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Martin Eden

Le réalisateur Pietro Marcello tente d'inclure dans son film toute la sombre complexité du roman de Jack London, en y ajoutant une propre interprétation politique. Il est du coup obligé de procéder à de larges ellipses et à de coupables raccourcis, ce qui nuit beaucoup à la consistance de l'histoire et du personnage principal.

Ses choix plastiques (de curieux inserts de films anciens, un grain de photo qui fait vieux, un décor qui n'est pas précisément situé ni dans le temps ni dans l'espace) sont osés. Pour ma part il m'ont empêché dès le début du film, et jusqu'à la fin, d'entrer véritablement dans l'histoire de Martin Eden. 

Au-delà de la photo, c'est d'ailleurs toute la mise en scène qui m'a semblé être un fastidieux exercice de retour vers le passé. Des cadrages plein visage au dernier plan rougeoyant, la plupart des images du film me sont apparues laides, compassées, datées. La prestation de l'acteur Luca Marinelli, assez artificielle, lui a valu de devancer inexpliquablement Joachin Phoenix (dans Joker) pour le prix d'interprétation masculine, lors de la dernière Mostra de Venise.

C'est pour moi, qui ai lu le livre il y a quelques mois, un affront fait au chef-d'oeuvre de Jack London, ici illustré de la pire des façons.

 

1e

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La fameuse invasion des ours en Sicile

Je me souviens d'une époque (très lointaine) où connaître l'oeuvre de Lorenzo Mattotti relevait d'une sorte de snobisme arty qui positionnait l'amateur de BD dans le champ de l'art contemporain. On vénérait alors un "album de BD" comme une oeuvre d'art (par exemple l'incroyable Feux). Et on tirait un type de satisfaction très particulier de cette situation : celle des happy few qui ont su distinguer le génie dans le milieu plutôt cloisonné de la BD.

J'attendais donc beaucoup du premier long-métrage de Lorenzo Mattotti.

Si La fameuse invasion est une oeuvre agréable (plutôt pour les enfants) et techniquement de très bonne qualité, il m'a un peu déçu en terme d'ambition artistique. Le conte de Buzatti est sympa, mais il manque de souffle pour intéresser le public adulte. Et l'animation est un peu trop propre à mon goût, avec ses motifs répétitifs et ses à-plat de couleurs primaires. 

Plusieurs aspects du film sont plutôt réussis (les monstres, la poésie décalée), mais sa facture est un peu trop sage pour vraiment m'enthousiasmer.

 

2e

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Le traître

L'histoire que raconte le nouveau film de Marco Bellochio est passionnante de bout en bout. Elle évite les simplifications et les effets faciles, et le portrait de ce premier repenti (qui paradoxalement semble trahir ses pairs au nom de l'honneur) est d'une complexité extrême.

Le traître frappe par la qualité sidérante de sa mise en scène, à la fois classique et inventive, et la force de son interprétation.

Si la première partie peut dégager une impression de déjà-vu un peu didactique, le film décolle vraiment à partir du procès. La qualité de la reconstitution, l'ampleur des décors, la présence des figurants donnent aux scènes dans le tribunal une force sidérante.

Le film est aussi un portrait-hommage en creux du juge Falcone, et le rapport entre ce dernier et Buscetta est très émouvant. L'ultime partie aux USA rend très bien la peur constante dans laquelle vit la famille exilée. 

A défaut d'être du grand art, Le traître est un solide morceau de cinéma, produit par un maître réalisateur.

Marco Bellochio sur Christoblog : Vincere - 2009 (****) / La belle endormie - 2012 (**) / Fais de beaux rêves - 2016 (***)

 

3e

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Piranhas

Le film de mafia est un sous-genre de cinéma à part entière, depuis les sagas dramatico-romantiques de Scorsese, De Palma et Coppola, jusqu'aux dernières productions italiennes traitant plutôt du sujet des repentis et de la lutte anti-mafia (il faut voir par exemple le très beau Léa de Marco Tullio Giordania).

Dans cette galaxie, le nouveau film de Claudio Giovannesi, adaptation d'un roman de Roberto Saviano (Gomorra), s'intéresse à l'entrée en criminalité des plus jeunes napolitains. On suit donc l'évolution progressive d'une bande d'ados d'une quinzaine années : premiers rackets, premières armes, mais aussi premiers amours, premières déceptions amicales.

Piranhas est réalisé de façon plutôt efficace, mais son propos n'est pas très intéressant : le cheminement d'escalade dans la violence qu'il expose a été vu mille fois, et je n'ai pas ressenti d'empathie envers le personnage principal, une jolie gueule d'ange assez peu charismatique joué par le jeune Francesco Di Napoli, dont c'est le premier film.

Le scénario est à la fois délayé et poreux (j'ai du mal à comprendre comment ces jeunes blanc-becs peuvent conquérir un territoire sans plus de résistance des adultes), la fin est franchement lourdingue et les péripéties convenues.

Pas beaucoup d'intérêt, à moins de rechercher une visite touristique des petites rues de Naples.

 

1e

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Heureux comme Lazarro

Le nouveau film de l'italienne Alice Rohrwacher commence comme son précédent (Les merveilles), que j'avais détesté. A savoir : une communauté retirée du monde, des personnages dont on ne comprend pas forcément tous les agissements et une image volontairement dégueulasse (des coins arrondis et des fils au bord de l'image, le film est tourné en super 16).

On suit donc avec un ennui poli plusieurs personnages, dont le jeune Lazarro, que rien ne distingue a priori des autres.

A la moitié du film, un évènement surprenant nous cloue sur notre fauteuil, et on suit alors la suite de cette histoire mystico-fantastique avec beaucoup plus d'intérêt. Le sentiment de plonger dans la réalité, après un début de film irréel, procure au spectateur une douce sensation d'exotisme à rebours. 

Malheureusement la fin d'Heureux comme Lazarro verse dans une accumulation bien lourde de poncifs en tout genre, avec des scènes finales franchement ridicules. Le film a reçu à Cannes le prix du scénario. C'est à moitié mérité : il y a une réelle originalité dans le développement de l'histoire, mais je sors du film avec le sentiment que cette originalité n'a été que partiellement exploitée.

Tous les acteurs sont remarquables.

Alice Rohrwacher sur Christoblog : Les merveilles - 2015 (*)

 

2e

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Dogman

Il y a dans le nouveau film de Matteo Garrone quelque chose de modeste et de doux, qui contraste avec ses films précédents.  Les exubérances baroques et opératiques de Tale of tales et Reality sont bien loin.

Garrone resserre ici son scénario (et sa mise en scène) sur le portrait de Marcello, dont l'humilité appelle l'humilité. C'est peu dire que Marcello Fonte offre une prestation incroyable : il est le personnage plus qu'il n'est possible, et son attitude à la fois contrite et épanouie lors des remises des prix à Cannes le confirme (il y a glané sans discussion possible le prix d'interprétation masculine).

Dogman est un hymne à la bonté bafouée, à la fois limpide et beau. En faisant avancer son intrigue pas à pas vers une confrontation que certains trouveront simpliste (bonté et naïveté vs brutalité et efficacité), Garrone atteint une sorte de plénitude digne de la mythologie grecque : le personnage de Marcello est un archétype de la bonté qui ne pourra se remettre de sa victoire involontaire.

Le décors trouvé par Garrone est parfait, le casting est excellent et la mise en scène est virtuose sans être tape-à-l'oeil. Je conseille donc vivement.

Matteo Garrone sur Christoblog : Gomorra - 2008 (**) / Reality - 2012 (**) / Tale of tales - 2015 (***)

 

4e 

 

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Après la guerre

Après la guerre, de la réalisatrice Annarita Zambrano, marque le retour du cinéma politique italien. 

Le prétexte est passionnant : en 2002, l'assassinat d'un juge en Italie réouvre de vieilles blessures. Marco, ex-militant réfugié en France grâce à la doctrine Mitterrand, et sa fille de 16 ans Viola, voient tous deux leur vie bouleversées.

La réalisation soignée et élégante sert bien un récit qui explore de nombreuses facettes. La façon dont les membres de la famille de Marco, qui sont restés en Italie et n'ont plus de contact avec lui, sont impactés par l'affaire vingt ans après, est proprement glaçante. On voit bien la promptitude de l'être humain à lyncher son prochain.

Bien que présentant de nombreux points d'intérêt, le film ennuie tout de même un peu, par la faute d'un scénario qui s'étire trop. Les différents aspects de cette histoire compliquée peinent à se rassembler pour former une dramaturgie convaincante. Cette difficulté à vraiment savoir quelle direction emprunter est patente dans la fin du film, qui se termine en queue de poisson, par une péripétie caractéristique d'un état d'esprit "je ne sais pas comment finir".

A voir si vous aimez l'Italie ou les films politiques.

 

2e

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Call me by your name

Dans la famille d'Elio, il est courant de dire des phrases comme "Quelqu'un a vu mon Heptaméron ?" On jette facilement son vélo et ses noyaux de pêches par terre, mais ce n'est pas grave car le vieil Anchise répare les vélo et la bonne Mafalda fait le ménage.

Bref, sous les lustres en cristal de cette villa italienne, Elio s'ennuie et quand le bel Oliver arrive, il en tombe amoureux. Call me by your name est donc principalement l'histoire d'un premier amour : c'est parfois beaucoup, c'est ici pas assez. La mise en scène de Guadagnino est en effet trop quelconque pour sublimer une histoire aussi simple. Le jeu des acteurs m'a paru passablement mauvais : Oliver est moyennement convaincant, plusieurs seconds rôles ne sont pas du tout au niveau (Marzia par exemple). Timothée Chalamet, quand il ne minaude pas trop, parvient seul à intriguer un peu.

En fait, il me semble que le film péche par manque d'enjeux : l'amour des deux hommes n'est pas transgressif socialement (il est même encouragé), il n'est ni menacé ni menaçant, il manque tout simplement de sel.

Un peu ennuyeux, pas complètement raté, trop long et plutôt fade, Call me by your name est agréable comme un verre d'eau tiède.

 

2e

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Indivisibili

Premier film d'un jeune réalisateur italien, Edoardo de Angelis, Indivisibili, que j'ai vu au Festival d'Arras, est très peu distribué en France.

Le pitch du film est intéressant : des soeurs siamoises (reliées par la hanche) gagnent leur vie en chantant, dans une banlieue défavorisée du Sud de l'Italie.

Leur connivence, leur personnalité, leur métier survivront-ils à l'annonce de la possibilité de les séparer sans difficulté ?

Le sujet du film, intéressant, ne résiste malheureusement pas au traitement hétéroclite du réalisateur, qui ne parvient jamais à nous intéresser aux enjeux psychologiques et narratifs de l'histoire, pourtant prometteurs. Le style hésite en permanence entre virtuosité scorsesienne du plan-séquence alambiqué, réalisme sordide à la Gomorra, éclairs oniriques lyncho-felliniens et fable morale à la mode du cinéma roumain.

C'est too much en général et raté en particulier, malgré quelques éclairs inspirés.

 

2e

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L'intrusa

L'intrusa, présenté à La Quinzaine des réalisateurs 2017 (où je l'ai vu), n'a bénéficié que d'une sortie confidentielle en France. 

C'est dommage, parce que ce film quasi - documentaire est intéressant à plusieurs titres.

Giovanna gère un centre qui accueille des enfants défavorisés dans la banlieue de Naples. Quand une des familles logée dans l'enceinte du centre héberge un assassin de la Camorra, une question se pose :  faut-il l'expulser, comme le demande les familles des parents et les professeurs (qui considèrent avec raison le centre comme une alternative à la mafia) ou pas ?

C'est ce cas de conscience qui donne tout son sel au film. Chacun aura sa propre opinion sur le sujet, et en changera très probablement au cours du film.

La manière de filmer de Leonardo di Constanzo, très naturaliste, est convaincante. Les acteurs sont tous formidables. Le film péche peut-être un peu par les propres limites qu'il s'impose, mais le résultat est tout de même assez cohérent  pour que le film puisse être conseillé.

 

2e

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A ciambra

Avant d'aller voir ce film, il est intéressant d'en connaître la genèse. Jonas Carpignano, réalisateur italo-américain, filme dans la ville calabraise de Gioia Tauro depuis 2011. Il y a tourné un court métrage et son premier long-métrage, Mediterranea.

La famille gitane Amato, qui est au coeur du film, est donc ici filmée "dans son jus", au naturel. 

Certes, l'intrigue du film est évidemment inventée, mais tout le décorum est directement issu de la vraie vie. A ciambra est donc né dans un territoire peu exploré, qui se situerait pile à mi-chemin du documentaire (les funérailles montrées dans le film sont réelles, par exemple) et la fiction.

Le résultat m'a littéralement fasciné. Pas sûr que ce soit le cas de tous les spectateurs qui verront le film, car celui-ci n'est pas très facile d'accès : il faut accepter la caméra à l'épaule qui donne le tournis, les lambeaux de conversations inaudibles, le fouillis qui semble envahir tout l'écran. 

La magie du film est de parvenir à nous faire entrer dans ce monde très marginal. On apprend la langue, on s'habitue progressivement à ce qui nous choque au début (les enfants qui fument, les vols comme mode vie, les adultes qui ne savent pas lire) et à la fin du film, on se sent miraculeusement chez soi.

Si l'aspect documentaire est passionnant, le volet fictionnel n'est pas négligeable pour autant. Le scénario est habilement construit, il parvient à installer progressivement une belle tension dramatique qui se dénoue dans un dilemme moral de toute beauté.

A la fin du film on ne sait pas trop ce qu'il faut admirer le plus : l'énergie fantastique qui l'électrise, l'impression de réalisme absolu qui sidère (on pense à Wang Bing) ou l'inventivité du scénario qui parvient injecter du réalisme magique (le grand-père, le cheval) aux entournures d'un naturalisme très cru.

C'est magnifique.

 

4e 

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L'affranchie

Sujet rarement traité au cinéma, le fonctionnement des Témoins de Jéhovah fournit ici un sujet palpitant, traité de main de maître.

On ne peut que regretter la distribution quasiment confidentielle du film sur le territoire français, alors que son propos et sa forme sont susceptibles de séduire le plus grand nombre.

Très joliment mis en scène, le film est parfaitement parfaitement interprété par deux jeunes acteurs. Le visage de Sara Serraiocco oscille perpétuellement entre extrême mobilité et détermination figée.  Quant à son partenaire Michele Riondino, sorte de juvénile Samir Naceri italien (?!), il incarne parfaitement le séduisant hâbleur dont la violence sous-jacente affleure à peine.

La force du film est de montrer la confrérerie sans caricature : on en viendrait presque à les aimer. Presque. La douceur des décisions iniques prises par ces extrémistes en costume de bien-pensants rend la démarche de Julia particulièrement intéressante : il lui faut toute la puissance de la réflexion intellectuelle pour triompher de l'émotion brute que véhicule ce qu'il faut bien appeler... une secte.

Passionnant et très bien réalisé.

 

3e

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L'ultima spaggia

Dans le vaste monde des documentaires, L'ultima spaggia souhaiterait se creuser une petite place à côté des géants Depardon / Wiseman / Rosi.

Thanos Anastopoulos et Davide del Degan utilisent des schémas pas très éloignés de ceux des trois maîtres cités ci-dessus : ils posent leur caméra dans un endroit étrange et ils observent.

Malheureusement, il manque ici le rythme et le sens du montage qui caractérise les oeuvres de Wiseman par exemple. Après un début intéressant, le film patine sérieusement et l'ennui gagne progressivement. On peut se demander si l'étroitesse du sujet (une plage où hommes et femmes sont séparés, à Trieste) permet véritablement de nourrir tout un long-métrage. Le passé agité de la ville et les problèmes de la société italienne ne parviennent sur la plage que sous une forme très, très atténuée.

Le talent des deux réalisateurs apparait par moment, mais le montage faiblard du film l'empêche de vraiment décoller : confusion des époques, plans de remplissage sur des chats (trop mignon!), inter-titres obscurs. Il n'y a pas ici le story-telling qui caractérise les très bons documentaires.

Ajoutez à ces réserves des afféteries de cadrage qui n'ont pas leur place dans ce type de film (les plans sous-marins systématiquement montés à l'envers) et une certaine complaisance dans la façon de filmer les faibles et les excentriques, et vous comprendrez mes réserves sur un film que je juge au final très imparfait. 

 

1e

 

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Fuocoammare, par-delà Lampedusa

Ours d'or à Berlin cette année, Fuocoammare fait partie de ces documentaires magnifiques (comme ceux de Depardon ou de Wiseman) qui suscitent autant d'émotions que les plus grandes oeuvres de fiction.

Emotion esthétique d'abord. Les images de Gianfranco Rosi sont d'une beauté souvent renversante : ciel plombé, cadrages parfaits, palette de couleur délicate et nuancée, alternance de gros plans et de plans larges, scènes de nuit ahurissantes, poésie sous-marine. C'est stupéfiant de maîtrise et de variété.

Emotion ensuite devant ce qui est montré. Le film met en parallèle la vie d'une poignée d'habitants de Lampedusa, dont un petit garçon de douze ans, et celles des immigrants qui arrivent, morts ou vivants. Cette juxtaposition peut surprendre et intriguer : elle est pourtant au final pleine de sens et ménage bien des niveaux de lecture potentiels.

On pourra par exemple considérer que le réalisateur veut montrer à quel point les européens sont finalement étrangers au drame qui se déroule parfois à quelques mètres d'eux : les problèmes de vision de Samuele comme une métaphore de notre aveuglement.

Pour ma part, j'ai ressenti bien d'autres sentiments face à cet accolage parfois intrigant. Il m'a semblé par exemple que le film mettait en exergue dans les deux cas l'instinct humain qui conduit toujours à vouloir progresser et découvrir. Les migrants veulent une meilleure vie, comme Samuele dans son champ et à son échelle, avec un enthousiasme obstiné : il veut mieux voir, tenter des expériences, découvrir de nouvelles sensations.

Fuocoammare est à bien des moments tout à fait sidérant. On est pétrifié par l'incroyable humanité qui se dégagent des images de Rosi : le regard extraordinairement digne d'un migrant, un hélicoptère qui s'élève dans la nuit, une musique bouleversante qui passe à la radio, une femme qui fait méticuleusement un lit conjugal qui ne sert visiblement plus qu'à elle seule.

Au-delà du sujet des migrants, Fuocoammare donne à voir un émouvant et passionnant portrait de l'humanité, ce qui en fait l'un des tout meilleurs films de cette année.

 

4e 

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Lea

Des films de mafia, on en a vu des paquets. Des durs, des sanglants, des burlesques...

Il manquait le film réaliste qui montre le calvaire d'une épouse de mafioso qui veut quitter ce milieu. 

Le réalisateur Marco Tullio Giordana, qui réalisa il y a quelques années un chef-d'oeuvre longue durée (Nos meilleures années), excelle à mettre en valeur la forte personnalité du personnage de Lea, interprétée avec maestria par Vanessa Scalera. Il faut en effet un cran énorme, on s'en doute, pour claquer la porte d'une famille dont on ne divorce pas.

En dressant de petits tableaux très réussis, espacés à chaque fois de plusieurs années, le film parvient à donner le sentiment du temps qui passe, et donne à voir le vieillissement physique et mental de Léa.

La première partie du film est de facture assez classique, mais la deuxième partie devient réellement passionnante. Et glaçante.

Un très beau film.

 

3e

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Folles de joie

Il y a dans le cinéma de Paolo Virzi un allant et un élan, une générosité, qui pour ma part m'enthousiasment.

Certains (probablement les Cahiers du Cinéma par exemple) trouveront peut-être que les actrices en font trop, que le scénario n'hésite pas à utiliser de grosses ficelles, et que la mise en scène est pleine d'effets de petit malin. 

Toute cela est vrai en partie, et contribue au charme du film. Votre ressenti dans la salle de cinéma dépendra de la façon dont le jeu outré de Valeria Bruni Tedeschi va vous happer, vous emporter, ou non. Son débit de moulin à parole sous amphétamine et son décolleté abyssal ne génèrent pas une confiance immédiate, et peut même susciter, on le comprend, une forme de rejet.

L'art de Virzi est de maintenir le film dans un état d'équilibre précaire : on hésite pendant tout le film à qualifier les deux héroïnes de folles, certaines de leurs élucubrations s'avérant finalement vraies.

Folles de Joie oscille donc entre deux pôles : un mauvais goût hystérique et plaisant, et un sentimentalisme tire-larme à l'italienne. A ne conseiller qu'aux coeurs d'artichaut, orientation latine, dont je pense faire partie.

Paolo Virzi sur Christoblog : La prima bella cosa - 2010 (***) / Les opportunistes - 2013 (**)

 

3e  

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Mia madre

Dans la sélection officielle de Cannes 2015, plusieurs films pouvait espérer décrocher la Palme d'Or, dont celui-ci.

Nanni Moretti nous propose un superbe portrait de femme, en mélangeant avec brio plusieurs thématiques et plusieurs registres.

S'entremêlent avec brio le récit de la perte d'un être cher, la description du travail de réalisateur et le tableau pessimiste des relations humaines. Les liens qu'entretient Margherita avec les autres personnages sont tous décrits avec une grande subtilité. Ils évoluent tout au long du film, et même parfois au sein d'une même conversation.

Les infimes variations psychologiques que Moretti imprime, par le biais d'un regard, d'un mot ou d'une attitude ne se rencontrent que chez très peu de cinéastes contemporains (Nuri Bilge Ceylan, Hirokazu Kore-Eda...).

D'un point de vue technique, Mia madre est sobre, mais parfaitement mis en scène : cadrages parfaits, belle photographie, montage exemplaire. Le talent de Moretti sert le propos de son film, et lui permet de passer avec une extraordinaire fluidité d'un registre à l'autre. On passe presque sans transition d'un puissant mélodrame à une scène burlesque à mourir de rire. John Turturro est fascinant et produit ici des scènes d'anthologie : la voiture, la cantine, la danse. 

L'état de fatigue nerveuse de la réalisatrice est finement rendu à l'écran par des phases temporelles difficilement discernables ; rêve, réalité, flashbacks. Le film mériterait qu'on s'étende longuement sur ses multiples aspects, formels ou narratifs. Du latin comme moyen de transmission mémoriel à la façon de jouer de Moretti (tout le monde adorerait avoir un ami comme lui, bienveillant et avec cette voix si profonde), Mia madre bruisse de qualités de bout en bout et porte haut l'art de faire un film.

Nanni Moretti sur Christoblog : Habemus Papam (*)

 

4e  

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Vierge sous serment

Curieux premier film de la réalisatrice italienne Laura Bispuri, Vierge sous serment s'attaque à un sujet délicat et exotique : ce qu'il advient des garçons manqués en Albanie.

Dit comme ça, évidemment, ça ne fait pas trop envie. D'autant plus que l'image est volontairement un peu baveuse, la lumière crépusculaire et le jeu des acteurs légèrement mutique.

Pourtant, le film vaut vraiment d'être vu. Le talent de la réalisatrice pour camper une ambiance en quelques plans est remarquable. Après une première demi-heure très intrigante et franchement intéressante par son caractère d'étrangeté et son refus de toute concession, Vierge sous serment trouve un rythme de croisière un peu plus plan-plan et peut-être un poil scolaire. Alba Rochwahrer y est excellente, comme souvent.

Les scènes tournées en Albanie, dans un décor d'une puissance extrême, et avec des acteurs et actrices du cru (comme les deux petites filles), confèrent un intérêt quasi documentaire au film.

Nulle doute qu'on reparlera dans l'avenir du cinéma de Laura Bispura, dont le style peut être comparé à celui de sa compatriote Alice Rohrwacher : Corpo celeste (**) / Les merveilles (*).

 

3e    

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Youth

Il faut aujourd'hui un certain aplomb pour défendre Sorrentino.

Il faut en tout cas résister à l'influence du triumvirat de la bien-pensance cinéphilique tendance soporifique thaïlandaise : Libération, Les Inrocks, Les Cahiers. Pour ces gens-là, Sorrentino est définitivement classé avec une véhémence haineuse comme un réalisateur pompier (lire ma Lettre ouverte aux Cahiers), alors que Gomes et Weerasethakul, pour ne citer qu'eux, sont géniaux avant même d'avoir levé leur caméra.

Pour le spectateur vierge de tout a priori que je suis, la vision d'un film de Sorrentino génère deux émotions opposées : le plaisir que procurent les trouvailles baroques d'un réalisateur surdoué, et l'ennui qui découle de voir ces trouvailles juxtaposées sans constituer un ensemble cohérent et profond.

Dans La Grande Belleza, le plaisir était largement supérieur à l'ennui, parce que le sujet se prêtait admirablement à la démesure triste de la mise en scène.

Ici, et même si le film abordent les mêmes sujets que le précédent (la vieillesse, la sublimation par l'art, la déchéance physique), ce n'est pas tout à fait le cas.

Si la photo est toujours admirable, les images incroyablement bien composées, le plaisir est un peu gâché par une impression d'épate à tout prix (la scène d'ouverture, le clip de la pop star, le concert de la fin). La retenue de Michael Caine (excellent) et de Harvey Keitel fait pourtant mouche au début du film. Associée à le netteté suisse, cette sourdine inhabituelle donne une tonalité nouvelle au cinéma de Sorrentino : on navigue dans une sorte d'humour british, et les répliques spirituelles fusent.

Malheureusement, l'équilibre précaire du film se délite dans son dernier tiers (le pitoyable concert de fin, atrocement filmé, la lévitation du bonze, ridicule).

Je rêve d'un jour où Sorrentino débarassera son cinéma de toutes ses scories (Hitler ! Maradona ! Miss Monde qui pense ?!) pour exprimer pleinement ses incroyables qualités de plasticiens et d'amuseur.

Paolo Sorrentino sur Christoblog : This must be the place (***) / La grande belleza (***)

 

2e

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L'éveil d'Edoardo

L'éveil d'Edoardo est un gentil petit film italien du jeune cinéaste Duccio Chiarini, vite sorti en juin, et rapidement retiré des rares salles qui le projetaient.

C'est dommage, parce qu'il est la preuve même que pour un budget très modeste (150 000 euros) il est possible de réaliser un film sensible et intéressant.

Le sujet n'est pas d'une originalité folle : on suit les premiers émois sexuels et amoureux d'un jeune homme atteint de phimosis non traitée. Si le problème médical est bénin, on voit bien les soucis qu'il peut entraîner lors de premiers ébats sexuels. Plusieurs idées font mouche et apportent dans l'histoire de salutaires diversions (le poulpe !). 

Le ton trouvé par le jeune acteur (remarquable Matteo Creatini) est parfait, à mi-chemin entre indécision juvénile et volonté de s'affirmer. Toute la distribution est formidable et je ne peux que conseiller ce film délicat à ceux qui pourraient encore le voir.

 

2e 

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