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Christoblog

Articles avec #series

Lupin

Lupin, la nouvelle production Netflix au casting d'enfer (Omar Sy, Ludivine Sagnier, Clotilde Hesme, Nicole Garcia), se regarde avec plaisir, comme on lit une BD d'aventure ou on mange un paquet de Haribo.

L'écriture de la série, qu'on doit au britannique George Kay, est assez élégante. L'idée du fan d'Arsène Lupin qui s'inspire des aventures de son héros pour concevoir ses propres actions est bien vue, et les trois premiers épisodes de la première saison se dévorent. Chacun de ses trois épisodes adopte un style dans lequel Omar Sy se glisse  avec délectation (film de casse, de prison, de séquestration), sur un ton léger et enlevé, qui parvient à être agréable sans être parodique.

Le quatrième épisode est superflu et franchement mièvre, et le cinquième est un épisode de transition qui nous laisse sur notre faim. J'attends la suite avec impatience : la question principale est de savoir si Kay va parvenir à maintenir le délicat équilibre que cette première partie propose, entre spectaculaire et intime, nostalgie et modernité. Je suis curieux de voir également comment certains personnages vont se développer ou non (Claire, Juliette, Benjamin).

La mise en scène est typique des productions Netflix : efficace, balisée, tape à l'oeil et utilisant plus de drones que nécessaire. A noter que Marcela Said (Mariana, L'été des poissons volants) a réalisé deux épisodes, ce qui est très étonnant. 

Lupin est un divertissement sans prétention, dans lequel Omar Sy fait merveille. La série est parfois gentillette, voire simpliste. Elle use de ficelles parfois grossières, mais il s'en dégage une atmosphère rétro et bon enfant qui n'est pas désagréable, et procure un plaisir régressif. 

 

2e

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Le jeu de la dame

Sensation surprise de l'année 2020, la mini-série Netflix consacrée à une jeune prodige des échecs dans les années 50 permet de passer un bon moment.

L'histoire est sympathique, bien qu'archi-rebattue (une vocation et une faiblesse, des apprentissages, des échecs, puis l'atteinte du graal). L'écriture ne brille pas par son originalité, et la réalisation est très sage, avec cet aspect propret et académique qui caractérise les produits Netflix.

Ce qui explique probablement le succès de la série, au-delà de l'aspect exotique du jeu d'échecs, c'est l'incroyable prestation de la jeune actrice Anya Taylor-Joy, qui crève l'écran. C'est peu dire que l'intérêt qu'on éprouve à regarder Le jeu de la dame réside principalement dans sa frimousse d'écureuil, son étude résolue et son allure déliée.

Les scénaristes ont bien aidé Anya Taylor-Joy en affublant son personnage d'une faiblesse qui la rend plus humaine, en développant son personnage dans une optique résolument féministe et en l'entourant d'un casting de seconds rôles exceptionnels, dont l'excellente Chloe Pirrie. Il faut également reconnaître que les décors sont magnifiques, et que les péripéties échiquéennes sont assez bien rendues à l'écran.

Un divertissement sans aspérité.

 

3e

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The crown

On peut s'intéresser à la série The crown à trois niveaux différents.

Le premier est le contexte historique de l'Angleterre, et de sa place dans le monde, au fil des années. On découvre ainsi, si on est comme moi assez ignorant sur le sujet, les subtilités de la crise du canal de Suez, la valse des premiers ministres ou le fonctionnement étrange du Commonwealth.

Le deuxième niveau, ce sont bien sûr les anecdotes à propos de la famille royale. La découverte dans ce domaine, c'est que l'histoire des Windsor est plus proche de Détective que de Point de vue. En vrac, dans ce cercle familial élargi, on découvre des cousins nazis, une mère schizofrène nonne dans un monastère orthodoxe, des handicapés mentaux déclarés morts, des alcooliques, des pulsions de mésalliance, des abdications mal digérées, des pervers malfaisants, des troubles psychologiques de différente nature, des intrusions nocturnes, des morts violentes, des adultères en tout genre.

Enfin, le troisième niveau, qui est bien sûr le sujet principal de la série, ce sombre coeur qui palpite en son centre, c'est la royauté, qui justifie tout et n'excuse rien. La série réalise ce prodige de nous faire croire que quelque chose de spécial émane de ce ramassis d'idiots méprisants et d'incapables congénitaux, un mélange d'honneur dont on ne connaît plus le sens, et d'impassibilité éternelle (la reine ne subsiste qu'en en faisant le moins possible).

La réalisation de The crown est typique des productions Netflix : un peu engoncée, très formatée et pour tout dire parfois de mauvais goût. Alors que le plus souvent ces défauts nuisent aux séries concernées (Stranger things, La casa de papel), ils l'enrichissent plutôt ici : les moeurs sont ici immorales, mais elles sont filmées avec une solennité qui colle parfaitement à l'image de la famille royale, mais non à ses pratiques dissolues.

Chaque épisode est centré sur une thématique ou une anecdote et se concentre pratiquement sur ce seul sujet. C'est une écriture très spéciale, qui a peu d'équivalent à ma connaissance dans les séries modernes, et qui donne ce résultat rare de produire des épisodes ennuyeux dont on pourrait se passer, et des chefs-d'oeuvres comme ce sublime épisode 3 de la saison 3, centré sur la catastrophe d'Aberfan au Pays de Galles, digne d'un grand film.

C'est sûrement ce mélange étonnant de profondeur historique, de roman-photo, de film noir et de belles images (les voyages de Philip sont en particulier magnifiquement filmés) qui rend la série si addictive. Le casting est également impérial, Claire Foy et Olivia Coleman en tête. Les spécificités de la saison 4, avec l'introduction de deux personnages majeurs (Margaret Thatcher et Lady Diana), ne modifient en rien ce que je pense de la série.

Un régal.

 

4e

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Dix pour cent

On commence par regarder Dix pour cent avec l'espoir d'apercevoir la fausse vraie vie des stars, avant de plonger dans la série pour le plaisir de suivre les aventures professionnelles et sentimentales des employés de l'agence ASK.

Quand on parle de Dix pour cent, il faut signaler en premier lieu la grande qualité de son écriture. Les personnages sont bien développés, les intrigues intéressantes et les surprises convaincantes.

Cette qualité de scénario met en valeur un casting haut de gamme, à qui la série aura bien profité. Camille Cottin a enchaîné les rôles importants (avec une apparition chez Honoré, et un premier rôle convaincant dans Les éblouis). Grégory Montel a lui aussi tourné dans de jolis films (Les parfums), alors que Laure Calamy, elle, a connu un triomphe dans Antoinette dans les Cévennes. Nicolas Maury a même réalisé son premier film (Garçon chiffon), et Stéfi Selma a trouvé un joli rôle dans Miss, re-jouant ainsi un peu son rôle de Sofia.

Bien sûr, la série ne serait pas aussi connue sans le sel qu'ajoutent les stars présentes. Leur prestations sont d'un intérêt variable. Parmi les plus plaisantes, il faut citer les prestations touchantes de Nathalie Baye et Laura Smet, celle explosive de Julie Gayet et Joey Star. Juliette Binoche ose le ridicule au Festival de Cannes dans la saison 2, et Jean Dujardin a peut-être le plus joli rôle de la série dans l'ouverture de la saison 3. Isabelle Huppert courant les tournages dans un Paris nocturne est également un grand moment.

La saison 4 détonne par rapport aux autres. La bonne humeur qui irradiait les trois premières saison glisse progressivement vers une ambiance plutôt triste, les trahisons se succédant et une douce amertume envahissant la fin de saison. C'est à la fois beau et plutôt osé de finir ce cycle sur une note nostalgique de fin de règne. L'épisode avec Sigourney Weaver est à ce titre un moment magnifique.

Dominique Besnehard a annoncé qu'il y a aurait prochainement un épisode long format dans la suite de la saison 4 : tant mieux, on a hâte !

 

3e

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Kingdom

Kingdom est une série coréenne de zombies, qui se déroule au Moyen-âge.

Présentée comme cela, elle ne vous attirera pas forcément, et c'est bien dommage. Cette série originale est en effet une des plus jolies choses que l'on puisse regarder sur Netflix, pour peu qu'on ne soit pas allergique à quelques têtes coupées et autres hectolitres d'hémoglobine.

Les paysages, les décors, les costumes et la photographie sont tout d'abord d'une beauté irréelle. Je crois n'avoir jamais vu rien de plus beau dans une série. 

L'écriture est ensuite d'une belle finesse. S'il faut deux épisodes pour situer correctement tous les personnages les uns par rapport aux autres, le plaisir est ensuite immense. Les rebondissements et les enjeux de la série sont finalement plus proches de ceux de Game of thrones que de ceux de The walking dead

La mis en scène de Kim Seong-Hun (Hard day, Tunnel) est virtuose, et le casting est impressionnant. On y retrouve par exemple la grande Doona Bae, qu'on a vue dans Sense 8 mais aussi chez Park Chan-Wook, Bong Joon-Ho et Hirokazu Kore-Eda. 

Kingdom est une aventure sensuelle d'une qualité exceptionnelle, qui sait varier les enjeux d'une manière extrêmement brillante : la deuxième saison abandonne presque le sujet des zombies pour se concentrer sur les luttes de pouvoir. Au vu de la fin très excitante de cette seconde saison, on prie pour que Netflix rempile et que nous puissions continuer à suivre dans le fil de l'imagination débridée de la scénariste Kim Eun-Hee.

 

4e 

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The Eddy

On présente parfois The Eddy comme la série de Damien Chazelle, ce qui est abusif, car il n'en est ni le showrunner, ni le scénariste. Il est l'un des producteurs, et a réalisé les deux premiers épisodes, qui sont plutôt réussis.

La série commence donc très bien, avec un épisode formidable caméra à l'épaule, qui pose un cadre intéressant, donne à voir de la musique vivante, et se termine par un évènement étourdissant.

Certains acteurs et actrices crèvent l'écran dès le début de la série. Andre Holland, vu dans Moonlight, est assez charismatique (mais son personnage est malheureusement mal écrit et assez antipathique). La géniale Joanna Kulig (Cold war) séduit et impressionne, comme d'habitude. Tahar Rahim et Leïla Bekhti sont formidables, et enfin la jeune Amandla Stenberg est une révélation. 

Malheureusement, l'intérêt du spectateur faiblit progressivement au long de ces huit épisodes. Le principe de centrer chaque segment autour d'un personnage (comme Lost !) trouve ses limites quand le personnage n'a rien à dire (c'est notamment le cas de l'épisode 4 consacré à Jude). L'autre grand problème de la série est le manque d'évolution de chaque personnage : chacun garde obstinément sa ligne de départ, même quand celle-ci s'avère catastrophique.

The Eddy reprend un peu de poil de la bête dans les épisodes 7 et 8, avec quelques jolies séquences (l'ouverture musicale de l'épisode 7 est excellente) et un sursaut de l'intérêt de l'intrigue, même si les péripéties criminelles restent au final assez peu crédibles.

En conclusion, la série de Netflix n'est pas désagréable dans son ensemble, formidable par moment (la scène des funérailles par exemple), et plombée par quelques défauts structurels.

A noter que Houda Benyamina (Divines) a réalisé deux épisodes.

 

2e

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Mindhunter

Magnifiquement porté par un couple d'acteurs au top, Jonathan Groff et Holt McCallany, Mindhunter est une série haut de gamme, écrite au cordeau et superbement réalisée par David Fincher et Andrew Dominic (entre autres).

Si le sujet de la série est l'exploration de la psyché des tueurs en série, il ne faut pas vous attendre ici à des traques palpitantes, des cliffhangers haletants et des scènes d'action impressionnantes.

C'est même tout le contraire que propose la série. La reconstitution des années 70 est grise, atone, comme l'était la direction artistique du film Zodiac. Le développement de l'histoire est lent, parfois fastidieux et les interviews des serial killers sont longs et répétitifs. Mais de tout cela se dégage une impression puissante de fatalité et de détermination, qui rend Mindhunter fascinant.

Malheureusement, si la première saison est intelligente, riche, dense et maîtrisée, jusqu'à un final éblouissant, la seconde est plus brouillonne et semble inachevée. Les acteurs ayant été libérés de leur contrat en 2020, il est peu probable qu'une troisième saison voie le jour, alors que David Fincher avait envisagé un plan sur cinq saisons. C'est bien dommage.

 

3e

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Peaky blinders

La BBC offre de nouveau avec cette série un fleuron du savoir-faire britannique, comme elle l'a déjà fait pour le délicieux Downton Abbey.

Tout est en effet réussi dans Peaky Blinders. Si le côté un peu artificiel des décors et l'anachronisme de la bande-son  très rock peuvent surprendre dans les premiers épisodes, on est ensuite vite happés dans cette histoire certes classique (la progression d'un petit malfrat vers les plus hautes sphères du pouvoir), mais ici parfaitement illustrée. A noter que la qualité de la série est relativement constante tout au long des cinq saisons, ce qui assez rare et mérite d'être souligné.

Les points forts de Peaky Blinders sont principalement son écriture (on doit l'intégralité des scénarios à la patte de Steven Knight) et son interprétation.

En terme de progression dramatique, de rupture de ton, d'accélération des évènements, j'ai rarement vu une série plus efficace et surprenante. C'est peu dire qu'on est littéralement scotché à l'évolution de la famille Shelby et aux nombreuses péripéties et épreuves qu'elle doit traverser. Le contexte historique qui sert de toile de fond (l'IRA et la question irlandaise, Winston Churchill, la révolution russe et le mouvement socialiste, l'émancipation des femmes, la condition ouvrière) donne une profondeur exceptionnelle aux trente épisodes de la série, dont plusieurs sont de véritables joyaux de tension et se suspense.

En matière de casting, Peaky blinders réussit un carton plein. Du magnétique premier rôle joué par Cillian Murphy au moindre second rôle, en passant par un très bon Adrien Brody en guest star de la saison 4, les bonnes surprises sont légion. Citons dans le désordre un Tom Hardy (Mad Max) formidable en patron de gang juif, Aiden Gillen (le Littlefinger de Games of thrones) énigmatique en tueur tzigane, Sam Neill (Jurassic Park, La leçon de piano) ennemi convaincant en inspecteur retors dans les deux premières saisons.

Hellen McCrory (Polly) est la tête de file attachante d'une prestigieuse distribution féminine : dans la série les femmes joue un rôle au moins aussi important que les hommes.

La bande-son est aussi audacieuse qu'agréable  : Nick Cave, The White Stripes, Tom Waits, PJ Harvey, Arctic Monkeys, Royal Blood, The Black Keys, Radiohead, David Bowie, Leonard Cohen, Foals, Anna Calvi, Joy Division, The Kills, Johnny Cash, Black Rebel Motocycle Club, Anne Brun, Mark Lanegan. Un festin sonore, trash, roots et rock'n roll.

Vous l'avez compris : à ne manquer sous aucun prétexte.

 

4e

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Chernobyl

Rien à faire, HBO est toujours la meilleure chaîne en matière de série. Chernobyl est d'une si grande qualité qu'elle fait apparaître les meilleures productions Netflix (La casa de papel, Stranger things) comme de simples divertissements sympathiques et très formatés.

A travers ses cinq épisodes, la mini-série de HBO renverse tout sur son passage : qualité incroyable d'une écriture osée et inventive, excellence de l'interprétation (mention spéciale à Jared Harris, époustouflant de réalisme triste), direction artistique absolument renversante, réalisation digne d'un excellent film de cinéma.

Devant un projet d'une telle ambition (comment les décors ont-ils pu être trouvés ?), je suis sidéré que HBO ose l'investissement que cela représente : captiver les spectateurs pendant cinq heures en leur montrant des scènes plus horribles les unes que les autres, ou en leur expliquant par le menu l'enchaînement scientifiques des réactions nucléaires ayant conduit à la catastrophe (le formidable épisode 5, aride et captivant à la fois).

On a peine à croire que la description détaillée de tant d'horreurs et d'incompétence bureaucratique puissent générer autant d'intérêt chez le specateur. C'est pourtant le cas, par la grâce de l'humanité qui suinte derrière chaque décor tristounet et soviétique, par la détermination tranquille de héros sans nom qui ont empêché une catastrophe plus grande encore, par la gravité sereine de la mise en scène.

Sidérant et d'une beauté glaçante : Chrernobyl est ce qu'on a vu de plus frappant en matière de série depuis bien longtemps.

La série est visible sur le bouquet OCS.

 

4e

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Le bureau des légendes

Je me demande comment j'ai pu passé aussi longtemps à côté du Bureau des légendes, incontestablement la meilleure série française que j'ai vue jusqu'à présent. 

Après avoir avalé à la suite les cinquante épisodes des quatre saisons, ce qui m'impressionne le plus, c'est la constance dans la qualité. Pas beaucoup de baisses de régime en effet, sauf peut-être dans la deuxième partie de la quatrième saison, qui semble un peu expédiée. 

A part ce petit coup de mou, d'ailleurs tout relatif, la série brille par ses qualités, dont la plus impressionnante à mes yeux est sa qualité d'écriture. Les trajectoires des personnages sont en effet complexes, les évènements difficilement prévisibles, l'intrication des arcs narratifs subtile et addictive. 

La mise en scène d'Eric Rochant est à la hauteur de ce qu'on voit de mieux au cinéma. Les décors sont superbes, les scènes d'action prenantes. Il se dégage des mondes que l'on croise dans la série, et qui sont très divers (la violence des tortures, l'univers feutré de la DGSE, la vie quotidienne des banlieues), un sentiment de réalité. Que l'on parcourt les rue de Raqqa ou qu'on folâtre au bord de la piscine d'un riche iranien, on éprouve une impression d'immersion extraordinaire.

Je n'ai pas été par contre convaincu par les deux derniers épisodes de la saison 5, confiés à Jacques Audiard : j'ai trouvé que la finesse de Rochant s'effaçait trop devant l'efficacité pachydermique d'Audiard (à l'image de ce gros plan sur le feu rouge qui indique clairement la façon dont se terminera cette saison).

Si Le bureau des légendes mérite tous les louanges qui lui sont adressés, c'est aussi grâce à son casting impressionnant, digne là encore d'un très bon film de cinéma : outre un Mathieu Kassovitz réellement magnétique, on se régale à retrouver Florence Loiret-Caille (si bonne chez Solveig Anspach), Léa Drucker (récemment césarisée à juste titre), Sara Giraudeau, Mathieu Amalric, et Jean-Pierre Darroussin, absolument formidable. Même Louis Garrel et Mathieu Amalric, qui peuvent souvent m'énerver dans leur composition, trouvent ici un ton absolument juste. Le moindre second - ou troisième - rôle semble toujours judicieusement choisi.

Une autre grande qualité de la série est de coller parfaitement à l'actualité. Chaque saison aborde avec justesse et précision un aspect spécifique : découverte du monde de l'espionnage, Français s'enrôlant chez Daesh, développement des techniques de cyber-espionnage (même si on n'y comprend pas grand-chose), relations entre les services secrets des différents pays.

En ne sacrifiant jamais au pittoresque, tout en ménageant les effets qu'on attend d'une bonne série (destin tragique de certains personnages, cliffhangers), la série phare de Canal+ réalise le programme d'une excellente série : divertir, intriguer, enrichir. 

J'espère de tout coeur que l'aventure va se poursuivre, et j'envie ceux qui n'ont pas encore eu le plaisir de se plonger dans le monde impitoyable du Bureau des légendes.

 

4e 

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Twin peaks - Saison 1 / Episode pilote

Le 8 avril 1990 l'épisode pilote de Twin Peaks était diffusé sur ABC.

Est ce que, 28 ans après, cette excursion au long cours dans l'esprit dérangé de David Lynch garde son pouvoir de fascination ?

La réponse est oui, mille fois oui. On ne peut qu'être sidéré par la façon dont Lynch tisse dès ce premier épisode la trame riche et complexe de son oeuvre. 

Chacun des personnages acquière instantanément une personnalité et une densité qui lui est propre, la plupart des développements fantastiques à venir est esquissé comme si l'omniscience du créateur transcendait l'apparent réalisme de ce qu'on voit : cet épisode introductif, qui pourrait paraître morne et froid, possède en lui toutes les ramifications des délires futurs (la femme à la bûche, le reflet dans le miroir...). 

Côté mise en scène, on est proche de la perfection : elle est à la fois très présente et subtilement décalée. Les mouvements de caméra des premières scènes, la façon délicate de camper les principaux dilemmes de la série, les futurs gimmicks cultes (par exemple les tropismes culinaires de Cooper) et l'incroyable opportunisme de Lynch font déjà merveille. On raconte que la lumière stroboscopique de la scène de la morgue résulte d'une avarie technique de plateau subtilement utilisée par le réalisateur.

Les seuls éléments qui paraissent aujourd'hui datés sont les coiffures et les vêtements. Preuve que le génie transcende les années.

 

4e 

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Westworld (Saison 1)

Pas facile de me faire une opinion tranchée sur la première saison de cette série.

D'un côté (positif), le début est bluffant, la réalisation très soignée et le final assez renversant.

De l'autre (négatif), le ventre mou de la série, de l'épisode 4 à l'épisode 8, est un peu ennuyeux. Les scénaristes semblent tourner en rond (tout en ayant fumé en moquette l'équivalent d'un demi terrain de foot), en attendant de dévoiler leur saut périlleux arrière, alors que les réalisateurs remplissent l'écran de moyens surdimensionnés et d'effets pompiers.  

Le show manque de ligne directrice : assiste-t-on à une progression très maîtrisée ou à une narration fractale et incontrôlable (dans le style Lost) ? Réfléchit-on à la nature humaine ou contemple-t-on Athony Hopkins nous refaire le coup de Hannibal Lecter ? Cette première saison ne permet pas de le trancher. 

Globalement, je dirais que le twist révélé dans le dernier épisode sur le lien qui réunit deux personnages essentiels est à la fois tarabiscoté et très malin. Ce tour de passe-passe audacieux est à la fois le talon d'Achille et la force de Westworld, qui s'impose comme une série intello et simultanément devra prouver sa capacité à se régénérer.

 

2e

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Games of thrones - Saison 7

Je n'ai jamais eu envie jusqu'à présent d'écrire sur Games of thrones, peut-être parce que le fait d'avoir lu l'intégralité des romans de RR Martin m'ont fait regarder tout le début de la série avec un oeil détaché, puisque je connaissais l'histoire.

Le fait qu'on ait maintenant dépassé depuis deux saisons la fin des romans me procure un vrai plaisir de spectateur. C'est un délice de découvrir de nouveaux évènements à chaque épisode. Et puis cette saison 7, ramassée en sept denses épisodes, me plait beaucoup.

Tout d'abord, elle concentre les principales qualités de la saga : un mix particulièrement réussi de batailles homériques (sur mer, sur terre et dans la neige, elle sont cette saison particulièrement impressionnantes) et de conversations stratégico-politiques dignes des Rois maudits. Chacun aura bien sûr son idée sur la meilleure conduite à tenir en matière de tactique militaire, d'alliance stratégique, et le spectateur, plus que jamais, peut ici se rêver stratège.

Cette septième saison brille aussi par sa façon de resserrer encore plus l'intrigue sur l'essentiel. Les personnages secondaires (même très importants) continuent à mourrir, alors que le clan Starck se reconstitue à Winterfell, comme si les saisons 2 à 6 n'étaient qu'une vaste parenthèse aboutissant à un retour aux sources empreint d'une sourde nostalgie. L'empreinte du temps qui passe a durement marqué les visages des frères et soeurs que sont Arya, Sansa, Bran, Jon (et aussi Theon, élevé avec eux). Le simple souvenir des épreuves que chacun d'entre eux a traversé suffit à glacer le sang.

On retrouve également dans cette saison 7 le pouvoir de surprendre qui fait le charme des meilleurs moments de Games of thrones. Si certaines évolutions du scénario sont facilement anticipables, d'autres sont vraiment très bien amenées (je pense par exemple à l'extraordinaire confrontation Sansa / Arya / Lord Baylish).

Voici donc la série la plus célèbre au monde bien calée pour attaquer sa saison finale, qui comptera six épisodes et sera diffusée en 2019.

 

4e 

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Big little lies

Ca commence un peu bizarrement, comme un clip épileptique qui ne trouverait pas le bon ton.

Jean Marc Vallée, le réalisateur canadien qu'on peut selon son humeur qualifier de tâcheron sous amphétamine ou de génie du mauvais goût, propose une mise en scène qui cherche à tout prix l'esbrouffe.

On se dit que ce n'est vraiment pas la peine de mettre autant de plans dans si peu de minutes quand on dispose d'un casting aussi brillant (Nicole Kidman, Reese Whiterspoon,  Alexander Skarsgard, Laura Dern), mais bon, cahin caha, on enfile les épisodes avec un intérêt au mieux croissant, a minima fluctuant. 

Pas mal de bonnes choses dans ce Desperate Housewives bobo et californien, notamment la faculté de nous mettre mal à l'aise à peu près tout le temps (on pense au Carnage de Polanski), mais aussi un monceau de scories en tout genre : plan inutile, montage à la mords-moi-le-noeud et singeries de sensibilité new age. De tout cela, je ne sais pas trop quoi penser. La vision des sept épisodes a été plutôt décevante au début et à la fin, et parfois réjouissante au milieu.

Mention spéciale au couple Nicole Kidman / Alexander Skarsgard, générant une dose d'inconfort rarement atteint dans une série.

 

2e

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The affair (Saison 2)

Après l'excellente première saison je redoutais une chute de tension lors de la deuxième, et le visionnage des deux premiers épisodes de ce nouveau coffret DVD m'a conforté dans cette idée.

La saison démarre en effet mollement. On a certes plaisir  à retrouver les personnages dans le dispositif excitant mis en place dans la première saison (les mêmes journées sont racontées de quatre points de vue différents), mais à l'inverse on craint que le procédé ne serve plus que lui-même au détriment de l'intrigue ou de la véracité psychologique des situations.

Heureusement la série s'invente de nouveaux chemins assez rapidement avec des sauts dans le temps importants (on se rend rétrospectivement compte de l'impossibilité totale de comprendre ce qu'on voyait dans la première saison), des épisodes qui cassent la routine et un final très satisfaisant en terme de résolution de mystères.

En réalité, cette deuxième saison parait être la deuxième partie d'un tout, exactement située dans le prolongement de la première, d'un point de vue narratif comme stylistique. 

Une fois résolu le Whodunit un peu plaqué de l'accident de voiture (l'intéraction entre les personnages est bien plus passionnant que l'incident mortel), on attend impatiemment de voir quelle direction les scénaristes hyper-doués de la série vont prendre. 

The affair sur Christoblog : Saison 1 (****)

 

3e

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The night of

Dans l'univers feutré et un peu confidentiel des mini-séries (sont-ce des films à rallonge ou des séries avortées ?) The night of s'impose comme un must-see.

Le pitch est pourtant d'un classicisme inquiétant : un jeune pakistanais très propre sur lui, après une soirée arrosée, se réveille aux côtés d'une jeune fille poignardée à mort. Il ne se souvient de rien.

La série aurait pu se contenter d'égrener les constats éculés : le racisme, c'est pas bien, et les médias devraient faire leur boulot. Au lieu de cela, les scénaristes nous font douter nous-mêmes de la culpabilité de Naz, et c'est bien plus subtil. Le sage jeune homme s'avère devenir lors de son incarcération provisoire un criminel sans état d'âme. Et si finalement, il était bien l'assassin ? 

L'acteur Riz Ahmed est excellent, et vient à juste de titre de remporter l'Emmy award du meilleur acteur dans une mini-série, mais The night of vaut aussi (et surtout) par la performance comme toujours sidérante de John Turturro, qui campe un avocat déclassé atteint d'une maladie de peau sur les pieds (beurk !) absolument irrésistible.

Aux manettes se trouve entre autres Richard Price, scénariste des saisons 3, 4 et 5 de Sur écoute, ce qui constitue un gage indubitable de haute qualité. A voir absolument.

 

4e 

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Beau Séjour

Le pitch de cette série flamande semblait plutôt sympa : une jeune adolescente assassinée se réveille morte et assiste en tant que fantôme à l'enquête concernant son propre meurtre. Elle est invisible pour la plupart de l'humanité, sauf pour quelques proches.

Sur cette base osée, Beau Séjour déroule une intrigue classique, mélange d'ambiance glauque (tendance The killing) et d'enquête balisée (tendance... un peu toutes les séries dont l'élément fondateur est un meurtre).

Le résultat n'est pas déplaisant, mais n'est pas non plus très excitant. Le postulat de base (un mort parmi les vivants) n'est curieusement pas ou peu exploité, et c'est la grande déception que génère la série. La présence du fantôme de la jeune héroïne Kato n'est pas utilisé de façon dramaturgique, sauf dans une belle scène dans laquelle son père (qui est censé la voir) fait croire à sa mère (qui ne la voit pas) qu'elle est présente.

La série se résume finalement à une enquête classique (le meurtrier est comme d'habitude un des proches les plus insoupçonnables), et à une ambiance nordiste qui est sa principale qualité : Beau séjour est en effet une collection de vignettes plus grises les unes que les autres. Paysages ruraux improbables, bars miteux, club de motocross (!?) et supermarché lambda.

NI génial, ni spécialement novateur, mais relativement efficace.

 

2e

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Bloodline (Saison 1)

Depuis son arrivée dans le petit monde des séries, Netflix essaye de rafler la mise en créant des oeuvres qui semblent confectionnées pour ratisser large, en suivant des méthodes éprouvées.

Cette approche génère des produits formatés qui brillent et semblent attractifs, mais s'avèrent au final sur-écrits et peu originaux.

Si House of cards représentait parfaitement les défauts Netflix, Bloodline confirme à un degré moindre mon opinion. Le principal défaut de la série est son caractère exagérément manipulateur. L'écriture détaillée des épisodes et la mise en scène utilisent de très grosses ficelles qui sont franchement gênantes : un montage alterné bien lourd pour nous inciter à penser quelque chose, la caméra qui ne montre que les pieds d'un personnage pour ménager un demi-suspense, des péripéties inutiles, des personnages qui en rajoutent. Je pourrais écrire plusieurs pages sur tous les menus défauts qui émaillent la série.

Le second problème est le délire accumulatif qui semble s'être emparé des showrunners. On dirait que tous les tics et tous les thèmes d'une série à succès ont été rassemblés dans Bloodline : flashforward à l'échelle d'une saison ou d'un épisode, flashbacks bien lourdingues avec filtre jaune, enquête policière, sexe, histoires parallèles, secrets de famille... On a parfois l'impression en regardant un épisode de Bloodline de regarder plusieurs séries en même temps.

Ses remarques qui empêchent de considérer Bloodline comme une excellent série ne m'empêche pas d'avoir tenu jusqu'au dernier épisode. La structure globale de l'histoire est assez bien vue, et le personnage du bad boy joué excellement par Ben Mendelsohn est tellement détestable qu'on a du mal à ne pas être intéressé par son sort. Les décors naturels de la Floride sont d'autre part parfaitement utilisés.

Pour résumer, une série écrite avec les pieds par des scénaristes qui voudraient à la fois faire Breaking Bad et Six feet under, mais qu'on ne lâche pas avant le dernier épisode quand même. 

 

2e

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Show me a hero

Aux manettes de cette mini-série HBO, un des showrunners les plus vénérés, David Simon, dont la série The wire (Sur écoute) est très souvent citée comme la meilleure série de tous les temps.

A l'écran, un des acteurs hollywoodiens les plus prometteurs, Oscar Isaac (Inside Llewyn Davies, A most violent year, Star Wars), entouré d'une pléiade d'excellents professionnels, dont la merveilleuse Winona Ryder.

Derrière la caméra, un réalisateur chevronné capable du meilleur (Dans la vallée d'Ellah, Collision), Paul Haggis.

A l'arrière plan, une reconstitution exceptionnelle des USA dans les années 80. Tout y est : les voitures, les costumes, la décoration, les moeurs.

Avec tant d'atouts, on se dit que la série ne peut qu'être exceptionnelle. Elle l'est, dans le style propre à Simon, constitué d'une somme d'anti-effets qui ne facilite pas, dans un premier temps, l'addiction.

Dans Show me a hero, ne vous attendez pas à des cliffhangers de malade en fin d'épisode. Attendez vous plutôt à des terminaisons en demi-teintes, une complainte springsteenienne accompagnant trsitement le générique de fin. Le Boss est d'ailleurs très présent dans la série, aussi bien en musique diégétique qu'extradiégétique, époque oblige.

Sur le fond, l'histoire racontée est édifiante : comment un juge opiniâtre oblige les politiques à construire des logements sociaux, essentiellement destinés aux Noirs. Le tableau édifiant du racisme ordinaire est terrible, à l'image de ces réunions publiques indignes, qui rappellent avec une cruelle acuité les récentes violences verbales des habitants du XVIème arrondissement de Paris.

Comme dans The wire, Simon tisse sa toile dans de multiples directions, qui ne semblent jamais devoir se rejoindre, jusqu'au dénouement ultime que je ne dévoilerai pas, mais qui m'a laissé complètement pantois, éclairant rétrospectivement toute la série d'un éclat nouveau et lugubre.

 

3e  

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The affair (Saison 1)

Parmi les séries récentes, The affair s'avère l'une des plus addictives.

Le principe de base est particulièrement original : on suit une aventure extra-conjugale en alternant les points de vue. Chaque épisode est strictement découpé en deux parties : la moitié est consacrée à la version de Noah, l'autre à celle d'Allison.

L'incroyable potentiel narratif de ce procédé éclate lors des deux premiers épisodes. Les mêmes scènes sont vues sous des angles différents et parfois changent du tout au tout suivant le narrateur : les circonstances, les paroles tenues, les vêtements, les attitudes, et mêmes les actes. On mesure à travers cet artifice qui érige l'effet Rashomon en sujet central le degré de perversité des deux scénaristes : Sarah Treem et Hagai Levi (à qui on doit déjà la déroutante et envoutante série En analyse).

A partir d'une intrigue amoureuse classique, la série développe ensuite une intrigue criminelle (un meurtre a été commis, et toute la série n'est finalement qu'un colossal flash back, sur le même modèle que True detective). Elle devient alors un peu plus désordonnée et confuse, tout en restant parfaitement addictive.

La grande réussite de la Saison 1 tient également à un casting de haute volée : Dominic West (que les fans de la plus grande série de tous les temps, The wire, connaissent bien) est excellent, on s'attache rapidement à Ruth Wilson, et les deux conjoints trompés sont très bons aussi (Joshua Jackson était un pilier de Fringe).

J'attends avec impatience la saison 2, dont on dit le plus grand bien.

 

 4e 

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