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Christoblog

Articles avec #j'aime

Médecin de nuit

Quelle excellente surprise que ce thriller tendu et nocturne d'Elie Wajeman qui s'était un peu égaré dans son film précédent, Les anarchistes.

Dans cette histoire qui se déroule au cours d'une seule nuit, on passe par toutes les émotions que procurent les grands films d'errance nocturne : sentiment d'ivresse et de perdition, peur, fascination, tension sexuelle, désinhibition, impression de prendre des décisions qui changent la vie, etc.

La mise en scène est parfaite, nerveuse, tendue comme un arc, proche des visages. Elle est servie par une photographie admirable et une brochette d'acteurs au top de leur talent. Vincent Macaigne trouve ici probablement son meilleur rôle, alors que Pio Marmai est parfait dans un rôle ambigu et Sara Giraudeau plus magnétique que jamais.

Le scénario de ce film ramassé (1h22 seulement) nous tient en haleine jusqu'au dernier plan renversant. Une pépite noire.

Elie Wajeman sur Christoblog : Les anarchistes - 2014 (*)

 

3e

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Mon année à New-York

Le covid a brutalement interrompu la carrière de ce joli film présenté en ouverture du Festival de Berlin, en février 2020, et qui n'a jamais trouvé le chemin des salles françaises, englué dans l'embouteillage post confinement.

Mon année à New-York doit beaucoup à ses deux interprètes principales : Sigourney Weaver impériale en agent littéraire de JD Salinger et Margaret Qualley, irrésistible en jeune employée ingénue de la maison d'édition du prestigieux et mystérieux écrivain. Cette dernière, découverte dans la série Leftovers, et qui explose depuis (on l'a vu par exemple dans Once upon a time ... in Hollywood de Tarantino, et dans la série Maid), est rayonnante. Sa prestation enjouée entraîne le film dans un tourbillon frais et vintage.

Les années 90 sont délicieusement reconstituées, et forment un cadre parfait à ce récit d'apprentissage charmant et instructif, dans lequel l'informatique est encore balbutiante.

Une oeuvre sans chichi du québécois Philippe Fallardeau, à déguster en DVD ou sur Canal+. 

 

2e

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Piccolo corpo

Le sujet du premier film Laura Samani n'est a priori pas très avenant : en 1900, une jeune femme dont le bébé est mort-né entame un voyage vers une église dans les montagnes, où son bébé pourrait être ressuscité le temps d'un souffle, pour pouvoir être baptisé.

Pourtant loin d'être glauque et triste, Piccolo corps est au contraire splendide, solaire et rayonnant.

Plastiquement tout d'abord, le film est une merveille. Agata traverse des paysages très différents (des  îles lacustres, des forêts, une mine, un lac, des montagnes) qui se révèlent être de magnifiques univers très différents, superbement filmés.

Le récit réserve ensuite de belles rencontres, tour à tour inquiétantes et émouvantes, qui ravivent sans cesse notre curiosité. 

L'actrice Celeste Cescutti, enfin, est très convaincante, à la fois terrienne et d'une certaine façon ... céleste. Elle irradie l'écran.

Un très beau film, véritable voyage sensoriel, et une jeune cinéaste à suivre.

 

3e

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Yi Yi

Disons-le simplement : Yi Yi, d'Edward Yang, est probablement l'un des meilleurs films jamais réalisé.

L'histoire qu'il conte est celle de la vie ordinaire : on suit les membres d'une famille dans un quotidien marqué par les évènements et les sensations que chacun de nous a éprouvé ou éprouvera. Rien de spectaculaire, donc.

Le génie du film tient dans la façon dont ces évènements sont racontés. La mise en scène ample et élégante, principalement constituée de plans larges et distanciés, donne au film une tonalité à la fois intime et sacrée. C'est comme si Edward Yang nous donnait à voir l'envers mystique d'une réalité triviale, exactement comme le petit garçon renfermé prend en photo la nuque des gens pour leur montrer ensuite (car personne ne voit jamais sa nuque, au final).

L'écoulement majestueux du film, qui dure 2h53 mais ne semble jamais long, est servi par un montage d'une intelligence rare. Les scènes se répondent, s'interpellent d'une partie à l'autre du film, et parfois nous laissent suspendus dans une expectative rêveuse et chargée d'émotion (je pense par exemple à celle du petit garçon dans la piscine, ou celle de la jeune fille avec la grand-mère).

Le jeu de la caméra avec les reflets et les transparences, l'utilisation poétique et parfois éclatante des couleurs (le rouge et le rose de mariage), le jeu au cordeau des acteurs et actrices : il ne manque rien à ce chef-d'oeuvre intemporel, dont on mesure mieux aujourd'hui à quel point il fut la matrice féconde de tout un courant du cinéma asiatique, consacré à la famille et au temps qui passe.

A voir absolument.

 

4e

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Great freedom

Franz Rogowski, acteur fétiche de Christian Petzold, qu'on a également vu chez Malick comme chez Haneke, est sûrement un des meilleurs acteurs actuel en Europe.

Dans cette histoire bouleversante, qui raconte la vie d'un homosexuel allemand de l'après-guerre jusqu'en 1970, Rogowski est absolument formidable. Il parvient à donner une profondeur étonnante à son personnage, jamais vraiment abattu, toujours luttant et aimant.

Si la mise en scène de Sebastian Meise est très sage, sa façon de conduire un récit au long cours est remarquable. La construction du film (une première partie sous forme d'un long flash-back, et une seconde partie qui du coup semble aspirer l'avenir) est extrêmement prenante. L'utilisation du milieu carcéral à rebours des habitudes (ici, les prisonniers sont loin d'essayer de s'évader) est aussi brillante : la prison apparaît comme une métaphore de la vie à l'extérieur.

Great freedom est un film captivant, qui nous prend la main et nous émeut progressivement. La belle histoire d'amour qu'il raconte nourrit progressivement l'ampleur mélodramatique du film comme le vent gonfle une voile : on est emporté par cette série de huis clos parfaitement reconstitués.

Le meilleur d'un cinéma classique, apaisé et sensible, sonnant comme un Douglas Sirk germanique.

 

4e

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Red rocket

C'est un raccourci un peu commode de qualifier Sean Baker (Tangerine, The Florida project) de cinéaste des marges du rêve US.

Il est bien plus que ça : c'est aussi un formidable directeur d'acteurs qui sait donner à sentir l'énergie brute qui peut se dégager d'une situation, d'un caractère ou d'une confrontation.

Le héros de Red rocket est une ex-star du porno (ce qu'est aussi par ailleurs le formidable Simon Rex, qui joue ce personnage) qui essaye de refaire sa vie dans un bled paumé du Texas, à l'ombre d'une gigantesque usine. Il n'est pas vraiment le bienvenu auprès de son ex femme, mais son énergie débordante et sa gouaille semble l'entraîner irrésistiblement vers une rédemption inespérée.

Le film est à la fois sombre et acidulé, drôle et touchant, sensuel et déprimant. Il est merveilleusement mis en scène et on ne s'ennuie pas une seconde. L'utilisation des décors naturels est formidable, et mérite à elle seule qu'on se déplace pour ce film.

Du beau, du grand Sean Baker.  

Sean Baker sur Christoblog : The Florida project - 2017 (***)

 

3e

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Les promesses

Je n'ai pas grand-chose à reprocher au film de Thomas Kruithof, si ce n'est peut-être un petit manque de crédibilité dans le jeu d'Isabelle Huppert (elle est très mauvaise dans l'exercice du discours) et une facilité dans l'écriture de certains passage (par exemple le dénouement).

Pourtant je n'ai pas été complètement enthousiasmé par Les promesses. J'ai très souvent eu l'impression d'être devant un épisode de Baron noir, en moins cynique et sans beaucoup plus de moyens. 

J'ai suivi, c'est vrai, avec un certain plaisir les vicissitudes de cette maire de banlieue (c'est d'ailleurs un des intérêts du film de donner à voir la vie des quartiers sans drogue et sans violence), et peut-être encore plus les états d'âme de Reda Kateb, parfait comme d'habitude.

Un bon film sur l'exercice de la politique, auquel je préfère toutefois l'indépassable L'exercice de l'Etat de Pierre Schoeller.

 

2e

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Une jeune fille qui va bien

Curieux film, particulièrement culotté, que ce premier essai de Sandrine Kiberlain.

Une jeune fille qui va bien est basé sur un principe pas si courant au cinéma : on suit une histoire commune (une jeune fille est amoureuse, et nourrit beaucoup d'espoir pour l'avenir), tout en connaissant le contexte historique de l'histoire que nous découvrons, alors que les personnages, eux, en ignore tout.

Nous savons l'horreur de ce qui attend Irène et sa famille, mais pendant une demi-heure, rien n'arrive de spécifique concernant cette famille juive prise dans le vif de son quotidien de 1942. L'identification de l'époque n'est pas évidente. Cela rend d'autant plus touchant la manière dont les premières mesures anti-juives viennent heurter le récit d'apprentissage qui nous est présenté.

L'ensemble du film, et son principe fondateur à la fois léger et casse-gueule, ne fonctionne que par la grâce d'un casting plus que parfait : Rebecca Marder est absolument époustouflante, André Marcon parfait, Anthony Bajon convaincant à l'extrême (comme d'habitude...) et Françoise Widhoff génialement attendrissante en grand-mère compréhensive.

Une bonne idée de sortie !

 

3e

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Nightmare alley

Del Toro devait probablement finir par filmer des monstres de fête foraine, tout comme Tim Burton devait à un moment de sa carrière choisir un cirque comme décor (Dumbo).

Dans ce remake d'un film de 1947 que peu de spectateurs auront vu, le brillant réalisateur mexicain réussit un emberlificotage de haut niveau. Nightmare alley commence en effet comme un film holywoodien lambda : certes bien rythmé et remarquablement mis en scène, mais globalement convenu, engoncé dans une esthétique vieillotte et une photographie jaunâtre (j'ai songé à la direction artistique désuète du West side story de Spielberg).

Et puis progressivement, la narration au long cours du film vire au noir, de façon figurée et littéralement (la nuit prend de plus en plus de place). La deuxième partie du film devient donc une longue et tortueuse descente aux enfers, émaillée de choix faustiens, d'éclairs de cruautés de plus en plus saignants (culminant dans l'incongruité de l'épisode de l'oreille). Nightmare alley brasse alors une série d'allusions psychologiques traumatisantes qui ne trouveront aucune explication satisfaisante (la cicatrice du docteur, les traumatismes d'enfance du héros principal et sa relation aux vieux hommes, les horreurs perpétrées par Ezra Grindle aux jeunes filles).

Ainsi le miracle (le piège) opéré par le magicien Del Toro fonctionne-t-il parfaitement : le film commence comme un produit manufacturé de série et se finit dans un mauvais rêve cruel, à l'image du générique de fin. Nightmare alley aura profondément manipulé son spectateur.

Délectable : 2h30 qui passent en un clin d'oeil.

 

4e

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Salaud, on t'aime

Pour parler d'un film de Lelouch aussi lourdaud que celui-ci, il me faut abandonner mes critères habituels de cinéphile.

En effet, comment pourrais-je expliquer le plaisir enfantin ressenti devant cette histoire édifiante, ces rebondissements improbables, en appliquant ma grille d'analyse habituelle ? 

Le scénario est bancal. Les thèmes du film sont éculés, dans l'esprit "amitiés viriles et taiseuses" qu'affectionne de plus en plus le cinéaste. Le décor, un magnifique chalet dans les Alpes, est tape à l'oeil, et le film met en scène une tribu de Parisiens chics et friqués, a priori insupportables. Mais on n'est pas ici chez Canet, et ce qui rend le film au final plaisant c'est l'irréfragable confiance que Lelouch porte à la puissance du romanesque : on est surpris, touché, et béat devant tant de mauvais goût assumé, tant de péripéties semblant sortir d'un mauvais roman-feuilleton.

Johnny et Eddy sont excellents (leur conversation autour d'un film est un grand moment), et le sourire de Sandrine Bonnaire contribue à augmenter substantiellement la note du film.

Bref, j'ai aimé, mais j'aurais honte de le vous conseiller.

Claude Lelouch sur Christoblog : La bonne année - 1973 (***) / Les plus belles années d'une vie - 2019 (***)

 

2e

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Ouistreham

Dans le film d'Emmanuel Carrère, il y a trois films : le premier dresse un tableau des travailleurs précaires du nettoyage, le second est le récit d'une imposture (sujet de prédilection du réalisateur écrivain), le troisième est une belle galerie de portraits.

Le premier de ces films n'est pas très original. On a vu mille fois, chez Ken Loach et ailleurs, les ravages du travail précaire. L'originalité est ici de s'intéresser particulièrement au travail sur les ferrys, incroyablement dur.

Le second ne m'a pas réellement convaincu. Je trouve que le personnage joué par Juliette Binoche ne fait sentir que superficiellement les affres que traverse l'écrivaine infiltrée, dont on ne comprend pas forcément tous les choix.

C'est finalement le troisième film, qui fait la part belle à une galerie d'acteurs et d'actrices non professionnels, qui pour moi donne toute sa valeur à Ouistreham. Le spectateur n'oubliera pas de sitôt l'énergie brute de la formidable Hélène Lambert (Christèle), la bonhommie de Didier Dupin (Cédric), l'éclatante vitalité d'Emily Madeleine (Justine), la fraîcheur irrésistible de Léa Carne (Marilou) et tranquille sérénité d'Evelyne Porée (Nadège).

L'énergie de ces personnages finit par arracher quelques larmes, reléguant la prestation de Juliette Binoche au second plan et enjambant l'inconsistance de la mise en scène d'Emmanuel Carrère. Un beau film.

 

3e

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La bonne année

Il y a beaucoup de bonnes choses dans ce film de Claude Lelouch revu en ce début d'année à la télé : un parti-pris esthétique frappant (le passé est en couleur et le présent en noir et blanc), une histoire de braquage bien mené, un duo Lino Ventura / Charles Gérard qui rappelle irrésistiblement les grandes heures du cinéma à la Audiard, quelques moments de bravoure, une mise en scène étonnante de vivacité et de modernité.

Mais ce qui emporte vraiment le morceau, et rend le film remarquable, c'est le couple magnifique formé par la grande Françoise Fabian et Lino Ventura, sûrement un des couples les plus étonnants et les plus convaincants qu'il m'ait été de voir au cinéma.

Elle est d'un milieu très intellectuel, lui est un malfrat au sens de l'honneur aiguisé : leur rencontre fait des étincelles, et donne lieu à toute une série de répliques et de scènes mémorables (dont celle du repas avec les amis de Françoise). J'ai adoré les voir se rencontrer, se trouver, puis se retrouver dans un final étonnant de modernité et de féminisme, qui a du être dur à faire avaler à Ventura.

Pour moi, un des sommets de la carrière de Lelouch.

 

3e

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La main de Dieu

Sorrentino, qui donne souvent dans la démesure, fait ici preuve d'une retenue remarquable.

Si La main de Dieu commence comme un Fellini (créatures fantastiques et conte baroque), il évolue vite vers une chronique familiale d'abord burlesque, puis tendre et dramatique.

Le film est beau comme un Amarcord assagi, trouvant une énergie brute et solaire dans le magnifique décor de la baie de Naples. Il est non seulement un voyage agréable au soleil qui nous fait découvrir l'amour fou d'une ville entière pour un footballeur, mais aussi un intéressant aperçu de la jeunesse d'un apprenti cinéaste.

Comme d'habitude, c'est magnifiquement filmé.

Paolo Sorrentino sur Christoblog : This must be the place - 2011 (***) / La grande belleza - 2013 (***) / Youth - 2015 (**)

 

3e

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Mes frères et moi

Quel joli film que ce premier opus de Yohan Manca. Il n'est pas d'une originalité folle, mais dessine avec beaucoup de sensibilité le tableau d'une fratrie veillant une mère mourante.

Le film glisse progressivement d'un noir tableau d'une cité de Sète (drogue, traffic en tout genre) à un tableau de groupe où chaque frère prend petit à petit à l'épaisseur.

Le grand frère, d'une nature violente, se laisse séduire progressivement par le personnage de la prof de chant. Le second, très touchant, se prostitue. Le troisième, écorché vif, cherche la bagarre à tout prix. Le petit garçon est formidable, parfois enfantin, parfois adulte, souvent naturel et aimant.

Le film ne souffre d'aucune baisse de rythme, ne cède pas à la facilité, et manifeste déjà une belle maîtrise dans tous les domaines (action, sentiments, mise en scène).

Une découverte.

 

3e

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West side story

Ce remake de Spielberg me laisse perplexe.

D'un côté, je salue la volonté de rendre plus accessible aux jeunes générations le monument qu'est West side story, en en donnant une version proche de la comédie musicale originale, un peu modernisée (les portoricains sont joués par des hispaniques).

D'un autre côté, je songeais avec délectation pendant le film, qui est un peu long et laisse des moments de loisirs, à une version transportée dans un quartier de LA de 2020, avec une intrigue entre hispanos et blacks, et des paroles transformées en rap... mais ce n'est pas le projet de Spielberg.

Le résultat est plutôt conforme au cahier des charge initial : c'est sympa à regarder, avec des points forts forts et des points faibles. Parmi les premiers, la classe de la jeune actrice Rachel Zegler et celle de la plus ancienne Rita Moreno (l'actrice qui jouait Maria dans le film de 1962), la qualité d'ensemble du casting, certaines scènes de chants et danse (celle de la prison). Parmi les seconds : la prestation d'endive de l'acteur Ansel Elgort, une photographie et des décors souvent vulgaires et trop artificiels, une certaine platitude dans la plupart des scènes de chant et de danse.

Le résultat final est un divertissement de Noël honorable.

Steven Spielberg sur Christoblog : Cheval de guerre - 2011 (*) / Lincoln - 2012 (**) / Le pont des espions - 2015 (***) / Pentagon papers - 2017 (***)

 

2e

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Licorice pizza

Le voilà, le grand film de Paul Thomas Anderson !

Les talents formalistes de PTA, qui ont pu bien souvent m'exaspérer, se fondent ici miraculeusement dans un creuset simple et complexe.

Simple parce que l'histoire ne peut sembler qu'une énième comédie romantique adolescente, complexe parce que le scénario mêle à cette simple trame plusieurs ambitions étonnantes : faire rire à travers une succession de saynètes délicieuses, dresser le tableau d'une époque en en reconstituant chaque détail, explorer les affres du passage à l'âge adulte, dresser de brillants tableaux psychologiques. 

Licorice pizza embrasse large et étreint bien. Le film est un banquet pantagruélique pour le cinéphile : l'interprétation des deux personnages principaux est incandescente, l'apparition de chaque personnages secondaires est un évènement (la rencontre de Tom Waits et de Sean Penn est d'anthologie), la mise en scène est virtuose mais toujours au service de la narration, le montage d'une fluidité rare.

Cette douce élégie dans ce qui constitue le jardin de PTA est donc un régal à tout point de vue, des premiers plans solaires au générique délicieusement rétro.

Le film de ce début d'année 2022, émouvant, beau, brillant.

PTA dans Christoblog : Punch-drunk love - 2001 (*) / There will be blood - 2008 (**) / The master - 2012 (*) / Phantom thread - 2017 (**)

 

4e

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Lamb

Incroyable cinéma islandais qui nous envoie régulièrement de nouveaux réalisateurs intéressants.

Dans Lamb, Valdimar Johannsson propose un exercice de style assez impressionnant. 

Bien entendu, le paysage islandais tient ici, comme souvent, une place essentielle : immenses étendues, importance du climat, cohabitation homme / animal, impression de solitude conférant aux habitations humaines le statut d'esquif précaire soumis aux éléments.

Le film commence d'une façon réaliste, assez classique. Même si a posteriori, certains plans de cette partie peuvent être vus d'une façon différente. Un peu avant sa moitié, Lamb prend un tournant que je ne dévoilerai pas, mais qui n'est pas véritablement une surprise. Il devient alors un objet réellement passionnant, paraissant naviguer à vue, et ménageant ses parts de surprises (le surgissement du frère).

Sa fin, étrange et déstabilisante, est véritablement un coup de force comme on en voit peu au cinéma. 

Noomi Rapace est impériale. C'est probablement le film à voir dans ce début d'année pour qui aime être surpris au cinéma.

 

3e

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Madeleine Collins

Madeleine Collins commence comme un thriller mystérieux et malsain, un peu comme excellait à en concevoir Claude Chabrol.

On prend beaucoup de plaisir à suivre Judith / Margot dans sa double vie en France et en Suisse : deux compagnons, deux vies, des mensonges, plusieurs enfants. 

Petit à petit, le tableau complet de la situation se dévoile à nous, au fur et à mesure que les personnages nous la font découvrir : c'est un processus classique qui transforme le spectateur en voyeur, et qui fonctionne ici parfaitement.

Malheureusement, le film se grippe un peu dans sa deuxième partie, une fois l'intrigue principale dévoilée. Plusieurs points faibles (une direction d'acteurs défaillante concernant les enfants, des maladresses scénaristiques, un montage qui s'étiole) viennent pondérer l'impression favorable que laisse toutefois le film au final.

Virginie Efira crève l'écran et justifie à elle seule qu'on aille voir le nouveau film d'Antoine Barraud. Il faut aussi noter deux participations de cinéastes amusantes dans des rôles non négligeables : Valérie Donzelli et Nadav Lapid. 

Antoine Barraud sur Christoblog : Le dos rouge - 2015 (**)

 

2e

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Belle

Quelle production cinématographique actuelle peut revendiquer autant de lâcher-prise, autant d'inventivité débridée que Belle ?

Aucune. Il faut l'âme d'enfant de Mamoru Hosoda, sa fascinante humilité au service de l'émotion, pour générer autant de vibrations sensorielles.

Tout n'est certainement pas parfait dans ce dernier opus, mais tout y est tellement sincère qu'on ne peut que se laisse entraîner dans le torrent d'idées qu'Hosoda parvient à brasser, mélange étonnant de quotidienneté déprimante et de rêveries fantastiques. Peu d'oeuvres sont à ce point capables de nous faire pleurer sur des idées aussi simples (et des chansons aussi vulgaires). L'art d'Hosoda, qui explosait déjà dans le fameux Summer Wars, se rend ici plus accessible, plus directement abordable.

Les quatorze minutes de standing ovation dans la salle Debussy cet été (c'est mon record à Cannes) ont démontré la puissance de l'évocation hosodienne : une magie de l'enfance est ici à l'oeuvre, mélangeant ses aspects les plus sombres et ses espoirs les plus fous. C'est sublime, jusqu'à cette fin mezzo voce, si représentative de l'état d'esprit de Hosoda, artisan de cinéma modeste et génial.

Mamoru Hosoda sur Christoblog : Summer Wars - 2010 (****) / Le garçon et la bête - 2016 (***) / Miraï, ma petite soeur - 2018 (**)

 

4e

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Un héros

Comme c'est souvent le cas quand un réalisateur s'expatrie, Asghar Farhadi retrouve pleinement son talent en retournant tourner dans son pays d'origine.

Un héros développe la petite mécanique farhadienne avec une précision diabolique : le bien et le mal semblent les deux faces d'une même pièce, on peut adopter les points de vue des différents personnages à tour de rôle et on est sans cesse tiraillé entre plusieurs considérations, perdu dans une galaxie de dilemmes moraux.

Le film est délicieux car totalement imprévisible : ce à quoi on s'attend n'arrive généralement pas, et à l'inverse Farhadi nous emmène dans des scènes à la fois improbables et férocement réalistes, comme celle de l'enfermement de Rahim dans le magasin.

Le meilleur film de l'iranien depuis Une séparation se termine sur un plan d'exception, peut-être le plus beau vu au cinéma cette année. Le cadre est composé de deux parties : à droite un avenir possible lumineux, à gauche celui vers lequel le personnage va se diriger, du fait de l'enchaînement des évènements, dont il est partiellement responsable (c'est cette finesse qui distingue ce film de celui, poussif et lourdingue, de Rasoulof). Au milieu, une zone grise, celle de notre conscience.

Un héros réussit de multiples prodiges. L'un des plus brillants est de parler merveilleusement bien des réseaux sociaux sans à aucun moment filmer un écran de téléphone : quel autre cinéaste peut être aussi intelligent ? Un autre est de ne pas répondre à la question comprise dans le titre.

Une fête pour l'esprit.

Asghar Farhadi sur Christoblog : Les enfants de Belleville - 2004 (***) / A propos d'Elly - 2009 (***) / Une séparation - 2010 (****) / A propos d'Une séparation : le vide avec un film autour / Le passé - 2013 (**) / Le client - 2016 (***) / Everybody knows - 2018 (**)

 

4e

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