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Christoblog

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Le congrès

Le nouveau film d'Ari Folman vaut d'abord par l'interprétation magistrale de Robin Wright.

Le congrès se décompose en deux parties. La première, en prises de vue réelles, nous décrit comment une actrice de second plan, ayant fait beaucoup de mauvais choix dans sa carrière, se voit proposer de devenir "numérisée". Elle doit accepter de se faire modéliser, puis abandonner tout droit sur l'exploitation qui sera faite de son image.

Cette première partie est captivante. Il y règne une atmosphère à la limite du fantastique, grâce notamment au décor stupéfiant de l'entrepôt dans lequel vit l'héroïne et ses enfants. Robin Wright y joue en quelque sorte son propre rôle (en tant qu'ex-actrice de Santa Barbara et de Princess Bride), et elle est bouleversante. Les seconds rôles sont assez caricaturaux, mais plaisants.

Une fois la numérisation effectuée, le film se projette dans l'avenir, et commence la partie d'animation, qui m'a pour tout dire hérissé. Je n'aime pas le style cartoon du dessin, qui d'ailleurs n'est pas celui des photos circulant sur Internet, ce qui surprend beaucoup et d'une certaine façon constitue une sorte de tromperie. L'intrigue est extrêmement complexe : il s'agit de vie dans un monde virtuel, et de céder maintenant plus que son apparence : son essence. Pas évident de raccorder ce qu'on voit à la réalité, et d'ailleurs, quand le film s'y risque à la toute fin, le résultat n'est pas probant.

Le congrès est un film ambitieux construit sur des thématiques quasi-philosophiques (comme celle du choix, omniprésente), mais qui n'évite pas les naïvetés et la sensiblerie (l'histoire du fils), et parfois le mauvais goût. Le scénario est stimulant intellectuellement (on songe entre autres à Philip K. Dick, à Matrix et à David Lynch), mais par trop foisonnant. Le film fourmille d'idées de toute sorte, ce qui le rend intéressant, mais laisse l'impression finale de ne pas avoir été maîtrisé de bout en bout.

Une expérience à tenter pour les plus curieux.

 

2e

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Before midnight

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/14/93/20446138.jpgEvidemment, le plaisir de retrouver Jesse et Céline est accru quand on a suivi leur aventure amoureuse depuis le début, en voyant Before sunrise il y a 18 ans et Before sunset il y a 9 ans.

Sinon, j'imagine que le film paraîtra peut-être un peu plat et ordinaire, car après tout il ne s'agit là que de montrer des situations dans lesquelles chacun pourra se reconnaître : petites piques, vieilles rancoeurs, non-dits, raccomodages. Bref, tout un arsenal de comédie romantique low-fi.

Pour les connaisseurs de la "série", ce troisième opus se distingue par une forme un peu plus élaborée, même si la majorité des scènes est toujours constituée de ces longs tunnels de conversations à deux à propos de tout et de rien. Au titre des nouveautés on a droit à un repas de copains (aux dialogues parfois légèrement artificiels), à des scènes de Jesse avec son fils, et à des décors de spots publicitaires pour la Grèce (paysages et maison magnifiques au demeurant). Bref, à différentes petites variations.

Le film parvient à renouveler son fond de commerce constitués de longs travellings avant ou arrière avec une séquence incroyable au début du film, filmant une très longue conversation à travers le pare-brise d'un véhicule. Mais la vraie nouveauté se situe au niveau du ton, avec cette fois-ci une réelle méchanceté, surtout à travers quelques phrases couperets assénées par Céline. Cette cruauté est toutefois atténuée par la grâce mutine et énergique de Julie Delpy, et le calme olympien d'Ethan Hawke. Le film réussit un prodige : celui de montrer des personnages dont le caractère reste le même au cours du temps, tout en s'adaptant à la fois aux circonstances et aux changement des corps.

Les dialogues sont toujours ciselés, le film est d'une finesse remarquable (on revoit très différemment en fin de film les scènes initiales de préparation du repas et de discussion autour du nouveau roman de Jesse).

Une gourmandise de connaisseur, qui peut éventuellement laisser de marbre ceux qui n'ont pas vu les deux premiers opus.

Retour sur le début de la trilogie sur Christoblog : Before sunrise / Before sunset

 

3e

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Before sunset

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/35/22/35/18375030.jpgA bien des égards, Before sunset apparait comme un codicille au volet précédent, Before sunrise.

Même dispositif (une heure limite, une errance dans la ville, une fin incertaine), mais ici simplifié et raccourci. L'impression de temps réel est encore plus intense que dans le premier film de la trilogie.

Ce qui est très intéressant dans ce deuxième opus, c'est la subtile évolution des personnages. Plus agés, ils ont vécu tous les deux toutes sortes d'expérience dont ils parlent avec leur franchise habituelle. La vie leur a appris à mentir légèrement, ce qui n'était pas le cas dans le premier épisode : ils jouent ici à un jeu de chat et de souris qui est absolument délicieux (de quoi se souviennent-ils exactement l'un et l'autre ? que s'est il passé en décembre 95 ?).

Puis tout à coup, dans la voiture qui ramène Jesse à l'aéroport, une sorte de tension terrible apparaît dans les propos de Céline. Les dernières scènes dans son appartement amorce une rupture de ton. Quand Julie Delpy interprète la chanson à la guitare (quel moment de grâce absolu, qui renvoie bien sûr au livre de Jesse), elle emporte le film dans une sorte de rêve éveillé, qui laisse Jesse abasourdi (et nous aussi par la même occasion). C'est dans une autre dimension qu'on assiste finalement à la performance de Julie Delpy imitant Nina Simone. Comme le chant des sirènes envoûtant Ulysse, on se doute bien à ce moment là que Jesse est parti pour rater son avion...

La réalisation, de qualité, reste sagement discrète, ce qui est en soit un exploit (les raccords dans les conversations filmées en marchant sont invisibles). Les dialogues sont ciselés et servent à la perfection les deux acteurs, tour à tour mordants, tendres, nostalgiques, enthousiastes.

A voir absolument si on a aimé Before sunrise.

Toute la trilogie sur Christoblog : Before sunrise / Before midnight

 

3e

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Before sunrise

Alors que sort mercredi Before midnight, il n'est pas inutile de revenir sur les deux premiers volets de cette trilogie, débutée en 1995 par Richard Linklater (le réalisateur), Julie Delpy et Ethan Hawke (les acteurs) : Before sunrise, puis Before sunset.

Rappelons que ces trois films peuvent être attribués aux trois protagonistes, puisque les deux acteurs ont très largement participé au développement des scénarios des trois films, sur une idée originelle (et autobiographique si on en croit les rumeurs) de Richard Linklater.

C'est peut-être de cette intense collaboration artistique que vient cette impression saisissante de naturel et de profonde légèreté qui semble saisir tous les spectateurs de Before sunrise.

Rappelons le prétexte du film : deux jeunes gens (lui américain, elle française) se rencontre par hasard dans un train, et passe une nuit ensemble à errer dans les rues de Vienne, parlant sans cesse et tombant amoureux.

Ce qui fait l'originalité du film tient à mon sens en deux choses.

La première est la façon dont la fluidité du temps est rendue. Tous les éléments du film semblent progresser à la même vitesse, et si je puis dire dans le même sens : le train et les tramways roulent, les deux jeunes gens marchent, le temps s'écoule, les vies passent  (le cimetière), la nature suit son chemin (les étoiles, le soleil), le sentiment amoureux progresse et s'amplifie. Tous ses flux se mêlent, se croisent et se nourrissent l'un l'autre, amplifiés par la voix des deux acteurs, qui semblent exprimer un flow continu de pensée, presque jamais silencieux, et débattant avec une liberté incroyable de sujets renvoyant souvent au temps, passé ou futur (premiers souvenirs, espoirs pour l'avenir).

Le second point fort du film est la personnalité incroyable de Julie Delpy, qui est dans ce film complètement irrésistible. Tout à tour espiègle, directe, emportée, vulgaire, triste, poétique, tendre, intellectuelle, enjouée, elle déverse sur Ethan Hawke une pluie de sensations qui le rendent d'ailleurs de plus en plus silencieux, et amoureux. Les débats entre les deux personnages peuvent prendre des aspects inattendus, et brassent des sujets très divers, personnels ou philosophiques, sans jamais ennuyer. Les deux amants font preuve l'un envers l'autre d'une qualité d'écoute remarquable.

Le film multiplie par ailleurs les rencontres improbables et initiatiques (j'ai souvent pensé à des thèmes mythologiques : Ulysse, Orphée), comme par exemple les deux acteurs de théâtre, le clochard qui écrit des poèmes, les inserts sur les clients du bar, la cabine d'écoute chez le disquaire, la voyante. Le réalisateur souligne d'ailleurs cet aspect des choses  avec ces derniers plans superbes qui montrent quelques uns des décors fréquentés par le couple durant la nuit, vides et désertés. Une façon d'attester que la trace indélébile de cette histoire d'amour idéale subsiste dans l'atmosphère de la ville, comme son souvenir dans notre esprit.

Probablement un des plus beaux films jamais réalisés sur la naissance du sentiment amoureux.

La suite de la trilogie sur Christoblog : Before sunset / Before midnight

 

4e

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Les beaux jours

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/024/21002483_20130430154418519.jpgCertains films reposent uniquement sur leur actrice.

Lorsque celle-ci est juste moyenne, et que le reste est nul, cela donne Le temps de l'aventure. Lorsque l'actrice est impériale, comme Fanny Ardant ici, et que les seconds rôles sont corrects, cela donne un film acceptable.

Entendons nous bien, il ne s'agit pas de crier au génie, ne serait-ce que parce que le scénario est dramatiquement faible. Résumons-le brièvement : Caroline, jeune dentiste retraitée, se voit offrir par ses filles un chèque découverte dans un club de retraités. Et là, badaboum, passion torride pour un animateur, Julien, qui pourrait être son fils, joué par un étonnant Laurent Lafitte mi-homme objet, mi-tombeur raté, et un peu goujat. Le mari de Caroline, joué par le toujours délectable Patrick Chesnais, fait un cocu raisonnable attendrissant.

Donc, rien de bien original dans cette histoire de passion sur le tard et sans lendemain. C'est évidemment dans le jeu de Fanny Ardant que réside l'intérêt du film. Mutique et renfermée au début, son personnage s'éclaire et s'épanouit au fur et à mesure que sa relation se développe. Cette relation est de nature principalement sexuelle, car le pauvre Julien n'en a pas beaucoup dans le ciboulot, à l'inverse du mari.

Moi qui déteste habituellement Fanny Ardant et prend un malin plaisir à la descendre en flamme, je dois bien reconnaître qu'elle dégage dans ce film une classe incomparable et que son portrait de femme assumant sa sensualité à 60 ans est confondant.

La mise en scène de Marion Vernoux est pleine de délicatesse.

A voir éventuellement.

 

2e

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Star trek into darkness

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/14/33/20511891.jpgLa scène d'ouverture de Star trek into darkness, résume assez bien ce que le film sera : un condensé de morceaux de bravoure (la poursuite, l'Enterprise qui émerge de la mer), de trouvailles visuelles (les arbres rouges), de psychologie sommaire mais efficace (la psycho-rigidité et le sens du sacrifice de Spock) et de péripities bien huilées (on ne comprend pas ce qu'on voit tout de suite, mais on prend plaisir à le regarder).

Si le nouveau film de JJ Abrams n'est certes pas un chef-d'oeuvre, il constitue une version acceptable du blockbuster de SF.

Les personnages sont attachants, bien que manquant clairement de profondeur psychologique. Zachary Quinto campe un Spock très amusant, même si je regrette qu'il finisse par céder à la tentation de l'émotion. La trame de l'intrigue est assez solide, ménageant quelques adroits rebondissements. On ne sait pas exactement quel est le véritable méchant pendant une bonne partie du film, ce qui est assez malin.

Certains diront que le scénario est une énième variation autour du rapport au père, ce qui n'est pas faux, et finalement presque logique au moment où JJ Abrams s'apprête à prendre les commandes du plus grands mythe contemporain traitant du sujet, Star Wars.

La mise en scène de JJ Abrams est d'une élégance et d'une efficacité remarquables, avec quelques traits caractéristiques de son style : un sens du cadre inné, une capacité à restituer des ambiances très diverses, un rythme, une attention extrême aux acteurs (beaucoup de gros plans sur les visages), des détails inexplicables (les peintures Renaissance, le trou bleu à l'arrière d'un crâne). Les décors, paysages, et vaisseaux spatiaux sont à la fois très réalistes et très beaux, ce qui contribue grandement au plaisir éprouvé durant la projection (une qualité que ne possédait pas le récent Oblivion).

Le film piétine toutefois un peu sur la fin, multipliant les twists sans nécessité et sacrifiant au spectaculaire au point de ressembler à du Transformer cheap. C'est dommage, parce que jusqu'à ce dernier tiers trop lourd, Star trek into darkness avait réussi à maintenir une sorte de légèreté enfantine et profonde à la fois, caractéristique de JJ Abrams, qui confirme avec ce film ses talents d'entertainer exigeant. Le film, malgré son titre très sombre, est bien loin des poses prétentieuses d'un Christopher Nolan.

JJ Abrams sur Christoblog : Star trek / Lost / Super 8

 

2e

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Le joli mai

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/97/08/83/20536411.jpgTourné en 1962 au coeur de Paris, juste après la fin de la guerre d'Algérie, Le joli mai est un documentaire remarquable à plus d'un titre.

Premier point, j'ai été sidéré par la modernité des sujets abordés par Chris Marker et Pierre Lhomme, qui sont souvent encore d'actualité ou qui entrent en résonance avec celle-ci : précarité sociale, irrationalité des réactions de la Bourse, problématique des grands ensembles urbains, racisme ordinaire, condition de la femme... On est à la fois inquiet et fasciné de voir que les progrès dans nombre de domaines sont nuls ou limités.

Le deuxième aspect fascinant du film est la capacité qu'ont les réalisateurs de mêler l'intime et l'historique.

Ils arrivent magnifiquement à extraire ce qu'il y a de profondément personnel dans chacune des interviews (le jeune algérien, le prêtre ouvrier, la costumière, le vendeur de costume) tout en l'insérant dans le grand flux de l'histoire (les procès politiques, les grèves, De Gaulle, les mutations technologiques fondamentales comme la télé).

L'ensemble dégage une poésie touchante, magnifiée par une superbe photo en noir et blanc, et remarquable par les choix de cadres, de lumières et de focales, eux aussi formidablement modernes. Même la voix off d'Yves Montant, surtout présente au début et à la fin du film, est plaisante.

Je ne peux donc que conseiller cette traversée de Paris, qui multiplie les visions étonnantes et instructives sur son peuple, toutes classes sociales confondues. Un must du moment.

 

4e

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L'inconnu du lac

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/97/45/89/20530353.jpgA Cannes, peu de films firent autant parler d'eux que L'inconnu du lac, d'Alain Guiraudie, présenté dans la section Un certain regard et récompensé par le prix de la mise en scène.

Le sujet comme le traitement donnaient tous deux naissance à de nombreuses rumeurs : relations homosexuelles explicites (avec doublure porno), thriller et assassin en série, monstre lacustre de 10 mètres de long.

Il est amusant de constater que tout cela est en partie vrai, mais ne rend pas du tout justice à ce que le film est vraiment.

Un lac artificel, quelque part dans le Sud, lieu de drague et de baise entre homos naturistes. Franck, jeune homme solaire dévorant la vie, y vient tous les jours. Il tombe amoureux de Michel, sorte de Freddy Mercury à la moustache de Magnum, qui a (malheureusement) un amant, très Village People au demeurant. Un soir, Franck voit Michel zigouiller son mec dans le lac, chouette opportunité pour se glisser dans les bras de Michel, même si celui-ci est donc un assassin. Parallèlement à cette romance à haut risque, Franck discute avec Henri, un petit gros hétéro, qui vient sur la plage sans qu'on sache vraiment pourquoi, si ce n'est qu'on devine chez lui une immense solitude et des tendances dépressives.

De tout cela, Guiraudie fait une sorte de tragédie grecque, quéquettes à l'air. Unicité de lieu (la caméra ne quittera jamais les rives du lac), unicité de temps (même si le film se déroule sur plusieurs jours, la répétition mécanique des mêmes scènes rituelles d'arrivée ne fait de cette série qu'un long continuum), unicité d'action (puisque la vrai problématique du film est : Michel va-t-il tuer quelqu'un d'autre, et qui ?). Dans le rôle du choeur, on pourra ranger cet inspecteur à la fois burlesque et opiniâtre, qui trouve les mots justes pour désigner la terrible solitude de tous les protagonistes. Dans celui des faunes et des satyres, les hommes qui errent dans les bois du plaisir ne manquent pas de figures admirables, comme celui qui observe les autres en se masturbant, personnage presque comique, ou quelques anonymes réduits à leur statuts (statues ?) d'observateurs marmoréens. Dans le lac roderait une Chimère menaçante, silure colossal.

Je ne dévoilerai pas ici la fin de cet étonnant huis clos en plein air, exercice de style dont les intentions sont floues et la réalisation remarquable, si ce n'est pour révéler qu'elle est aussi prenante que le film le laisse espérer.

Une expérience hors du commun.

 

3e

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La fille du 14 juillet

http://fr.web.img4.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/97/57/81/20537280.jpgUne sorte d'hystérie collective s'est développée à Cannes autour d'un nouveau cinéma comique français dont les parangons seraient Tip top de Serge Bozon et La fille du 14 juillet d'Antonin Peretjatko. Cet engouement soudain s'est manifesté entre autre par le supplément Cannes du Monde et le numéro d'avril des Cahiers. De quoi s'agit-il ? Faire des comédies avec trois francs six sous (et pas d'euros, il y a d'ailleurs une pièce de 0 euro qui circule dans le film), être inventif avec peu de moyens, regarder plutôt vers le passé que vers l'avenir, et distiller de subtils messages en rapport avec l'actualité.

Si j'ai trouvé l'exercice absolument raté dans le cas de Tip top, je l'ai un peu plus apprécié dans le film de Peretjako.

Hector, gardien de musée, tombe amoureux de Truquette. Il descend dans le midi avec elle, son copain Pator, Charlotte (une amie de Truquette) et Bertier, qui lit un manuel de séduction en vue de conquérir Truquette. Le film est loin d'être parfait. D'abord techniquement : le manque de moyen se fait cruellement sentir, ce qui se traduit par des approximations désagréables (j'ai lu dans un article que certains champ / contrechamp avaient été réalisés à plusieurs mois d'intervalle). Ensuite le côté rétro est parfois pesant, il suffit de lire les références citées par la presse : Tati, Rozier, Iosseliani, un Godard drôle, Jean Yanne, Mocky, Dino Risi, Blake Edwards... tout cela est fort flatteur et en partie fondé, mais le film souffre de cette accumulation de références.

Ceci étant dit, Peretjatko s'en sort tout de même par des éclairs de génie drôles et/ou poétiques : l'introduction montrant les cérémonies du 14 juillet filmées en accéléré, l'idée d'avancer la rentrée d'un mois à cause de la crise, certains gags visuels. Le film propose une telle accumulation d'idées que certaines sont forcément bonnes. Il faut également noter un effort de construction beaucoup plus rigoureux que le style du film ne le laisse présager (histoires dans l'histoire, flash backs, etc..). Le personnage du faux médecin colérique, joué avec brio par Serge Trinquecoste, mérite presque à lui même le déplacement.

Au final, j'ai un peu de mal à avoir une opinion tranchée sur ce film, plongée anecdotique - mais pas désagréable - de hipsters contemporains dans la France profonde de la Nationale 7.

 

2e

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La grande bellezza

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/073/21007325_2013052116483405.jpgIl est assez étonnant de lire beaucoup de critiques sur ce film qui le relient à La dolce vita, car les deux films n'ont finalement pas grand-chose à voir, si ce n'est Rome et le goût des fêtes décadentes. Pour le reste, que ce soit pour la mise en scène, les thématiques ou les péripéties, les films sont assez différents. Le film de Fellini est beaucoup plus noir et désabusé que celui de Sorrentino.

Alors pour commencer, je dois dire que j'ai adoré l'interprétation de Toni Servillo, impérial en dandy vieillissant, qui parvient à jouer le détachement sans aucun cynisme. Ensuite, le film m'a impressionné par la puissance évocatrice de ses scènes, dont beaucoup sont ennivrantes, comme celle de la première fête, qui fait ressembler les orgies de Spring breakers à des réunions de séminaristes.

Au-delà de la virtuosité formelle de Sorrentino, qui est exceptionnelle, le film regorge également de personnages diablement attachants, comme la sainte de 104 ans, ou plus encore, la magnifique femme qui est mortellement malade (superbe scène où elle écoute Jap pérorer à propos de la conduite à tenir dans les enterrements, alors qu'elle se sait condamnée, et pas nous).

Evidemment, l'exubérance créatrice de Sorrentino n'évite pas un certain mauvais goût (les flamands roses), mais cela me semble négligeable au regard de la puissance visuelle du film.

Une des scène les plus violentes vues à Cannes figure dans ce film : celle durant laquelle Jap dit ses quatre vérités à une femme qui la ramène un peu trop, avec le sourire, mais avec une exhaustivité et une précision destructrice. D'autres scènes marquent profondément le spectateur : ce cabinet étrange de docteur dont on ne saisit pas vraiment l'activité, le berceau dans le palais, cet artiste contemporain qui se prend en photo tous les jours, ce couple qui propose une bizarrerie sexuelle à Jap que je n'ai pas comprise...

La grande bellezza traite du temps, de la mort et des souvenirs. A ce titre, le passage du voyage vers le Concordia, et les souvenirs du premier amour qui y sont associés, sont splendides.

Un bien beau film, sous un fatras un peu tape-à-l'oeil, c'est vrai.

 

4e

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Shokuzai

Kiyoshi Kurosawa est certainement un des meilleurs cinéastes japonais en activité avec Hirokazu Kore-Eda, Shinji Aoyama et bien sûr Takashi Miike. Souvent cantonné au film de genre tendance fantastique, il fut révélé au grand public par son dernier film Tokyo Sonata. Malgré ce succès, il a toujours beaucoup de mal à financer ses projets de long-métrages, et s'est donc décidé à réaliser en attendant une mini série de 5 épisodes d'une heure pour la chaîne japonaise Wowow.

Shokuzai (Penance en anglais, Pénitences en français) commence comme un film de serial killer : un homme repère 5 petites filles qui jouent au ballon, il en choisit une, la viole et la tue. Les petites filles ne peuvent pas aider à identifier le tueur, et la mère de la victime les maudit pour cela : chacune devra aider à trouver le coupable ou devra payer une "contribution".

Les quatre premiers épisodes retracent la vie des quatre petites survivantes, quinze ans après les faits, et montrent comment elles payent leur dette. Le premier épisode est très réussi, dans un genre qui tire vers le fantastique, et un travail sur l'image magnifique. Le second est dans une tonalité mélodramatique et donne à voir la vie à l'intérieur d'une école japonaise avec ses drôles de rites. Le troisième est une sorte de thriller psychologique et le quatrième tranche totalement avec tous les autres en explorant un registre burlesque et cruel.

Dans ces quatre petites histoires, on ne peut qu'admirer la parfaite maîtrise de Kurosawa qui propose une mise en scène d'une exceptionnelle beauté : décors minutieusement choisis et astucieusement filmés, mouvements de caméra gracieux, cadres splendides, direction d'acteurs irréprochable, scénario mitonné aux petits oignons (il fallait voir les spectateurs du Festival des 3 Continent rivés à l'écran pendant 5 heures de suite), montage chirurgical. Chaque épisode commence par un retour sur la scène fondatrice (un peu comme un "previously in Shokuzai") qui nous la fait découvrir sous un angle différent à chaque fois : c'est très bien fait. Si les qualités intrinsèques sont les mêmes dans les quatre premiers opus, ils ont chacun leur style particulier, thème musical, photographie, tonalité des décors, utilisation de gros plans ou de plans larges, rythme du montage : dans la mise en scène de Kurosawa tout fait sens, rien ne semble laissé au hasard.

Le cinquième et dernier épisode est une sorte de feu d'artifice qui revient à l'époque du drame (et  même avant) et qui lorgne cette fois-ci du côté des coréens façon Park Chan-Wook ou Bong Joon-Ho. Le rythme devient halletant et les révélations succèdent aux rebondissements. Si le plaisir de spectateur est dopé à ce moment-là, il faut avouer que ce n'est plus à force de bon goût et de crédibilité, mais peu importe, le niveau de qualité global de l'ensemble reste impressionnant.

Le film est sorti en France sous forme de deux films : Celles qui voulaient se souvenir (1h59) et Celles qui voulaient oublier (2h28).

 

4e

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Le passé

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/97/39/33/20540906.jpgJ'aime beaucoup le cinéma d'Asghar Farhadi, que je défends depuis longtemps sur Christoblog. C'est peut-être pour cette raison que je suis très exigeant avec lui, et que je trouve que Le passé, bien qu'étant un bon film, est tout de même un peu décevant.

Premier point, il me semble que la mécanique scénaristique farhadienne, portée à son point le plus diabolique dans Une séparation, est ici un peu trop (pré)visible. Les rouages me paraissent légèrement grippés, et beaucoup d'enchaînements sont prévisibles.

Pourquoi le personnage d'Ahmad, entouré de mystère, disparaît-il aux deux tiers du film ? En quoi les causes du suicide de la femme de Samir sont-elles si importantes ? Courriels de la fille ou jalousie envers l'employée du pressing, quelle importance quand la relation de Samir et Marie allait devoir éclater au grand jour ?

Comme symbole de la perte relative de subtilité de Farhadi, il  me semble que la fin du film est exemplaire : plaquée, larmoyante, un peu too much - tout le contraire de la dernière scène d'Une séparation. Cette fin orientée vers la femme de Samir escamote le personnage de la jeune fille et le sujet de sa culpabilité, qui était le véritable ressort dramatique du film.

Ceci étant dit (qui aime bien, chatie bien), il faut reconnaître que le savoir-faire habituel du cinéaste iranien rend tout de même le film agérable : réseau dense de signes et de symboles, transparences diverses, espaces confinés, utilisation optimale des intérieurs, sens du détail, perspectives superbes. La mise en scène de Farhadi est parfaite, presque trop, et il me semble qu'elle empêche un peu l'expression des acteurs, Tahar Rahim étant encore une fois assez moyen dans ce film. Le titre du film, enfin, une fois n'est pas coutume, me semble très peu en adéquation avec son contenu.

Peut mieux faire.

 

Asghar Farhadi sur Christoblog : Les enfants de Belleville (***) / A propos d'Elly (***) / Une séparation (****) / A propos d'Une séparation : le vide avec un film autour

 

2e

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Enfance clandestine

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/31/55/20106543.jpgComment grandir avec des parents qui ont des activités clandestines dangereuses ?

Voilà la question que pose l'argentin Benjamin Avila, dont la mère a elle-même disparu lors de la dictature militaire sévissant en Argentine de 1976 à 1983.

En choisissant délibérément le point de vue du jeune garçon, remarquablement joué par Teo Guttierez Moreno, Avila parvient à trouver un ton très séduisant, qui donne au film des nuances d'éducation sentimentale plutôt que de chronique politique.

On suit ainsi les premiers émois amoureux du jeune Juan, plus concentré sur les charmes de sa jeune amoureuse que sur les risques encourus par ses parents. L'oncle, qui vit dans la maison, joué par l'excellent Ernesto Altiero, donne à son jeune cousin - et à toute la famille - des leçons de vie à la fois émouvantes et joyeuses. L'actrice qui joue la mère, la lumineuse Natalia Oreiro, très populaire en Argentine, est également excellente.

La grande réussite du film est que l'on s'habitue progressivement au danger qui plane sur la famille, comme le fait Juan, et qu'on finit par être plus préoccupé par la naissance du sentiment amoureux que par la mort qui rôde.

Avila multiplie les gros plans pour mieux nous immerger au plus près des personnages. Il n'hésite pas à utiliser de multiples effets (dessins animés à l'intérieur du film, scènes de rêve, écrans noirs, ralentis, effets sonores, caméra subjective) qui ne semblent pas toujours homogènes, mais qui au final ne nuisent pas au souffle vital qui traverse le film, ce qui explique l'accueil public enthousiaste que ce dernier reçut à la Quinzaine des Réalisateurs 2012.

Le film de la semaine.

 

3e

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Stoker

La question était : Park Chan-wook, le délirant réalisateur coréen, allait-t-il perdre de sa superbe en tournant aux Etats-Unis ?

La réponse est non. Le style est toujours le même, flamboyant, du genre à avoir une idée par plan. On n'en finirait pas de lister les figures de styles plus ou moins novatrices qui parsèment le film. Deux moments seulement, magnifiques, qui sont deux exemples parfaits d'enchaînement de plans : celui où un oeuf apparaît en surimpression sur l'oeil de la jeune fille, et celui où cette dernière marche dans une rue, puis sur une route, dans la continuité.

Park Chan-wook, c'est un peu les montagnes russes de l'imagination derrière une caméra. Nul doute que certains pourront du coup ressentir une impression de trop-plein.

Le fond, lui, est fortement empreint de perversion, comme souvent chez Park Chan-wook. Bien plus que le triste pensum de Brian de Palma (Passion), c'est bien dans Stoker qu'on pourra voir un ultime hommage au cinéma de Hitchcock. L'intrigue, bien qu'un peu trop flottante pour faire réellement référence, rappelle assez certains films de sir Alfred. Nicole Kidman est aussi une héroïne hitckockienne en diable. Alors bien sûr, la virtuosité de Park lui fait assez souvent perdre de vue la vraisemblance de l'intrigue, mais on est toutefois dans un registre infiniment plus maîtrisé que celui du délirant Thirst.

Stoker est un film brillant, que certains trouveront trop superficiel pour être marquant, et que d'autres adoreront comme on peut se laisser entraîner par un feu d'artifice particulièrement réussi.

 

3e

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Printemps, été, automne, hiver... et printemps

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/35/19/68/18371851.jpgPrintemps... fut le film qui fit connaître Kim Ki-duk au public européen et en particulier français, alors que son film suivant, moins connu, Samaria, décrochait simultanément l'Ours d'argent à Berlin, en 2004.

Rien d'étonnant à ce que ce film, pétri de philosophie, symbolique à plusieurs niveaux, et littéralement imbibé de la présence de la nature ait été plébiscité au milieu des années 2000 : il a un petit côté new age qui entrait parfaitement en résonance avec l'époque.

Aujourd'hui le film a plutôt bien vieilli, si l'on excepte l'affreuse musique pas toujours en harmonie avec les images, et le jeu parfois artificiel des enfants. Pour le reste, après la première "saison" un peu inquiétante (est-on en train de voir un reportage animalier ou un ersatz du National Geographic ?), le film prend son envol romanesque. Eté est captivant, Automne bouleversant, et Hiver impressionnant.

Les ficelles sont certes un peu grosses, mais le film fonctionne comme un bulldozer narratif et sensuel, entremêlant les perceptions changeantes du temps, les ellipses géantes, la symbiose avec la nature. Le déplacement du temple sur le lac place les personnages autant hors du temps que de l'espace. Il est impossible de résister à la puissance du film qui emporte tous les petits bémols sur son passage.

 

3e

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Survivre

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/96/85/49/20502441.jpgDrôle de projet que de porter à l'écran l'aventure de ce marin islandais, seul rescapé d'un naufrage, qui parvint en 1984 à survivre dans l'eau glacée pendant 6 heures, en contradiction totale avec toutes les certitudes scientifiques sur le sujet.

Un peu dubitatif avant le début du film, j'ai été complètement happé par sa justesse de ton. La première partie montre les difficiles conditions de vie sur ces petites îles volcaniques avec un sens aigu du raccourci, et se conclut par la scène très réaliste du naufrage.

Le réalisateur parvient ensuite à retranscrire les pensées du nageur d'une façon extrêmement subtile, grâce à de pseudo vieux films au format carré et aux coins arrondis. Il parvient à susciter l'émotion sur un sujet assez austère, là où échouait dans des conditions similaires Danny Boyle dans 127 heures.

L'après-naufrage est un petit peu moins intéressant à mon goût, mais le film continue toutefois de dérouler sa chronique sans aucune faute de goût.

Le réalisateur Baltasar Kormakur est certainement promis à un grand avenir, si Hollywood ne le mange pas tout cru : il filme en ce moment un polar avec Denzel Washington et Mark Wahlberg.

 

2e

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Hannah Arendt

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/93/88/20485508.jpgPeu de films prennent comme sujet la vie des philosophes. Il faut dire que filmer la pensée en train de s'élaborer est une sorte de défi ultime, et Hannah Arendt n'évite pas entièrement l'écueil de la vacuité, en exposant plusieurs fois son personnage principal allongée, en train de méditer.

Heureusement pour nous, le film montre bien autre chose, et d'abord le portrait d'une femme, avec son histoire très exceptionnelle (avoir été l'amante d'Heidegger n'est pas rien) et beaucoup plus quotidienne (son mari qu'elle appelle Frimousse, ses amies, ses cigarettes, ses parties de billard).

Ensuite, et c'est probablement le plus instructif, on suit le procès d'Adolf Eichmann comme si on y était. Margarethe Von Trotta choisit de ne montrer le nazi qu'au travers de véritables images d'archive, et là se situe sans nul doute le coup de génie du film. Il est tout à fait fascinant d'observer le visage de cet homme, impassible, et évoquant l'honneur comme justification des horreurs commises.

Du coup, l'élaboration du concept de Banalité du mal paraît assez claire. 

La dernière partie du film est peut-être la plus intéressante : elle montre avec brio comment des groupes de personnes peuvent juger d'une oeuvre sans même l'avoir lue, ce qui constitue un phénomène tout à fait classique. L'attitude d'Hannah Arendt, qui refuse obstinément de répondre, considérant qu'elle n'a pas à entrer dans une polémique qui n'est pas de son niveau, est remarquablement rendue. La longue scène finale du discours devant les étudiants permet à l'excellente Barbara Sukowa se déployer tout son talent.

Hanna Arendt est loin d'être un chef d'oeuvre cinématographique, mais c'est sans conteste un film agréable dont on sort plus intelligent.

 

3e

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Paradis : espoir

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/96/37/04/20462657.jpgAprès les claques des deux premiers opus Amour et Foi, le troisième volet de la trilogie d'Ulrich Seidl s'avère presque être une bleuette romantique. Enfin, presque.

Nous sommes cette fois-ci dans un camp pour enfants obèses, et nous suivons le sentiment amoureux naître chez la jeune Mélanie (13 ans), avec pour cible le médecin du camp, qui a plus de 50 ans.

La situation est donc, comme toujours chez Seidl, franchement tordue au départ, mais alors que dans les deux premières versions de la recherche du paradis les choses n'évoluaient pas du tout favorablement, on trouve ici une douceur et une lueur de bienveillance qui surprend.

Entendons nous bien : Mélanie ne trouvera pas plus son paradis qu'Anna Maria et Teresa, mais au moins aura-t-elle été respectée.

Si le réalisateur abuse ici des cadres symétriques qu'il affectionne, il faut reconnaître que sa caméra capte toujours aussi bien le frémissement des sentiments sur les visages (et peut-être encore plus sur - ou dans - les corps). L'intrigue du film est un peu faible, mais elle est sublimée par l'intensité de certaines scènes qui parviennent à nous émouvoir - ce qui n'était pas le cas dans les deux autres films de la trilogie Paradis.

A la fin de Paradis : espoir, on se rend compte avec une pointe de surprise que la petite tribu d'enfants que nous avions découvert au début (avec circonspection, car on craignait de verser dans une sorte de voyeurisme malsain) nous est devenue proche. Le résultat, une fois de plus, de l'incroyable précision de la direction d'acteur d'Ulrich Seidl, qui donne ici deux rôles remarquables à ses acteurs : celui de Mélanie et celui du médecin.

Un beau film.

Ulrich Seidl sur Christoblog : Paradis : amour / Paradis : foi

Une interview passionnante d'Ulrich Seidl sur le site d'Arte

 

3e

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Paradis : foi

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/96/72/57/20526626.jpgJe suppose qu'on pourra détester le cinéma d'Ulrich Seidl. Il y a dans ses films, et en particulier dans celui-ci, une sorte d'intransigeance sèche et de jusqu'au boutisme qui pourront rebuter.

Anna Maria est amoureuse ... de Jésus. Son amour est sans limite et se concrétise de plusieurs façons (mortification, prosélytisme forcené, rejet de la luxure). Elle est plus que bigote, mais malheureusement pas mystique. Quand son mari musulman revient d'Egypte, le choc est évidemment frontal. L'un et l'autre s'entredéchirent, et comme le mari est handicapé, la brutalité des situations conflictuelles est parfois quasi insupportable.

A partir de cette matière riche, Seidl réussit une sorte de tour de force : on n'est jamais complètement révulsé par le comportement d'Anna Maria. On l'observe comme on observerait un insecte dans un vivarium. Chez Seidl, les comportements sont toujours montrés dans leur cohérence, de telle façon qu'il paraissent naturels, même s'ils sont intrinséquement déviants, ou désespérés. C'est la grande force du cinéma de l'autrichien : donner à voir un pan de l'âme humaine comme le ferait un ethnologue, mais avec les moyens d'un peintre.

Je ne l'ai pas encore dit, mais le travail de mise en scène (au sens large, en incluant la direction d'acteur et le montage) est ici impressionant de virtuosité, par exemple dans la façon dont l'appartement quelconque de l'héroïne est filmé comme un monde à part entière. Les cadres de Seidl sont toujours une merveille.

Peut-être moins brillant que Paradis : amour, parce que parfois un peu trop démonstratif, le deuxième opus de la trilogie s'avère être toutefois une expérience de cinéma durablement marquante.

Ulrich Seidl sur Christoblog : Paradis : amour / Paradis : espoir

 

3e

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Paradis : amour

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/64/74/20341664.jpgS'il y a bien un film que je m'attendais à ne pas aimer, c'est bien celui-là. Une certaine froideur, un sujet désagréable, un réalisateur autrichien, le mot Amour dans le titre : mon esprit sentait l'ombre maléfique du grand faiseur prétentieux et doublement palmé s'allonger sur le film.

En réalité, et c'est ce que je vais essayer de démontrer, l'approche de Seidl est à l'opposé de celle de Haneke, appelé MH dans la suite de cet article.

Le sujet n'est pas rigolo, rigolo : on suit une cinquantenaire autrichienne, Teresa, en vacance au Kenya, dans des pratiques de tourisme sexuel montrées très crûment.

Teresa se laisse entraîner par une amie plus délurée qu'elle. La première évocation de ces sujets a d'ailleurs lieu lors d'une très belle scène lors de laquelle Teresa glousse un peu comme une jeune fille. On voit dans ces yeux, à ce moment là, qu'elle nourrit VRAIMENT l'espoir de trouver l'amour. Elle est naïve (le film le montre à de multiples reprises, lors de la longue tirade sur les yeux ou lorsqu'elle découvre que son amant est marié, etc). Elle est bête, raciste, mais elle tend vers l'amour. Le film porte donc merveilleusement son titre : l'amour n'est nulle part alors que Teresa voudrait qu'il soit partout.

La démarche de Seidl, on le voit, est donc à l'opposé de celle de Haneke. Seidl dit : la vie est une merde, je vais vous le montrer simplement et sans chichi, et puis je vais vous montrer aussi que certains espèrent. MH dit : je vais vous montrer que la vie est une merde, mais je vais vous faire croire autre chose en vous égarant dans des circonvolutions issues de mon esprit supérieur, et puis à la fin, je vous filerai à tous une baffe en vous démontrant, en plus, qu'il n'y a aucune raison d'espérer.

Côté mise en scène, j'ai été littéralement bluffé par l'aisance de Seidl que je ne connaissais pas. Ses plans fixes sont souvent somptueux, dignes de tableaux de Lucian Freud ou de Hockney (on est loin de l'esthétisme petit bourgeois de MH), son sens du rythme est étourdissant (le film est une alternance de petites scènes rapides et de longs plans sidérants), la photographie est magistrale.

Impossible de passer sous silence la performance de l'actrice Margaret Tiesel, qui joue sûrement une partie considérable de son être le plus intime dans cette aventure, mais qui le fait avec une sensibilité et une maestria qui m'ont donné les larmes aux yeux.

La population kenyane n'est montrée qu'au travers de ses beach boys, prostitués inavoués qui donnent leur plaisir aux sugar mamas. Le tableau n'est donc pas très séduisant, mais il donne au film toute une dimension politique supplémentaire : formidable retour de bâton du colonialisme, le film nous inflige aussi une grosse claque de ce côté là.

Comme pour toutes les grandes oeuvres, il me semble que je pourrais écrire des paragraphes entiers sur certains aspects du films, mais comme je prête attention à maintenir l'intérêt du lecteur, je ne le ferai pas. Simplement, à titre d'avant-goût pour un deuxième article, je pourrais écrire longuement sur : la scène d'ouverture qui montre Teresa en Allemagne dans son activité professionnelle, l'utilisation géniale des décors naturels, le sens du grotesque (le noeud rose, l'orchestre, la scène avec les singes), l'absence de musique, la sexualité féminine.

Au final, un beau film sur la laideur, puissant, signifiant et qui se coltine franco avec la réalité des classes moyennes. L'inverse de MH.

Vivement la suite de la trilogie.

Ulrich Seidl sur Christoblog : Paradis : foi / Paradis : espoir

 

4e

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