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Christoblog

Sweeney Todd

Difficile de donner un avis sur Sweeney Todd sans évoquer d'abord le musical de Broadway dont il est l'adaptation.

N'allez pas voir ce film si vous n'aimez pas ce genre-là, avec ses morceaux chantés qui se ressemblent tous, leur orchestration grandiloquente, la minceur générale de l'intrigue et une certaine mièvrerie.

Ceci étant dit, je me suis fermement ennuyé durant toute la première heure. Au début tout est trop : trop de maquillage, trop de gris dans les décors, trop de cheveux hirsutes, trop de regards noirs de Johnny Depp, trop de noirceur quand c'est noir, trop de blondeur quand c'est blond, trop de méchanceté chez les méchants, trop de fleur bleue chez Johanna.

La deuxième heure est plus intéressante, à partir du moment où les deux comparses élaborent leur nouvelle recette de tourte.

A partir de là, la noirceur devient telle que le film redevient intéressant. On se rend compte que les gentils sont en faits plus méchants que les méchants. La virtuosité de Tim Burton s'exprime à plein, par exemple dans la séquence où Mrs Lovett rêve du bonheur en bord de mer. Le contraste avec la première partie fait l'intérêt du film, dommage qu'il faille bailler une heure pour en arriver là.

A chaque film de Tim Burton, je me demande s'il est un vrai grand cinéaste ou simplement un habile filmeur qui n'aime rien tant que transformer Johnny Depp en clone de Robert Smith.

Ce n'est encore pas avec Sweeney Todd que mes idées vont s'éclaircir.NB : si vous avez vu et aimé Borat, vous apprécierez le barbier italien !

 

2e

 

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Lust, caution

Tony Leung Chiu Wai et Tang Wei. Focus FeaturesAng Lee est un cinéaste académique. Dans le Secret de Brokeback Mountain, cet académisme était transcendé par l'histoire d'un amour interdit, impossible, qui brillait comme un joyau étincelant. La nature était son écrin, et le film donnait la sensation du temps qui passe comme peu de films sont capables de le faire.

C'était académique, mais aussi simplement beau, comme John Ford pouvait l'être.

Dans Lust, caution les mêmes qualités se retrouvent. Le sujet est toujours tiré d'une courte nouvelle. La mise en scène est toujours très classique, sans effet spécifique. Il y a un amour compliqué. Le Shangai des années 40, magnifiquement reconstitué, très Lotus Bleu, est un écrin visuel superbe à une histoire complexe, qui s'étire sur plusieurs années.

Les mêmes qualités que dans Brokeback, mais à mon sens, avec un peu de moins de force. Le jeu des deux acteurs principaux est subtil, quelques scènes sont réellement émouvantes, mais d'autres sont un peu creuses (peut être à cause de l'inexpérience de Tang Wei, c'est son premier film) - et finalement, j'ai eu l'impression que quelque chose d'important filait entre mes doigts sans que je sache quoi exactement. Il me semble aussi que le groupe de jeunes révolutionnaires est décrit de façon trop superficielle.
Les scènes de sexes, sur lesquelles on a beaucoup glosé, sont crues : on se demande à quel point elle sont simulées, et les jeux de miroirs imbriqués (l'actrice/le vrai personnage/le personnage qui joue, et même peut-être qui joue à jouer) deviennent vertigineux.

Le titre originel "Se, Jie" résume encore mieux que le titre anglais la complexité des relations entre les personnages. "Se" veut dire à la fois la couleur, le charme, et le désir sexuel. "Jie" veut dire l'abstinence, la retenue, la prudence - et les deux termes veulent aussi dire rôle de théâtre, bague, encercler, donner l'alarme. Ceux qui ont vu le film comprendront la subtilité de ces allusions.

L'intérêt du contexte historique, la beauté visuelle du film, et la réflexion sur les rapports entre sexe et sentiments méritent au final que vous alliez voir le film.

 

3e

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No country for old men

Bon, ce n'est pas facile de dire du mal d'un film des Coen quand on a adoré Arizona Junior, Blood Simple, Miller's Crossing ou Fargo.

Encore plus difficile quand la critique cannoise a dit beaucoup de bien du film, le présentant comme une Palme d'or potentielle, alors qu'à mon avis le seul rival de 4 mois, 3 semaines, 2 jours ne pouvait être finalement que Zodiac. Et que la presse en général va l'encenser la semaine prochaine.

Mais franchement, si les frères Coen ne figuraient pas au générique, qui s'intéresserait à cette série B qui se donne des grands airs ?

Résumons nous : le rythme est lent, la véracité psychologique des personnages improbable (Javier Bardem est une caricature, les seconds rôles inexistants), et surtout la dramaturgie des scènes sensées être éprouvantes, ou au moins stressantes, est complètement ratée. On s'y ennuie fermement.

Le découpage du film est bancal, par exemple toute la fin avec les plans concernant Tommy Lee Jones est pédante, sans être prenante. En réalité on ne rentre jamais réellement dans le film. D'une certaine façon, je me disais dans la salle : ca y est, les frères Coen se regardent filmer, comme parfois Woody Allen s'est regardé filmer.

Alors qu'ils ont le même potentiel que lui, les frères Coen deviennent un Tarantino sous Prozac, ils devraient faire une cure d'amphétamines. Même la traduction du titre anglais en français, bizarrement accouplée au titre original, est grotesque.

Manque de rythme, d'émotions, d'innovations. Bref, à éviter. 

 

2e

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Into the wild

Emile Hirsch. Paramount VantageInto the Wild est un film à qui je pourrais aussi bien mettre 1, 2, 3 ou 4 étoiles.

Il est par moment pompeux, apprété, grandiloquent.

Quelquefois aussi cul-cul, si américainement naïf. D'un autre côté il tente plein de chose et cela le rend profondément intéressant et touchant. Il faut essayer d'imaginer un Gus Van Sant, qui ne serait pas arty, mais plouc du Nébraska.

Le film ressemble beaucoup par certains aspects à Brokeback Mountain : même rôle joué par la nature, même attention aux sentiments des personnages, même pertinence dans la restitution du temps qui passe et des occasions ratées, même souffle romanesque. Mais Sean Penn n'a pas non plus la délicatesse d'Ang Lee, et sa mise en scène fait plus gros qui tâche que Chambolle Musigny.

Alors pourquoi 4e ? Parce que la générosité qui imprègne le film rend ses défauts attachants, parce que la bande-son est super, la nature américaine extraordinaire à regarder, les gros plans sur les visages magnifiques, le final éblouissant. Sean Penn est un vrai cinéaste physique qui filme à l'instinct et si cela implique des erreurs, cela génère aussi une connivence incomparable. Emile Hirsh (d'où il sort celui là ?) joue comme Leonardo Di Caprio dans Aviatior, avec une pointe de Titanic, il est impressionnant.

 

4e

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Le dernier voyage du juge Feng

Yulai Lu, Yang Yaning et Baotian Li. Pierre Grise DistributionJe suis généralement assez bon public pour les films asiatiques, même lents.

C'est donc plein d'a priori favorables que j'ai été voir mon premier film au cinéma en 2008, d'autant plus que ce juge Feng bénéficiait plutôt de bonnes critiques.

Déception : le film a certes les qualités de ce type de production (paysages magnifiques, dépaysement assuré, jeu des acteurs totalement surprenant, quelques situations cocasses qui arrachent un sourire) mais aussi tous les défauts (anecdote élevée au rang d'intrigue, épaisseur psychologique des seconds rôles quasi nulle, lenteur soporifique de certaines scènes, prévisibilité absolue des péripéties, incapacité à conclure).

C'est dommage, une vraie réflexion sur la confrontation justice / tradition aurait pu être développée.  

 

1e

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Les chansons d'amour

Ludivine Sagnier. Bac FilmsMon premier article 2008 sera consacré à la vision en DVD d'un des films qui m'a le plus marqué en 2007 : Les chansons d'amour.

Bon, je sais en ayant parcouru les blogs que les avis sont plus que partagés sur cette oeuvre, et .... c'est ce qui me plaît, car la cinéphilie déteste les tièdes.

Evidemment, si l'idée qu'une personne normalement constituée commence à pousser la chansonnette au moment d'avoir une relation homosexuelle avec un ado breton te semble peu naturelle, et t'empêche d'adhérer pleinement au film, c'est mal parti.

Mais sinon, la vérité est que ce film :

1 - est magnifiquement joué. Garrel est le digne héritier d'Antoine Doinel et tout son personnage est sous emprise truffaldienne (cabotine parfois, mais l'entendre dire "je suis très mélancolique" lors qu'il est complétement bourré est un grand moment). Les deux filles sont craquantes, tout en étant complètement dissemblables : la blonde, pleine et lumineuse, la brune, insaisisable et virevoltante. Chiara Mastroianni est bouleversante et même les seconds rôles sont parfaits (l'autre soeur, la mère) apportant chacun un personnage totalement consistant psychologiquement

2 - est doté d'un scénario résolument moderne et en phase avec son époque, en en reflétant toutes les subtilités et tous les antagonismes (engagement/détachement, plaisir/souvenir)

3 - est monté de façon magistrale. Ce qui marque le plus en revoyant le film est l'absence totale de plan inutile. La scène du jardin de la Pépinnière est exemplaire : un plan sur les enfants qui jouent puis sur Chiara qui chante (brièvement), un plan fixe sur une allée d'arbres nus (la mort) pointant vers un point de fuite indéfini (l'absence) : toute la tragédie du deuil est dite en quelques minutes

4 - montre Paris comme la ville n'a jamais été montrée, ses stations de métro, ses balayeurs, ses cafés, ses enseignes lumineuses, ses passants, ses gens qui téléphonent dans les cabines, ses ambulances, l'ange de la Bastille, les grilles des jardins, les bureaux de tabacs, les kiosques à journaux

5 - expose une mise en scène totalement virtuose : du balais des chaises à roulettes dans le premier plan à l'acrobatie en corniche sous observation du dernier plan, tout n'est que volte, arabesque, esquive et légèreté

Je sais que l'ombre de Demy plane sur le film (l'héroine s'appelle Pommeraye comme le nom du célèbre passage couvert nantais, la scène ou Julie semble flotter sur un tapis roulant etc...) mais il est bien plus que ça. Je pense qu'il est aussi plus que le film d'une époque comme Les nuits fauves ont pu l'être pour les années Sida. Il est simplement le premier film totalement abouti d'un cinéaste hyper doué qui pourrait être le plus grand réalisateur français sur la durée : Aime moi moins, mais aime moi longtemps.


4e

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