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Christoblog

Articles avec #series

Drôle

Drôle, la nouvelle série de Fanny Herrero (Dix pour cent) est-elle drôle ? Et bien, pas vraiment.

Mais elle présente l'intérêt de montrer l'univers du stand up de l'intérieur, et elle met en scène des personnages attachants, Aïssatou (Mariama Gueye) et Nezir (Younès Boucif) en tête. On souhaite à ces deux-là les destins de Laure Calamy, Camille Cotin, Nicolas Maury, ils en ont potentiellement l'étoffe.

Drôle est donc plutôt agréable à suivre, même si (et je me souviens que j'avais eu le même type de sentiments au début de Dix pour cent) l'écriture peut paraître parfois brouillonne et même vulgaire. La plupart des personnages sont stéréotypés sans finesse (la mère d'Apolline par exemple) et certaines scènes tombent à plat.

Malgré ces défauts, je dois avouer que j'ai tout de même dévoré les six épisodes, tant le talent de Fanny Herrero est grand pour tisser avec efficacité une progression dramatique certes un peu téléphonée, mais redoutablement efficace.

Je vais attendre la suite pour voir si l'amélioration qu'a connu Dix pour cent au fil des saisons (plus de densité, de profondeur, de subtilité, puis de noirceur) se retrouve ici.

Fanny Herrero sur Christoblog : Dix pour cent (***) 

 

2e

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The leftovers

Je ne vais pas y aller par quatre chemins, The leftovers est l'une des toutes meilleures séries que j'ai eu l'occasion de regarder, à placer aux côtés de Six feet under, The wire ou The sopranos.

Pour se faire une idée de son degré de qualité, il faut imaginer la magie disgressive de Lost (des personnes comme vous et moi plongées tout à coup dans un monde irrationnel, des surprises vertigineuses et des renversements complets de perspectives, une poésie diffuse), mais une magie qui serait maîtrisée, canalisée, organisée.

Damon Lindelof, scénariste de Lost et de The leftovers, semble ici tirer les enseignements de son expérience précédente en adaptant le roman de Tom Perrotta : trois saisons au lieu de six, un meilleur contrôle des digressions narratives, une fin beaucoup plus travaillée. 

La série commence par un événement incroyable : 2% de la population humaine disparait au même moment. Que sont ils devenus ? Et surtout comment le monde va réagir à cette évènement incroyable ? Et comment ceux qui ont perdu quelqu'un vont-ils (peuvent-ils) faire leur deuil ?

Les trois saisons nous font suivre les destinées de Kevin Garvey, policier, et de sa famille, de Nora et de son frère pasteur Matt, et de quelques autres protagonistes confrontés aux problématiques évoquées plus haut : tous ces personnages vont nous entraîner dans un fleuve de situations plus étranges les unes que les autres (on voyagera chez les morts, on partegera la vie d'une secte, on hésitera à suivre plusieurs messies) tout en gardant constamment ce qui fait la vraie valeur de la série : une analyse aigüe des sentiments humains.

La qualité des trois saisons (chacune étant centrée sur un lieu différent), s'améliore au fil de la série, ce qui est assez rare pour être noté. Certains épisodes sont parmi les plus impressionnants que j'ai pu voir, à la fois pour l'originalité de leur point de vue, la qualité de leur réalisation et la déflagration d'émotions qu'ils génèrent.

The leftovers est un torrent de sensations et d'intelligence, un voyage à la fois insensé et profondément crédible, un bijou comme il en apparaît qu'une ou deux fois par décennie. Un chef d'oeuvre.

 

4e

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Normal people

A priori, rien de bien original dans cette histoire : deux ados de la même ville vivent une histoire d'amour contrariée, sur plusieurs années.

Comment alors expliquer le succès mondial de cette mini-série irlandaise (douze épisodes de 30 minutes) ?

Peut-être d'abord par la situation de départ : sa mère à lui est femme de ménage chez sa mère à elle. Quand les deux jeunes sortent ensemble, leur différence de milieu social les empêcheront de s'afficher, d'autant que lui est très populaire, et elle très sauvage. Dans l'époque suivante, à l'université, la situation s'inverse et c'est ce contraste qui fait tout le sel de la série : c'est son tour à elle d'être populaire, et à lui d'être isolé.

Ajoutons à ces éléments sociaux une actrice charismatique (Daisy Edgar-Jones), des particularités psychologiques très humaines et inhabituelles (elle a un penchant masochiste, lui traverse une dépression), des scènes de sexe extrêmement convaincantes, et nous avons ici une très jolie réussite à mettre de nouveau au crédit de la BBC.

Vous apprécierez d'autant plus la série si votre coeur d'artichaut est sensible aux histoires tristes et romantiques, ce qui est mon cas.

 

2e

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Les sermons de minuit

Les sermons de minuit (Midnight mass en VO, un bien meilleur titre) est une série d'horreur qui ne fait pas peur, une comédie romantique qui se termine mal, un Stranger things triste et réussi.

Pas facile de parler de la série de Mike Flanagan sans déflorer une partie de son intrigue, ce qui serait dommageable pour les spectateurs. Disons donc simplement que Les sermons de minuits nous égarent dans un labyrinthe imprévu qui mêle différents styles cinématographiques (d'un gore gentillet à de longues conversations philosophique en passant par toutes les variantes du film d'épouvante) et une intrigue qui ne se dévoile que très progressivement, mêlant elle aussi toutes sortes d'influences et de thématiques.

Le résultat de ces métissages pourra peut-être paraître indigeste à l'amateur de séries cohérentes et artys, mais il plaira à l'inverse au boulimique qui ne déteste pas les mélanges sacrés / salés, qui préfère les effets à combustion lente plutôt que les jump scare classiques, et ne renâcle pas devant une ambition protéiforme qui veut tout embrasser.

Zach Gilford (l'inoubliable Matt Saracen de Friday Night Lights), Kate Siegel (compagne du show runner), Hamish Linklater et l'ensemble du casting contribuent à la réussite de cette courte série frappante et intense, dans laquelle on retrouve les thèmes chers à Flanagan : deuil, mort, culpabilité, destin, sacrifice, espoir. 

 

3e

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Squid game

Au-delà de l'effet de scandale dû à l'impact de la série dans les cours d'école et de l'effet de hype provoqué par le fait que la série est la plus regardée de l'histoire de Netflix, que vaut vraiment Squidgame ?

Pour commencer, la série est extrêmement solide du point de vue scénario. La partie jeu mortel est très habilement menée : on est en permanence surpris, que ce soit par la nature des jeux, leur déroulement ou leurs implications morales.

Mais Squid game surprend surtout par ses à-côtés narratifs. Une grande majorité des trois premiers épisodes se déroule en dehors de l'île, et la façon dont la série décrit les travers de la société coréenne est très intéressant. Les relations entre les personnages, le basculement en milieu de série qui permet de comprendre le but des jeux, les péripéties concernant les gardiens : tous ces éléments renouvellent constamment l'intérêt.

La mise en scène et les moyens de la série impressionnent par leur démesure. Comme beaucoup de productions coréennes, Squid game est, de par son montage alerte et son identité visuelle, une réussite pleine d'efficacité qui n'a rien a envier aux productions américaines. La série atteint un haut niveau de réalisme, ne barguignant pas sur la cruauté et le sang, ce qu'une production US n'aurait pas pu se permettre.

Enfin, les acteurs sont tous et toutes formidables. La composition de Lee Jeong-Jae est en particulier saisissante dans sa variété.

Ce genre de série à suspense est une course en avant de surprises et d'effets qui peut se diluer ou se perdre au fil des épisodes dans de la surenchère irréaliste ou un délitement progressif. Squid game évite également cet écueil et négocie assez bien le piège de la dernière demi-heure, répondant avec une certaine élégance à plusieurs  questions, et en laissant irrésolues plusieurs autres, ce qui laisse augurer une seconde saison que l'immense succès mondial de la série rendait de toute façon indiscutable.

 

3e

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Nine perfect strangers

La dernière production de la petite plateforme US Hulu, à qui on doit entre autres The handmaid's tale, est une déception.

Cela commençait pourtant plutôt bien : neuf personnes se rencontrent dans un lieu paradisiaque pour régler des problèmes psy sous la direction d'une Nicole Kidman plus flippante que jamais.

Il y a dans les deux premiers épisodes un petit air de Lost qui intrigue et encourage à poursuivre. On a hâte de découvrir ce que chacun cache dans son passé, les interactions entre les neuf personnes promettent d'être palpitantes, la nature est splendide et il plane globalement une aura de fantastique au-dessus de tout cela.

Malheureusement, le scénario s'enfonce dans une série de facilités, de redondances et de cul-de-sac. On se fout un peu de l'explication finale, les relations entre les personnages ne se développent finalement pas et la série prend bien trop rapidement un biais qu'elle ne quittera plus : tout le monde est sous l'emprise de drogues, ce qui permet tout aux scénaristes mais ne donne finalement aucune profondeur à l'intrigue.

Nine perfect strangers se délite progressivement sans qu'aucun événement ne parviennent à nous intéresser, et pire que cela la série finit par agacer par sa vulgarité clinquante. C'est bien dommage, d'autant plus que le casting est exceptionnel : Melissa MacCarthy, Michael Shannon et Bobby Cannavale sont en particulier très bons.

 

1e

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Unorthodox

Voici un nouvel exemple de la "fausse bonne série" à la Netflix, qui rejoint une catégorie déjà bien fournie.

Résumons le schéma.

Le début est très prenant, intrigant, intéressant. On pénètre dans le milieu des juifs orthodoxes de New-York. Notre curiosité est piquée et on découvre, pour peu qu'on soit novice dans le domaine, les schtreimels, les mikvés et autres mezouzas. L'actrice qui joue la jeune fille en voie d'émancipation (Shira Haas) est magnétique. On mesure parfaitement l'incroyable pression qu'exerce la religion sur le corps et l'esprit des femmes.

Après ce bon début, la série flotte un peu en fin de premier épisode et au début du deuxième. De captivante, l'intrigue passe à intéressante lorsque l'action se déplace à Berlin. Les personnages virent doucement à la caricature, les effets de surprise s'estompent et l'intérêt faiblit.

La série s'enlise ensuite dans une longue phase de désintérêt croissant (du milieu du deuxième épisode à la fin), lors de laquelle ses défauts s'aggravent : péripéties de plus en plus téléphonées, manque cruel d'imagination (les personnages tournent en rond en attendant l'audition), invraisemblances éhontées (être acceptée sans aucune référence pour une audition de cette importance, entrer dans une boîte de nuit habillé en Juif orthodoxe en grillant la queue), seconds rôles diaphanes (la mère), stéréotypes en tout genre (qu'ils sont gentils et accueillants ces allemands, les filles prêtent même leur rouge à lèvre dans les toilettes), angélisme sirupeux (ce dernier plan du groupe de beaux gosses plein de diversité qui ouvrent une nouvelle vie). 

Comme ici la série ne compte que quatre épisodes, on va quand même jusqu'au bout, pour assister à une fin ratée, dans laquelle chaque personnage pousse le curseur de ses caractéristiques binaires au maximum, alors que le dernier plan offre une happy end typiquement netflixienne.

Bref, loin de la réussite annoncée ici ou là, Unorthodox est surtout intéressante par son aspect documentaire.

 

2e

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Bir Başkadır

A force d'entendre du bien de cette série turque (qui est parfois connue sous le nom de Ethos, son titre en anglais), j'ai fini par la regarder, avec, je dois l'avouer, un oeil plutôt sceptique au début. Et, comme beaucoup d'autres, je vais maintenant chaudement la recommander à mon tour.

Parmi les nombreuses qualités qu'ont peut attribuer à ces huit épisodes très prenants, j'en vois trois principales.

Tout d'abord, la construction de Bir Başkadır est très originale, et je ne lui vois pas d'équivalent dans aucune autre série, sauf peut-être dans The wire (Sur écoute) : une absence de véritable intrigue, un récit qui semble suivre les personnages au hasard, qui introduit en pratique un nouvel entrant à chaque épisode, une absence relative de résolution finale. C'est de ce point de vue, une réussite totale : le sentiment de la vie, du destin et du hasard irrigue le récit.

Le deuxième grand intérêt de cette série est évidemment la plongée en apnée dans la Turquie contemporaine. Les différents milieux sont parfaitement scrutés, et la façon dont les sujets qui fâchent sont subtilement abordés (la place de la femme, celle de la religion) ne peut qu'entraîner notre adhésion et concomitamment le réprobation du gouvernement Erdogan. Dans ses parties rurales, magnifiquement filmées, des relents de Nuri Bilge Ceylan viennent nous chatouiller les yeux, et ceux qui me connaissent apprécieront la hauteur du compliment.

Enfin, les actrices et acteurs brillent de mille feux. Rarement j'aurai autant vu une actrice imprimer l'écran comme Öykü Karayel, absolument sublime.  Les hommes sont moins aimables mais leur prestation est impressionnante, à l'image de Fatih Artman, qui jour le personnage de Yasin, et qui, bien qu'on ait envie de le baffer en permanence, est formidable.

Il subsiste bien ici ou là quelques partis-pris un peu datés dans la mise en scène (ces zooms immenses à l'échelle d'une ville) et quelques baisses de rythme dans l'intensité, mais le résultat est tout de même très intéressant, et parfois d'une beauté ensorcelante.  

 

4e

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Succession

C'est sans nul doute une des toutes meilleures séries de ce début des années 2020, si ce n'est la meilleure. Elle a d'ailleurs gagné l'Emmy Award de meilleure série dramatique en 2020 puis 2022, succédant ainsi à Games of thrones,  Breaking bad et autres Mad men.

Conduite de main de maître par le britannique Jesse Amstrong, Succession est passionnante. On suit le destin d'un vieil homme à la tête d'un empire dans le domaine du divertissement, magnifiquement joué par Brian Cox, et de ces quatre enfants. Entre ces cinq là, il n'y a pas de cadeau, et la moralité est bien la dernière des préoccupations des protagonistes de Succession.

Les deux saisons disponibles pour l'instant égrènent une série assez incroyable de coups de théâtres, de trahisons, de promesses non tenues, de coups bas, et d'humiliations en tout genre. Comme les quatre enfants ont chacun leurs défauts et addictions diverses, on ne s'ennuie pas une seconde.

La mise en scène peut troubler légèrement au début de la première saison (rythme épileptique, cadrages alambiqués, effets de zoom bien visible), mais elle s'assagit vite, à moins qu'on ne s'y habitue.

L'évolution des personnages est un des grands points forts de la série. Jeremy Strong (Kendall) et Sarah Snook (Shiv) sortent du lot, parmi un casting haut de gamme d'une dizaine d'acteurs principaux tous formidables.

Outre la mise en scène captivante des manoeuvres financières qui se trament au plus haut niveau du monde des affaires US, Succession se distingue également par un génie du lieu que je n'ai trouvé dans aucune autre série : certains épisodes sont entièrement tournés dans un seul endroit spécifique, et chacun de ces épisodes laisse une trace mémorable dans l'esprit du spectateur (un yacht en mer Egée, une fête underground à New York, un hôtel de luxe dans une station de montagne, un mariage à Londres, une villa dans le désert, un week-end en Hongrie, une ville en Ecosse, un hôtel en Toscane pour le final éblouissant de la saison 4). 

Bref, encore un chef d'oeuvre produit par HBO, visible sur OCS.

A ne rater sous aucun prétexte.

 

4e

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Lupin

Lupin, la nouvelle production Netflix au casting d'enfer (Omar Sy, Ludivine Sagnier, Clotilde Hesme, Nicole Garcia), se regarde avec plaisir, comme on lit une BD d'aventure ou on mange un paquet de Haribo.

L'écriture de la série, qu'on doit au britannique George Kay, est assez élégante. L'idée du fan d'Arsène Lupin qui s'inspire des aventures de son héros pour concevoir ses propres actions est bien vue, et les trois premiers épisodes de la première saison se dévorent. Chacun de ses trois épisodes adopte un style dans lequel Omar Sy se glisse  avec délectation (film de casse, de prison, de séquestration), sur un ton léger et enlevé, qui parvient à être agréable sans être parodique.

Le quatrième épisode est superflu et franchement mièvre, et le cinquième est un épisode de transition qui nous laisse sur notre faim. J'attends la suite avec impatience : la question principale est de savoir si Kay va parvenir à maintenir le délicat équilibre que cette première partie propose, entre spectaculaire et intime, nostalgie et modernité. Je suis curieux de voir également comment certains personnages vont se développer ou non (Claire, Juliette, Benjamin).

La mise en scène est typique des productions Netflix : efficace, balisée, tape à l'oeil et utilisant plus de drones que nécessaire. A noter que Marcela Said (Mariana, L'été des poissons volants) a réalisé deux épisodes, ce qui est très étonnant. 

Lupin est un divertissement sans prétention, dans lequel Omar Sy fait merveille. La série est parfois gentillette, voire simpliste. Elle use de ficelles parfois grossières, mais il s'en dégage une atmosphère rétro et bon enfant qui n'est pas désagréable, et procure un plaisir régressif. 

 

2e

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Le jeu de la dame

Sensation surprise de l'année 2020, la mini-série Netflix consacrée à une jeune prodige des échecs dans les années 50 permet de passer un bon moment.

L'histoire est sympathique, bien qu'archi-rebattue (une vocation et une faiblesse, des apprentissages, des échecs, puis l'atteinte du graal). L'écriture ne brille pas par son originalité, et la réalisation est très sage, avec cet aspect propret et académique qui caractérise les produits Netflix.

Ce qui explique probablement le succès de la série, au-delà de l'aspect exotique du jeu d'échecs, c'est l'incroyable prestation de la jeune actrice Anya Taylor-Joy, qui crève l'écran. C'est peu dire que l'intérêt qu'on éprouve à regarder Le jeu de la dame réside principalement dans sa frimousse d'écureuil, son étude résolue et son allure déliée.

Les scénaristes ont bien aidé Anya Taylor-Joy en affublant son personnage d'une faiblesse qui la rend plus humaine, en développant son personnage dans une optique résolument féministe et en l'entourant d'un casting de seconds rôles exceptionnels, dont l'excellente Chloe Pirrie. Il faut également reconnaître que les décors sont magnifiques, et que les péripéties échiquéennes sont assez bien rendues à l'écran.

Un divertissement sans aspérité.

 

3e

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The crown

On peut s'intéresser à la série The crown à trois niveaux différents.

Le premier est le contexte historique de l'Angleterre, et de sa place dans le monde, au fil des années. On découvre ainsi, si on est comme moi assez ignorant sur le sujet, les subtilités de la crise du canal de Suez, la valse des premiers ministres ou le fonctionnement étrange du Commonwealth.

Le deuxième niveau, ce sont bien sûr les anecdotes à propos de la famille royale. La découverte dans ce domaine, c'est que l'histoire des Windsor est plus proche de Détective que de Point de vue. En vrac, dans ce cercle familial élargi, on découvre des cousins nazis, une mère schizofrène nonne dans un monastère orthodoxe, des handicapés mentaux déclarés morts, des alcooliques, des pulsions de mésalliance, des abdications mal digérées, des pervers malfaisants, des troubles psychologiques de différente nature, des intrusions nocturnes, des morts violentes, des adultères en tout genre.

Enfin, le troisième niveau, qui est bien sûr le sujet principal de la série, ce sombre coeur qui palpite en son centre, c'est la royauté, qui justifie tout et n'excuse rien. La série réalise ce prodige de nous faire croire que quelque chose de spécial émane de ce ramassis d'idiots méprisants et d'incapables congénitaux, un mélange d'honneur dont on ne connaît plus le sens, et d'impassibilité éternelle (la reine ne subsiste qu'en en faisant le moins possible).

La réalisation de The crown est typique des productions Netflix : un peu engoncée, très formatée et pour tout dire parfois de mauvais goût. Alors que le plus souvent ces défauts nuisent aux séries concernées (Stranger things, La casa de papel), ils l'enrichissent plutôt ici : les moeurs sont ici immorales, mais elles sont filmées avec une solennité qui colle parfaitement à l'image de la famille royale, mais non à ses pratiques dissolues.

Chaque épisode est centré sur une thématique ou une anecdote et se concentre pratiquement sur ce seul sujet. C'est une écriture très spéciale, qui a peu d'équivalent à ma connaissance dans les séries modernes, et qui donne ce résultat rare de produire des épisodes ennuyeux dont on pourrait se passer, et des chefs-d'oeuvres comme ce sublime épisode 3 de la saison 3, centré sur la catastrophe d'Aberfan au Pays de Galles, digne d'un grand film.

C'est sûrement ce mélange étonnant de profondeur historique, de roman-photo, de film noir et de belles images (les voyages de Philip sont en particulier magnifiquement filmés) qui rend la série si addictive. Le casting est également impérial, Claire Foy et Olivia Coleman en tête. Les spécificités de la saison 4, avec l'introduction de deux personnages majeurs (Margaret Thatcher et Lady Diana), ne modifient en rien ce que je pense de la série.

Un régal.

 

4e

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Dix pour cent

On commence par regarder Dix pour cent avec l'espoir d'apercevoir la fausse vraie vie des stars, avant de plonger dans la série pour le plaisir de suivre les aventures professionnelles et sentimentales des employés de l'agence ASK.

Quand on parle de Dix pour cent, il faut signaler en premier lieu la grande qualité de son écriture. Les personnages sont bien développés, les intrigues intéressantes et les surprises convaincantes.

Cette qualité de scénario met en valeur un casting haut de gamme, à qui la série aura bien profité. Camille Cottin a enchaîné les rôles importants (avec une apparition chez Honoré, et un premier rôle convaincant dans Les éblouis). Grégory Montel a lui aussi tourné dans de jolis films (Les parfums), alors que Laure Calamy, elle, a connu un triomphe dans Antoinette dans les Cévennes. Nicolas Maury a même réalisé son premier film (Garçon chiffon), et Stéfi Selma a trouvé un joli rôle dans Miss, re-jouant ainsi un peu son rôle de Sofia.

Bien sûr, la série ne serait pas aussi connue sans le sel qu'ajoutent les stars présentes. Leur prestations sont d'un intérêt variable. Parmi les plus plaisantes, il faut citer les prestations touchantes de Nathalie Baye et Laura Smet, celle explosive de Julie Gayet et Joey Star. Juliette Binoche ose le ridicule au Festival de Cannes dans la saison 2, et Jean Dujardin a peut-être le plus joli rôle de la série dans l'ouverture de la saison 3. Isabelle Huppert courant les tournages dans un Paris nocturne est également un grand moment.

La saison 4 détonne par rapport aux autres. La bonne humeur qui irradiait les trois premières saison glisse progressivement vers une ambiance plutôt triste, les trahisons se succédant et une douce amertume envahissant la fin de saison. C'est à la fois beau et plutôt osé de finir ce cycle sur une note nostalgique de fin de règne. L'épisode avec Sigourney Weaver est à ce titre un moment magnifique.

Dominique Besnehard a annoncé qu'il y a aurait prochainement un épisode long format dans la suite de la saison 4 : tant mieux, on a hâte !

 

3e

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Kingdom

Kingdom est une série coréenne de zombies, qui se déroule au Moyen-âge.

Présentée comme cela, elle ne vous attirera pas forcément, et c'est bien dommage. Cette série originale est en effet une des plus jolies choses que l'on puisse regarder sur Netflix, pour peu qu'on ne soit pas allergique à quelques têtes coupées et autres hectolitres d'hémoglobine.

Les paysages, les décors, les costumes et la photographie sont tout d'abord d'une beauté irréelle. Je crois n'avoir jamais vu rien de plus beau dans une série. 

L'écriture est ensuite d'une belle finesse. S'il faut deux épisodes pour situer correctement tous les personnages les uns par rapport aux autres, le plaisir est ensuite immense. Les rebondissements et les enjeux de la série sont finalement plus proches de ceux de Game of thrones que de ceux de The walking dead

La mis en scène de Kim Seong-Hun (Hard day, Tunnel) est virtuose, et le casting est impressionnant. On y retrouve par exemple la grande Doona Bae, qu'on a vue dans Sense 8 mais aussi chez Park Chan-Wook, Bong Joon-Ho et Hirokazu Kore-Eda. 

Kingdom est une aventure sensuelle d'une qualité exceptionnelle, qui sait varier les enjeux d'une manière extrêmement brillante : la deuxième saison abandonne presque le sujet des zombies pour se concentrer sur les luttes de pouvoir. Au vu de la fin très excitante de cette seconde saison, on prie pour que Netflix rempile et que nous puissions continuer à suivre dans le fil de l'imagination débridée de la scénariste Kim Eun-Hee.

 

4e 

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The Eddy

On présente parfois The Eddy comme la série de Damien Chazelle, ce qui est abusif, car il n'en est ni le showrunner, ni le scénariste. Il est l'un des producteurs, et a réalisé les deux premiers épisodes, qui sont plutôt réussis.

La série commence donc très bien, avec un épisode formidable caméra à l'épaule, qui pose un cadre intéressant, donne à voir de la musique vivante, et se termine par un évènement étourdissant.

Certains acteurs et actrices crèvent l'écran dès le début de la série. Andre Holland, vu dans Moonlight, est assez charismatique (mais son personnage est malheureusement mal écrit et assez antipathique). La géniale Joanna Kulig (Cold war) séduit et impressionne, comme d'habitude. Tahar Rahim et Leïla Bekhti sont formidables, et enfin la jeune Amandla Stenberg est une révélation. 

Malheureusement, l'intérêt du spectateur faiblit progressivement au long de ces huit épisodes. Le principe de centrer chaque segment autour d'un personnage (comme Lost !) trouve ses limites quand le personnage n'a rien à dire (c'est notamment le cas de l'épisode 4 consacré à Jude). L'autre grand problème de la série est le manque d'évolution de chaque personnage : chacun garde obstinément sa ligne de départ, même quand celle-ci s'avère catastrophique.

The Eddy reprend un peu de poil de la bête dans les épisodes 7 et 8, avec quelques jolies séquences (l'ouverture musicale de l'épisode 7 est excellente) et un sursaut de l'intérêt de l'intrigue, même si les péripéties criminelles restent au final assez peu crédibles.

En conclusion, la série de Netflix n'est pas désagréable dans son ensemble, formidable par moment (la scène des funérailles par exemple), et plombée par quelques défauts structurels.

A noter que Houda Benyamina (Divines) a réalisé deux épisodes.

 

2e

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Mindhunter

Magnifiquement porté par un couple d'acteurs au top, Jonathan Groff et Holt McCallany, Mindhunter est une série haut de gamme, écrite au cordeau et superbement réalisée par David Fincher et Andrew Dominic (entre autres).

Si le sujet de la série est l'exploration de la psyché des tueurs en série, il ne faut pas vous attendre ici à des traques palpitantes, des cliffhangers haletants et des scènes d'action impressionnantes.

C'est même tout le contraire que propose la série. La reconstitution des années 70 est grise, atone, comme l'était la direction artistique du film Zodiac. Le développement de l'histoire est lent, parfois fastidieux et les interviews des serial killers sont longs et répétitifs. Mais de tout cela se dégage une impression puissante de fatalité et de détermination, qui rend Mindhunter fascinant.

Malheureusement, si la première saison est intelligente, riche, dense et maîtrisée, jusqu'à un final éblouissant, la seconde est plus brouillonne et semble inachevée. Les acteurs ayant été libérés de leur contrat en 2020, il est peu probable qu'une troisième saison voie le jour, alors que David Fincher avait envisagé un plan sur cinq saisons. C'est bien dommage.

 

3e

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Peaky blinders

La BBC offre de nouveau avec cette série un fleuron du savoir-faire britannique, comme elle l'a déjà fait pour le délicieux Downton Abbey.

Tout est en effet réussi dans Peaky Blinders. Si le côté un peu artificiel des décors et l'anachronisme de la bande-son  très rock peuvent surprendre dans les premiers épisodes, on est ensuite vite happés dans cette histoire certes classique (la progression d'un petit malfrat vers les plus hautes sphères du pouvoir), mais ici parfaitement illustrée. A noter que la qualité de la série est relativement constante tout au long des cinq saisons, ce qui assez rare et mérite d'être souligné.

Les points forts de Peaky Blinders sont principalement son écriture (on doit l'intégralité des scénarios à la patte de Steven Knight) et son interprétation.

En terme de progression dramatique, de rupture de ton, d'accélération des évènements, j'ai rarement vu une série plus efficace et surprenante. C'est peu dire qu'on est littéralement scotché à l'évolution de la famille Shelby et aux nombreuses péripéties et épreuves qu'elle doit traverser. Le contexte historique qui sert de toile de fond (l'IRA et la question irlandaise, Winston Churchill, la révolution russe et le mouvement socialiste, l'émancipation des femmes, la condition ouvrière) donne une profondeur exceptionnelle aux trente épisodes de la série, dont plusieurs sont de véritables joyaux de tension et se suspense.

En matière de casting, Peaky blinders réussit un carton plein. Du magnétique premier rôle joué par Cillian Murphy au moindre second rôle, en passant par un très bon Adrien Brody en guest star de la saison 4, les bonnes surprises sont légion. Citons dans le désordre un Tom Hardy (Mad Max) formidable en patron de gang juif, Aiden Gillen (le Littlefinger de Games of thrones) énigmatique en tueur tzigane, Sam Neill (Jurassic Park, La leçon de piano) ennemi convaincant en inspecteur retors dans les deux premières saisons.

Hellen McCrory (Polly) est la tête de file attachante d'une prestigieuse distribution féminine : dans la série les femmes joue un rôle au moins aussi important que les hommes.

La bande-son est aussi audacieuse qu'agréable  : Nick Cave, The White Stripes, Tom Waits, PJ Harvey, Arctic Monkeys, Royal Blood, The Black Keys, Radiohead, David Bowie, Leonard Cohen, Foals, Anna Calvi, Joy Division, The Kills, Johnny Cash, Black Rebel Motocycle Club, Anne Brun, Mark Lanegan. Un festin sonore, trash, roots et rock'n roll.

Vous l'avez compris : à ne manquer sous aucun prétexte.

 

4e

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Chernobyl

Rien à faire, HBO est toujours la meilleure chaîne en matière de série. Chernobyl est d'une si grande qualité qu'elle fait apparaître les meilleures productions Netflix (La casa de papel, Stranger things) comme de simples divertissements sympathiques et très formatés.

A travers ses cinq épisodes, la mini-série de HBO renverse tout sur son passage : qualité incroyable d'une écriture osée et inventive, excellence de l'interprétation (mention spéciale à Jared Harris, époustouflant de réalisme triste), direction artistique absolument renversante, réalisation digne d'un excellent film de cinéma.

Devant un projet d'une telle ambition (comment les décors ont-ils pu être trouvés ?), je suis sidéré que HBO ose l'investissement que cela représente : captiver les spectateurs pendant cinq heures en leur montrant des scènes plus horribles les unes que les autres, ou en leur expliquant par le menu l'enchaînement scientifiques des réactions nucléaires ayant conduit à la catastrophe (le formidable épisode 5, aride et captivant à la fois).

On a peine à croire que la description détaillée de tant d'horreurs et d'incompétence bureaucratique puissent générer autant d'intérêt chez le specateur. C'est pourtant le cas, par la grâce de l'humanité qui suinte derrière chaque décor tristounet et soviétique, par la détermination tranquille de héros sans nom qui ont empêché une catastrophe plus grande encore, par la gravité sereine de la mise en scène.

Sidérant et d'une beauté glaçante : Chrernobyl est ce qu'on a vu de plus frappant en matière de série depuis bien longtemps.

La série est visible sur le bouquet OCS.

 

4e

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Le bureau des légendes

Je me demande comment j'ai pu passé aussi longtemps à côté du Bureau des légendes, incontestablement la meilleure série française que j'ai vue jusqu'à présent. 

Après avoir avalé à la suite les cinquante épisodes des quatre saisons, ce qui m'impressionne le plus, c'est la constance dans la qualité. Pas beaucoup de baisses de régime en effet, sauf peut-être dans la deuxième partie de la quatrième saison, qui semble un peu expédiée. 

A part ce petit coup de mou, d'ailleurs tout relatif, la série brille par ses qualités, dont la plus impressionnante à mes yeux est sa qualité d'écriture. Les trajectoires des personnages sont en effet complexes, les évènements difficilement prévisibles, l'intrication des arcs narratifs subtile et addictive. 

La mise en scène d'Eric Rochant est à la hauteur de ce qu'on voit de mieux au cinéma. Les décors sont superbes, les scènes d'action prenantes. Il se dégage des mondes que l'on croise dans la série, et qui sont très divers (la violence des tortures, l'univers feutré de la DGSE, la vie quotidienne des banlieues), un sentiment de réalité. Que l'on parcourt les rue de Raqqa ou qu'on folâtre au bord de la piscine d'un riche iranien, on éprouve une impression d'immersion extraordinaire.

Je n'ai pas été par contre convaincu par les deux derniers épisodes de la saison 5, confiés à Jacques Audiard : j'ai trouvé que la finesse de Rochant s'effaçait trop devant l'efficacité pachydermique d'Audiard (à l'image de ce gros plan sur le feu rouge qui indique clairement la façon dont se terminera cette saison).

Si Le bureau des légendes mérite tous les louanges qui lui sont adressés, c'est aussi grâce à son casting impressionnant, digne là encore d'un très bon film de cinéma : outre un Mathieu Kassovitz réellement magnétique, on se régale à retrouver Florence Loiret-Caille (si bonne chez Solveig Anspach), Léa Drucker (récemment césarisée à juste titre), Sara Giraudeau, Mathieu Amalric, et Jean-Pierre Darroussin, absolument formidable. Même Louis Garrel et Mathieu Amalric, qui peuvent souvent m'énerver dans leur composition, trouvent ici un ton absolument juste. Le moindre second - ou troisième - rôle semble toujours judicieusement choisi.

Une autre grande qualité de la série est de coller parfaitement à l'actualité. Chaque saison aborde avec justesse et précision un aspect spécifique : découverte du monde de l'espionnage, Français s'enrôlant chez Daesh, développement des techniques de cyber-espionnage (même si on n'y comprend pas grand-chose), relations entre les services secrets des différents pays.

En ne sacrifiant jamais au pittoresque, tout en ménageant les effets qu'on attend d'une bonne série (destin tragique de certains personnages, cliffhangers), la série phare de Canal+ réalise le programme d'une excellente série : divertir, intriguer, enrichir. 

J'espère de tout coeur que l'aventure va se poursuivre, et j'envie ceux qui n'ont pas encore eu le plaisir de se plonger dans le monde impitoyable du Bureau des légendes.

 

4e 

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Twin peaks - Saison 1 / Episode pilote

Le 8 avril 1990 l'épisode pilote de Twin Peaks était diffusé sur ABC.

Est ce que, 28 ans après, cette excursion au long cours dans l'esprit dérangé de David Lynch garde son pouvoir de fascination ?

La réponse est oui, mille fois oui. On ne peut qu'être sidéré par la façon dont Lynch tisse dès ce premier épisode la trame riche et complexe de son oeuvre. 

Chacun des personnages acquière instantanément une personnalité et une densité qui lui est propre, la plupart des développements fantastiques à venir est esquissé comme si l'omniscience du créateur transcendait l'apparent réalisme de ce qu'on voit : cet épisode introductif, qui pourrait paraître morne et froid, possède en lui toutes les ramifications des délires futurs (la femme à la bûche, le reflet dans le miroir...). 

Côté mise en scène, on est proche de la perfection : elle est à la fois très présente et subtilement décalée. Les mouvements de caméra des premières scènes, la façon délicate de camper les principaux dilemmes de la série, les futurs gimmicks cultes (par exemple les tropismes culinaires de Cooper) et l'incroyable opportunisme de Lynch font déjà merveille. On raconte que la lumière stroboscopique de la scène de la morgue résulte d'une avarie technique de plateau subtilement utilisée par le réalisateur.

Les seuls éléments qui paraissent aujourd'hui datés sont les coiffures et les vêtements. Preuve que le génie transcende les années.

 

4e 

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