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Christoblog

Articles avec #greta gerwig

Les filles du docteur March

Pour les plus anciens des lecteurs de Christoblog, nul doute que Les filles du docteur March évoque le souvenir de visions télévisuelles des précédentes adaptations (Melvyn leRoy, voire Cukor), doucement teintées d'une nostalgie un peu ringarde, mais en technicolor.

Force est de reconnaître à Greta Gerwig un premier talent : celui de dépoussiérer l'argument rebattu du roman de Louisa May Alcott, sans rechigner à la reconstitution. Il aurait été ridicule de transposer cette histoire dans une autre époque, mais y infuser discrètement une thématique actuelle (l'indépendance des femmes) est assez bien vu.

Si la direction artistique m'a semblé un poil trop proprette, la mise en scène est très solide, et le montage sert beaucoup le film, par ses allers-retours incessants (et en même temps très fluides) entre deux époques : l'une heureuse, baignée par des lumières chaudes, et l'autre triste, délavée par une avalanche de bleus et de gris.

Le film est porté de bout en bout par des actrices en état de grâce (ce sont les vraies richesses du film) : Saoirse Ronan, Florence Pugh, Emma Watson et Laura Dern, dont les personnalités très complémentaires irradient l'écran. Un casting vraiment sensationnel, comme on n'en pas vu depuis longtemps, pour une épopée sentimentale qui sonne formidablement juste.

 

3e

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Lady Bird

On a déjà vu cent fois cette histoire d'initiation d'une jeune adolescente  américaine qui rêve de quitter son trou pour aller à New-York. Les péripéties du film sont donc sans surprise : éducation religieuse, premiers émois amoureux, perte de sa virginité, fausses et vraies amitiés, honte de ses parents (mais au final ils sont adorables).

Bref, pas de quoi fouetter un chat, et pourtant le film fonctionne tellement bien qu'on se retrouve tout penaud à écraser plus d'une larme. Sa réussite tient principalement à deux éléments : le sens du rythme de Greta Gerwig nous emporte sans un seul temps mort dans un tourbillon drôlement efficace, et l'ensemble du casting est absolument parfait.

Saoirse Ronan semble un double rêvé pour la réalisatrice qui ne cherche pas à dissimuler le caractère autobiographique du scénario (elle est par exemple originaire comme son personnage de Sacramento). Elle est parfaitement secondée par Laurie Metcalf qui joue de façon admirable sa mère, à la fois aimante, exigeante et sensible.

Je vous conseille vraiment de ne pas rater cet excellent moment de cinéma, qui procure une gamme d'émotions intenses tout à fait plaisante.

 

3e

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Eden

Si vous voulez en savoir plus sur la French Touch, n'allez pas voir Eden. Si vous voulez être passionné par une histoire, ou ressentir des émotions fortes, non plus. Si vous voulez par contre connaître la vie du frère de la réalisatrice, alors dans ce cas, ce film est fait pour vous.

Pas évident sûrement pour Sven Love, le frère de Mia Hansen-Love de se voir ainsi projeté à l'écran : incapable de garder une fille, ne sachant pas gérer son budget, obligé à près de 40 ans à enchaîner les petits boulots... Tout cela n'est pas très intéressant si on n'est pas de la famille, il faut le dire. Les dialogues sont pauvres, la direction d'acteur très approximative, la mise en scène quelconque. Félix de Givry, qui joue le personnage principal, est pour moi un inconnu, et gagne à le rester.

Le film ne présente donc pratiquement aucun intérêt, si ce n'est de guetter les apparitions successives de guest stars plus ou moins prestigieuses : Greta Gerwig, Vincent Macaigne, Golshifteh Farahani, Laura Smet. 

Eden est creux et ennuyeux, il ne fait pas honneur à la scène électro française, ni au cinéma hexagonal.

 

1e

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Frances Ha

http://fr.web.img4.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/144/21014455_20130621152807984.jpgPrésenté à Berlin dans la section Panorama et à Totonto en compétition, Frances Ha arrive en France précédé d'une flatteuse réputation, matérialisée par exemple par les soutiens de Télérama et de France Inter.

J'attendais donc beaucoup de ce film, d'autant plus que j'ai aimé le précédent film de Noah Baumbach : Greenberg. D'ailleurs, pour ceux qui ont vu ce film on pourrait dire que Frances est la version énergique et féminine d'une dépression dont Greenberg serait la face mélancolique et masculine.

A 27 ans, Frances voudrait être une adulte mais n'y parvient pas. Dès les premières minutes du film elle se fait larguer par son mec, suite à une jolie scène où elle refuse maladroitement une proposition d'emménagement ensemble. C'est que Frances a une amie, Sophie, personnage de fille intellectuelle et binoclarde typiquement allenienne, qui est véritablement sa raison de vivre, son alter ego : « Nous sommes comme deux lesbiennes qui ne baisent plus ensemble » dit Frances. Mais Sophie va partir habiter Tokyo avec son mec, un goujat qui prend plaisir à éjaculer sur le visage de Sophie, comme on l'apprend incidemment. Professionnellement, notre héroïne ne réussit pas à intégrer la compagnie de danse qui l'intéresse. Je vous le disais : Frances, c'est le ratage total du passage à l'âge adulte.

Greta Gerwig compose une gourde que plusieurs critiques qualiferont sans nul doute d'épatante, d'attendrissante ou de désopilante, tellement sa prestation se prête à se type de qualificatifs. Pour ma part j'ai trouvé qu'elle forçait trop le trait "gourdasse undatable".

Globalement le film lorgne excessivement du côté des clichés et des références. Il y a fort à parier que tous les papiers sur le film évoquent Woody Allen, tant l'ombre du film Manhattan plane au-dessus de Frances Ha (le noir et blanc, le personnage de blonde physique, l'importance de la musique, les rues de New-York). Mais on y entend aussi un extrait des 400 coups, Frances rate un rendez-vous à Paris où elle pourrait dîner avec un sosie de Jean-Pierre Léaud, etc. Et le film subit également l'influence évidente de séries girly. Frances Ha, sous cette accumulation d'allusions, finit par ressembler à un empilage de sucreries.

Pas désagréable à regarder, le film n'arrive jamais à être vraiment drôle (je n'ai pas ri une fois) ni triste (pas beaucoup d'émotion possible au vu des simagrées de Greta Gerwig et de l'aspect caricatural des autres personnages). Il manque au film un souffle de légéreté, une inspiration qui le démarquerait de ce qu'on peut appeler le mainstream du film US indé.

Anecdotique, à l'image du plan final, qui révèle pourquoi le film s'appelle Frances Ha.

 

2e

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Damsels in distress

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/08/77/20255904.jpgIl est très difficile de décrire l'expérience que représente la vision du dernier opus du trop rare Whit Stillman.

Voici plusieurs versions possibles.

Trois copines de fac emmenée par Violet (la formidable Greta Gerwig) accueillent les désespérés dans leur Centre de Prévention du Suicide, qui souvent se transforme en Suicide Center, car le panneau Prevention se casse la figure. Violet a des idées très originales : elle pense qu'il vaut mieux sortir avec des mecs moches et cons (car alors elle peut leur apporter quelque chose), elle adore être critiquée, elle ne semble jamais triste ni en colère.

Le film suit les amours de ce groupe qui accueille une petite nouvelle, Lily (jouée au naturel par Analeigh Tipton).

Deuxième version : Damsels in distress est un film dans lequel les odeurs corporelles des garçons jouent un rôle primordial. On y croise aussi un jeune homme très niais (Thor) qui apprend à nommer les couleurs (à la fin du film il exulte devant un arc-en-ciel), des étudiants en pédagogie qui se suicident en masse en sautant du deuxième étage d'un immeuble, un savon dont l'odeur suffit à changer l'humeur, une fête romaine, l'invention d'un nouveau style de danse, et bien d'autres choses bizarres. Le monde de Stillman est une féerie, il diffuse un sentiment de merveilleux et d'irréalité qui fait sonner le film comme une bulle de champagne. Mais attention, nous ne sommes pas non plus chez les Bisounours, le beau gosse Fred évoque à la fois Truffaut et les Cathares pour arriver à ses fins : sodomiser la jolie Lily.

Dernier point de vue possible : Damsels in distress est du Woddy Allen en mieux.  Les dialogues y sont ciselés et profond comme chez le Woody de la période Annie Hall. On finit par une scène de comédie musicale comme dans Tout le monde dit I love you, sur l'air de de Things are looking up, tiré de A damsel in distress de Fred Astaire. Greta Gerwig a joué dans To Rome with love, exactement comme d'autres actrices ont été débauchées par Allen après avoir joué chez Stillman (Chloë Sevigny dans Melinda et Melinda, Mira Sorvino dans Maudite Aphrodite). Jusqu'au lettrage du générique qui rappelle furieusement l'univers allenien.

Je conseille donc chaudement cet OVNI précieux et délicat, et pour soigner votre dépression je vous conseille de faire des claquettes ou de danser la Sambola. Si Thor le peut, alors vous le pouvez aussi.

 

3e

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To Rome with love

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/84/59/20104463.jpgLe manque de prétention me rend indulgent.

Je peux donc sans trop d'état d'âme déclarer que le dernier Woody Allen ne vise pas très haut, mais est assez agréable à regarder.

Woody est clairement en mode touriste, multipliant les vues de la Ville Eternelle, au demeurant fort bien filmée. Il entrecroise quatre histoires sans rapport entre elles (ce n'est donc pas un film choral, mais plutôt un film à sketchs entrelacés) et d'intérêt divers.

Celle que j'ai clairement préféré montre un quidam devenir très célèbre sans qu'il sache pourquoi. Roberto Benigni y est parfaitement convaincant et l'affaire prend un tour surréaliste assez amusant.

Parmi le casting il faut noter encore une Ellen Page coupable d'une grosse performance, en tête à claque haut de gamme, démasquée par un Alec Baldwin ectoplasmique. Penelope Cruz est plus chaude qu'il est possible de l'être et Jesse Eisenberg s'avère toujours tributaire du même type de personnage.

On a donc l'impresssion d'être chez soi, de rencontrer des personnages et des situations à la fois bien connus et assez originaux. Ce n'est pas du grand art, mais sûrement un bon moment assez bien rythmé.

Woody Allen sur Christoblog : Scoop / Vicky Cristina Barcelona / Whatever works / Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu / Minuit à Paris

 

2e

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Greenberg

Il arrive parfois de l'autre côté de l'Atlantique un objet inclassable, ni vraie comédie romantique, ni drame larmoyant, ni critique sociale appuyée, ni film d'auteur plébiscité par la presse bobo occidentale, ni blockbuster. En 2009, Humpday représentait ce type d'OVNI.

Greenberg bénéficie par rapport à Humpday d'une tête d'affiche bankable (Ben Stiller himself), mais présente par ailleurs la même caractéristique : un portrait en creux de ce qu'est l'Amérique aujourd'hui.

Le tableau n'est pas rose, il est gris, voire gris noir, et même peut-être anthracite foncé. Le personnage joué par Stiller est en dépression, il est maniaque (ses courriers : extraordinaires !), new-yorkais,  quarantenaire célibataire, a séjourné en hôpital psychiatrique, et ne fait rien.

Lorsque que son frère part au Viet Nam en voyage (pour affaire, pas pour dégommer du Viet-Cong), il vient occuper sa maison en Californie. Il séduit (si on peut dire) la femme à tout faire (assistante !) de son frère : nunuche sexy et gourdasse, jouée par une formidable Greta Gerwig poupée désarticulée (dévertébrée ?). Et blonde.

Le sexe entre eux est pitoyable, un soutien gorge qui ne se dégraffe pas, un cunnilingus interrompu, c'est à en pleurer, un curetage entre deux portes, et cela fournit deux des plus belles scènes de Greenberg.

Tout dans le film, sous des dehors doucereux, respire l'échec, le ratage complet, l'incommunicabilité profonde. Du Woody Allen période September, ou une sorte de Breat Eaton Ellis sans l'aspect trash. La Californie, sa jeunesse dorée, ses villas avec piscine apparaît comme l'enfer à l'envers, Mullholland Drive sans génie et sous Prozac.

Le film doit beaucoup à l'interprétation très fine de son couple d'acteurs principaux, remarquables tous les deux.

Résumons nous : un film fondamentalement, paisiblement triste, à ne pas voir si on l'est (triste), sous peine de tentative de suicide par défaut, aux wee-wee hours. Même le nom du chien (l'être envers lequel les humains du film arrivent - un peu - finalement - à être humain) est triste : Mahler.

Malheur ?

 

2e

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