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The affair (Saison 2)

Après l'excellente première saison je redoutais une chute de tension lors de la deuxième, et le visionnage des deux premiers épisodes de ce nouveau coffret DVD m'a conforté dans cette idée.

La saison démarre en effet mollement. On a certes plaisir  à retrouver les personnages dans le dispositif excitant mis en place dans la première saison (les mêmes journées sont racontées de quatre points de vue différents), mais à l'inverse on craint que le procédé ne serve plus que lui-même au détriment de l'intrigue ou de la véracité psychologique des situations.

Heureusement la série s'invente de nouveaux chemins assez rapidement avec des sauts dans le temps importants (on se rend rétrospectivement compte de l'impossibilité totale de comprendre ce qu'on voyait dans la première saison), des épisodes qui cassent la routine et un final très satisfaisant en terme de résolution de mystères.

En réalité, cette deuxième saison parait être la deuxième partie d'un tout, exactement située dans le prolongement de la première, d'un point de vue narratif comme stylistique. 

Une fois résolu le Whodunit un peu plaqué de l'accident de voiture (l'intéraction entre les personnages est bien plus passionnant que l'incident mortel), on attend impatiemment de voir quelle direction les scénaristes hyper-doués de la série vont prendre. 

The affair sur Christoblog : Saison 1 (****)

 

3e

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Téhéran tabou

Le choc que procurent les premières scènes de Téhéran tabou (une prostituée taille une pipe à un conducteur alors que son petit garçon rêvasse sur la banquette arrière), est durable.

Le film impose sa dureté sur la longueur. Tout y est noir en effet : la misère sexuelle des hommes, la condition de la femme réduite à demander l'aval de l'homme pour toute chose, le spleen des avorteurs à la petite semaine, les proxénètes qui exportent des vierges vers Dubaï, les juges corrompus et dépravés, le spleen d'un petit garçon muet qui ne parvient pas à se scolariser.

Rien n'est agréable à l'âme, si ce n'est peut-être la bonté innée du personnage principal, pute au grand coeur, que rien ne semble vouloir arrêter.

Le film brille par ailleurs de multiples atours formels et esthétiques : un scénario fouillé et palpitant, une utilisation de la rotoscopie (procédé qui crée de l'animation à partir de prises de vue réelles) qui laisse pantois, une apreté dans le propos qui sidère, une poésie diffuse qui ennivre.

Téhéran tabou est tour à tour beau, émouvant et intrigant.

Une belle découverte.

 

3e

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Detroit

Detroit n'est pas un film agréable à regarder. Je suppose que certains seront même profondément dérangés par la tonalité quasi sadique qui colore le film.

Nous sommes en 1967, et des émeutes raciales éclatent à Detroit. Quelques jeunes Noirs vont vivre l'enfer le temps d'une nuit, piégés par trois policiers cruels. 

Le film commence par une mise en place d'une redoutable efficacité. Mêlant images d'archives et prises de vue façon caméra à l'épaule, la réalisatrice nous immerge très efficacement dans le chaos d'une véritable révolution. Le point fort de cette introduction, c'est d'introduire les personnages principaux de l'intrigue à venir sans qu'on les remarque vraiment. 

Le coeur du film est ensuite un interminable huis-clos (mais s'il est interminable pour nous, imaginons ce qu'il fut pour les victimes !) éprouvant et dérangeant. La caméra réalise des prodiges durant cette partie, et élève Detroit au rang de meilleur film réalisé par Bigelow, à mon sens. On est absolument et tristement dedans.

Dans une sorte de symétrie bienvenue, Detroit se termine comme il a commencé : la suite des évènements est esquissée à grand coups de subtiles ellipses.

L'ensemble constitue un film coup de poing, et pour une fois, l'expression n'est pas galvaudée tellement la mise en scène nous frappe plusieurs fois au plexus. Le film plaira à ceux qui sont sensible à un type de cinéma maîtrisé, d'apparence rude et pas forcément toujours subtil. C'est mon cas.

Kathryn Bigelow sur Christoblog : Zero dark thirty - 2012 (***)

 

4e 

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L'atelier

Le dernier film de Laurent Cantet se compose de deux parties distinctes.

La première retrouve les meilleurs côtés de Entre les murs : Cantet sait comme personne filmer les jeunes gens qui ne sont pas des acteurs, les faire interagir avec l'expérimentée Marina Fois, montrer leurs émois, leurs sentiments, leurs hésitations.

C'est très beau, et d'une intelligence d'écriture très convaincante. On suit avec beaucoup de plaisir l'initiation de ces jeunes aux joies de l'écriture. La dialectique des échanges est en soi un véritable plaisir gourmand.

Dans la deuxième partie du film, Cantet recentre l'action sur le personnage de l'écrivaine et celui d'Antoine, un jeune qui se laisse séduire par les thèses de l'extrême-droite. L'atelier vire alors doucement au thriller psychologique. Quelle est la nature exacte de la relation entre les deux personnages, un acte violent est-il à craindre ?

Cette deuxième partie m'a nettement moins convaincu que la première. J'ai trouvé que le scénario s'alourdissait de scories inutiles (un exemple : la visite de l'éditeur), que Cantet n'était pas très à l'aise dans les scènes de suspense et que le jeu Marina Fois s'ankylosait un peu.

Au final cependant l'impression est plutôt positive, et je conseille L'atelier pour sa sourde originalité.

 

2e

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Blade runner

A l'occasion de la sortie de Blade runner 2049, j'ai vu pour la première fois hier soir le film de Ridley Scott, dans une version Final cut, et en blu-ray.

Pour parler franc, je craignais de découvrir une oeuvre un peu datée, dont l'esthétique années 80 ou les effets spéciaux auraient mal vieillis.

Heureusement, les premiers plans sur la ville tentaculaire sont de toute beauté, et la première véritable scène (l'interview de Leon) est menée d'une façon très efficace, sur un mode qui s'apparente plus au polar qu'à la SF.

C'est d'ailleurs probablement ce qui m'a le plus marqué tout au long du film : son ambiance, ses thématiques, la trajectoire heurtée et indécise de son héros paumé évoquent bien plus les romans de Dashiell Hammett que Star Wars. Pour ce rôle de policier au bout du rouleau reprenant du service, Harrison Ford s'avère être impérial, capable d'esquisser ce fameux sourire pince-sans-rire juste avant de se prendre une mémorable torgnole. 

Le film avance sèchement, alternant avec un équilibre assez impressionnant les lentes phases d'imprégnation et les tranquilles accélérations du récit. C'est propre, sans déchet, et d'une maîtrise absolue. Les personnages semblent à la fois sommairement esquissés et d'une grande profondeur.

La qualité du casting, la rigueur du scénario et la virtuosité de la mise en scène sont ici sublimés (une fois n'est pas coutume) par l'ensemble de la direction artistique. Les décors, les maquillages, les accessoires, la musique et la photographie sont ici portés à de très hauts niveaux de qualité. Un tel assemblage de talents est probablement sans égal dans l'histoire du cinéma.

Le blu-ray est accompagné d'un documentaire, Dangerous days, très complet, qui raconte la genèse du film. On y découvre l'influence de Billal et de Moebius sur l'esthétique du film, des anecdotes croustillantes (Dustin Hoffman a longtemps été pressenti pour tenir le rôle principal) et beaucoup d'autres choses.

Pour résumer : un vrai film culte.

 

4e 

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Demain et tous les autres jours

Comme souvent chez Noémie Lvosky, le charme de Demain et tous les autres jours repose sur des éléments assez peu spectaculaires, mais très efficaces en terme de plaisir cinématographique : une interprétation très émouvante, un scénario solide, une mise en scène robuste, un montage alerte.

Le parti-pris du film (raconter les rapports mère / fille entre une petite fille et sa mère dérangée, à travers les yeux de l'enfant) est a priori casse-gueule. On imagine le pathos rôdant, prêt à s'emparer de l'intrigue. Il est remarquable de constater que Noémie Lvovsky évite toutes les embûches pour au final fournir une copie bien équilibrée.

La grande qualité du film repose sur la prestation ébouriffante de la jeune actrice Luce Rodriguez, dont l'énergie et la rectitude forcent l'admiration. 

Le film évolue sur un fil tendu entre deux précipices (celui du ridicule - faire parler une chouette apprivoisée - et celui de la sensiblerie) : en évitant de tomber dans l'un ou l'autre, Noémie Lvovsky confirme ses talents de réalisatrice sensible.

Il serait dommage de le rater, d'autant plus que Mathieu Amalric ne cabotine dans ce film. Pour une fois.

Noémie Lvovsky sur Christoblog : Camille redouble - 2012 (****)

 

3e

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Un beau soleil intérieur

Le cinéma de Claire Denis peut être agaçant.

L'association de son écriture si particulière à la plume de Christine Angot rend le scénario de Un beau soleil intérieur un peu bancal, et produit des dialogues souvent horripilants.  

Répétitions et ellipses, manque de naturel, sentiment généré d'entre soi et d'élitisme, les mots que Angot met dans les bouches des personnages sont rarement beaux, mêmes s'ils sont parfois frappants.

Ce qui sauve finalement le film ce sont les performances d'acteurs. Juliette Binoche est exceptionnelle de virtuosité, Xavier Beauvois parfait en goujat lubrique, Gérard Depardieu très convaincant en voyant inspiré, Nicolas Duvauchelle glaçant en torturé distant. Même les petits rôles, comme celui qui échoit à l'impayable Philippe Katerine, sont délicieusement croqués.

La caméra de Claire Denis est parfois très inspirée, et Un beau soleil intérieur est donc plutôt agréable à regarder.

Le film plaira donc aficionados de Juliette Binoche, à ceux de la réalisatrice et plus généralement aux amateurs de scénario décalé et de dialogues énervants.

Claire Denis sur Christoblog : Les salauds - 2013 (**)

 

2e

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A ciambra

Avant d'aller voir ce film, il est intéressant d'en connaître la genèse. Jonas Carpignano, réalisateur italo-américain, filme dans la ville calabraise de Gioia Tauro depuis 2011. Il y a tourné un court métrage et son premier long-métrage, Mediterranea.

La famille gitane Amato, qui est au coeur du film, est donc ici filmée "dans son jus", au naturel. 

Certes, l'intrigue du film est évidemment inventée, mais tout le décorum est directement issu de la vraie vie. A ciambra est donc né dans un territoire peu exploré, qui se situerait pile à mi-chemin du documentaire (les funérailles montrées dans le film sont réelles, par exemple) et la fiction.

Le résultat m'a littéralement fasciné. Pas sûr que ce soit le cas de tous les spectateurs qui verront le film, car celui-ci n'est pas très facile d'accès : il faut accepter la caméra à l'épaule qui donne le tournis, les lambeaux de conversations inaudibles, le fouillis qui semble envahir tout l'écran. 

La magie du film est de parvenir à nous faire entrer dans ce monde très marginal. On apprend la langue, on s'habitue progressivement à ce qui nous choque au début (les enfants qui fument, les vols comme mode vie, les adultes qui ne savent pas lire) et à la fin du film, on se sent miraculeusement chez soi.

Si l'aspect documentaire est passionnant, le volet fictionnel n'est pas négligeable pour autant. Le scénario est habilement construit, il parvient à installer progressivement une belle tension dramatique qui se dénoue dans un dilemme moral de toute beauté.

A la fin du film on ne sait pas trop ce qu'il faut admirer le plus : l'énergie fantastique qui l'électrise, l'impression de réalisme absolu qui sidère (on pense à Wang Bing) ou l'inventivité du scénario qui parvient injecter du réalisme magique (le grand-père, le cheval) aux entournures d'un naturalisme très cru.

C'est magnifique.

 

4e 

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Faute d'amour

Il faut reconnaître qu'Andrey Zvyagintsev est probablement un des plus brillants stylistes en activité (avec Nuri Bilge Ceylan). Il fait partie de ces cinéastes dont chaque image semble admirablement composée, au service d'une narration parfaitement maîtrisée.

Quand la maestria du réalisateur est mis au service d'un sujet aussi sec que le désamour de deux parents vis à vis de leur enfant, le résultat peut être glaçant, et, disons-le (car je dois la vérité à mes lecteurs) peu aimable au premier abord.  

La précision chirurgicale de la narration, l'absolue perfection de la mise en scène aboutit à un récit désespérant, âpre et clinique (les adultes sont avant tout égoïstes), zébré par un plan terrifiant, qui fut pour moi le plus grand moment de cinéma du dernier festival de Cannes : un hurlement silencieux qui ne laissera personne indifférent.

Le tour de force du film est de montrer les comportements des adultes, plutôt que la détresse de l'enfant. En dépit de l'évanouissement de la figure enfantine, ou peut-être grâce à lui, l'histoire somme toute commune de Faute d'amour devient presque mythologique : choc frontal de la libido et de la culpabilité, figure stoïque du patron de l'association, voyage aux enfers chez la grand-mère, tableau symbolique de la Russie contemporaine dans le bâtiment abandonné. C'est à la fois beau et très désagréable à regarder, on se sent complices des turpitudes anodines que Zvyagintsev nous met sous les yeux, turpitudes qu'on préférerait croire totalement étrangères à soi-même.

Pour résumer : un plaisir qui fait mal, un choc esthétique saisissant.

 

4e 

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Dans un recoin de ce monde

Les potentialités de l'anime japonais semblent infinies.

On a vu par exemple ces derniers temps un manifeste d'esthétisme pop new age (Your name), une fable poétique formidable (Le garçon et la bête) et un portrait de femme sur fond historique (Miss Hokusai).

Dans un recoin de ce monde aborde un nouveau genre : le mélodrame à la Douglas Sirk. Le réalisateur Sunao Katabuchi nous raconte l'histoire de la jeune Suzu, obligée de quitter sa famille pour aller se marier avec un inconnu dans un village éloigné. 

Suzu est un peu simplette. Elle apprécie les petits plaisirs quotidiens, est plutôt réservée et dessine très bien. Sa nouvelle famille est composée d'une belle soeur acariâtre, d'un doux mari, d'une petite nièce ravissante et de beaux-parents qui vieillissent. Il est très touchant de suivre cette expérience de vie à la fois unique et un peu quelconque.  

Le fait que l'action se situe aux environs d'Hiroshima en 1944 ajoute bien sûr à l'intérêt du film, même si le sujet de la bombe n'est pas décisif dans le film, et fait l'objet d'un traitement admirablement distant. La description des conditions de vie durant la phase de guerre conventionnelle est très intéressante, et c'est un autre évènement, dont je ne dirai rien ici, qui va entraîner le récit dans une autre dimension, immensément triste.

Sans être bouleversant (Kutabuchi adopte une distance narrative à grand coup d'ellipses qui limite les épanchements lacrymaux), le film est captivant par son attention portée à des détails de la vie quotidienne, sa capacité à rendre la nature merveilleusement exotique et une intelligence pour exploiter la géographie des lieux de l'action (paysage, maison).

Un bien beau moment, qui recèle de magnifiques parenthèses poétiques. 

 

3e

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Good time

Good time est avant tout un trip sensoriel.

Le scénario ne brille en effet pas par son originalité : le principe de l''enchaînement de circonstances néfastes qui conduit à la catastrophe en l'espace d'une nuit a été déjà largement exploité. 

L'intérêt du film des frères Safdie est dans le traitement qu'ils réservent à cette histoire peu originale. Des plans très rapprochés, une image faiblement éclairée et un montage nerveux donnent à Good time une ambiance très particulière, à la fois quasi naturaliste et d'une certaine façon mythologique. Les tribulations de Connie peuvent en effet se lire de deux façons différentes : une plongée vériste dans le New-York des marges, ou une sorte de voyage d'Ulysse.

Robert Pattinson trouve ici probablement son meilleur rôle. Il est vibrant et magnétique. L'ensemble du film est admirablement servi par la musique très présente, dans un style vaguement électro, prenante et planante à la fois.

Un projet de cinéma d'une grande force esthétique.

 

3e

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Nos années folles

Au début de Nos années folles, je me suis dit : Téchiné est foutu, son cinéma est devenu un cinéma de grand-papa. Costumes d'époque, mise en scène un peu datée, reconstitution poussiéreuse.

Et puis, petit à petit, le film dévoile sa complexité : la structure narrative y est élégante, les acteurs (Céline Sallette et Pierre Deladonchamps) s'avèrent brillants, et l'histoire racontée devient tout à coup d'une modernité invraisemblable.

Du récit initial centré sur la guerre, le film évolue en chronique d'un amour hors norme, sorte de trio amoureux et sexuellement débridé, logé à l'intérieur d'un couple.

La force de caractère du personnage de Louise, sa soif d'aimer, son appétit sexuel, entre en collision avec un désir de liberté encore plus immense, une soif plus féroce. Le film illustre le colossal affrontement de deux personnalités absolument hors norme avec un beau brio. 

Quand Téchiné en vient au final à explorer les noirceurs finales du couple, la bien-pensance sépia dans laquelle baignait le début du film semble bien éloignée. Après de longs flashbacks imbriqués, le basculement ultime dans le présent est un très joli moment, et la fin de Nos années folles suscite un véritable vertige.

Vous apprécierez encore plus le film, si vous ne connaissez rien de son histoire, c'est pourquoi j'ai évité de vous révéler trop de détails sur l'intrigue, inspirée d'une histoire vraie déjà racontée dans l'excellente BD Mauvais genre, de Chloé Cruchaudet.

 

3e

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Une famille syrienne

Une famille syrienne est un étouffant huis-clos, qui fonctionne sur les mêmes mécanismes que le cinéma d'Asghar Farhadi : dilemme moral, suspense psychologique, attention portée à chaque personnage.

Le résultat est tout à fait prenant. Dans un appartement encore préservé (le dernier habité de l'immeuble) vit cloitrée toute une famille : une mère courage (formidable Hiam Abbass), un grand-père silencieux, deux jeunes filles adolescentes, un petit garçon, un cousin, une servante asiatique et un couple de voisin avec leur bébé. 

Philippe Van Leeuw installe avec beaucoup de brio un sentiment d'intense claustration, par la grâce de très beaux mouvements de caméra et de cadrages parfaits. Il réussit aussi à faire sentir la volonté de vivre des jeunes, et les états d'âmes de l'ancien. C'est un intense sentiment de vie qui se dégage du film, plusieurs fois brutalisé par des évènements provenant du dehors, qui bouleversent l'équilibre du groupe.

La scène pivot du film, dont je ne dirai rien ici, est bouleversante d'intensité. Tous les acteurs y sont extraordinaires.

Au-delà du témoignage saisissant qu'il constitue, Une famille syrienne enthousiasme par sa compacité et sa profondeur psychologique. 

 

3e

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Wind river

Taylor Sheridan, le scénariste hyper-doué de Sicario et Comancheria, passe derrière la caméra pour réaliser ce très beau premier film sur fond de neige et de réserve indienne.

On reconnait vite la patte Sheridan, subtile et séduisante : un personnage féminin à la fois couillu et fragile (comme dans Sicario), un ancrage profond dans une certaine réalité sociale (comme dans Comancheria) et un scénario qui sait ménager détours signifiants (les monologues mystico-sentimentaux de Cory) et alternance de temps forts et de temps faibles.

Les paysages du Wyoming sont magnifiés, les acteurs sont comme transfigurés (je pense qu'il s'agit du meilleur rôle de Jeremy Renner) et le film distille sa dose de séances éprouvantes (le magnifique flashback, le gunfight des caravanes). La détresse des réserves indiennes est montrée avec beaucoup de délicatesse.

Une vraie réussite.

 

3e

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Otez-moi d'un doute

Ne boudons pas notre plaisir. Les comédies françaises de qualité, finement écrite et bien jouées, ne sont pas légion.

On savoure donc le nouveau film de Carine Tardieu, dont l'idée de départ est très jolie : que faire quand on est d'âge mûr, en passe d'être grand-père, et que l'on découvre que son propre paternel (encore vivant), n'est pas son père biologique ? Faut-il remuer le passer et déranger ces vieux monsieurs ? 

Cette idée assez originale est magistralement servie par un casting quatre étoiles : François Damiens dans un rôle taillé pour lui, Cécile de France impeccable, la jeune Alice de Lencquesaing parfaite et un Esteban qui arrache vraiment tout sur son passage, aux confins du burlesque et de l'attendrissant.

Le film brille aussi par ses dialogues cinglants qui mettent en valeur la personnalité foncièrement séduisante du personnage jouée par Cécile de France.

Alors bien sûr, les péripéties du scénario résultent de combinaisons hautement improbables, mais c'est finalement le propre de nombre de ces comédies dans lesquelles la véracité des réactions psychologiques importe plus que la vraisemblance générale.

Un vrai petit plaisir de samedi soir.

 

2e

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Gabriel et la montagne

Peut-être faut-il, pour apprécier pleinement ce film, en connaître préalablement le sujet profond.

Gabriel Buchman était un ami du réalisateur, Fellipe Barbosa. Etudiant en économie, il décide de faire un tour du monde avant d'intégrer une prestigieuse université américaine, et trouve la mort en 2009 sur le mont Mulanje, au Malawi.

Barbosa retrace les 70 derniers jours de Gabriel sur la terre africaine. Il marche littéralement sur ses traces, à tel point qu'il rencontre et fait jouer dans son film les Africains (guides, chauffeurs, instituteurs, hôtes...) qui ont croisé la route du jeune brésilien. Il résulte de ce dispositif une ambiance très particulière dans les scènes où jouent ces quidams : on a littéralement l'impression qu'ils parlent à un fantôme.

Gabriel et la montagne est avant tout un très bel hommage à un personnage hors du commun, parfois attendrissant, souvent énervant, dont l'enthousiasme positif est réellement impressionnant, mais dont le voyage évoque parfois la course d'un poulet sans tête. La caméra se tient à l'exacte bonne distance de son sujet. Bien qu'on sente le réalisateur très empathique vis à vis de Gabriel, il parvient à dresser un tableau de son ami qui n'est pas idyllique. En multipliant les causes possibles de son mal-être (deuil du père, peur de l'échec, désordre physique et/ou psychologique), il donne au film une plaisante complexité.

L'autre grand intérêt du film est le magnifique tableau de l'Afrique contemporaine qu'il dessine. Les paysages traversés (Kenya, Tanzanie, Zambie, Malawi) sont sublimes, et les habitants que croisent Gabriel sont incroyables de justesse.

Les amoureux des voyages seront curieux de découvrir cette façon de voyager en s'invitant chez les gens au gré des rencontres, pour 2 ou 3 euros par jours. Filmé comme on le voit là, cela paraît toujours (trop ?) incroyablement simple pour Gabriel de trouver gîte et couvert, dans de bonnes conditions de sécurité.

Une découverte, très originale et d'une grande sensibilité.

 

3e

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Patti Cake$

Patti Cake$ n'est certes pas le meilleur film de l'année en terme de surprises scénaristiques ou de profondeur de l'analyse sociale.

C'est par contre sans aucun doute le meilleur dans le genre feel-good movie débordant d'énergie.

Patti est une femme blanche en surpoids : trois bonnes raisons de ne pas percer dans le monde du rap. Elle a pourtant en elle le flow, et dans ce New Jersey plus habitué à voir éclore des Bruce Springsteen que des Eminem, elle va sérieusement galérer sur la route d'un hypothétique succès.

Si on a déjà vu mille fois dans le cinéma américain l'histoire de l'artiste / du sportif / de l'homme public qui part de rien en se cognant à tout, elle est ici sublimée par l'énergie débordante de l'actrice australienne Danielle Macdonald, qui semble pouvoir tout renverser sur son passage. Le film parvient grâce à elle (et aux autres acteurs, tous formidables) à être plus que ce qu'il raconte : Patti Cake$ devient un grand huit émotionnel dans lequel on est tour à tour emporté par le rire, les émotions et les larmes.

Le torrent émotionnel qu'il déverse n'évite pas toujours quelques facilités, et le mauvais goût rode au détour du chaque plan : l'incroyable puissance du film semble à la fois le remplir et menacer de le dépecer.

Il faut la mise en scène toujours inventive de Geremy Jasper, ainsi que sa capacité étonnante à établir une ambiance en quelques images, pour que les courants d'énergie foutraques qui traversent le film ne l'emporte pas définitivement.

Pour ma part, j'ai pris un pied immense et quasiment enfantin à suivre les aventures de Patti et de ses proches, me délectant de chaque péripétie, comprenant peut-être pour la première fois en quoi le rap est une poésie, admirant à la fois le caractère joyeux et optimiste de l'aventure proposée, me délectant de la beauté de ces personnages merveilleusement dessinés.

 

3e

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Dunkerque

Penser que Dunkerque est un film de Christopher Nolan procure de drôle de sensations, au moins durant son premier tiers. Ce film sobre, concis, efficace, prenant, serait du même auteur que le grandiloquent Inception ? On peine à le croire...

Progressivement, quelques indices apparaissent, qui nous ramènent aux limites de son auteur : le réalisme apparent n'est que de façade (les blessés ne saignent pas, les vues de Dunkerque comprennent des immeubles des années 70), les raccords lumières sont sacrifiés au profit du spectaculaire (dans la même scène, le soleil est éclatant et les nuages envahissent le ciel) et la corde sensible est au final privilégiée au détriment du naturalisme (quel coquin, ce train d'atterrissage).

La musique de scie de Hans Zimmer est aussi un marqueur irréfutable - et toujours aussi désagréable à mes oreilles -  du film nolanien.

Mais pour une fois, je m'abstiendrai d'être bégueule. Après tout, j'ai pris un certain plaisir à démêler l'écheveau inutilement compliqué des différentes trames temporelles, et la justesse de certaines scènes (le soldat qui se suicide en marchant dans la mer, la découverte du Français) sont suffisamment captivantes pour que le film apparaisse comme un divertissement honorable.

 

2e

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Le Caire confidentiel

Il est finalement assez rare de se faire emporter par un film aussi codifié.

Le Caire confidentiel est en effet conforme à ce qu'on imagine être l'archétype du film noir, tendance Chandler ou pour les plus jeunes, Elroy : un crime sordide, un policier dépassé et manipulé, des puissants qui oeuvrent dans l'ombre, des autorités corrompues, une intrigue confuse.

Le mérite de Tarik Saleh, réalisateur suédois d'origine égyptienne, est de s'appuyer sur des points forts bien spécifiques.

Le premier de ces éléments est le casting admirable, dont l'acteur Fares Fares (qu'on a vu dans Zero dark thirty) est la pierre angulaire : il parvient à paraître à la fois épuisé et inflexible, faible et fort. Du grand art. Tous les autres personnages sont superbement interprétés, jusqu'au plus petit second rôle.

La deuxième force du film, c'est son substrat historico-culturel : le film se commence en plein printemps arabe et se termine avec les évènements de la place Tahir. Ce contexte entre parfaitement en résonance avec l'histoire.

Troisième qualité : la mise en scène et le montage sont formidables de sécheresse et d'efficacité, la caméra ne s'appesantit jamais plus que nécessaire. Alors que certains certains réalisateurs zoomeraient sur un cadavre (comme c'est le cas dans le mauvais Que Dios nos perdone, dont je parlerai prochainement),  Saleh est ici tout en retenue. C'est souvent très beau.

Je conseille donc vivement cet excellent polar qui nous donne une vision époustouflante de la cité cairote (alors qu'il a été tourné à Casablanca, mais c'est la magie du cinéma !).

 

3e

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120 battements par minute

Dans 120 battements par minute coexistent au moins trois films différents, qui auraient pu chacun être très bons.

Le premier est de nature quasi-documentaire. Il analyse, avec un sens de la répétition parfois lassant, le fonctionnement et les luttes d'influence dans un groupe d'activistes. Que ce groupe traite du SIDA, n'est, pour cette partie du film, qu'accessoire : il s'agit de montrer comment l'expression collective est (ou n'est pas) prise en compte, comment le groupe trouve des moyens de capter l'attention, comment il identifie et s'attaque à ses ennemis, comment il gère son recrutement, etc.

Mon impression globale est que le film est principalement constitué de cette matière, que j'ai au départ trouvée assez intéressante (le fonctionnement des RH, les modes d'action), mais qui au final me laisse un peu sur ma faim : certains personnages semblent caricaturés ou accessoires (le personnage joué par Adèle Haenel par exemple) et surtout je n'ai pas vraiment ressenti l'impact du SIDA dans la société française. 

Le deuxième film dans le film est l'histoire d'amour de Sean et Nathan. C'est pour moi le coeur palpitant du film, très platement filmé au début, mais qui lui donne ensuite ses meilleures scènes : le long passage au lit, la fin tragique.

Le troisième est sûrement celui qui reflète le plus la sensibilité de Campillo. Ce sont toutes ces scènes quasi oniriques et très frappantes visuellement : la boîte de nuit, les particules de poussières flottant dans l'air, le virus, l'arrosage des plantes en gros plan (?!), la Seine entièrement rougie (une vision magnifique).

Le souci, c'est que Campillo ne parvient pas à associer dans une seule oeuvre ces trois tendances (naturaliste / lyrique / sensuelle) complètement divergentes : les différentes approches m'ont paru tout au long du film comme les pièces d'un puzzle qui ne s'ajustaient jamais parfaitement entre elles. Le film peine du coup à générer chez moi la dose d'empathie suffisante pour m'emporter complètement, et je n'ai pas pleuré durant 120 battements par minute, alors que je suis habituellement une madeleine au cinéma.

Reste une oeuvre suffisamment engagée et sincère pour méritée d'être vue par le plus grand nombre.

 

2e

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