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Christoblog

Articles avec #j'aime

A dangerous method

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/79/98/48/19828696.jpgA force de faire des critiques négatives, je me prends à penser que je suis un blogueur bien ... négatif. Et franchement, avant de voir le dernier Cronenberg, je craignais - le coeur triste et l'âme grise - de devoir rempiler pour une énième descente en flamme.

Mais non. A dangerous method m'a beaucoup touché. D'abord le film est un peu décevant. Keira Knightley semble surjouer, les décors paraissent curieusement ir-réels et en même temps sur-réels (une première touche Cronenbergienne), et l'histoire patine à ses entournures.

Et puis, progressivement, le film décolle. D'abord par de brusques accélérations narratives, puis par la grâce de l'apparition / disparition de plusieurs personnages étonnants (Freud / Gross / la femme de Jung), et enfin par la mise en scène de Cronenberg, pernicieuse et très maîtrisée comme d'habitude. Le Canadien s'affirme de plus en plus comme un des réalisateurs les plus intéressants de sa génération, puisqu'il réussit à surprendre de film en film, contrairement à d'autres qui radotent ou cachetonnent.

Au final, si le résultat n'est pas renversant, il est très plaisant (et instructif, même s'il est aussi simpliste). Une mention spéciale doit être décernée aux acteurs / actrices excellent(e)s, et en particulier à Fassbender, qui tient là peut-être son meilleur rôle depuis Hunger, tour à tour enfant distrait, homme perdu, créateur égoïste et coeur blessé.

La fin est particulièrement émouvante avec une magnifique scène sur un banc dont je ne dirai rien, et des cartons de fin (procédé un peu vulgaire, j'en conviens) terriblement efficaces.

Je recommande le film à tous ceux qui ont besoin d'une analyse, et même aux autres, mais y en-a-t-il ?

 

3e

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Marché sexuel des filles

marche_sexuel_des_filles.jpgNon, Christoblog n'est pas devenu un site porno.

 

Il faut simplement que je vous parle d'une expérience extrêmement traumatisante vécue lors du dernier festival des 3 continents, à Nantes. Anna, qui était de passage, en parle aussi sur son blog.

 

D'abord, une petite mise en perspective. Il s'agit là d'un roman-porno, genre à part entière, développé par la Nikkatsu à partir de 1971. Il s'agit le plus souvent de films à petit budget, tournés en une semaine. Ils sont érotiques, et non pornographiques, et entrent en résonnance avec les phénomènes socio-culturel du Japon de l'époque. De grands cinéastes y ont fait leurs armes. Je ne connais pas d'exemple similaires dans l'histoire du cinéma mondial.

 

Sans être grand spécialiste, j'ai cru comprendre qu'il existe des romans-pornos burlesques, violents, mélodramatiques ou tragi-comiques.

 

Ici, la situation est d'une noirceur absolue. Le film montre les activités des prostituées d'Osaka, et suit en particulier l'une d'entre elle, qui s'occupe en plus d'un frère handicapé mental. Le film impose des scènes d'une violence psychologique insoutenable. La bestialité des hommes et leur tyrannie sur les femmes sont montrées avec une crudité que je n'ai jamais vu ailleurs. Le réalisateur n'hésite pas à filmer des scènes extrêmement dérangeantes comme une prostituée qui semble éprouver du plaisir durant un quasi viol, ou une fellation effectuée par l'héroïne à son propre frère. Devant ce spectacle on est comme hébété, tant les codes politiquement corrects de nos habitudes sont balayés. On se demande si le cinéaste est en train de dénoncer ce qu'il nous montre avec ostention, ou s'il joue complaisamment avec nos instincts de voyeur.

 

La mise en scène est abracadabrante, passant gaillardement du gros grain noir et blanc à la couleur sans crier gare. Bref, une expérience absolument hors du commun.

 

3e

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17 filles

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/97/93/19860722.jpgBien sûr, ceux qui le voudront trouveront des aspects négatifs à 17 filles.

Avant de parler de ce qui fait la valeur du film, je passe donc rapidement sur ses défauts : certaines maladresses de mise en scène, des seconds rôles très approximatifs et un montage un peu mou. Voilà, c'est fait.

Rappelons le pitch du film : 17 jeunes filles (mineures, 16 ans), décident de tomber enceintes en même temps. On nous précise en introduction que le film est inspiré de faits réels - ce qui ne présente en soi aucun intérêt -  nous sommes bien d'accord, sauf quand il s'agit de dire aux spectateurs : notre histoire, aussi invraisemblable puisse-t-elle paraître, est vraie.

Ce qui me plait incroyablement dans ce film, c'est sa part féminine. Exit en effet les garçons, réduits à de simples inséminateurs (qu'on peut rétribuer comme des taureaux reproducteurs), et exit aussi les pères et les mères, absent(e)s ou impuissant(e)s. Que reste-t-il ? La boule de volonté pure de Camille, enceinte par accident, qui va assumer son état et créer une mode, si je veux être cruel, un projet politique, si je veux être idéaliste. Et l'énergie qui se dégage de ces filles, à peine pubères pour certaines, au corps de bimbos pour d'autres, emporte tout sur son passage. 

Elles rêvent d'un autre monde, et vomissent le nôtre. Comme dit Camille : avoir un bébé, c'est être sûr que quelqu'un t'aimera pour de vrai toute ta vie. C'est un programme. Et un peu moins illusoire que les autres, peut-être.

Alors oui, j'en entends déjà qui pinaillent sur ceci ou cela, mais oui, je peux dire que les plans fixes sur les ados dans leur chambre, au milieu de leurs nounours, et mélancoliquement filmées en plan fixe, sont un peu lourds. Mais leur répétition fait sens : elles sont seules au monde, et leur démarche est une profonde manifestation de ce que l'humanité à de plus forte en elle. La liberté !

Et alors que l'amour n'est nulle part, l'utopie est partout.

 

3e

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Le tableau

le-tableau.jpgL'animation française confirme d'année en année sa bonne santé. Après Michel Ocelot, Jacques Rémy Girerd, et Sylvain Chomet (entre autres), voici donc le nouveau film d'un réalisateur rare : Jean François Laguionie, 72 ans.

 

Nous sommes dans un tableau. Trois sortes de personnages : les Toupins (qui sont tout peints), les Pafinis (qui ne sont pas finis) et les Reufs (au stade de l'esquisse). Le début du film, qui nous présente les rapports entre ces trois castes, est passionnant. On sent que ce monde est riche en métaphores de divers types (les classes sociales, la discrimination raciale, le passage de l'enfance à l'âge adulte).

 

Ce qui enchante également, c'est l'incroyable talent de coloriste que révèle le film. Certains plans sont d'une beauté irréelle.

 

Dans un deuxième temps, trois personnages vont chercher à s'échapper du tableau pour retrouver le peintre, et faire en sorte que chacun puisse être terminé. Si cette quête réserve quelques très beaux plans (comme la chute hors du cadre), on pourra la trouver un peu plus lassante, et moins originale que la première partie. Le rythme du film dans sa partie médiane souffre donc d'une chute de régime, qui rend plus évident l'aspect rustique de l'animation elle-même.

 

La fin manque un peu de sel : changer de couleur pour changer de classe parait un raccourci un peu simplificateur, voire douteux, si on l'applique aux couleurs de peau humaines (je n'ai pu m'empêcher de penser à Michael Jackson). D'une certaine façon j'aurais préféré pour la beauté du geste que les Pafinis mettent un point d'honneur à rester Pafinis (ce que fait d'ailleurs la jeune fille qui s'échappe à la fin du film).

 

Ces petites réserves ne doivent pas vous empêcher d'aller voir ce film étonnant et plastiquement très réussi, qui vaut le coup d'oeil.

 

2e

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Carnage

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/59/20/19854152.jpgUne soirée plutôt amusante, mais qui laisse un goût d'inachevé, voilà le menu offert par Polanski dans son dernier opus.

 

Comme c'est parfois le cas, Carnage offre malheureusement l'essentiel de sa substance et de son intérêt dans sa bande-annonce. Si vous l'avez vue, vous connaissez donc l'intégralité du scénario : deux couples new-yorkais enfermés dans un huis clos tentent de régler leur différent (un des enfants a blessé l'autre avec un bâton), dévoilant petit à petit leur nature et faisant fondre le masque des conventions.

 

Le film séduit par la mécanique de dégradation progressive qui en constitue la trame (pourtant pas aussi parfaite qu'on peut le lire ici où là), le jeu de ping pong des répliques et quelques situations bien senties. Il repose évidemment sur le jeu du quatuor d'acteurs.

 

Christoph Waltz sera selon votre point de vue le meilleur ou le plus cabotin. Il n'est pas loin de l'auto-parodie. Jodie Foster m'a semblé la moins convaincante des quatre, alors que Kate Winslet est très bonne (oh ça va les cancres du fond, arrêtez de ricaner), comme John C Reilly, impeccable en vendeur de chasse d'eau.

 

On pourra regretter que le film ne fasse que brasser un nombre de clichés effarants (la solidarité masculine, la bonne conscience des bobos gauchistes, etc, etc).

 

Personnellement j'aurais souhaité que le carnage aille beaucoup plus loin et je trouve que le film manque singulièrement de cruauté. Finalement tout ce beau monde se comporte encore finalement assez bien et la nature humaine, si elle en sort légèrement écornée, n'est finalement pas assez malmenée à mon goût. L'ouverture du dernier plan sur le gentil petit rongeur est emblématique de cette gentillesse assez peu polanskienne.

 

Un divertimento innofensif.

 

Polanski sur Christoblog : The ghost writer

 

2e

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Créatures célestes / Heavenly creatures

 

heavenly5.jpgCette critique est triplement dédiée à heavenlycreature, alias Fabrice :

- qui fut un des premiers à m'accueillir sur Allociné

- dont le pseudo m'intrigua instantanément

- qui m'a prêté le DVD

 

Il y a du culte dans ce film.

 

D'abord, c'est le premier long-métrage de Kate Winslet, qui campe une pimbêche anglaise débarquant en Nouvelle Zélande avec un brio presque excessif. Nous sommes 3 ans avant Titanic, mais elle crève déjà l'écran.

 

Ensuite parce que la mise en scène de Peter Jackson est complètement azimuthée et le fit remarquer par Hollywood, avec la suite que l'on sait. Le film obtint au passage un Lion d'argent à Venise, de la part d'un jury présidé par David Lynch.

 

Heavenly creatures possède un ton très particulier, à la fois brillant et un peu kitsch, constitué d'un mélange brutal de réalisme social, d'onirisme morbide, de tendresse amoureuse et de mouvements de caméra acrobatiques. Les antagonismes fille réservée / fille sûre d'elle, blonde / brune, riche / pauvre, sont exacerbés par Jackson à l'aide d'effets presque expressionnistes. 

 

Les deux amies se construisent un monde à elles, basé sur le roman et l'invention, qui devient de plus en plus irréel à mesure que le film avance vers une fin qui, elle, est terriblement ancrée dans la réalité (et de plus inspirée d'une histoire vraie).

 

Un film de virtuose bricoleur, dont l'histoire ne peut laisser aucun spectateur indifférent.

 

3e

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Donoma

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/72/46/35/19165506.jpgQuand on ne s'attend à rien, on a toujours plaisir à découvrir quelque chose.

En allant voir Donoma, j'obéissais un peu à l'appel du buzz que tout blogueur un peu consciencieux doit suivre. Donoma était dans mon esprit "le film à 150 euros et aux images floues". Traduisez, un peu cradingue, et probablement agressif et/ou ennuyeux.

Et paf, le film n'est rien de tout cela, il en est même le contraire, et d'une corvée plus ou moins agréable (cocher la case J'ai vu le film qu'il faut voir), le dimanche soir s'est transformé en pur moment de bonheur cinématographique.

Commençons par le début. La première scène happe littéralement l'attention. Toute les qualités du film s'y révèlent déjà en bloc : une attention extrême au jeu hypersensible des acteurs, une liberté totale du cadre, de la focale et des mouvements de caméra, un art du dialogue qui captive l'attention en empruntant systématiquement des voies surprenantes. 

L'actrice Salomé Blechmans fait une entrée fracassante dans le film. Elle y sera magnifique de bout en bout, comme les autres femmes du film d'ailleurs. Le talent de Carrenard s'exprime pleinement avec ses interprètes féminines, toutes plus émouvantes les unes que les autres : Emilia Derou-Bernal, une prof d'espagnol embarquée dans un imbroglio diabolique, Laura Kpegli, photographe poétique qui invente un jeu absolument génial, Laetitia Lopez, émouvante en fille blanche de parents noirs. Une prestation collective impressionnante. 

Les garçons sont bien aussi, mais je ne vais pas non plus en tartiner cinq pages, donc hop je passe à l'homme orchestre, à celui qui inspirera systématiquement les remarques du genre Mais y sort d'où celui là ?, Djinn Carrenard, monteur, producteur, ingénieur du son, réalisateur et directeur de la photo de son film. Pour ceux que ça intéresse j'ai trouvé une jolie petite biographie qui en dit plus sur le bonhomme, de ses origines haïtienne à sa carte UGC illimité (qui lui fait définitivement quitter la Sorbonne).

Vous me connaissez, j'ai souvent la dent un peu dure, mais ici à l'inverse - et ça me fait bizarre de le dire - il y a bien une étincelle de génie dans le travail de ce jeune réalisateur. Le film est complexe, puissant, et tout y semble incroyablement juste. Même les flous semblent tomber au bon moment. On a parfois l'impression de redécouvrir la puissance originelle du cinéma : des cadres qui n'en sont pas, des plans de coupe impromptus, des tangentes bizarres (les personnages revivent une scène en arabe), des plans osés (la superposition d'images dans le train), des inventions évidentes et sidérantes (le son qui s'arrête plusieurs minutes, les plans intégralement noirs dans la cage d'escalier). Tout semble évident et inventif à la fois, traversé par une énergie souterraine qui irrigue le jeu des acteurs, le scénario dans son ensemble, la bande-son (remarquable elle aussi) et le montage. J'ai pensé aux premiers films de Spike Lee, et aussi à la maîtrise de vieux roublard qui ont caractérisé les premiers films du tout jeune Fatih Akin (Head on par exemple).

C'est beau, c'est émouvant, c'est magique. Alors maintenant, trouvez vous une salle, et allez-y. Et en sortant, convainquez trois personnes d'y aller. 

 

4e

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The promise : the making of darkness on the edge of town

The promise est un documentaire de Thom Zimny, qui nous projette dans les sessions d'enregistrement du quatrième album de Bruce Sringsteen, il y a 32 ans. Constitué en grande partie d'images d'archive, il propose en contrepoint des témoignages récents des différents acteurs ayant participé à celle folle aventure.

Le film a été présenté et très bien accueilli au festival de Toronto 2010 (avec une bonne critique du Monde), puis à ceux de Londres et Rome. Il est disponible dans la box luxueuse parue en 2010, à l'occasion des 30 ans de Darkness on the edge of town.

Si dans sa forme le film n'a rien d'exceptionnel, ce qu'il donne à voir est tout simplement extrêmement rare : on n'aura jamais vu d'aussi près le moment décisif de la création artistique. Rappelons rapidement les faits. Springsteen a fait la une de Time et de Newsweek la même semaine à l'occasion de la sortie de son précédent disque, Born to run. Il est à un moment crucial de sa carrière : soit il va être un véritable artiste, soit un simple feu de paille.

Le film commence par nous exposer le combat juridique qui l'oppose à Mike Appel, son producteur, avec lequel il a signé naïvement un contrat qui le prive de ses droits de contrôle sur la musique qu'il produit. Plutôt que de céder, Springsteen refuse d'enregistrer, il est conscient que se joue là un épisode déterminant de sa vie. Le temps que le procès se déroule, le groupe tourne, survit comme il peut, la situation est difficile, mais on voit déjà les deux éléments majeurs qui caractérise la carrière du boss : il ne fera aucune concession, et le E Street Band le suivrait jusqu'en enfer, quelqu'en soit le prix.

Une fois réglés les problèmes juridiques, le groupe entre en studio. Le film montre alors une épopée absolument inimaginable de nos jours. Les sessions vont s'étaler sur pratiquement un an, les membres du E Street Band restent enfermés parfois 24 h sur 24, Springsteen écrit plus de 70 chansons, dont certaines en plusieurs versions. Il se dégage du film l'impression d'assister à un processus qui touche à la magie pure, une sorte de fontaine intarissable à produire de la musique et des textes, qu'un groupe de personnes s'approprie immédiatement comme les leurs.

Le plus incroyable, c'est observer comment la volonté pure de Springsteen recherche une sorte de perfection, comme indépendante de sa volonté. L'artiste cherche à peindre un tableau entier, complet, qui sera sombre, et parlera du sentiment tragique de la vie, mais aussi de la volonté de rechercher la rédemption et les raisons d'espérer. Il dresse ce faisant un tableau poignant de la société américaine comme de la condition humaine. Dans cette entreprise un peu folle, il est sidérant de le voir exclure les deux tubes potentiels de l'album pour les offrir à Patti Smith (Because the night) et aux Pointer Sisters (Fire), simplement parce que ces deux morceaux ne "rentrent" pas dans l'idée qu'il se fait de Darkness. Le fait de ne pas retenir non plus The promise, une des plus belles chansons qu'il ait écrite et sur laquelle le groupe a travaillé trois mois (?!) est encore plus incroyable.

Pour les  plus jeunes qui ne connaissent que Born in the USA, le film peut être un excellent moyen de faire découvrir le travail d'un des plus importants songwriters encore en activité.

 

3e

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Hara-kiri : mort d'un samouraï

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/43/83/19840909.jpgHara kiri est un remake (assez fidèle paraît-il) d'un vieux film de Kobayashi. Il a été réalisé par Takashi Miike, réalisateur japonais prolifique (jusqu'à 4 films par an) et réputé pour l'extrême variété des genres qu'il aborde, souvent avec des styles très différents, et baroques.

 

N'en connaissant pas le scénario, j'ai découvert le film absolument sans a priori, en m'attendant plutôt à assister à de nombreux combats de sabre. Or, le film est presque exempt de ce type de scène.

 

Le début a été pour moi une sorte d'émerveillement. Une mise en scène d'un classicisme extrême, très douce, une succession de plans d'une beauté insensée, une histoire intrigante qui se met tranquillement en place.

 

Le plaisir de retrouver ce Japon éternel, amoureux des belles choses et des beaux gestes, décuple le plaisir. Le réalisateur prend plaisir à caresser avec sa caméra des intérieurs aux peintures magnifiques, des objets conçus dans l'idée de les rendre à la fois les plus beaux et les plus simples, des plats et des bouquets divinement composés, des gestes d'une élégance extrême. L'impression ressentie est magique.

 

Passée l'agréable surprise initiale, le film emprunte malheureusement les chemins d'un mélodrame réaliste beaucoup trop balisé, avant de rebondir sur la fin.

 

Par ces temps de Fukushima et de crise, le film interpelle fortement la notion d'honneur si chère aux Japonais encore aujourd'hui, mais aussi celles de compassion, de pitié. Un peu long (à l'image de la scène de combat finale, qui s'éternise), et un peu trop sage certainement, mais d'une incroyable beauté visuelle.

 

3e

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Sleeping beauty

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/94/11/19814957.jpgNous ne serons peut-être pas si nombreux à défendre Sleeping beauty.

C'est tellement facile de le descendre que je ne me livrerai (pour une fois) que très brièvement à l'exercice du lance-flamme. C'est très lent, sans musique, cela prend souvent les aspects d'une succession de vignettes auteurisantes prétentieuses et glaciales, le scénario est sybilin, le film ne propose aucune résolution aux rares tensions qu'il propose. Voilà, c'est fait.

Pour ma part, j'ai regardé cette moderne Belle au bois dormant avec fascination. Evidemment, l'actrice Emily Browning, vue récemment dans Sucker Punch, est pour beaucoup dans cette fascination, et je le tiens à le dire, pas uniquement par la grâce de sa carnation délicate et de sa plastique avantageuse. Son jeu distille une sorte de malaise flottant, amplifié par la mise en scène de l'australienne Julia Leigh, à la fois sage et recherchée. 

Le film paraît comme anesthésié, sorte de lévitation improbable, quelque part entre une rêverie empesée à la Ruiz et une vision lynchienne des antipodes.

A ne conseiller qu'aux pervers lunatiques et cinéphiles.

 

2e

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Intouchables

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/82/69/17/19793374.jpgll y a une dynamique de la salle remplie à craquer, c'est incontestable. Pour ma part, il a fallu trois essais pour que je décroche enfin mon précieux sésame, et - toute maniaquerie obsessionnelle mise à part - je dois dire que plus j'échouais à voir le film, plus j'estimais nécessaire d'insister. De quel droit tous ces spectateurs chanceux bénéficiaient-ils de leur séquences de bonheur visiblement épanouissant, me laissant comme une âme en peine aller voir Sleeping beauty, et déprimer ?

Enfin, ce soir, avec femme et fille, j'ai eu droit à ma petite tranche de feel-good movie, et ne tournons pas longtemps autour du pot : le film remplit parfaitement son contrat, d'une manière plus pleine et plus convaincante que Bienvenue chez les ch'tis.

D'abord, il faut noter que le scénario du film évite nombre des écueils qui le menaçait au vu du sujet traité : trop larmoyant, trop ancré dans une réalité sociale au détriment de la véracité psychologique, trop caricatural dans son esquisse de la banlieue, trop vulgaire, trop bien-pensant, trop politiquement correct, recherchant systématiquement le bon mot, ressassant de vieilles recettes...

Toledano / Nakache évitent (pratiquement) tout ça en se maintenant habilement sur une ligne de crête étroite qui serpente entre comédie et mélodrame. Il y a la sensibilité de la grande comédie italienne dans Intouchables, et une efficacité par ailleurs toute américaine, matérialisée par un rythme soutenu et des respirations bien dosées.

Le film enfin doit probablement 80 % de son succès à un casting rêvé, Omar Sy en tête, bien sûr, qui révèle un talent incroyable lui permettant de faire passer toute une gamme d'émotions en une fraction de seconde. François Cluzet lui renvoie une partition d'une qualité égale, en mode mineur, mais dont le contrepoint valorise celle d'Omar Sy. Dans ce rôle beaucoup plus difficile à jouer qu'il n'y paraît, il me convainc enfin complètement.

Intouchables n'est sûrement pas le chef d'oeuvre de 2011, mais sa capacité redoutable à mobiliser simultanément zygomatiques et glandes lacrymales, sans insulter l'intelligence des spectateurs, en font un divertissement de premier choix.

 

3e

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Il était une fois en Anatolie

Il était une fois en Anatolie fait partie de ces films qu'on hésite à conseiller à ses amis. La violence des émotions que le film procure est de l'ordre de l'intime, et elles sont si fragiles, si précieuses, qu'on est pratiquement sûr que personne n'éprouvera les mêmes, au même moment. Un reflet dans un oeil, un regard caméra légèrement décentré, un petit bouton d'acné sur un visage parfait, le cinéma de Ceylan flatte le réel en l'ensorcelant, et sa matière est celle des songes. Il est donc tout à fait probable que certains d'entre vous y soient totalement insensibles (bien que parfaitement cinéphiles). Et puis ça dure 2h37, sans musique, en grande partie de nuit, et avec beaucoup de plans fixes.

De quoi s'agit-il ? De la recherche d'un cadavre par une petite équipe constituée de l'assassin présumé, de son frère débile, d'un médecin, d'un procureur, d'un policier et de quelques subalternes. Qui a été tué, par qui et pourquoi : le film ne se préocupe pas vraiment de ces questions, et nous non plus d'ailleurs. Il va s'agir de peser le poids des âmes, de mesurer la fragilité de nos destinées humaines dans le maelstom du temps qui s'écoule sans trêve, de méditer sur le corps, l'amour, le deuil, la responsabilité.

Plusieurs choses sont absolument remarquables dans le film. La façon de filmer la nature est renversante, offrant des images d'une beauté quasi hallucinante. La nuit y vit comme dans aucun autre film. Le jeu des acteurs ensuite, comme toujours chez Ceylan, est extraordinaire de précision. Le médecin rationnel et le procureur imbu de sa personne forment un couple magistral, que le film révèle petit à petit. Les personnages jouent une partition étrange et très séduisante où se mêlent sentiments dérisoires, tragédie grecque et circonstances cocasses. Ils ont souvent un petit côté doistoievskien (la conversation liminaire sur les yaourts, le sergent obsédé par les chiffres, le ramasseur de citrouilles, Clark Gable). 

Ceylan est un cinéaste hyper-doué, peut-être intrinséquement le plus brillant des réalisateurs en activité avec Malick. Il choisit des angles parfaits, des cadres sublimes, joue de la profondeur de champ comme nul autre (ce premier plan magnifique).

Allégorie magistrale de la puissance des forces qui nous entourent, thriller métaphysique et drame lunaire, Il était une fois en Anatolie s'ajoute à la liste déjà longue des films qui auraient pu prétendre à la Palme d'Or au Festival de Cannes 2011.

 

4e

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The ballad of Genesis and Lady Jaye

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/66/66/19799949.jpgJ'ai vu ce film en juillet au festival Paris Cinéma.

La réalisatrice Marie Losier, un petit bout de femme tout frêle, était venu nous expliquer comment elle avait filmé ce documentaire centré sur l'artiste Genesis P-Orridge sur une très longue période (7 ans je crois), avec une patience d'ange et une volonté farouche. Le contraste entre la physionomie,  l'aspect calme (et posé) de Marie Losier, et l'extravagance un peu folle (et dure) de l'artiste m'avait considérablement intrigué. Le mariage du feu et de la glace en quelque sorte.

Pour moi, l'intérêt principal du film avait consisté dans la découverte de P-Orridge, que je ne connaissais absolument pas (c'est comme ça, on pense avoir sa petite culture rock, et puis un jour on tombe sur un mec visiblement connu dont on n'a jamais entendu parlé, et on se sent super con). Une vie fascinante, donc.

L'histoire d'amour avec Lady Jaye est pour moi finalement un produit secondaire du film, pas inintéressante dans sa démesure un peu flippante (la chirurgie plastique pour devenir semblable : la pandrogynie), mais finalement accessoire.

Sur la forme, le film est très particulier, mélangeant différents formats et présentant une image un peu sale. Je ne partage pas tous les parti-pris esthétiques (comme les écrans de couleur vive qui séparent les scènes), ni scénaristiques (les reconstitutions m'ont laissé froid).

Reste, plusieurs mois après la vision, la sensation d'avoir vécu une rencontre assez exceptionnelle avec un être hors commun, d'un sexe et/ou d'un genre indéterminé.

 

2e

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Uzak

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/35/08/95/p2.jpgPour préparer mon séjour à Istanbul à Nöel, j'ai décidé de m'attaquer à la filmographie de Nuri Bilge Ceylan : le réalisateur dont personne ne voit les films, mais qui ne repart jamais bredouille de Cannes.

Première étape avec Uzak, qui a fait connaître Ceylan au grand public et qui a emporté (excusez du peu) le Grand Prix ET un double prix d'interprétation masculine à Cannes 2003.

Pour commencer, amateur de blockbuster pétaradant et de pixarisation colorée, tu peux passer ton chemin. Ici, on est plutôt entre fans de Tarkovski et du Kiarostami des débuts. C'est Ozu qu'on convoquera, et pas Refn.

A force de voir d'autres styles de film, on oublie presque qu'il existe un cinéma dans lequel un plan fixe et silencieux de 5 minutes peut être génial, car signifiant.

Je donne un exemple. Le synopsis est assez simple : un photographe en proie à une crise existentielle (sa femme l'a quitté, il s'interroge sur son métier...) doit accueillir chez lui une vague connaissance issue du même village que lui, mais d'un niveau social bien inférieur. Une longue scène nous les montre tous les deux regarder la télévision. Puis le visiteur de lève et va se coucher. Après un moment, le photographe se lève et sort une cassette porno pour la regarder tranquillement. C'est long, il ne se passe pas grand-chose, mais c'est beau et ça dit plein de choses en même temps : la misère sexuelle du photographe, la gêne d'accueillir le visiteur, le stress d'être surpris, etc...

Nuri Bilge Ceylan s'avère être par ailleurs un réalisateur exceptionnel par ses choix de cadres, absolument géniaux, sa direction d'acteur et sa photographie, d'une beauté époustouflante, qui révèle son métier premier de photographe. Ses talents de coloristes sont aussi immenses (ces rouges !). Le film, que j'ai regardé en deux fois parce qu'il doit s'apprécier avec parcimonie et délicatesse comme un grand cru, est donc une merveille esthétique, qui regorge d'idées de mise en scène (utilisation de la profondeur de champ comme je ne l'ai jamais vu ailleurs). Les relations entre les deux acteurs sont particulièrement subtiles. Il est émouvant de savoir que le plus jeune des deux, parent éloigné de Ceylan, est mort quelques semaines après la fin du film dans un accident de voiture.

Une scène, dans ce beau film, est une splendeur : Istanbul enneigée, un bateau de travers qui semble à la fois immobile et en train de sombrer dans la mer toute blanche.

 

4e

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L'exercice de l'Etat

Cet automne 2011 n'en finit pas de nous réconcilier avec le cinéma français. Voilà qu'après les films d'auteurs grand public Polisse, La guerre est déclarée et l'Apollonide, un nouveau film majeur sort sur les écrans, illustrant cette fois-ci un nouveau genre : le thriller politique.

Un duo d'acteur exceptionnel

Je n'avais jamais bien compris pourquoi Olivier Gourmet bénéficiait d'une sorte d'aura d'acteur culte. Et bien cette fois-ci, c'est clair. Il livre dans ce rôle de ministre des transports une composition sidérante de variété, tour à tour humain, détestable, ambitieux, réaliste, dur, touchant. Il incarne parfaitement ce qu'est un monstre politique, loin des clichés qui voudraient nous désigner les hommes politiques comme des pantins ou des Rastignac au petit pied. On voit ici qu'ils sont mus par des forces peu accessibles au commun des mortels.

Michel Blanc est tout bonnement bouleversant, sans états d'âme - ou plutôt avec des états d'âme, mais sans sensiblerie, droit dans ses bottes mais s'adaptant aux évènements avec une souplesse extrême, il fait coexister sous son crâne chauve tous les ingrédients qui font un grand serviteur de l'Etat, en y ajoutant sa petite touche personnelle (la musique classique, le discours de Malraux, les oeufs au bacon).

Ce duo de choc qui joue la valse de l'amitié, de l'ambition et des valeurs est entouré d'un casting quatre étoiles que je ne vais pas détailler ici, mais sachez que chaque conseiller, chaque ministre, chaque garde du corps, chaque syndicaliste est parfaitement dessiné.

Le ministère (vu) de l'intérieur

Une des réussites majeures du flm est de nous faire entrer de plain-pied dans ce qu'est la vie d'un homme politique, comme aucun film récent n'a réussi à le faire. Du coup, La conquête apparaît comme une bande dessinée un peu grotesque et Les marches du pouvoir comme un épisode de série un peu simpliste.

L'exercice de l'Etat montre tout : l'urgence extrême et permanente (somptueuse séquence d'ouverture dans les Ardennes), la primauté donnée à la communication sur la réflexion de fond, les jeux de pouvoir - mais dont on voit qu'ils sont autant liés à des idéaux (ou des idées) qu'à des calculs personnels, le sacrifice de la vie personnelle, la nécessité des décisions hyper rapides, le peu de cas qui est fait des personnes lors des décisions (cf le dernier plan, sidérant), le contraste extrême des situations rencontrées dans la même journée, etc.

C'est ennivrant et jouissif comme un grand huit lancé à toute berzingue.

Une mise en scène au cordeau

Je ne connaissais pas Pierre Schoeller, et j'en ai presque honte aujourd'hui, tellement il donne une leçon d'efficacité élégante dans ce film. Les plans sont parfaitement découpés, les mouvements de caméra discrètement somptueux. Les fioritures (le rêve initial, la musique bizarre) sont parfaitement intégrées à une trame dense, resserrée, dans laquelle chaque plan compte. Le film propose plusieurs scènes d'anthologie, que je ne peux révéler sans risque de vous gâcher le plaisir. Du grand, grand art.

Allez hop, vous faites le pont de la Toussaint, il fait mauvais, vous allez tous voir L'exercice de l'Etat, sapristi.

 

4e

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Les aventures de Tintin : le secret de la Licorne

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/84/41/03/19822832.jpgN'étant pas tintinophile invétéré, mon avis sur la dernière production de Spielberg ne se résumera pas à répondre à la question : le film est il fidèle à la BD ?

 

Sur ce point, je suppose qu'on pourra gloser quasiment à l'infini, autour du thème "Bien sûr que non". En résumé je dirais que sur la forme, l'américanisation est évidente (ajout de scènes de poursuite dignes d'Indiana Jones, gommage du contexte historique, perte d'éléments liés spécifiquement au langage), alors que le fond me semble assez bien intégrer l'esprit d'Hergé.

 

Le personnage de Tintin est aussi insipide que dans les livres et son animation en motion capture ne m'a pas paru entièrement satisfaisante. Son regard semble trop souvent perdu dans le vague, son grain de peau n'est pas très naturel et les gestes de ses mains sont parfois empruntés.

 

Le capitaine Haddock est par contre très réussi. Tout à fait politiquement incorrect (surtout pour les Américains) avec son alcoolisme invétéré, il donne une qualité spécifique à toutes les scènes dans lesquelles il figure, grâce au savant mélange d'états d'âme dépressifs et de fierté marine qui fait sa marque de fabrique. 

 

La dynamique du scénario trouve d'ailleurs toute sa force dans la relation étroite (et somme toute incompréhensible) qui se noue entre ces deux personnages que tout oppose. Les seconds rôles sont bien utilisés (la Castafiore, Sakharine, les Dupondt). L'animation de Milou est particulièrement convaincante, même si ses poils sont comme d'habitude en animation peu réalistes. Il copie à la perfection les attitudes canines, tout en ayant l'intelligence d'un être humain.

 

Le film est émaillé de morceaux de bravoures très efficaces dont mes deux préférés sont le souvenir du combat de l'ancêtre de Haddock sur son bateau (le montage alterné est une splendeur) et la première poursuite qui mène aux docks, simple, amusante et originale. On parlera sûrement beaucoup de la poursuite dans la ville arabe, qui est éblouissante, mais presque trop pour mon goût.

 

Au final, une bonne soirée en famille et un divertissement haut de gamme.

 

Pour plus d'éléments de contexte je signale l'excellent article du Monde qui raconte l'histoire des rapports de Tintin et de l'Amérique en général, et de Spielberg et Hergé en particulier, qui se seront croisés fin 1982, début 1983.

 

2e

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Les marches du pouvoir

http://images.allocine.fr/medias/nmedia/18/85/39/61/19786561.jpgLe titre français du dernier film de Georges Clooney (The Ides of March) est sûrement l'oeuvre d'un traducteur un peu bourré qui s'est mélangé les pinceaux : Des idées de marche ? La marche des Iles ? Mars en avril ? Envie de marcher ? L'Italie des Marches ? Bon bref, pour les ignares, c'est ici qu'il faut vous cultiver. Vous ne voyez pas trop le rapport avec le film ? Et bien, à part bien sûr une vague thématique de trahison, moi non plus.

 

Tout ça pour dire que beaucoup de films que je vois en ce moment me laissent tiède. Les marches de pouvoir est un film sage, tourné à l'ancienne (les champ/contrechamp sont très scolaires), doté d'un scénario honnête - même si certaines ficelles sont un peu grosses. Les acteurs sont égaux à eux-mêmes. Clooney est plus que jamais celui qui a démodé le café filtre, et il le restera longtemps, j'en ai peur.

 

Ryan Gosling montre au début une grande variété de jeu, avant de prendre le volant d'une voiture pour accompagner la charmante Evan Rachel Woods à la clinique. Le fait de conduire semble le métamorphoser instantanément en chauffeur patibulaire au visage fermé, Drive is back.

 

Dans cette torpeur indolore et pas inintéressante, on ne pourra pas s'empêcher de penser à DSK (le coup de la femme de ménage semblerait lui être destiné, si Clooney connaissait son nom), à Clinton, et oui, finalement oui, la politique est quand même un milieu cruel ma bonne dame. Un bon prime time sur TF1.

 

2e

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Ici, on noie les Algériens

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/85/89/27/19819748.jpgLa même semaine sortent sur les écrans le fameux Octobre à Paris de Jacques Panijel, film culte tourné en 1962 dans une quasi-clandestinité et jamais sorti en salle, et le documentaire Ici, on noie les Algériens, de Yasmina Adi, qui en constitue une sorte de contrepoint contemporain.

Pour ceux qui ont séché leur cours d'histoire (ou qui sont trop vieux pour avoir connu des cours dans lesquels figurait cet évènement), un bref rappel des faits. En pleine guerre d'Algérie, les Algériens de Paris manifestent sans violence contre le couvre-feu dans les rues de Paris, le 17 octobre 1961. Dans un contexte marqué par les attentats du FLN en France, la répression policière est violente. On compte des dizaines de morts, des centaines de blessés, et des milliers de détentions dans des conditions abominables.

La force du travail de Yasmina Adi tient dans sa simplicité. Son documentaire est de facture classique, sans fioriture. La mise en scène alterne les documents d'archive (principalement des photos, mais aussi des coupures de presse et des enregistrements radiophoniques) et des témoignages de personnes ayant vécu les évènements. Ces derniers sont évidemment très émouvants. Manifestants, femmes ayant attendu en vain le retour de leur mari, conducteurs de bus, médecins : tous sont remarquablement clairs et dignes. Leur parole est d'une grande densité émotionnelle, sans être plaintive.

Voir sur les photos d'époque des inconnus vous regarder fixement par-delà les 50 ans d'histoire écoulés est aussi très fort. Au delà des macabres rappels qu'assène le film (les corps que la Seine rend plusieurs semaines après le drame), on apprend également des à-côtés tout aussi choquants, comme cet internement en hôpital psychiatrique des femmes de disparus manifestant quelques jours après le 17 octobre, ou comme la libération du Palais des Sports pour une série de concerts de Ray Charles (chanteur noir, comme le précise le commentateur de l'époque). Les photos montrant des milliers d'Algériens parqués dans cette enceinte n'est pas sans rappeler d'autres rassemblements terribles, celui du Vel d'Hiv en 1942 par exemple.

Sans voix off, le film réussit donc parfaitement à faire ressentir le caractère inhumain de la répression en juxtaposant simplement les images d'époque et les témoignages, dont les plus impressionnants sont ceux des femmes. Il parvient ce faisant à nous immerger dans l'époque.

En résumé, une salutaire piqûre de rappel pour nous inciter à rester vigilants face à un Etat qui sait à la fois faire perpréter ses méfaits par les fonctionnaires, puis les cacher aux journalistes s'il le faut.

Pour plus d'info, voir le site officiel du film, très bien fait.

 

3e

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The artist

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/95/46/19733671.jpgAussitôt vu, aussitôt oublié.

 

Oh, ce n'est pas qu'on puisse faire beaucoup de reproches à The artist. Le film est plutôt plaisant, inspirant des sentiments un peu confus mais agréables de défi insensé, de travail bien fait, de connivence intelligente et de performances d'acteur. Et puis il nous rappelle la puissance de l'art cinématographique : contre toute attente, l'absence de son se fait très rapidement oublier.

 

The artist est toutefois rapidement limité par les règles qu'il s'est lui-même fixé : respect absolu aux standards des films muets des années 30, mimiques exagérées, format carré, cartons de dialogue, musique expressive et ampoulée. Les variations "modernes" sont distillées au compte-goutte (les sons disséminés ici ou là, les quelques cadrages et mouvements de caméra notablement anachroniques), ne menaçant pas l'exercice formel que constitue avant tout le film.

 

Le scénario, très prévisible et convenu, ne permet pas à The artist d'accéder pleinement au statut d'oeuvre originale.

 

On est donc très loin de la réinterprétation géniale et déjantée du muet par Guy Maddin dans The saddest song in the world.

 

Un moment qui passe agréablement grâce à l'incroyable talent de Jean Dujardin et Bérénice Béjo (compagne du réalisateur, Michel Hazanavicius) mais qui ne laissera pas dans la mémoire plus de traces que le souvenir d'une bonne copie de carte postale ancienne.

 

2e

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Polisse

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/94/23/19759456.jpgAvant-première le 27 septembre 2011 à l'UGC Atlantis, près de Nantes. Maïwenn est là, escarpins noirs, jean serré, veste en jean, accompagnée de Naidra Ayadi et Frédéric Pierrot.

L'intervieweur s'emmêle complètement les pinceaux, en questionnant par exemple Frédéric Pierrot à propos de La guerre est déclarée, dans lequel il joue aussi... ce qui permet à Maïwenn de couper sèchement d'un "on est là pour parler de Polisse !".

Sinon, pas facile de parler d'un film avant la séance comme c'était le cas ce soir. On apprend que les 10 acteurs ont fait un stage d'une semaine chez la police, que le scénario résulte de notes prises par Maïwenn pendant un passage à la BPM et que parfois elle distribue aux acteurs des "jokers" à l'oreille, c'est à dire si j'ai bien compris des directives qui sèment un peu d'inattendu dans la scène.

Devant l'incurie emberlificotée de son interlocuteur de l'UGC, Maïwenn se prend à nous regarder fixement (le public) puis à nous interpeller : "Hé, mais y'a que des femmes ici ? Les hommes, levez la main ! Hé toi là au premier rang, c'est ta copine qui ta forcée ? Et qui est venu sans savoir qu'on avait eu un prix à Cannes ?" (et là, trois inconscients lèvent la main).

Etonnant, déstabilisant, mais plein d'énergie, à l'image du film.

Vulgaire, et alors ?

Le moins qu'on puisse dire c'est que Polisse ne fait pas dans la dentelle. La caméra bouge, ne tient pas en place, expérimente des tas de trucs. Les acteurs en rajoutent des tonnes, mais ils le font avec une énergie telle qu'on est souvent soulevé de son fauteuil. A ce jeu ils sont tous formidables, et bien sûr Joey Starr en premier - hallucinant. Ca jase, ça papote, ça crie, ça gueule, ça parle arabe, ça jacte, ça parle de bites et d'amour, ça s'insulte, ça ne s'arrête quasiment pas une minute, comme une tornade qui brasse les sentiments et les sensations. Le scénario part un peu dans tous les sens, s'attachant à quelques personnages, égrenant les micro-histoires qui ont toutes leur ambiance et leur intérêt, s'attachant aux petits riens. 

Ce n'est pas toujours fin, même si c'est beaucoup plus écrit que cela ne le parait au premier abord, les ficelles sont un peu grosses, les effets tire-larmes sont légions, mais le film est traversé par une telle énergie qu'il est capable d'offrir des scènes d'euphorie pure (la boite de nuit) ou de fou-rires irrépressibles (le téléphone portable - mais un beau, hein).

Les histoires contées sont tristes, écoeurantes, puissantes. Il faut sûrement la potion façon remède de cheval que nous assène Maïwenn pour les faire passer.

Le cinéma français les doigts dans la prise

L'année 2011 du cinéma français avait magnifiquement commencé avec un bijou : Tomboy. Mais l'automne est carrément royal avec une succession de films parfaitement maîtrisés, très différents et très ambitieux chacun dans leur genre : La guerre est déclarée, L'Apollonide, Les bien-aimés et maintenant Polisse. Cet appel d'air est d'autant plus sympathique qu'il s'accompagne d'un succès public : La guerre est déclarée s'envole vers le million de spectateurs et qui aurait dit qu'un film aussi difficile que l'Apollonide puisse atteindre 200 000 spectateurs ?

La particularité de ces films, c'est qu'ils sont à la fois profondément des films d'auteurs (au sens où ils reflètent le projet bien particulier de leur concepteur), mais qu'ils ne sont pas auteurisant dans cette veine atone, triste et compassée, qu'on peut parfois connaître. Ils dégagent chacun une énergie farouche qui nous donnent envie de les aimer.

Et ça marche.

 

4e

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