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Christoblog

Xenia

Bonne nouvelle en provenance de Grèce. On savait que ce pays pouvait proposer des oeuvres pointues (Athina Tsangari, Yorgos Lanthimos), on découvre aujourd'hui qu'il peut produire un cinéma touchant, exigeant et original.

Xenia commence comme un clip hyper kitsch, et franchement queer, avec des visions délirantes qui donnent au film une tonalité quasi fantastique. On voit passer au large un paquebot sur lequel chante celle qui  sera le fil rouge du film : la chanteuse italienne des années 70 Patty Pravo.

Habilement manipulé par le réalisateur qui multiplie les pistes, on s'attache très vite au personnage de Dany, jeune gay de 16 ans, joué par le formidable Kostas Nikouli.

Sa rencontre avec son frère Odysseas, puis leur recherche d'un père hypothétique, est pleine de charme et de surprise. Le scénario du film, même s'il n'est pas férocement original dans sa deuxième partie, s'avère bourré d'émotion, alors que la mise en scène de Panos Koutras varie ses effets avec un talent certain.

Un réalisateur à suivre.

 

3e  

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Tristesse club

Tristesse club cumule tous les poncifs du film d'auteur français récent : road movie provincial (merci le financement des régions), fratrie dissemblable réunie à l'occasion de la disparition de la figure paternelle, scènes décalées à la limite de l'irréel, masculinité défaillante.

Vincent Mariette ne parvient jamais à transcender son histoire improbable et ses stéréotypes marqués : Laurent Lafitte en super beauf (mais au fond, c'est un garçon si sensible), Ludivine Sagnier minaudant en femme-enfant fatale, Vincent Macaigne en cocker puceau énamouré.

Il résulte de cet embrouillamini lourdingue un ennui pesant et un intense sentiment de gâchis. Comment peut-on tourner des films aussi peu originaux, aussi auturo-nombrilistes que celui-ci ? On a presque honte de voir des comédiens qu'on aime se fourvoyer dans des inepties de ce genre. Présenté comme une comédie, le film n'est ni drôle, ni émouvant, ni tendre. Il est raté.

 

1e

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Black coal

Black coal, Ours d'or au dernier Festival de Berlin, est un polar tortueux, sensuel, et racé. J'ai souvent pensé au cinéma élégant de Fincher dans Zodiac, zébré d'éclair de violence et d'éclats esthétiques confondants, qui évoque irrésistiblement le cinéma de Jia Zhang Ke.

Pour bien apprécier le film, il faut accepter de ne pas tout comprendre au début, sachant que les évènements vont progressivement s'éclaircir. Le film de Diao Yinan progresse en effet sur un rythme syncopé, louvoyant entre différents temps, maniant quasi systématiquement l'ellipse en fin de scène, comme autant de coups de hache narratif.

Le film brille également par son tableau à la fois attachant et sidérant de la Chine profonde, et par le jeu de son acteur principal, qui a d'ailleurs obtenu le prix d'interprétation à Berlin.

Beau, intriguant, stimulant, Black coal est une pépite noire à découvrir.

 

3e 

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Les trois singes

Ce dont parle le film est d'une noirceur insigne : un homme politique paye son chauffeur pour prendre sa place alors qu'il a tué un homme lors d'un accident de la route, puis couche avec sa femme, moyennant une aide financière pour son fils. Quand le mari sort de prison, les choses s'enveniment.

Dans la filmographie de Nuri Bilge Ceylan, Les trois singes occupe une place à part. C'est dans cet opus que le cinéaste turc a mené le plus loin ses expérimentations esthétiques. Tout le film est conçu comme une sorte d'objet expressionniste dans lequel les cadres sont très travaillés (alternativement très larges ou très rapprochés) et les éclairages semblent iréels. La bande-son, exceptionnelle, est entièrement retravaillée en post-synchro et constituerait un sujet d'étude en soi. 

Le résultat est un film impressionnant de maîtrise (il remporta d'ailleurs le prix de la mise en scène à Cannes), absolument délectable si on s'attache à toutes ses trouvailles (le fait que seuls les visages des 4 protagonistes principaux soient filmés, la conversation dans la voiture, les effets de reflets, etc), peut-être un peu artificiel si on n'entre pas dans le projet de l'auteur.

 

3e  

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Les drôles de poissons-chats

Alors évidemment, on pourra dire que ce film est un effroyable tire-larmes reposant sur une intrigue minimaliste : une jeune fille solitaire rencontre à l'hôpital une femme malade du SIDA et s'incruste dans sa famille.

Cela serait sans compter avec la grande délicatesse qu'emploie la réalisatrice, Claudia Sainte-Luce, pour décrire chacun des membres de cette famille un peu dysfonctionnelle. Martha a en effet 4 enfants de 3 pères différents : Alejandra, la plus grande, doit assumer beaucoup de responsabilités, Wendy est en surpoid et les deux petits derniers, Mariana et Armando, doivent gérer leurs sentiments complexes... Parce que la mort est bien présente dès le début du film, et planera jusqu'au bout sur cette singulière équipe. 

Le plus intéressant dans le film est la façon dont la jeune fille, Claudia, s'insère progressivement dans le dispositif familial, dans lequel chacun souffre en silence, et comment elle prend sa part de douleur.

Le final, qui enchaîne une virée désespérée à la mer, des plans en voiture très émouvants, puis des plans fixes sur chacun des 5 personnages, est calibré pour vous arracher des larmes, et au vu des multiples reniflements, sortie précipitées en enlevant ses lunettes, pinçage discret de nez, il atteint parfaitement son but.

La mise en scène très fluide de la réalisatrice fait de ce premier film mexicain un très joli moment.

 

3e    

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Bird people

Si la magie existe au cinéma, elle est dans Bird People.

Le dernier film de Pascale Ferran pourra sembler n'être rien, un cadre américain en transit à Roissy, une jeune fille qui finance ses études en faisant le ménage dans un hôtel. Deux destinées qui ne se croiseront que par le biais du plus improbable hasard : un évènement dont je tairai volontairement la nature, tellement l'effet de saisissement est impressionnant (je vous conjure d'aller voir le film en en sachant le moins possible à son sujet).

Il semble n'être rien, et il est tout.

Il est la cassure dans une vie, le moment où une destinée bascule, il est le maelstrom des vies humaines, la dignité, la nature, l'espace et le temps. Bird people propose un chemin subtilement orginal, il nous entraîne avec lui dans des contrées qu'on n'imaginait pas accessibles via le cinéma, par la grâce d'un casting idéal et d'une mise en scène affolante de simplicité et de complexité mêlée.

Poétique, intrigant, flattant à la fois l'intelligence et le coeur, un des plus beaux films de l'année, sans contestation possible.

 

4e  

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Ugly

Déjà plus d'un an que j'ai vu ce film à Cannes, à la Quinzaine des réalisateurs : mystères insondables de la distribution !

Attention la suite contient des spoilers révélant la fin du film.

Le réalisateur indien Anurag Kashyap revenait en 2013 sur la Croisette après avoir présenté son Parrain en 2012 : le colossal Gangs of Wasseypur. Cette fois-ci la durée du film est plus raisonnable (2 heures au lieu de 6), mais la tonalité est un peu la même : c'est noir, très noir.

Le point de départ est limpide : une petite fille se fait enlever. Tous les membres de la famille vont alors se faire passer pour le kidnappeur pour toucher la rançon : l'ami du père, le frère de la mère, la nouvelle copine du père, etc... 

Pendant ce temps, le cadavre de la petite pourrit quelque part. 

C'est franchement amusant par moment (la conversation initiale avec le commissaire de quartier, comme un ping-pong verbal), et le film peut être rapproché sous cet angle du cinéma coréen : capacité d'auto-dérision portée à son maximum et tableau peu flatteur de la police locale.

Le film a un côté BD, avec sa bande originale très punchy et ses scènes d'action menées tambour battant, qui est plutôt agréable si vous aimez un type de cinéma qui décape sans complexe. 

 

2e

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