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Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait

Pour peu qu'on ne soit pas allergique au style et aux motifs récurrent d'Emmanuel Mouret (des gens parlent ad libitum de leurs peines de coeur, et tout le monde veut coucher avec quelqu'un d'autre que celui ou celle avec qui il ou elle est), on considérera que ce dernier film est le grand oeuvre du cinéaste marseillais.

Le marivaudage élégant qui constitue sa marque de fabrique se teinte ici de tonalités plus graves et plus profondes. Le résultat est donc aussi brillant que d'habitude, une fois que la musique romehrienne des dialogues très écrit est intégré, mais également plus émouvant.

Toutes les composantes de Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait semblent d'ailleurs bonifiées : l'écriture est souveraine, le découpage du film parfait, l'utilisation de la musique (une sorte de best of de morceaux classiques pour piano) très pertinente, et même la mise en scène, usuellement quelconque chez Mouret, prend ici des couleurs.

Mais l'arme fatale du film, c'est le haut niveau d'incandescence que semblent atteindre acteurs et actrices. Camélia Jordana est brillante, Niels Schneider convaincant en Candide indécis, Guillaume Gouix impérial en goujat malgré lui et Vincent Macaigne trouve ici un de ses meilleurs rôles. Emilie Dequenne porte enfin le dernier arc narratif du film sur ses épaules et propose un personnage bouleversant. Sa prestation, exceptionnelle, justifie à elle seule la note maximale accordée au film.

Du grand Mouret.

Emmanuel Mouret sur Christoblog :  Un baiser s'il vous plait  - 2007 (****) / Fais moi plaisir - 2008 (**) / L'art d'aimer - 2011 (**) / Caprice - 2014 (**) / Mademoiselle de Jonquières - 2018 (***)

 

4e 

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Antoinette dans les Cévennes

Antoinette, c'est Laure Calamy. 

Et c'est peu dire que cette dernière porte tout le film, et trouve ici un rôle à la mesure de son talent, qui est immense. Son personnage de fille bien en chair, romantique et un peu nunuche, popularisée par la série  Dix pour cent, s'irise ici d'une palette de sentiments intenses et inattendus. 

Résumons brièvement le pitch du film : Antoinette, amoureux d'un homme marié, rejoint celui-ci qui randonne sur le chemin de Stevenson avec sa femme et sa fille. Bien sûr, l'initiative est ridicule et d'une certaine façon désespérée : on se doute bien que cela ne va pas évoluer vers une issue heureuse. L'intérêt du film est donc ailleurs, dans l'évolution progressive d'Antoinette sur les chemins cévenols. C'est évidemment dans le cheminement, et non dans le but poursuivi, qu'Antoinette va progressivement se transformer.

Cette subtile évolution du personnage est très agréablement servi par la fine écriture de la réalisatrice scénariste Caroline Vignal. Le film propose un cocktail réjouissant de scènes franchement drôles, de lignes narratives très amusantes (la réputation d'Antoinette qui la précède sur le chemin), de moments intenses et décalés (la belle conversation entre Antoinette et Eleonore), d'évocations feutrées du périple stevensonien (Le personnage de Patrick doit beaucoup à la Modestine de Voyage avec un âne dans les Cévennes), de beaux paysages et de personnages secondaires croqués avec tendresse et acuité.

Sans être renversant, Antoinette dans les Cévennes présente un grand nombre de qualités, qui en font une comédie fine et agréable, digne du label que lui a accordé le Festival de Cannes. 

 

3e

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La femme des steppes, le flic et l'oeuf

Autant être prévenu : le nouveau film du cinéaste chinois Quanan Wang est lent, contemplatif et il ne s'y passe pas grand-chose. 

Si vous acceptez ce postulat de base et ne vous attendez pas à voir une comédie policière débridée, ni même un aimable divertissement décalé à la Kaurismaki, alors vous avez quelque chance d'apprécier cette plongée en apnée dans la steppe mongole : ses étendues immenses, la solitude des êtres qui la peuplent.

De ces points de vue, La femmes des steppes, le flic et l'oeuf atteint en effet son but. En le regardant, on a un excellent aperçu de la vie quotidienne d'une éleveuse de mouton, on éprouve parfaitement l'immensité des espaces parcourus, on sourit à l'ubuesque attitude de la maréchaussée locale. Et le chameau est d'une grande beauté.

Le film n'est pas parfait (je m'attendais par exemple à une photographie de meilleur qualité), mais il est estimable par ses intentions, sa façon de nous mettre en prise directe avec la vie, ses passages agréablement burlesques et ses quelques élans poétiques, voire presque métaphysiques. 

De là à le comparer au chef-d'oeuvre de Nuri Bilge Ceylan, Il était une fois en Anatolie, dont il partage quelques éléments narratifs, il y a un grand pas que je ne franchis pas, à l'inverse de certains commentateurs.

Quanan Wang sur Christoblog : Le mariage de Tuya - 2007 (**) - La tisseuse - 2010 (*)

 

2e

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Adolescentes

Le nouveau film de Sébastien Lifshitz prouve une nouvelle fois l'extraordinaire puissance de la forme documentaire, quand elle est ainsi irriguée par des personnalités aussi riches que celles d'Emma et d'Anaïs.

Les deux jeunes filles sont cueillies dans leur années de troisième, et accompagnées jusqu'au bac, pendant cinq ans.

Cette longue période résumée en deux heures de film, pendant laquelle les deux filles deviennent des jeunes femmes, possède un parfum de "temps qui passe" qu'on rencontre très rarement au cinéma (j'ai pensé à Boyhood, de Richard Linklater). Le fait que le film soit tourné à Brive, avec la nature toute proche qui donne à voir le passage des saisons, ajoute à la lente fluidité du film.

Si Adolescentes est si attachant, c'est aussi parce que les deux amies ont des personnalités à la fois très marquées, et totalement dissemblables. Elles sont par ailleurs issues de milieux très différents, ce qui permet à Lifshitz d'interroger le déterminisme social en profondeur. Les deux amies intriguent vite le spectateur : pourquoi et comment peuvent elle être amies ? Emma est silencieuse et solitaire, et Anaïs est volontaire et sociale. Rien ne les prédispose à se rapprocher. 

Lifshitz suit ses personnages avec une attention d'une acuité remarquable. Il parvient à s'immiscer dans les sphères très privées de l'intimité, d'une façon qui frôle souvent l'indécence. C'est fascinant. Les parents et les proches sont aussi des personnages haut en couleur qui génèrent des sentiments d'une grande complexité chez les spectateurs (la mère d'Emma !). Certains évènements semblent scénarisés, tellement leur pouvoir dramatique est grand (l'incendie de la maison d'Anaïs, l'hospitalisation de sa maman) : la réalité surpasse la fiction dans ces séquences.

Adolescentes représente l'apogée de l'art du documentaire : à voir absolument.

Sébastien Lifshitz sur Christoblog : Les invisibles - 2012 (***)

 

4e 

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The climb

Chouchou de Thierry Frémaux au Festival de Cannes 2019 (on comprend pourquoi : le cyclisme, l'hommage au cinéma français) The climb s'avère être une bonne comédie américaine, fraîche et légère. 

Le film est construit sous forme de scènes indépendantes, séparées par plusieurs années et mettant en scène un couple d'amis un peu ratés : le séducteur Mike (joué par le réalisateur Michael Angelo Covino) et son double pataud, Kyle (joué par Kyle Marvin). Mike est meilleur au vélo que Kyle et couche avec ses futures femmes, ce qui n'empêche par les deux lascars de vivre une belle amitié, qui semble plus solide que toutes les relations qu'ils peuvent avoir des femmes.

On est donc dans un buddy movie qui vire à la bromance, éparpillé en tranches de vie dont certaines sont très drôles, et d'autres plus douces amères.

Le film n'a guère d'autres ambitions que de nous faire sourire en nous intriguant, et parvient à le faire avec un certain brio au détour de scènes en général très bien filmées, je pense par exemple à cet admirable plan extérieur le soir de Noël à l'extérieur de la maison.

Un film délicat, très agréable dans son absence de prétention.

 

3e

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Beloved

Présenté comme le deuxième volet du formidable Chained, Beloved n'a en fait pas grand-chose à voir avec l'autre film de Yaron Shani. 

Le personnage d'Avigail n'est en effet pas vraiment le principal personnage du film, et son mari Rashi n'apparaît pas. Ceux qui attendait donc un autre point de vue sur cette histoire de couple (et sur la fin dramatique que dessine Chained) seront décus.

Shani continue donc de nous égarer dans un labyrinthe de sensations et d'émotions qui dégage une impression de réalité confondante. En plus d'Avigail, on découvre dans Beloved deux nouvelles personnalités féminines d'une grande complexité, deux soeurs qui s'opposent frontalement alors que leur père se meurt. 

La faculté de Shani de restituer une ambiance s'avère ici encore exceptionnelle (la "retraite" qui regroupe toutes ces femmes qui cherchent tendresse et compréhension) et la violence de certaines scènes (la dispute principale entre les deux soeurs) est sidérante.

C'est du grand cinéma, même si j'ai été un poil moins enthousiaste que devant la sombre compacité de Chained, du fait de certaines longueurs. Dans quelques semaines, un troisième film de la même série, Stripped, sera sur nos écrans, j'en salive d'avance.

Yaron Shani sur Christoblog : Ajami - 2010 (****) / Chained - 2020 (***)

 

3e

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The perfect candidate

Après un détour bizarre vers le cinéma britannique (le passé inaperçu Mary Shelley), Haifaa Al Mansour revient tourner en Arabie saoudite, dans un esprit qui rappelle celui de son premier film très réussi de 2013, Wadjda.

On suit donc ici les mésaventures de Maryam, jeune médecin qui se trouve embarqué par hasard dans une élection municipale, parce qu'elle voulait simplement goudronner la route qui mène à sa clinique. Bien entendu, elle va devoir se heurter à la perplexité incrédule de la population (masculine, mais pas seulement) et va devoir affirmer sa détermination.

En parallèle de cette histoire plaisante, mais balisée, on suit également son père, veuf inconsolable qui se réfugie dans la musique et va, lui aussi, vivre une émancipation libératrice.

Le tout est rondement mené, éminemment sympathique, et se suit avec une curiosité amusée : on ne voit pas si souvent la vie quotidienne de l'upper middle class saoudienne, et les méthodes de Maryam (réussir une campagne électorale en 10 points) sont parfois à la limite du burlesque.

Dans ce film où personne n'est méchant, la figure éclatante de l'actrice Mila Alzahrani irradie la pellicule. Un chouette divertissement.

Haifaa Al Mansour sur Christoblog : Wadjda - 2013 (****)

 

3e

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L'infirmière

De film en film, Koji Fukada construit une oeuvre riche et singulière, qui en fait un des réalisateurs les plus intéressants au niveau mondial. 

Après la violence feutrée et intense de Harmonium, et le climat élégiaque de Au revoir l'été, le réalisateur japonais s'essaye ici à un exercice de style hitchockien de très haut niveau. Comme maître Alfred, Fukada parvient ici à brouiller les pistes d'une façon limpide, tout en ne psychologisant jamais : l'avancée de l'intrigue ne résulte que de la succession des évènements à l'écran, et non de l'expression des sentiments des personnages.

Elégance de la mise en scène, sûreté du jeu d'acteurs, richesse et profondeur des thématiques abordées, précision du montage et du son : le film est intellectuellement jouissif et raisonnablement pervers. 

A noter que c'est l'une des premières fois où je vois évoquée (même indirectement) l'homosexualité féminine dans un film japonais contemporain. 

Je le conseille vivement.

Koji Fukada sur Christoblog : Au revoir l'été - 2014 (***) / Harmonium - 2017 (****)

 

3e

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Light of my life

Survival sous lexomyl, film apocalyptique du quotidien, Light of my life rappelle plein de films différents (La route, Les fils de l'homme, Captain Fantastic), sans ressembler vraiment à aucun.

Résumons brièvement le propos du film : une épidémie méchamment sexiste a éliminé toutes les femmes de la Terre. Enfin, presque. La petite Mar n'est pas morte, et erre avec son papa (le gentil Casey Affleck) qui la fait passer pour un garçon pendant qu'il le peut encore (la puberté menace).

C'est un peu près tout. Le film consiste donc à suivre les déambulations plus ou moins erratiques du couple père/fille, entrecoupées de rencontres par forcément agréables avec différents protagonistes.

L'atmosphère du film est douce, paisible et comme recueillie. Ce qui intéresse Affleck, c'est la description de la relation père fille plutôt que l'esbrouffe violente (même si certaines scènes sont très prenantes). La forêt est particulièrement bien filmée et les flash-backs dans lesquelles apparaît la mère disparue (Elizabeth Moss, l'actrice de La servante écarlate, tiens, tiens) sont apaisants.

Malgré toutes ses qualités, surtout formelles, on ne peut pas nier que le film pourra ennuyer un peu du fait de sa longueur exagérée. Mais c'est globalement de la belle ouvrage, dans le genre "maniaco-dépressif en pleine nature".

 

2e

 

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Family romance, LLC

Dans Family romance, LLC, Werner Herzog multiplie les mises en abyme.

Le film est une fiction qui raconte comment au Japon on peut louer les services de comédiens pour jouer des proches dans certaines occasions.

Mais cette fiction flirte avec le documentaire : l'acteur principal est en réalité le patron de la firme en question, et on peut penser que plusieurs scènes sont directement tirées d'expériences réelles. Comme Herzog opte pour une esthétique vidéo assez laide et comme filmée au téléphone portable (350 minutes de rush seulement !), le film dégage une ambiance de docu-fiction ambivalente.

Le résultat est inégal mais très intéressant. Le début du film est fascinant. Herzog y démontre une fois de plus son appétit vorace de faire oeuvre de cinéma : les émotions explosent à l'écran, chaque moment apparaît comme potentiellement d'anthologie (la scène où un employé de l'agence joue le rôle du père de la mariée, par exemple). On est saisi par un vertige qui résulte du contraste entre l'extrême formalisme des relations au Japon et le côté profondément mélancolique des situations qui se jouent devant nos yeux.

Malheureusement, le film s'affaiblit un peu en son milieu et se délite progressivement jusqu'à une dernière scène un peu tirée par les cheveux, dont on peine même à comprendre le sens. 

L'ensemble est tellement saisissant dans son propos comme dans sa forme que Family Romance, LLC mérite tout de même d'être vu.

 

2e

 

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Le sel des larmes

Philippe Garrel fait toujours un peu le même film : noir et blanc plutôt classe, états d'âmes parisiens, dialogues assez littéraires.

Bref, du cinéma d'un autre siècle diront certains, qui me laisse habituellement assez perplexe.

Dans cet opus toutefois, les errances rohmériennes du personnage principal se teintent de nuances plutôt inaccoutumées chez Garrel : une cruauté distanciée parfois brutale, une escapade en province, une belle relation au père, un personnage principal qui exerce un métier manuel (ébéniste),  une ouverture à des acteurs/trices d'origines diverses.

Le résultat est un film très agréable qui nous surprend souvent et qui parfois nous ébloui par l'excellence de sa mise en scène. Des trois "segments" du film, chacun centré une femme (Djemila / Oulaya Amamra, Geneviève / Louise Chevillote / Betsy / Souleyla Yacoub) le premier est le plus beau. Le coup de foudre entre Luc et Djemila est superbement évoqué, et l'actrice de Divines révèle ici un talent réel, dans une composition à l'opposé de celle qui lui a valu de se faire connaître.

Mon film préféré de Philippe Garrel à ce jour.

Philippe Garrel sur Christoblog : La jalousie - 2013 (**) / L'ombre des femmes - 2015 (**)

 

3e

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Chained

Incroyable vitalité du cinéma israélien, qui nous propose ici un petit chef d'oeuvre plein d'intensité et de variété.

En suivant l'itinéraire de cet ours mal léché (je ne peux pas m'empêcher de penser au Denis Ménochet de Jusqu'à la garde), on parcourt à la fois le spectre de la masculinité bafouée, et celui de la société israélienne.

C'est puissant, excellemment filmé, magnifiquement interprété, et intrigant au possible. On a hâte de découvrir le deuxième volet de ce tableau du couple moderne, Beloved.

A signaler que le réalisateur de ce film est également l'auteur d'une oeuvre trop injustement méconnue, l'exceptionnel Ajami.

Foncez-y, c'est un des meilleurs films actuellement sur les écrans.

 

3e

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Tout simplement Noir

Si l'entreprise est louable (faire à la fois rire et réfléchir sur le thème de "Qu'est ce qu'être Noir aujourd'hui en France"), le film de Jean Pascal Zadi et John Wax ne m'a pas entièrement convaincu.

Au rayon des points positifs : une volonté d'autodérision qui fait souvent mouche. L'esprit de Candide est vraiment présent dans ce film, à travers toute une série de velléités militantes qui, justes dans l'esprit de notre anti-héros, se heurtent à leur contraire, ou à une autre cause tout aussi juste.

Le film est de ce point de vue très malin en renvoyant tous les acteurs à leur propre conception du racisme (ou de l'anti-racisme). Rien n'y est simple et tout mérite d'être contextualisé : c'est la morale du film.

A l'aune de cette recherche de sens souvent pertinente, la qualité comique du film ne mérite pas d'être vraiment relevée, et a sûrement fait l'objet d'une survente dans la presse. En effet, le film n'est pas vraiment drôle. La suite de sketchs avec célébrités qu'il propose sera diversement appréciée suivant les goûts de chacun. Pour ma part, j'ai par exemple vraiment trouvé l'escalade avec Fabrice Eboué et Lucien Jean Baptiste assez géniale, alors que l'intervention d'Eric Judor m'a laissé de marbre.

Tout simplement Noir tente sur la fin un virage à 180 degrés vers le sérieux à travers une agression de policiers blancs, filmée avec le plus grand sérieux. On sait que le film a été imaginé et tourné avant les évènements ayant suivi la mort de George Floyd, mais ce moment m'a laissé un goût amer dans la bouche, celui d'un opportunisme en décalage de phase. C'est sûrement injuste, mais je n'ai pu m'empêcher de penser que cette scène, toute en rupture de ton, nuisait au film plutôt que l'inverse.

Chacun se fera son opinion sur ce dernier point, mais au final Tout simplement Noir est suffisamment original pour mériter d'être vu.

 

2e

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Les parfums

Voici un film qui ne présente aucun défaut majeur. Ni aucune qualité notable.

J'ai donc beaucoup de mal à en dire du mal : l'interprétation est très solide (Emmanuelle Devos et Grégory Montel sauvent le film), la mise en scène inodore, le scénario inoffensif. 

J'ai aussi du mal à en dire du bien : le film ne présente quasiment aucun intérêt, à part celui d'être dans une salle de cinéma à regarder une histoire sans grands enjeux, sans sexe, sans amour, sans violence, sans exposition de la réalité sociale contemporaine, sans suspense mais raisonnablement bien filmée.

Le film s'égare un peu entre différents sujets anodins (le père divorcé en mal de reconnaissance, l'anosmie comme maladie professionnelle). Comme c'est fait avec beaucoup de conscience professionnelle et de modestie, Les parfums nous incite à la bienveillance critique.  

A vous de voir.

 

2e

 

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L'homme de Rio

La dernière fois que j'ai vu ce film, je devais avoir douze ou treize ans. Inutile de dire que je ne me souvenais pratiquement de rien, si ce n'est d'une sorte de pétillement de champagne permanent.

Revoir L'homme de Rio quarante après procure une drôle de sensation. Si l'impression de vitesse permanente est toujours bien là, générée à la fois par les mouvements de caméra, le jeu des acteurs et la science du montage, il faut reconnaître que le film n'a pas tout à fait bien vieilli. 

Il faut d'abord dire que le scénario n'est pas très intéressant, et qu'il est servi par des dialogues minimum. La qualité technique de l'image et du son m'a paru également très moyenne : le film mériterait une bonne restauration (à moins que ce soit mon DVD TF1 Video !).

Le plus impressionnant dans le film de De Broca, c'est la présence physique de Jean-Paul Belmondo, véritable monstre d'énergie, musculeux et puissant. Il y a quelque chose de surnaturel en lui, y compris quand il se contente de marcher.

L'autre caractéristique du film qui frappe aujourd'hui, c'est sa naïveté joyeuse, réjouissante dans le dépouillement total qui est celui dans lequel se déplace Adrien, et symbolisée par la fameuse voiture rose aux étoiles vertes.

Une friandise désuète, dans l'esprit assez proche de la naïveté déterminée qu'on trouve chez Tintin.

 

2e

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Dark waters

Dark waters, s'il n'est pas un chef d'oeuvre, est un exemple de ce que le cinéma peut produire de plus riche et de plus gratifiant pour le spectateur.

Tout est en effet porté à haut niveau d'excellence dans ce dernier film de Todd Haynes. On savait ce dernier grand styliste, mais il porte ici l'art de la mise en scène à son plus haut niveau : tout est habile, beau, stylé dans ce que Haynes propose, des couleurs magnétiquement grisâtres aux plus subtils mouvements de caméra. 

L'interprétation de Mark Ruffalo atteint ici une intensité inusitée (même si dans Spotlight et Foxcatcher, il était déjà formidable), pleine de failles et de creux. Rarement la sourde obstination d'un justicier laborieux aura trouvé si parfaite illustration.

L'aspect documentaire donne au film une profondeur incroyable : rien n'y est simple, tout y est long. 

Pas forcément facile d'accès, Dark waters enthousiasme par sa puissance et sa densité. Un must de 2020.

Todd Haynes sur Christoblog : Loin du paradis - 2002 (*) / Carol - 2015 (*) / Le musée des merveilles - 2017 (****)

 

4e 

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The big Lebowski

Il est toujours intéressant de se frotter à la vision tardive d'un prétendu "classique". C'est pourquoi, profitant d'une offre FNAC avantageuse, j'ai visionné hier soir l'archétype du film culte, The big Lebowski.

On voit très vite pourquoi le film des Coen bénéficie de cet aura quasi-magique : son héros est un parangon de coolitude et le style des Coen amplifie cette coolitude à la puissance dix (les passages oniriques, la bande-son, les contrastes avec les mecs "pas cool"). Quelques vieilles recettes (le buddy movie entre deux personnages assez dissemblables, des punchlines qui établissent une légende, des têtes de turc que tout le monde aime détester - comme les Eagles) et le tour est joué.

Le résultat est certes un film agréable, qui se regarde sans déplaisir, mais qui au final paraît un peu daté et dont les vives couleurs peinent à masquer la vacuité narrative et émotionnelle. L'intrigue est loin d'être passionnante et les références sont écrasantes : en gros le film tente d'être un Grand sommeil sous weed.

Ce n'est donc pas The big Lebowski qui va me faire changer d'opinion sur les Coen, qui m'ont toujours paru être d'habiles faiseurs surcôtés, qui parviennent souvent à être en légère avance de phase sur leur époque, ce qui explique leur succès.

Les frères Coen sur Christoblog :  No country for old men - 2007 (**) / Burn after reading - 2008 (**) / A serious man - 2009 (*) / True grit - 2010 (*) / Inside Llewyn Davies - 2013 (**) / Ave César ! - 2016 (*) 

 

2e 

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Cancion sin nombre

Sans sa sélection à la Quinzaine des réalisateurs en 2019, difficile d'envisager un accès aux salles françaises pour ce film péruvien assez pointu, tourné en noir et blanc et dans un format 4:3, et racontant la sordide histoire d'une mère dont on vole le nourrisson. Dans ce cas comme dans beaucoup d'autres, le Festival de Cannes prouve sa vocation essentielle de passeur, toutes sections confondues.

Cancion sin nombre est donc d'une grande beauté formelle. Tourné dans un noir et blanc plutôt gris, au grain un peu épais qui rappelle plus Bela Tarr que le piqué incroyablement précis de Roma, le film enchante souvent par la symétrie de ses plans, la sourde poésie qui s'échappe des paysages désolés comme des tableaux urbains de la pauvreté quotidienne, sa mise en scène élégante, sa façon triste de donner à voir un écran obstinément obscur, dans lequel on distingue à peine deux nuances de noir, ou la fragile lueur d'une bougie.

Une fois dit la splendeur de l'expérience visuelle, il faut reconnaître que le reste laisse à désirer, même si le montage est assez alerte, les acteurs convaincants et l'histoire intéressante. C'est que le scénario peine à unifier les différentes histoires montrées (la maman désespérée, l'histoire d'amour du journaliste gay, son enquête parcellaire). 

Au fur et à mesure que le film avance, il est de plus en plus évident que son horizon ultime est la perfection formelle plus que tout autre chose : c'est sa limite.

 

2e 

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Il était une fois dans l'Est

Présenté à Cannes 2019 dans la section Un certain regard, ce modeste film russe n'aura donc pas eu les honneurs d'une sortie dans les salles françaises, par la faute de ce satané Covid. Vous pouvez le voir en VOD cette semaine sur plusieurs plateformes, dont Canal et Orange VOD.

Rien de renversant ici. Une chronique douce amère (et parfois burlesque) d'un double adultère qui s'écoule au fil des quatre saisons, entre une femme quelconque et un routier anodin. Leur histoire n'est ni exceptionnelle, ni insipide. La réalisatrice Larissa Sadilova distille une petite musique typiquement russe, qui évoque aussi bien la compassion de Tchékov que l'ironie de l'âme slave. 

Les mésaventures de nos amants (la femme est ici la plus décidée, comme souvent) sont sans attrait particulier, et il faut bien regarder dans les personnages secondaires et les mini-péripéties de ce récit minimaliste  pour trouver son plaisir : celui de l'immensité des petits sentiments, errant dans la petitesse de ces vastes espaces.

Une cinéaste à suivre.

 

2e 

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Filles de joie

Beau et sensible portrait de trois femmes, Filles de joie se distingue par un montage très intelligent et un sens du rythme qui ne se laisse jamais prendre en défaut.

Si le sujet (la prostitution) a déjà fait l'objet de mille traitements au cinéma, il trouve ici une déclinaison "près de chez vous" assez originale. Les trois actrices sont formidables et font de ce film une oeuvre profondément féminine, plus encore que féministe. Sara Forestier est vulnérable, sexy, vulgaire, énervée. Noémie Lvovsky est incroyable en pute mature mère de famille et Annabelle Lengronne, révélation du film, est explosive.

Les hommes n'ont évidemment pas le beau rôle dans ce tableau : ils sont au mieux faibles, au pire pervers.

La prostitution de proximité en Belgique est montrée ici sous un angle quasi documentaire par Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevitch, qui donnent à voir un tableau du Nord foncièrement réaliste. Filles de joie se termine par une très jolie scène, pleine de joie et de légèreté, efficace et agréable, à l'image du film.

Je le recommande chaudement.

 

3e

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