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Christoblog

Vice Versa

La nouvelle production Pixar est un honnête divertissement. 

Il faut reconnaître au film l'originalité épatante de son pitch : personnifier cinq émotions primaires dans le cerveau d'une pré-ado et développer un scénario qui se déroule dans la psychologie de l'enfant.

Pete Docter exploite son idée et développe tranquillement tous les chemins de traverses les plus évidents, corollaires à son idée de départ : le domaine abstraction consiste à rendre les formes de plus en plus abstraites, l'inconscient est inquiétant, les souvenirs sont nettoyés à l'aspirateur avant de rejoindre le néant, l'usine à rêve est un studio de cinéma...

Tout cela est très agréable et très "propre sur lui". On aurait peut-être souhaité avoir plus de poésie délirante ou inquiétante, à l'image de l'ami imaginaire très Lewis Caroll ou de cet air de publicité qui arrive à l'improviste. 

Si le film ménage quelques beaux moments d'émotions, notamment par le biais du très beau personnage de Tristesse, il ne me paraît pas être le chef-d'oeuvre aveuglément acclamé de toute part.

 

 3e

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Les mille et une nuits - L'inquiet

A ceux qui se demanderaient comment être snob aujourd'hui, on conseillera de dire du bien de Miguel Gomes (en ayant vu, ou pas, ses films, peu importe).

Par exemple : "l'élan créatif de Miguel Gomes (pour plus d'effet, prononcer Miguel Gom'ch) s'éloigne du naturalisme social bien-pensant pour aboutir à un film-monde d'une infinie poésie" ou "l'hétérogénéité du matériau filmique renforce les correspondances baudelairiennes de l'oeuvre, qui en devient saisissante" ou "c'est par le truchement de ses changements de tonalité que ce film monstre atteint son but : parler de politique poètiquement" ou "le film de Gom'ch est à La loi du marché ce que la Divine comédie est au Code de la sécurité sociale". 

Au spectateur qui ne connait pas le projet initial de l'auteur (porter à l'écran sous forme d'histoires des faits divers portugais scrutés au jour le jour sur une longue période), l'oeuvre paraîtra pourtant bien absconse. On ne comprend en effet pas grand-chose à ce qu'on voit, et si le film peut être ébouriffant par moment, l'assemblage global est un foutu bric à brac, à la fois original et un peu factice.

A l'image sale et documentaire du début succède ainsi l'image hyper-léchée d'un épisode dont je n'ai absolument pas saisi le sens (l'Ile des vierges), puis le burlesque plaisant des "Hommes qui bandent". C'est parfois trop long (le coq), parfois très émouvant (les trois témoignages en plan fixe), parfois totalement insipide (le bain).

On appréciera le film à condition d'aimer un cinéma conceptuel (je veux dire rempli de plans dont on ne comprendra jamais ce qu'ils font là), très peu sensitif, mais stimulant intellectuellement.

Miguel Gomes sur Christoblog : La gueule que tu mérites (*) / Tabou (***)

 

2e  

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Valley of love

Impossible de regarder Depardieu sans voir l'histrion bouffonique pro-Poutine, anarchiste de droite et bonbonne vivante.

Toujours est-il, quoiqu'on pense du bonhomme, que le personnage qu'il joue dans le film de Guillaume Nicloux est diablement émouvant : patient, rationnel et bienveillant. Isabelle Huppert est elle planante, subtile et craquelée.

Leur rencontre, dans des décors qui sont prodigieusement suggestifs, est tout à fait surprenante. Quels paysages ! S'il y a un endroit où le doigt de Dieu peut se matérialiser, c'est bien la Vallée de la Mort. On ne s'attend à rien de ce qui nous est proposé, et c'est bien l'intérêt du film : ce que construit Guillaume Nicloux est une rêverie épurée qui fonctionne très bien.

Le montage est alerte, il y a une sorte de magie qui transpire du film, une volonté de croire de façon "rationnelle" à l'incroyable, sans scepticisme idiot. Les dialogues sont superbement écrits, les lettres sont merveilleuses, le ton du film est incroyablement juste. On a envie d'y croire.

Le fantastique est nulle part, mais les signes étranges sont partout : tête de chien, jeune fille sur le court de tennis, nains. 

Quand Depardieu s'exclame "Bien sûr qu'on est responsables...", l'histoire du personnage entre irrésistiblement en phase avec l'histoire de l'acteur (et de son fils, ... Guillaume), et le film apparaît alors pour ce qu'il est : un documentaire sur l'acteur.

Valley of love vaut finalement par ce qu'on pouvait en craindre : il est d'un parfait bon goût, alors qu'on attendait le pire.

 

 3e

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L'ombre des femmes

Comment peut-on être amoureux d'un trou du cul inexpressif comme celui qu'incarne (le mot est fort)  Stanislas Mehrar ?

Là git véritablement la clé du dernier film de Philippe Garrel. Parce que, admet-on le, si l'hypothèse de séduction du bellâtre blond ne fonctionne pas, le film tombe par terre. Personnellement, je serais à la place de Clotilde Courau, je partirais vite fait et je ne reviendrais jamais. 

Mais bon, je m'éloigne probablement du film dont on peut dire qu'il est à l'amour ce que les match exhibitions sont au tennis : ça y ressemble et ça brille, mais on ne croit pas à l'engagement total des protagonistes.

La faute probablement à cette diction éculée, cette voix off très rohmérienne de fiston Garrel, à ces ambiances de losers germano-pratins. Tout cela est bref, pas trop moche à regarder, d'une superficialité inoffensive, et d'un intérêt limité.

 

3e

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Mustang

Quel plaisir !

Un film de femme, avec des filles, et qui plaira à tous. Enfin un film drôle, triste et puissant, qui parle sans tabou de patriarcat à la noix, et de liberté émancipatrice.

J'ai adoré, en dépit de certains bémols (et zut, je n'ai même pas envie de les citer), ce film admirable qui marque aussi bien la rétine que le cervelet.

Le tourbillon de vie de ces jeunes filles écrabouille tous les obstacles (même si, en vrai, ce n'est pas le cas). On voudrait que rien ne puisse arrêter cette force de vivre, cette furie solaire et égotiste. Quelle rigolade que ce match de foot, ce pétage de plomb généralisé (au sens propre pour ce qui concerne les fusibles de la maison), quelle beauté ouverte sur l'outre-monde que ce décor de mer Noire !

Le film huhule une sorte de chant funèbre dans sa deuxième partie, célébrant les noces de l'inconciliable et de la désespérance, mais je préfère retenir du maelstrom d'émotions que constitue Mustang cet incroyable force de vie qui bouscule l'hypocrisie salace des connards en tout genre.

Vives les filles, vive les femmes.

 

4e  

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Trois souvenirs de ma jeunesse

Il y a de plus en plus un air de Truffaut dans le cinéma de Desplechin. 

Je ne parle pas seulement de ce qui a été si souvent signalé : l'identification entre Desplechin / son personnage récurrent Paul Dedalus / son alter ego Mathieu Amalric, qui ressemble par bien des aspects au trio Truffaut / Antoine Doinel / Jean Pierre Léaud.

Je veux plutôt évoquer cette façon de faire du cinéma qui m'apparaissait souvent chez Truffaut comme anti-moderne. Alors que bien des cinéastes expérimentaient des formes plastiques radicalement modernes, Truffaut filmait tranquillement des histoires à l'ancienne, alternant simplement les sujets et les styles. 

Desplechin fait la même chose : après un épisode américain sur un sujet très spécifique (Jimmy P.), le voici de retour dans un genre qui lui colle à la peau, le drame romantique au long cours. Il y a dans Trois souvenirs de la jeunesse des afféteries passéistes qui se moquent de la modernité en souhaitant probablement nous replonger dans l'époque (ce split screen 70's, ces fermetures et ouvertures à l'iris entre les plans).

Et puis, Desplechin comme Truffaut, s'avèrent être avant tout des cinéastes de l'Amour. Si le premier et le deuxième souvenirs de ce film sont agréables à regarder (mais somme toute anecdotiques), c'est bien dans le troisième et long volet que Desplechin trouve à exprimer son souffle dramatique et romantique. 

Il faut le dire : le personnage joué par Lou Roy Lecollinet est un magnifique personnage de cinéma. D'abord sirène hyper sexuée dominant une tribu de petits cons qui paraissent avoir 10 ans de moins qu'elle, elle devient progressiment une amoureuse transie, puis une provinciale délaissée par un jeune homme qui fait son chemin intellectuellement. Ce n'est d'ailleurs pas le moindre mérite du film de donner à voir le temps qui passe, les trahisons, déceptions et tromperies qui y sont associées.

Le film de Desplechin est comme une sorte de point médian dans le cinéma français actuel : l'égocentrisme d'Assayas, un substrat générationnel qui rappelle Klapisch, et l'ombre tutélaire de Truffaut qui plane.

C'est très réussi, à défaut d'être absolument génial.

Arnaud Desplechin sur Christoblog :  Un conte de Noël (****) / Jimmy P. (**) 

 

3e

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La loi du marché

On n'a jamais montré la vie (dans sa réalité administrative) comme cela.

Si le débat se focalise sur les scènes dans le supermarché ou à Pôle Emploi (suite à l'ignominieuse déclaration de Laurence Parisot notamment), je préfére insister dans cet article sur tout ce que le film montre d'autre : une vraie vie qui n'est JAMAIS évoquée au cinéma.

De ce point de vue, le film de Stéphane Brizé est d'une radicalité absolue. Je ne connais pas de films de fiction qui s'attache à montrer avec une telle acuité des scènes de la vie quotidienne en dehors de toute contextualisation dramatique. Parmi ces nombreux à-cotés, un des plus remarquable est le rendez-vous avec la personne de la banque qui propose une assurance vie. Il y a dans cette scène sur le fil une tension délicate qui est absolument remarquable. Cette tension repose sur un postulat que le film manipule souvent : l'employée de banque fait correctement son boulot (d'un point de vue rationnel sa proposition est tout à fait fondée, car la situation de la famille de Thierry serait à l'évidence catastrophique si un accident arrivait à ce dernier), mais le personnage principal le reçoit comme un coup de poing. 

Parmi les autre scènes emblématiques de ce film exceptionnel figure celle de la vente du bungalow : Qui a tort ? Qui a raison ? Quel est le bon prix de vente ? Pourquoi Thierry considère-t-il que son interlocuteur est malhonnête alors que la négociation s'effectue sur une base d'égalité ?  

Tout au long du film, on cherchera en vain un coupable, un "méchant". Chacun a ses arguments, qui ne sont pas idéologiques mais souvent de bon sens. Chacun essaye de faire au mieux, dans le contexte qui lui est donné. Le patron de supermarché ou le RRH ne sont pas inhumains, ils ne sont pas machiavéliques, tout comme le recruteur sur Skype (franchement honnête), le directeur d'école, les collègues syndicalistes.

La conjonction de cet a priori non-négatif et des partis-pris osés de Brizé (l'endroit où regarde la caméra est un miracle tout au long du film) donne au film sa tonalité si particulière qui mélange dignité humaine, pugnacité morale et épiphanie du quotidien.

 

4e  

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