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Christoblog

Articles avec #j'aime

Mindhunter

Magnifiquement porté par un couple d'acteurs au top, Jonathan Groff et Holt McCallany, Mindhunter est une série haut de gamme, écrite au cordeau et superbement réalisée par David Fincher et Andrew Dominic (entre autres).

Si le sujet de la série est l'exploration de la psyché des tueurs en série, il ne faut pas vous attendre ici à des traques palpitantes, des cliffhangers haletants et des scènes d'action impressionnantes.

C'est même tout le contraire que propose la série. La reconstitution des années 70 est grise, atone, comme l'était la direction artistique du film Zodiac. Le développement de l'histoire est lent, parfois fastidieux et les interviews des serial killers sont longs et répétitifs. Mais de tout cela se dégage une impression puissante de fatalité et de détermination, qui rend Mindhunter fascinant.

Malheureusement, si la première saison est intelligente, riche, dense et maîtrisée, jusqu'à un final éblouissant, la seconde est plus brouillonne et semble inachevée. Les acteurs ayant été libérés de leur contrat en 2020, il est peu probable qu'une troisième saison voie le jour, alors que David Fincher avait envisagé un plan sur cinq saisons. C'est bien dommage.

 

3e

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Adolescentes

Le nouveau film de Sébastien Lifshitz prouve une nouvelle fois l'extraordinaire puissance de la forme documentaire, quand elle est ainsi irriguée par des personnalités aussi riches que celles d'Emma et d'Anaïs.

Les deux jeunes filles sont cueillies dans leur années de troisième, et accompagnées jusqu'au bac, pendant cinq ans.

Cette longue période résumée en deux heures de film, pendant laquelle les deux filles deviennent des jeunes femmes, possède un parfum de "temps qui passe" qu'on rencontre très rarement au cinéma (j'ai pensé à Boyhood, de Richard Linklater). Le fait que le film soit tourné à Brive, avec la nature toute proche qui donne à voir le passage des saisons, ajoute à la lente fluidité du film.

Si Adolescentes est si attachant, c'est aussi parce que les deux amies ont des personnalités à la fois très marquées, et totalement dissemblables. Elles sont par ailleurs issues de milieux très différents, ce qui permet à Lifshitz d'interroger le déterminisme social en profondeur. Les deux amies intriguent vite le spectateur : pourquoi et comment peuvent elle être amies ? Emma est silencieuse et solitaire, et Anaïs est volontaire et sociale. Rien ne les prédispose à se rapprocher. 

Lifshitz suit ses personnages avec une attention d'une acuité remarquable. Il parvient à s'immiscer dans les sphères très privées de l'intimité, d'une façon qui frôle souvent l'indécence. C'est fascinant. Les parents et les proches sont aussi des personnages haut en couleur qui génèrent des sentiments d'une grande complexité chez les spectateurs (la mère d'Emma !). Certains évènements semblent scénarisés, tellement leur pouvoir dramatique est grand (l'incendie de la maison d'Anaïs, l'hospitalisation de sa maman) : la réalité surpasse la fiction dans ces séquences.

Adolescentes représente l'apogée de l'art du documentaire : à voir absolument.

Sébastien Lifshitz sur Christoblog : Les invisibles - 2012 (***)

 

4e 

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The climb

Chouchou de Thierry Frémaux au Festival de Cannes 2019 (on comprend pourquoi : le cyclisme, l'hommage au cinéma français) The climb s'avère être une bonne comédie américaine, fraîche et légère. 

Le film est construit sous forme de scènes indépendantes, séparées par plusieurs années et mettant en scène un couple d'amis un peu ratés : le séducteur Mike (joué par le réalisateur Michael Angelo Covino) et son double pataud, Kyle (joué par Kyle Marvin). Mike est meilleur au vélo que Kyle et couche avec ses futures femmes, ce qui n'empêche par les deux lascars de vivre une belle amitié, qui semble plus solide que toutes les relations qu'ils peuvent avoir des femmes.

On est donc dans un buddy movie qui vire à la bromance, éparpillé en tranches de vie dont certaines sont très drôles, et d'autres plus douces amères.

Le film n'a guère d'autres ambitions que de nous faire sourire en nous intriguant, et parvient à le faire avec un certain brio au détour de scènes en général très bien filmées, je pense par exemple à cet admirable plan extérieur le soir de Noël à l'extérieur de la maison.

Un film délicat, très agréable dans son absence de prétention.

 

3e

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Beloved

Présenté comme le deuxième volet du formidable Chained, Beloved n'a en fait pas grand-chose à voir avec l'autre film de Yaron Shani. 

Le personnage d'Avigail n'est en effet pas vraiment le principal personnage du film, et son mari Rashi n'apparaît pas. Ceux qui attendait donc un autre point de vue sur cette histoire de couple (et sur la fin dramatique que dessine Chained) seront décus.

Shani continue donc de nous égarer dans un labyrinthe de sensations et d'émotions qui dégage une impression de réalité confondante. En plus d'Avigail, on découvre dans Beloved deux nouvelles personnalités féminines d'une grande complexité, deux soeurs qui s'opposent frontalement alors que leur père se meurt. 

La faculté de Shani de restituer une ambiance s'avère ici encore exceptionnelle (la "retraite" qui regroupe toutes ces femmes qui cherchent tendresse et compréhension) et la violence de certaines scènes (la dispute principale entre les deux soeurs) est sidérante.

C'est du grand cinéma, même si j'ai été un poil moins enthousiaste que devant la sombre compacité de Chained, du fait de certaines longueurs. Dans quelques semaines, un troisième film de la même série, Stripped, sera sur nos écrans, j'en salive d'avance.

Yaron Shani sur Christoblog : Ajami - 2010 (****) / Chained - 2020 (***)

 

3e

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The perfect candidate

Après un détour bizarre vers le cinéma britannique (le passé inaperçu Mary Shelley), Haifaa Al Mansour revient tourner en Arabie saoudite, dans un esprit qui rappelle celui de son premier film très réussi de 2013, Wadjda.

On suit donc ici les mésaventures de Maryam, jeune médecin qui se trouve embarqué par hasard dans une élection municipale, parce qu'elle voulait simplement goudronner la route qui mène à sa clinique. Bien entendu, elle va devoir se heurter à la perplexité incrédule de la population (masculine, mais pas seulement) et va devoir affirmer sa détermination.

En parallèle de cette histoire plaisante, mais balisée, on suit également son père, veuf inconsolable qui se réfugie dans la musique et va, lui aussi, vivre une émancipation libératrice.

Le tout est rondement mené, éminemment sympathique, et se suit avec une curiosité amusée : on ne voit pas si souvent la vie quotidienne de l'upper middle class saoudienne, et les méthodes de Maryam (réussir une campagne électorale en 10 points) sont parfois à la limite du burlesque.

Dans ce film où personne n'est méchant, la figure éclatante de l'actrice Mila Alzahrani irradie la pellicule. Un chouette divertissement.

Haifaa Al Mansour sur Christoblog : Wadjda - 2013 (****)

 

3e

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L'infirmière

De film en film, Koji Fukada construit une oeuvre riche et singulière, qui en fait un des réalisateurs les plus intéressants au niveau mondial. 

Après la violence feutrée et intense de Harmonium, et le climat élégiaque de Au revoir l'été, le réalisateur japonais s'essaye ici à un exercice de style hitchockien de très haut niveau. Comme maître Alfred, Fukada parvient ici à brouiller les pistes d'une façon limpide, tout en ne psychologisant jamais : l'avancée de l'intrigue ne résulte que de la succession des évènements à l'écran, et non de l'expression des sentiments des personnages.

Elégance de la mise en scène, sûreté du jeu d'acteurs, richesse et profondeur des thématiques abordées, précision du montage et du son : le film est intellectuellement jouissif et raisonnablement pervers. 

A noter que c'est l'une des premières fois où je vois évoquée (même indirectement) l'homosexualité féminine dans un film japonais contemporain. 

Je le conseille vivement.

Koji Fukada sur Christoblog : Au revoir l'été - 2014 (***) / Harmonium - 2017 (****)

 

3e

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Light of my life

Survival sous lexomyl, film apocalyptique du quotidien, Light of my life rappelle plein de films différents (La route, Les fils de l'homme, Captain Fantastic), sans ressembler vraiment à aucun.

Résumons brièvement le propos du film : une épidémie méchamment sexiste a éliminé toutes les femmes de la Terre. Enfin, presque. La petite Mar n'est pas morte, et erre avec son papa (le gentil Casey Affleck) qui la fait passer pour un garçon pendant qu'il le peut encore (la puberté menace).

C'est un peu près tout. Le film consiste donc à suivre les déambulations plus ou moins erratiques du couple père/fille, entrecoupées de rencontres par forcément agréables avec différents protagonistes.

L'atmosphère du film est douce, paisible et comme recueillie. Ce qui intéresse Affleck, c'est la description de la relation père fille plutôt que l'esbrouffe violente (même si certaines scènes sont très prenantes). La forêt est particulièrement bien filmée et les flash-backs dans lesquelles apparaît la mère disparue (Elizabeth Moss, l'actrice de La servante écarlate, tiens, tiens) sont apaisants.

Malgré toutes ses qualités, surtout formelles, on ne peut pas nier que le film pourra ennuyer un peu du fait de sa longueur exagérée. Mais c'est globalement de la belle ouvrage, dans le genre "maniaco-dépressif en pleine nature".

 

2e

 

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Family romance, LLC

Dans Family romance, LLC, Werner Herzog multiplie les mises en abyme.

Le film est une fiction qui raconte comment au Japon on peut louer les services de comédiens pour jouer des proches dans certaines occasions.

Mais cette fiction flirte avec le documentaire : l'acteur principal est en réalité le patron de la firme en question, et on peut penser que plusieurs scènes sont directement tirées d'expériences réelles. Comme Herzog opte pour une esthétique vidéo assez laide et comme filmée au téléphone portable (350 minutes de rush seulement !), le film dégage une ambiance de docu-fiction ambivalente.

Le résultat est inégal mais très intéressant. Le début du film est fascinant. Herzog y démontre une fois de plus son appétit vorace de faire oeuvre de cinéma : les émotions explosent à l'écran, chaque moment apparaît comme potentiellement d'anthologie (la scène où un employé de l'agence joue le rôle du père de la mariée, par exemple). On est saisi par un vertige qui résulte du contraste entre l'extrême formalisme des relations au Japon et le côté profondément mélancolique des situations qui se jouent devant nos yeux.

Malheureusement, le film s'affaiblit un peu en son milieu et se délite progressivement jusqu'à une dernière scène un peu tirée par les cheveux, dont on peine même à comprendre le sens. 

L'ensemble est tellement saisissant dans son propos comme dans sa forme que Family Romance, LLC mérite tout de même d'être vu.

 

2e

 

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Le sel des larmes

Philippe Garrel fait toujours un peu le même film : noir et blanc plutôt classe, états d'âmes parisiens, dialogues assez littéraires.

Bref, du cinéma d'un autre siècle diront certains, qui me laisse habituellement assez perplexe.

Dans cet opus toutefois, les errances rohmériennes du personnage principal se teintent de nuances plutôt inaccoutumées chez Garrel : une cruauté distanciée parfois brutale, une escapade en province, une belle relation au père, un personnage principal qui exerce un métier manuel (ébéniste),  une ouverture à des acteurs/trices d'origines diverses.

Le résultat est un film très agréable qui nous surprend souvent et qui parfois nous ébloui par l'excellence de sa mise en scène. Des trois "segments" du film, chacun centré une femme (Djemila / Oulaya Amamra, Geneviève / Louise Chevillote / Betsy / Souleyla Yacoub) le premier est le plus beau. Le coup de foudre entre Luc et Djemila est superbement évoqué, et l'actrice de Divines révèle ici un talent réel, dans une composition à l'opposé de celle qui lui a valu de se faire connaître.

Mon film préféré de Philippe Garrel à ce jour.

Philippe Garrel sur Christoblog : La jalousie - 2013 (**) / L'ombre des femmes - 2015 (**)

 

3e

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Chained

Incroyable vitalité du cinéma israélien, qui nous propose ici un petit chef d'oeuvre plein d'intensité et de variété.

En suivant l'itinéraire de cet ours mal léché (je ne peux pas m'empêcher de penser au Denis Ménochet de Jusqu'à la garde), on parcourt à la fois le spectre de la masculinité bafouée, et celui de la société israélienne.

C'est puissant, excellemment filmé, magnifiquement interprété, et intrigant au possible. On a hâte de découvrir le deuxième volet de ce tableau du couple moderne, Beloved.

A signaler que le réalisateur de ce film est également l'auteur d'une oeuvre trop injustement méconnue, l'exceptionnel Ajami.

Foncez-y, c'est un des meilleurs films actuellement sur les écrans.

 

3e

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Tout simplement Noir

Si l'entreprise est louable (faire à la fois rire et réfléchir sur le thème de "Qu'est ce qu'être Noir aujourd'hui en France"), le film de Jean Pascal Zadi et John Wax ne m'a pas entièrement convaincu.

Au rayon des points positifs : une volonté d'autodérision qui fait souvent mouche. L'esprit de Candide est vraiment présent dans ce film, à travers toute une série de velléités militantes qui, justes dans l'esprit de notre anti-héros, se heurtent à leur contraire, ou à une autre cause tout aussi juste.

Le film est de ce point de vue très malin en renvoyant tous les acteurs à leur propre conception du racisme (ou de l'anti-racisme). Rien n'y est simple et tout mérite d'être contextualisé : c'est la morale du film.

A l'aune de cette recherche de sens souvent pertinente, la qualité comique du film ne mérite pas d'être vraiment relevée, et a sûrement fait l'objet d'une survente dans la presse. En effet, le film n'est pas vraiment drôle. La suite de sketchs avec célébrités qu'il propose sera diversement appréciée suivant les goûts de chacun. Pour ma part, j'ai par exemple vraiment trouvé l'escalade avec Fabrice Eboué et Lucien Jean Baptiste assez géniale, alors que l'intervention d'Eric Judor m'a laissé de marbre.

Tout simplement Noir tente sur la fin un virage à 180 degrés vers le sérieux à travers une agression de policiers blancs, filmée avec le plus grand sérieux. On sait que le film a été imaginé et tourné avant les évènements ayant suivi la mort de George Floyd, mais ce moment m'a laissé un goût amer dans la bouche, celui d'un opportunisme en décalage de phase. C'est sûrement injuste, mais je n'ai pu m'empêcher de penser que cette scène, toute en rupture de ton, nuisait au film plutôt que l'inverse.

Chacun se fera son opinion sur ce dernier point, mais au final Tout simplement Noir est suffisamment original pour mériter d'être vu.

 

2e

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Les parfums

Voici un film qui ne présente aucun défaut majeur. Ni aucune qualité notable.

J'ai donc beaucoup de mal à en dire du mal : l'interprétation est très solide (Emmanuelle Devos et Grégory Montel sauvent le film), la mise en scène inodore, le scénario inoffensif. 

J'ai aussi du mal à en dire du bien : le film ne présente quasiment aucun intérêt, à part celui d'être dans une salle de cinéma à regarder une histoire sans grands enjeux, sans sexe, sans amour, sans violence, sans exposition de la réalité sociale contemporaine, sans suspense mais raisonnablement bien filmée.

Le film s'égare un peu entre différents sujets anodins (le père divorcé en mal de reconnaissance, l'anosmie comme maladie professionnelle). Comme c'est fait avec beaucoup de conscience professionnelle et de modestie, Les parfums nous incite à la bienveillance critique.  

A vous de voir.

 

2e

 

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L'homme de Rio

La dernière fois que j'ai vu ce film, je devais avoir douze ou treize ans. Inutile de dire que je ne me souvenais pratiquement de rien, si ce n'est d'une sorte de pétillement de champagne permanent.

Revoir L'homme de Rio quarante après procure une drôle de sensation. Si l'impression de vitesse permanente est toujours bien là, générée à la fois par les mouvements de caméra, le jeu des acteurs et la science du montage, il faut reconnaître que le film n'a pas tout à fait bien vieilli. 

Il faut d'abord dire que le scénario n'est pas très intéressant, et qu'il est servi par des dialogues minimum. La qualité technique de l'image et du son m'a paru également très moyenne : le film mériterait une bonne restauration (à moins que ce soit mon DVD TF1 Video !).

Le plus impressionnant dans le film de De Broca, c'est la présence physique de Jean-Paul Belmondo, véritable monstre d'énergie, musculeux et puissant. Il y a quelque chose de surnaturel en lui, y compris quand il se contente de marcher.

L'autre caractéristique du film qui frappe aujourd'hui, c'est sa naïveté joyeuse, réjouissante dans le dépouillement total qui est celui dans lequel se déplace Adrien, et symbolisée par la fameuse voiture rose aux étoiles vertes.

Une friandise désuète, dans l'esprit assez proche de la naïveté déterminée qu'on trouve chez Tintin.

 

2e

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Dark waters

Dark waters, s'il n'est pas un chef d'oeuvre, est un exemple de ce que le cinéma peut produire de plus riche et de plus gratifiant pour le spectateur.

Tout est en effet porté à haut niveau d'excellence dans ce dernier film de Todd Haynes. On savait ce dernier grand styliste, mais il porte ici l'art de la mise en scène à son plus haut niveau : tout est habile, beau, stylé dans ce que Haynes propose, des couleurs magnétiquement grisâtres aux plus subtils mouvements de caméra. 

L'interprétation de Mark Ruffalo atteint ici une intensité inusitée (même si dans Spotlight et Foxcatcher, il était déjà formidable), pleine de failles et de creux. Rarement la sourde obstination d'un justicier laborieux aura trouvé si parfaite illustration.

L'aspect documentaire donne au film une profondeur incroyable : rien n'y est simple, tout y est long. 

Pas forcément facile d'accès, Dark waters enthousiasme par sa puissance et sa densité. Un must de 2020.

Todd Haynes sur Christoblog : Loin du paradis - 2002 (*) / Carol - 2015 (*) / Le musée des merveilles - 2017 (****)

 

4e 

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The big Lebowski

Il est toujours intéressant de se frotter à la vision tardive d'un prétendu "classique". C'est pourquoi, profitant d'une offre FNAC avantageuse, j'ai visionné hier soir l'archétype du film culte, The big Lebowski.

On voit très vite pourquoi le film des Coen bénéficie de cet aura quasi-magique : son héros est un parangon de coolitude et le style des Coen amplifie cette coolitude à la puissance dix (les passages oniriques, la bande-son, les contrastes avec les mecs "pas cool"). Quelques vieilles recettes (le buddy movie entre deux personnages assez dissemblables, des punchlines qui établissent une légende, des têtes de turc que tout le monde aime détester - comme les Eagles) et le tour est joué.

Le résultat est certes un film agréable, qui se regarde sans déplaisir, mais qui au final paraît un peu daté et dont les vives couleurs peinent à masquer la vacuité narrative et émotionnelle. L'intrigue est loin d'être passionnante et les références sont écrasantes : en gros le film tente d'être un Grand sommeil sous weed.

Ce n'est donc pas The big Lebowski qui va me faire changer d'opinion sur les Coen, qui m'ont toujours paru être d'habiles faiseurs surcôtés, qui parviennent souvent à être en légère avance de phase sur leur époque, ce qui explique leur succès.

Les frères Coen sur Christoblog :  No country for old men - 2007 (**) / Burn after reading - 2008 (**) / A serious man - 2009 (*) / True grit - 2010 (*) / Inside Llewyn Davies - 2013 (**) / Ave César ! - 2016 (*) 

 

2e 

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Cancion sin nombre

Sans sa sélection à la Quinzaine des réalisateurs en 2019, difficile d'envisager un accès aux salles françaises pour ce film péruvien assez pointu, tourné en noir et blanc et dans un format 4:3, et racontant la sordide histoire d'une mère dont on vole le nourrisson. Dans ce cas comme dans beaucoup d'autres, le Festival de Cannes prouve sa vocation essentielle de passeur, toutes sections confondues.

Cancion sin nombre est donc d'une grande beauté formelle. Tourné dans un noir et blanc plutôt gris, au grain un peu épais qui rappelle plus Bela Tarr que le piqué incroyablement précis de Roma, le film enchante souvent par la symétrie de ses plans, la sourde poésie qui s'échappe des paysages désolés comme des tableaux urbains de la pauvreté quotidienne, sa mise en scène élégante, sa façon triste de donner à voir un écran obstinément obscur, dans lequel on distingue à peine deux nuances de noir, ou la fragile lueur d'une bougie.

Une fois dit la splendeur de l'expérience visuelle, il faut reconnaître que le reste laisse à désirer, même si le montage est assez alerte, les acteurs convaincants et l'histoire intéressante. C'est que le scénario peine à unifier les différentes histoires montrées (la maman désespérée, l'histoire d'amour du journaliste gay, son enquête parcellaire). 

Au fur et à mesure que le film avance, il est de plus en plus évident que son horizon ultime est la perfection formelle plus que tout autre chose : c'est sa limite.

 

2e 

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Il était une fois dans l'Est

Présenté à Cannes 2019 dans la section Un certain regard, ce modeste film russe n'aura donc pas eu les honneurs d'une sortie dans les salles françaises, par la faute de ce satané Covid. Vous pouvez le voir en VOD cette semaine sur plusieurs plateformes, dont Canal et Orange VOD.

Rien de renversant ici. Une chronique douce amère (et parfois burlesque) d'un double adultère qui s'écoule au fil des quatre saisons, entre une femme quelconque et un routier anodin. Leur histoire n'est ni exceptionnelle, ni insipide. La réalisatrice Larissa Sadilova distille une petite musique typiquement russe, qui évoque aussi bien la compassion de Tchékov que l'ironie de l'âme slave. 

Les mésaventures de nos amants (la femme est ici la plus décidée, comme souvent) sont sans attrait particulier, et il faut bien regarder dans les personnages secondaires et les mini-péripéties de ce récit minimaliste  pour trouver son plaisir : celui de l'immensité des petits sentiments, errant dans la petitesse de ces vastes espaces.

Une cinéaste à suivre.

 

2e 

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Filles de joie

Beau et sensible portrait de trois femmes, Filles de joie se distingue par un montage très intelligent et un sens du rythme qui ne se laisse jamais prendre en défaut.

Si le sujet (la prostitution) a déjà fait l'objet de mille traitements au cinéma, il trouve ici une déclinaison "près de chez vous" assez originale. Les trois actrices sont formidables et font de ce film une oeuvre profondément féminine, plus encore que féministe. Sara Forestier est vulnérable, sexy, vulgaire, énervée. Noémie Lvovsky est incroyable en pute mature mère de famille et Annabelle Lengronne, révélation du film, est explosive.

Les hommes n'ont évidemment pas le beau rôle dans ce tableau : ils sont au mieux faibles, au pire pervers.

La prostitution de proximité en Belgique est montrée ici sous un angle quasi documentaire par Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevitch, qui donnent à voir un tableau du Nord foncièrement réaliste. Filles de joie se termine par une très jolie scène, pleine de joie et de légèreté, efficace et agréable, à l'image du film.

Je le recommande chaudement.

 

3e

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Benni

On a vu ces dernières années pas mal de films décrivant le quotidien d'enfants en rupture avec la société, hyperactifs et violents. Le cinéma a souvent montré combien il était difficile de trouver une solution durable pour eux : Mommy, La tête haute, La prière....

Avec Benni, le sujet atteint un degré de brutalité inusité, par la grâce de l'interprétation exceptionnelle de la jeune actrice Helena Zengel. On est littéralement happé dès les premières scènes par le mélange de douceur enfantine et d'éruption hyper-violente qui émane du personnage de Benni.

Le propos du film est doublement servi par un scénario subtil et par la mise en scène de Nora Fingscheidt, qui se met au diapason de sa jeune actrice : violente, brute et directe. Les quelques passages oniriques qui nous donnent à voir le chaos mental intérieur de Benni sont très réussis. L'utilisation de la musique est aussi remarquable, entretenant un suspense qui flirte parfois avec l'insoutenable.

Une pépite de dureté, de tension et d'émotion, comme on en voit peu.

 

4e

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La communion

La communion offre pratiquement tout ce qu'on peut attendre du cinéma : une histoire intéressante, une interprétation inspirée y compris chez les seconds rôles, une mise en scène qui sert son sujet tout en étant inventive.

J'ai été littéralement bluffé par la qualité d'écriture du film : un scénario qui nous entraîne dans des méandres inattendus, un découpage très efficace, un rythme enlevé. Jan Komasa parvient à nous faire éprouver une gamme de sentiments très différents, qui va de la peur à la sidération, de l'amusement à l'émotion esthétique. Quand le cinéma parvient à un tel degré de maîtrise dans toutes ses composantes, il me procure une sorte de jouissance permanente.

Difficile de ne pas évoquer dans cette débauche de compliments le regard tour à tour dur, tendre et halluciné de Bartosz Bielena. A ce titre, la dernière scène du film constitue un climax impressionnant, qui s'impose déjà comme un des grands moments de l'année cinéma.

A ne rater sous aucun prétexte : le meilleur film de 2020 à ce jour.

 

4e

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