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Ava

Tout ce qui est noir attire Ava. Un chien errant, les cheveux d'un beau gitan, l'intérieur d'un blockhaus, une cécité annoncée. 

Ava va être aveugle, mais elle semble s'en moquer : elle veut vivre, et dire la vérité. Sa franchise va donc parfois sembler cruelle, son comportement bien peu raisonnable et très égocentrique : Ava obtient ce qu'elle veut, elle dérobe ce qu'elle désire.

Par une sombre alchimie, Ava, promise à ne plus voir, nous donne une leçon de clairvoyance solaire. Il faut jouir et il faut danser : cette scène incroyablement osée où un personnage danse sur une musique extra-diégétique qu'il n'entend pas - et en plus il s'agit d'un morceau d'Amadou et Mariam, musiciens aveugles !

La mise en scène de Léa Mysius, même si elle comprend parfois quelques maladresses, fait souffler dans le film un vent de liberté ennivrant : rêves bizarroïdes et effets spéciaux très voyants, direction d'acteur sur le fil et frénésie gitane.

Ava s'impose comme un nouveau "premier film français qui révèle une jeune réalisatrice", après Grave et avant Jeune femme. On a envie que ce cela ne s'arrête jamais.

 

3e

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Nothingwood

Je suis prêt à parier que vous ne connaissez pas Salim Shaheen.

Il vous faut donc aller voir ce petit bijou documentaire découvert à la Quinzaine des Réalisateurs 2017. Salim est une gloire du cinéma afghan : sorte de mogul d'un cinéma de série Z, inspiré par Bollywood, mais tourné avec deux accessoires et beaucoup de bonne volonté (d'où le titre).

La réalisatrice Sonia Kronlund nous intrigue, nous émeut et nous amuse. L'enthousiasme de Salim Shaheen est à la fois risible et admirable : ce qu'il fait est en matière de cinéma en-dessous des minima de toutes les normes esthétiques connues chez nous, mais l'émotion qui nous étreint au vu de sa volonté farouche de tourner est à l'inverse supérieure à ce que la plupart des films peuvent nous procurer. Que Salim soit à la fois colérique, éruptif, démagogue, cabotin et caractériel ajoute au plaisir qu'on éprouve à le regarder travailler.

A travers ses portraits sobrement esquissés, ses coup d'oeil donnés dans l'intimité de la société afghane, son aspect de road movie improvisé, Nothingwood réussit ce qu'on demande à tout documentaire : donner à voir et émouvoir, notamment quand il apparaît clairement que Shaheen et ses collaborateurs jouent simplement leur vie pour faire du cinéma en Afghanistan.  

A ne pas rater.

 

3e

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I'm not your negro

Voilà un film qui n'est pas facile d'accès.

Il ne constitue pas à proprement parler un tableau du racisme aux USA (comme je l'imaginais un peu benoîtement en ayant survolé la presse), mais un voyage à l'intérieur de la pensée d'un écrivain, James Baldwin. 

La bande-son est constituée de lecture d'extraits d'ouvrages de ce dernier, et du coup, le film oscille en permanence entre plusieurs pôles : la biographie de Baldwin (son  séjour à Paris, son enfance, ses rencontres), ses pensées à propos de la société américaine (avec des fulgurances qui laissent parfois pantois) et des apports historiques, souvent glaçants. 

La mise en scène de Raoul Peck est très maîtrisée, recherchée, mais ne contribue pas à simplifier le propos. Au final, on est souvent désarçonné par ce que l'on voit et entend, parfois sidéré, et rarement ému.

A défaut d'être vraiment captivante, l'expérience reste enrichissante et me laisse dans la bouche un arrière-goût prononcé de pessimisme quant à l'avenir de la société américaine. Rien ne semble avoir vraiment évolué depuis l'époque où Baldwin s'exprimait, et l'époque Obama apparaît aujourd'hui comme une parenthèse incongrue.

A voir en cas d'ambiance intellectuelle émolliente nécessitant une stimulation ponctuelle.

 

2e

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Voyage à travers le cinéma français

Difficile, lorsqu'on aime le cinéma, de ne pas être passionné (et ému) lorsque la voix gourmande de Bertrand Tavernier s'élève pour célébrer le septième art.

Loin d'être une oeuvre à caractère encyclopédique, Voyage à travers le cinéma français est surtout une oeuvre autobiographique. Bertrand Tavernier s'y raconte, et y raconte l'histoire d'une cinéphilie, la sienne.

On pourra certes glaner dans le film toute une série d'éléments factuels absolument passionnants (le portrait de Gabin est fascinant), mais la subjectivité extrême des choix réalisés révèle plus la personnalité de l'auteur qu'elle n'établit une hiérarchie des connaissances.

Les monstres sacrés sont parfois sévèrement critiqués pour leur conduite en dehors du cinéma (Renoir n'est pas ménagé par exemple), alors que des quasi inconnus (Jean Sacha ?) apparaissent soudainement dans la lumière. Le film est donc délicieusement discrétionnaire.

Le principal atout de Voyage se situe probablement dans cette vérité : Tavernier raconte sa cinéphilie, et ce faisant, il réveille en chacun de ses spectateurs cinéphiles la flamme qui nous porte inlassablement à nous asseoir dans les salles obscures. C'est à la fois beau, émouvant et instructif.

 

3e

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Django

Pour commencer, il me faut préciser que je n'aime pas trop les biopics. Le genre me parait toujours contenir en lui-même ses propres limites : on connait a priori les ressorts de l'intrigue et l'original est toujours plus intéressant que la copie.

Les rares réussites dans le genre utilisent généralement des artifices qui permettent d'éviter les risques susnommés.

Dans le genre, Django réussit à séduire. En s'intéressant à une période très particulière de l'histoire de son modèle, en dérivant progressivement vers une problématique plus large (la situation des tsiganes sous l'occupation) et en confiant son rôle principal à un acteur qui livre une excellente performance, le réalisateur Etienne Comar réussit à produire un film très plaisant.

La direction artistique (décors, lumière, costumes) est quasiment parfaite et contribue elle aussi à donner une patine de réalisme à Django, qui mérite beaucoup mieux que l'accueil qui lui a été réservé.

Je le conseille donc dans cette période ultra-calme qui précède Cannes.

 

2e

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Après la tempête

Présenté à Cannes comme un film mineur de Hirokazu Kore-Eda (et à ce titre "relégué" dans la section Un certain regard), Après la tempête s'avère être un petit bijou d'écriture et de mise en scène.

A travers les allers-retours très subtils effectués entre les différents personnages (un homme, son ex-femme, son ami, sa soeur, son fils), Kore-Eda dessine en creux un tableau émouvant, et un poil désabusé, de la condition humaine - et même plus spécifiquement de la condition masculine. 

Son héros, Ryota, est en effet un raté à plusieurs titres. Ecrivain en panne d'inspiration et en délicatesse financière, fils qui peine à satisfaire ses parents (y compris son père décédé, dont l'ombre plane délicatement sur tout le film), Ryota tente de faire revenir à lui son ex-épouse et entreprend de séduire son petit garçon. Toutes ses manoeuvres sont compliquées, ses petits calculs parfois couronnés de succès (mais pas toujours) et les progrès aléatoires.

L'art de Kore-Eda se montre tout entier dans cette petite musique dont le drame semble exclu, mais qui résonne parfois comme une tragédie antique : le quotidien apparaît alors comme éternel, à la faveur d'une conversation nocturne sur la mort ou dans l'évocation d'un souvenir d'enfance.

Après la tempête dessine avec précision, amour et un brin de noirceur caustique, une galerie de personnage attendrissants et proches. Il apportera beaucoup de bonheur aux amoureux de la profondeur d'analyse du grand cinéaste japonais, dont la mise en scène a rarement été aussi élégante.

Hirokazu Kore-Eda sur Christoblog : Nobody knows - 2003 (**) / Still walking - 2008 (***) / Air doll - 2009 (**) / I wish - 2012 (***) / Tel père tel fils - 2013 (***) / Notre petite soeur - 2014 (****)

 

3e

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T2 Trainspotting

De la même façon qu'on peut éprouver un plaisir coupable à retrouver chaque soir dans une série des héros médiocres, la vision de T2 Trainspotting ravive en nous le vif plaisir éprouvé lors de la vision du premier opus.

Il faut reconnaître à l'écrivain Irvine Welsh et à Danny Boyle le mérite d'avoir évité l'écueil principal de ce type de retrouvailles : 20 ans après, nos Pieds Nickelés écossais ne sont pas devenus hipsters ou bobos. Ils sont toujours en train de zoner entre drogues, prison et plans foireux, même si le physique a un peu changé (mais pas tant que ça finalement) et la nature des stupéfiants aussi.

Le vrai sujet du film est probablement le temps qui passe : répétition des mêmes motifs adaptés à l'époque (le monologue Choose life critique aujourd'hui les réseaux sociaux plutôt que la société de consommation), flashs nostalgiques vers l'enfance, reprises de scène du premier film. Cette façon de ressasser le passé est passé au tamis des quatre personnalités très différentes des protagonistes, et le résultat est pleinement convaincant, sans jamais sombrer dans le pathos.

Le scénario n'est pas d'une originalité folle, mais la chute fait son petit effet. La mise en scène de Danny Boyle attisera comme d'habitude les critiques de ses contempteurs : effets visuels clipesques à gogo et rythme épileptique. Pour ma part, je trouve qu'aucun autre sujet ne collera aussi bien à ce style sous amphétamine.

Un plaisir simple.

Du même réalisateur, sur Christoblog : Trainspotting - 1996 (***) / Slumdog millionnaire - 2008 (***) / 127 heures - 2010 (*) 

 

2e

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La forteresse cachée

Dans la très belle série de DVD consacrée par Wild Side aux années Toho d'Akira Kurosawa, j'ai découvert récemment un film relativement peu connu du maître japonais : La forteresse cachée.

Peu connu de moi, devrais-je dire, car le film a été un grand succès au Japon, en 1958. Kurosawa reste alors sur trois échecs relatifs (Vivre dans la peur, Le château de l'araignée et Les bas-fonds, trois films très noirs), et souhaite renouer avec une audience plus large.

Il réalise donc ce curieux film d'aventure à grand spectacle dont Georges Lucas dira plusieurs fois qu'il l'a inspiré pour inventer la sage Star wars. Je ne sais pas d'ailleurs exactement pour quelle raison, les points communs ne me semblent pas légion, si ce n'est peut-être dans la similitude entre le couple picaresque de bandits Tahei / Matashichi et le duo de robots R2D2 / C3PO.

La forteresse cachée est un film d'aventure qui parvient à réveiller en nous le sens du merveilleux. En adoptant le point de vue de nos deux compères un peu limités, dont j'ai parlé plus haut, Kurosawa nous montre un monde impitoyable et en grande partie incompréhensible. Nous sommes d'abord ballotés dans une guerre à laquelle nous ne comprenons rien, illustrée par des scènes de groupe grouillantes, très impressionnantes par leur naturalisme. Kurosawa, qui filme en décors naturels tout le film, n'a pas son pareil pour nous proposer des scènes à la fois très réalistes et d'une beauté irréelle, comme celle du brouillard, ou la grande scène de l'escalier. 

Dans un deuxième temps, nous découvrons un mystérieux homme qui a la prestance d'un dieu (incroyable Toshiro Mifune) et vit dans un endroit irréel, en compagnie d'une jeune femme dont on pense initialement qu'elle est sa prisonnière, avant de se révéler être sa princesse.

La première partie du film dégage un charme fou. La précision incroyable du scénario, du montage et de la mise en scène nous conduisant à ressentir ce sentiment étrange de retomber en enfance, et de découvrir la vérité progressivement, comme notre duo de pauvre hères cupides et idiots.

La deuxième partie du film, qui relate les aventures de notre quatuor (bientôt rejoint par une jeune femme sauvée de la prostitution par la princesse), en route vers une province supposée amie, a pour principal intérêt de bâtir des situations comiques sur les interactions entre les personnages, aux caractères bien différents. Kurosawa nous offre de beaux combats à la lance ou au sabre, dont on peut vaguement penser que les sabres laser de Star wars seront les lointains héritiers. Kurosawa parvient à donner à ces péripéties un cachet de réalisme qui est assez nouveau dans le cinéma japonais de l'époque.

Dans la Forteresse cachée, ce qui impressionne, c'est la façon dont le maître met son génie de la mise en scène au service d'un genre réputé mineur : le talent suinte de tous les plans, mais jamais au détriment de ce qui nous est conté.

Le film a obtenu l'Ours d'Argent du meilleur réalisateur au Festival de Berlin 1958.

3e

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Grave

Quel premier film !

On ne peut qu'être admiratif devant l'assurance de la réalisatrice Julia Ducourneau, qui cumule ici beaucoup de paris osés : un film de genre (si on admet qu'il existe un genre "cannibale"), des actrices peu connues, un scénario qui met franchement mal à l'aise, des scènes très impressionnantes.

Le résultat n'est certes pas confortable à regarder, mais assez captivant. On suit d'abord la jeune Justine lors de son intégration dans une école vétérinaire. Les pratiques humiliantes du bizutage sont montrées avec une grande efficacité, et c'est sûrement l'un des points forts du film. Justine retrouve sa soeur dans l'école, qui l'initie à certaines pratiques un peu bizarres (comme pisser debout), jusqu'au climax que représente la fameuse scène de l'épilation intime : je ne peux rien en dire, mais c'est un délice.

Dans sa première partie, le film est brillant. On ne voit pas trop vers où l'histoire va se diriger, et l'ambiance qui se construit autour de Justine est malsaine à souhait. Après la fameuse scène de l'épilation, le film se résume un peu plus à l'allégorie qu'il s'avère être : son sujet, c'est la transition d'un état à un autre, à travers une initiation (bizutage, apprentissage de la sexualité, découverte de ses appétits, exploration de son corps). La fin du film est plus convenue, plus prévisible - même si une ultime scène nous révulsera en beauté.

Agréablement dérangeant, malsain au possible, très bien dirigé et réalisé, Grave mérite le détour.

 

3e

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Patients

Certains n'iront peut-être pas voir ce film à la simple lecture de son pitch : un jeune du 93 qui déboule au pays des traumas crâniens, des paraplégiques et autres tétraplégiques. Il peut y avoir en effet suspicion de bons sentiments à la pelle et de tire-larmes en fauteuil.

Mais ceux qui pensent ainsi ont tort. 

Patients est d'abord, et avant tout, un bon moment de cinéma. La réalisation de Grand Corps Malade et Mehdi Idir est soignée (et même originale par moment), les acteurs sont impressionnants et le scénario est rudement malin (même s'il tire un peu trop sur la corde sensible à la fin).

On est entraîné sans aucun problème dans cette belle histoire qui navigue entre francs éclats de rire et petite larme essuyée discrètement. Le film est comme une montagne russe émotionnelle qui ne nous laisse jamais de répit, épicée par un art consommé de la punchline.

Grand Corps Malade insuffle à son histoire la justesse de ton qui fait la saveur de ses textes. Il trouve dans le jeune acteur Pablo Pauly une sorte de double juvénile, dont la performance est formidable. Bref, allez-y sans crainte et sans préjugés.

 

3e

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L'autre côté de l'espoir

Voilà un film qui fait un bien fou.

On parle souvent des migrants, mais on ne les montrent quasiment jamais comme le fait ici Aki Kaurismaki : pour ce qu'ils sont, des hommes comme les autres, avec leur dignité, leurs valeurs et leurs espoirs. 

A ce titre, la scène durant laquelle Khaled raconte son périple de Syrie en Finlande est un moment de cinéma superbe, un des plus émouvant de ce début d'année. Que cet aspect presque documentaire rencontre le cinéma tellement typé de Kaurismaki est un petit miracle. Le résultat est empreint d'une poésie douce et parfois peu engageante, qui séduit tout au long film - en même temps qu'elle tient un peu l'empathie à distance.

L'autre côté de l'espoir est une leçon de mise en scène : éclairages magnifiques, méticulosité du cadrage et du montage, extrême précision de la direction d'acteur. L'esprit finlandais du réalisateur (pour simplifier une sorte de bizarrerie apparemment guindée, mais qui ne se prend pas au sérieux) insuffle dans ce conte moral une fantaisie très agréable.

 

3e

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The lost city of Z

Grand film classique (et très sage), The lost city of Z séduit avant tout par sa modestie.

On imagine le barouf qu'auraient immanquablement produit bon nombre de cinéastes avec un tel sujet : descente super spectaculaire de rapides, vision fugace de cités toute d'or recouvertes, indiens particulièrement combatifs.

James Gray a le grand mérite de présenter une vision douce de cette histoire rocambolesque : les rapides sont tout riquiqui, les traces de civilisation réduites à de simples tessons de poterie, et les indiens sont plutôt bienveillants.

Cette façon très délicate de conter une histoire est servie par une photographie sublime de Darius Khondji (pour une fois pas trop jaune), un casting épatant (idée géniale de prendre un visage assez peu connu pour tenir le rôle principal) et un scénario tout en circonvolutions, alternant les raccourcis osés et les étirements de scène signifiants.

Le résultat est un film dans lequel on pourra peut-être avoir un peu de mal à s'impliquer, mais qui dégage un charme indéfinissable, comme s'il se situait en dehors de toute époque. La mise en scène de James Gray est d'une intelligence et d'une sensibilité rare, à l'image du dernier plan, d'une immense beauté.

 

3e

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Trainspotting

Avant de découvrir la suite sur grand écran, je me suis payé le DVD de Trainspotting, qui ressort à cette occasion.

J'avais du film deux images qui s'avèrent aussi fausses l'une que l'autre : je pensais que Danny Boyle frimait à mort, et provoquait par plaisir.

En réalité, le film est plutôt la chronique sensible d'un groupe de jeunes à la dérive. S'il montre les ravages de l'héroïne, il le fait finalement sans emphase particulière. C'est probablement le style déjà très personnel de Danny Boyle (speed et tape à l'oeil) appliqué à un sujet plutôt sérieux (la drogue et le SIDA...) qui a dû choquer les spectateurs des années 90.  

Aujourd'hui le film a plutôt bien vieilli. J'ai apprécié sa vivacité et sa brièveté, l'évolution psychologique des personnages, l'âpreté un peu sèche du propos. Le casting est renversant : Ewan McGregor méconnaissable, Ewen Bremner attendrissant, Johnny Lee Miller flippant.

Portrait sensible d'un petit gars écossais qui est prêt à tout pour s'en sortir (ce sujet est le coeur vibrant du film, mais il faut toute sa durée pour s'en rendre compte), Trainspotting est aussi le manifesto d'un réalisateur qui émergeait alors sur la scène internationale avec sa façon de filmer unique, mélange parfois indigeste de réalisme sordide et de visions complètement barrées.

Danny Boyle, c'était à l'époque du Jean-Pierre Jeunet sous acide.

Du même réalisateur, sur Christoblog : Slumdog millionnaire - 2008 (***) / 127 heures - 2010 (*) 

 

3e

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Paula

Avec Paula, le réalisateur allemand Christian Schwochow réussit un petit exploit : signer un film hyper-académique sur un personnage qui a fait souffler un vent de modernité effrontée sur son époque.

Le film est photographié comme une publicité pour des yaourts bio (paysages enneigés, feuilles mortes et Paris de carton-pâte) et la mise en scène est d'une platitude abyssale, si je puis dire. 

Le film ne tire donc son intérêt que du charmant portrait qu'il dessine de la fabuleuse artiste peintre Paula Modersohn-Becker, décidément très à la mode en ce moment (cf le livre de Marie Darrieussecq, Etre ici est une splendeur, et l'exposition au Musée d'Art Moderne en 2016). La pétillante actrice Carla Juri prête ses traits avantageux à la jeune Paula.

Le film a une autre qualité : il montre, fait assez rare, la véritable peinture de Paula se faire à l'écran, et d'une façon assez réaliste et convaincante. Le talent, la vocation, cet irrésistible élan qui pousse à peindre et à peindre encore est assez subtilement montré.

Entre ses qualités attachantes et quelques défauts (les décors sonnent parfois faux, certains personnages secondaires sont ridiculement traités), je ne sais pas trop si je dois vous conseiller Paula. Pour ma part, c'est l'intérêt pour les personnages qui a attisé mon plaisir : le film propose notamment un portrait édifiant de Rilke.

A vous de voir.  

 

2e

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Rebecca

Il est parfois de délicieux de revoir un film qui nous a marqué étant enfant ou adolescent. La vision la semaine dernière sur Arte du premier film américain d'Alfred Hitchcock m'a procuré un grand plaisir.

Non pas que le film soit un chef d'oeuvre : certaines de ces caractéristiques (le jeu très typé des seconds rôle, comme la servante par exemple) sont un peu datées, et le film est au global trop démonstratif pour être vraiment génial.

Le plaisir que procure Rebecca est d'un ordre qui dépasse l'esthétique.

Il nous rappelle :

1 - Que la puissance d'un bon scénario peut être à proprement jouissive, quand elle se double d'une véritable évolution des personnages au fil du film. On ne sait plus aujourd'hui faire un film dans lequel un personnage féminin évolue de façon crédible du statut de charmante gourde à celui de solide complice amoureuse. Les transformations physiques de Joan Fontaine et de Laurence Olivier sont stupéfiantes.

2 - Le génie d'un réalisateur transcende les limites techniques de son époque. Le film est éclairé avec magie, et propose des mouvements de caméra incroyablement inspiré. Le montage semble calculé pour ne pas laisser une seule séquence inutile.

L'expérience me donne furieusement envie de revoir Notorious, La mort aux trousses et beaucoup d'autres. A suivre...

 

3e

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Silence

Alors oui, c'est long. Mais croyez-moi, les 2h42 passent plutôt bien : disons que le film donne l'impression de durer 2h bien tassées. D'ailleurs, la salle 4 du Majestic de Lille, bourrée à craquer, n'a pas moufté pendant toute la séance.

Si le film est agréable à regarder, c'est d'abord parce que son sujet est instructif. Il s'agit de suivre deux missionnaires jésuites et portugais en mission d'évangélisation au Japon. Scorsese réussit à nous intéresser en nous montrant comment les néo-convertis japonais sont prêts à mourir pour leur foi (c'est quand même curieux quand on y pense, même les jésuites semblent surpris). Dans un deuxième temps, les deux héros sont séparés, et on s'intéresse plutôt à l'un des deux, joué par le transparent mais agréable Andrew Garfield. Le sujet devient alors plutôt la façon dont les redoutables japonais tentent habilement de faire renier son Dieu au jeune (mais naïf) religieux.

Le film ne donne alors pas seulement à voir des dilemmes moraux classiques, mais explore véritablement toutes les facettes du problème, avec notamment une prestation très subtile de Liam Neeson, en ancien jésuite intégré à la société japonaise.

C'est souvent intellectuellement très stimulant, et aussi parfois très beau. La mise en scène de Scorsese, classique et géométrique, trouve ici un champ qui lui convient parfaitement : il y a dans la civilisation japonaise ce sens de la symétrie et de la pureté qui est aussi celui de Scorsese. De rares fois, ce dernier est tellement formaliste que le film devient un peu ampoulé, mais ce n'est pas très grave.

Malgré un tout dernier plan qui nuit à l'âpreté jouissive du film, Silence est une expérience qui vaut le déplacement.

 

3e

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Les derniers parisiens

En entrant dans la salle pour voir ce film, je ne m'attendais à rien. Je n'en avais pas entendu parler, et je ne connaissais pas les réalisateurs.

Les premières scènes montrent caméra à l'épaule un Pigalle sans fard. On ne comprend pas vraiment ce vers quoi va nous mener le film, et ce sentiment est plutôt ... agréable.

Reda Kateb campe un personnage attachant (même si on a vite envie de lui mettre deux baffes) : il trouve ici à mon avis son meilleur rôle. Le reste du casting est formidable.

Plus le film avance, plus il nous captive. Outre le tableau assez sidérant d'un quartier parisien qui semble filmé comme jamais auparavant (sauf peut-être dans le film Neige de Jean Henri Roger et Juliet Berto), les réalisateurs élaborent un drame fraternel qui n'est pas sans rappeler la dureté de Scorsese.

Au final, le film est très bon : il est à la fois doux et sec, puissant et concis.

 

3e

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Moonlight

Il y a dans Moonlight un peu de la magie qui faisait le charme de Boyhood : ressentir l'épaisseur du temps qui passe.

Dans le chef d'oeuvre de Richard Linklater, c'étaient les acteurs eux-mêmes qui vieillissaient. Ici, le même personnage est joué par trois acteurs différents, à trois âges de la vie. 

Le premier grand mérite du film est de rendre crédible les transformations physiques du personnage : plutôt gringalet dans les deux premiers épisodes, il se transforme en armoire à glace dans le troisième. Au premier abord, l'effet est déstabilisant, mais la qualité de jeu des différents acteurs parvient à installer une continuité psychologique parfaite, principalement sur la base de regards et d'expressions.

Ce miracle est rendu possible par l'exceptionnelle direction d'acteur du réalisateur Barry Jenkins. Sa caméra semble caresser les personnages avec tendresse et émotion : plusieurs scènes du film sont des bijoux de délicatesse et de justesse. La scène du restaurant, dans la dernière partie du film, est un magistral moment de cinéma, qui semble condenser l'essence d'une vie dans un espace somme toute quelconque, par la seule grâce de la mise en scène. 

Lorsqu'on a dit tout cela, le fait que le personnage principal du  film soit homosexuel semble à la fois accessoire (le film est avant tout un portrait élégiaque et dépité) et fondamental (tout ce qui s'y passe ou presque renvoie à la condition de Noir gay dans un environnement défavorisé). 

C'est beau, et c'est un des grands moments de cinéma de 2017.

 

4e

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Noces

On aura rarement autant ressenti le poids des traditions tribales et familiales que dans ce film. 

La famille de Zahira, d'origine pakistanaise, est bien intégrée en Belgique. Tout le monde dans la famille, est sympathique, ouvert d'esprit. Jusqu'au moment où Zahira doit se marier...

Pas question de religion ici, mais simplement de conventions, et conséquemment, d'honneur, la grande affaire. Se mésallier, dans la communauté de Zahira, c'est perdre la face, et il n'en est simplement pas question. On mesure parfaitement dans le film l'importance relative des droits de l'homme (et de la femme) et de la tradition, et on voit très bien que la vraie différence entre la famille de Zahira et celle de sa copine se situe dans l'inversion de ce rapport.

La grande qualité du film du jeune réalisateur belge Stephen Streker est de montrer tout cela avec une belle empathie envers tous ses personnages, sans didactisme, mais en s'attachant à mettre de la chair et des émotions derrière les réactions de tous les protagonistes. Le scénario parvient à maintenir une intensité dramatique sur la durée, en évitant tous les chausse-trappes inhérents à son sujet.

La jeune actrice Lina El Arabi est absolument renversante, pleine de vie et d'assurance, sorte d'Antigone des temps modernes. La mise en scène est d'une élégance racée, multipliant les bonnes idées (le travail sur la bande-son lors de la fête) et les effets subtils au service de la narration.

On est parfois ébranlés par les arguments ou les attitudes de la famille de Zahira (l'argument du père sur les célibataires dans la société belge, les manipulations de la soeur), jusqu'au dénouement, qui est bouleversant même s'il est attendu. Le générique de fin, à l'image du film, est brillant et glaçant.

Un grand film.

 

4e

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Rock'n roll

Vous me connaissez, je ne porte dans mon coeur ni Guillaume Canet, ni Marion Cotillard.

Je m'attendais donc à sortir la sulfateuse pour dézinguer en toute impunité ce que je supposais être un bon gros navet auto-célébrateur.

Cela m'embête de le dire, mais Rock'n roll surprend dès sa première scène, et parvient à maintenir sur la durée un équilibre plutôt agréable entre auto-dérision jouissive (le "Monsieur Cotillard" au marché est délicieux), mauvais goût franchement barré (Marion Cotillard en Céline Dion), mise en abyme amusante et scénario bien troussé.

La réussite du film tient surtout à la justesse des acteurs. Marion Cotillard y apparaît une actrice de comédie assez douée, et on aimerait la voir développer cette facette. Les personnages qui jouent leur propres rôles sont absolument parfaits, à commencer par Johnny, irrésistible. 

Mon gros bémol concernant le film, c'est la dernière demi-heure, à laquelle je n'accroche pas du tout. L'idée de scénario (dont je ne dévoilerai rien) est certes très ... originale, mais le passage d'un registre assez fin au burlesque outrancier m'a presque gâché la soirée.

Au final, une comédie quand même agréable.

Guillaume Canet sur Christoblog : Les petits mouchoirs - 2010 (**) / Blood ties - 2013 (*)

 

2e

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