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Climax

J'aurai rarement eu au cinéma autant l'impression de monter dans un grand huit sensoriel qu'en regardant Climax.

Unité de temps, de lieu, d'action : Gaspar Noé tourne en 15 jours une descente aux Enfers à la facture très classique. Après quelques minauderies un peu vaines bien qu'amusantes (des logos détournés, le générique de fin au début, des interviews de danseurs et la pile de DVD de Noé), le film commence vraiment. S'enchaînent alors de fabuleux plans séquences pendant plus d'une heure.

On commence par des chorégraphies hip hop (pour simplifier) démentes qui donne envie de voir Gaspar Noé tourner une comédie musicale. Le rythme et l'énergie des danseurs perforent littéralement l'écran. Petit à petit, la sangria arrangée rend les danseurs un peu dingues en révélant leurs mauvais penchants. La caméra sort alors de la salle de danse pour s'égarer dans les locaux techniques, la cuisine et les chambres, et nous montrer dans un flamboyant et sinueux cauchemar toute la noirceur de l'âme humaine.

Pour une fois, Noé ne montre pas les délires vécus par ses personnages de l'intérieur (en caméra subjective), comme il le faisait dans Into the void par exemple, mais adopte un point de vue distancié, de l'extérieur, sans aucun effet spécial. Son cinéma y gagne une densité nouvelle : l'horreur ne résulte pas d'effets frelatés mais de l'acuité distanciée avec laquelle les comportements de la bande sont montrés.

On peut ainsi voir une jeune femme prendre littéralement feu suite à une mauvaise manipulation, puis s'éloigner pour s'intéresser à d'autres personnages tout en sachant qu'une fille est en train de brûler quelque part dans les pièces voisines. Multiplié tout au long de cette nuit violente, le procédé crée un maelström d'une grande beauté : Climax est un feu d'artifice à combustion lente, mêlant corps, bassesses et drogues.

Le film captive sans finalement choquer : une première pour Gaspar Noé, et pour moi son meilleur film.

Gaspar Noé sur Christoblog : Irréversible - 2002 (***) / Enter the void - 2009 (*) / Love - 2015 (*)

 

4e 

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Sofia

Ce premier film de la réalisatrice marocaine Meryem Benm’Barek a de nombreux atouts, propres à séduire spectateurs et critiques : des sujets de société traitant âprement du Maroc contemporain (répression des relations sexuelles hors mariage, violence faites aux femmes, différences de classes), une réalisation brute qui colle à son sujet et un twist surprenant en milieu de film.

Malheureusement, le film (qui ne dure pourtant que 1h20) semble avoir été étiré un peu artificiellement pour constituer un long-métrage. Il en résulte quelques plages un peu molles ici ou là. L'organisation de toute la narration autour du twist central nuit aussi au rythme du film :  le mutisme initial de l'actrice principale, un peu énervant, ne s'explique que dans la deuxième partie.

Sofia aurait constitué un excellent moyen-métrage de 50 minutes. Il peine dans son format final à tenir la distance. 

 

2e

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Mademoiselle de Jonquières

Excellente surprise que ce nouveau film d'Emmanuel Mouret, qui s'était un peu perdu au fil du temps dans le radotage libertin et contemporain.

En transposant son goût pour la dialectique subtile et parfois perverse au XVIIIème siècle, Mouret réalise un coup de maître. 

Sa langue châtiée et déliée à la fois se marie admirablement avec l'époque et Cécile de France et Edouard Baert, tous deux excellents, semblent  se délecter des dialogues, il faut le dire, absolument brillants.

Le scénario est suffisamment subtil pour intriguer, séduire, surprendre et enfin renvoyer chacun à sa conscience quand il s'agira à la fin du film de savoir quel personnage est aimable. Ce n'est d'ailleurs pas le moindre mérite de Mouret de donner à voir des émotions profondes à travers le filtre de propos légers, et d'habiller la cruauté du plus beau des sourires.

Une franche réussite, de plus très joliment filmée.

Emmanuel Mouret sur Christoblog : Un baiser s'il vous plait  - 2007 (****) / Fais moi plaisir - 2008 (**) / L'art d'aimer - 2011 (**) / Caprice - 2014 (**)

 

3e

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Thunder road

Dans le paysage du film indépendant américain, on a l'habitude de moquer l'omniprésence du film typé "Sundance" : réalisé proprement, un peu noir mais pas trop, et avec beaucoup de bons sentiments (et mieux encore : des enfants).

Thunder road détonne totalement dans ce cadre : le personnage est horripilant (voire antipathique selon votre sensibilité), la mise en scène n'a rien de lisse, et le sujet est à la fois quelconque (un tableau de l'american way of live) et déstabilisant (idem).

Le film dresse le portrait d'un homme, Jimmy Arnaud, policier texan, en train de tout perdre. Mère, femme, enfant, métier, famille, maison. Jimmy est profondément décalé par rapport à la réalité, à tel point qu'on doute souvent de sa santé mentale : il adopte des comportements que l'Amérique promeut tous les jours (l'héroïsme, le respect de l'autorité, un certain type de virilité), tout en étant constamment en léger décalage avec ce qu'il conviendrait de faire. Jimmy dérape donc régulièrement, sur plusieurs plans. Il dit ce qu'il ne faut pas quand il ne le faut pas, adopte le mauvais ton ou la mauvaise attitude, montre trop ses émotions.

Ce décalage perpétuel entre le drame que vit le personnage et son inaptitude à le gérer génère chez le spectateur des sentiments ambivalents de malaise, de pitié et de sidération. Le film est alternativement un drame, une comédie grotesque, un film noir et une chronique sociale.

Si Thunder road ne paraît pas complètement tenir la distance d'un long-métrage, il est suffisamment original pour mérité d'être vu.

 

2e

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Guy

Voici un projet pour le moins étonnant.

Qu'un humoriste choisisse pour sujet de son premier film le portrait sans fard d'un chanteur ringard et vieillissant, c'est déjà curieux. Qu'il décide de l'interpréter lui-même, fardé et grimé, c'est un pari supplémentaire. Qu'il lui donne une forme aussi spécifique que le faux reportage réalisé par un fils naturel ignoré, c'est quasiment, du moins sur le papier, un suicide artistique.

Il faut donc vraiment voir le film pour mesurer à quel point l'exercice d'équilibriste d'Axel Lutz est maîtrîsé. D'un sujet pour le moins rébarbatif (se coltiner la vieillesse d'un chanteur déjà niais quand il était jeune), le réalisateur parvient tout doucement à tirer une leçon de vie qui ne porte pas son nom : le mauvais goût est finalement assez relatif, et la pulsion de vie lui est de toute évidence bien supérieure.

Le spectateur bobo, confortablement engoncé dans ses certitudes (les chansons "d'époque" sont d'une ringardise absolue) se voit à la fin du film presque obligé de reconnaître que la version chantée de Je reviendrai à Montréal est magistrale. Il aura fallu, dans l'espace du film, déployer tout un arsenal de ruses scénaristiques (la scène avec Julien Clerc et Dani) pour y parvenir.

Plus qu'une curiosité, Guy est un délicieux bonbon à la guimauve un peu amère, d'une originalité confondante.

 

3e

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Le monde est à toi

Si le premier film de Romain Gavras m'avait passablement énervé par sa prétention mal dissimulée, je dois avouer que celui-ci m'a plutôt plu. 

Le monde est à toi n'est certes pas un chef-d'oeuvre, mais c'est une comédie plutôt bien troussée, qui vaut avant tout par la qualité de son casting. Karim Leklou confirme son immense talent, Vincent Cassel est excellent dans son rôle (à contre-emploi) de gangster timide obsédé par les Illuminati, Isabelle Adjani est (peut-être un peu trop) impériale, et les caméos de Philippe Katerine et François Damiens sont impayables.

On apprécie aussi un scénario bien écrit, des personnages secondaires dessinés avec précision, et des décors utilisés à la perfection (Benidorm, mon Dieu !). Gavras a également bénéficié d'une belle production qui ne lésine pas sur les moyens. 

La particularité du film est de recycler des thématiques actuelles (les migrants, les théories du complot, le terrorisme) sans avoir peur du mauvais goût. Cela fonctionne, et donne une des meilleures comédies de l'année.

Romain Gavras sur Christoblog : Notre jour viendra - 2010 (*)

 

2e

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Burning

Le nouveau film de Lee Chang-Dong, cinéaste brillant et peu prolifique (son dernier film, le très beau Poetry, date de 2010), est à la fois délectable et insaisissable. 

Il commence comme une bleuette girl power : une rencontre fortuite, la jeune fille plutôt dégourdie drague un jeune homme timide. Elle couche tout de suite, a des préservatifs sous son lit et un chat qu'on ne verra jamais (mais qui existe probablement car il semble manger ses croquettes).  Elle part ensuite au Kenya avec un autre garçon très riche, et à son retour les trois jeunes gens sortent ensemble.

Lui dit brûler des serres en plastique, elle être tombé dans un puits quand elle était petite. On sent dès le début du film un vertige s'insinuer dans chaque plan : qui ment ? qui est qui ? est-ce que ce qu'on voit est bien la réalité ? Sans effet spécifique (et on reconnait bien là la patte de Murakami, auteur du texte dont le film est tiré), l'étrangeté s'installe dans chaque plan, en même temps qu'une sourde banalité.

Vers le mitan du film, un non-évènement chamboule l'équilibre précaire du trio, et Lee Chang-Dong se complait alors à nous égarer encore plus dans une sorte de vapeur confuse en multipliant les embryons de révélations et les fausses pistes. Il parvient avec beaucoup d'habileté à mêler poésie et politique (les rapports de classes constituent un thème en creux de la narration). Le film atteint alors un niveau de perfection qu'on voit rarement au cinéma et qui culmine dans deux scènes d'une beauté stupéfiante : la scène de danse au coucher du soleil sur Miles Davies et la scène finale (dont je ne dirai rien) incroyable de précision glacée.

Les trois acteurs sont magnifiques, et la mise en scène est exceptionnelle de fluidité. Le film a longtemps fait figure de favori à Cannes 2018... avant de repartir bredouille, comme cela arrive parfois. La Critique Internationale l'a cependant récompensé, concrétisant la considération dont Burning avait bénéficié de la part d'une grande majorité de festivaliers.

Lee Chang Dong sur Christoblog : Secret Sunshine - 2007 (***) / Poetry - 2010 (***)

 

4e 

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BlacKkKlansman

D'abord, ne boudons pas notre plaisir, le dernier opus de Spike Lee est drôle et profond à la fois.

Si la facture du film est très classique, il faut reconnaître que l'abattage de John David Washington et Adam Driver est impressionnant. On est à la fois amusé, consterné et emporté par cette histoire improbable de black qui infiltre le Ku Klux Klan.

Si tout n'est pas réussi dans le film (certaines ficelles s'apparentent à des cordes de bon diamètre), il faut reconnaître que le style rentre-dedans de Spike Lee continue de fonctionner, plus de trente ans après Nola Darling.

En choisissant de se foutre de la gueule du KKK plutôt que d'en montrer les horreurs, Spike Lee trouve un angle parfait : moquons nous de nos ennemis, le ridicule les tuera peut-être. 

Trump en prend pour son grade (bien fait) sans être jamais cité, et si les images d'archive qui ponctuent le film sont glaçantes, l'impression générale que génère le film est que les forces de progrès ont encore beaucoup de ressources.

 

3e

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Le poirier sauvage

C'est toujours avec une certaine émotion que l'on découvre le dernier opus de son réalisateur vivant préféré. Quand cela a lieu à Cannes, en compétition officielle, c'est encore plus fort, même si en l'occurence le créneau de diffusion n'a pas été optimal (dernier film projeté, alors que tout le monde est un peu fatigué...).

Le poirier sauvage réunit tous les attributs que j'aime chez Nuri Bilge Ceylan : une narration complexe et ample, une approche des personnages nuancée et une photographie sublime. On suit ici un jeune homme qui se rêve écrivain, mais qui doit composer avec la réalité (en vrac : un père criblé de dettes, des notables insensibles à son art, et plus globalement un monde extérieur qui ne l'attend pas, lui et son génie).

C'est, comme toujours chez Ceylan, lent et brillant. Les conversations peuvent s'éterniser pendant de longues périodes (avec cette fois-ci une innovation, c'est le débat ambulatoire), les scènes s'étirer dans une lumière mordorée teintée de nostalgie et de sensualité (la magnifique séquence avec l'ex-amoureuse), et même, ce qui est nouveau chez Ceylan, s'étioler dans une demi-teinte onirique.

Contrairement aux précédents films qui privilégiaient l'instant présent, l'ambition du réalisateur se projette cette fois-ci dans le temps, et on suit l'odyssée de notre jeune écrivain sur quelques années. Cela donne au film une tonalité différente des autres films de Ceylan.

Bien que bourré de qualités, il manque peut-être à ce dernier opus un évènement marquant, un coup de tonnerre qui suscite l'admiration ou la sidération. Si le film est très bon, il lui manque cette petite étincelle d'absurdité tragique qui rendait Il était une fois en Anatolie inoubliable, ou ce vernis d'auto-dérision cynique qui fascinait dans Winter sleep.

Nuri Bilge Ceylan sur Christoblog : Uzak - 2002 (****) / Les trois singes - 2008 (***) / Il était une fois en Anatolie - 2011 (****) / Winter sleep - 2013 (****)

 

3e

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3 jours à Quiberon

Passé relativement inaperçu en France à sa sortie en juin 2018, ce film allemand est intéressant à plus d'un titre.

D'un point de vue de l'histoire du cinéma, il a d'abord le mérite de remettre en lumière la destinée tragique de Romy Schneider, dont les jeunes générations ne mesurent certainement pas aujourd'hui la puissance du sex-appeal.

L'actrice Marie Baumer fournit une prestation absolument extraordinaire. Elle incarne avec une véracité proprement incroyable son personnage : c'est bien simple, elle semble être plus Romy que Romy elle-même.

3 jours à Quiberon est également intéressant de par son dispositif : un quasi huis-clos entre un journaliste, un photographe, l'actrice et une de ses amies, pendant 3 jours. Les relations entre les quatre personnages évoluent, s'enrichissent et se complètent. 

Le noir et blanc vaporeux, les cigarettes que les personnages allument sans cesse, l'aspect délicieusement vintage des costumes et des meubles : tout concourt à nous faire plonger dans une torpeur cotonneuse et agréable, à peine troublée par le caractère résolument tragique de le dépression que traverse alors l'actrice.

 

2e

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Le dîner de cons

Un des intérêts des longs voyages en avion, c'est de voir ou revoir des classiques qu'on ne penserait pas forcément visionner dans son salon.

Revoir Le dîner de cons cet été sur la route de St Denis de la Réunion a entraîné chez moi plusieurs types de réactions.

D'abord la surprise. Le film est moins drôle que dans mon souvenir (on ne rit franchement que lors de quelques rares séquences, dont la mémorable scène du producteur belge). Il est aussi corseté à l'extrême : les personnages sont perpétuellement à la limite de la caricature, la mise en scène est très théâtrale, les dialogues sont ciselés au mot près, la photographie et la mise en scène sont un peu datées et très formelles. L'impression générale que donne le film c'est d'être en présence d'un travail d'orfèvre, que ce soit au niveau du scénario, des dialogues ou de la mise en scène.

L'autre grande réflexion que m'a inspirée cette vision à 10000 mètres d'altitude et sur un écran de qualité très médiocre, c'est que la prestation de Jacques Villeret est exceptionnelle et place l'acteur au Panthéon des acteurs tragico-comiques. Son optimisme radical, son empathie instinctive, l'extrême mobilité de son visage, sa faculté à susciter à la fois l'intérêt et l'amusement : ce François Pignon cannibalise l'écran jusqu'à une tirade ultime et magnifique, qui rend justice à la complexité du personnage qu'il a composé jusque là. A côté de Villeret les autres acteurs semblent simplets, caricaturaux ou un peu factices.

C'est probablement le grand mérite du film de retourner son propos avec adresse : bien qu'indubitablement idiot, Pignon est bien le personnage le plus aimable du film et celui auquel chaque spectateur finira par accorder sa plus profonde sympathie. 

 

3e

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Woman at war

On peut compter sur l'Islande pour fournir régulièrement des films intéressants, dans des tonalités souvent très différentes.

Woman at war perpétue cette tradition. On ne sait pas trop comment cataloguer ce film hors norme : comédie romantique pour femme d'âge mûr visant l'adoption, agit prop écologique, survival extrême, manifeste poétique hipster, thriller psychologique. Le film est tout ceci à la fois, en réussissant à convaincre dans chaque registre. Le réalisateur semble pouvoir tout se permettre, par exemple installer un drôle d'orchestre dans plusieurs scènes, qui joue la musique extradiégétique du film, et que les personnages ne voient donc pas.

L'actrice Halldora Geirhardsdottir porte le film sur ses épaules, avec un jeu typiquement islandais qui mélange détermination pince-sans-rire et abattage physique. Le film n'est pas renversant, mais il est frais et drôle.

L'Islande sur Christoblog : Béliers, Sparrows, et d'autres...

 

2e

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Dogman

Il y a dans le nouveau film de Matteo Garrone quelque chose de modeste et de doux, qui contraste avec ses films précédents.  Les exubérances baroques et opératiques de Tale of tales et Reality sont bien loin.

Garrone resserre ici son scénario (et sa mise en scène) sur le portrait de Marcello, dont l'humilité appelle l'humilité. C'est peu dire que Marcello Fonte offre une prestation incroyable : il est le personnage plus qu'il n'est possible, et son attitude à la fois contrite et épanouie lors des remises des prix à Cannes le confirme (il y a glané sans discussion possible le prix d'interprétation masculine).

Dogman est un hymne à la bonté bafouée, à la fois limpide et beau. En faisant avancer son intrigue pas à pas vers une confrontation que certains trouveront simpliste (bonté et naïveté vs brutalité et efficacité), Garrone atteint une sorte de plénitude digne de la mythologie grecque : le personnage de Marcello est un archétype de la bonté qui ne pourra se remettre de sa victoire involontaire.

Le décors trouvé par Garrone est parfait, le casting est excellent et la mise en scène est virtuose sans être tape-à-l'oeil. Je conseille donc vivement.

Matteo Garrone sur Christoblog : Gomorra - 2008 (**) / Reality - 2012 (**) / Tale of tales - 2015 (***)

 

4e 

 

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L'insulte

Le nouveau film de Ziad Doueiri marie une efficacité toute américaine (montage cut, rythme soutenu, scénario retors) à un sens oriental de la subtilité scénaristique.

L'insulte raconte comment un incident mineur (un homme en insulte un autre lors d'une altercation banale) dégénère progressivement. Il a ceci d'intéressant qu'il mêle dans sa chronique de la catastrophe annoncée des explications politiques, sociologiques, historiques mais aussi très trivialement humaines (pour simplifier, l'orgueil masculin mal placé). 

C'est vraiment très habilement fait, car notre jugement évolue au fil des minutes (un peu comme chez Farhadi), et les différents rebondissements, s'ils sont parfois un peu gros, sont somme toute très efficaces. On ne s'ennuie pas une seule seconde, et on est vraiment curieux de voir comment ce conflit qui parait insoluble, va pouvoir se terminer. La résolution proposée par le scénariste-réalisateur est particulièrement intéressante, et donne lieu à une fort jolie scène.

Les acteurs sont formidables et l'utilisation des décors naturels splendide. A défaut d'être une oeuvre cinématographique d'importance, L'insulte est un excellent exemple de cinéma intelligent et distrayant. Je le conseille.

 

4e 

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Un couteau dans le coeur

Quelques bonnes choses et beaucoup de remplissage référencé dans ce deuxième long-métrage de Yann Gonzalez.

L'esthétique du film est volontairement cheap (décors approximatifs, jeu des acteurs pas toujours juste, dialogues artificiels, caméra filmant à la va-comme-je-te-pousse), dans l'esprit des films pornos homos qu'on voit tournés à l'écran. 

Si vous n'êtes pas rebuté par cet aspect queer et carton-pâte, il y a une chance que vous trouviez un intérêt à cette histoire de tueur en série qui assassine ces victimes au godemichet tranchant. Le film est finalement bien construit et la révélation finale de la raison des assassinats est assez plaisante. 

Il manque toutefois un degré de maîtrise au film (ou un grain de folie supplémentaire, c'est selon) pour déclencher une franche adhésion. Vanessa Paradis doit jouer une grande palette d'émotions, qui semblent excéder ses compétences : c'est aussi une des limites de ce film, qui emprunte au giallo son esprit, sans en en posséder la démesure baroque. 

 

2e

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Madame Fang

Si vous êtes lecteur assidu de Christoblog, vous savez que je suis un grand fan de Wang Bing, et de ses projets qui dépassent les bornes habituelles du documentaire.

Le nouvel opus du génial chinois parait être un court-métrage (1h26), au regard de son film présenté au dernier Festival de Cannes, Les âmes mortes, qui dure... 8h26.

Ici, Wang Bing va à l'essentiel : quelques plans très courts sur une femme qui semble perdue (elle est victime d'une forme de la maladie d'Alzheimer), puis on passe très rapidement à cette même femme, dont le corps ne semble plus le même, en train de mourir parmi les siens. 

La caméra s'attarde donc longuement sur cet être humain qui n'est pas conscient d'être filmé, ce qui peut générer chez le spectateur un sentiment très perturbant de culpabilité. On regarde ce corps littéralement disparaître, mourir, alors que la famille tente de subsister autour du lit de mort, va pêcher des poissons (scènes de nuit d'une beauté vaporeuse), boit de l'alcool, ne fait rien, regarde ailleurs. 

C'est à la fois brillant, profond, et déstabilisant. C'est la mort en face dans un océan de trivialité, le sublime qui semble naître d'un mouvement incontrôlé de la mourante, un éclair d'humanité qui surgit quand un mouvement des yeux semble moins erratique que les autres. 

Wang Bing, comme d'habitude, nous bouscule et nous brusque, respectueux sans être empathique. C'est du grand art.

 

3e

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A genoux les gars

Mal fagoté, tourné n'importe comment, énervant. Oui, on peut dire tout ça de ce film imparfait bourré de défauts : les acteurs jouent parfois un peu faux, le montage est souvent chaotique et certaines scènes s'étendent sans nécessité.

Mais, pour peu qu'on se laisse bercer par le flow des donzelles, l'ensemble devient vite séduisant. L'aspect novateur du film, l'approche décomplexée des sujets évoqués, l'incroyable énergie qui se dégage des personnages féminins, la crudité du vocabulaire, la frontalité des situations : tous ces éléments contribuent à faire du film d'Antoine Desrosières un objet filmé non identifié, se situant quelque part entre le cinéma de Kéchiche, Divines et les films de Sophie Letourneur.

Ce qui m'a le plus intrigué et plu dans A genoux les gars, c'est sa dialectique zarbi servie par une logorrhée qui semble irréfragable. Bien sûr les situations exposées ne répondent à aucune logique rationnelle, mais elle finissent par obéir à une certaine rationalité issues des ressorts labyrinthiques d'un discours qu'on pourrait dire écrit par un Marivaux des banlieues. 

Le film est enfin (et surtout ?) un formidable manifeste féministe, où si l'on veut la chronique d'une émancipation sentimentale et sexuelle. 

Ce n'est pas très propre, et diablement plaisant.

 

3e

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La piel que habito

Bon, allez, on ne va pas tourner autour du pot : c'est un Almodovar pur jus, tourné en roue libre par Pedro.

Voilà. Donc, vous savez déjà ce que vous allez y trouver avant de le voir : du sexe, de la violence, des histoires de famille, une réflexion sur le corps, des décors toujours choisis avec un goût à la fois kitsch et très sûr, des acteurs et actrices plutôt très bons et entièrement dévoués au maestro, la musique pseudo classique de Iglesias, une chanson culte, un scénario alambiqué avec retour dans le passé, de discrets mais élégants mouvements de caméra, un sens du cadre absolu, des coups de feu, une confusion des genres, etc...

L'émotion manque parfois, les péripéties sont un peu trop prévisibles (tout en étant complètement improbables, c'est la curiosité du film) et certaines scènes semblent tournées par un assistant peu inspiré, mais ça reste tout de même au global du bel ouvrage. 

 

3e

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How to talk to girls at parties

Il est bien rare qu'un film apporte en même temps des plaisirs esthétiques, intellectuels et émotionnels, tout en restant léger et digeste.

C'est pourtant l'exploit que réussit le dernier film de John Cameron Mitchell, qui commence comme un tableau speed de la jeunesse punk des années 80 façon Dany Boyle, avant de se transformer en un délire psychédélique coloré et sucré.

Mitchell parvient avec une grâce incroyable à varier les tons, les rythmes et les ambiances avec un égal talent. Sous son apparente légèreté, How to talk to girls at parties aborde finalement avec un angle nouveau un sujet profond et universel : qu'est-ce que l'amour ? Le film est une sorte de comédie romantique acidulée, qui parvient à éviter la mièvrerie et tous les chausse-trappes inhérents au genre. Ce prodige est dû en particulier à la prestation mutine de Elle Fanning, qui s'affirme ici comme une vraie, grande actrice. Elle semble guidée dans cette émancipation par Nicole Kidman, méconnaissable en Cruella rock'n roll.

Le film n'est pas seulement beau et drôle, il est aussi piquant : pratiques sexuelles (ô combien) hors normes, punchlines décapantes, moqueries diverses. On sourit, on réfléchit, on est intrigués et émus. De la belle ouvrage.

 

4e 

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Une année polaire

Un jeune instituteur danois arrive dans un village perdu du Groënland. Va-t-il réussir à s'intégrer, alors qu'il reproduit inconsciemment des schémas néo-colonialistes ? Va-t-il rapidement craquer devant le nombre impressionnant de difficultés (les enfants incontrôlables, les difficultés climatiques, la barrière de la langue) ?

Samuel Collardey, adepte d'un mélange savant et indistinct de fiction et de réalité, va répondre à ses questions en prenant son temps, d'une façon élégante bien que sans surprise. 

Le film ne présente donc aucune originalité particulière dans le développement de son intrigue (il faut s'intéresser aux gens pour s'intégrer !), mais il vaut surtout pour son aspect documentaire. Les paysages sont d'une beauté à couper le souffle, pourvu qu'on ne soit pas réfractaire à une esthétique proche des "Découvertes du monde", et la plongée immersive dans la micro-société d'un minuscule village isolé de tout est vertigineuse.

A réserver donc aux amoureux des grands espaces.

Samuel Collardey sur Christoblog : Comme un lion - 2013 (*) / Tempête - 2016 (***)

 

2e

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