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The young lady

Pas facile d'entrer dans ce film, qui semble de prime abord se situer quelque part entre Lady Chatterley (sans la poésie sensuelle) et Madame Bovary (sans la profondeur psychologique).

Pour tout dire, The young lady est écrit avec des moufles et filmé avec une truelle. Les effets y sont tristement surlignés (les cadres symétriques, le montage cut) et les sentiments évacués au profit d'une sorte de litanie humiliante, qui fait ressembler le film à une mécanique largement manipulatrice. A force d'acculer le spectateur dans ces retranchements (c'est une des premières fois de ma vie que je souhaitais des ellipses tout en regardant le film) The young lady finit tout de même par intriguer lors des trois dernières minutes. Dommage qu'il y en ait eu quatre-vingt six avant.

L'actrice principale joue comme un pied, la photographie est un gloubi-boulga qui mixe le pire de l'effet Vermeer et du "regarde comme je filme bien la lande brumeuse". Après, vous avez le droit d'y aller quand même : il y a au moins un truc sympa dans le film, c'est que les acteurs/trices sont sympas à regarder quand ils sont à poil.

 

1e

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Sing street

Sing street utilise avec brio toutes les ficelles du feel good movie nostalgique.

Le film cumule ainsi la trame toujours efficace de la constitution d'un groupe de rock à celle plus classique de l'histoire d'amour a priori impossible, le tout baignant dans une bande-son des années 80 qui sent bon la naphtaline. 

Tout cela serait assez anecdotique si le film ne portait pas à haut degré d'efficacité toutes ses composantes : le rythme est échevelé, le casting impeccable, les reconstitutions de clips et de modes vestimentaires parfaitement délicieuses et les compositions originales diablement entraînantes. 

Bref, on passe finalement un très bon moment, même si Sing street ne brille ni par son originalité, ni par sa profondeur. Ceux qui avaient 15 ans dans les années 80 apprécieront tout particulièrement.

 

2e

 

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Moi, Daniel Blake

Disons le tout de suite : le fait que Moi, Daniel Blake ait obtenu la Palme d'Or va fausser la plupart des appréciations le concernant.

La question traditionnelle de l'apprenti critique ("Que vaut le film ?") se transformera bien souvent en "Mérite-t-il la Palme d'Or ?", avec au passage un très probable coup de rabot sur ses qualités intrinsèques.

Ceci étant dit, je vais essayer de ne pas tomber dans ce travers.

D'abord, première évidence difficilement contestable, les deux acteurs principaux sont exceptionnels. Dave Johns compose un personnage qu'on n'oubliera pas de sitôt, une sorte d'incarnation de la dignité terrienne et bienveillante. Hayley Quires est une belle découverte, dans un rôle qui la voit s'exposer dans une composition difficile, mélange de fragilité et de ténacité. La scène du magasin alimentaire est à ce titre un des plus beaux moments de cinéma de l'année.

Deuxième point, le film aborde frontalement un sujet que je n'avais pas encore jamais vu traité au cinéma : la difficulté, devenue radicale, de vivre aujourd'hui dans notre société sans avoir la pratique de l'informatique en général et d'internet en particulier. Ken Loach ne se contente pas ici de creuser confortablement le sillon qui est le sien depuis le début de sa carrière (la misère sociale), il peint un monde dans lequel tout le monde (ou presque) est sympa, et qui pourtant se révèle être un enfer. Par là-même, Moi, Daniel Blake réussit un tour de force étonnant : nous montrer la méchanceté de notre société sans nous désigner les méchants. Il peut de ce fait avoir par moment des aspects de film d'anticipation, de dystopie.

La mise en scène de Ken Loach est d'une rigueur exemplaire. Le scénario de son complice de toujours, Paul Laverty est très très bon au début du film (quelle idée géniale que la conversation téléphonique initiale, qui finalement s'avère être le coeur palpitant du film), avant de fournir dans la deuxième partie quelques traits trop appuyés à mon goût. Ce n'est pas très grave au regard du poids émotionnel que charrie le film.

Moi, Daniel Blake est finalement un beau portrait, qui s'affranchit de son terreau social par la grâce de ses interprètes. A voir.

 

3e

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Dough

Je me demande comment un obscur vétéran de la télévision anglaise âgé de 72 ans, John Goldschmidt, peut se retrouver au commande de ce film improbable, qui parvient à se frayer un chemin vers les écrans français.

Dans ces temps de défiance généralisée entre religions, on peut se dire que l'amitié entre un jeune black musulman et un vieux blanc juif cumule tous les poncifs aptes à séduire un public peu regardant en matière d'exigence cinématographique, pourvu que les bons sentiments soient au rendez-vous.

C'est en partie vrai (le film n'évite pas complètement l'angélisme naïf qui suinte de son pitch), mais d'un autre point de vue, il faut bien reconnaître qu'on ne s'ennuie pas devant Dough, qu'on y rit franchement et que le scénario y est fort bien troussé.

Le film ne mériterait cependant pas d'être encouragé sans l'incroyable prestation de l'insubmersible Jonathan Pryce. Le jeune acteur Malachi Kirby apporte quant à lui une fraîcheur bienvenue à ce moment de cinéma, qui sans être génial, est bien agréable.

L'occasion de se faire plaisir, tout en étant parfaitement politiquement correct. Une occasion rare.

 

 2e

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Catch me daddy

Dans la veine réaliste anglaise, si féconde, il manquait un chaînon violent et noir, quelque chose qui soit plus brutal et désespéré que tout le reste. Catch me daddy, de Daniel Wolfe, est un prétendant idéal pour ce rôle.

Au début du film, on ne comprend pas trop ce qu'on voit : des hommes de main qui filent dans des directions qui nous échappent. Le scénario s'amuse à nous jouer des tours : naïveté des deux tourtereaux, suspense gentillet autour de la caravane, éclairs de violence insoutenables. C'est très déstabilisant.

Le film est sec, frigorifiant, parfaitement maîtrisé. En prenant le parti de montrer les relations ethniques (pakis contre anglais pure souche) à travers le prisme d'un thriller hyper-violent, Wolfe réussit un coup de maître, à la fois sur la forme (quelle belle utilisation des gros plans) que sur le fond (la violence renvoie les deux parties dos à dos).

La fin est glaçante, et frustrante pour certains, je peux le comprendre. Elle m'a ravi. 

Coup de poing au plexus mental.

 

3e

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Pulp, a film about life, death and supermarkets

Pulp est un groupe de rock des années 90, mais vous n'avez pas besoin d'être fan pour apprécier cet excellent documentaire de Florian Habicht.

D'abord parce que la star du film est avant tout la ville de Sheffield, cité industrieuse du nord de l'Angleterre, d'où est originaire le groupe. Le film montre superbement la ville à l'occasion du dernier concert du groupe en 2011 : son aspect quelconque, ses kiosques à journaux, ses friches industrielles, ses terrains de foot. 

Il montre aussi ses habitants, qui connaissent presque tous le groupe, quelque soit leur âge, leur sexe ou leur origine. Leur propos sont souvent délicieux, et on oubliera pas de sitôt le jeune aux cheveux teints, la chorale locale (irrésistible Help the aged) et les deux enfants assénant un message définitif à tous les parents de la planète.

Tous ces gens sont attachants et leur admiration raisonnée pour l'intelligence de Jarvis Cocker emporte l'adhésion.

Loué par des amis aussi sensibles, le chanteur de Pulp, à la fois dandy charismatique et grande asperge dégingandée, paraît irrésistible et foutrement intelligent. Drôle, inspiré, complètement possédé sur scène, il emporte le coeur du public dans un concert renversant.

Une magnifique découverte, qui n'a pratiquement pas été distribuée en France, comme malheureusement beaucoup d'excellents documentaires.

 

3e

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Kingsman

En matière de divertissement pur, difficile d'imaginer plus jouissif et plus décontracté que Kingsman.

Le film ressemble à ces vieux James Bond dans lesquels ce dernier était vraiment anglais, et ne s'était pas encore nolanisé.

Prenez d'abord un scénario malin (et à tiroir) : comment devient-on agent secret ?

Ajoutez des acteurs au top de leur caricature : un Colin Firth plus précieux que jamais, un Samuel L. Jackson zozotant et dégingandé, des seconds rôles parfaits. Tout cela dans un bain d'élégance british.

Secouez au shaker d'une idée ou allusion par minute (le JB de James Bond, Jason Bourne, Jack Bauer par exemple). Fignolez le tout en ajoutant une bande-son entraînante, des décors parfaits et des scènes cultes (l'église !!), des rebondissements incessants : vous obtenez un pur plaisir de spectateur. 

Enfin, le voici le film dans lequel : le héros peut mourir au débotté après avoir trucidé gratuitement plusieurs dizaines d'innocents, un autre héros peut recouvrer un surcroit d'énergie à la perspective de sodomiser une princesse scandinave, des méchants voient leur chef exploser en feu d'artifice, on boit un cognac napoléonnien en l'honneur d'un mort.

Un festival d'intelligence créatrice comme je n'en n'avais pas vu depuis longtemps !

 

3e

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Queen and country

En 1987, John Boorman réalisait Hope and glory, film sur l'enfance en temps de guerre, en grande partie autobiographique. L'année dernière à Cannes, il présentait en quelque sorte sa suite : Queen and country, chronique du passage à l'âge adulte sur fond de guerre de Corée.

J'ai été parfois décontenancé par les ruptures de ton incroyables qui émaillent le fim : on passe sans transition de la bleuette un peu nunuche à la comédie loufoque, avant de basculer dans le drame. Queen and country est un objet très attachant, complètement atypique, chronique cruelle d'une Angleterre désuette et buddy movie amusant.

Tout le début du film amène à sourire de façon quasi-continue tant les situations cocasses et les punchlines s'accumulent, mais une ombre commence à recouvrir le personnage principal vers son milieu, et cette ombre (mélancolie, tristesse et nostalgie) ne cesse de grandir jusqu'à la fin. 

Le dernier plan s'arrête sur une caméra ... qui s'arrête de filmer. Espérons que ce dernier plan ne soit pas prémonitoire.

 

2e

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Mr Turner

On ne peut pas dire que je sois un grand fan du Mike Leigh british, à la mode Another year.

Aussi ai-je été plutôt agréablement surpris par ce biopic, qui est plus qu'un biopic.

Pourtant le film commence assez faiblement : l'acte de peindre est survolé, les personnages sont ennuyeux, la photo carrément kitsch. Timothy Spall (prix d'interprétation masculine à Cannes) surjoue dans un mode porcin, avec force grommellements et ahanements.

Tout cela ne présage rien de bon, jusqu'à ce que la folie dévorante pour la peinture n'envahisse progressivement l'écran, écrasant famille, amour, santé. Turner, homme du passé par son éducation et sa constitution, devient un homme d'avenir par son art. Il invente (presque) l'abstraction, observe avec gourmandise un nouveau monde naître avec ses daguerréotypes, ses trains et ses machines à vapeur.

La grandeur du film se situe exactement dans cette contradiction : alors que tous meurent autour de lui (père, fille, soeur, M Booth, enfant de Haydon, Noirs sur le bateau, noyée...) la modernité surgit partout, et seul Turner semble la distinguer. Le peintre est un visionnaire qui perçoit seul ce que les autres ne sont pas encore capable de voir. 

 

3e

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National gallery

Je suis un grand amateur du cinéma de Frederick Wiseman, le plus grand documentariste vivant, avec Raymond Depardon. Aussi ai-je foncé bille en tête découvrir son National Gallery à la dernière Quinzaine des Réalisateurs.

Passer près de trois heures dans un musée peut sembler a priori inquiétant, et soporifique. L'expérience s'avère pourtant aussi déroutante et passionnante qu'effectuer une excursion dans la forêt vierge.

Bien sûr on parle ici un peu de peinture, et les conférenciers sont vraiment fantastiques, à l'image de la première intervenante, qui dramatise toutes ses interventions. Mais des restaurateurs nous y font aussi découvrir des strates de peinture inconnues, qui sont autant de digressions magiques (les rayons X chez Rembrandt !).

Plus curieusement, nous faisons la connaissance du Directeur, capable de tacler un collaborateur en une phrase, ou de partir en vrille à propos du Duc d'Orléans (premier aristocrate à cuisiner lui-même, c'est un des nombreux enseignements du film).

Wiseman, fidèle à son habitude, se plante là et filme tout ce qu'il voit. On aura donc droit à des ébénistes, des journalistes, des danseurs, des débats houleux sur la stratégie commerciale à adopter, des doreurs à la feuille, des commissaires, des panneaux publicitaires "Picasso", des visages de visiteurs, de l'arrivée du Marathon de Londres, etc...

On réfléchit sur le fait que "penser que piquer l'image d'un chaton peut faire souffrir un chaton" est l'essence de la peinture. Vous me suivez ? National Gallery est un film qui fait du bien, un film qui vous rend (encore) plus intelligent. 

Frederick Wiseman sur Christoblog : Boxing Gym  (***) 

 

3e

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Pride

Les années 80. La grande grève des mineurs au Royaume-Uni. Thatcher intraitable. Un groupe de gays et lesbiennes soutient les mineurs d'une petite ville au Pays de Galles en collectant des fonds à Londres.

En choisissant ce sujet, le réalisateur Matthew Warchus joue sur du velours. On perçoit immédiatement les immenses potentialités de ce type de scénario : confrontation des excentriques londoniens et des Gallois bourrus (mais qui ont si bon coeur au fond....), éloge de la solidarité entre opprimés, tensions / rapprochement, destinées individuelles dans un contexte historique formant une intéressante toile de fond, etc.

Pride exploite à fond tous ces filons, et il le fait avec une efficacité incroyable, ne ménageant aucune occasion de faire gonfler les yeux des spectateurs lors de scènes mémorables, je pense notamment à la scène de danse queer, ou au somptueux chant choral dans la grande salle commune. 

Warchus tisse habilement son intrigue, partant sur des bases solides, puis s'intéressant successivement à tous ses personnages, avant de prendre un virage nettement plus noir et mélancolique dans sa dernière partie, alors que les ailes noires du SIDA commencent à se déployer sur la communauté gay. Si les traits sont parfois un peu forcés, on a envie de pardonner au film ses quelques défauts, tellement il inspire la sympathie.

Parangon du feel-movie aux effets millimétrés (c'était LE film à voir sur la Croisette ce printemps - avec l'excellent Whiplash - pour se remonter le moral), servi par une brochette d'acteurs impeccables et des décors de toute beauté, Pride est la garantie absolue de passer un bon moment. 

 

3e  

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Jimmy's hall

Encéphalogramme plat du côté de Ken Loach.

Son nouveau film (qui devrait être son dernier, si l'on en croit le réalisateur lui-même) ne présente aucun intérêt particulier pour celui qui aime la nouveauté. Jimmy's hall peut même être considéré comme une sorte de suite (voire de réplique) du film qui avait valu à Loach sa Palme d'Or, Le vent se lève.

Nous voici donc en 1921 en Irlande, pour suivre le retour au bercail d'un communiste irlandais qui a du s'exiler en 1909. Tous les sujets d'intérêt de Loach sont donc ici bien présents : éloge de la solidarité et de l'engagement, lutte pour l'émancipation, etc. Le film est propre, les champs sont verts, les filles ont des tâches de rousseur, les jeunes sont plein d'espoir et font du vélo, la lumière caresse tous ces beaux visages. Les méchants sont à baffer, les gentils à croquer.

C'est beau et complètement insipide, sans être vraiment mauvais. A conseiller donc aux amoureux de l'Histoire, ou de l'Irlande. A Cannes 2014, un autre réalisateur anglais, Mike Leigh, proposait lui aussi un film de facture classique, mais d'une autre ampleur, Mr Turner (sortie le 3 décembre).

 

2e

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Under the skin

Under the skin est un film protéiforme, qui m'a inspiré des sentiments assez divers.

Son introduction lente et mystérieuse m'a d'abord intrigué. Il y a un peu des mouvements de vaissaux spatiaux du 2001 de Kubrick dans les visions cosmiques que propose Jonathan Glazer.

L'atterissage de l'alien dans le corps de Scarlett Johansson fait l'objet d'une scène d'une beauté stupéfiante. A ce moment là on pense alors peut-être tenir un chef d'oeuvre. Les pérégrinations qui suivent sont malheureusement un peu lassantes dans leur répétitivité : l'alien traque des hommes solitaires, les attire, puis vole leur peau lors d'une cérémonie étrange. Parfois dérangeantes (l'épisode Elephant man), parfois insipides (la rencontre amoureuse téléphonée), les péripéties de notre ami étranger ennuient, charment ou agacent.

Vers la fin, le film prend encore un autre tournant, évoluant vers une sorte de survival en forêt, façon Delivrance enneigé. Le film se finit alors dans une sorte de déflagration narrative avec la révélation de qui se cachait dans la peau de Scarlett : il est encore à ce moment-là stupéfiant, et en même temps trop démonstratif.

Au final, Under the skin est un exercice de style à la fois envoutant et ennuyeux, naïf et profondément original. Il mérite d'être vu.

 

2e

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How I live now

Une fois n'est pas coutume, c'est son affiche qui m'a décidé à aller voir How I live now. Elle m'a immédiatement intrigué, et charmé. 

Le deuxième point fort du film, au moins de mon point de vue, est la présence de Saoirse Ronan, 19 ans, et déjà tout d'une grande.

Le prétexte du film est assez simple, bien que finalement original : dans un futur indéterminé qui voit la troisième guerre mondiale éclater en Angleterre, une jeune fille tombe amoureuse puis doit s'enfuir en plein chaos pour tenter de retrouver son tout nouvel amour.

La réalisation du britannique Kevin Macdonald (Le dernier roi d'Ecosse) est beaucoup plus originale que ce que je pouvais imaginer : vive, nerveuse, rendant très bien les différentes ambiances du film (quiétude pastorale, violence sourde de la guerre, éclairs oniriques). La bande-son est également excellente. 

Tout l'intérêt du film réside d'ailleurs dans ces contrastes brutaux que le scénario agence assez intelligemment : spleen ado urbain US / accueil rural en Angleterre, découverte de l'amour et de la sexualité / horreur de la guerre, scène élégiaque dans une Nature complice / irruption brutale de la violence.

On pense, dans une version il est vrai plus naïve (c'est le point faible du film : son côté roman-photo pour ado), aux Fils de l'homme d'Alfonso Cuaron, que je n'avais par ailleurs pas vraiment apprécié.

Saoirse Ronan joue une fois de plus ce rôle de jeune fille errante et volontaire qu'elle tenait avec talent dans les deux films où je l'ai vu : Hanna et Les chemins de la liberté. Une actrice vraiment à suivre.

Un bon divertissement, dont les péripéties sont loin d'être toutes prévisibles.

 

2e  

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For those in peril

For those in peril trace le portrait sensible d'un adolescent seul rescapé d'un naufrage, dans lequel a péri son frère et quatre autres jeunes hommes. Rejeté par le village, Aaron semble avoir des problèmes mentaux, qui datent d'avant l'accident.

La première partie du film est très impressionnante et particulièrement réussie, mêlant différents supports (Super 8 des images d'enfance, grossières vidéos des journaux télévisés, images quasi-conceptuelles de l'océan) et dessinant avec délicatesse les profils des différents protagonistes. Le film culmine alors dans les confrontations entre le jeune Aaron et le père de la copine de son frère, un homme particulièrement violent, qui veut l'éloigner à tout prix de sa fille.

Malheureusement le film s'égare progressivement dans de fausses pistes (le fantastique par exemple, qui aboutit à une fin particulièrement ratée) et des tics de plus en plus insistants. Alors qu'il paraissait parfaitement maîtriser son sujet, Paul Wright semble ne plus trop savoir vers où guider son personnage, hésitant entre chronique réaliste, voyage intérieur et ode onirique.

Le film montre toutefois chez ce jeune cinéaste un énorme potentiel.

 

2e

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Goltzius et la compagnie du pélican

Peter Greenaway semble suivre le chemin inverse de celui de Steve McQueen (Hunger, Shame, 12 years a slave) : alors que ce dernier glisse progressivement de l'art contemporain vers le cinéma mainstream, son compatriote produit des oeuvres de plus en plus conceptuelles.

Ayant vu Goltzius il y a plusieurs mois au Festival Paris Cinéma, avec l'ami mymp, je dois avouer qu'il ne me reste presque aucun souvenir du scénario du film. La lecture du pitch ne m'éveille que de vagues réminiscences : un graveur d'oeuvres érotiques qui propose au Margrave d'Alsace* de financer ses travaux, moyennant des reconstitutions de scènes licencieuses tirées de la Bible.

Plus persistantes sont dans mon esprit les sensations purement visuelles que m'a laissé le film : des surimpressions d'écriture sur les visages, une caméra qui tournoie à l'infini autour de compositions formelles très bien éclairées, quelques scènes sidérantes de beauté (des cages suspendues), un décor étrange constitué d'éléments d'époque filmés dans un entrepôt moderne.

Le film pourrait aussi bien se déguster dans une biennale d'art contemporain, par petits extraits, que dans une salle de cinéma, dans laquelle ces deux heures de fantasmes costumés épuisent un peu.

* : Le titre de margrave (dont l'équivalent est marquis) a été créé par Charlemagne au profit de ses lieutenants dans les marches frontières.

 

2e

 

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Philomena

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/501/21050161_20131016165208601.jpgJe m'attendais à un Stephen Frears un peu mou, au regard des critiques et de la bande annonce. Mais pour une fois, cette dernière ne dévoile que très partiellement la trame complète du film, qui s'avère une oeuvre à la fois très attachante et parfaitement maîtrisée.

Le sujet est multiple. Il s'agit d'abord de relater un épisode terrible de l'histoire irlandaise : la façon dont des bonnes soeurs catholiques vendaient en 1952 des enfants de filles-mères à des Américains. Cet aspect est passionnant et permet au duo Frears/Cogan d'être particulièrement caustique et impitoyable vis à vis de l'Eglise.

Mais il y a bien d'autres angles de vue dans le film, comme celui qui consiste à confronter deux personnalités totalement différentes qui vont apprendre progressivement à se connaître et à se respecter : le journaliste cultivé et cynique, la vieille femme inculte mais digne.

Le film séduit enfin par un troisième aspect : celui d'une enquête quasi policière, avec ses rebondissements improbables (la mention "inspiré de faits réels" permet ici de ne pas crier à l'invraisemblance), ses culs-de-sacs apparents et son final ahurissant.

Stephen Frears y affirme une maîtrise totale, et tout est parfait dans le film : montage au cordeau, décors magnifiques, cadrages et photographie superbes, utilisation judicieuse de fausses images d'archive, et surtout, surtout, deux performances d'acteurs sublimes.

Un excellent moment, qui allie rire, larmes, émotion et curiosité intellectuelle. Le meilleur film de l'année, pour l'instant, avec Nymphomaniac, dans un genre très différent.

Stephen Frears sur Christoblog : Tamara Drew

 

4e

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Le géant égoïste

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/385/21038599_20130910173347226.jpgIl est rare qu'un film aussi balisé que celui de Clio Barnard procure des émotions aussi fortes. Parce que, il faut bien le dire, le terrain qu'explore le film a déjà été parcouru bien des fois par les cinéastes anglais de tout poil : misère sociale, ville du Nord déshéritée, accent à couper au couteau, enfants livrés à eux-même, petites combines et marché noir.

Sur le papier, rien de nouveau, donc.

Mais sur l'écran, deux jeunes acteurs absolument renversants qui vous arracheront à coup sûr de francs éclats de rire et de profonds sanglots. Leur performance commune est probablement ce que j'ai vu de plus fort à Cannes, où le film était présenté à la Quinzaine. Ils sont entouré par un casting absolument parfait.

Derrière la caméra, une réalisatrice très douée, excellente directrice d'acteur, et qui trouve constamment le ton juste, entre poésie et vérisme social, une sorte de mélange de Ken Loach et d'Andrea Arnold, qui joue avec le même brio du gros plan et du plan très large. La progression dramatique du film, évoluant au fil de brusques accélérations, est remarquable.

Le film est ample et resserré à la fois, d'une cohérence imparable, et d'une efficacité époustouflante.

Un des meilleurs films de l'année, sans aucun doute.

 

4e

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Il était temps

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/280/21028014_20130813152745148.jpgRichard Curtis est surtout connu pour son travail de scénariste : Quatre mariages et un enterrement, Coup de foudre à Notting Hill, Love actually, Good morning England, c'est lui.

Passant ici pour la troisième fois derrière la caméra, il nous livre une nouvelle version de la comédie romantique anglaise dont il semble avoir inventé la recette.

Cette fois, le principe est le suivant : de père en fils, les hommes d'une famille possèdent le don de voyager dans le passé, et d'y modifer le cours des évènements.

Pas de réflexions métaphysiques alambiquées ici, d'ailleurs l'"effet papillon" qui fournit souvent le ressort narratif des voyages temporels est évacué d'une phrase en début de film. Curtis s'intéresse plutôt ici à l'utilisation du voyage dans le temps au service de l'amour et des sentiments.

Sans être révolutionnaire, le film explore ainsi plusieurs situations dont certaines sont cocasses, et d'autres touchantes. Si on ne rit jamais franchement (sauf pendant la scène du mariage pluvieux, particulièrement efficace) on suit les aventures du couple Tim / Mary avec plaisir. Ce n'est jamais très loin d'être franchement gnangnan, mais le film tient la route entre autre grâce à ses acteurs tous excellents avec une mention particulière au père, joué subtilement par Bill Nighy, et à Rachel McAdams, très séduisante.

Un divertissement honorable.

 

2e

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Shadow dancer

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/82/68/20278854.jpgVoilà un film qui m'a à la fois séduit et déplu.

Au rayon des +, une immersion dans le Belfast des années 90 comme on en a rarement vu, bien que le sujet de l'IRA soit courant dans le cinéma britannique. Ici, le confinement des corps et des esprits est très bien montré, avec des nuances qui font vraiment ressentir la tension générale existant alors. Une mise en scène irréprochable, des seconds rôles impeccables, un scénario intéressant (sauf la fin, j'y reviendrai).

Au rayon des -, un début un peu poussif, une interprétation des deux personnages principaux exagérement atone, et surtout une fin dans le style "je vais vous surprendre par un rebondissement de dernière minute qui ne veut rien dire" à montrer dans toutes les écoles de scénaristes, en exemple de ce qu'il ne faut pas faire. Plus généralement, le film souffre, me semble-t-il, d'un petit problème de montage, qui induit parfois des contre-temps, ou des ruptures de ton involontaires.

Au-delà de ces considérations qui m'ont fait osciller constamment durant la projection entre le j'aime et le je n'aime pas, il faut reconnaître qu'au lendemain de sa vision le film laisse un goût de cendre prononcé dans la bouche, et qu'il constitue un tableau glaçant du terrorisme nord irlandais et de ses adversaires anglais, renvoyant dos à dos les deux parties, qui traîtent l'une et l'autre les êtres humains comme parties négligeables.

Dans le contexte tristounnet des sorties de ce mercredi, on peut donc voir ce film...

 

Dans un débat privé par mail, Tino Tora défend l'opinion que dés le départ l'héroïne est envoyée volontairement chez les anglais pour être recrutée et détecter elle même la taupe. Cette vision du film permet d'expliquer la fin.

Voici ce qu'en dit mon interlocuteur :

"Dès le début du film, elle sait qu'elle est suivi par des agents secrets dans le train et le métro. Pourquoi donc prendre le risque de poser la bombe ? Elle savait pertinement qu'elle se ferait coincer.
De plus, pourquoi les services secrets la recrutent ? Pour sauver leur taupe. La sauver de quoi ? Cela signifie bien que les services secrets craignaient pour la sécurité de leur taupe : les Irlandais étaient surement au courant d'être infiltrés.
Pour son collègue tué, elle n'avait ni prévu de révéler l'opération à l'agent secret, ni que les flics abattent son collègue. D'ailleurs elle ment à l'agent secret en disant que son collègue l'a entendu téléphoner. C'est faux, il n'a rien entendu. Mais elle savait que l'agent secret ferait tout pour le faire taire et donc le tuer. Or c'est véritablement avec cette mort que Kévin décide de se venger et de liquider la taupe. C'est également pour cette raison que les agents secrets ont lancé l'assaut. Ils avaient besoin que Kévin liquide l'héroïne afin de protéger leur taupe.
Pour son frère torturé, elle savait très bien que Kévin ne le tuerait pas sans être sur à 100 % que ce soit lui le traitre. C'est le frère de Gerry et une erreur aurait couté cher à Kévin. Il attendait des aveux de la part de Conrad et il ne les a pas eu.
Pourquoi n'ont-ils rien dit à Kévin ? Car il ne pouvait pas savoir si c'était lui la taupe. D'où le fait que Conrad se méfie de Kévin dès le début. Car ne nous voilons pas la face, Conrad n'est pas un gentil garçon comme le montre leur tentative de meurtre sur le flic, ainsi que la voiture piégée à la fin du film.
Enfin, comment expliquer la fin sinon ? Pourquoi tuer l'agent secret, alors qu'elle n'avait plus rien à craindre ? Pourquoi avouer à son frère qu'elle a coopéré avec les services secrets ? Pourquoi prendre le risque de fuir et de se faire retrouver par les services secrets, alors qu'elle pouvait le faire avec leur bénédiction ?
C'est un bon film. On est à 100% avec l'agent secret, on déteste sa patronne et pourtant, c'est elle qui avait raison. On se pensait être les gentils avec l'agent secret et finalement on s'est fait entuber, en aidant les méchants, en supprimant indirectement notre propre taupe. Mon interprétation est peut être fausse, mais elle a le mérite de rendre la fin cohérente. En tout cas, c'est comme cela que je vois le film."

 

2e

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