Christoblog

L'adieu à la nuit

Le cinéma d'André Téchiné semble au fil du temps tendre vers un certain classicisme : personnages bien dessinés, intrigue qui se nourrit de l'interaction entre les protagonistes, montage classique, décors naturels magnifiés. 

L'adieu à la nuit est de ce point de vue une vraie réussite. Catherine Deneuve excelle dans ce rôle de grand-mère terrienne, et pour son huitième film avec son complice André Téchiné, elle fait la preuve qu'elle est vraiment une actrice monstrueuse. Kacey Mottet Klein et Oulaya Hamamra (si vous pensez l'avoir déjà vu crever l'écran, ne cherchez  pas, c'est dans Divines) fournissent à la grande Catherine une opposition de haut niveau.

Sur le sujet casse-gueule de la radicalisation, Téchiné réalise un quasi sans-faute. On perçoit que le film se base sur une soigneuse documentation, et la façon dont les modalités d'un exil en Syrie sont décrites est glaçante de précision (les coûts à engager, le rôle des intermédiaires...).

Les raisons de la radicalisation d'Alex ne sont qu'esquissées, mais le peu qu'on en comprend (une raison de vivre, une quête de pureté, un rejet du mode de vie occidental, l'absence de la mère) suffit à donner une vraie épaisseur à sa démarche.

La mise en scène est remarquablement vive et enlevée pour un monsieur de 76 ans. 

En résumé, un bon moment, peut-être (et c'est le reproche principal qu'on peut faire au film) un peu trop long.

André Téchiné sur Christoblog : L'homme qu'on aimait trop - 2014 (**) / Quand on a 17 ans - 2016 (**) / Nos années folles - 2017 (***)

 

2e

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Concours DVD Continuer (Terminé)

A l'occasion de sa sortie, je vous propose de gagner 3 exemplaires du DVD Continuer de Joachim Lafosse, avec Virginie Efira.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante, en incluant SVP une faute d'orthographe dans votre réponse : "Dans pays se passe le film ?"
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 7 mai 20 h.
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite le DVD envoyé par le distributeur. NB : un des trois DVD sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)

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90's

Difficile de ne pas penser au travail de Gus Van Sant et de Larry Clark en abordant ce premier film de l'acteur Jonah Hill. Le milieu du skate qu'il décrit rappelle en effet celui de Paranoïd park ou de Wassup rockers.

90's est pourtant assez différent des films précités : on est ici plutôt dans une sorte d'attentive introspection nostalgique, servie par une mise en scène plutôt classique et un montage au cordeau.

En suivant le parcours initiatique du très jeune Stevie, interprété magistralement par le très bon Sunny Suljic, on devine qu'on revisite une partie de la jeunesse de Jonah Hill à Los Angeles.

Le film est doté d'une grande sensibilité psychologique. Chaque personnage est croqué avec précision et délicatesse, au fil d'une narration habile qui sait créer à la fois l'émerveillement (ces longues descentes en skate filmées au milieu de la rue), l'amusement et la surprise, à l'image de la dernière partie du film, très réussie dans sa concision brutale et elliptique.

Un très bon moment, empli d'une tendresse solaire.

 

3e

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El reino

Ayant très moyennement apprécié l'esbroufe désordonnée du film précédent de Roberto Sorogoyen (Que dios nos perdone), je suis allé un peu à reculons voir El reino.

Si le style de réalisateur est toujours le même (tour de force permanent dans la mise en scène et narration saccadée), j'ai trouvé que la conduite du film était cette fois-ci menée avec beaucoup plus de maîtrise.

Ce qui paraissait outré et invraisemblable dans le film précédent du réalisateur espagnol semble ici mieux coller au scénario. On est donc progressivement happé par le toboggan sensoriel que constitue El reino : tour à tour fasciné et dégoûté par ce monde de collusions politiques à la petite semaine, puis associé presque contre notre gré à la cavalcade sauvage de son héros, avant de finir hébété devant le plan final, qui nous laisse comme deux ronds de flan.

Alors, oui, c'est du cinéma décomplexé du travelling et qui ne rechigne pas aux effets les plus faciles (du fish eye bien angoissant au gros plan bien resserré), bref du cinéma à la Sorrentino (le génie baroque en moins), mais cette fois-ci je suis plutôt tombé avec plaisir dans les pièges qui m'étaient grossièrement tendus. L'interprétation époustouflante - et épuisante - d'Antonio de la Torre n'y est pas pour rien.

Roberto Sorogoyen sur Christoblog : Que Dios no perdone - 2017 (*)

 

3e

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Concours DVD Le temps des forêts (Terminé)

A l'occasion de sa sortie, je vous propose de gagner 3 exemplaires du DVD Le temps des forêts (page FB du film). Il s'agit d'une édition collector avec 5 court-métrages inédits du réalisateurs Farnçois-Xavier Drouet.

Le temps des forêts a remporté le Grand Prix de la Semaine de la Critique, lors du Festival de Locarno 2018.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "Dans quelle région est tourné le film ?"
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 29 avril 20 h.
 
Le DVD est édité par KMBO (boutique en ligne). 
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite le DVD envoyé par le distributeur. NB : un des trois DVD sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)

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En liberté !

Rarement les phrases d'accroche figurant sur une affiche m'auront parues plus mensongères que pour ce film.

En effet, en ce qui me concerne, pas de "rires en cascade" à la vision de En liberté !, mais simplement quelques sourires intermittents et de grands moments de gêne quand un pseudo-gag tombe à plat (comme les apparitions successives du serial killer aux sacs en plastique).

Cette comédie qui n'est pas pour moi "hilarante", n'est pas non plus "bourrée d'émotion". Le rôle tenu par Mio Marmaï m'a plus énervé qu'il ne m'a ému. Ce dernier surjoue le déprimé injustement emprisonné, à moins que son personnage ne soit mal écrit, ou que l'impression générale de raté résulte d'un mélange de ces deux carences.

C'est en fait tout le film qui me semble bancal. Pierre Salvadori semble essayer de paraître décalé à tout prix. Que la plupart des critiques se déclarent séduits par ce pensum me laisse complètement interdit. Mettre dans la bouche d'Adèle Haenel un "putain" tous les trois mots, imaginer un cambriolage en vêtement sado-maso, faire fumer un personnage un sac en plastique sur la tête : toutes ces idées semblent avoir germé dans le cerveau d'un élève de collège à qui on aurait donné les moyens de tourner un long-métrage.

Sans rythme, approximativement écrit et laborieusement filmé, En liberté ! ne mérite pas le dixième du bien qu'on a écrit sur lui.

Pierre Salvadori sur Christoblog : Dans la cour -  2014 (***)

 

1e

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Concours DVD La saveur des ramen (Terminé)

A l'occasion de sa sortie, je vous propose de gagner 3 exemplaires du DVD du film La saveur des ramen, que j'ai beaucoup aimé : ma critique. Il s'agit d'une très belle édition collector incluant le livre des recettes du film. 

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "De quelle nationalité est le réalisateur Eric Khoo ?"
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 21 avril 20 h.
 
Le DVD est édité par KMBO (boutique en ligne) et Hanabi.
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite le DVD envoyé par le distributeur. NB : un des trois DVD sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)

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Les oiseaux de passage

Incroyable film que ce nouvel opus du duo colombien composé de Ciro Guerra (qui vient d'être désigné président du jury de la Semaine de la critique 2019) et Cristina Gallego : on pense d'abord qu'il s'agit d'un documentaire National Geographic, avant de constater qu'on regarde un Scarface chez les indiens de Colombie.

Le film ménage toutes les péripéties classiques des films "qui racontent l'ascension d'un petit gars dans le milieu de la pègre", avec cette particularité que la pègre ici n'est pas pré-existante, mais se construit sous nos yeux avec la bénédiction des américains.

Les étapes traditionnelles (l'idée géniale, la tension entre les clans, la question d'honneur, les remords, la chute, l'escalade de violence) sont ici compliquées, ou sublimées, par un élément supplémentaire : les règles coutumières du peuple Wayuu qu'il s'agit de respecter.

Les paysages sont magnifiques, les acteurs formidables, la mise en scène sublime : c'est LA sortie de la semaine à ne pas rater.

Ciro Guerra sur Christoblog : L'étreinte du serpent -  2015 (**)

 

3e

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La lutte des classes

Je vais voir aujourd'hui le dernier Michel Leclerc comme j'allais voir autrefois le dernier Woody Allen : avec la quasi certitude de passer un bon moment, sans grande prétention.

La lutte des classes est donc comme la plupart de ses prédécesseurs un tableau pittoresque qui brocarde avec tendresse le peuple de gauche. Ce qu'il y a de remarquable avec Michel Leclerc, c'est sa faculté à éviter les plus gros des pièges qui le guettent, en empilant les clichés en tout genre (même - et surtout - contradictoires) de telle façon qu'à la fin le propos paraisse presque équilibré.

Une autre des qualités du film est de ménager des instants poétiquement loufoques, parfois dissimulés dans un coin de l'écran (comme ses deux employés de voirie qui se braquent avec des souffleurs à feuilles mortes dans un des premiers plans), et à d'autres moments s'étirant en longueur (les vieux parents morts sur le banc).

Comme le film est aussi émaillé de saillies rigolotes, de scènes frappantes bien interprétées par Edouard Baer et Leïla Bekhti, on finit par lui pardonner son final lourdingue et ses quelques facilités.

Michel Leclerc sur Christoblog : Le nom des gens - 2010 (**) / Télé gaucho - 2011 (***) / La vie très privée de Monsieur Sim - 2015 (***) 

 

2e

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Tel Aviv on fire

Excellente surprise que cette comédie du réalisateur palestinien Sameh Zoabi. Le synopsis du film est très malin. Salam, palestinien de 30 ans un peu molasson, travaille pour son oncle sur le tournage d'un soap palestinien qui est regardé des deux côtés de la frontière. Suite à un imbroglio dû au passage du checkpoint, Salam se voit dans l'obligation d'influer sur l'écriture du scénario, qui met en scène une jolie espionne palestienne et un général israélien.

Tel Aviv on fire est une merveille d'écriture : le scénario est percutant, et le rythme ne faiblit jamais. Le propos du film ménage plusieurs niveaux de lecture, et parle du conflit isarélo-palestinien avec une tranquille placidité, sans jamais verser dans la moquerie facile ou la causticité revancharde.

Comme les acteurs sont absolument parfaits et que la mise en scène est au diapason du scénario (efficace et plaisante), on passe un excellent moment, un sourire perpétuellement au coin des lèvres.

Je recommande chaudement.

 

3e

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Comme si de rien n'était

Le propos de ce film allemand est simple : peut-on réellement faire "comme si de rien n'était" après une agression, par la seule force de sa volonté ?

Sur ce sujet minimaliste, la jeune réalisatrice Eva Trobisch construit une oeuvre sensible, tour à tour brillante dans la subtilité avec laquelle certaines situations sont filmées, et fastidieuse par l'attention qui est donnée au moindre détail susceptible d'expliquer l'évolution psychologique du personnage principal.

C'est peu dire que l'actrice Aenne Schwarz porte le film sur ses épaules : elle en est le coeur vibrant. La caméra se délecte de détecter sur son visage une palette infinie d'émotions : incrédulité, joie, désir, résignation, tristesse, engagement, empathie. C'est à la fois la qualité de Comme si de rien n'était et sa limite : un magnifique portrait de femme qui sacrifie les seconds rôles, et en particulier celui de l'agresseur.

L'intrigue secondaire (Robert et Sissi) se raccorde imparfaitement avec le parcours de Janne, et constitue une autre petite faiblesse de ce film par ailleurs fort estimable. On suivra la carrière d'Eva Trobisch avec attention.

 

2e

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Synonymes

Synonymes est ce genre de film qui propose des scènes où l'on ne comprend pas pourquoi les personnages font ce qu'ils font. Ce genre de film dans lequel pullulent les tics en tous genres (de mise en scène, de scénario, de dialogues, de situations) et qui aime à placer dans la bouche des acteurs des phrases absconses qui sont prononcées d'un air pénétré, comme : "Jouer du hautbois dans un conservatoire d'arrondissement est ce qui se rapproche le plus de cultiver des pommes de terre". 

En un mot, un film d'auteur formaté pour les grands festivals (celui-ci a obtenu l'Ours d'or à Berlin), qui ne se soucie pas du confort du spectateur. Si l'auteur est un génie qui sait nous happer dans son monde par la force d'évocation des images ou la poésie intrinsèque de son propos, on peut tenir un chef-d'oeuvre (Holy motors). Sinon, cela donne les films de Carlos Reygadas.

Ici l'exercice est tellement cérébral et désincarné qu'on ne peut être à mon sens qu'au mieux intéressé par la mise en scène parfois brillante, mais malheureusement jamais vraiment séduit et encore moins ému. La prestation très intense de l'acteur Tom Mercier sauve un peu Synonymes du labyrinthe nombriliste dans lequel il nous entraîne. C'est trop peu pour que l'on puisse conseiller d'aller voir ce film que je ne peux m'empêcher de trouver froidement poseur.

Nadav Lapid sur Christoblog : L'institutrice - 2014 (**)

 

2e

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Dumbo

Le dernier film de Tim Burton (Miss Peregrine) m'avait un peu réconcilié avec lui, après une brouille de plus de dix ans.  

Dumbo confirme plutôt le retour en grâce à mes yeux du réalisateur américain, même s'il ne s'agit somme toute que d'un produit très formaté, très éloigné des chefs-d'oeuvre grinçants des débuts.

Les freaks magnifiques du jeune Burton sont devenus au fil du temps de gentils monstres mignons. Nous restons donc ici dans un registre très Disney, sans grande aspérité, et dans lequel la seule (petite) effronterie est de confier le rôle du méchant à un gérant de parc d'attraction type Disneyland.

Ceci étant dit, il faut reconnaître que le vivacité de la mise en scène de Burton fait mouche dès les premières séquences, que le film est très bien écrit, et que les acteurs fétiches de Burton (les anciens Michael Keaton et Dany DeVito et la plus récente Eva Green) se régalent avec une grande classe. 

On est forcément émus à certains moments, intimidés à d'autres, et pris par le suspense lors de certaines scènes d'action. C'est du grand spectacle de qualité à visée familiale, sans grande ambition mais évitant certaines facilités. 

Tim burton sur Christoblog : Charlie et la chocolaterie - 2005 (****) / Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street - 2007 (**) / Alice au pays des merveilles - 2010 (*) / Dark shadows - 2012 (*) / Miss Peregrine et les enfants étrangers - 2016 (**)

 

2e

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Roma

Alfonso Cuaron, habitué aux superproductions américaines, s'est lancé un véritable défi en voulant tourner un récit intimiste de 2h15, en noir et blanc, avec des acteurs inconnus. C'est d'ailleurs ce qui l'aurait conduit, selon lui, dans les bras de Netflix.

Alors que vaut finalement Roma, qui a raté Cannes pour cause de bannissement de la plateforme de streaming américaine, mais qui a remporté le Lion d'or à Venise, et qu'on ne verra pas dans les salles françaises ? 

Eh bien, difficile à dire. D'un côté j'ai été littéralement ébloui par le piqué de l'image, l'incroyable beauté du noir et blanc (qui est d'ailleurs plutôt une symphonie de gris), la perfection quasi-mathématique des cadres.

Le sentiment de réalité que dégage la direction artistique du film, l'attention portée au moindre détail, contribuent à produire chez le spectateur un sentiment de sidération qui fait apparaître le film un peu moins long que ce qu'il est.

D'un autre côté, ce que raconte Roma n'est en réalité pas très intéressant : les sentiers qu'il emprunte ont été parcourus mille fois dans l'histoire du cinéma (les domestiques sont intégrés dans la famille, mais en réalité pas vraiment dès que ça se gâte, et c'est bien triste ma brave dame). L'actrice principale est un peu trop figée dans ses attitudes pour qu'on s'intéresse à son histoire avec une réelle empathie. Le sous-texte politique n'est que grossièrement esquissé. Et si la réalisation est sous certains aspects exceptionnelle, elle verse parfois dans un maniérisme grossier (ces travellings qui, à force d'être beaux, en deviennent pénibles) qui ne sert pas l'incarnation de personnages par ailleurs assez plats.

Une demi-réussite, donc.

Alfonso Cuaron sur Christoblog : Les fils de l'homme - 2006 (**) / Gravity - 2013 (**)


2e

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Gazette Séries Mania 2019

22 mars

Ouverture ce soir du Festival Séries Mania. Il y a un peu de Cannes à Lille ce soir : tapis rouge et photo call, commentaire en direct de Patrick Fabre (la voix qui commente la montée des marches sur la Croisette), et grande salle bondée (le Nouveau Siècle a un petit air de Grand Théâtre Lumière). Dans l'assistance, c'est amusant d'observer Xavier Bertrand et Martine Aubry assis en chien de faïence à quatre sièges l'un de l'autre. Dans le public, Anna Paquin, Freddie Highmore et les membres du jury, dont Julianna Margulies (The good wife, Urgences), Audrey Fleurot, Delphine Le Vigan et Thomas Lilti.

La série d'ouverture The red line (1/5),  une production Warner projetée en première mondiale, est particulièrement mauvaise. Le premier épisode démarre par le meurtre accidentel d'un médecin afro-américain par un jeune policier blanc. S'en suit une série de péripéties extrêmement politiquement correctes (le médecin a un mari blanc et une fille adoptée noire, le flic injustement innocenté est un peu con, la mère de la petite fille adoptée se trouve être une jeune femme sympa et sexy qui se lance en politique), filmées avec une truelle, noyées sous une musique sentimentale envahissante et parsemées d'une multitude de plans aériens de Chicago qui ne servent à rien d'autre qu'à masquer la vacuité du script. Catastrophique.

23 mars

Pros and cons, qui sera diffusée sur Canal+ sous le nom d'Arnaques et thérapie (4/5) confirme le talent qu'ont les Danois pour produire de très bonnes séries. Le pitch est intéressant : trois arnaqueurs se retrouvent 17 ans après leurs méfaits, et doivent reprendre leurs coupables activités alors que deux d'entre eux ont désormais une vie normale et deux enfants. La série trouve d'emblée un très bon équilibre entre suspense, réalisme social, humour et comédie sentimentale. Les trois acteurs sont très bons.

En soirée, dans la grande salle de l'UGC bondée, je découvre la série british Flack (3/5). Il s'agit d'un Dix pour cent trash, dans lequel une agence de relations publiques est spécialisée dans la prise en charge des travers des stars : relations sexuelles en tous genres, drogues, etc. Anna Paquin est formidable dans le rôle principal, elle-même en proie à toutes sortes de problèmes psychologiques. La série est rythmée, caustique et faussement méchante. Le débat post-projection avec l'actrice canadienne, qu'on a vu dans X-men et True blood, mais aussi chez Baumbach et bientôt dans l'Irishman de Scorsese, a été très sympa. Une bonne soirée. 

24 mars

Cet après-midi, rencontre avec Shane Meadows, le génial showrunner de This is England, pour deux épisodes de sa nouvelle série The virtues (3/5), présentée à Lille en première mondiale. Le gars est aussi sympathique et charismatique que l'image que j'en avais. The virtues est un peu too much dans le genre sordide (quelques scènes feraient passer Ken Loach pour un doux optimiste) et certains traits sont un peu trop appuyés, mais le tout est au final assez attachant. PJ Harvey signe la BO.

J'enchaîne ensuite à l'UGC pour assister à deux épisodes de Folklore (2/5), une anthologie produite par Eric Khoo (La saveur des Ramens), qui met en scène six histoires de fantômes, tournées dans six pays  asiatiques différents. Le premier épisode, tourné en Indonésie par Joko Anwar, est assez habile, avec ses multiples niveaux de réalité. Le second, réalisé par Eric Khoo lui-même, est décevant : histoire éculée, tournage bâclé en trois jours et demi. Folklore est une exclusivité HBO Asia, et même si elle a été présentée à Toronto, Sitges et Austin, je ne pense qu'elle sera visible en France.

25 mars

Avant-première de la nouvelle série de Fabrice Gobert (Les revenants) ce soir au Nouveau Siècle : Mytho (4/5), produite par Arte. Du beau monde dedans puisqu'on y retrouve Marina Hands et Mathieu Demy, et que la musique, excellente, est signée Jean-Benoit Dunckel (la moitié de Air). 

Le pitch est féroce et porteur de longs développements potentiels : une mère de famille débordée fait semblant d'avoir un cancer du sein pour capter l'attention - et l'amour - de ses proches. L'esthétique de cette série de six épisodes est un peu celui de Desperate housewifes en mode fantasque, avec une pointe de Twin Peaks. Si le premier épisode de présentation interloque un peu, l'ambiance s'obscurcit et se densifie dès le second. Une deuxième saison serait déjà en préparation. A voir à l'automne sur Arte.

26 mars

Ce soir, les nombreux spectateurs étaient plutôt venus voir Uma Thurman (cf ci-contre), que la série Chambers (1/5), une nouveauté Netflix dans laquelle elle joue un petit rôle, et qui sera disponible sur la plateforme le 26 avril. 

Le pitch de Chambers est éculé : une jeune femme greffée du coeur à 17 ans se rapproche de la famille de la donneuse, et le fantôme de la disparue vient l'embêter. Peu d'originalité, des situations convenues, des maladresses et des incohérences, c'est le genre de série dont chaque effet est prévisible une minute à l'avance.

30 mars

Dernière séance ce matin avec les deux premiers épisodes de Eden (1/5), une série en 6 épisodes qui sera diffusée sur Arte au mois de mai. Eden raconte de façon chorale les destinées de plusieurs migrants : un jeune syrien en Allemagne, un ado nigérian en Grèce et un médecin en France. 

L'écriture de la série est catastrophiquement atone, on ne s'intéresse absolument pas à ce qu'on voit, les dialogues sont très mal écrits et les acteurs ne semblent pas y croire. C'est une série "dossier" qui sent l'application et la naphtaline, sans souffle et sans dynamisme.

A l'année prochaine pour une nouvelle saison de Séries Mania.

 

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Convoi exceptionnel

Le dernier film de Bertrand Blier que j'ai vu, Le bruit des glaçons, m'avait agréablement surpris.

Celui-ci est moins bon, plus foutraque et moins corrosif. Le principal intérêt de Convoi exceptionnel réside dans le face à face Depardieu / Clavier : les deux acteurs sont parfaitement dirigés. Les dialogues ciselés et les situations décalées leur permettent d'exploiter toute la palette de leur talent. Je crois que je n'avais vraiment réalisé avant ce film combien Clavier peut être un excellent acteur.

La loufoquerie totale des situations et le lâcher-prise sensible dans le scénario donne un Blier à la fois classique (on y parle cul et mort à la bonne franquette) et un peu différent des autres (la poésie y pointe plusieurs fois son nez).

Les monologues de certains personnages sont de vrais beaux moments de cinéma, celui de Farida Rahouadj est par exemple bouleversant, alors que certaines scènes sont franchement ratées ou insipides. Le film fait ainsi constamment le grand écart entre facilité coupable et paillettes de brio.

La fantaisie d'un jeune homme de 80 ans.

Bertrand Blier sur Christoblog : Le bruit des glaçons - 2010 (***)

 

2e

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Sunset

Dans Sunset, Laszlo Nemes reprend exactement les mêmes techniques que dans Le fils de Saul : caméra toujours très proche du visage du personnage principal, absence de profondeur de champ exacerbée, bande-son hyper-travaillée au point de paraître parfois artificielle, confusion volontaire dans la narration.

Alors que le sujet de son film précédent se prêtait admirablement bien à ses effets qui concourent tous à obscurcir et rendre flou (au propre comme au figuré) le hors champ, celui de Sunset aurait eu à l'inverse besoin d'éclaircissements.

On ne comprend en effet pas grand-chose à cette histoire de chapelière qui cherche son frère à Budapest, alors que l'Empire austro-hongrois entame son déclin. Il est question de drame familial passé, de persécution des Juifs, de terrorisme anarchiste (je crois) et sûrement d'autres choses qui m'ont échappées.

Si on accepte donc de ne pas tout comprendre d'un film, disons-même de ne pas en comprendre la plus grande partie, alors Sunset pourra impressionner par son formalisme brillant et ses qualités de mise en scène exceptionnelles. Peut-être certains pourront se laisser pénétrer par ce manque d'intrigue et cette narration atmosphérique, qui ne possède toutefois pas le pouvoir de fascination quasi-mystique que certains autres grands réalisateurs ont su porter à l'écran (Tarkowski, Angelopoulos).

Je me suis ennuyé.

Laszlo Nemes sur Christoblog : Le fils de Saul - 2015 (****)

 

2e

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En route pour Séries Mania

C'est la deuxième année que Séries Mania pose ses valises à Lille après avoir longtemps été hébergé au Forum des Images, à Paris (de 2010 à 2017). 

Je n'avais pas pu fréquenter le Festival l'année dernière mais je vais tenter de me rattraper cette année, même si (et il ne donne pas de lui-même une image très sympa sur ce coup) il est le seul de la région à ne pas avoir accepté de m'accréditer Presse.

Parmi les séances que j'aimerais voir :

- Chambers, une nouvelle série Netflix avec Uma Thurman (qui sera à Lille)
- Eden, une mini-série réalisée par Dominik Moll, qui sera projetée intégralement
- The virtues, série anglaise de Shane Meadows (le réalisateur de This is England)
- Mytho, la nouvelle production de Fabrice Gobert (Les revenants)
- Flack, avec Anna Paquin

 

J'assisterai peut-être aussi à une conférence sur Le bureau des légendes ou je me retrouverai en train de regarder une série israélienne, russe, indonésienne, coréenne, croate ou danoise, un samedi matin à 11h... 

Les geeks viseront quant à eux les premiers épisodes de la deuxième saison de The OA, présentés pour la première fois à Lille, la nuit Games of Thrones, lors de laquelle le meilleur épisode de chaque saison sera projeté, ou encore plus fun : les deux premiers épisodes de la nouvelle version de The twilight zone !

Bref, ça va être l'aventure.

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McQueen

Les bons documentaires, quand ils sont inspirés et objectifs comme celui-ci, ont le pouvoir de générer une qualité d'émotion qui est différente de celle que l'on éprouve en regardant une fiction. 

Si vous ne connaissez rien à Alexander McQueen (ou plus généralement à la mode, comme moi), alors ce film est fait pour vous. 

D'une façon très pédagogique, les réalisateurs Ian Bonhôte et Peter Ettedgui nous font découvrir la carrière, la vie et la mort d'Alexander McQueen, en illustrant chacun des six chapitres du film par une collection spécifique. Cette progression chronologique a un double mérite : elle permet de suivre l'évolution de l'adolescent maladroit au créateur reconnu tout en expliquant l'évolution de sa personnalité jusqu'au drame final, et d'autre part il fait toucher du doigt le génie créateur de McQueen à travers ses défilés. 

J'ai été absolument bluffé par l'ampleur et la profondeur du talent développé par le jeune anglais : les présentations de ses collections étaient conçus comme des spectacles totaux au service d'un thème, et les images de défilés comme Voss ou Plato's Atlantis hanteront probablement longtemps la mémoire des spectateurs.

On est émus aux larmes à de nombreuses reprises dans le film, que ce soit par la beauté irréelle des créations ou par les évènements tragiques qui relèvent de la vie privée de McQueen. Nombre de témoignages sont absolument bouleversant.

Un film passionnant.

 

3e

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Le bureau des légendes

Je me demande comment j'ai pu passé aussi longtemps à côté du Bureau des légendes, incontestablement la meilleure série française que j'ai vue jusqu'à présent. 

Après avoir avalé à la suite les cinquante épisodes des quatre saisons, ce qui m'impressionne le plus, c'est la constance dans la qualité. Pas beaucoup de baisses de régime en effet, sauf peut-être dans la deuxième partie de la quatrième saison, qui semble un peu expédiée. 

A part ce petit coup de mou, d'ailleurs tout relatif, la série brille par ses qualités, dont la plus impressionnante à mes yeux est sa qualité d'écriture. Les trajectoires des personnages sont en effet complexes, les évènements difficilement prévisibles, l'intrication des arcs narratifs subtile et addictive. 

La mise en scène d'Eric Rochant est à la hauteur de ce qu'on voit de mieux au cinéma. Les décors sont superbes, les scènes d'action prenantes. Il se dégage des mondes que l'on croise dans la série, et qui sont très divers (la violence des tortures, l'univers feutré de la DGSE, la vie quotidienne des banlieues), un sentiment de réalité. Que l'on parcourt les rue de Raqqa ou qu'on folâtre au bord de la piscine d'un riche iranien, on éprouve une impression d'immersion extraordinaire.

Je n'ai pas été par contre convaincu par les deux derniers épisodes de la saison 5, confiés à Jacques Audiard : j'ai trouvé que la finesse de Rochant s'effaçait trop devant l'efficacité pachydermique d'Audiard (à l'image de ce gros plan sur le feu rouge qui indique clairement la façon dont se terminera cette saison).

Si Le bureau des légendes mérite tous les louanges qui lui sont adressés, c'est aussi grâce à son casting impressionnant, digne là encore d'un très bon film de cinéma : outre un Mathieu Kassovitz réellement magnétique, on se régale à retrouver Florence Loiret-Caille (si bonne chez Solveig Anspach), Léa Drucker (récemment césarisée à juste titre), Sara Giraudeau, Mathieu Amalric, et Jean-Pierre Darroussin, absolument formidable. Même Louis Garrel et Mathieu Amalric, qui peuvent souvent m'énerver dans leur composition, trouvent ici un ton absolument juste. Le moindre second - ou troisième - rôle semble toujours judicieusement choisi.

Une autre grande qualité de la série est de coller parfaitement à l'actualité. Chaque saison aborde avec justesse et précision un aspect spécifique : découverte du monde de l'espionnage, Français s'enrôlant chez Daesh, développement des techniques de cyber-espionnage (même si on n'y comprend pas grand-chose), relations entre les services secrets des différents pays.

En ne sacrifiant jamais au pittoresque, tout en ménageant les effets qu'on attend d'une bonne série (destin tragique de certains personnages, cliffhangers), la série phare de Canal+ réalise le programme d'une excellente série : divertir, intriguer, enrichir. 

J'espère de tout coeur que l'aventure va se poursuivre, et j'envie ceux qui n'ont pas encore eu le plaisir de se plonger dans le monde impitoyable du Bureau des légendes.

 

4e 

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