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Christoblog

L'intrusa

L'intrusa, présenté à La Quinzaine des réalisateurs 2017 (où je l'ai vu), n'a bénéficié que d'une sortie confidentielle en France. 

C'est dommage, parce que ce film quasi - documentaire est intéressant à plusieurs titres.

Giovanna gère un centre qui accueille des enfants défavorisés dans la banlieue de Naples. Quand une des familles logée dans l'enceinte du centre héberge un assassin de la Camorra, une question se pose :  faut-il l'expulser, comme le demande les familles des parents et les professeurs (qui considèrent avec raison le centre comme une alternative à la mafia) ou pas ?

C'est ce cas de conscience qui donne tout son sel au film. Chacun aura sa propre opinion sur le sujet, et en changera très probablement au cours du film.

La manière de filmer de Leonardo di Constanzo, très naturaliste, est convaincante. Les acteurs sont tous formidables. Le film péche peut-être un peu par les propres limites qu'il s'impose, mais le résultat est tout de même assez cohérent  pour que le film puisse être conseillé.

 

2e

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A ghost story

Comme Ida, de Pawel Pawlikowski, ou The young lady, de William Oldroy, A ghost story est un film de petit malin.

Il en a toutes les caractéristiques, la première d'entre elles étant une tendance à adopter un formalisme tape à l'oeil qui fait "cinéaste". Ici, c'est le format 4:3 aux coins arrondis (un peu ringard), la musique envahissante, les plans à rallonge, la photographie grisâtre, les ellipses osées, les lents travellings, le hiératisme sculptural des scènes avec le fantôme.

Le deuxième point commun des films de petit malin est de préférer à la narration un dispositif spectaculaire visant à coincer le spectateur dans des recoins, et à le manipuler, par un effet de surprise totalement gratuit par exemple. Le résultat est que pour la plupart des spectateurs, il sera impossible de ressentir une émotion. Pour certains autres (les films de petit malin ont toujours une phalange d'admirateurs transis), il faut supposer que la cohérence stylistique du film puisse causer un effet positif.

Enfin le film de petit malin a toujours un aspect "regarde donc comme je suis intelligent" un peu poseur, qui se traduit par un twist ou une évolution inattendue de l'intrigue. En toute logique, cette vaine tentative de faire brillant dégonfle le film comme un ballon de baudruche. Dans A ghost story, si la façon dont le temps s'écoule est assez bien vue, la boucle temporelle (déjà traitée dans de nombreux films, qui d'ailleurs ont toujours beaucoup de mal à s'en sortir proprement) fait pschittt, un peu comme le fantôme lui-même.

Un produit typique de Sundance, sorte de variante minimaliste du new-age malickien made in Austin, dont vous pouvez parfaitement vous dispenser.

 

1e

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Mariana (Los perros)

On avait repéré Marcela Said avec son précédent film L'été des poissons volants.  La voici de retour avec une oeuvre élégante et froide. 

Mariana, la quarantaine bourgeoise, cherche à s'émanciper de son père et de son mari. Elle se rapproche de son professeur d'équitation au passé trouble. A partir de ce synopsis minimal (mais qui résume assez bien la totalité du film), la réalisatrice tisse un écheveau de situations assez convenues, mais qu'elle tente de rendre décalées et mystérieuses : il faut par exemple un certain temps pour comprendre quel est le sujet du film.

Le résultat est assez réussi, et si le film n'est pas vraiment palpitant, il intéresse par sa maîtrise technique assez remarquable et par un goût extrêmement sûr. Les thématiques abordées (frustration sexuelle, condition de la femme au Chili, digestion des années de dictature) ne sont qu'effleurées, et c'est un peu dommage.

Le véritable intérêt du film tient finalement dans son personnage principal, joué avec brio par Antonia Zegers, tour à tour gaie, belle, énervante, triste, délurée, réfléchie, vulgaire et dépressive.

On a hâte de voir ce que peut faire Marcela Said à partir d'un scénario plus riche.

 

2e

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Le sens de la fête

Il y a dans le cinéma de Toledano / Nakache une volonté de bien-faire, un respect pour le travail des acteurs et une sorte d'aversion pour la vulgarité crasse qui place le duo dans la lignée d'une comédie française à la Gérard Oury.

Difficile en effet de ne pas comparer la prestation de Bacri à celles qu'offraient Louis de Funès ou Bourvil au réalisateur du Corniaud.

Les ressorts comiques étaient chez Oury à la fois prévisibles et délicatement efficaces, exactement de la même façon qu'ici Vincent Macaigne enchaîne les différentes variantes d'un même running gag. 

Ce n'est jamais franchement hilarant, mais presque toujours plaisant, et même touchant (la scène du concert improvisé est un parangon d'efficacité). La diversité des thématiques évoquées (l'amour du métier, le sens de la débrouillardise), l'efficacité de la mise en scène et la performance des acteurs rendent le film diablement aimable. 

On ne peut vraiment lui reprocher que deux éléments : les histoires d'amour un peu gnan-gnan et des procédés qui tournent trop facilement à la répétition. C'est peu de chose, en comparaison du plaisir simple qu'il procure.

Une excellente soirée détente.

 

2e

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Makala

On peut parier sans grand risque que le nom d'Emmanuel Gras deviendra bientôt familier aux oreilles des cinéphiles du monde entier. Makala est en effet un second film d'une puissance exceptionnelle.

Résumons brièvement ce que cet admirable documentaire nous raconte : Kabwita est un jeune villageois qui espère donner à sa famille une vie meilleure. Il fabrique du  charbon de bois (tiens, comme dans Les gardiennes), et va le vendre à la ville, après un épuisant voyage de plus de cinquante kilomètres, durant lequel il pousse son vélo chargé de charbon.

Dès les premières scènes, dans lesquelles Kabwita abat un arbre, on est comme pétrifié par le beauté des images, la qualité de la bande-son (le vent !) et la présence à l'écran de Kabwita. Quand ce dernier se retrouve sur la route, le film prend une dimension mythique et se transforme en une sorte de suspense du minimal. Le vélo tiendra-t-il jusqu'au bout du voyage ? Kabwinta parviendra-t-il à pousser son chargement au sommet de la colline ? Vendra-t-il ses sacs à bon prix ?  Evitera-t-il les bandits et les policiers corrompus ? 

En nous faisant ressentir physiquement les aventures de son personnage principal (le soleil qui tape, l'inquiétude que génère la nuit, la désorientation que procure l'arrivée en ville), Emmanuel Gras se révèle être un cinéaste d'exception. Ses plans sont magnifiques, ses images somptueuses. Le film respire le cinéma, jusqu'à une scène finale absolument bluffante. Du grand art.

 

4e 

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Un homme intègre

Les références que convoque le dernier film de Mohammad Rasoulof sont plutôt flatteuses : l'argument ressemble en partie à celui du chef d'oeuvre de Zvyagintsev Leviathan (la lutte du pot de terre contre le pot de fer, en pays corrompu) , alors que le style, à base d'ellipses délibérées, évoque irrésistiblement celui de Farhadi, en particulier dans Une séparation.

Un homme intègre est un poil moins convaincant que les films précédemment évoqués, principalement parce que l'interprétation de l'acteur principal est trop monocorde. Il constitue toutefois une pièce de choix, qui révèle son intérêt principalement dans la dernière partie. 

Pour résumer le propos sans déflorer l'intrigue plus que nécessaire, on dira que l'homme juste doit réfléchir à deux fois à ce qu'il fait (d'une part) et que l'apparence est parfois bien éloignée de la réalité (d'autre part). Vous pouvez penser qu'il s'agit là de bien communes banalités, mais le mérite de Rasoulof est d'en fournir une illustration complexe, en multipliant les fausses pistes. 

Le film a de nombreuses qualités : il dresse un tableau saisissant de l'Iran contemporain (corruption à tous les étages), joue avec la notion de bien et de mal sur un mode dostoïevkien, et bénéficie d'une qualité de photographie et de mise en scène évidente.

A ne pas rater pour les amoureux de cinéma iranien.

 

3e

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Star Wars - Les derniers Jedi (VIII)

Dans l'espace rien de nouveau.

Les personnages découverts dans l'épisode précédent donnaient un certain intérêt à ce qui aurait pu passer pour un renouvellement. Les personnages de Rey, Poe, Finn et Kylo laissaient augurer un rajeunissement des thématiques. 

Malheureusement, l'espérance a été de courte durée. Cet opus reproduit des schémas qu'on a déjà vu plusieurs fois dans la saga : combats pétaradants, difficile rapport au père, chastes amourettes, soldat-playmobils, petit animal tout mignon et trouble frontière entre le Bien et le Mal. Il semble d'ailleurs un instant dans le film qu'on puisse être macronien dans le cosmos, c'est à dire en même temps du côté de la lumière, et en même temps du côté obscur. C'est le plus intéressant.

Les pauvres traits d'humour sont assez pitoyables, les décors bien en-deça de ce qu'a proposé récemment 2049 et le scénario brille par un manque complet d'originalité. Malgré les énormes moyens dont dispose la franchise, le réalisateur Rian Johnson, qu'on a vu plus inspiré, ne parvient jamais à enthousiasmer, sauf peut-être dans la jolie scène des répétitions à l'infini dans la caverne. Il assure le boulot de façon tout juste convenable. C'est bien peu pour ne pas s'ennuyer pendant ces 2h32 de baston galactique et de combats au sabre laser, filmés comme on filmait les duels dans les vieux films de cape et d'épée. 

Star wars sur Christoblog : Le réveil de la force (VII) - 2015 (**)

 

2e

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Coco

On trouve dans Coco tout ce qui fait un bon dessin animé.

D'abord un scénario très malin, qui sait parfaitement jouer avec les différents tons, et qui déploie des arabesques pleines de subtilité dans une atmosphère nostalgique. Une audace visuelle ensuite, traduite par la vision féérique de la ville des morts, et plus particulièrement par ces animaux imaginaires aux couleurs chatoyantes. Et enfin les éclairs de fantaisie qui font sourire, ici parfaitement illustrés par les cabrioles de Dante, chien nu mexicain.

Le film représente donc la fusion presque parfaite du monde Disney (les enfants aux grands yeux, le haut potentiel lacrymal de l'histoire, les morceaux de bravoure admirablement chorégraphiés) et de la marque Pixar (transformer un film en expérience quasi-métaphysique, oser les thématiques trangressives). 

Le résultat est jouissif, parfaitement rythmé et débarrassé des scories qui encombrent parfois les Disney (les affreuses chansons de La reine des neiges par exemple). On sort ravi de la salle, même si au final le vertige narratif est un peu moins grand que dans Vice-Versa, et la poésie nettement moins osée que dans Wall-E.

Un spectacle idéal pour Noël, à voir toutes générations confondues.

 

3e

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Big little lies

Ca commence un peu bizarrement, comme un clip épileptique qui ne trouverait pas le bon ton.

Jean Marc Vallée, le réalisateur canadien qu'on peut selon son humeur qualifier de tâcheron sous amphétamine ou de génie du mauvais goût, propose une mise en scène qui cherche à tout prix l'esbrouffe.

On se dit que ce n'est vraiment pas la peine de mettre autant de plans dans si peu de minutes quand on dispose d'un casting aussi brillant (Nicole Kidman, Reese Whiterspoon,  Alexander Skarsgard, Laura Dern), mais bon, cahin caha, on enfile les épisodes avec un intérêt au mieux croissant, a minima fluctuant. 

Pas mal de bonnes choses dans ce Desperate Housewives bobo et californien, notamment la faculté de nous mettre mal à l'aise à peu près tout le temps (on pense au Carnage de Polanski), mais aussi un monceau de scories en tout genre : plan inutile, montage à la mords-moi-le-noeud et singeries de sensibilité new age. De tout cela, je ne sais pas trop quoi penser. La vision des sept épisodes a été plutôt décevante au début et à la fin, et parfois réjouissante au milieu.

Mention spéciale au couple Nicole Kidman / Alexander Skarsgard, générant une dose d'inconfort rarement atteint dans une série.

 

2e

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Les gardiennes

Quel film moderne ! 

Bien sûr, certains se gausseront de cette introduction et s'étonneront : "Est-ce moderne de prendre son temps pour filmer les travaux des champs  ?" Et bla bla bla sur les champs de blé, les gros boeufs qu'il faut pousser et l'écoulement des saisons.

Pour ma part, je pense que Beauvois est aussi moderne que Millet l'a été (et je conseille la superbe rétrospective que lui consacre le Palais des Beaux-Arts de Lille). Il est en effet franchement osé en 2017 de filmer tout un film en décors naturels, en respectant les lumières et les saisons, et de proposer une histoire d'apparence classique (mais qui se révèlera pleine de surprises).

Le film s'avère être au final tout autre chose que la sage illustration des bienfaits champêtres : il est avant tout une féroce critique de l'égoïsme commun (on est toujours le pauvre de quelqu'un) et un tableau saisissant de tous les aspects de la féminité.

En plus de ses qualités mélodramatiques (on pense à Bronte, à Balzac), Les gardiennes brille aussi par des atouts plus évidents : on aura rarement aussi bien montré la richesse et la complexité de la vie à la ferme, et les images sont le plus souvent somptueuses. Les actrices sont au top, avec une Nathalie Baye plus forte que jamais. La bande-son est travaillée comme un orfèvre (ah, le crissement des souliers vernis avant la mauvaise nouvelle). 

Beauvois filme les paysages comme des visages, et les visages comme des paysages. C'est superbe.

 

4e 

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