d'avoir enlevé un dignitaire iranien à Moscou.

A partir de cette idée improbable les showrunners Amit Cohen et Maria Feldman déroulent un thriller impeccable et tendu comme un arc, chaque épisode débutant exactement au moment où le précédent se terminait : l'adrénaline générée par cet écoulement du temps en accéléré est excatement de la même nature que celle que proposait la saga de Jack Bauer (24h).

L'addiction est forte, les éléments apparaissant au fil de l'histoire nous aspirant vers la suite. Les acteurs sont convaincants et la mise en scène très solide. Il y a un savoir-faire israélien dans la confection de thriller politique ambigu qui est maintenant une évidence : rappelons que Homeland est un remake de la série israélienne Hatufim.

Seuls petits bémols à mon enthousiasme : certains personnages sont esquissés de façon vraiment grossière (celui d'Eytan Kopel par exemple), certains dialogues sont un peu simplistes et la résolution de l'intrigue n'est que très partiellement satisfaisante, ce qui est un peu embêtant pour une série "à pitch". Autrement dit, on ne comprend pas vraiment tout de ce qu'on vient de voir.

La dernière image du dernier épisode laisse présager une suite : on peut donc espérer que la saison 2 apporte des éclaircissements sur les évènements de la saison 1.

En attendant, le doute profite à False Flag, dont la première partie de la saison 1 est réellement captivante.

 

3e  

Voir les commentaires

Mon fils

Eran Riklis (Les citronniers, Le voyage du directeur des ressources humaines) est un réalisateur que j'aime beaucoup. Ses films sont parfois dénigrés par la presse un peu snob (dernier exemple fourni par les Inrocks à propos de Mon fils), mais je trouve pour ma part qu'il est l'exemple type du bon artisan : il fait des films qui sont pensés pour intriguer et intéresser les spectateurs.

Mon fils remplit une fois de plus son rôle en dressant le tableau touchant et complexe d'un israélien arabe surdoué, Iyad. Ce dernier est envoyé dans un lycée très coté dans lequel il n'y a quasiment que des juifs. Bien entendu, après une période d'adaptation, le personnage principal se fait principalement des amis juifs. Les circonstances de la vie vont progressivement l'amener à faire des choix cornéliens...

En choisissant de quitter les chemins rabattus du conflit entre communautés, Eran Riklis fait un choix audacieux et payant. Le tableau qu'il dresse de l'évolution de son personnage au fil des années (le film s'étire sur une décennie) est sensible et complexe. Les acteurs et actrices y sont tous formidables, et la mise en scène, quoique sage, n'en est pas moins très efficace.

Sous ses abords proprets et doucereux, Mon fils s'avère bien plus complexe qu'il ne parait au premier abord. Malgré quelques imperfections, il mérite vraiment d'être vu et confirme l'excellente forme du cinéma israélien.

 

3e

Voir les commentaires

L'institutrice

En apprenant dans un article que Nadav Lapid est un fan de Carlos Reygadas (Post tenebras lux), j'ai mieux compris pourquoi j'avais éprouvé ce sentiment de frustration en regardant L'institutrice.

A l'évidence l'israelien a le même talent que son collègue mexicain, mais il a aussi les mêmes chevilles qui enflent - dans une proportion toutefois moindre que Reygadas, qui aux dernières nouvelles ne pouvait plus chausser que des moonboots.

Mais revenons à nos moutons. Un petit garçon (qui serait à l'image de Nadav Lapid lui-même, en toute modestie) écrit de magnifiques poésies à 5 ans. Son institutrice le défend. Ou l'utilise. 

Sur cette base plutôt intéressante, Lapid construit un portrait de femme subtilement dépressive, à la sexualité hésitante et aux buts incertains. Il confronte la figure hiératique de l'actrice Sarit Larry (impressionnante) à une gamme de situation assez convenues, mais souvent incroyablement bien filmées. L'institutrice est baignée dans une lumière d'une pureté solaire, et certains de ses mouvements de caméra sont sublimes. Lapid se moque un peu du scénario, et joue, parfois avec brio, à se faire plaisir.

Ses exploits esthétiques ne sauvent pourtant pas le film qui sombre lentement dans une marre d'ennui glacé. 

 

2e

Voir les commentaires

Le procès de Viviane Amsalem

Le propos du dernier film de Ronit et Shlomi Elkabetz est assez limpide : une femme israélienne souhaite divorcer de son mari, car elle ne l'aime plus (et probablement ne l'a jamais aimé). Comme les divorces sont sous l'autorité d'un tribunal rabbinique, il est nécessaire d'obtenir l'accord du mari. Ce dernier ne souhaite pas lui donner, bien qu'il n'ait rien à lui reprocher (ils sont séparés depuis 3 ans).

A partir de cette trame psychologiquement puissante, le film étire un long huis-clos passionnant. Les audiences, tantôt courtes, tantôt plus longues, se suivent sans qu'on ait jamais le sentiment de redite. Il faut dire que le scénario étonne par son inventivité : production de témoins inattendus, renversements de situation, mise en cause de l'impartialité des parties prenantes, crise de nerfs.

L'intrigue se mue progressivement en thriller (le divorce sera-t-il prononcé, oui ou non ?), tout en interrrogeant avec une belle acuité la société israélienne, et la place qui y est faite aux femmes. Les dialogues sont d'une finesse extrême, on pense on cinéma de Farhadi, et surtout au début d'Une séparation. Miracle du film : même l'époux ne parvient pas à être complètement antipathique, alors qu'il est en train de détruire la vie de son épouse.

Une franche réussite, un excellent moment.

 

3e 

Voir les commentaires

Bethléem

Il faut parfois se tourner vers des régions dont on voit peu de films (Scandinavie, Amérique du sud, Israel) pour retrouver ce qui fait l'essence du cinéma populaire : un scénario travaillé, un découpage millimétré et un casting parfait.

Bethléem réunit ces ingrédients pour nous raconter une histoire finalement assez classique, celle d'un agent de renseignement (israélien) qui s'attache un peu trop à son indic (palestinien). Une trame qui rappelle d'ailleurs le beau film palestinien Omar, présenté à Cannes l'année dernière. Comme dans ce dernier, on est surpris par l'efficacité déployée par le réalisateur Yuval Adler : les scènes d'action sont hyper-prenantes (la traque d'Ibrahim, la scène de la cage d'escalier) et la montée du suspense parfaitement gérée. La mise en scène très musclée et le montage raffiné, construit sur une série d'ellipses subtiles, rendent le film haletant. 

D'un point de vue politique, ce que donne le film à voir de la réalité palestinienne (intrigues politiques fratricides entre factions) n'est pas très reluisant, mais malheureusement ne doit pas être très éloigné de la réalité. Cette complexité inhérente au film est bien gérée par un scénario somme toute limpide, qui ménage à chaque embranchement narratif une incertitude redoutable, souvent tranchée d'une façon scorsesienne.

La réussite du film tient également à une interprétation hors pair. L'agent israélien et ses collègues sont parfaits, ils expriment parfaitement la routine d'un travail par ailleurs exceptionnellement dangereux. Le jeune indic joue les hésitations et la frustration de la jeunesse d'une manière remarquable. Les Palestiniens sont incroyables, et l'acteur qui joue Badawi parvient à insuffler à son personnage quelque chose du magnétisme d'un De Niro.

Une réussite en tout point.

 

4e

Voir les commentaires

Le congrès

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/97/59/09/20537778.jpgLe nouveau film d'Ari Folman vaut d'abord par l'interprétation magistrale de Robin Wright.

Le congrès se décompose en deux parties. La première, en prises de vue réelles, nous décrit comment une actrice de second plan, ayant fait beaucoup de mauvais choix dans sa carrière, se voit proposer de devenir "numérisée". Elle doit accepter de se faire modéliser, puis abandonner tout droit sur l'exploitation qui sera faite de son image.

Cette première partie est captivante. Il y règne une atmosphère à la limite du fantastique, grâce notamment au décor stupéfiant de l'entrepôt dans lequel vit l'héroïne et ses enfants. Robin Wright y joue en quelque sorte son propre rôle (en tant qu'ex-actrice de Santa Barbara et de Princess Bride), et elle est bouleversante. Les seconds rôles sont assez caricaturaux, mais plaisants.

Une fois la numérisation effectuée, le film se projette dans l'avenir, et commence la partie d'animation, qui m'a pour tout dire hérissé. Je n'aime pas le style cartoon du dessin, qui d'ailleurs n'est pas celui des photos circulant sur Internet, ce qui surprend beaucoup et d'une certaine façon constitue une sorte de tromperie. L'intrigue est extrêmement complexe : il s'agit de vie dans un monde virtuel, et de céder maintenant plus que son apparence : son essence. Pas évident de raccorder ce qu'on voit à la réalité, et d'ailleurs, quand le film s'y risque à la toute fin, le résultat n'est pas probant.

Le congrès est un film ambitieux construit sur des thématiques quasi-philosophiques (comme celle du choix, omniprésente), mais qui n'évite pas les naïvetés et la sensiblerie (l'histoire du fils), et parfois le mauvais goût. Le scénario est stimulant intellectuellement (on songe entre autres à Philip K. Dick, à Matrix et à David Lynch), mais par trop foisonnant. Le film fourmille d'idées de toute sorte, ce qui le rend intéressant, mais laisse l'impression finale de ne pas avoir été maîtrisé de bout en bout.

Une expérience à tenter pour les plus curieux.

Ari Folman sur Christoblog : Valse avec Bachir

 

2e

Voir les commentaires

Le voyage du directeur des ressources humaines

En cette période de fin d'année je vous conseille chaudement le nouveau film d'Eran Riklis (Les citronniers) : vous y trouverez votre compte d'émotions, de sourires, se surprises et de découvertes.

Le film s'avère être un trait d'union symbolique entre deux des pays les plus intéressants cinématographiquement à l'heure actuelle : Israel et la Roumanie.

Première partie à Jérusalem. Une employée d'une grande boulangerie meurt dans un attentat. Personne ne réclame son corps. Il s'avère qu'elle avait été licenciée il y a 1 mois, sans que le DRH ne le sache. Article de journal incendiaire, imbroglio : ce dernier doit pour restaurer l'image de son entreprise raccompagner le corps en Roumaine.

Deuxième partie en Roumanie, où le contraste est saisissant, tant du point de vue de la météo que des mentalités. Le film prend alors les dimensions d'une épopée picaresque de première qualité avec tous les ingrédients propres au genre : évolution des relations entre personnages, lieux improbables, problèmes administratifs et techniques de tout genre.

Le film est brillamment réalisé, monté dans un excellent tempo, parfaitement interprété par les acteurs et en particulier Mark Ivanir, qui trouve un ton très juste.

Bref,  pas grand-chose à reprocher à cette friandise cinématographique qui sait distiller toute une palette d'émotions sans jamais être mièvre : pas étonnant que le film ait obtenu le Prix du public au dernier festival de Locarno.

 

3e

Voir les commentaires

Valse avec Bachir

New Israeli Foundtion for Cinema & TelevisionValse avec Bachir est un film remarquable à plus d'un titre.

D'abord il met en oeuvre un processus d'animation assez original, souvent à tendance monochrome, mais utilisant aussi des contrastes colorés violents avec des couleurs vives, et incluant enfin des photos dans l'animation. Certains objets (les palmiers par exemple) semblent être des éléments photographiques incrustés. Le travail sur certaines textures (la mer, les arbres de la forêt), certains reflets (les vitres de voitures, l'oeil du cheval), est intéressant. La façon dont les visages s'expriment est un peu trop figée, mais lors de certaines interviews, un éclair dans l'expression révèle soudain un trait de personnalité.

La narration est aussi intéressante. On s'attend avant la projection à un film sur la guerre, et on débute curieusement par un travail sur la mémoire ou plutôt l'amnésie. Les anecdotes sur la guerre elle même sont certes poignantes, mais tous les films de guerre bien faits montrent toujours la même chose : des troufions de base apeurés, terrifiés, qui en viennent à faire n'importe quoi (comme par exemple tuer des innocents ou danser au milieu des balles), des gradés absents, incompétents, gérant leur propre mal être comme ils peuvent (hilarante animation de film porno). Battle for Haditha a récemment parfaitement montré tous ces aspects.

Ceci étant dit, j'ai trouvé qu'on accrochait quand même difficilement au film, ou alors seulement par moment. Je ne sais pas si cela est dû à un certain manque de rythme, à de réelles fautes de goût (les images de la fin sont de trop), ou à un manque de souffle artistique global.

La comparaison, inévitable, avec Persepolis penche en faveur de ce dernier sur tous les points (narration, qualité et inventivité de l'animation, rythme, beauté visuelle).

A aller voir de tout de même, surtout si vous ne savez pas exactement ce qui s'est passé dans les camps de Sabra et Chatila.

 

2e

Voir les commentaires