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Peaky blinders (Saisons 1 à 4)

Avant l'arrivée dans la production de Netflix à partir de la saison 5 (j'y reviendrai), on peut dire que la BBC aura offert avec cette série un fleuron du savoir-faire britannique en matière de séries, comme elle l'a déjà fait pour le délicieux Downton Abbey.

Tout est en effet réussi dans ces quatre premières saisons. Si le côté un peu artificiel des décors et l'anachronisme de la bande-son  très rock peuvent surprendre dans les premiers épisodes, on est ensuite vite happés dans cette histoire certes classique (la progression d'un petit malfrat vers les plus hautes sphères du pouvoir), mais ici parfaitement illustrée.

Les points forts de la série sont principalement son écriture (on doit l'intégralité des scénarios à la patte de Steven Knight) et son interprétation.

En terme de progression dramatique, de rupture de ton, d'accélération des évènements, j'ai rarement vu une série plus efficace et surprenante. C'est peu dire qu'on est littéralement scotché à l'évolution de la famille Shelby et aux nombreuses péripéties et épreuves qu'elle doit traverser. Le contexte historique qui sert de toile de fond (l'IRA et la question irlandaise, Winston Churchill, la révolution russe et le mouvement socialiste, l'émancipation des femmes, la condition ouvrière) donne une profondeur exceptionnelle aux 24 épisodes de ces quatre saisons, dont plusieurs sont de véritables joyaux de tension et se suspense.

En matière de casting, Peaky blinders réussit un carton plein. Du magnétique premier rôle joué par Cillian Murphy au moindre second rôle, en passant par un très bon Adrien Brody en guest star de la saison 4, les bonnes surprises sont légion. Citons dans le désordre un Tom Hardy (Mad Max) formidable en patron de gang juif, Aiden Gillen (le Littlefinger de Games of thrones) énigmatique en tueur tzigane, Sam Neill (Jurassic Park, La leçon de piano) ennemi convaincant en inspecteur retors dans les deux premières saisons.

Hellen McCrory (Polly) est la tête de file attachante d'une prestigieuse distribution féminine : dans la série les femmes joue un rôle au moins aussi important que les hommes.

La bande-son est aussi audacieuse qu'agréable  : Nick Cave, The White Stripes, Tom Waits, PJ Harvey, Arctic Monkeys, Royal Blood, The Black Keys, Radiohead, David Bowie, Leonard Cohen, Foals, Anna Calvi, Joy Division, The Kills, Johnny Cash, Black Rebel Motocycle Club, Anne Brun, Mark Lanegan. Un festin sonore, trash, roots et rock'n roll.

Vous l'avez compris : à ne manquer sous aucun prétexte.

 

4e

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Chernobyl

Rien à faire, HBO est toujours la meilleure chaîne en matière de série. Chernobyl est d'une si grande qualité qu'elle fait apparaître les meilleures productions Netflix (La casa de papel, Stranger things) comme de simples divertissements sympathiques et très formatés.

A travers ses cinq épisodes, la mini-série de HBO renverse tout sur son passage : qualité incroyable d'une écriture osée et inventive, excellence de l'interprétation (mention spéciale à Jared Harris, époustouflant de réalisme triste), direction artistique absolument renversante, réalisation digne d'un excellent film de cinéma.

Devant un projet d'une telle ambition (comment les décors ont-ils pu être trouvés ?), je suis sidéré que HBO ose l'investissement que cela représente : captiver les spectateurs pendant cinq heures en leur montrant des scènes plus horribles les unes que les autres, ou en leur expliquant par le menu l'enchaînement scientifiques des réactions nucléaires ayant conduit à la catastrophe (le formidable épisode 5, aride et captivant à la fois).

On a peine à croire que la description détaillée de tant d'horreurs et d'incompétence bureaucratique puissent générer autant d'intérêt chez le specateur. C'est pourtant le cas, par la grâce de l'humanité qui suinte derrière chaque décor tristounet et soviétique, par la détermination tranquille de héros sans nom qui ont empêché une catastrophe plus grande encore, par la gravité sereine de la mise en scène.

Sidérant et d'une beauté glaçante : Chrernobyl est ce qu'on a vu de plus frappant en matière de série depuis bien longtemps.

La série est visible sur le bouquet OCS.

 

4e

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Le bureau des légendes

Je me demande comment j'ai pu passé aussi longtemps à côté du Bureau des légendes, incontestablement la meilleure série française que j'ai vue jusqu'à présent. 

Après avoir avalé à la suite les cinquante épisodes des quatre saisons, ce qui m'impressionne le plus, c'est la constance dans la qualité. Pas beaucoup de baisses de régime en effet, sauf peut-être dans la deuxième partie de la quatrième saison, qui semble un peu expédiée. 

A part ce petit coup de mou, d'ailleurs tout relatif, la série brille par ses qualités, dont la plus impressionnante à mes yeux est sa qualité d'écriture. Les trajectoires des personnages sont en effet complexes, les évènements difficilement prévisibles, l'intrication des arcs narratifs subtile et addictive. 

La mise en scène d'Eric Rochant est à la hauteur de ce qu'on voit de mieux au cinéma. Les décors sont superbes, les scènes d'action prenantes. Il se dégage des mondes que l'on croise dans la série, et qui sont très divers (la violence des tortures, l'univers feutré de la DGSE, la vie quotidienne des banlieues), un sentiment de réalité. Que l'on parcourt les rue de Raqqa ou qu'on folâtre au bord de la piscine d'un riche iranien, on éprouve une impression d'immersion extraordinaire.

Je n'ai pas été par contre convaincu par les deux derniers épisodes de la saison 5, confiés à Jacques Audiard : j'ai trouvé que la finesse de Rochant s'effaçait trop devant l'efficacité pachydermique d'Audiard (à l'image de ce gros plan sur le feu rouge qui indique clairement la façon dont se terminera cette saison).

Si Le bureau des légendes mérite tous les louanges qui lui sont adressés, c'est aussi grâce à son casting impressionnant, digne là encore d'un très bon film de cinéma : outre un Mathieu Kassovitz réellement magnétique, on se régale à retrouver Florence Loiret-Caille (si bonne chez Solveig Anspach), Léa Drucker (récemment césarisée à juste titre), Sara Giraudeau, Mathieu Amalric, et Jean-Pierre Darroussin, absolument formidable. Même Louis Garrel et Mathieu Amalric, qui peuvent souvent m'énerver dans leur composition, trouvent ici un ton absolument juste. Le moindre second - ou troisième - rôle semble toujours judicieusement choisi.

Une autre grande qualité de la série est de coller parfaitement à l'actualité. Chaque saison aborde avec justesse et précision un aspect spécifique : découverte du monde de l'espionnage, Français s'enrôlant chez Daesh, développement des techniques de cyber-espionnage (même si on n'y comprend pas grand-chose), relations entre les services secrets des différents pays.

En ne sacrifiant jamais au pittoresque, tout en ménageant les effets qu'on attend d'une bonne série (destin tragique de certains personnages, cliffhangers), la série phare de Canal+ réalise le programme d'une excellente série : divertir, intriguer, enrichir. 

J'espère de tout coeur que l'aventure va se poursuivre, et j'envie ceux qui n'ont pas encore eu le plaisir de se plonger dans le monde impitoyable du Bureau des légendes.

 

4e 

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Twin peaks - Saison 1 / Episode pilote

Le 8 avril 1990 l'épisode pilote de Twin Peaks était diffusé sur ABC.

Est ce que, 28 ans après, cette excursion au long cours dans l'esprit dérangé de David Lynch garde son pouvoir de fascination ?

La réponse est oui, mille fois oui. On ne peut qu'être sidéré par la façon dont Lynch tisse dès ce premier épisode la trame riche et complexe de son oeuvre. 

Chacun des personnages acquière instantanément une personnalité et une densité qui lui est propre, la plupart des développements fantastiques à venir est esquissé comme si l'omniscience du créateur transcendait l'apparent réalisme de ce qu'on voit : cet épisode introductif, qui pourrait paraître morne et froid, possède en lui toutes les ramifications des délires futurs (la femme à la bûche, le reflet dans le miroir...). 

Côté mise en scène, on est proche de la perfection : elle est à la fois très présente et subtilement décalée. Les mouvements de caméra des premières scènes, la façon délicate de camper les principaux dilemmes de la série, les futurs gimmicks cultes (par exemple les tropismes culinaires de Cooper) et l'incroyable opportunisme de Lynch font déjà merveille. On raconte que la lumière stroboscopique de la scène de la morgue résulte d'une avarie technique de plateau subtilement utilisée par le réalisateur.

Les seuls éléments qui paraissent aujourd'hui datés sont les coiffures et les vêtements. Preuve que le génie transcende les années.

 

4e 

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Westworld (Saison 1)

Pas facile de me faire une opinion tranchée sur la première saison de cette série.

D'un côté (positif), le début est bluffant, la réalisation très soignée et le final assez renversant.

De l'autre (négatif), le ventre mou de la série, de l'épisode 4 à l'épisode 8, est un peu ennuyeux. Les scénaristes semblent tourner en rond (tout en ayant fumé en moquette l'équivalent d'un demi terrain de foot), en attendant de dévoiler leur saut périlleux arrière, alors que les réalisateurs remplissent l'écran de moyens surdimensionnés et d'effets pompiers.  

Le show manque de ligne directrice : assiste-t-on à une progression très maîtrisée ou à une narration fractale et incontrôlable (dans le style Lost) ? Réfléchit-on à la nature humaine ou contemple-t-on Athony Hopkins nous refaire le coup de Hannibal Lecter ? Cette première saison ne permet pas de le trancher. 

Globalement, je dirais que le twist révélé dans le dernier épisode sur le lien qui réunit deux personnages essentiels est à la fois tarabiscoté et très malin. Ce tour de passe-passe audacieux est à la fois le talon d'Achille et la force de Westworld, qui s'impose comme une série intello et simultanément devra prouver sa capacité à se régénérer.

 

2e

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Games of thrones - Saison 7

Je n'ai jamais eu envie jusqu'à présent d'écrire sur Games of thrones, peut-être parce que le fait d'avoir lu l'intégralité des romans de RR Martin m'ont fait regarder tout le début de la série avec un oeil détaché, puisque je connaissais l'histoire.

Le fait qu'on ait maintenant dépassé depuis deux saisons la fin des romans me procure un vrai plaisir de spectateur. C'est un délice de découvrir de nouveaux évènements à chaque épisode. Et puis cette saison 7, ramassée en sept denses épisodes, me plait beaucoup.

Tout d'abord, elle concentre les principales qualités de la saga : un mix particulièrement réussi de batailles homériques (sur mer, sur terre et dans la neige, elle sont cette saison particulièrement impressionnantes) et de conversations stratégico-politiques dignes des Rois maudits. Chacun aura bien sûr son idée sur la meilleure conduite à tenir en matière de tactique militaire, d'alliance stratégique, et le spectateur, plus que jamais, peut ici se rêver stratège.

Cette septième saison brille aussi par sa façon de resserrer encore plus l'intrigue sur l'essentiel. Les personnages secondaires (même très importants) continuent à mourrir, alors que le clan Starck se reconstitue à Winterfell, comme si les saisons 2 à 6 n'étaient qu'une vaste parenthèse aboutissant à un retour aux sources empreint d'une sourde nostalgie. L'empreinte du temps qui passe a durement marqué les visages des frères et soeurs que sont Arya, Sansa, Bran, Jon (et aussi Theon, élevé avec eux). Le simple souvenir des épreuves que chacun d'entre eux a traversé suffit à glacer le sang.

On retrouve également dans cette saison 7 le pouvoir de surprendre qui fait le charme des meilleurs moments de Games of thrones. Si certaines évolutions du scénario sont facilement anticipables, d'autres sont vraiment très bien amenées (je pense par exemple à l'extraordinaire confrontation Sansa / Arya / Lord Baylish).

Voici donc la série la plus célèbre au monde bien calée pour attaquer sa saison finale, qui comptera six épisodes et sera diffusée en 2019.

 

4e 

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Big little lies

Ca commence un peu bizarrement, comme un clip épileptique qui ne trouverait pas le bon ton.

Jean Marc Vallée, le réalisateur canadien qu'on peut selon son humeur qualifier de tâcheron sous amphétamine ou de génie du mauvais goût, propose une mise en scène qui cherche à tout prix l'esbrouffe.

On se dit que ce n'est vraiment pas la peine de mettre autant de plans dans si peu de minutes quand on dispose d'un casting aussi brillant (Nicole Kidman, Reese Whiterspoon,  Alexander Skarsgard, Laura Dern), mais bon, cahin caha, on enfile les épisodes avec un intérêt au mieux croissant, a minima fluctuant. 

Pas mal de bonnes choses dans ce Desperate Housewives bobo et californien, notamment la faculté de nous mettre mal à l'aise à peu près tout le temps (on pense au Carnage de Polanski), mais aussi un monceau de scories en tout genre : plan inutile, montage à la mords-moi-le-noeud et singeries de sensibilité new age. De tout cela, je ne sais pas trop quoi penser. La vision des sept épisodes a été plutôt décevante au début et à la fin, et parfois réjouissante au milieu.

Mention spéciale au couple Nicole Kidman / Alexander Skarsgard, générant une dose d'inconfort rarement atteint dans une série.

 

2e

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The affair (Saison 2)

Après l'excellente première saison je redoutais une chute de tension lors de la deuxième, et le visionnage des deux premiers épisodes de ce nouveau coffret DVD m'a conforté dans cette idée.

La saison démarre en effet mollement. On a certes plaisir  à retrouver les personnages dans le dispositif excitant mis en place dans la première saison (les mêmes journées sont racontées de quatre points de vue différents), mais à l'inverse on craint que le procédé ne serve plus que lui-même au détriment de l'intrigue ou de la véracité psychologique des situations.

Heureusement la série s'invente de nouveaux chemins assez rapidement avec des sauts dans le temps importants (on se rend rétrospectivement compte de l'impossibilité totale de comprendre ce qu'on voyait dans la première saison), des épisodes qui cassent la routine et un final très satisfaisant en terme de résolution de mystères.

En réalité, cette deuxième saison parait être la deuxième partie d'un tout, exactement située dans le prolongement de la première, d'un point de vue narratif comme stylistique. 

Une fois résolu le Whodunit un peu plaqué de l'accident de voiture (l'intéraction entre les personnages est bien plus passionnant que l'incident mortel), on attend impatiemment de voir quelle direction les scénaristes hyper-doués de la série vont prendre. 

The affair sur Christoblog : Saison 1 (****)

 

3e

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The night of

Dans l'univers feutré et un peu confidentiel des mini-séries (sont-ce des films à rallonge ou des séries avortées ?) The night of s'impose comme un must-see.

Le pitch est pourtant d'un classicisme inquiétant : un jeune pakistanais très propre sur lui, après une soirée arrosée, se réveille aux côtés d'une jeune fille poignardée à mort. Il ne se souvient de rien.

La série aurait pu se contenter d'égrener les constats éculés : le racisme, c'est pas bien, et les médias devraient faire leur boulot. Au lieu de cela, les scénaristes nous font douter nous-mêmes de la culpabilité de Naz, et c'est bien plus subtil. Le sage jeune homme s'avère devenir lors de son incarcération provisoire un criminel sans état d'âme. Et si finalement, il était bien l'assassin ? 

L'acteur Riz Ahmed est excellent, et vient à juste de titre de remporter l'Emmy award du meilleur acteur dans une mini-série, mais The night of vaut aussi (et surtout) par la performance comme toujours sidérante de John Turturro, qui campe un avocat déclassé atteint d'une maladie de peau sur les pieds (beurk !) absolument irrésistible.

Aux manettes se trouve entre autres Richard Price, scénariste des saisons 3, 4 et 5 de Sur écoute, ce qui constitue un gage indubitable de haute qualité. A voir absolument.

 

4e 

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Beau Séjour

Le pitch de cette série flamande semblait plutôt sympa : une jeune adolescente assassinée se réveille morte et assiste en tant que fantôme à l'enquête concernant son propre meurtre. Elle est invisible pour la plupart de l'humanité, sauf pour quelques proches.

Sur cette base osée, Beau Séjour déroule une intrigue classique, mélange d'ambiance glauque (tendance The killing) et d'enquête balisée (tendance... un peu toutes les séries dont l'élément fondateur est un meurtre).

Le résultat n'est pas déplaisant, mais n'est pas non plus très excitant. Le postulat de base (un mort parmi les vivants) n'est curieusement pas ou peu exploité, et c'est la grande déception que génère la série. La présence du fantôme de la jeune héroïne Kato n'est pas utilisé de façon dramaturgique, sauf dans une belle scène dans laquelle son père (qui est censé la voir) fait croire à sa mère (qui ne la voit pas) qu'elle est présente.

La série se résume finalement à une enquête classique (le meurtrier est comme d'habitude un des proches les plus insoupçonnables), et à une ambiance nordiste qui est sa principale qualité : Beau séjour est en effet une collection de vignettes plus grises les unes que les autres. Paysages ruraux improbables, bars miteux, club de motocross (!?) et supermarché lambda.

NI génial, ni spécialement novateur, mais relativement efficace.

 

2e

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Bloodline (Saison 1)

Depuis son arrivée dans le petit monde des séries, Netflix essaye de rafler la mise en créant des oeuvres qui semblent confectionnées pour ratisser large, en suivant des méthodes éprouvées.

Cette approche génère des produits formatés qui brillent et semblent attractifs, mais s'avèrent au final sur-écrits et peu originaux.

Si House of cards représentait parfaitement les défauts Netflix, Bloodline confirme à un degré moindre mon opinion. Le principal défaut de la série est son caractère exagérément manipulateur. L'écriture détaillée des épisodes et la mise en scène utilisent de très grosses ficelles qui sont franchement gênantes : un montage alterné bien lourd pour nous inciter à penser quelque chose, la caméra qui ne montre que les pieds d'un personnage pour ménager un demi-suspense, des péripéties inutiles, des personnages qui en rajoutent. Je pourrais écrire plusieurs pages sur tous les menus défauts qui émaillent la série.

Le second problème est le délire accumulatif qui semble s'être emparé des showrunners. On dirait que tous les tics et tous les thèmes d'une série à succès ont été rassemblés dans Bloodline : flashforward à l'échelle d'une saison ou d'un épisode, flashbacks bien lourdingues avec filtre jaune, enquête policière, sexe, histoires parallèles, secrets de famille... On a parfois l'impression en regardant un épisode de Bloodline de regarder plusieurs séries en même temps.

Ses remarques qui empêchent de considérer Bloodline comme une excellent série ne m'empêche pas d'avoir tenu jusqu'au dernier épisode. La structure globale de l'histoire est assez bien vue, et le personnage du bad boy joué excellement par Ben Mendelsohn est tellement détestable qu'on a du mal à ne pas être intéressé par son sort. Les décors naturels de la Floride sont d'autre part parfaitement utilisés.

Pour résumer, une série écrite avec les pieds par des scénaristes qui voudraient à la fois faire Breaking Bad et Six feet under, mais qu'on ne lâche pas avant le dernier épisode quand même. 

 

2e

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Show me a hero

Aux manettes de cette mini-série HBO, un des showrunners les plus vénérés, David Simon, dont la série The wire (Sur écoute) est très souvent citée comme la meilleure série de tous les temps.

A l'écran, un des acteurs hollywoodiens les plus prometteurs, Oscar Isaac (Inside Llewyn Davies, A most violent year, Star Wars), entouré d'une pléiade d'excellents professionnels, dont la merveilleuse Winona Ryder.

Derrière la caméra, un réalisateur chevronné capable du meilleur (Dans la vallée d'Ellah, Collision), Paul Haggis.

A l'arrière plan, une reconstitution exceptionnelle des USA dans les années 80. Tout y est : les voitures, les costumes, la décoration, les moeurs.

Avec tant d'atouts, on se dit que la série ne peut qu'être exceptionnelle. Elle l'est, dans le style propre à Simon, constitué d'une somme d'anti-effets qui ne facilite pas, dans un premier temps, l'addiction.

Dans Show me a hero, ne vous attendez pas à des cliffhangers de malade en fin d'épisode. Attendez vous plutôt à des terminaisons en demi-teintes, une complainte springsteenienne accompagnant trsitement le générique de fin. Le Boss est d'ailleurs très présent dans la série, aussi bien en musique diégétique qu'extradiégétique, époque oblige.

Sur le fond, l'histoire racontée est édifiante : comment un juge opiniâtre oblige les politiques à construire des logements sociaux, essentiellement destinés aux Noirs. Le tableau édifiant du racisme ordinaire est terrible, à l'image de ces réunions publiques indignes, qui rappellent avec une cruelle acuité les récentes violences verbales des habitants du XVIème arrondissement de Paris.

Comme dans The wire, Simon tisse sa toile dans de multiples directions, qui ne semblent jamais devoir se rejoindre, jusqu'au dénouement ultime que je ne dévoilerai pas, mais qui m'a laissé complètement pantois, éclairant rétrospectivement toute la série d'un éclat nouveau et lugubre.

 

3e  

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The affair (Saison 1)

Parmi les séries récentes, The affair s'avère l'une des plus addictives.

Le principe de base est particulièrement original : on suit une aventure extra-conjugale en alternant les points de vue. Chaque épisode est strictement découpé en deux parties : la moitié est consacrée à la version de Noah, l'autre à celle d'Allison.

L'incroyable potentiel narratif de ce procédé éclate lors des deux premiers épisodes. Les mêmes scènes sont vues sous des angles différents et parfois changent du tout au tout suivant le narrateur : les circonstances, les paroles tenues, les vêtements, les attitudes, et mêmes les actes. On mesure à travers cet artifice qui érige l'effet Rashomon en sujet central le degré de perversité des deux scénaristes : Sarah Treem et Hagai Levi (à qui on doit déjà la déroutante et envoutante série En analyse).

A partir d'une intrigue amoureuse classique, la série développe ensuite une intrigue criminelle (un meurtre a été commis, et toute la série n'est finalement qu'un colossal flash back, sur le même modèle que True detective). Elle devient alors un peu plus désordonnée et confuse, tout en restant parfaitement addictive.

La grande réussite de la Saison 1 tient également à un casting de haute volée : Dominic West (que les fans de la plus grande série de tous les temps, The wire, connaissent bien) est excellent, on s'attache rapidement à Ruth Wilson, et les deux conjoints trompés sont très bons aussi (Joshua Jackson était un pilier de Fringe).

J'attends avec impatience la saison 2, dont on dit le plus grand bien.

 

 4e 

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True detective (Saison 1)

Au panthéon des séries, la première saison de True Detective occupe sans aucune discussion une place de choix.

Il faut dire que les moyens mis à disposition sont d'un haut niveau de qualité : un réalisateur de cinéma extrêmement solide pour l'intégralité des huit épisodes (Cary Fukunaga), une star au sommet de son talent (Matthew McConaughey) secondé par un casting impeccable et un scénario porté à un haut niveau d'incandescence par Nic Pizzolatto.

Une des principales réussites de la série est de gérer brillamment un rapport au temps complexe. L'histoire racontée est la difficile traque sur plusieurs décennies d'un meurtrier en série (comme dans Zodiac de David Fincher, ou dans le génial Memories of murder de Bong Joon-ho). Les trois premiers épisodes alternent des aller-retours entre le présent (dans lequel les deux flics sont interrogés) et le passé. Le quatrième épisode, par son action débridée, tranche totalement avec le début de la série, avant que la deuxième partie de la saison nous amène par une brusque accélération du temps à revenir pour les deux épisode finaux à une narration au présent.

Le film alterne les tonalités avec une confondante facilité : spleen philosophique sur fond de vaudou, brusques accès de violence, tensions psychologiques entre les protagonistes, remords et repentirs, traque à la fois méticuleuse et mystique.

Tout est parfaitement réussi de bout en bout : la photographie est splendide, le générique est peut-être le plus beau jamais conçu, et la musique est admirable.

Si Mathew McConaughey trouve probablement ici son meilleur rôle (il semble cumuler en un seul personnage plusieurs de ces meilleures interprétations), son partenaire Woody Harrelson est aussi très bon, sorte de bloc à forte machoire, constitué à la fois de certitude auto-célébratrice et de penchants pour toutes sortes de débauches.

La saison entière peut d'ailleurs être vue plutôt comme la rencontre de deux êtres bourrés de tares que comme une enquête policière. 

Le scénario emprunte plusieurs éléments au Roi en jaune, un recueil de nouvelles de Raymond Chambers, publié en 1885, et qui inspira lui-même HP Lovecraft. Sans être fondamentale dans l'imbroglio du scénario, cette caractéristique contribue à l'étrangeté et à l'originalité de True Detective, à la fois récit haletant et rêverie morbide.

Une très grande réussite formelle.

 

4e 

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Pt'it quinquin

Si on confie à Bruno Dumont la réalisation d'une série, comme vient de le faire Arte, nul doute qu'il fasse bien du Bruno Dumont.

Pas de surprise donc à ce qu'on retrouve dans Pt'it quinquin les qualités et les défauts du réalisateur :  un sens prodigieux des éclairages et des paysages, des fulgurences de mise en scène saisissantes, mais aussi un penchant pour la destructuration du récit et un intérêt douteux pour la cohérence de l'intrigue.

A Cannes, ou le film fut présenté à la Quinzaine, l'accueil fut à la fois enthousiaste (l'effet de surprise jouant à fond, Dumont se permettant ici quelques traits d'humour, ce qui n'est pas son habitude) et violemment négatif pour une petite minorité du public, qui considérait que Dumont exploitait les handicapés qui constituent ici une partie de son casting.

Ce sont en fait les deux types de réactions que la série a alternativement généré chez moi : au début un grand plaisir de découverte et de curiosité (les paysages du Boulonnais prennent ici un air particulièrement exotiques), mélangé à quelques sourires, puis un ennui grandissant dû à une intrigue qui s'effiloche et à des scènes qui mettent mal à l'aise. 

Si Bernard Pruvost, qui joue le commisssaire, semble en effet bien être un handicapé qui joue l'acteur, on n'a pas forcément la même impression avec d'autres participants à l'aventure, je pense au frère et aux grands-parents du personnage principal par exemple.

On comprendra que les gens du Pas de Calais n'acceptent pas facilement cette vision d'auteur qui donne d'eux une image peu engageante : arriérés et raciste (car Pt'it quinquin l'est sans contestation). La banderolle déployée au Parc des Princes par les supporters du PSG il y a six ans («Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les Ch'tis») a laissé des traces qui trouvent ici un écho. 

Au final, reste pour moi quand même une impression plutôt positive, le talent exceptionel de Bruno Dumont (les majorettes !) effleurant souvent la surface de cette OVNI télévisuel, qui au passage ne respecte aucun canon des séries habituelles. Les audiences sur Arte ayant été très bonnes, une suite est maintenant envisagée.

 

2e

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Mad men (saison 5)

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/77/49/08/20053306.jpgJ'ai été plutôt déçu par cette saison qui n'apporte aucune nouveauté par rapport aux précédentes.

Les créateurs semblent ronronner un peu et vivre sur leurs acquis, accentuant simplement un peu les caractères de leurs personnages principaux, dans une ambiance de plus en plus noire.

Don Draper et Peggy Olson se partagent les rôles les plus intéressants. Betty disparaît à l'arrière plan, comme d'autres personnages secondaires.

L'actualité semble pour la première fois une toile de fond artificiellement peinte, plutôt qu'une réalité (les Rolling Stones qu'on ne verra évidemment pas, les émeutes raciales dont on ne mesure ni le sens ni la portée, etc). On surprend même les scénaristes à placer dans leur script des astuces narratives dignes de séries plutôt bas de gamme (le cancer de Betty, les électrochocs, les parents de Megan).

Pas de nouveaux personnages d'importance, pas d'évènements très marquants (si ce n'est la chute de Lane, que la saison fait durer comme un ultime recours dramatique) : je me rends compte qu'écrivant sur cette saison plusieurs semaines après l'avoir vue il ne m'en reste déjà presque plus rien, si ce n'est l'impression agréable d'avoir effleuré des meubles de bois de précieux et du cuir de qualité, en sirotant un triple whisky.

Mad men sur Christoblog : Saison 1 / Saison 2 / Saison 3 / Saison 4

 

2e

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Les revenants

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/92/60/65/20371193.jpgComment construire la série qui cartonne et réalise le meilleur score d'audience de Canal + dans le domaine ?

C'est simple, prenez :

10 % de Twin Peaks

Une ambiance glauque et froide. Des décors de petite ville de province désertée, où chaque bâtiment administratif, chaque supermarché, paraîtra surnaturel. Des intérieurs lambdas, des pavillons de banlieue qui suintent l'étrange à force de normalité

10 % de casting hype

Un réalisateur jeune, beau et blond (Fabrice Gobert) qui reste sur un beau succès d'estime (Simon Werner a disparu). Des valeurs sûres du cinéma qui attirent la ménagère de 40 ans : Anne Consigny, Frédéric Pierrot. Des acteurs doués et confirmés : Clotilde Hesme et Grégory Gadebois (déjà réunis dans le beau Angèle et Tony). La fine fleur du jeune cinéma français : Samir Guesmi, Guillaume Gouix, Céline Sallette.

70 % de Lost

Principe de base : faire en sorte que chaque épisode apporte plus de questions que de réponses. Ne jamais répondre aux questions qu'on pose avant la saison 2 ou 3, ou mieux, ne jamais y répondre. Multiplier les axes de mystère (zombies, eau qui baisse, chiottes déréglées, coupures de courant, suicides d'animaux, plaies béantes, résurrection, l'amour dans tout ça, les distorsions d'espace-temps, la fécondation zombie-vivant). Faire des flash-backs qui donnent l'impression d'avancer, mais finalement non. Mettre du sexe. Mais pas trop. Faire de la psychologie dans les moments perdus.

10 % de Walking dead

Quand même, c'est une série de zombies. Oui, je sais, il n'apparaissent qu'à la fin, mais il marchent comme des zombies, ne parlent pas (comme des zombies), se réunissent dans la forêt, marchent d'une façon mécanique en étant séparés par une distance réglementaire de zombie estimée à 80 cm.

Et voilà, c'est fait !

 

2e

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Downton abbey (Saison 1)

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/82/26/17/20326537.jpgBonne vieille série à l'anglaise qui ravira ceux qui ont aimé Le discours d'un roi, Downton abbey se distingue par la perfection minutieuse de ses décors, costumes et ambiance, qui en font une série historique de premier ordre.

Nous sommes à la veille de la première guerre mondiale, et c'est tout un monde qui disparait. D'un côté l'aristocratie, superbement incarné par un grand Hugh Bonneville, même éclairée (et c'est le cas), semble petit à petit dépassée par des forces qui la dépassent : l'émancipation des femmes, le socialisme, la science. De l'autre côté, le petit monde des domestiques n'échappe pas à ce même sentiment que des changements immenses vont bientôt bouleverser le monde.

On s'attache progressivement aux multiples personnages de l'intrigue (très fouillée), même si les caractères sont pour certains un peu trop typés et les péripéties parfois trop prévisibles. Malgré ces petits défauts qu'on peut peut-être attribuer à une saison de mise en place, Dowton abbey possède un pouvoir addictif certain, qui résulte très probablement du tableau fascinant que la série dresse d'une période de profonde mutation. Toute proportion gardée, l'image du Guépard revient bien souvent.

A suivre pour une saison 2 qui décrira comment les différents personnages vivent le drame de la première guerre mondiale.

 

3e

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Borgen

Vous qui aimez les séries, il importe que vous regardiez immédiatement Borgen, sous peine de quoi vous pourriez vous retrouvez dans la situation de l'amateur de vin qui laisse lui passer sous le nez un Romanée Conti sans le goûter.

De quoi s'agit-il ? Nous sommes au Danemark, le royaume où l'on croise aussi bien Hamlet que le renouveau de la série européenne (The killing). Une femme politique centriste (qui se dévoue pour offrir Borgen à Bayrou ?) se retrouve à la faveur de circonstances hasardeuses en position d'être première ministre.

Suivent vingt épisodes palpitants durant lesquels les scénaristes vont parvenir avec une justesse de ton incroyable à entrecroiser les histoires personnelles (être femme et premier ministre, c'est possible ?) et intrigues politiques, toujours parfaitement ajustées. On compare souvent Borgen à A la Maison Blanche, comme une déclinaison européenne du walk and talk US, mais croyez moi, le modèle est assez différent, et encore plus palpitant.

La série nous entraîne en Afrique, en Afghanistan, mais aussi dans des hopîtaux psychiatriques danois ou dans des séminaires gouvernementaux avec le même bonheur. C'est excitant, rusé, malin, brillant, admirablement filmé et photographié, et surtout, surtout, c'est la plus forte addiction connue depuis .... depuis .... Lost ?

Il faut dire que le personnage de Birgitt Nyborg est magnifiquement interprété, et qu'il difficile, voire impossible, de ne pas tomber complètement dingue de cette femme découvrant l'ivresse du pouvoir, et la nécessité des compromissions.

 

4e

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Breaking bad (Saison 3)

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/74/23/35/19351997.jpgDisons-le tout net : je ne suis pas un grand fan de Breaking Bad, et je m'échine pourtant à regarder chaque nouvelle saison.

Masochiste ?

Non, j'essaye simplement de comprendre ce qui peut amener les sériephiles à intégrer la fantaisie de Vince Gilligan au Panthéon du genre, au côté de monstres comme The wire, Six feet under ou les Sopranos.  

Et je ne trouve pas, tant il me semble que la série se contente d'enfiler les clichés comme des perles. Prenons les deux tueurs de cette saison (photos ci-contre) : on nous les présente comme des robots inhumains et mutiques durant plusieurs épisodes. Aucune profondeur psychologique, des traits outrés, un accompagnement par l'image très moche (ces filtres jaunes, beurk), et une implication dans l'histoire quasi-nulle.

A travers ces personnages de BD (et c'est presque insulter la BD de dire cela), Breaking Bad montre sa pire facette, celle d'une série qui joue des biceps, sans vraiment réfléchir à ce qu'elle a à raconter.

L'évolution de Walter White est d'ailleurs symptomatique à cet égard : adieu la peur de la mort liée au cancer, qui faisait le sel de la première saison, il est désormais en rémission, et en train de se muer en patron de labo professionnel. Une issue miraculeuse et qui sert bien les intérêts des producteurs. Les personnages secondaires (son épouse et son amant, son fils, Hank et sa femme) sont également dans cette saison relégués à des rôles de faire-valoir, ce qui est bien triste.

Reste un savoir-faire éprouvé et non exempt de trait de génie, comme le célèbre épisode The fly, qui mérite sans conteste sa réputation. A suivre.

Breaking bad sur Christoblog : Saisons 1 et 2

 

2e

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