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Christoblog

Captive

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/07/85/20023516.jpgLa jeune carrière de Brillante Mendoza est déjà bien remplie : un film culte très violent (Kinatay), la description provocante d'une famille tenant un cinéma porno (Serbis), un portrait de grand-mère sans concession (Lola).

Cette fois-ci, Mendoza raconte l'enlèvement d'un groupe de touristes aux Philippines, en se basant sur les actions bien réelles du groupe terroriste Abu Sayyaf.

Le film est très prenant par sa façon de proposer un réalisme sans concession. Les scènes de violence sont extrêmement bien faites, la nature y est montrée avec une sorte de réalisme poétique qui évoque le cinéma de Malick, débarrassé de son côté new age. On est littéralement happé par toute la première partie du film, bulldozer narratif naviguant en pleine mer, s'enfonçant dans la jungle, visitant un hôpital, tuant des soldats et sacrifiant des otages. Tout est remarquable dans cette première partie : il est clair que Mendoza est un formaliste hors pair, sa façon de filmer est hyper-sensible et sa narration parfaitement fluide. Le moindre détail semble pensé, les acteurs sont absolument parfaits et la sensation de naturalisme atteint des sommets. Les ravisseurs comme les otages sont montrés avec de multiples nuances, en dehors de tout cliché.

La prise d'otages s'éternisant (mais c'est peut-être aussi un charme du film) plus d'un an, la routine s'empare à la fois de l'histoire et de sa narration, rendant la deuxième partie du film moins passionnante, d'autant que l'interprétation d'Isabelle Huppert m'a parue inégale.

Ceci dit, le film a forcé mon admiration par ses qualités formelles et sa puissance narrative. Mendoza est sans conteste un grand cinéaste de demain.

 

3e

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Le festival des festivals

FestFest1.jpg

Merci 1000 fois à PierreAfeu pour sa magnifique bannière !

Hé oui, après 6 mois d'absence, les festivals sont de retour sur Christoblog. Pour les petits nouveaux je rappelle le principe : le festival est ouvert à ceux qui tiennent un blog, et les critiques de films doivent être consultables par tous les participants. Chacun m'envoie son classement des films par message privé : le meilleur film a 7 points, le moins bon 1 point. Le film gagnant est celui qui a le plus de points. Attention : pour que le vote d'un blogueur soit pris en compte, il doit avoir vu tous les films.
Avec son classement, chacun m'envoie également ses :
- 2 meilleurs acteurs

- 2 meilleures actrices
- 2 meilleurs scénarios
- 2 meilleurs réalisateurs
repérés parmi les films vus.

Pour cette fois-ci, ce sont les critères de sélection qui changent : je vous propose de n'aller voir que des films présentés dans les plus grands festival de cinéma, c'est le festival des festivals !

3 octobre Despues de Lucia de Michel Franco, Prix Un certain regard, Cannes

 17 octobre Paperboy de Lee Daniels, Sélection officielle, Cannes  

17 octobre César doit mourir des frères Taviani, Ours d'or, Berlin

24 octobre Amour de Michael Haneke, Palme d'or, Cannes

14 novembre Après mai d'Olivier Assayas, Prix du scénario, Venise

5 décembre Tabou de Miguel Gomes, Prix Alfred Bauer, Berlin

12 décembre Les bêtes du sud sauvage de Behn Zeitlin, Caméra d'or, Cannes

Pour s'inscrire c'est simple : un commentaire sur cet article et c'est fait.

Si vous voulez suggérer un autre film à voir, vous pouvez aussi, votre proposition sera mise en débat.

Déjà inscrits : ffred, robin, Bob Morane, pépito, Hallyne, Félix, pierreAfeu, heavenlycreature, Marcozeblog, Claire,

 

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Compliance

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/70/83/20179210.jpgSi vous ne voulez pas connaître le sujet du film, arrêtez vous de lire immédiatement cet article, parce que je vais le dévoiler ici, maintenant, tout de suite : un canular pervers pousse une gérante de fast-food à humilier (puis à faire violer indirectement) une employée, simplement en obéissant aux ordres d'un faux policier donnant des consignes par téléphone. L'histoire est inspirée de plus de 70 cas similaires s'étant déroulés aux USA.

Vous voyez immédiatement ce qui vient à l'esprit de tout spectateur normalement constitué : obéir aux ordres aveuglement ne donne rien de bon (la fameuse expérience de Milgram), et tout ça nous mène droit au nazisme.

Le problème, c'est que le film ne parvient à aucun moment à nous faire saisir exactement pourquoi les protagonistes agissent aussi bêtement qu'ils le font. Toutes les 5 minutes on a envie de se lever en criant : "Là il suffirait de faire semblant" ou "Là il suffirait d'appuyer sur la mauvaise touche" ou ...etc. En d'autres termes le film démontre que quelqu'un d'intelligent et de persuasif peut manipuler plusieurs imbéciles surmenés, ou ivres (victime comprise, malheureusement). Belle découverte !

D'un point de vue purement cinématographique, le film n'est pas très bon, même s'il lui arrive d'être efficace, un peu poseur (ces gros plans façon auteur), sans vrai point de vue, et sans grand rythme. J'aurais aimé que la dernière partie, qui montre les conséquences de l'agression, soit plus développée.

Poussif.

 

2e

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Vous n'avez encore rien vu

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/88/64/60/20110428.jpgUn metteur en scène est mort.

Il invite par message posthume tous les acteurs et actrices qui ont compté pour lui.

Arrivent alors en ordre dispersé une joyeuse troupe toute au plaisir de se retrouver : Pierre Arditi, Michel Piccoli, Sabine Azéma, Mathieu Amalric, Anne Consigny, Anny Duperey, Hippolyte Girardot… La réunion a lieu dans une bâtisse inquiétante, curieusement onirique et comme construite dans les limbes.  

Ils sont tous là, chacun jouant son propre rôle.

Les effusions passées, ce joli monde s’installe dans de confortables fauteuils et découvre le but de leur réunion : autoriser ou non une jeune troupe de théâtre à jouer l’Eurydice d’Anouilh dans une version moderne.

A cet effet est projetée sur un grand écran une vidéo de la représentation, et chacun est amené à donner son avis. Tous les acteurs invités ont déjà joué la pièce et sont donc habilités à porter un jugement, mais ils vont progressivement céder à la tentation de se renvoyer les répliques en même temps que les jeunes acteurs visibles à l’écran.

Ainsi vont se reformer sous nos yeux émerveillés les anciens couples Orphée/Eurydice : Arditi/Azéma, Wilson/Consigny… Le pitch du film peut sembler désuet ou anecdotique, d’autant que la pièce d’Anouilh est un peu datée, mais ce serait sans compter avec la virtuosité exceptionnelle d'Alain Resnais. A 90 ans, celui-ci se révèle être un magicien cinéaste (à croire que l’extrême âge rajeunit les cinéastes, comme en a témoigné aussi le magnifique Mystères de Lisbonne de Ruiz l’an dernier). Le film devient progressivement un pur enchantement de mise en scène, épuisant l’imagination et multipliant les figures de style novatrices. Les différentes scènes de la pièce sont jouées deux fois, se reflètent, se répètent, se répondent, les décors s’effacent, se transmutent, des portes apparaissent, des trains surgissent du néant. On est complètement saisis par la magie du théâtre, et les acteurs finissent par être comme des ectoplasmes flottant dans l’imaginaire, à la fois symboles et incarnation de la force créatrice d’un écrivain, et d’un cinéaste.

C’est beau, intelligent, divinement réalisé, magnifiquement joué (Amalric y est une fois de plus fantastique) et diablement émouvant. Le film n’a rien d’un testament, et est irrésistiblement joyeux. Un prix de la mise en scène aurait été parfaitement mérité à Cannes.

Le titre est très bien trouvé : je n’avais encore rien vu de pareil.

 

4e 

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Monsieur Lazhar

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/28/12/19833124.jpgL'académisme est-il soluble dans l'émotion ?

 

Voilà la question qu'on peut légitimement se poser après avoir vu le film du québécois Philippe Falardeau. Parce qu'autant le dire tout de suite, il est difficile d'imaginer une façon de faire un film qui soit en apparence plus simple que celle-ci, une approche des sentiments plus pudique ou un jeu d'acteur plus convenu.

 

Le film possède donc tous les attributs pour se faire dégommer par le critique moqueur et mauvais esprit...

 

...et pourtant, malgré toute ma mauvaise foi habituellement acide, je dois bien admettre que malgré son aspect si lisse, Monsieur Lazhar arrive à toucher au coeur. La prestation étrange, un peu lunaire, de Fellag y est certes pour beaucoup, mais la façon de jouer des enfants, notamment du couple principal (photo ci-dessus), aussi.

La mise en scène, qui peut paraître un peu lymphatique, est parfois percutante, comme dans cette scène de pré-générique, très maîtrisée.

 

Sur le fond, alors que le film parle de la mort sous différents aspects (suicide, attentats), il ne parvient pas à être complètement triste. S'il peut apparaître simpliste, on découvre progressivement plusieurs pistes, plusieurs sujets, qui au final en fond un puzzle assez complexe. Ce sont ses nombreuses petites contradictions qui rendent attachant Monsieur Lazhar.

 

Je conseille donc.

 

3e

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Quelques heures de printemps

Disons-le tout net, Quelques heures de printemps est un bijou, un chef-d'oeuvre en creux, un film réduit à l'os, qui vous laisse pantelant et apaisé.

L'idéal est d'aller voir le film sans en connaître le thème, comme je l'ai fait. On a alors le plaisir de découvrir petit à petit, par allusions successives, le drame qui est en train de se jouer. Stéphane Brizé réduit sa mise en scène à ce qui fait l'essence du cinéma : un cadrage discret et recherché, une façon de filmer les visages comme des paysages, de prendre son temps pour tenter d'approcher au plus près de la réalité.

C'est très souvent vertigineux tellement le jeu des acteurs y est intense. Vincent Lindon est utilisé à la perfection. Certes il joue une sorte d'essence de Lindon, mais sa prestation est parfaite. On se souviendra longtemps de son pétage de plomb. C'est son plus beau rôle. Hélène Vincent, quant à elle, est au-delà de tous les compliments qu'on peut inventer : il faut courir voir le film, ne serait-ce pour sa prestation, qui défie les lois du jeu. Elle est bouleversante.

Même la bêtise abyssale d'Emmanuelle Seigner est parfaitement utilisée (oups, ça m'a échappé). Olivier Perrier, à l'unisson, est aussi particulièrement émouvant.

Précis, intense, chirurgical et psychologiquement très riche : on pense à Bergman et à Kieslowski...

Si vous n'allez voir qu'un film en cette rentrée allez voir celui-ci. Vous en sortirez bouleversé, probablement après avoir trempé l'écharpe dont vous aurez pris le soin de vous doter pour éviter de trop renifler. Bouleversé, mais heureux.

 

4e

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The walking dead (Saison 1)

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/78/35/82/19783229.jpgAprès Mad men et Breaking bad, voici une troisième série de la petite chaîne US qui monte, AMC.

The walking dead est tiré d'un comic-book à succès. Le prétexte est assez simple, et rappelle celui du film de Danny Boyle 28 jours plus tard : un flic tombe dans le coma et lorsqu'il se réveille sa famille a disparu et le monde est envahi de zombies.

Le début de la série est assez prometteur, avec des zombies terrifiants et un acteur principal, Andrew Lincoln, qui donne une épaisseur réaliste à son personnage. La fin de l'épisode 1, et le début du 2 sont en particulier très réussis, avec des vues d'Atlanta désertée qui sont assez frappantes. Les images et les effets spéciaux sont de qualité cinématographique.

La série se banalise un peu lorsque le héros retrouve un groupe de survivants (dont sa famille) : les schémas psychologiques deviennent alors un peu simplistes et on se demande si les scénaristes n'ont pas avalé une boîte de lexomyl. Même si certains personnages sont attachants, l'intérêt peine à se maintenir, jusqu'au dernier épisode qui génère un regain de frissons avec la découverte d'un savant complètement isolé dans son bunker.

Malgré ses imperfections la série de Franck Darabont se laisse regarder, notamment parce qu'on est indéfiniment curieux de voir où les pas de ces ultimes rescapés vont les conduire. Leur situation semble absolument désespérée, et c'est ce qui est drôle.

A noter la brièveté étonnante de cette première saison (6 épisodes seulement, contre 13 pour la deuxième et 16 pour la troisième), qui montre bien qu'il s'agissait d'un ballon d'essai qui n'aurait pas été renouvelé si le succès n'avait pas été là.

J'affinerai mon avis lors de la deuxième saison, qui attend sur mon étagère de rejoindre le lecteur de DVD Sony.

 

2e

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Cherchez Hortense

http://www.cine-partout-toutletemps.fr/articles/wp-content/uploads/hortense-1.jpgVoici un film tout entier contenu dans son titre, son affiche et sa bande-annonce.

 

Le titre est incongru, sans grand rapport avec le contenu du film, fait chic et tombe à plat.

 

L'affiche, en forme de puzzle, caricature ses personnages et émiette le propos.

 

La bande-annonce comprend approximativement toutes les bonnes scènes du film, et dévoile en gros l'essentiel de l'intrigue.

 

Le film de Bonitzer ne parvient à être qu'un manifeste bobo, maniant avec distance une mélancolie toute parisienne qui se regarde le nombril sans jamais paraître incarnée. A part Bacri assez juste et Isabelle Carré toujours séduisante, les autres personnages ne sont que des ectoplasmes sans substance. Kristin Scott Thomas joue comme un pied, Jackie Berroyer cabotine, l'enfant est anecdotique, Claude Rich ne parvient jamais à sortir de son rôle fantoche, soeur et beau-frère ont vu leur rôle écrits par un enfant de 6 ans.

 

Le scénario est d'une banalité affligeante et brasse les bons sentiments avec un mauvais goût vulgaire, à l'image de ce vieux chinois à la fin du film, reprenant lourdement une anecdote crypto-mystique. On passera sur les invraisemblances éhontées de ce qui nous est compté (quel hasard que l'Aurore de la librairie soit justement la Zorica à sauver), pour souligner l'incurie paresseuse de la mise en scène.

 

On peine à comprendre l'enthousiasme quasi-général des critiques devant cette oeuvrette, à moins d'y voir la manifestation d'une complicité parisianiste.

 

1e

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Mad men (Saison 4)

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/66/88/40/18961598.jpgVoilà, j'ai enfin fini les saisons de Mad men disponibles en DVD.

Alors que je m'attendais à être déçu par cette saison qui marqua une sorte de coup d'arrêt dans la diffusion de la série (marquant une interruption d'une annnée sabattique avant la diffusion de la saison 5) il s'avère que celle-ci est ma préférée.

Le rythme un peu lent de certaines saisons (le début de la 1, une partie de la 3) est ici oublié au profit d'une narration qui m'a semblée plus proche des standards habituels des autres séries, et qui me convient parfaitement.

Le début de cette saison 4 est marquée par une progression dramatique ensorcelante : la descente aux enfers progressive, mais assez rapide, de Don Drapper. Séparé de Beth (la pauvre n'est pas beaucoup mieux lotie psychologiquement que son ex-mari), Don pète gravement les plombs, de plusieurs points de vue, sentimentaux et professionnels (pour la première fois).

Son passé se solde dans un deuil prévisible, mais néanmoins douloureux. Cette partie de l'intrigue, qui m'intrigua si profondément dans les saisons précédentes se trouve donc expédiée un peu abruptement, mais ce n'est pas pour me déplaire.

Ce sont d'ailleurs ces différentes accélérations narratives qui troublèrent à mon avis les amateurs de la première heure, peu habitués à voir dans cette saison se dénouer en un clin d'oeil des situations qui d'habitude auraient fourni matière à 6 ou 7 épisodes.

Beaucoup d'éléments annexes m'ont beaucoup plu, je pense par exemple à cet accès de racisme anti-japonais de Sterling, ou à l'émancipation progressive mais bien réelle de Peggy.

La réalisation reste au niveau le plus élevé qu'on ait pu voir pour une série, et la reconstitution de l'époque dans les moindres détails est une pure merveille.

Vivement la saison 5, en cours de diffusion aux US.

Mad men sur Christoblog : Saison 1 / Saison 2 / Saison 3

 

4e

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Des hommes sans loi

Lors du dernier festival de Cannes, nous fûmes quelques-uns à nous demander ce que Lawless (Des hommes sans loi) pouvait bien faire en compétition.

Le film réussit en effet à n'être "rien".

Pas franchement bon, puisqu'on s'y ennuie un peu et que globalement l'histoire racontée ne présente aucun intérêt. Pas vraiment mauvais, puisqu'on ne peut pas lui reprocher une malfaçon qui le rendrait inconsommable. Pas académique non plus, puisque ce terme sous-entendrait que quelque chose relie ce film au passé, ce qui n'est pas franchement le cas. Pas excitant, même s'il essaye de le paraître avec ses crises de violence extrême (un syndrome Drive ?).

Ah si, on peut peut-être dire que le film est franchement sexiste, sacrifiant deux magnifiques actrices (Jessica Chastain et Mia Wasikowska) sur l'autel d'une production semblant exclusivement tournée vers un casting masculin pourtant totalement insignifiant (on connaîtra Shia LaBeouf plus convaincant chez Andrea Arnold ou Lars von Trier).

Quant au réalisateur, vous ignoriez son nom ... et vous allez continuer.

Voici ce que j'écrivais dans mon carnet cannois, au sortir de la salle : "Film de gangster à la campagne, en forme de western spaghetti. Des maladresses de mise  en scène, un peu empesée, vernissée, ripolinée. Des éclairs de violence horribles qui choqueront le grand public américain".

En plus je n'ai pas franchement détesté, c'est juste que la présence à Cannes de ce film reste un mystère complet.

 

1e

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The we and the I

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/66/52/20108200.jpg

La Quinzaine des réalisateurs 2012 fut d'un excellent niveau, joyeuse et exigeante. Deux films jouissifs en furent les étendards parfaits, celui qui en fit l'ouverture, The we and the I, dont il est question ici, et celui qui en fit la cloture, Camille redouble de Noémie Lvovsky.

 

Michel Gondry a tourné The we and the I avec des ados New-Yorkais qui jouent pratiquement leur propre rôle. Nous sommes à la fin de l'année scolaire, et tout le monde monte dans le bus pour rentrer chez lui en banlieue, après avoir récupéré son portable laissé en consigne à l'épicerie du coin (une idée !).

 

Gondry construit son film quasiment exclusivement à l'intérieur du bus, filmant avec une habileté insensée les conversations entre les différents protagonistes.

 

Au fond du bus, une belle brochette de racailles. On n'a plus d'une fois envie de les baffer tellement ils sont ignobles, verbalement violents, mais ... drôles. A l'avant, une conductrice de bus qui se fait respecter. Entre les deux, tout un monde où toutes les personnalités se retrouvent : un couple gay, deux copines, un dessinateur de manga timide, deux musicos trolls, une vieille dame blanche, etc.

 

Entre ces personnages se dessinent bientôt des arcs narratifs parfois anecdotiques, souvent graves (l'amour, l'estime de soi, la relation au corps et à la sexualité, l'insertion sociale dans le groupe, la violence, les rapports entre filles et garçons) et même dramatiques. Gondry, qui exploite ici une veine réaliste et même naturaliste, n'oublie pas toutefois de parsemer son film de trouvailles géniales (l'utilisation des smartphones est un des ressorts narratifs du film, des vidéos imaginaires reflètent les sentiments des jeunes) et bricolées dont il a le secret. Il réussit même à donner à voir de véritables moments de poésie.

 

Si le film est génial, c'est aussi parce que les jeunes acteurs / actrices possèdent une énergie débordante, une gouaille irrésistible qui rappelle les premiers Spike Lee.

 

The we and the I est donc intelligent, extrêmement drôle, émouvant, passionnant, et sa projection le soir de mon arrivée à Cannes fut l'un des plus grands moments de ma semaine sur la Croisette.

 

4e

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Camille redouble

Comme je le disais dans l'article consacré à The we and the I, la Quinzaine des Réalisateurs fut cette année la sélection de Cannes dans laquelle on a le plus ri. Alors que la sélection officielle s'engonçait dans une pose auteuriste, les cinéastes de la Quinzaine nous faisaient plaisir avec des films énergiques et brillants.

Cela faisait un bout de temps que Noémie Lvovsky n'avait pas réalisé (2007 avec Faut que ça danse). Pour son retour derrière la caméra, elle se fait radicalement plaisir avec un argument à la Peggy Sue got married (Coppola) : une femme mûre se retrouve projeté au temps de son adolescence.

Contrairement à la plupart des films traitant du sujet des voyages dans le temps, Camille redouble ne s'attarde pas trop sur les éternels paradoxes tournant autour de la possibilité de changer le destin. Son intérêt réside plus dans le décalage subtil entre le personnage de Camille, qui garde son corps d'adulte et sa maturité, et son environnement. Le dispositif est sur le papier totalement absurde, et pourtant on y croit à fond, tellement le sujet est bien traité au niveau des sentiments. Noémie Lvovsky réussit l'exploit de nous faire croire que ses copines de l'époque la voit jeune, alors que nous la voyons agée.

Ajoutons que ce film admirable parvient à nous faire passer de francs éclats de rire à de gros sanglots compulsifs en quelques secondes, par la grâce d'une approche qui est souvent tendre et poétique. Camille, qui sait quel jour et à quelle heure sa mère va mourir, enregistre sa voix pour s'en souvenir, et c'est tout simplement bouleversant.

Si je ne vous ai pas encore convaincu, je finirai par évoquer une nostalgie des années 80 délicieuse (ah, le vieux T-shirt des Clash !) et une pléiade d'acteurs assurant des seconds rôles à casser la baraque : Yolande Moreau, Jean Pierre Léaud, Mathieu Amalric (en prof pervers), Michel Vuillermoz, Denis Podalydes.

Camille redouble va rendre l'automne souriant et ensoleillé, profitez-en.

 

4e 

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Killer Joe

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/38/83/20161781.jpgLe dernier film de William Friedkin est à déconseiller aux âmes sensibles. Non pas qu'il soit outrageusement violent ou gore (à la Noé ou à la Refn par exemple) : il est simplement d'un noir absolu.

Nous pénétrons dès le début au sein d'une famille white trash du plus pur style : caravane, père d'une bêtise abyssale, belle-mère d'une vulgarité insondable, fils complètement raté échouant lamentablement dans toutes ses initiatives, fille sexy et bébête se réfugiant dans son monde secret. Tout ce laid petit monde vit en Louisiane et décide de concert de supprimer la mère (absente) pour toucher l'assurance vie. Pour cela entre en jeu un tueur glaçant, incarné par le formidable Matthew McConaughey.

Evidemment, l'histoire finira très mal.

Plus qu'un film violent, Killer Joe est une formidable machine a exposer la veulerie, la traitrise, l'imbécillité crasse, le vice et la perversion. C'est ce qui a valu au film une sortie des plus limitées aux USA.

Friedkin semble prendre un malin plaisir à torturer notre sens moral, en multipliant les scènes dérangeantes, telle celle de la fellation pratiquée sur un pilon de poulet, assez terrifiante de perversité voyeuriste - et immédiatement culte. L'innocence est maltraitée tout au long du film, puisque la jeune fille est donnée en caution au tueur qui en abuse immédiatement, avec une efficacité absolument redoutable et un brio qui rend Friedkin l'égal des plus grands maîtres du cinéma hollywoodien.

En tant que spectateur il faut bien avouer que le plaisir éprouvé à la vision de Killer Joe est un brin inavouable, mélange de sidération exaspérée et d'excitation coupable.

Pour ma part, un petit regret concernant le dernier plan : je n'aurais pas fini le film ainsi. Mais je ne suis pas Friedkin, Dieu merci.

 

3e

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La Vierge, les Coptes et moi

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/73/19/20140075.jpgIl y a parfois de petits miracles dans le système de distribution français. Qu'une fenêtre de sortie ait pu être trouvée pour un film aussi saugrenu que La Vierge, les Coptes et moi en est un.

J'avais entendu parler de ce film à Cannes : ceux qui l'avait vu dans le cadre de la souvent passionnante programmation ACID en parlaient avec un filet d'émotion dans la voix.

Le prétexte est insensé pour un premier film : le réalisateur Namir Abdel Messeh, Français d'origine copte égyptienne , décide de tourner un film sur les apparitions de la Vierge aux communautés coptes d'Egypte, intrigué par une K7 que lui montre sa mère. Il se rend en Egypte pour constater rapidement toutes les difficultés que présente ce projet : tracasseries administratives, contraintes de toutes sortes, mauvaise foi des témoins... à tel point que le film, assez intéressant et parfois burlesque dans son début, semble atteindre une sorte de cul-de-sac scénaristique vers son milieu.

C'est à ce moment que les idées géniales se succèdent : d'abord la décision de rendre visite à sa famille maternelle dans un petit village de haute Egypte, puis l'arrivée de sa mère pour aider à finir le film, et enfin la volonté de tourner un film dans ce petit village qui reconstitue une apparition de la Vierge. A partir de ce moment le film devient franchement hilarant (ah, le casting des villageoises pour le rôle de la Vierge) et sur la fin profondément touchant. Bien sûr l'allégorie sur la puissance du cinéma est un peu grosse, mais il faut dire que cela fonctionne parfaitement et qu'on est bouleversé par cette image des villageois qui regardent leur propre film avec la même sidération que s'ils regardaient une véritable apparition de la Vierge.

Si le film n'évite pas complètement quelques facilités (certaines sont très amusantes, comme les vrai-faux coups de fil du producteur), il gagne son pari osé en mélangeant un aspect bricolo de génie à la Gondry à une mise en abyme tendre et ironique à la Moretti.

Le film est enfin un chant d'amour envers ce petit peuple égyptien, toujours si prompt à s'amuser, à s'émerveiller et à faire preuve d'auto-dérision (on songe aux romans de Mahfouz et aux films de Nasrallah).

Vous l'avez compris, je recommande chaudement d'aller voir ce petit bijou qui vous regonflera le moral à bloc, si vous en avez besoin.

 

3e

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Tokyo park

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/40/08/20143501.jpgKoji, jeune apprenti photographe, est embauché par un mari jaloux pour suivre la femme de ce dernier durant ses promenades dans les différents parcs de Tokyo. Koji va-t-il tomber amoureux de sa cible ? Pourquoi cette femme ne va-t-elle que dans les parcs ?

 

Le dernier film de Shinji Aoyama multiplie les fausses pistes pour mieux nous égarer. Au prétexte vaguement Antonionien exposé ci-dessus s'ajoutent en effet rapidement le fantôme d'un ami mort, une drôle de famille recomposée et des connaissances malheureuses et excentriques.

 

Le film est à la fois une très jolie galerie de portraits et un tableau extrêmement séduisant de la mégapole tokyoïte. Mais il est aussi diablement lent, au moins dans sa première partie. Le rythme s'accélère un peu à partir de la révélation qui ponctue le milieu du film, mais sombre ensuite dans un pathos bien naïf dans sa toute dernière partie.

 

C'est au final une impression mitigée qu'il laisse, entre sentiment d'avoir partagé des moments de vie avec un groupe d'amis et irritation d'avoir été l'objet d'une manipulation un peu poussive.

 

La mise en  scène d'Aoyama oscille curieusement entre une sobriété de bon goût agrémentée de vrais moments de grâce (ces beaux regards caméra) et une propension à la facilité coupable (ces plans de coupe au zoo).

 

A conseiller donc en priorité aux inconditionnels du cinéma nippon.

 

2e

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