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Christoblog

After love

Le charme d'After love est un charme diffus, tout entier contenu dans l'art de la litote.

Le sujet du film est à la fois simple et vertigineux : une anglaise qui s'est mariée à un musulman (et s'est convertie à l'islam) découvre après la mort de son mari que ce dernier menait une double vie avec une Française, de l'autre côté du Channel. 

Le sujet est vaudevillesque, le traitement d'une délicatesse délectable. J'ai été complètement séduit par le jeu de l'actrice Joanna Scanlan, qui nous fait nous demander en permanence quel sera le contenu de la prochaine scène. Tour à tour intriguée, triste, égarée, surprise, heureuse, elle campe un formidable personnage en quête d'identité.

La mise en scène d'Aleem Khan est solide, poétique, attentive aux détails. Les différents lieux sont saisis avec beaucoup de justesse et il y a tout au long du film une grande attention portée à tous les éléments qui le compose (y compris la musique, très belle) : c'est souvent le cas des premiers films.

Je prédis une belle carrière au jeune réalisateur anglais qui signe ici un film à la fois doux et puissant.

 

3e

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Guermantes

Le nouveau film de Christophe Honoré, plus ou moins improvisé, filme la troupe de la Comédie Française au moment où le spectacle qui devait être monté par Honoré lui-même va être annulé pour cause de Covid.

Guermantes est ainsi un des premiers vrais films post-confinement. C'est aussi un incroyable hommage au métier d'acteur et à l'esprit de troupe.

Honoré confirme ici ses immenses qualités de réalisateur. Le film n'est pas simplement beau et intéressant, il est inspiré, et même habité. La direction d'acteur sublime les performances d'un casting de rêve : Dominique Blanc, Loïc Corbery, Elsa Lepoivre, Laurent Lafitte et tous les autres sont formidables.

On se laisse complètement happer par l'évolution erratique d'un intrigue qui n'en est pas vraiment une, mélange de tranches de vie réelle (Lafitte veut montrer la bande annonce de L'origine du monde à tous ses copains), exploration poétique d'un lieu de théâtre incroyablement photogénique (le théâtre Marigny) et finalement, sincère hommage à Marcel Proust.

Guermantes est un poème visuel et sensuel, une oeuvre de cinéma comme on en voit peu.

Christophe Honoré sur Christoblog : Les chansons d'amour - 2007 (****) / La belle personne - 2008 (***) / Non ma fille, tu n'iras pas danser - 2009 (**) / Les bien-aimés - 2011 (****) / Métamorphoses - 2014 (***) / Plaire, aimer et courir vite - 2017 (***) / Chambre 212 - 2019 (****)

 

4e

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Le sommet des dieux

Le film de Patrick Imbert est très respectueux de l'oeuvre de Jiro Taniguchi. C'est à la fois sa force et peut-être sa faiblesse, car il ne se démarque finalement que très peu du manga originel. 

On retrouve ici toutes les qualités de l'oeuvre du maître japonais : le souffle épique, la précision des dessins, l'imbrication des trames temporelles, la manière presque cosmique dont la nature est montrée.

Le rendu à l'écran des passages d'alpinisme est exceptionnel. On est complètement immergé dans les différentes ascensions et on éprouve viscéralement certaines impressions de vertige. Sous cet angle, peu de films ont aussi bien rendu la démesure de ce qu'accomplissent les alpinistes forcenés dans l'Himalaya.

L'histoire  que raconte Le sommet des dieux est spectrale, anti-spectaculaire au possible et au final glaçante. C'est ce qui fait son prix.

Un beau moment de cinéma, que vous apprécierez particulièrement si vous n'avez pas lu le manga dont le film est tiré.

 

3e

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Les amours d'Anaïs

Le film commence comme un hommage énamouré à Anaïs Demoustier. L'actrice, dont le personnage s'appelle d'ailleurs Anaïs, virevolte, parle comme une mitraillette, s'agite dans tous les sens, s'exprime comme elle pense, se déshabille en tortillant des fesses, bref, imprime l'écran comme Belmondo jeune savait le faire. Superficielle, ne vivant que dans l'instant, ne construisant rien, elle séduit et énerve à la fois.

L'enjeu du film se dessine rapidement : contre quoi la vivacité exacerbée d'Anaïs va-t-elle s'écraser ?

Et la réponse est : contre Valeria Bruni-Tedeschi, ou plutôt contre l'amour qu'Anaïs va concevoir pour cette dernière. Cette seconde partie a gâché pour moi la première. Autant j'ai pu être intrigué par l'ouragan Demoustier, autant la drague lourde chargée d'un gros transfert psychanalytique qu'entreprend Anaïs m'a ennuyé.  

La psychologie de comptoir (l'amante a le même âge que la mère qui se meurt), la scène sensuelle de la plage (filmée comme un porno soft), la pauvreté de l'écriture et la fin qui ne sait pas finir auront eu au final raison de ma patience.

A ne voir que si vous êtes fan d'Anaïs Demoustier.

 

2e

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La troisième guerre

La troisième guerre est une sorte de Désert des Tartares de notre temps. Le principe en est simple : il s’agit de pointer du doigt le sentiment d’inutilité des soldats qui participent à l‘opération Sentinelle, de confronter ce sentiment aux valeurs habituelles de l’armée (respect des ordres et de la hiérarchie, volonté de servir les autres, besoin de dépassement de soi et de combattre, virile camaraderie), et enfin de tirer de tout cela des implications d’ordre psychologique.

Si les déambulations parisiennes des soldats laissent entrevoir une belle sensibilité, le reste du programme énoncé ci-dessus est suivi avec trop d’application et pas assez d’imagination pour être pleinement convaincant.

L’exposé des différentes situations auxquelles sont exposés les soldats est très didactique, et suit des chemins à la fois prévisibles et inintéressants. Les seconds rôles, par exemple, manquent cruellement de profondeur (le complotiste ne fait que comploter, le gueulard ne fait que gueuler, etc).

Heureusement qu’Anthony Bajon est ici une nouvelle fois exceptionnel, à l’inverse d’une Leïla Bekhti complètement transparente. C’est lui qui donne un peu d’intérêt à ce film bourré d’intentions, mais vide d’émotions.

 

2e

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Tout s'est bien passé

Pas un grand Ozon.

Tout s'est bien passé est assez mal écrit : le film donne l'impression d'avoir été fini sur un coin de table. Des dialogues tombent à plat, le montage est erratique, les scènes de remplissage ne font même pas semblant se servir un peu à quelque chose, les personnages semblent réduits à des stéréotypes.

Il faut l'interprétation étonnante d'André Dussolier et le rayonnement solaire d'une Sophie Marceau au sommet de son art, et de son charme, pour empêcher l'attention du spectateur de sombrer.

Dans sa seconde partie, le film s'améliore un peu. On finit par se demander comment l'affaire va se terminer, et le personnage que joue Dussolier est tout de même un sacré numéro de mauvais esprit, au final typique de l'univers d'Ozon.

Tout s'est bien passé est toutefois trop quelconque et imparfait pour décrocher la mention "J'aime".

François Ozon sur Christoblog : 8 femmes - 2001 (**) / Swimming pool - 2003 (**) / Angel - 2007 (*) / Potiche - 2010 (***) / Dans la maison - 2012 (**) /  Jeune et jolie - 2013 (*) / Une nouvelle amie - 2014 (***) /  Frantz - 2016 (***/ L'amant double - 2017 (**) / Grâce à Dieu - 2019 (****) / Eté 85 - 2020 (**)

 

2e

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La voix d'Aida

J'avais fait connaissance avec Jasmila Zbanic en visionnant un de ses très bons précédents films, Le choix de Luna.

On retrouve dans La voix d'Aida les qualités détectées à cette époque chez la réalisatrice  bosniaque : un sens très aiguisé du récit, une impression de réalisme extraordinaire et des personnages hors du commun.

Le film évoque le massacre de Srebrenica à travers la destinée d'une interprète qui parle la langue des victimes, et doit donc dialoguer avec les bourreaux. L'idée du film est formidable : elle permet tout à la fois de passer facilement d'un côté à l'autre, de maintenir un suspense continu et de susciter un grand nombre de dilemmes dramatiques.

Le film raconte l'horreur avec une distance et une absence totale de pathos, qui lui donne des airs de tragédie grecque. La mise en scène est d'une élégance rare, à la fois virtuose et ample. La direction artistique, l'utilisation de la masse des figurants, la justesse des comédiens et le rythme parfait du film font de La voix d'Aida un must de l'année et un des meilleurs films jamais réalisé sur un acte génocidaire.

A ne rater sous aucun prétexte.

Jasmila Zbanic sur Christoblog : Le choix de Luna - 2011 (***)

 

4e

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Problemos

Dans le milieu de la comédie française, il faut reconnaître à Eric Judor une place à part, qui le situerait dans un monde à la fois absurde et furieusement réaliste, dans lequel sa faculté à jouer « à plat » générerait une sorte de trente-sixième degré accessible à lui seul, s’épanouissant dans le malaise et le hiatus.

Dans Problemos, Judor pousse à l’extrême la logique des discours écologique et féministe, en décrivant une communauté isolée qui se veut égalitaire, confrontée à une épidémie mortelle.

En poussant à l’extrême certaines rengaines, en particulier dans la bouche d’une Blanche Gardin par ailleurs scénariste du film, puis en les confrontant à ce qu'il imagine être le fond de la nature humaine (jalousie, désir sexuel, violence, égoïsme), il engendre de multiples situations cocasses dont il n’est pas aisé de tirer des conclusions.

La construction de la belle maison par le personnage très amusant joué par Youssef Hajdi est par exemple une formidable allégorie de la naissance du capitalisme, à moins qu'elle ne soit une ode à la liberté d’inventer, ou tout simplement un rappel que la normalité s’impose à tous. Judor renvoie donc toutes les parties dos à dos, soulignant avec une méchanceté jubilatoire les travers des uns et des autres.

C’est drôle, parfois très noir, et surprenant. Un vent neuf dans la comédie française.

 

3e

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Blue bayou

Blue bayou est un mélodrame très bien écrit, et qui s’assume pleinement en tant que tel. Sa force réside dans la générosité sans apprêt qui irradie toutes ses composantes.

L’écriture est riche, puissamment évocatrice et très sentimentale. Ses personnages sont bien dessinés, attachants et convaincants, y compris pour les seconds rôles, et servis par d’excellents acteurs et actrices. Alicia Vikander est en particulier formidable.

La mise en scène enfin est certes un peu démonstrative, mais elle finit par convaincre par la façon dont la caméra semble coller aux sentiments des personnages. Justin Chon réussit ici un très joli film, qui illustre avec brio une situation peu connue : ces enfants d’origine asiatique adoptés avant l’an 2000 aux USA, n’ayant pas demandé la nationalité américaine, et pouvant de fait être expulsés à n’importe quel moment.

Blue bayou peut aussi être perçu avec raison comme une puissante réflexion sur la famille : celle dont on hérite et celle que l’on se choisit. Je vous le conseille vraiment. Si vous aimez verser une petite larme au cinéma, ce film vous ravira.

 

3e

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Le genou d'Ahed

Le cinéma de Nadav Lapid, est un cinéma exigeant, intellectuel, distancié, et il faut le dire, peu aimable au premier abord.

Le genou d'Ahed ne se laisse donc pas approcher très facilement. On ne comprend d'abord pas trop de quoi il retourne. La mise en scène est à la fois tapageuse et prétentieuse, et l'acteur principal (l'excellent Avshalom Pollack, alter ego de Lapid) joue un cinéaste qu'on a envie de baffer.

Le début du film est donc très pénible à regarder. A partir du moment où le personnage principal est bloqué dans cette petite ville du désert pour parler de ses films, l'action se resserre cependant, et la gratuité du début cède progressivement la place à une vraie profondeur psychologique et politique, jusqu'à des scènes qui brillent par leur dureté étincelante. L'actrice Nur Fibak est excellente et les paysages sont d'une beauté ravageuse.

Il y a donc bien un film intéressant à voir dans le Le genou d'Ahed, mais il vous faudra beaucoup de patience et de bonne volonté pour y accéder.

Nadav Lapid sur Christoblog : L'institutrice - 2014 (**) / Synonymes - 2019 (**)

 

2e

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L'affaire collective

Passionnant documentaire roumain, L'affaire collective vaut beaucoup de thrillers politiques et journalistiques américains.

On est en effet captivé par l'enquête menée par un groupe de journalistes déterminés sur ce scandale médico-politique qui entraîna la mort d'une soixantaine de personnes dans l'incendie d'une discothèque de Bucarest, le Colectiv Club.

Alexandre Nanau parvient à assembler des styles très différents (les témoignages poignants des victimes, les vidéos de l'évènement, le thriller à rebondissements, le pas-de-côté artistique, le portrait politique, l'enquête minutieuse à la Spotlight) pour en faire une oeuvre totale, grand moment de cinéma.

La façon dont la réalisation rend sensible les risques courus par les journalistes est particulièrement impressionnante. Leur courage, leur ténacité et leur engagement emportent l'admiration. Le portrait du jeune politique intègre est également saisissant.

Un documentaire exemplaire, qui donne l'impression étonnante de voir le bien et le mal littéralement incarnés dans des personnes réelles.

 

3e

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Dune

Le roman de Franck Herbert est un roman d'initiation lent et poétique, doublé d'une fable politique. Or, le début du film de Villeneuve commence comme une parodie de Star Wars : ralentis, gros vaisseaux spatiaux, festival de pyrotechnie et costumes de carnaval. On craint donc le pire dans les premières minutes.

Heureusement, Dune prend rapidement un tournant plus introspectif et presque mystique, relativement fidèle au roman et servi par une direction artistique épurée et assez réussie. Les couleurs sombres, la sobriété des décors, la mise en scène élégante et le montage racé rendent le film agréable, même si la longueur - 2h47 - se fait tout de même sentir.

Tout n'est pas parfait. Le regard de caniche constipé qu'arbore Thimothée Chalamet ne correspond pas vraiment à l'image mentale que je me faisais de Paul Atréides (mais, allez-vous me dire, est-ce la bonne ?) et les visions ressemblent un peu trop à des pubs pour Shalimar. Mais globalement le résultat est tout à fait convenable, et respectueux du chef-d'oeuvre de Franck Herbert.

Un bon film de SF, même si j'ai nettement préféré du Canadien le magnifique Premier contact.

Denis Villeneuve sur Christoblog : Incendies - 2010 (***) / Prisoners - 2013 (**) / Sicario - 2015 (***) / Premier contact - 2016 (****) / Blade runner 2049 - 2017 (*)

 

2e

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BAC Nord

Le problème de Bac Nord ne réside pas dans la polémique qui a accompagné sa sortie. Après tout, le tableau qu'il dresse des quartiers Nord de Marseille n'est qu'une toile de fond, dont on se doute bien qu'elle est à la fois représentative d'une certaine réalité et probablement caricaturale.

Non, le problème de Bac Nord réside dans l'incurie de son scénario, le manque de caractérisation de ses personnages, la maladresse de sa construction et le mauvais goût intrinsèque qui semble présider à tout ce que l'on voit à l'écran : comment peut on oser choisir comme musique Le pénitencier (même dans sa version originale) pour une scène de sortie de prison ? 

Gilles Lellouche n'est pas pour rien dans la faillite du film. Il joue comme une enclume le rôle d'un policier tellement bête qu'on n'arrive jamais à avoir de l'empathie pour lui et ses collègues. Les scènes d'action ne sont que correctes et ne parviennent pas à faire surnager le film : en matière de western urbain le film danois Shorta, sorti l'année dernière, est bien meilleur.

C'est donc raté de bout en bout.

 

1e

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L'origine du monde

L'origine du monde est une comédie qui n'est pas très drôle, construite sur un pitch qui se veut à la fois transgressif et bizarre (attention, spoil à suivre) : pour faire rebattre son coeur, Jean-Louis doit donner une photo du sexe de sa mère à une guérisseuse.

Toutes les péripéties qu'on voit à l'écran ne sont que des saynètes qui progressent lourdement vers le but ultime que j'ai énoncé en introduction.

Le film est globalement indigeste dans son intention et pataud dans sa réalisation, alternant maladroitement des styles différents, de l'introspection inquiète (les scènes d'introduction et leurs gros plans signifiants) au burlesque débridé (les acteurs qui se déshabillent), sans que l'amalgame ne prenne jamais vraiment.

Si l'ensemble ne tient que moyennement la route, il subsiste tout de même ici où là quelques éclairs drôles et une curiosité : voir pour une fois Vincent Macaigne en autre chose qu'en bobo barbu aux yeux de cocker. Quant à Laurent Lafitte, j'espère qu'il est dans la vie moins hautain et désagréable que son personnage : sa prestation le soir de l'avant-première à l'UGC de Lille permet d'en douter.

 

2e

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First cow

Je ne suis pas un grand fan de Kelly Reichardt, pourtant portée aux nues par une partie importante de la critique, alors que par ailleurs, aucun grand festival ne l’a à ce jour récompensée.

Son cinéma atone, volontairement débarrassé de tout ce qui pourrait le rendre «agréable», ne me touche généralement pas. Je ne suis sensible ni aux longs plans dans lesquels rien ne se passe, ni au silence lancinant, ni à l'absence totale de musique extra-diégétique, ni à l’image perpétuellement grisâtre, ni aux scénarios erratiques et lymphatiques.

Ceci étant dit, First cow, qui n’est pas sorti en salle en France et est visible sur la plateforme Mubi, est probablement ce que j’ai préféré de cette cinéaste. On y trouve un synopsis assez intéressant, des scènes (presque) spectaculaires, et enfin, une véritable émotion. First cow parvient à nous donner le sentiment d’une immersion totale dans un passé réel et non fantasmé.

Les acteurs sont très bons également, avec une mention spéciale pour le génial Toby Jones (échappé de la série Detectorists), dans un rôle de grand propriétaire infect. A voir si vous êtes fan, ou simplement curieux de découvrir le travail de cette cinéaste.

Kelly Reichardt sur Christoblog : La dernière piste - 2011 (**) / Certaines femmes - 2016 (**)

 

2e

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Les contes de la lune vague après la pluie

La mise en ligne par Arte de plusieurs films de Mizugochi m’a permis de revoir son chef d’œuvre, Les contes de la lune vague après la pluie.

Disons-le pour commencer, la mise en scène est sidérante de modernité et d’élégance. Les premières scènes sont à ce titre exemplaires : travelling délié, variété des plans, montage alerte.

Le propos du film est également intemporel et parfaitement adapté à notre présent : ravages causés par la guerre, folie de l’ambition, violences faites aux femmes, distorsion de la réalité, irruption du fantastique dans une trame qui jusque-là était très réaliste.

Il y a enfin dans le film une cruauté sèche qui ne déparerait pas dans le cinéma contemporain, si ce n’est qu’ici les scènes violentes ne font pas l’objet d’une exposition frontale (on coupe les têtes légèrement hors champ, les viols ne sont qu’évoqués et les lances ne percent pas vraiment les corps).

Le film est enfin plastiquement très beau. La photographie est splendide et ménage quelques scènes d’anthologie, comme celle où on glisse dans la continuité du bain dans la source chaude à l’arbre en fleur. Le travail sur la musique est aussi très important, mêlant musique traditionnelle japonaise (lancinante, il faut le dire) et musique occidentale (qui peut parfois rappeler celle des westerns de la même époque).

Un film remarquable qui peut éventuellement rebuter ou interloquer par son formalisme parfois un peu compassé, particulièrement sensible dans le jeu des acteurs. A revoir.

 

3e

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Serre-moi fort

Comme souvent chez Amalric, on ne comprend d'abord rien à ce qu'on voit.

Si on ne connait pas le synopsis du film, ce qui était mon cas, il faut attendre une petite heure pour commencer à saisir de quoi il est question. Amalric malaxe dans son creuset poétique sons, images, temporalités, vivants et morts, souvenirs et rêves. C'est le plus souvent exaspérant, et parfois beau.

De cette sophistication inutile, on ne retient au final pas grand-chose, si ce n'est quelques éclairs lancés à travers le jeu de Vicky Krieps, malheureusement un peu bridée dans un rôle dans lequel elle ne peut pas faire grand-chose d'autre que la "veuve éplorée qui rêvasse en triant les photos". Quand les acteurs peuvent se lâcher un peu (la scène de la boîte de nuit et quelques autres), Serre-moi fort prend une toute autre dimension, moins doloriste et plus sensible. Ces moments sont malheureusement trop rares.

Beau, mais froid.

 

2e

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Une histoire d'amour et de désir

Une histoire d’amour et de désir prend le contre-pied des clichés habituels : les poètes de l’islam du XIIème siècle y chantent les plaisirs érotiques, les jeunes filles y sont débrouillardes et émancipées (Farah, la sœur) et la masculinité (Ahmed, son père) y est sclérosée, comme empêchée.

Ce procédé de rebrousse-poil systématique serait un peu facile s’il n’était servi par un couple d’acteur formidable. Le jeune Sami Outalbali parvient à la perfection à jouer l’introspection rêveuse et empruntée de son personnage, alors que sa partenaire, la pétillante et entreprenante Zbeida Belhajamor le bouscule avec une belle énergie. Son personnage de jeune tunisienne venant étudier en France peut certainement se lire comme un double de la réalisatrice, arrivée de Tunis pour intégrer la Femis.

La caméra de Leyla Bouzid filme cette jolie histoire sans grande originalité et avec quelques facilités, mais avec un sens très sûr de la progression dramatique : quelques scènes sont vraiment très réussies (la rencontre d’Ahmed et d’un de ses amis traditionalistes, le repas de Noël).

Le premier film de Leyla Bouzid (A peine j’ouvre les yeux) était sympathique. Le second, attendrissant et intéressant, est encore meilleur.

Leyla Bouzid sur Christoblog : A peine j'ouvre les yeux - 2015 (**)

 

3e

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La loi de Téhéran

Le film de Saeed Roustayi mérite-t-il son excellente réputation et l'accueil chaleureux de la critique dont il fait l'objet ?

La réponse est oui, mille fois oui. Tout est en effet admirable dans La loi de Téhéran : le rythme effréné du début (la première course poursuite est époustouflante), la richesse des interactions entre les différents personnages, le glissement progressif vers le point de vue du criminel et le caractère extrêmement spectaculaire de sa mise en scène.

Ce film, nouveau témoin de l'extraordinaire vitalité du cinéma iranien, n'est pas seulement un polar ultra-efficace, c'est aussi un formidable thriller psychologique (je n'ai pu m'empêcher de penser au cinéma de Farhadi durant toute la seconde partie), un tableau saisissant de la société iranienne, et un drame poignant en ce qui concerne les dernières scènes. Les acteurs sont excellents, et rarement une masse de figurants aura été aussi impressionnante.

A ne rater sous aucun prétexte.

 

4e

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France

France est sûrement un des films le plus abordable de Bruno Dumont : un scénario lisible, des péripéties, un propos caustique, des situations frappantes.

Il s'agit presque d'un film "normal". Presque, parce qu'il a tout de même une particularité notable, celle d'assembler plusieurs styles dans un ensemble bizarrement composite, ce qui explique probablement le mauvais accueil critique que le film a généré, beaucoup s'attendant à une ligne claire, que le film ne tient pas de façon continue.

France démarre par comme une satire au vitriol d'un certain style de journalisme, parodié de façon outrancière, notamment par le personnage d'assistante too much jouée par une Blanche Gardin en pleine forme. Il peut même virer au burlesque surréaliste (la scène de conférence de presse avec Emmanuel Macron, la rencontre chantée dans la neige, le capitaliste qui annonce tranquillement qu'il s'agit de devenir pauvre).

En cours de route, Dumont fait bifurquer son film vers un autre point de vue : la journaliste haïssable est elle-même sujette à état d'âmes, et passera du côté des victimes suite à une machination, avant une scène de quasi-rédemption sur les terres du cinéaste, dans le Boulonnais. Déroutant pour ceux qui s'attendaient à un dégommage au bazooka sur la durée...

Comme si cela ne suffisait pas, France est aussi un exercice de style formel (la magnifique scène de l'accident, absolument étonnante dans le cinéma de Dumont, les regards caméra) et une friandise baroque  en terme de direction artistique (l'intérieur de l'appartement, la garde robe de la journaliste, les superbes extérieurs).

Difficile donc de s'y retrouver, sauf à considérer, comme moi, que la dernière oeuvre du nordiste est avant tout un beau et sensible portrait de femme, saisie dans ses contradictions, et magnifiquement jouée par une Léa Seydoux parfois très enlaidie, dont le jeu distancié fait ici merveille. Je pense qu'il s'agit ici de son meilleur rôle.

 

3e

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