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Christoblog

Articles avec #j'aime

Ouistreham

Dans le film d'Emmanuel Carrère, il y a trois films : le premier dresse un tableau des travailleurs précaires du nettoyage, le second est le récit d'une imposture (sujet de prédilection du réalisateur écrivain), le troisième est une belle galerie de portraits.

Le premier de ces films n'est pas très original. On a vu mille fois, chez Ken Loach et ailleurs, les ravages du travail précaire. L'originalité est ici de s'intéresser particulièrement au travail sur les ferrys, incroyablement dur.

Le second ne m'a pas réellement convaincu. Je trouve que le personnage joué par Juliette Binoche ne fait sentir que superficiellement les affres que traverse l'écrivaine infiltrée, dont on ne comprend pas forcément tous les choix.

C'est finalement le troisième film, qui fait la part belle à une galerie d'acteurs et d'actrices non professionnels, qui pour moi donne toute sa valeur à Ouistreham. Le spectateur n'oubliera pas de sitôt l'énergie brute de la formidable Hélène Lambert (Christèle), la bonhommie de Didier Dupin (Cédric), l'éclatante vitalité d'Emily Madeleine (Justine), la fraîcheur irrésistible de Léa Carne (Marilou) et tranquille sérénité d'Evelyne Porée (Nadège).

L'énergie de ces personnages finit par arracher quelques larmes, reléguant la prestation de Juliette Binoche au second plan et enjambant l'inconsistance de la mise en scène d'Emmanuel Carrère. Un beau film.

 

3e

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La bonne année

Il y a beaucoup de bonnes choses dans ce film de Claude Lelouch revu en ce début d'année à la télé : un parti-pris esthétique frappant (le passé est en couleur et le présent en noir et blanc), une histoire de braquage bien mené, un duo Lino Ventura / Charles Gérard qui rappelle irrésistiblement les grandes heures du cinéma à la Audiard, quelques moments de bravoure, une mise en scène étonnante de vivacité et de modernité.

Mais ce qui emporte vraiment le morceau, et rend le film remarquable, c'est le couple magnifique formé par la grande Françoise Fabian et Lino Ventura, sûrement un des couples les plus étonnants et les plus convaincants qu'il m'ait été de voir au cinéma.

Elle est d'un milieu très intellectuel, lui est un malfrat au sens de l'honneur aiguisé : leur rencontre fait des étincelles, et donne lieu à toute une série de répliques et de scènes mémorables (dont celle du repas avec les amis de Françoise). J'ai adoré les voir se rencontrer, se trouver, puis se retrouver dans un final étonnant de modernité et de féminisme, qui a du être dur à faire avaler à Ventura.

Pour moi, un des sommets de la carrière de Lelouch.

 

3e

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La main de Dieu

Sorrentino, qui donne souvent dans la démesure, fait ici preuve d'une retenue remarquable.

Si La main de Dieu commence comme un Fellini (créatures fantastiques et conte baroque), il évolue vite vers une chronique familiale d'abord burlesque, puis tendre et dramatique.

Le film est beau comme un Amarcord assagi, trouvant une énergie brute et solaire dans le magnifique décor de la baie de Naples. Il est non seulement un voyage agréable au soleil qui nous fait découvrir l'amour fou d'une ville entière pour un footballeur, mais aussi un intéressant aperçu de la jeunesse d'un apprenti cinéaste.

Comme d'habitude, c'est magnifiquement filmé.

Paolo Sorrentino sur Christoblog : This must be the place - 2011 (***) / La grande belleza - 2013 (***) / Youth - 2015 (**)

 

3e

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Mes frères et moi

Quel joli film que ce premier opus de Yohan Manca. Il n'est pas d'une originalité folle, mais dessine avec beaucoup de sensibilité le tableau d'une fratrie veillant une mère mourante.

Le film glisse progressivement d'un noir tableau d'une cité de Sète (drogue, traffic en tout genre) à un tableau de groupe où chaque frère prend petit à petit à l'épaisseur.

Le grand frère, d'une nature violente, se laisse séduire progressivement par le personnage de la prof de chant. Le second, très touchant, se prostitue. Le troisième, écorché vif, cherche la bagarre à tout prix. Le petit garçon est formidable, parfois enfantin, parfois adulte, souvent naturel et aimant.

Le film ne souffre d'aucune baisse de rythme, ne cède pas à la facilité, et manifeste déjà une belle maîtrise dans tous les domaines (action, sentiments, mise en scène).

Une découverte.

 

3e

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West side story

Ce remake de Spielberg me laisse perplexe.

D'un côté, je salue la volonté de rendre plus accessible aux jeunes générations le monument qu'est West side story, en en donnant une version proche de la comédie musicale originale, un peu modernisée (les portoricains sont joués par des hispaniques).

D'un autre côté, je songeais avec délectation pendant le film, qui est un peu long et laisse des moments de loisirs, à une version transportée dans un quartier de LA de 2020, avec une intrigue entre hispanos et blacks, et des paroles transformées en rap... mais ce n'est pas le projet de Spielberg.

Le résultat est plutôt conforme au cahier des charge initial : c'est sympa à regarder, avec des points forts forts et des points faibles. Parmi les premiers, la classe de la jeune actrice Rachel Zegler et celle de la plus ancienne Rita Moreno (l'actrice qui jouait Maria dans le film de 1962), la qualité d'ensemble du casting, certaines scènes de chants et danse (celle de la prison). Parmi les seconds : la prestation d'endive de l'acteur Ansel Elgort, une photographie et des décors souvent vulgaires et trop artificiels, une certaine platitude dans la plupart des scènes de chant et de danse.

Le résultat final est un divertissement de Noël honorable.

Steven Spielberg sur Christoblog : Cheval de guerre - 2011 (*) / Lincoln - 2012 (**) / Le pont des espions - 2015 (***) / Pentagon papers - 2017 (***)

 

2e

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Licorice pizza

Le voilà, le grand film de Paul Thomas Anderson !

Les talents formalistes de PTA, qui ont pu bien souvent m'exaspérer, se fondent ici miraculeusement dans un creuset simple et complexe.

Simple parce que l'histoire ne peut sembler qu'une énième comédie romantique adolescente, complexe parce que le scénario mêle à cette simple trame plusieurs ambitions étonnantes : faire rire à travers une succession de saynètes délicieuses, dresser le tableau d'une époque en en reconstituant chaque détail, explorer les affres du passage à l'âge adulte, dresser de brillants tableaux psychologiques. 

Licorice pizza embrasse large et étreint bien. Le film est un banquet pantagruélique pour le cinéphile : l'interprétation des deux personnages principaux est incandescente, l'apparition de chaque personnages secondaires est un évènement (la rencontre de Tom Waits et de Sean Penn est d'anthologie), la mise en scène est virtuose mais toujours au service de la narration, le montage d'une fluidité rare.

Cette douce élégie dans ce qui constitue le jardin de PTA est donc un régal à tout point de vue, des premiers plans solaires au générique délicieusement rétro.

Le film de ce début d'année 2022, émouvant, beau, brillant.

PTA dans Christoblog : Punch-drunk love - 2001 (*) / There will be blood - 2008 (**) / The master - 2012 (*) / Phantom thread - 2017 (**)

 

4e

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Lamb

Incroyable cinéma islandais qui nous envoie régulièrement de nouveaux réalisateurs intéressants.

Dans Lamb, Valdimar Johannsson propose un exercice de style assez impressionnant. 

Bien entendu, le paysage islandais tient ici, comme souvent, une place essentielle : immenses étendues, importance du climat, cohabitation homme / animal, impression de solitude conférant aux habitations humaines le statut d'esquif précaire soumis aux éléments.

Le film commence d'une façon réaliste, assez classique. Même si a posteriori, certains plans de cette partie peuvent être vus d'une façon différente. Un peu avant sa moitié, Lamb prend un tournant que je ne dévoilerai pas, mais qui n'est pas véritablement une surprise. Il devient alors un objet réellement passionnant, paraissant naviguer à vue, et ménageant ses parts de surprises (le surgissement du frère).

Sa fin, étrange et déstabilisante, est véritablement un coup de force comme on en voit peu au cinéma. 

Noomi Rapace est impériale. C'est probablement le film à voir dans ce début d'année pour qui aime être surpris au cinéma.

 

3e

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Madeleine Collins

Madeleine Collins commence comme un thriller mystérieux et malsain, un peu comme excellait à en concevoir Claude Chabrol.

On prend beaucoup de plaisir à suivre Judith / Margot dans sa double vie en France et en Suisse : deux compagnons, deux vies, des mensonges, plusieurs enfants. 

Petit à petit, le tableau complet de la situation se dévoile à nous, au fur et à mesure que les personnages nous la font découvrir : c'est un processus classique qui transforme le spectateur en voyeur, et qui fonctionne ici parfaitement.

Malheureusement, le film se grippe un peu dans sa deuxième partie, une fois l'intrigue principale dévoilée. Plusieurs points faibles (une direction d'acteurs défaillante concernant les enfants, des maladresses scénaristiques, un montage qui s'étiole) viennent pondérer l'impression favorable que laisse toutefois le film au final.

Virginie Efira crève l'écran et justifie à elle seule qu'on aille voir le nouveau film d'Antoine Barraud. Il faut aussi noter deux participations de cinéastes amusantes dans des rôles non négligeables : Valérie Donzelli et Nadav Lapid. 

Antoine Barraud sur Christoblog : Le dos rouge - 2015 (**)

 

2e

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Belle

Quelle production cinématographique actuelle peut revendiquer autant de lâcher-prise, autant d'inventivité débridée que Belle ?

Aucune. Il faut l'âme d'enfant de Mamoru Hosoda, sa fascinante humilité au service de l'émotion, pour générer autant de vibrations sensorielles.

Tout n'est certainement pas parfait dans ce dernier opus, mais tout y est tellement sincère qu'on ne peut que se laisse entraîner dans le torrent d'idées qu'Hosoda parvient à brasser, mélange étonnant de quotidienneté déprimante et de rêveries fantastiques. Peu d'oeuvres sont à ce point capables de nous faire pleurer sur des idées aussi simples (et des chansons aussi vulgaires). L'art d'Hosoda, qui explosait déjà dans le fameux Summer Wars, se rend ici plus accessible, plus directement abordable.

Les quatorze minutes de standing ovation dans la salle Debussy cet été (c'est mon record à Cannes) ont démontré la puissance de l'évocation hosodienne : une magie de l'enfance est ici à l'oeuvre, mélangeant ses aspects les plus sombres et ses espoirs les plus fous. C'est sublime, jusqu'à cette fin mezzo voce, si représentative de l'état d'esprit de Hosoda, artisan de cinéma modeste et génial.

Mamoru Hosoda sur Christoblog : Summer Wars - 2010 (****) / Le garçon et la bête - 2016 (***) / Miraï, ma petite soeur - 2018 (**)

 

4e

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Un héros

Comme c'est souvent le cas quand un réalisateur s'expatrie, Asghar Farhadi retrouve pleinement son talent en retournant tourner dans son pays d'origine.

Un héros développe la petite mécanique farhadienne avec une précision diabolique : le bien et le mal semblent les deux faces d'une même pièce, on peut adopter les points de vue des différents personnages à tour de rôle et on est sans cesse tiraillé entre plusieurs considérations, perdu dans une galaxie de dilemmes moraux.

Le film est délicieux car totalement imprévisible : ce à quoi on s'attend n'arrive généralement pas, et à l'inverse Farhadi nous emmène dans des scènes à la fois improbables et férocement réalistes, comme celle de l'enfermement de Rahim dans le magasin.

Le meilleur film de l'iranien depuis Une séparation se termine sur un plan d'exception, peut-être le plus beau vu au cinéma cette année. Le cadre est composé de deux parties : à droite un avenir possible lumineux, à gauche celui vers lequel le personnage va se diriger, du fait de l'enchaînement des évènements, dont il est partiellement responsable (c'est cette finesse qui distingue ce film de celui, poussif et lourdingue, de Rasoulof). Au milieu, une zone grise, celle de notre conscience.

Un héros réussit de multiples prodiges. L'un des plus brillants est de parler merveilleusement bien des réseaux sociaux sans à aucun moment filmer un écran de téléphone : quel autre cinéaste peut être aussi intelligent ? Un autre est de ne pas répondre à la question comprise dans le titre.

Une fête pour l'esprit.

Asghar Farhadi sur Christoblog : Les enfants de Belleville - 2004 (***) / A propos d'Elly - 2009 (***) / Une séparation - 2010 (****) / A propos d'Une séparation : le vide avec un film autour / Le passé - 2013 (**) / Le client - 2016 (***) / Everybody knows - 2018 (**)

 

4e

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Où est Anne Franck !

Il y a deux films dans le dernier Ari Folman.

Le premier, plutôt agréable, trouve un équilibre presque parfait entre la vivacité intellectuelle de la jeune Anne Franck et l'imagination débordante du vieux réalisateur israélien. 

A ce titre, certains passages sont de véritables splendeurs visuelles (l'armée colorée, les soldats nazis, l'incursion dans le poste de radio, Clark Gable, les dieux grecs, l'arrivée aux enfers...). Le caractère enjoué et impertinent d'Anne, sa détermination sans faille sont très bien illustrés.

Il y a malheureusement un deuxième film beaucoup moins convaincant (et même lourdingue) dans Ou est Anne Franck !, c'est celui qui est centré sur l'amie imaginaire d'Anne, Kitty. Le parallèle que fait Folman entre la Shoah et la situation des migrants dans l'Europe d'aujourd'hui est pour le moins discutable. Les errements de Kitty et de son compagnon pickpocket dans l'Amsterdam contemporaine sont ainsi lourdement didactiques et nuisent finalement au propos

Pas facile du coup de conseiller ce film, pourtant édifiant pour les enfants et les adolescents. A vous de voir, je suis partagé.

Ari Folman sur Christoblog : Valse avec Bachir - 2008  (**) / Le congrès - 2013 (**)

 

2e

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Une femme du monde

La prostitution de proximité semble être un sujet qui intéresse les cinéastes contemporain(e)s comme en témoigne par exemple le récent (et très bon) Filles de joie.

Alors que les travailleuses du sexe de ce dernier film allaient exercer en toute légalité en Belgique, le personnage joué par l'excellente Laure Calamy se voit contrainte d'aller en Allemagne pour augmenter ses revenus et financer ainsi les études de son fils. Les deux films ont ceci en commun qu'ils montrent que nos voisins sont bien moins hypocrites que nous sur le sujet.

L'intérêt d'Une femme du monde ne tient qu'à un fil. Il faut l'alliance d'une interprète ravie de jouer avec son physique et d'une réalisatrice délicate et subtile pour qu'on accroche à cette proposition, d'une modestie attendrissante, qui fonctionne parfaitement bien. Tous les personnages sont admirablement dessinés (le fils, l'avocat, les collègues, le patron) et le fait que Marie assume parfaitement son métier est finalement plutôt original (la scène de la banque est formidable de ce point de vue).

Un beau portrait de femme, juste et émouvant.

 

2e

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L'évènement

Le parti pris du film est radical : se concentrer coûte que coûte sur le personnage d'Anne, qui apprend qu'elle est enceinte dans les années 50, et se trouve complètement seule face à son problème.

Ce parti pris se traduit de multiples façons. L'écriture par exemple ne s'égare sur aucune piste annexe : il ne faut pas rechercher dans le film un tableau d'ensemble, ni une analyse politico-sociale de l'époque. Les personnages secondaires sont volontairement réduits à de simples silhouettes traversant le cadre / la vie d'Anne (la famille, les amies, les ennemies, le professeur). 

La caméra épouse elle aussi le parti pris fondateur du film. Elle est rivée au cou d'Anne et à son visage, avec une profondeur de champ qui rend souvent son visage net et ceux des autres flous (on songe au style du Gus van Sant d'Elephant). La bande-son travaille elle aussi au but commun : ressentir l'histoire de cette jeune femme à travers ses sensations et ses émotions.

Dans son genre, le film est réussi et convaincant. Certaines scènes sont frappantes (si vous avez vu le film, vous voyez lesquelles), et utilement dérangeantes. 

Mais malgré toutes ses qualités qui sont grandes, il manque pour moi à L'évènement quelque chose qui le rendrait brillant et en ferait un très grand film, quelque chose que possédait un autre film sur le même sujet, le sec et parfait 4 mois, 3 semaines, 2 jours, de Cristian Mungiu, Palme d'or à Cannes.

 

3e

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Madres paralelas

On est bien chez Almodovar : décoration intérieure et costumes aux couleurs pimpantes (le vert omniprésent !), Penelope Cruz en muse, Rossy de Palma en second rôle, une intrigue alambiquée, l'opposition campagne / Madrid, une mise en scène d'une élégance rare, la petite musique d'Alberto Iglesias, la sensation du temps qui passe, l'orientation sexuelle flottante, les dilemmes moraux, et la famille.

Tout est là, mais je suis resté un peu extérieur au film, comme si j'assistais à un cours d'Almodovar. Le film n'est pas désagréable à regarder et emporte le morceau grâce à l'incroyable Penelope Cruz qui irradie l'écran, mais Madre paralelas est un exercice de style qui manque un peu de chair et d'épaisseur. Il faut attendre la toute fin pour éprouver une véritable émotion, lors d'une scène qui n'est par ailleurs pas totalement satisfaisante.

Le film plaira aux inconditionnels du réalisateur espagnol, qui retrouveront avec plaisir la petite musique devenue depuis plusieurs films sa marque de fabrique, ici jouée adagio, sans morceau de bravoure ni étincelle géniale. 

Pedro Almodovar sur Christoblog : Femmes au bord de la crise de nerf - 1989 (***) / En chair et en os - 1997 (***) / Etreintes brisées - 2009 (***) / La piel que habito - 2011 (***) / Les amants passagers - 2013 (**) / Julieta - 2016 (****) / Douleur et gloire - 2019 (****) / La voix humaine - 2020 (**)

 

2e

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Squid game

Au-delà de l'effet de scandale dû à l'impact de la série dans les cours d'école et de l'effet de hype provoqué par le fait que la série est la plus regardée de l'histoire de Netflix, que vaut vraiment Squidgame ?

Pour commencer, la série est extrêmement solide du point de vue scénario. La partie jeu mortel est très habilement menée : on est en permanence surpris, que ce soit par la nature des jeux, leur déroulement ou leurs implications morales.

Mais Squid game surprend surtout par ses à-côtés narratifs. Une grande majorité des trois premiers épisodes se déroule en dehors de l'île, et la façon dont la série décrit les travers de la société coréenne est très intéressant. Les relations entre les personnages, le basculement en milieu de série qui permet de comprendre le but des jeux, les péripéties concernant les gardiens : tous ces éléments renouvellent constamment l'intérêt.

La mise en scène et les moyens de la série impressionnent par leur démesure. Comme beaucoup de productions coréennes, Squid game est, de par son montage alerte et son identité visuelle, une réussite pleine d'efficacité qui n'a rien a envier aux productions américaines. La série atteint un haut niveau de réalisme, ne barguignant pas sur la cruauté et le sang, ce qu'une production US n'aurait pas pu se permettre.

Enfin, les acteurs sont tous et toutes formidables. La composition de Lee Jeong-Jae est en particulier saisissante dans sa variété.

Ce genre de série à suspense est une course en avant de surprises et d'effets qui peut se diluer ou se perdre au fil des épisodes dans de la surenchère irréaliste ou un délitement progressif. Squid game évite également cet écueil et négocie assez bien le piège de la dernière demi-heure, répondant avec une certaine élégance à plusieurs  questions, et en laissant irrésolues plusieurs autres, ce qui laisse augurer une seconde saison que l'immense succès mondial de la série rendait de toute façon indiscutable.

 

3e

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Homeless

Découvert lors du premier Festival du film coréen organisé à Nantes en 2021, ce court film (1h22) est une réussite.

Le jeune réalisateur Lim Seung-Hyeun s'intéresse à un sujet peu traité dans le cinéma coréen : les jeunes couples qui ne gagnent pas assez d'argent pour pouvoir se loger.

Le tableau dessiné est d'abord saisissant : la famille dort, comme d'autres, dans un magasin qui loue ses locaux pour la nuit. Quand, par hasard, meurt une vieille dame sans famille à qui le père a l'habitude de livrer ses repas, la tentation est grande de s'installer dans la maison.

Est ce que les dilemmes de conscience empêcheront la famille de profiter de l'opportunité ? Seront ils  repérés ? Et que faire du corps encombrant ?

On pense devant ce film modeste et délicat au formidable Un air de famille de Hirokazu Kore-Eda, l'amplitude en moins. Il y règne le même type de subtilité douce et les comédiens sont formidables.

Malheureusement, il est fort peu probable que le film sorte en France.

 

2e

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Olga

Olga réalise une double performance : il est à la fois un tableau fidèle et saisissant du sport de haut niveau, et un portrait de jeune fille très sensible.

Du premier point de vue, le film est un exploit comme on en voit peu. Bien souvent, le sport est mal représenté au cinéma : il est au pire caricaturé, au mieux esquissé à l'arrière-plan.

Ici on ressent physiquement le niveau d'effort et la maîtrise technique que nécessite la pratique de la gymnastique à un haut niveau. Le fait que les actrices soient elle-mêmes des gymnastes des équipes nationales (ou réserve) de l'Ukraine et de la Suisse expliquent bien sûr l'incroyable sentiment de réalisme que dégage le film.

Mais Olga n'est pas seulement un formidable film sur le sport, c'est aussi un très beau portrait de jeune fille. Nastya Budiashkina est à la fois solide comme un roc et vibrante comme une corde de violon. L'idée de confronter son immense volonté de performer à son amour de son pays natal est un ressort dramatique très puissant. 

La mise en scène est formidable à tout point de vue : photographie splendide, sens du montage spectaculaire (l'accident), brillant travail sur le son (la compétition à l'Euro), formidables transitions entre plans. 

A ne pas rater, un des sommets de l'année.

 

3e

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Memoria

Memoria est sûrement le film le plus abordable de son auteur, Apichatpong Weerasethakul.

Il possède d'abord une intrigue à peu près digne de ce nom : une scientifique entend parfois un bruit mystérieux, une sorte de bang, qu'elle seule semble percevoir. Elle va chercher à percer ce mystère.

L'histoire se développe cahin-caha, à coup de tentative d'explications scientifiques (un peu) et de quête mystique (beaucoup). Le personnage principal rencontre une sorte de médium, qui l'aide à franchir les frontières entre notre monde réel et celui d'où provient le bruit (il est le disque dur, elle est l'antenne, dit une des réparties du film).Tilda Swinton sert parfaitement le cinéma du Thaïlandais, étirant sa longue carcasse dans des villes et des paysages sud-américains magnifiquement filmés, comme toujours.

Le film est donc une longue rêverie déambulatoire au charme persistant. Il offre des scènes saisissantes, dont celle qui fournit au final l'origine du bruit entendu, d'une beauté à pleurer. Le moindre coin de rue est magnifié par la caméra du cinéaste palmé : c'est probablement ce qui se fait de plus beau d'un point de vue formel dans le cinéma contemporain.

Attention, on est tout de même chez Weerasethakul, donc mieux vaut être préparé et bien réveillé, car les plans sont longs et souvent fixes, les dialogues épars et le propos globalement assez abscons.

La meilleure introduction pour qui souhaiterait découvrir le cinéma de "Joe".

Apichatpong Weerasethakul sur Christoblog : Tropical malady - 2004 (***) / Oncle Boonmee - 2010 (*) / Cemetery of splendor - 2015 (**)

 

3e

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L'humanité

Incroyable deuxième film de Bruno Dumont.

Rarement un film m'aura à la fois autant dérangé, surpris et impressionné. 

Dérangé, parce que le début du film est profondément perturbant : un enchaînement d'images qu'on ne comprend pas, un personnage principal lunaire et mutique qui n'attire pas la sympathie, des images crues de cadavres et de sexe, une façon de filmer qui se plaît à jouer avec nos nerfs, entre naturalisme brut et stylisation à outrance.

Surpris, parce que la situation d'inconfort que le début du film installe se mue progressivement en interrogations : Que nous raconte exactement le film ? Qui a commis le crime abominable qui ouvre le film ? L'enquête de notre enquêteur emprunté aboutira-t-elle ? Quel est finalement mon rôle de spectateur : comprendre, deviner, ressentir, critiquer, imaginer ? Est ce que film va oser pousser à bout sa logique ?

Impressionné, parce qu'au final Dumont parvient à hausser progressivement le ton de son film pour aboutir finalement à une sorte de thriller métaphysique au goût de cendre. Les personnages endossent au cours du film des habits de nature presque divine, jusqu'au geste aberrant et christique qui clos cette incroyable aventure nordiste.

A la surprise générale, le film a obtenu Grand Prix, Prix d'interprétation masculine et féminine au festival de Cannes 1999 et a lancé la carrière de Bruno Dumont. L'acteur principal n'a jamais tourné dans un autre film. Au vu de sa prestation hallucinée, on comprend pourquoi.

Bruno Dumont sur Christoblog : P'tit quinquin - 2014 (**) / Ma Loute - 2016 (****) / France - 2021 (***)

 

4e

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Aline

Je ne me suis jamais intéressé à Céline Dion, ce qui est peut-être un tort. Je suis donc arrivé complètement vierge, et à vrai dire assez dubitatif, devant le film de Valérie Lemercier. 

Une des qualités d'Aline, c'est de commencer par un savoureux tableau de famille québécoise. Cette première partie est jouissive et extrêmement drôle. Elle met le spectateur dans d'excellentes dispositions, même s'il est circonspect, comme je l'étais.

Lorsque le talent de la petite fille commence à vraiment se manifester, le film prend un tour plus classique, commun à tous les biopics musicaux récents : premiers exploits, détection par un mentor, bifurcations hasardeuses, puis explosion progressive et son cortège d'interrogations et de risques. 

La particularité d'Aline, c'est qu'il n'est pas question ici d'addictions ou de déviances diverses, mais d'un autre type de problème : le curieux isolement dans lequel Aline se cloître plus ou moins volontairement. La description des relations entre Aline / Céline et Guy-Claude / René est aussi très belle, et pour tout dire émouvante.

Le film se concentre sur la personnalité et les relations de Céline Dion. Il ne s'intéresse que de très loin à son art et pas du tout au processus créatif qui aboutit aux fabuleux spectacles qui la rendront célèbre : autant le savoir avant d'entrer dans la salle si on est fan.

La performance de Valérie Lemercier est confondante. L'utilisation du deep fake pour plaquer son visage sur un corps d'enfant est bluffante. Tout le casting est formidable et la prestation de la doublure voix, Victoria Sio, est remarquable.

Je vous conseille ce bon film, à regarder au premier degré, qui vous intéressera, vous fera rire, et vous émouvra à coup sûr.


3e

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