Christoblog

Indigènes

Sami Bouajila. Mars Distribution Il y a deux façons de considérer un film comme Indigènes.

La première est cynique. Elle consiste à brocarder les bons sentiments, à ricaner des effets marqués du scénario, à gloser sur le jeu trop sage des acteurs, à caricaturer les quelques maladresses de mise en scène.

La seconde est empathique. Elle entrera en résonance avec le jeu habité de Debbouze et des autres acteurs (pas loin d'être collectivement parfaits), et vantera les mérites du final alsacien, très beau dans sa lenteur "Désert des Tartares", dans son progressif et inéluctable refroidissement.

C'est un peu court comme analyse, allez vous me dire. Oui, mais c'est comme ça. Et moi j'ai plutôt penché vers la deuxième solution, d'autant plus que le film gagne en sobriété en avançant, jusqu'à un final étrangement elliptique et rudement émouvant.

Rachid Bouchareb aurait en projet de tourner une suite à Indigènes : parviendra-t'il à garder cette sorte d'état de grâce ?

A suivre. 

 

2e

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District 9

Metropolitan FilmExport L'intérêt de District 9 réside principalement dans sa reconstitution "réaliste" d'un camp d'aliens échoués sur terre par accident. La poésie qui se dégage de l'immense vaisseau stationnant au-dessus de Jo'burg (Afrique du Sud) rappelle un peu la sourde nostalgie qui se dégage des romans de RC Wilson.

A part ça, l'analogie avec l'apartheid est évidente, sans que cela prête beaucoup à conséquence.

Le scénario ne vaut pas tripette. Le héros principal est transparent et les clichés sont légions. L'appel téléphonique de l'épouse éplorée par exemple : n'importe quel spectateur devinera dès les premières secondes qu'il y a un piège. Que les méchants n'interviennent pas immédiatement est encore plus bizarre. Etc.....

On se prend à penser à La mouche, le film de Cronenberg, mais l'empereur de l'altérité est évidemment 100 000 kilomètres au dessus de Peter Jackson et de son réalisateur factotum.

District 9 est un divertissement qui n'est pas honteux sans être génial. Ce n'est déjà pas si mal.



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Là-haut

Walt Disney Studios Motion Pictures FrancePixar : le meilleur c'est ce qui est avant.

En l'occurrence un court métrage à propos des cigognes qui apportent les bébés. Une des cigognes est attachée aux basses oeuvres : à elle les petits dont personne ne veut ! D'ailleurs c'est un nuage noir qui fabrique ces petits monstres qui la détruisent peu à peu : bébés requins, bouquetins, hérissons. Dans ce prologue, tout l'art de Pixar est présent. La vivacité, l'humour, l'émotion, le sens de la nouveauté, le rythme.

Le début du film lui-même est dans la même veine. Il passe en revue toute une vie, ses joies, ses tristesses, ses deuils, en quelques minutes absolument magnifiques. Cette ouverture justifie tous les commentaires dythirambiques que vous avez pu lire. Les scènes excellentes se succèdent : le vieux qui descend l'escalier sur son appareil, la maison entourée par les chantiers, les ballons élevant la maison dans les rues de la ville. Chaplin, Miyazaki, et quelques autres peuvent être convoqués au chevet de ce bizarre objet filmique.

Las ! Dans sa deuxième partie le film prend une tournure autrement plus classique. Le vieux grincheux trouve des ressources physiques de jeune adolescent et l'intrigue tourne ... au Disney (même s'il se sert de son dentier comme d'une arme fatale).

Le divertissement reste tout de même très haut de gamme et bourré de trouvailles jouissives, dont un collier pour chien très bien vu. 

 

3e

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A bittersweet life

Kim Jee-Woon est le cinéaste coréen spécialiste des films de genre : horreur (Deux soeurs), western (Le bon, la brute et le cinglé), et ici film de gangster avec gunfight, à la mode HK.

Le film a des airs de Kill Bill et de Vengeance. On pense aussi à certains Scorsese.

Un malfrat va, parce qu'il tombe amoureux de la copine de son boss, avoir un petit moment de faiblesse. Sa nervosité va augmenter et lui faire commettre d'autres erreurs. Ses ennemis vont presque le tuer, mais pas complètement .... dommage pour eux, car dans la deuxième partie du film le héros se venge méthodiquement de tous ceux qui ont voulu sa mort.

Le film est propre, presque trop. La mise en scène est super léchée, avec quelques bonnes idées (le jeu avec les reflets, la patinoire, la scène où les deux protagonistes doivent remonter le plus vite possible un flingue pour pouvoir se tirer dessus, et quelques autres). Mais globalement il manque au film un supplément d'âme, la virtuosité d'un Woo, la perfection chorégraphique d'un Tsui Hark, le romantisme/réalisme d'un Johnny To. Un exercice de style, académique et quelquefois convenu, pas vraiment convaincant sans être complètement raté.


1e

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Non ma fille, tu n'iras pas danser

Chiara Mastroianni. Le Pacte Alors d'abord, il y a le titre, d'une sophistication inutile.

Ensuite le film.

On a accompagné Honoré dans un tryptique parisien (excellent) qui se termine sur un quai de gare (dit comme ça, on dirait du Lelouch).

En l'occurrence celui de la gare Montparnasse, dans une scène bizarre, hybride, pas entièrement satisfaisante, voire franchement énervante, à l'image de tout le film.

En Bretagne, dans la première partie du film et sur sa terre natale, Honoré fait (en gros et pour résumer) du Desplechin façon Un conte de Noel, en moins bien. Maison familiale, intrigues entre membres de la famille, parents très forts, les points communs sont légion. Chiara Mastroianni jouait dans le Desplechin, la mère était Catherine Deneuve (vraie mère de Chiara), etc... on pourrait multiplier les effets de miroir à l'infini. Cette partie n'est pas convaincante. Honoré à la campagne c'est un peu comme le prince Charles pelletant du fumier, on n'y croit pas trop.

D'ailleurs, le fait de vouloir mettre un bébé animal dans les bras de chaque personnage prouve qu'Honoré n'est pas à l'aise. Faire jouer Julien Honoré (son frère) comme Garrel, pour ensuite mieux le confronter au vrai, bien plus fort, est aussi une marque d'indécision. Et je ne parle même pas des intrigues avortées, indignes d'un cinéaste de la trempe d'Honoré (la maladie du père, a priori très grave, qui disparait ensuite).

La deuxième partie, à Paris, n'est pas bien meilleure. On retrouve un peu le Garrel qu'on aime (ou qu'on aime détester, mais c'est pareil), un Jean Marc Barr quand même un peu salaud sous ses dehors très lisses et un coup de théâtre dramatique comme on les aime chez Honoré, mais sans relief véritable. Chiara Mastroianni, sans inspirer l'antipathie, ne suscite pas des tonnes d'empathie.

Bon, alors, pourquoi je ne peux pas me résoudre à dire que ce film est mauvais ?

A cause de la scène centrale - et bretonnante, représentation muette, superbe, de l'histoire de Katell, scène magistrale et qui éclaire le film de toute sa beauté. C'est peu et c'est beaucoup, mais c'est comme ça.

Aussi loin que ma mémoire puisse aller, je ne trouve pas de film qui se sauve (qui se redresse) par le biais d'une seule scène, allégorique qui plus est.


2e

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Mirage de la vie

Une plage bondée de Coney Island.

Deux femmes, l'une blanche, l'autre noire, perdent leur fille dans la foule. Elles sont seules toutes les deux. Leur fille sont curieusement aussi blanche de peau l'une que l'autre. L'une est blonde, l'autre brune. Les filles sympathisent. Un homme les photographie. La femme noire est sans domicile, elle propose à la femme blonde, qui se rêve en vedette de théâtre, de se mettre à son service.
Le temps passe, les filles grandissent ensemble, la femme blonde va réaliser son rêve...

Le titre original du film : Imitation of life, est l'un des plus beau de l'histoire du cinéma, et résume bien son propos. Bien que racontée sur un mode totalement réaliste, l'histoire semble mystérieusement artificielle, comme si elle recouvrait imparfaitement un sens caché, comme si un monstre invisible rôdait dans les belles maisons et derrière les visages trop lisses et trop bien éclairés. Cet aspect du film, qui le rend tendu et revêtu de couleurs changeantes comme la surface d'une bulle de savon, fait irrésistiblement penser à Hitchcock.

La vie de Lora Meredith est elle plus qu'un mirage, elle qui rate et l'amour de sa fille, et celle d'un homme ? Celle du personnageCollection Christophe L. de John Gavin, impossiblement impassible n'est elle pas qu'un paravent parfait, et que cache t'il ? Qui est vraiment Annie Johnson, pour annoncer aussi brutalement à sa maîtresse et meilleure amie de qui sa fille est amoureuse ? Par quelle sorte de démon Sarah Jane est elle habitée pour danser aussi gauchement ?

Mirage de la vie est donc plus, ou autre chose, qu'un splendide mélodrame : une sorte de labyrinthe fait de miroirs (de nombreuses scènes primordiales du film en contiennent d'ailleurs), dans lequel le spectateur est guidé presque malgré lui, ne connaissant jamais exactement la vraie nature de qu'il voit : le sens de la vie, ou son imitation.

 

3e

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Parking

Alors d'abord ce serait bien que quelqu'un me dise si c'est Chung ou Mong-Hong le patronyme de ce jeune réalisateur : avis aux spécialistes.

Premier long-métrage et ma foi belle réussite.

En gros c'est un peu un After Hours taiwanais. Un jeune homme va acheter des gâteaux. Une voiture garée en double file l'empêche de repartir. S'en suit une invraisemblable nuit où se croisent (fort logiquement) un souteneur pathétique, un tailleur de costume décoré de peinture blanche, un mafioso, un coiffeur avec une prothèse, une tête de poisson voyageant d'un lavabo aux toilettes, un vieux couple pleurant un fils perdu, une petite fille en quête de papa, une prostituée fuyant la crise en Chine, un mannequin qui ne peut avoir d'enfant.

De subtils flash-back nous renseignent sur certains personnages, dont le héros principal. Celui là explique tout le début du film.

Mise en scène élégante, surtout dans les choix des cadrages et la façon de filmer la ville. De la poésie, des éclairs de violence. De la belle ouvrage, malgré quelques maladresses (Nini qui regarde la caméra en face, cela a du échapper au monteur, ou quelques imprécisions scénaristiques).

Un cinéaste à suivre. 

 

2e

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Un prophète

Niels Arestrup et Tahar Rahim. Roger ArpajouLa critique a tellement encensé Un prophète, le donnant gagnant à Cannes pour la Palme  d'Or pendant toute la compétition, qu'on s'attend réellement à voir un très, très grand film.

Et c'est vrai qu'Un prophète possède bien des qualités.

Son aspect réaliste est prenant. Sa description de l'univers carcéral contemporain est frappant. L'interprétation de Tahar Rahim est remarquable, pleine de densité, et celle de Niels Arestrup est encore meilleure.

Le scénario se tient, palpitant jusqu'à l'insoutenable dans la première demi-heure. La mise en scène est élégante et puissante à la fois, Audiard impose un style, qui était déjà bien présent dans De battre mon coeur s'est arrêté.

Bien des qualités mais aussi quelques défauts, qui empêche le film d'être le chef d'oeuvre annoncé.

Le scénario prometteur au début s'étiole progressivement. Les aventures de Malik deviennent confuses et longuettes (le film dure 2h28, mais paraît en durer plus de 3), plusieurs des personnages semblant conduire les intrigues secondaires dans des culs de sac.

Le principal écueil est qu'on ne sent pas réellement les raisons de l'ascension de Malik. Si son emprise progressive sur les Corses est clairement montrée, sa légitimité vis à vis du groupe des barbus reste obscure (ils passent de la défiance à la soumission sans qu'on comprenne vraiment pourquoi).

Son aspect "prophétique" est anecdotique (il voit une biche traverser la route avant qu'elle le fasse) et le titre est un peu mensonger de ce point de vue. Certains tics de mise en scène agacent aussi (les écritures sur l'écran, les plans de remplissage, les images très sombres).

Un prophète est un film marquant, mais sur lequel plane cependant l'ombre d'un autre grand film carcéral récent : Hunger.


3e
 

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Inglourious basterds

Diane Kruger. Universal Pictures International FranceJe pensais à l'époque de Reservoir Dogs qu'avec Tarantino, trop ne serait jamais trop.

Pulp fiction me donnait raison, puis Jackie Brown aussi, dans un genre différent.

Ensuite les Kill Bill m'ont laissé perplexe. Déjà un peu trop de combattants (combien déjà, plus de cent ?), trop de scènes juxtaposées en oubliant que finalement un film est un tout, trop peu de sens en réalité. Trop de références cinéphiliques pour initiés. Le quasi anecdotique Boulevard de la mort m'avait franchement interpellé : que devenait Tarantino ? pourquoi la belle mécanique semblait elle tourner à vide ?

Inglourious Basterds ne (re)fait pas de Tarantino un cinéaste de premier plan. C'est un film qui est trop.

Trop long d'abord. Il faut attendre une bonne heure pour commencer à mordre, les deux premières parties sont totalement insipides. Et diablement bavardes : de longs tunnels de dialogues sans intérêt.
Trop caricatural : quand les archétypes écrasent les personnages, l'émotion ne peut plus être au rendez-vous : Mélanie Laurent, vous y croyez une seconde, vous ? (et je ne parle pas du Noir projectionniste, personnage ridicule)
Trop mièvre : la musique de chiotte (la version trafiquée de la lettre à Elise au début est probablement une tentative de singer le grand Ennio Morricone ?) alors que d'habitude la bande son est un point fort de l'univers de Tarantino. La course de Mélanie Laurent à travers champ ! Le second degré du second degré n'est jamais loin du n'importe quoi.
Trop facile : proposer une scène de scalp pour réveiller le public, faire tourner la caméra autour des personnages comme dans le début de Reservoir, mettre des incrusts pour préciser qui est qui, mettre deux ennemis en face l'un de l'autre se mettant mutuellement en joue (ou en testicule pour être plus précis) ...
Trop d'onanisme cinéphilique : le film est bourré de références (aux stars du cinéma allemand, au 12 salopards d'Aldrich, aux séries B italiennes - d'où vient le titre du film lui-même, au cinéma français sous l'occupation), mais ça sert à quoi ?

Trop trop.

Pas assez de rythme, de virtuosité, d'effet de surprise, de cohérence narrative, d'efficacité scénaristique, qui sont habituellement des marqueurs tarantinesques.

Le côté cartoon, qui fonctionne assez bien quand Tarantino reste dans l'univers mythologique américain, résiste assez mal au frottement à l'Histoire. Le problème n'est pas que le Hitler de Tarantino ne soit pas crédible, il est qu'il n'est pas intéressant.

Et l'uchronie que propose le film pose question : que veut elle dire, si Martin Wuttke. Universal Pictures International Franceelle veut dire quelque chose ? L'étape d'après c'est quoi : Tarantino à Buchenwald ? Pour dire quoi, pour faire naître quel type de sentiments ?

Bien sûr tout n'est pas nul : les performances d'acteurs tout d'abord, Christoph Waltz fabuleux et justement récompensé à Cannes, Brad Pitt, qui commence à exceller dans les rôles d'idiot (c'est à se demander). Et puis de temps en temps un éclair de génie (le visage de Mélanie Laurent dans la fumée) ou un zeste d'efficacité (le gunfight dans la cave). Les digressions sur la nourriture et les boissons en général. Le jeu sur les langues (avec mention spéciale pour l'italien).

Mais tout cela ne fait pas un grand film. Juste un Tarantino.

 

2e

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Loin du paradis

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/00/02/15/35/p2.jpgFrustrations d'une épouse modèle dans les années 50 aux US : cela vous rappelle quelque chose ?

Eh oui, Loin du Paradis n'est pas si loin du pensum académique de Sam Mendes : Les Noces Rebelles. Dans les deux cas, des cinéastes modernes mettent en scène des situations de mélodrames que d'autres ont parfaitement filmés avant eux.

Quel intérêt, en 2003 comme en 2009, de montrer l'aliénation d'une américaine des années 50 dont le mari est homosexuel, et qui se découvre un penchant pour un homme noir d'un autre milieu social - ce qui n'est pas très bien vu à cette époque, quelle surprise - dans le même style que les cinéastes de l'époque ?

Si les scènes d'homosexualité étaient montrées avec plus de réalisme, si le traitement chromatique de l'image était moins daté, si l'histoire d'amour entre Dennis Haysbert et Julianne Moore était plus développée, on pourrait y voir quelque intérêt.

Pour ma part, je me suis ennuyé ferme et n'ai vraiment jamais accroché, mais peut-être ma vision récente des chefs d'oeuvre de Douglas Sirk y est pour quelque chose : ce n'est pas dans les nouveaux chaudrons qu'on fait les meilleures (vieilles) soupes.

 

1e

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[REC]

Manuela Velasco. Wild SideLes Espagnols sont plus forts que nous pour les films d'horreur.

Témoin ce [REC] assez plaisant et qui a collectionné les récompenses (Gérardmer, Sitges). Le concept est à la mode (Le Projet Blair Witch, Cloverfield), c'est celui de la caméra subjective, c'est à dire que ce que vous voyez est sensé être ce qu'a filmé un des personnages du film. Ici le prétexte est un reportage de télévision sur les pompiers.

Malheureusement, la sortie nocturne de nos amis bomberos va mal tourner, on s'en doute.

L'équipe intervient dans un immeuble dans lequel crie une vieille femme. Rapidement les autorités interdisent aux occupants (et aux pompiers, et aux journalistes) de sortir. On subodore le pire, qui ne manque pas d'arriver : un sale virus rode et pas de mal de monde va être contaminé.

Cela ne fait pas vraiment peur, mais le début est assez intéressant. Disons, jusqu'à l'entrée du biologiste. Pendant cette période on ne sait pas trop où on est. On se moque gentiment des journalistes qui ne veulent jamais arrêter de filmer, le policier essaye de maintenir l'ordre, les changements de tempo sont assez prenants (je pense à ces interviews assez cocasses de tous les habitants lors d'un temps mort dans l'atelier de confection). Ensuite ça devient un peu grand guignol et on voit bien que les réalisateurs ont du mal à finir leur film.

Le scénario tire mieux parti de la caméra subjective que Cloverfield, à mon avis. 

 

2e

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Le temps d'aimer et le temps de mourir

Le film est tiré d'une oeuvre d'Erich Maria Remarque dont le titre est "Le temps de vivre et le temps de mourir".

Que Sirk, ou les producteurs, je ne sais pas, ai transformé vivre en aimer est symptomatique. En effet, rarement l'amour aura aussi bien été montré que dans ce film : Liselotte Pulver et John Gavin, tous deux très bons, nous proposent ce qu'il y a de plus pur, de plus absolu en matière d'amour.

Pour dire la vérité, je suis entré dans ce film à reculons : mon premier Sirk (Tout ce que le ciel permet) m'ayant passablement déçu.

Donc, je suis là par un soir d'été, un peu embêté par des ennuis professionnels et les moustiques, et puis, et puis .... le film m'entraîne. Au début, je me dis "c'est un mélo classique, il va se passer et ceci, et cela...". Et puis, rien ne se passe comme prévu, le scénario (excellent) nous emmène quasi systématiquement là où on ne pense pas aller. Chaque plan est anéanti, remis en question, par le suivant, dans une sorte de tourbillon brillant et vertigineux.

Le film est concentré sur une permission d'une vingtaine de jours, entourée au début et à la fin, de scènes de guerre. Et durant cette vingtaine de jours, c'est toute une vie qui va se jouer. A un moment un personnage secondaire dit à Gavin : "Tu as déjà dépensé 3 jours, ce qui représentent 10 ans d'une vie !".

Un scénario de première bourre, des acteurs principaux irrésistibles, des acteurs secondaires excellents, et une mise en scène exceptionnelle dans sa sobriété. Combien de mouvements de caméra sublimes ? d'images magiquement surréalistes (le corbillard abandonné, le cheval qui brûle, etc...) ? d'éclairs assourdissants de beauté ?

Un chef d'oeuvre, condensé de beauté pure.

 

4e

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Whatever Works

Woody Allen et Larry David. Mars DistributionAprès 4 films en Europe, comment Woody allait-il négocier son retour at home ?

En trouvant en Larry David, entre autre acteur pivot de la fameuse série Seinfeld sur HBO, son parfait alter ego. Vieux, suffisant, bavard, hypocondriaque, misanthrope, goujat, il est parfait au début du film.

Il s'adresse à la caméra et dialogue avec les spectateurs (qu'il est le seul à discerner, car il a une "vision globale" des choses). C'est un génie. C'est pourquoi il a le droit d'être ignoble avec les enfants à qui il enseigne les échecs.

Sa rencontre avec la jeune bêtasse de province est assez amusant, bien qu'improbable, et donne lieu à toute une série de sorties plus méchantes les unes que les autres de la part de notre insupportable héros. Il faut dire que Evan Rachel Wood parvient à camper un personnage d'une sottise incommensurable. Encore une petite jeunette bien sexy déniché par notre vieux Woody, hum.

Dans la deuxième partie du film les parents de la petite sotte apparaissent et, pour moi, le film perd progressivement de son intérêt, tant les modifications affectant le père et la mère sont totalement invraisemblables. Quelle morale veut donner Woody Allen à cette deuxième partie ? Que la force de vie est plus forte que le cynisme ? Que le plus important est de trouver sa voie et de se réaliser ? Plus le film glisse vers sa fin, et plus l'aspect moralisateur un peu mièvre s'amplifie.

J'aurais préféré un plus de noirceur, et de profondeur psychologique, à l'image du merveilleux Match Point, le meilleur film de Allen depuis des lustres.

 

2e

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Phénomènes

Affiche teaser américaine. 20th Century FoxPhénomènes est à l'image de la carrière de son réalisateur, Night Shyamalan.

Sixième Sens, son troisième film, mais celui qui a marqué sa rencontre avec le grand public était franchement réussi.

Même si les ficelles y étaient un peu grosses, il fonctionnait, et bien malin celui qui peut se targuer d'avoir vu arriver le twist final sans avoir été prévenu avant. Incassable présentait un petit intérêt. Les films suivants marquent une longue dégringolade se terminant avec le pénible Jeune fille de l'eau, puis ce tristounet Phénomènes.

Et bien, pour le film, c'est pareil. Commencement sur les chapeaux de roues avec des images intrigantes, bizarres. Un terrible virus se répand qui pousse ses victimes à se suicider. Une ambiance qui évoque un peu Hitchcock et de très loin le Spielberg de la Guerre des Mondes, sans le sens inné de l'entertainment de ce dernier, évidemment.
Et puis au bout de 20 ou 30 minutes, le film périclite, se délite progressivement, sous l'influence du jeu transparent de Mark Wahlberg (mais pourrait il en être autrement ?), de l'indigence du scénario, du ridicule des péripéties.

L'ensemble est enrobé d'une sorte de message écologique mièvre et se finit en eau de boudin avec une dernière scène ridicule à Paris.

Comme quoi une bonne idée ne fait pas un film, loin de là.

 

1e

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L'age de glace 3

L'intérêt de l'age de glace 3 n'est certainement pas le scénario, assez quelconque.

C'est, comme dans les premiers opus, l'association des personnalités dissemblables des principaux personnages qui amuse.

La vivacité des observations et quelques trouvailles (la scène du gaz hilarant par exemple) laisse une impression pas déplaisante.
Sid est évidemment le plus réussi, élevant le niveau de bêtise (et de laideur) inconsciente à un très haut niveau. Diego vieillit, sa vue baisse, il a des états d'âmes. Manny se prépare à être un vrai papa poule, tout en restant la grosse bête maladroite qu'on connaît. Ellie sa compagne semble être le seul être équilibré dans la troupe. Les deux oppossums sont toujours aussi insupportables. Un nouveau compère apparaît en aventurier déjanté : Buck.

On pourrait rêver d'un épisode qui creuserait la veine relationnelle, sur lequel ne soufflerait aucun souffle d'aventure, et qui se contenterait de conter la vie quotidienne de notre petite horde : une sorte de Friends à l'age de glace...

Si le résultat n'est pas désagréable il faut tout de même reconnaître que le formule s'essouffle et que l'originalité du premier épisode est déjà bien loin, d'autant plus que Madagascar utilise les mêmes recettes, avec des références socio-culturelles plus riches.

Même Scrat, qui va découvrir l'amour, puis son épuisement dans un raccourci saisissant et assez machiste, n'est plus aussi craquant. Un divertissement honorable.

 

2e

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Fausta

Magaly Solier. Jour2fêteQue dire à propos de Fausta ?

Factuel : ce film a obtenu l'Ours d'or à Berlin (succédant à The Wrestler).

Esthétique : c'est probablement d'un point de vue visuel le plus beau film que j'ai vu depuis....que je tiens ce blog. Le nombre de plans d'anthologie est de l'ordre de la trentaine. Le travelling arrière sur le bateau et le tunnel est ce que j'ai vu de plus beau cette année.

Réaliste : si avant d'aller voir le film, on m'avait dit à quel point je me ferais chier pendant (en partie) je n'y serais pas allé. Si on m'avait dit à quel point son charme vénéneux pouvait être proche de celui de Mulholand Drive (dans un genre tout différent) j'y aurais couru.

Tiers mondiste : pour voir ce Lima là.

Médical : comment une pomme de terre enfoncée dans le vagin peut elle germer sans lumière ? (Vous allez me dire les pommes de terre dans les caves germent aussi).

Révolutionnaire : si vous voulez en savoir plus sur le Sentier Lumineux, n'allez pas voir ce film.

Scénaristique : le film est plus retord que sa trame linéaire semble le dessiner. Repensez y après l'avoir vu.

Ethnographique : des mariages comme ça, hein, vous saviez que ça existait ?

Mélomane : vous pensiez que des mélodies pareilles pouvaient être chantées ?

Midinette : elle a quelque chose cette actrice vous trouvez pas ? Pendant 90 % du film on dirait une huitre, mais LE moment où elle sourit, c'est BON, non ? Ca libère.

Et si tout simplement Berlin était plus audacieux que Cannes ?

 

3e

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Amerrika

Voilà typiquement le genre de film sympa auquel il est difficile de résister.

Une famille palestinienne est d'abord filmée en Palestine. Le mur (vision saisissante de cette horreur). Les contrôles israeliens haineux, mille fois montrés mais toujours aussi pénibles. Paysages désertiques. On y est vraiment, et sans la langueur traditionnelle des films proche-orientaux, ici le montage est rythmé.

Par un bonheur inespéré, la maman et son fils peuvent partir aux US rejoindre de la famille : contrastes en pagaille. Chaud / froid. Fantasme / réalité. Gay à cheveux bleux / mamma orientale.

Le film prend alors un rythme de croisière pas désagréable mais d'où toute surprise notable est exclue. Les méchants sont méchants (esquissés seulement), le gentil est gentil (et sauve la réputation de l'Amérique : le proviseur).

Les USA viennent d'envahir l'Iraq, cette famille palestinienne (et même pas musulmane) va se faire donc traiter d'Oussama comme il se doit par les red necks. Finalement une situation assez peu montrée, sauf dans les séries (je pense à 24 heures chrono).

Le plus intéressant dans le film, c'est la façon dont la famille d'accueil se délite. La performance de l'actrice principale tient la baraque : moins sculpturale et explosive que Ronnie Elkabetz, plus ronde, mais avec autant de pêche.

 

2e

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L'illusionniste

Affiche américaine. Michael London ProductionsJe ne me souviens pas trop du moment ou L'illusionniste est sorti. Il me semble peu de temps après Le prestige, un autre film sur le même milieu. Je confondais d'ailleurs un peu les deux, n'ayant pas vu le Prestige non plus.

Sur DVD ce qui frappe en premier lieu ce sont les couleurs volontairement jaunies, le flou hamiltonien et la reconstitution toute hollywoodienne de la Vienne du début du siècle. Tout ce décorum fait un peu toc.

L'histoire d'amour adolescente est tournée de façon vraiment mièvre. Lorsque Eisenheim commence ses tours l'intérêt montre d'un cran, mais malheureusement les numéros ne sont pas assez développés à mon goût.

Norton n'est vraiment pas un acteur que j'apprécie, je le trouve totallement insipide. Il l'est toutefois moins que Jessica Biel, absolument transparente. La bonne surprise vient de Paul Giamatti, changeant radicalement de monde après Sideways, mais toujours aussi "terrien", et accrochant l'intrigue à quelque chose de crédible.

Le film apparaît seulement sur sa fin comme un long prologue destiné à conduire à un twist insensé et diabolique, et dont le policier prend conscience grâce à une succession de flash backs très rapides, exactement comme à la fin de Sixième sens. Mais n'est pas Shyalaman qui veut.

 

1e

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Departures

Regent ReleasingIl faut bien le dire, c'est un peu parce que Departures avait emporté l'Oscar du meilleur film étranger au nez et à la barbe de Entre les murs (et de Valse avec Bachir) que j'ai eu envie de le voir.

L'histoire est celle d'un jeune japonais, joueur de violoncelle pas assez doué pour faire carrière à Tokyo, qui retourne dans sa province natale. Il va trouver un peu par hasard un travail dont personne ne veut, car il est tabou au Japon : préparer les cadavres avant leur mise en bière. Il va d'abord l'exercer sans le dire à sa femme, puis ... il va se passer plein de choses, et ce n'est pas le moindre des mérites de ce superbe film que de nous emmener à travers une histoire pleine de rebondissements.

Vous allez me dire, brrr, comme sujet on trouve plus joyeux. C'est vrai en principe, mais Six Feet Under, pour les connaisseurs, a largement prouvé que les histoires de croques-morts peuvent être captivantes, marrantes, et même sexy.

Le film a ceci d'étonnant qu'il multiplie les changements de ton : pendant toute la première heure du film, les rires fusent d'ailleurs dans la salle. A la fin, ce sont plutôt les sanglots retenus et les reniflements discrets qui prédominent, mais sans que le pathos soit sur-exploité, c'est simplement l'histoire qui atteint une densité exceptionnelle dans la deuxième partie.

Le film doit beaucoup aux remarquables acteurs. Le jeune héros est d'abord à la limite du burlesque, puis il s'opacifie, gagne en profondeur tout au long du film. Sa femme, petite souris inexistante, va elle-même profondément évoluer. Le patron est formidable de hiératisme patibulaire, et tous les seconds rôles sont parfaits.

La vie provinciale japonaise est superbement montrée, dégageant une belle impression Tsutomu Yamazaki. Metropolitan FilmExportde naturalisme et de symbolisme à la fois. L'intérêt des scènes de mise en bière, documentaires au début, pittoresques au milieu, romanesques vers la fin, est sans cesse renouvelé.


Mais la qualité ultime du film est dans la perception qu'il donne de l'éternel sujet vie/mort, décliné très subtilement à travers de nombreux sujets (printemps/hiver, animal/végétal, mort des parents / abandon des enfants). Il montre d'une manière bouleversante l'emprise de l'amour sur la mort.
Departures a rencontré un grand succès au Japon, et a gagné fort justement de nombreux prix internationaux avant de triompher à Los Angeles.

Un film magnifique, à découvrir immédiatement.

4e

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Etreintes brisées

Ce n'est probablement pas avec ce film qu'Almodovar pouvait espérer gagner la Palme d'Or. Il n'est pas mauvais, ce n'est simplement pas le plus abouti de son auteur, loin de là.

Moins alerte que Volver, moins complexe que La mauvaise éducation, moins intense que Parle avec elle, Etreintes brisées souffre un peu d'anémie.

On s'intéresse d'assez loin aux personnages, sans que je sache bien expliquer pourquoi : peut être sont ils un peu trop caricaturaux dans leur ensemble à l'image du fils gay Ray X, et même dans une certaine mesure du personnage de Lena elle-même.

De temps à autre, Almodovar, qui semble globalement tourner ce film avec le frein à main serré, se lâche et redevient un immense cinéaste le temps d'une scène (lorsque Pénélope "double" son propre personnage projeté sur l'écran par exemple, une scène sublime, ou lors des travelling latéraux entre Harry et celui qu'il ne sait pas être son fils, ou en filmant simplement des draps). 

Un petit creux relatif donc à mon sens dans la carrière de l'espagnol, en forme d'hommage passionné à Penelope Cruz, et un peu limité par cela peut-être. Pedro devrait peut-être se ressourcer en allant voir ailleurs et autre chose, comme Woody Allen l'a fait en allant tourner 3 fois en Angleterre, puis une fois en Espagne. Almodovar à New York, ça aurait de la gueule, non ?

A voir quand même bien sûr, ne serait-ce que pour Penelope en blonde.

 

3e

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