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Christoblog

Articles avec #j'aime

Babylon

Babylon est comme un frigo rempli à ras bord.

Il ne faut donc pas chercher un repas équilibré ou délicat quand on va voir le dernier film de Damien Chazelle, mais plutôt un déversoir non maîtrisé de plats succulents, d'ingrédients plus ou moins frais, et enfin d'expérimentations culinaires osées.

Parmi ce que le film propose de meilleur, on peut citer la première heure du film (un tournage apocalyptique suivi d'une orgie chez un mogul) qui est à la fois folle par son ampleur délirante et son rythme échevelé, mais aussi utile à l'intrigue en nous présentant in situ les six personnages principaux.

Parmi les ingrédients tirés du bacs à légumes, il y a de tout : une excursion - un peu gratuite car peu reliée au reste du film - dans un souterrain lynchien qui sent un peu le fruit trop mûr, des tics récurrents que Chazelle devrait mettre à la poubelle (les gros plans sur les pavillons de trompette), les épices éparpillées au petit bonheur la chance (et hop un peu de Chantons sous la pluie, et zou du vomi façon Ruben Östlund). 

Au rayon des expérimentations ratées, je mettrais en avant le catastrophique dernier quart d'heure du film, mash-up horriblement prétentieux mélangeant images de chefs-d'oeuvre du septième art (Godard, sors de ce corps) et immonde image WTF d'encres colorées se délayant dans ... un grand vide conceptuel.

Dans ce gloubi-boulga on peine à trouver du sens : s'il est indubitable qu'on parle ici du passage du muet au parlant, on cherchera en vain une profondeur psychologique à l'évolution des personnage, une émotion dans les relations les liant les uns aux autres ou un approfondissement de thématiques qui l'auraient pourtant mérité (le temps qui passe, la place des Noirs dans les débuts du cinéma, les évolutions technologiques et économique d'Hollywood, l'amour contrarié, l'instabilité psychologique).

Le miracle de Babylon est qu'on ne s'y ennuie pas vraiment : la boulimie de cinéma et de musique qu'il illustre séduit autant qu'il horripile, voire un peu plus en ce qui me concerne.

 Damien Chazelle sur Christoblog : Whiplash - 2013 (****) / La la land - 2016 (****) / First man - 2018 (**) / The Eddy - 2020 (**)

 

 

2e

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Love & mercy

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le réalisateur de ce film, Bill Polhad, sort de nulle part : pas de bio dans Allociné, quelques lignes sur Wikipedia en anglais, et pas d'autres films au compteur.

La qualité de Love & mercy en est d'autant plus remarquable. Ce biopic subjectif de Brian Wilson, chanteur et âme des Beach boys, est en effet formidable.

Le découpage du film est d'abord très original : il alterne du début à la fin deux périodes temporelles, dans lesquelles Brian Wilson est joué par deux acteurs différents, tous deux excellents, Paul Dano (pour Wilson jeune) et John Cusack (pour Wilson plus âgé).

D'abord troublant, ce procédé, que je ne me souviens pas avoir vu dans un autre film, se révèle être captivant. Dano incarne un génie en pleine action, en partie incompris, dont la puissance créatrice semble sans limite. Cusak, dans un registre très différent, joue à la perfection la dépendance aux médicaments et donne à voir un phénomène d'emprise glaçant. Les deux parties, pourtant dissemblables, semblent entretenir un dialogue durant tout le film. 

Les personnages secondaires sont eux aussi formidables : Elizabeth Banks rayonne en femme solide et pugnace, Paul Giamatti fascine en psychologue malfaisant. La direction artistique est brillante et la mise en scène très solide.

Un biopic haut de gamme, passionnant et émouvant.

 

3e

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Retour à Séoul

Davy Chou confirme avec ce très beau film son incroyable talent.

L'histoire qu'il nous raconte ici est captivante : Freddie, une jeune Française d'origine coréenne, se retrouve presque par hasard en Corée du Sud pour la première fois de sa vie. Son voyage va se transformer, à l'insu de son plein gré, en une odyssée qui va transformer sa vie. 

Retour à Séoul est découpé en plusieurs parties, toutes assez différentes et qui donne à sentir, de façon captivante et puissante, l'écoulement du temps. L'autre grand atout du film, c'est l'actrice Park Ji-Min : coupante comme un diamant et émotionnellement déficiente, elle irradie le film de son charme douloureux, semblant chercher tout au long du film quelque chose d'insaisissable, à grand renfort d'alcool, de sexe et de danse.

L'émotion n'est jamais loin (le retour de mail sans destinataire par exemple) et la mise en scène est très agréable : un des tout meilleur film de ce début d'année.

Davy Chou sur Christoblog : Diamond Island - 2016 (****)

 

3e

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A couteaux tirés

Les nombreuses critiques positives à propos de ce film parlent souvent de formidable Cluedo géant.

Cette approche est très réductrice car A couteaux tirés est bien plus qu'un whodunit efficace : on identifie d'ailleurs assez rapidement les raisons de la mort de la victime. 

Ce qui fait le sel du film est à mon avis ailleurs. Rian Johnson propose d'abord un formidable jeu de massacre, dans lequel toute une famille richissime et cynique se fait dézinguer méthodiquement au profit d'une jeune fille dont la mère est sans-papier. Le sous-texte politique n'est pas d'une finesse extrême, mais il est réjouissant. 

Dans cet exercice d'horlogerie redoutablement rythmé (un rebondissement survient en gros toutes les 15 minutes), il faut également distinguer la prestation incroyable de Daniel Craig, qui campe un personnage dont on ne sait pas s'il est terriblement bête ou diablement perspicace (ou les deux). Son accent, ses mimiques, ses variations de ton sont superbes. Ana de Armas confirme son potentiel, et le reste du casting est brillant.

Un divertissement de très haute qualité.

Rian Johnson sur Christoblog : Looper - 2012 (**) / Star wars - Les derniers Jedis - 2017 (**)

 

3e

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Le journal de Bridget Jones

Ce n'est certainement pas son intrigue éculée, basée sur les pires poncifs de la comédie romantique, qui fait l'intérêt du Journal de Bridget Jones, mais  plutôt le personnage de Bridget lui-même, jouée par l'incroyable Renée Zellweger.

Bridget ne répond en effet pas vraiment aux canons de beauté hollywoodien : légèrement enveloppée, pataude, et pas aussi directement aguichante qu'une Scarlett Johansson. Bridget a quelques kilos en trop, mais aussi une inaptitude à se comporter normalement en société, ce qui génère plusieurs scènes désopilantes.

Le film a ceci de sympathique qu'il n'offre pas la possibilité à Bridget de s'améliorer, contrairement à ce qu'on aurait pu imaginer : elle restera aussi gaffeuse et maladroite du début jusqu'à la fin.

Ajoutons à cela que la réalisatrice Sharon Maguire, qui reviendra aux manettes 15 ans plus tard pour Bridget Jones baby, parvient à insuffler un dynamisme et une vivacité qui ne faiblit pas tout au long du film : on prend donc un réel plaisir à regarder ce qui constitue un joli portrait de jeune femme et un réjouissant divertissement, typiquement british.  

 

2e

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Nostalgia

Un homme revient à Naples, 40 ans après son départ, pour accompagner sa mère dans ses derniers jours. Un de ses amis d'enfance, avec qui il partage de douloureux souvenirs, est devenu parrain de la mafia.

Ce sujet, développé par le réalisateur Mario Martone, peu connu hors d'Italie, est l'occasion pour l'immense acteur Pierfrancesco Favino (Le traître) de nous donner à voir une prestation magistrale. Il porte le film sur ses épaules, déambulant le regard vague dans une Naples magnifiquement filmée, familière et exotique.

L'intrigue se résume à peu de choses (les deux amis d'enfance se reverront-ils ?) et les péripéties sont proches du néant. On prend pourtant beaucoup de plaisir à découvrir la vie de quartier, les efforts d'un prêtre valeureux pour combattre l'influence la pieuvre et une galerie de personnage assez pittoresque.

Le film porte bien son nom : il ne vaut finalement que pour ce sentiment dont il parvient à imprégner le cerveau du spectateur, pour peu que ce dernier soit dans de bonnes dispositions, ce qui a été mon cas.

 

3e

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L'envol

Tout est étrange dans ce curieux mélange des genres qu'est le nouveau film de Pietro Marcello. 

L'envol commence avec des images d'archives au très gros grain (vraies ou fausses ?), avant de devenir une chronique rurale naturaliste dans un paysage magnifique.

J'ai alors pensé que la trogne incroyable de l'acteur Raphaël Thierry allait être l'enjeu principal de l'histoire, quand tout à coup le film fait s'écouler le temps à toute vitesse et devient une sorte de fantaisie poétique qui ne ressemble à rien de connu.

Dans ce deuxième ou troisième film dans le film, la jeune actrice Juliette Jouan crève l'écran. L'envol s'envole vraiment, mêlant film d'animation et chansons à la Demy, figure légère d'aventurier (Louis Garrel, parfait en pilote d'aéronef) et voiles rouges battant au vent.

Le film est un bric-à-brac assez passionnant, polymorphe par son esthétique (tantôt l'image est très soignée, tantôt elle a l'apparence d'un Polaroïd) et insaisissable sur le fond.

Une belle découverte, qui me réconcilie avec le réalisateur italien, dont je n'avais pas aimé du tout Martin Eden.

Pietro Marcello sur Christoblog : Martin Eden - 2019 (*)

 

3e

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Les Cyclades

Je n'attendais pas grand-chose de cette comédie, qui semblait gentillette sur le papier.

J'ai donc été agréablement surpris par la qualité globale du nouveau film de Marc Fitoussi, qui allie un script malin à une interprétation tout en finesse de ses trois actrices principales, toutes parfaites.

Les Cyclades est un bon exemple de comédie de caractères, qui n'est plus un genre très en vogue dans le cinéma français : les effets comiques résultent plus de l'opposition totale des personnalités de Magalie et Blandine que de l'intrigue, anecdotique. C'est donc une sorte de résurrection au féminin des films de Francis Veber (La chèvre, Les compères, Les fugitifs, L'emmerdeur) que propose Les Cyclades.

Si on rit de bon coeur aux frasques de notre duo si mal assorti, on est aussi curieusement ému par la rencontre de ces deux femmes, finalement en détresse l'une comme l'autre. Le temps qui passe, qui use les corps et ferment progressivement les possibilités, est un véritable personnage dans le film : il donne lieu à de très jolies scènes, comme celle par exemple dans laquelle les deux femmes sont remplacées par leur version adolescente.

La dernière qualité du film est la façon dont le décor naturel des Cyclades est filmé. Les paysages ne sont pas simplement beaux, ils sont signifiants : austères quand l'action le nécessite, séduisants quand l'atmosphère est à la fête, favorisant la méditation dans la partie finale.

Un excellent spectacle de divertissement, tout à fait estimable.

Marc Fitoussi sur Christoblog : Maman a tort - 2016 (***)

 

3e

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Venez voir

Comme dans l'un des films précédents de Jonas Trueba, le remarquable Eva en août, il ne se passe presque rien dans Venez voir.

On suit deux couples de trentenaires, d'abord lors d'une soirée dans un bar, puis lors d'une visite de l'un chez l'autre, quelque part dans la campagne près de Madrid.

La caméra s'attarde longuement sur les visages, baignés d'une lumière qu'on dirait irréelle, alors que les personnages ne font rien de spectaculaire (écouter un pianiste les yeux dans le vague, enfiler une paire de chaussettes plus chaudes, faire pipi dans la nature).

Certains, devant la pauvreté narrative du film et sa brièveté presqu'exagérée  (1h04), trouveront probablement qu'on frôle ici l'arnaque conceptuelle d'un cinéma bobo-intello, précieux et vain. D'autres, dont je fais partie, trouveront remarquable ce néant lumineux, captivés par la grâce de la mise en scène et de la direction d'acteurs.

Peu de cinéastes sont capables de faire surgir autant de subtilités de conversations banales : on pense  évidemment à Rohmer, mais peut-être encore plus à Hong Sang-Soo.

Jonas Trueba sur Christoblog : Eva en août - 2020 (***)

 

2e

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L'immensità

Pas grand-chose à redire à ce nouveau film d'Emmanuel Crialese.

Le tableau des années 70 en Italie est très réussi, on s'y croirait. L'histoire du petit garçon né dans un corps de fille est d'une grande sensibilité. Il est d'autant plus touchant qu'on comprend qu'il s'agit de l'histoire intime du réalisateur lui-même.

Penelope Cruz livre une partition une nouvelle fois exceptionnelle en tout point : exubérante et joyeuse, dépressive, aimante, rêveuse, obsédée. L'actrice espagnole parvient à jouer les troubles mentaux avec une force et une ambiguïté qui cloue le spectateur dans son siège, et qui sème le doute sur le véritable sujet du film : introspection historique, tableau de famille, itinéraire trans ou sublime portrait de femme ?

Et pourtant, malgré ses qualités, L'immensità n'arrive jamais à vraiment décoller, pour quitter la catégorie des bons films et accéder à celle des très bons films. Ses quelques longueurs, ses petites maladresses narratives, sa légère naïveté, sa volonté d'aborder beaucoup de sujets différents : tout cela rend le film un petit peu bancal. 

 

2e

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Tirailleurs

Tirailleurs est construit sur une double bonne idée : mettre en scène l'incorporation d'Africains dans l'armée française pendant la première guerre mondiale d'une part, et dresser le tableau d'un conflit père / fils plutôt intéressant d'autre part (le fils cherchant le risque, le père voulant l'en protéger).

Ses deux idées menées de front donnent un début de film plaisant. La reconstitution historique est plutôt agréable (peut-être un peu trop "jolie", comme dans le 1917 de Sam Mendes) et il est très intéressant de découvrir la façon dont les Africains se comportent entre eux sur la ligne de front.

Le film se laisse donc tout à fait regarder durant toute sa première partie. Il devient ensuite malheureusement de plus en plus convenu, jusqu'à un final d'une lourdeur que le propos liminaire ne laissait pas deviner, comme si l'aspect compassionnel du film le condamnait à devenir gnan-gnan et à se terminer dans un conformisme bon teint digne d'un dimanche soir sur TF1.

Au final, je le conseille plutôt, car la modestie et la sincérité du propos l'emporte pour moi sur les maladresses.

 

2e

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Les survivants

Premier film de Guillaume Renusson, Les survivants est une sorte de western hivernal. D'un côté un groupe de trois locaux voulant chasser du réfugié et de l'autre, un veuf bougon qui se trouve par hasard à aider une migrante afghane.

Curieusement, le rôle de Denis Ménochet présente beaucoup de similitudes avec celui qu'il joue dans As bestas : même visage taciturne et imperturbable, même confrontation violente avec des locaux obtus, même immersion dans une nature plus hostile qu'accueillante, même difficulté à exprimer ses sentiments.

Par rapport à celui de Sorogoyen, le film de Renusson est bien plus sec et moins tarabiscoté. La fuite de ce couple de circonstance est filmée comme une épure, souvent haletante et parfois d'une brutalité crue, qui pourra rappeler le cinéma de Peckinpah.

Il faut reconnaître au réalisateur une grande qualité : ne pas ajouter de superflu à ce thriller neigeux qui n'en a pas besoin (pas de sentiments amoureux entre les deux protagonistes, pas de scènes d'émotions tire-larmes et une fin sèche comme un coup de trique).

On est curieux de voir ce que l'efficacité démontrée ici par Renusson donnera, appliquée à un script moins linéaire et plus complexe.

 

2e

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In viaggio

Drôle de film que ce documentaire uniquement constitué d'images d'archives officielles du Vatican, assemblées par le cinéaste italien Gianfranco Rosi.

Le travail de ce dernier vaut habituellement par les sublimes images qu'il tourne (Fuocoammare, Notturno).

On est donc forcément assez déçu de n'avoir ici que des images tournées par d'obscurs cameramans papaux, fussent-elles montées brillamment.

Ceci étant dit, le film présente deux intérêts : on prend conscience de l'aspect universel du métier de Pape (la planète semble ridiculement petite, enjambée par François avec une facilité déconcertante) et on découvre avec curiosité la personnalité attachante du souverain pontife.

L'amour que ce dernier reçoit, comme celui qu'il donne, irradient In viaggio et suscitent chez le spectateur un étonnement intrigué et ému. François apparaît ainsi plus comme une grande figure de gauche que comme un homme de foi (j'ai longtemps attendu qu'il prononce le mot Dieu dans ses discours).

A voir éventuellement, par curiosité.

Gianfranco Rosi sur Christoblog : Fuocoammare - 2016 (****) 

 

2e

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Joyland

Difficile de dire ce qui est le plus remarquable dans ce premier film de Saim Sadiq, qui a reçu le prix du Jury, section Un certain regard, au dernier festival de Cannes.

Le script est d'abord d'une grande qualité. Embrassant un nombre important de personnages sans en négliger aucun, l'histoire nous mène par le bout du nez, sans que l'on puisse jamais deviner quelle sera sa prochaine évolution. Dans ce registre, il n'y a que Leila et ses frères qui puisse cette année rivaliser avec Joyland.

Pour un premier film, la mise en scène est bluffante d'efficacité. Travail sur le son, cadrages osés, couleurs vives et lumières directes, lents mouvements de caméra, changements de ton assumés, gros plans, plan-séquence virtuose : le réalisateur pakistanais impose un style qui lui est propre, toujours au service de ce qui est raconté. Du grand art.

L'interprétation est enfin incroyablement convaincante. Du personnage principal (Ali Juheno) à la trans (Alina Khan) en passant par tous les personnages secondaires, la distribution brille par son homogénéité et son originalité : chaque personnage brille par une personnalité bien dessinée, à l'image de la femme de Haider.

Si on ajoute à toutes ses qualités intrinsèques l'intérêt du tableau que dessine Joyland de la société pakistanaise dans son ensemble, on tient vraiment là un des tous meilleurs films de l'année 2022.

Allez-y, vous passerez du sourire aux larmes, et de la curiosité à l'émerveillement. 

 

4e

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Les huit montagnes

De quoi Les huit montagnes est-il le film ?

Tout au long de ses (parfois longues) 2h et 27 minutes, chacun pourra proposer sa réponse. Certains y verront une fresque mollassonne exaltant des valeurs qu'ils considèrent comme gnangnan (l'amitié, la primauté de la montagne sur les villes).

Personnellement, j'y ai plutôt vu le portrait d'une génération qui cherche un sens à vie et ne le trouve pas, ne trouvant un repos de l'esprit qu'immergé dans la nature. Avec un sujet pareil, il ne faut évidemment pas s'attendre à des rebondissements perpétuels : il sera surtout question d'hésitations, d'erreurs, d'occasions manquées, d'amours avortés, de pères absents, et de temps qui passe (sur les visages, les décors, les maisons). Bref Les huit montagnes est peut-être le film du manque, ou du ratage.

D'une facture très classique, la production du couple Felix van Groeningen / Charlotte Vandermeersch ne ravira donc pas les esthètes en quête de nouveauté stylistique ou de scénario haletant, mais comblera les spectateurs souhaitant se laisser entraîner dans un long récit romanesque, se déroulant dans un cadre somptueux.

Je cherche dans ma mémoire, mais je crois bien n'avoir jamais vu la montagne aussi bien filmée au cinéma.

Felix Van Groeningen sur Christoblog : La merditude des choses - 2009 (***) / Alabama Monroe - 2012 (***) / Belgica - 2016 (**) / My beautiful boy - 2019 (*)

 

3e

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Fièvre méditerranéenne

Après son premier film très remarqué, Personal affairs, la réalisatrice israélienne Maha Haj revient avec un nouvel opus qui présente en gros les mêmes qualités : une grande subtilité dans la description des relations humaines et un scénario malin qui tient en haleine.

Nous suivons ici un Palestinien dépressif qui sympathise avec son voisin, escroc à la petite semaine. Leur rencontre possède tous les atouts du buddy movie traditionnel : couple mal assorti, caractères et backgrounds opposés, convergence momentanée d'intérêt.

Après une première partie amusante, on pourrait penser que le film n'est qu'anecdotique. Mais il nous entraîne dans sa deuxième partie vers une issue tragique et grinçante tout à fait insoupçonnée, et assez émouvante. Comme dans son premier film, la réalisatrice n'aborde pas frontalement les sujets politiques de son pays, mais les donne à sentir de façon indirecte.

La mise en scène est d'une grande beauté, et l'interprétation parfaite. Un des intérêts du film est aussi qu'il dessine un tableau saisissant de ce qu'est la dépression sous tous ses aspects : "J'hésite entre me servir une tasse de thé et me pendre" dit un des personnages, citant Tchékov. Rarement un film aura aussi bien réussi à faire ressentir le désarroi d'un dépressif.

Fièvre méditerranéenne est à découvrir, et à ne surtout pas rater pour les fans de cinéma israélien, ce qui est mon cas. 

 

2e

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Les bonnes étoiles

On sait la facilité avec laquelle Hirokazu Kore-Eda est capable de faire surgir émotions et sourires des situations les plus prosaïquement tristes et/ou violentes

En s'attaquant ici au phénomène des "baby box" qui permettent d'abandonner des bébés en Corée et au Japon, il joue donc sur du velours. Quête d'identité, interrogation sur ce qui fonde réellement les liens familiaux, amitiés, lutte entre bien et mal : autant de thèmes qui irriguent son oeuvre, de Tel père, tel fils à Une affaire de famille, et trouvent ici un parfait terrain d'expression.

L'originalité de ce nouvel opus réside dans le fait de tourner avec les deux superstars coréennes que sont Donna Bae et l'immense Song Kang-Ho, justement récompensé par le prix d'interprétation masculine à Cannes. La langue coréenne confère à ce road trip désabusé une aura un peu différente des autres films de Kore-Eda : un exotisme mélancolique et tranquillement désespéré.

La mise en scène est souveraine. Scènes d'intérieur, rues de Séoul sous la pluie, plans larges en extérieur et habitacle confiné de voitures, Kore-Eda sait tout filmer en captant la moindre émotion sur les visages de ses personnages.

Les bonnes étoiles est rondement mené pour notre plus grand plaisir jusqu'à une fin malheureusement un peu confuse. Pas un chef d'oeuvre, mais un très beau film.

Hirokazu Kore-Eda sur Christoblog : Nobody knows - 2003 (**) / Still walking - 2008 (***) / Air doll - 2009 (**) / I wish - 2012 (***) / Tel père tel fils - 2013 (***) / Notre petite soeur - 2014 (****) / Après la tempête - 2016 (***) / The third murder - 2017 (**) / Une affaire de famille - 2018 (****)

 

4e

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Fumer fait tousser

A part Hong Sang-Soo, je ne pense pas qu'il existe un cinéaste aussi prolifique en activité.

Voici donc le nouvel opus de Quentin Dupieux, quelques mois après le calamiteux et bâclé Incroyable mais vrai.

On est ici dans la veine où je trouve que Dupieux réussit le mieux : un absurde poétique et assumé, qui ne semble pas connaître de limites, comme dans Le daim et Mandibules. On se dit plus d'une fois "il ne va pas oser", avant de constater que... si ! Le film alterne avec bonheur trouvailles visuelles (l'épisode de la broyeuse avec Blanche Gardin), acrobaties scénaristiques, numéros d'acteurs et réparties qui font mouche (Vincent Lacoste est au top de sa forme). Le tout dans une plaisante esthétique rendant hommage à la pop culture du siècle dernier.

Les trois-quarts du film sont donc un délicieux petit bonbon modeste et coloré. Malheureusement, et c'est souvent le problème avec Dupieux, Fumer fait tousser ne tient pas la distance et la fin semble tourner en rond, échouant à renouveler l'intérêt et se terminant même en cul-de-sac narratif.

Un divertissement tout de même à conseiller aux fans de non-sens, ne serait-ce que pour son casting ahurissant, et sa durée récréative (1h20 seulement).

Quentin Dupieux sur Christoblog : Rubber - 2009 (*) / Wrong cops - 2013 (*) / Réalité - 2014 (**) / Le daim - 2019 (***) / Mandibules - 2020 (**) / Incroyable mais vrai - 2022 (*)

 

2e

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Annie Colère

Annie Colère raconte l'histoire du MLAC (Mouvement pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception) à travers la trajectoire d'Annie, jeune femme ayant d'abord recours à un avortement avant de devenir petit à petit intervenante au sein de ce mouvement.

D'une facture très classique, le nouveau film de Blandine Lenoir vaut surtout par l'interprétation, encore une fois exceptionnelle, de Laure Calamy, qui parvient à jouer une palette d'émotions incroyable tout en imposant une grande présence corporelle à l'écran. Son parcours d'émancipation douce est formidable à suivre.

Le film est à la fois didactique et émouvant : on y apprend des tas de chose sur les techniques d'avortement et le contexte historique qui précéda la loi Veil, tout en étant profondément touché par le combat de ces femmes.

SI le scénario est linéaire et parfois convenu, il a le mérite de mettre en évidence avec beaucoup de finesse la belle sororité qui réunit les femmes faisant partie du MLAC, issues de milieux très différents. Les scènes d'avortement en deviennent belles et émouvantes, sans aucune image choquante. Annie Colère se distingue ainsi très nettement d'autres grands films traitant du sujet (L'évènement ou 4 mois 3 semaines 2 jours).

Instructif et touchant.

 

3e

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La symphonie des arbres

Retour aujourd'hui sur un film sorti discrètement en 2021, que j'ai découvert lors du dernier Festival Le grand bivouac, à Albertville.

Ce documentaire norvégien suit un luthier italien, Gaspar Borchardt, qui rêve de fabriquer un violon d'aussi bonne qualité que les Stradivarius, et qui pense que pour cela il lui faut le bois d'un arbre très spécifique qui ne pousse que dans les Balkans.

La caméra de Hans Lukas Hansen suit Gaspar avec attention et attendrissement sur une période de six ans. On le suit donc dans son improbable recherche, en particulier lors de différents voyages en Bosnie. 

Le contraste entre le caractère lunaire et délicat du luthier opiniâtre et la rudesse de la population locale confère au film une irrésistible drôlerie, mâtinée de mélancolie. Gaspar n'est plus très jeune, et ce défi un peu irréel est peut-être une façon pour lui de tirer un bilan de sa vie.

Parviendra-t-il à trouver l'arbre magique et à offrir le violon de ses rêves à la jolie soliste néerlandaise à qui il l'a promis ? Impossible de vous le dire, tant l'intérêt de ce joli film documentaire à la limite de la fiction réside dans le suspense lancinant qu'il propose. 

Réalisation impeccable et image d'une grande qualité pour ce quasi-thriller, d'une grande originalité.

 

3e

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