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Christoblog

Lincoln

Lincoln est probablement un personnage intéressant. Le problème, c'est que le film de Spielberg n'en donne qu'un très vague aperçu.

Il est curieux de constater comment le réalisateur novateur et inventeur de formes qu'était Spielberg a ses débuts s'ossifie progressivement, pour devenir petit à petit un formaliste empesé.

Tout sonne faux dans Lincoln. Daniel Day Lewis peine à varier ses expressions, les autres acteurs se contentent de dessiner des silhouettes, les éclairages sont outrés, les décors ressemblent à des décors, etc... Je ne suis jamais parvenu à entrer dans l'histoire qui nous est contée, d'autant plus que le scénario est d'une faiblesse criarde.

Le suspense du vote devant conduire à l'adoption du 13ème amendement, abolissant l'esclavage, est en quelque sorte sabordé, complètement sous-exploité, à tel point que la scène finale en devient presque incompréhensible (alors que le pays entier compte les oui et les non, aucune des deux parties n'anticipe le résultat final, alors qu'il se dessine de façon évidente). Les scénaristes de Borgen auraient du être appelés en renfort ! Les arguties politiques incompréhensibles, les culs-de-sac narratifs, les invraisemblances évidentes, les raccourcis sur le contexte familial : tous ces éléments conduisent à demander aux scénaristes de rendre immédiatement leurs salaires.

Académique, ampoulé, factice, le film cumule approximativement les mêmes défauts que Cheval de guerre, et il y a de fortes chances que si vous avez aimé l'un, vous aimerez l'autre, et inversement.

Le plus étrange est que la fin même de Lincoln ne nous arrache aucune larme, alors que les grosses ficelles du scénario nous inspirent plutôt des sourires condescendants (oh, le brave député anti-esclavagiste qui aime sa servante noire, et couche avec elle).

Reste toutefois, en ces temps de loi sur le mariage pour tous, une réflexion stimulante sur le concept d'égalité.

 

2e

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Blancanieves

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Alors qu'il travaillait depuis 8 ans sur son film, on imagine quelle émotion a du bouleverser Pablo Berger lorsqu'il apprit la sortie de The artist, film muet en noir et blanc, comme le sien.

 

En effet, force est de constater qu'il y a bien une similitude profonde entre les deux films, qui sont tous deux un hommage au cinéma muet, à la fois dans l'esprit et  dans la confection (mimiques exagérées des acteurs, cartons exposant quelques phrases de dialogues, éclairages expressionnistes, format carré).

 

Les histoires, heureusement, diffèrent notablement. The artist s'isncrivait dans une veine holywoodienne, Blancanieves (Blanche-Neige en espagnol) est une relecture du conte des frères Grimm à la sauce andalouse, baignée d'une photographie très inspirée par le cinéma européen du début du siècle, et même par la peinture espagnole des siècles précédents.

 

Le film de Berger est remarquable dans sa forme. Je l'ai trouvé encore plus séduisant que celui d'Hazanavicius. Montage parfait, cadrages remarquables, acteurs splendides. Blancanieves est très séduisant dans sa première partie, un peu moins dans sa partie intermédiaire, et enfin assez captivant lors de son final, qui diverge totalement de l'original.

 

La corrida forme une toile de fond culturelle au film, sans que ce dernier en soit l'apologie, loin de là. Les quelques débats naissants sur ce sujet sont donc hors sujet : la tauromachie est à Blancanieves ce que la géologie est à la Bible.

 

Hormis la photographie, vraiment formidable, il faut aussi souligner la prestation des acteurs et actrices : les 6 nains sont fabuleux (oui, 6 et pas 7, vous verrez pourquoi en allant voir le film) et le trio féminin Macarena Garcia / Maribel Verdu / Angela Molina est enthousiasmant.

 

A voir, et à comparer à The artist.

 

3e

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L'ivresse de l'argent

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Mais où est donc passé le cinéaste délicat du Vieux jardin, ou de ce chef d'oeuvre qu'est Une femme coréenne ?

En voyant The housemaid, je me posais déjà la question, mais lors de la projection à Cannes, en compétition officielle, de son dernier film, j'ai su que Im Sang-Soo s'était bel et bien égaré quelque part en un territoire rutilant et chromé, où les émotions nuancées n'existent plus.

L'ivresse de l'argent peut être vu comme un décalque de The housemaid, même milieu feutré de super-riches, même goût pour le sexe, à la différence qu'ici ce goût est assumé par une vieille rombière, ce qui ne rend pas le film plus aimable.

L'exercice pratiqué par Im Sang-Soo est sans nul conteste extrêmement brillant techniquement et plastiquement (ces mouvements de caméra !), mais cette maestria s'exerce avec tellement d'ostentation qu'elle nuit à l'attrait du film, dans lequel les personnages sont confinés à des caricatures parfois grotesques, qui rejouent sans fin la même partition sur le thème sexe / pouvoir /argent.

Quant aux derniers plans, je ne les ai absolument pas compris, et la rupture de ton qu'ils entraînent me laisse absolument perplexe.

Un exercice de style aussi brillant qu'inutile.

Im Sang-Soo sur Christoblog : Une femme coréenne / The housemaid / The president's last bang

 

2e

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May

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/35/17/92/18372090.jpgHeavenlycreature essaye toujours de me convertir aux films d'horreur en me prêtant des DVD qu'il pense pouvoir me plaire.

 

Avec ce premier film de Lucky McKee (2002), on en est pas loin.

 

L'histoire n'est pas d'une originalité folle : une jeune femme moche (enfin, tout est relatif), et atteinte de strabisme, est complexée, timide, sans ami, et malheureuse. Elle tombe amoureuse d'un beau garçon et se fait draguer par sa collègue de bureau, la sublime Anna Faris.

 

Ah oui, il y aussi une poupée qui fait peur, comme il est de coutume.

 

Après 45 minutes plutôt intéressantes par la description froide et sobre de l'accumulation de frustations, le film vire vers un côté plus sombre et terrifiant. Ce qu'il y a d'intéressant, c'est qu'il le fait là aussi avec une économie de moyens méritoire, qui ne nuit pas à la tension que l'on ressent, bien au contraire.

 

La toute fin, sur laquelle il convient de jeter un oeil (wouarf, wouarf), sombre par contre dans le gore, c'est un peu dommage.

 

Pas mal, peut mieux faire.

 

2e

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Ultimo Elvis

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/82/83/20273844.jpgIl y a beaucoup de bonnes choses dans le film de l'argentin Armando Bo (scénariste d'Inarritu pour Beautiful, pas le meilleur film de ce dernier).

 

Par exemple la prestation de l'acteur John McInerny en Elvis est bluffante. Ce n'est pas tant que la ressemblance soit physique (elle ne l'est pas), mais le personnage de Carlos EST Elvis Presley, vit en Elvis, pense en Elvis, et chante en Elvis. Chaque prestation scénique est d'ailleurs un morceau de bravoure qui nous donnerait (presque) envie d'écouter le King d'origine.

 

Les mouvements de caméra sont aussi très beaux (comme celui du premier plan, lynchien) même s'ils deviennent à force un peu trop virtuoses (la caméra qui tourne systématiquement autour d'Elvis).

 

Le scénario n'est pas non plus inintéressant, même si son aspect un peu télécommandé nuit à l'efficacité du film. Alors que Carlos/Elvis est en passe de réaliser un projet personnel qu'on devine assez vite, il doit s'occuper temporairement de sa fille, suite à un accident de voiture qu'a eu son ex-femme : c'est assez bien amené et cela donne lieu à quelques jolies scènes.

 

Tout est donc réuni pour faire un bon film (et les critiques sont plutôt flatteuses), et pourtant cela ne fonctionne pas. En tout cas pour moi. Mystères du cinéma et boule de gomme narrative, Ultimo Elvis m'a laissé froid. Tout y est trop, trop prévisible, et très, très lent.

 

2e

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Violeta

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/97/68/20292234.jpgHonte à moi, je ne connaissais pas Violeta Parra, célèbre artiste et chateuse chilienne.

Aussi, ai-je eu probablement encore plus de plaisir à découvrir le biopic que lui a consacré fin 2012 le réalisateur chilien Andrés Wood.

D'abord un peu déstabilisant par sa chronologie éclatée et sa suite d'images sans rapport entre elles, Violeta devient au fil de la projection de plus en plus passionnant. On suit avec délectation et intérêt l'enfance terrible de la passionaria, puis ses premiers succès, la perte d'un de ses enfants (des scènes d'une beauté sidérante), et enfin le film s'attarde avec raison sur son amour avec le musicologue suisse Gilbert Favre. Recentrant de plus en plus son propos, il se conclut dans un presque huis clos, tourné dans le chapiteau que Violetta Parra fit construire à la fin de sa vie au pied de la Cordillère des Andes.

Si le film est brillant, c'est avant tout grâce à la prestation époustouflante de l'actrice Francisca Gavilan, littéralement habitée par son rôle, et qui donne à voir un des plus beaux portraits de femme vus ces dernières années au cinéma. La mise en scène est aussi très solide, bien que parfois un poil démonstrative.

Une réussite à tout point de vue qui cumule intérêt quasi-documentaire et plaisir esthétique.

 

4e

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Comme un lion

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/98/28/20292894.jpgCurieuse coïncidence que le cinéma réserve parfois,  il se trouve que deux films récents très différents montrent la même scène : une femme sénégalaise qui arrose le pas de sa porte, lors du départ d'un proche.

Comme un lion débute donc comme Aujourd'hui, mais les deux films n'ont que ça en commun. Autant le film de Gomis se caractérise par une sensibilité à fleur de peau et une photographie somptueuse, autant le pensum de Collardey se distingue par son esthétique de reportage animalier et sa psychologie de roman de gare.

Dans cette histoire de joueur de foot africain de 16 ans exploité par des agents véreux, il n'y a guère que quelques scènes mettant en scène Jean-François Stévenin à sauver. Le reste est très faible, qu'on pense à la pitoyable prestation de Marc Barbé en joueur caractériel, à la tentative de filmer le foot en direct (avec la même conviction qu'un boucher découpe un poireau) ou aux personnages secondaires annonant leur texte comme ils le peuvent, au sein d'un scénario indigent.

En fait, tout est mauvais dans Comme dans un lion, et je mets quiconque au défi de me prouver le contraire.

 

1e

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Django unchained

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/84/19/54/20376343.jpgIl m'est arrivé d'avoir la dent dure envers Tarantino, dont les premiers films m'avaient enthousiasmé, mais dont les derniers m'avaient plutôt déçu.

C'est donc avec une sorte de placide jubilation, si je peux me permettre cet oxymore, que je conseille Django à tous les amateurs de bon cinéma ET de divertissement haut de gamme.

Il n'y a en effet rien à jeter dans les 2h44 que propose Tarantino. Le scénario (à mon avis un des gros points faibles d'Inglorious Basterds), est ici parfaitement maîtrisé sur la durée : à la fois simple (une histoire de vengeance, comme d'habitude) et en même temps assez subtil, par les différentes pistes ouvertes et par ses ultimes rebondissements. Le film dresse un tableau glaçant et complexe de la condition des Noirs dans le Sud des Etats-Unis, à la veille de la Guerre de Sécession. Tarantino y va tellement fort dans ses scènes d'action et ses caricatures, que certains (Spike Lee par exemple) ont jugé le film raciste. Il me semble pour ma part que ce qui est montré est souvent ambigu (les relations du maître et de son viel esclave par exemple) et jamais complaisant, sauf peut-être dans la scène du combat de mandingues, qui m'a un peu troublé.

Deuxième point d'excellence du film, ses acteurs, tous prodigieux, avec une mention spéciale à Christoph Waltz, dont les phrases à la fois précieuses et précises sont autant de friandises à déguster. DiCaprio s'affirme excellent acteur, Jamie Foxx montre une vraie personnalité et fait évoluer son personnage tout au long du film, Samuel L.Jackson est époustouflant. Seul bémol : j'ai trouvé Tarantino acteur un ton en-dessous de ses collègues.

La bande-son est parfaite (comme toujours chez Tarantino), les décors à la fois somptueux et réalistes, et le film dispense quelques scènes qui deviennent instantatément cultes, comme l'attaque façon Ku Klux Klan, hilarante, et qui retrouve la verve non-sensique des Monty Python.

Tarantino distille enfin tout au long du film quelques variations sur des thèmes que les cinéphiles acharnés pourront commenter à l'infini : le rouge et le blanc, voir et être vu, croire et tromper.

Au final, avouons-le, un moment  de plaisir quasiment irrésisitible.

Quentin Tarantino sur Christoblog : Inglorious basterds

 

4e 

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Borgen

Vous qui aimez les séries, il importe que vous regardiez immédiatement Borgen, sous peine de quoi vous pourriez vous retrouvez dans la situation de l'amateur de vin qui laisse lui passer sous le nez un Romanée Conti sans le goûter.

De quoi s'agit-il ? Nous sommes au Danemark, le royaume où l'on croise aussi bien Hamlet que le renouveau de la série européenne (The killing). Une femme politique centriste (qui se dévoue pour offrir Borgen à Bayrou ?) se retrouve à la faveur de circonstances hasardeuses en position d'être première ministre.

Suivent vingt épisodes palpitants durant lesquels les scénaristes vont parvenir avec une justesse de ton incroyable à entrecroiser les histoires personnelles (être femme et premier ministre, c'est possible ?) et intrigues politiques, toujours parfaitement ajustées. On compare souvent Borgen à A la Maison Blanche, comme une déclinaison européenne du walk and talk US, mais croyez moi, le modèle est assez différent, et encore plus palpitant.

La série nous entraîne en Afrique, en Afghanistan, mais aussi dans des hopîtaux psychiatriques danois ou dans des séminaires gouvernementaux avec le même bonheur. C'est excitant, rusé, malin, brillant, admirablement filmé et photographié, et surtout, surtout, c'est la plus forte addiction connue depuis .... depuis .... Lost ?

Il faut dire que le personnage de Birgitt Nyborg est magnifiquement interprété, et qu'il difficile, voire impossible, de ne pas tomber complètement dingue de cette femme découvrant l'ivresse du pouvoir, et la nécessité des compromissions.

 

4e

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Aujourd'hui

Satché se réveille. Il lui reste une journée à vivre. La nuit prochaine il s'endormira pour ne plus jamais se réveiller. C'est comme ça. Il le sait et tous ses proches le savent.

La trame narrative du film, ténue, est cependant pleine d'une sorte de suspense existentiel : Que va-t-il faire de sa journée ? Que feriez-vous dans la même situation ? Est-ce l'heure des bilans, ou celui de profiter de la vie ?

Alain Gomis utilise sa caméra avec une grande maestria, et en même temps une belle douceur. Il ne cherche pas à nous épater ou à être trop démonstratif, il se contente de nous faire sentir les sentiments des uns et des autres à petites touches, en veillant constamment à ce que le sentiment magique de la vie (de l'eau sur un visage, un pied d'enfant, une scène de pickpocket aperçue au vol) soit toujours présent à l'écran.

Le film est porté par l'acteur/poète/musicien américain Saul Williams, impeccable et très beau, et une photographie amoureuse de la lumière sénégalaise. Certaines scènes sont très belles (la dernière du film, celle où Satché se fait faire la toilette mortuaire qu'il subira le lendemain), d'autres sont un cran en dessous (la rencontre avec l'ex-maîtresse, les scènes politiques), mais l'ensemble dégage une atmosphère de quiétude tranquille très impressionnante.

Un beau film serein à découvrir.

Le cinéma d'Afrique noire sur Christoblog : Un homme qui crie

 

3e

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Journal de France

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Janvier est aussi le mois durant lequel on visionne quelques films en séance de rattrapage de l'année précédente.

Hier soir, par le biais de l'opération Cinetrafic, j'ai eu la chance de renouer avec ce cinéaste / photographe / reporter de génie qu'est Raymond Depardon.

Journal de France est co-signé par Depardon et sa compagne, Claudine Nougaret. Il nous montre en un montage parallèle d'une part les pérégrinations du photographe dans la France profonde pour la réalisation de son expo à la BNF, et d'autre part des chutes de ses travaux précédents, ce qui permet de revisiter en accéléré toute la carrière du maître.

Les deux parties présentent un intérêt.

Celle qui suit Depardon en France est tranquille, sereine. Elle fait ressentir presque physiquement le talent très particulier du photographe qui réside à la fois dans l'obstination maniaque et l'acuité du regard. Accessoirement elle donne à voir quelques unes des magnifiques photos de l'exposition. J'ai presque regretté que cette partie ne laisse pas plus Depardon s'exprimer...

La partie qui révèle les archives est très inégale. Parfois quelconque, elle devient extrêmement intéressante quans elle présente des images rares et prenantes (les mercenaires en Afrique par exemple). Pour les néophytes, elle constitue une excellente introduction à l'univers de Depardon en donnant à voir l'essence de son travail dans les tribunaux, les asiles psychiatriques (intense scène à Paris), et dans le Sahara. Les images de Claudine Nougaret filmée avec amour par Depardon sont aussi superbes.

Parfois surgissent dans le film des moments d'une belle intensité poétique : j'ai adoré le montage qui montre dans la continuité des quidams filmés dans plusieurs villes différentes du monde.

Journal de France prouve parfaitement à quel point Depardon est artiste jusqu'au bout des ongles, et on aurait envie que la promenade en sa compagnie ne s'arrête jamais...

Raymond Depardon sur Christoblog : La vie moderne (****)

2e

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The master

Prétentieux : voilà le mot qui me venait constamment à l'esprit durant la (trop) longue projection de The master.

Dès les premières images, il est clair que l'expérience va être éprouvante. Le plan inaugural sur le sillage du bateau est ainsi à la fois moche, peu signifiant et plein d'orgueil, accompagné qu'il est par une musique pompière (ba da ba boum, ba da ba boum).

Le deuxième plan sur le visage du soldat est aussi poseur et vide : décadré juste comme il faut, dans un genre très "je me regarde filmer". La séquence sur la plage multiplie ensuite les effets, sans qu'on comprenne bien de quoi il est question.

La première moitié du film décline les tares de ces premiers plans, la palme de l'énervement revenant à une bande-son INSUPPORTABLE, alternant les morceaux dissonants (tsiiii, ploc, tsi, tsi, plac, tsiiiiiiii, tsi, plac, plaaaac), les surimpressions sonores, les morceaux à contre-emploi. Bref, tout ce qui semble avoir été possible d'inventer pour être dérangeant dans une bande originale est dans le film.

Côté visuel, c'est du même tonneau. Les vignettes s'enchaînent sans que jamais un sens ne semblent les relier. PTA réussit le prodige de nous rendre absolument ennuyeuse une histoire qui, potentiellement, possédait tous les atouts pour nous intéresser. L'analyse du pourquoi d'un tel prodige pourrait nous occuper un bon moment, mais je pense pouvoir dire qu'il résulte, entre autre, de l'incroyable grand écart entre le manque de véritable talent dans la mise en scène (ces champs / contrechamps d'un classicisme éprouvant) et d'autre part les afféteries pompeuses que PTA utilise comme une sorte de passeport valant "cinéma d'auteur".

Dans la deuxième partie du film, le comble de l'hermétisme auto-centré est atteint lors d'une séquence mémorable, chef d'oeuvre de montage raté dans les grandes largeurs, qui intercale plusieurs scènes d'origine disparate dont on se demande bien ce qu'elles peuvent signifier (il s'agit de la séquence durant laquelle Freddie Quell fait l'aller-retour entre les deux murs).

A partir de ce moment, PTA se fait du spectateur un ennemi juré, tellement ce dernier est largué et s'estime trahi dans sa dignité de public-payeur. Le réalisateur se fout à l'évidence de la gueule du monde dans une poussée narcissique de première bourre, méprisant à la fois son histoire et ses acteurs (qui se démènent comme des pauvres diables tous les deux). Parmi le long chapelet de reproches objectifs qu'on peut faire au film, un des plus net est sa faculté de penser, à l'image de la façon de faire du gourou, que répéter quatre fois les mêmes figures les rend plus aimables ou plus claires.

Le dernier plan est à l'image des premiers : laid. Mais il a au moins le mérite de n'être suivi par aucun autre.

The master fait partie de ces rares films qui vous font culpabiliser d'avoir été au cinéma pour les voir : il vous donne honte d'être assez idiot pour y avoir gâché quelques heures de votre vie.

 

1e

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Jours de pêche en Patagonie

http://www.lefigaro.fr/medias/2012/12/26/4d6000a2-4e8c-11e2-bb74-5aea9ecb2705-493x328.jpgLes habitués du Festival des trois continents connaissent bien Carlos Sorin, le réalisateur attachant de Historias minimas ou Bombon el perro.

 

On retrouve dans son dernier film les qualités qu'on avait déjà remarqué dans ses oeuvres précédentes : une attention extrême portée aux personnages, une capacité à capter ces petits moments de la vie lors desquels les sentiments vacillent, et une mise en scène parfaitement fluide.

 

Jours de pêche est ce genre de film qui ne fait qu'effleurer son sujet. Du personnage principal, Marco Tucci, on n'apprendra que quelques éléments disparates tout au long du film : il a été alcoolique, il a quitté sa femme, il travaille pour une entreprise allemande de roulement à bille, il est d'origine italienne, il aime l'opéra et surtout, il se rend en Patagonie pour revoir sa fille, qu'il a perdu de vue.

 

Dans ce coin perdu du Sud de l'Argentine, il va donc passer quelques jours à la chercher, et à faire des rencontres minuscules, mais qui, curieusement, laissent chacune une impression durable. Carlos Sorin réussit ce prodige très rare de rendre exceptionnels des personnages somme toute communs, et il le réussit particulièrement bien avec son acteur principal (Alejandro Awada), absolument confondant par la mobilité de ses traits, la douceur de son regard et l'expressivité de ses postures. Le film respire une sorte de bienveillance digne, sans aucune trace de sensiblerie.

 

Un beau moment de cinéma, filmé dans des décors naturels de toute beauté, ce qui ne gâche rien.

 

3e

 

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Gimme the loot

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J'ai vu le film d'Adam Leon dans une salle à moitié vide, à Cannes, dans la section Un certain  regard, et j'ai été immédiatement séduit par sa fraîcheur un peu verbeuse.

 

Les deux acteurs ados (qui s'aiment à l'évidence mais ne se le disent pas) respirent New York, et on suit leur pérégrination dans la grande ville comme on se laisserait porter par une brise d'été.

 

Adam Leon arrive à tourner en étant à la fois léger et profond : la scène ou le jeune black drague la bourgeoise blonde est à ce titre exemplaire, sous la naïveté de l'un et la fausse décontraction de l'autre, on devine le gouffre qui sépare les classes sociales, si ce n'est les races.

 

Promenade sentimentale, portrait joyeux et apaisé d'une ville, croisement de Spike Lee et de Woody Allen (le cambriolage raté !), Gimme the loot est la meilleure façon de commencer tranquillement l'année au cinéma.

 

2e

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Renoir

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Gilles Bourdos signe avec son Renoir un film d'un académisme désuet et sucré, dont on pouvait penser qu'il n'avait plus sa place sur les écrans français.

 

L'image est dorée, la nature souveraine, et des halos esthétiques entourent la chevelure de la magnifique jeune actrice Christa Theret qu'on voit beaucoup en tenue d'Eve, métier oblige (elle est le modèle d'Auguste Renoir dans le film).

 

Si la forme m'a semblé un peu lourde, j'ai été plutôt séduit par le propos, qui nous fait découvrir la cruauté froide de Renoir père (joué admirablement par un grand Michel Bouquet, artiste égoïste en majesté), et les relations ambigues qu'il entretient avec ses enfants, dont le tout jeune Jean Renoir (Vincent Rottiers, un peu léger). Le scénario s'éparpille malheureusement, alors qu'il aurait pu être une sorte de chant funèbre filmé dans un environnement idyllique (belle apparition des soldats défigurés). A noter la belle musique d'Alexandre Desplat.

 

Le film vaudra donc pour les cinéphiles plus pour l'illustration de la naissance de la vocation d'un grand cinéaste (édifiante !), que pour ses qualités intrinsèques.

 

2e

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Foxfire

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Lundi 3 décembre au Katorza, à Nantes, j'étais bien embêté. Laurent Cantet, qui est un cinéaste que j'aime, était là pour présenter son film, et ce dernier ne m'a pas plu.

 

Du coup, j'ai préféré partir à la fin de la séance, avant qu'il ne revienne. Les applaudissements étaient parcimonieux et je sentais que l'ambiance allait être pesante.

 

Foxfire raconte l'histoire d'un gang de fille qui sévit dans les années 50 au Etats-Unis.

 

Sous la conduite d'une chef charismatique, le gang commence par mener des actions féministes, punissant les pervers et les harceleurs. Cette partie est sympa, et on se dit : mais si toutes les filles du monde faisaient cela, ça commencerait à devenir franchement drôle !

 

Ensuite le gang fait des bêtise, sa leader part en prison et au retour, les filles fondent une communauté  crypto-communiste dans une grande maison abandonnée. Manquant de ressources, elles en viennent à faire une grosse, grosse bêtise.

 

On suit tout cela sans déplaisir, mais sans grand intérêt non plus. Si le style de Cantet est assez reconnaissable (une caméra très proche des actrices, qui prend son temps, et qui oscille un peu), il manque au film les tensions incroyables qui irriguaient ses oeuvres précédentes. Ici rien n'accroche véritablement l'attention et je me suis surpris plusieurs fois à penser à des détails périphériques à l'histoire, du genre : "Mais pourquoi ne voit-on jamais aucune famille de toutes ces filles ?" ou "Cela aurait été intéressant de creuser les réactions de racisme de la petite communauté" ou "Ce rejet des hommes couvre-t-il une tendance homosexuelle collective ?".

 

Certains encensent l'actrice principale, Raven Adamson, que j'ai juste trouvé convenable, et qui tire à mon avis sa réputation d'un physique particulier de garçonne.

 

Cantet nous a dit en introduction avoir dédié 4 ans de sa vie à ce film, je ne serai donc pas plus dur que nécessaire.

 

2e

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