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Christoblog

Articles avec #j'aime

Une famille heureuse

Une famille heureuse est bâti sur presque rien.

Une femme dans la cinquantaine, Manana, souhaite habiter seule. Elle ne divorce pas, n'a pas rencontré quelqu'un, n'est fâchée avec personne. Elle veut simplement un peu de temps à elle, préparer tranquillement ses cours, écouter de la musique classique en buvant du thé.

Sa famille ne comprend évidemment pas, et tout le monde essaye de la dissuader. L'affaire ne vire pas au thriller car personne n'est violent et tout le monde l'aime.

Les réalisateurs, l'allemand Simon Gross et la géorgienne Nana Ekvtimishvili, parviennent à nous faire parfaitement ressentir le désir de repos et de liberté de l'héroïne principale. Pour cela il usent merveilleusement bien du contraste entre l'excitation perpétuelle régnant dans la maison familiale et le calme de l'appartement dans lequel se réfugie Manana. La sérénité du lieu est parfaitement rendue, notamment par un admirable travail sur la lumière (le directeur de la photo, Tudor Vladimir Panduru, est celui du Baccalauréat de Cristian Mungiu).

L'actrice Ia Shugliashvili est admirable, et sa prestation au chant, lors d'une soirée décisive, est mémorable.

Un très joli film à découvrir.

 

3e 

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Chat noir, chat blanc

Chat noir, chat blanc commence sur un tempo assez lent, qui fait penser à une sorte de western spaghetti des Balkans. Kusturica prend le temps de présenter chacun des personnages à travers de longues scènes d'exposition assez surprenantes, dans lesquelles la démesure du film commence déjà à impressionner. La découverte de l'incroyable personnage de Grga est une scène dans laquelle la fantaisie débridée du film est parfaitement canalisée.

Petit à petit, le film monte en puissance et culmine longuement dans toute sa deuxième partie, morceau d'anthologie en terme de rythme et de mise en scène. La suite des mariages, les grands-pères dans le grenier, la formation des couples, la musique omniprésente : tout s'allie pour donner au spectateur un tournis vertigineux, source de plaisir constant.

Il y a dans Chat noir, chat blanc une atmosphère quasi shakespearienne : les jeunes amoureux triomphent grâce à leur astuce des cruels méchants, et les ridiculisent au passage. Comme dans les comédies du grand William, Kusturica n'hésite pas devant les péripéties grivoises et scatologiques, les insultes fusent, la mort devient risible et les quiproquos sentimentaux.

De toute cette folie subtilement orchestrée émergent une émotion pure et légère (les amoureux dans le champ de tournesols) et une puissance de vie qui fait ressusciter les morts et danser les mourants (magnifique scène du vieillard que l'orchestre vient chercher à l'hôpital). 

Un film magique, dont le souffle puissant marque durablement.

 

4e

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Sueurs froides

Comme beaucoup d'autres, ce classique d'Hitchcock mérite d'être revu.

Je gardais le souvenir d'une certaine lenteur, et c'est peu dire que toute la première heure est effectivement lente. On suit le personnage joué par le grand James Stewart (quelle classe !) à travers un San Francisco de carte postale, et il arrive qu'on s'ennuie autant que lui à tournicoter dans les rues en pente.

Bien sûr, me diront les thuriféraires hitchcockiens, ces errements préliminaires participent de la mise en place qui vise à nous prendre au piège d'une intrigue particulièrement biscornue.  Et j'admettrai alors que le voyage n'est pas si désagréable, même si les couleurs y sont parfois un peu trop vives, et le jeu de Kim Nowak trop maniéré.

Tout cette lumineuse matière énigmatique et en partie soporifique trouve évidemment sa justification dans la ténébreuse seconde partie, morceau de cinéma assez impressionnant, dans lequel les deux acteurs se livrent cette fois-ci sans retenue dans un pas de deux prenant, et souvent émouvant. Le film devient alors pesant, le destin semblant comme englué dans une sorte de mélancolie mortifère.

L'ensemble du film suinte de solitude, et apparaît encore aujourd'hui dans toute sa force comme une ode féroce et noire à l'amour impossible, aux émotions corrompues et aux occasions ratées.

L'efficacité de la mise en scène d'Hitchcock est redoutable, et la scène centrale du cauchemar garde encore aujourd'hui son efficacité psychédélique.

Un beau morceau de cinéma, très légèrement indigeste à certains moments, mais brillant à d'autres.

 

3e 

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La chasse à l'homme

La fermeture des cinémas est l'occasion de voir des films qu'on n'aurait jamais pris le temps de voir dans des circonstances normales.

La chasse à l'homme, d'Edouard Molinaro, est ainsi une curiosité de 1964 à découvrir sur Netflix en ce moment.

Le point fort du film est sans aucun doute son casting impressionnant : Jean Paul Belmondo, Claude Rich, Jean Claude Brialy, Françoise Dorléac, Catherine Deneuve, Michel Serrault, Bernard Blier, Francis Blanche, Marie Laforêt, Marie Dubois, Micheline Presle, et beaucoup d'autres. 

La chasse à l'homme est découpé en trois parties et une multitudes de petit sketchs. La première partie, consacrée au personnage joué par Bébel est délicieuse, et ce dernier dégage un charme absolument irrésistible. La partie consacrée à Claude Rich est plus classique, vaudeville assez classe, à base de mari cocu, d'ingénue pas si ingénue et de femme dans le placard. Blier y est excellent. La dernière partie, tournée en Grèce, est alerte et pleine de charme. Françoise Dorléac y est rayonnante.

Le tout est bien balancé et sans prétention, dialogué de main de maître par Audiard, et se laisse regarder avec plaisir et gourmandise.

 

2e

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Mignonnes

La sortie de ce film était prévue le 1er avril

Mignonnes est un film réalisé en banlieue, mais il s'affranchit de tout le contexte sociologique qui forme le substrat de plusieurs films de ce type (Les misérables en tête), pour se concentrer sur le portrait d'une jeune fille, en train de vivre le passage de l'enfance à la pré-adolescence.

Il analyse l'importance des injonctions à l'hyper-sexualisation que la société dicte aujourd'hui aux enfants, mais l'intègre dans une histoire qui est avant tout basée sur le désir de s'intégrer.

Si ce récit d'initiation n'est en soi pas très original, il trouve une merveilleuse incarnation dans le personnage d'Amy, jouée par la jeune Fathia Youssouf, qui porte le film sur ses frêles épaules. A la fois enfantineet déterminée, elle dynamite la plupart des scènes jusqu'à nous mettre parfois mal à l'aise.

Le scénario est particulièrement intelligent, et comme la mise en scène de Maimouna Doucouré se met à l'unisson de l'ambiance explosive du film, on s'attache très vite aux personnages et à leur évolution, jusqu'à une fin qui nous troue le coeur. Mignonnes parvient avec brio à générer toute une série d'émotions simples chez le spectateur : curiosité, intérêt, consternation, inquiétude, rire, soulagement.

Le film, récompensé à Sundance et fêté à Berlin, révèle une réalisatrice, qu'on souhaite voir maintenant en charge d'un projet plus ambitieux.

 

3e

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Canine

J'étais assez curieux de voir le premier film distribué en France de Yorgos Lanthimos, qui fut couronné par l'estimable prix Un certain regard à Cannes 2009.

Autant le dire d'entrée, Canine est plus proche de l'exercice de style calculé que de l'oeuvre totale que sera plus tard The lobster. Même si les prémisses sont les mêmes (un scénario abracadabrant qui pourtant tient debout, une maîtrise formelle totale), le résultat est assez différent : Canine apparaissant comme un brouillon des films suivants.

Si les délires de Lanthimos tiennent la route, c'est par la grâce d'une imagination qui semble s'enrichir au fur et à mesure qu'elle produit. Dans le quotidien bizarre de cette famille pour le moins dysfonctionnelle (les enfants sont élevés dans une sorte de mythologie déviante qui leur cache ce qu'est le monde réel), ce sont les multiples incises qui font le sel du film. On ne peut pas croire à ce que l'on voit, et pourtant on fini par adhérer aux situations proposées, pour trois raisons principales : une direction d'acteur au cordeau, un savant mélange d'humour et de finesse d'observation, et enfin une direction artistique de toute beauté. 

Canine marque l'arrivée d'un réalisateur promis à un destin remarquable, sorte de Haneke drolatique, qui filmerait avec la méticulosité d'un Kubrick.

Yorgos Lanthimos sur Christoblog : The lobster - 2015 (****) / Mise à mort du cerf sacré - 2017 (***) / La favorite - 2018 (***)

 

2e

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Au revoir l'été

Dans le paysage du cinéma japonais contemporain, plutôt morose, Koji Fukada fait figure de sage trublion. Ses films sont en effet au premier abord très convenus, très lisses, en un mot très japonais. Les sentiments ne s'y exposent jamais ouvertement (comme chez Naruse, que Fukada admire beaucoup), même s'ils sont très présents et influent sur le cours des évènements de façon souvent dramatiques.

Par rapport à ses autres films, qui comportent souvent un tournant narratif important et transgressif en milieu de film, Au revoir l'été se distingue par une approche beaucoup plus douce. Fukada, qui est très francophile, se réfère ouvertement à Rohmer à propos de ce film, initiation douce amère et estivale d'une jeune fille dans un monde d'adultes, qui sous leur dehors très polis n'hésitent pas à assouvir leur pulsions diverses.

Le film, tourné en format 4:3, bénéficie d'une admirable photographie, qui rend l'été japonais particulièrement beau à regarder, multipliant les morceaux de bravoure chromatiques : splendeur du soleil dans les feuilles, couleurs pastel et douce luminosité. 

Fukada ne se contente pas de peindre une chronique intimiste, il parvient aussi à y insuffler de la politique contemporaine à travers les lointains et tristes échos de la catastrophe de Fukushima. 

Un très joli film, à découvrir.

Koji Fukada sur Christoblog : Harmonium - 2017 (****)

 

3e

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The nice guys

Le Los Angeles des années 70 est décidément très à la mode dans cette fin des années 2010. Juste avant l'hommage uchronique de David Robert Mitchell (Under the silver lake) et le dernier Tarantino (Once upon a time... in Hollywood), Shane Black nous offrait cette comédie acidulée et fort bien rythmée.

The nice guys est aimable en tout point.

Tout d'abord, le casting est formidable, emmené par un Ryan Gosling irrésistible en privé raté et maladroit. Il confirme dans ce film qu'il est meilleur acteur de comédie (on l'avait déjà constaté dans Crazy, stupid, love) que de drame (ses prestations dans les Winding Refn ne m'ont jamais convaincu). Russel Crowe campe un partenaire parfait dans ce buddy movie à la sauce seventies. Margaret Qualley, qui est aussi dans le Tarantino, est nickel, tout comme la jeune Angourie Rice, dont le personnage de pré-ado dégourdie apporte beaucoup au film.

The nice guys est aussi formidablement écrit, émaillé de scènes drôles et originales, ménageant des ruptures de ton surprenantes qui nous prennent à revers. Enfin, la réalisation dynamise l'action tout en tirant pleinement profit de décors somptueux.

Un régal de comédie policière.

 

3e

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Baisers volés

Nous retrouvons dans Baisers volés le jeune Antoine Doisnel, découvert enfant dans Les quatre cents coups.

Antoine est maintenant un jeune adulte, qui se fait virer de l'armée au moment où le film commence. Les premiers plans assurent une solide connexion avec le premier film de Truffaut, tourné neuf ans auparavant : par exemple on découvre Antoine en train de lire le Lys dans la vallée de Balzac, et on se souvient du début d'incendie que le culte de l'écrivain avait failli déclencher dans l'appartement de ses parents.

Si le personnage est le même, les deux films sont très différents. Les quatre cent coups était un film ramassé, tendu, d'une grande cohérence artistique. Baisers volés est une histoire d'initiation oedipienne décousue, au style haché (le film comprend un nombre de plan incalculable), qui multiplie les ruptures de ton, les pistes narratives et les effets de manche scénaristiques, comme l'incroyable déclaration finale de l'amoureux.

Le résultat est mitigé. On peut être séduit par la vivacité de l'ensemble, sa progression à la limite du picaresque, mais on peut aussi être décontenancé par la faiblesse de certaines scènes, les limites techniques du film (qui mériterait une sérieuse restauration, notamment au niveau du son) et la relative transparence de Jean-Pierre Léaud, qui surjoue parfois l'hébètement perplexe.

François Truffaut sur Christoblog : Les quatre cents coups - 1959 (***)

 

2e

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Swimming pool

Pour son sixième long-métrage, François Ozon signe une oeuvre très classique dans sa forme (presque trop, diront certains) et dans son fond, sous influence clairement hitchcocko-de palmienne.

Le scénario, qu'il a lui-même écrit, commence un peu mollement et la mise en place du film suit des voies très attendues pendant sa première demi-heure.

L'irruption de de Ludivine Sagnier, dans le rôle d'une bimbo d'une explosivité rare, réveille le film. A partir de ce moment-là, l'intrigue devient plus amusante, les thèmes habituels du cinéma d'Ozon affleurant ici ou là (la psychanalyse, les faux-semblants, les images à double-fond, le double, les pulsions inassouvies, la permissivité des genres).

On cherche alors à deviner le retournement de situation final qu'on sent bien arriver, mais qui reste difficilement prévisible au regard de son importance.

Un exercice de style qui génère un petit plaisir intellectuel, mais qui souffre de maladresses et de longueurs qui empêchent une adhésion plus franche.

François Ozon sur Christoblog :   8 femmes - 2001 (**) / Potiche - 2010 (***) / Dans la maison - 2012 (**) /  Jeune et jolie - 2013 (*) / Une nouvelle amie - 2014 (***) /  Frantz - 2016 (***/ L'amant double - 2017 (**) / Grâce à Dieu - 2019 (****)

 

2e

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Midsommar

En dépit de nombreux défauts (un script un peu faible, quelques longueurs, des personnages à la psychologie superficielle, des scènes trop tape à l'oeil), Midsommar s'avère être une expérience de cinéma très intéressante.

Alors que je m'attendais à un film horrifique un peu basique en mode écolo-bobo, la seconde oeuvre de Ari Aster s'avère être un huis-clos en plein air d'une lumineuse beauté. Quasiment tout l'intérêt du film tient dans ce cadre naturel d'une incroyable sérénité et aux décors qui y sont implantés, comme autant de repères dans le dédale sensoriel dans lequel va s'égarer Dani, jouée par une excellente et terrienne Florence Plugh.

La suite d'évènements dramatiques qui vont se dérouler dans cet environnement idyllique, toujours baigné d'une lumière éclatante, est certes très prévisible, mais la consistance de la direction artistique (décors, costumes, accessoires) rend l'expérience particulièrement immersive. Le contraste entre la gentillesse décérébrée des hôtes et la prise de conscience progressive de Dani donne tout son sel à la deuxième partie du film, dont la fin est très réjouissante.

Une réussite donc, que tout le monde peut regarder sans crainte, les scènes gore se comptant sur les doigts d'une main. Le film fait ressentir plus qu'il ne fait peur.

 

3e

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Peaky blinders

La BBC offre de nouveau avec cette série un fleuron du savoir-faire britannique, comme elle l'a déjà fait pour le délicieux Downton Abbey.

Tout est en effet réussi dans Peaky Blinders. Si le côté un peu artificiel des décors et l'anachronisme de la bande-son  très rock peuvent surprendre dans les premiers épisodes, on est ensuite vite happés dans cette histoire certes classique (la progression d'un petit malfrat vers les plus hautes sphères du pouvoir), mais ici parfaitement illustrée. A noter que la qualité de la série est relativement constante tout au long des cinq saisons, ce qui assez rare et mérite d'être souligné.

Les points forts de Peaky Blinders sont principalement son écriture (on doit l'intégralité des scénarios à la patte de Steven Knight) et son interprétation.

En terme de progression dramatique, de rupture de ton, d'accélération des évènements, j'ai rarement vu une série plus efficace et surprenante. C'est peu dire qu'on est littéralement scotché à l'évolution de la famille Shelby et aux nombreuses péripéties et épreuves qu'elle doit traverser. Le contexte historique qui sert de toile de fond (l'IRA et la question irlandaise, Winston Churchill, la révolution russe et le mouvement socialiste, l'émancipation des femmes, la condition ouvrière) donne une profondeur exceptionnelle aux trente épisodes de la série, dont plusieurs sont de véritables joyaux de tension et se suspense.

En matière de casting, Peaky blinders réussit un carton plein. Du magnétique premier rôle joué par Cillian Murphy au moindre second rôle, en passant par un très bon Adrien Brody en guest star de la saison 4, les bonnes surprises sont légion. Citons dans le désordre un Tom Hardy (Mad Max) formidable en patron de gang juif, Aiden Gillen (le Littlefinger de Games of thrones) énigmatique en tueur tzigane, Sam Neill (Jurassic Park, La leçon de piano) ennemi convaincant en inspecteur retors dans les deux premières saisons.

Hellen McCrory (Polly) est la tête de file attachante d'une prestigieuse distribution féminine : dans la série les femmes joue un rôle au moins aussi important que les hommes.

La bande-son est aussi audacieuse qu'agréable  : Nick Cave, The White Stripes, Tom Waits, PJ Harvey, Arctic Monkeys, Royal Blood, The Black Keys, Radiohead, David Bowie, Leonard Cohen, Foals, Anna Calvi, Joy Division, The Kills, Johnny Cash, Black Rebel Motocycle Club, Anne Brun, Mark Lanegan. Un festin sonore, trash, roots et rock'n roll.

Vous l'avez compris : à ne manquer sous aucun prétexte.

 

4e

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Les quatre cents coups

On n'en finirait pas d'énumérer les raisons qu'un cinéphile a d'apprécier Les quatre cents coup :  manifeste d'un courant majeur de l'histoire du cinéma, clins d'oeil multiples (cameos de Jean Claude Brialy, Jeanne Moreau, Jacques Demy, Jean Douchet et Truffaut lui-même), aspects autobiographiques, hommages multiples au cinéma (les enfants volent des photos d'un film de Bergman, la famille va voir le dernier Rivette, le film est dédié à Bazin).

L'opportunité qu'offre l'arrivée des films de Truffaut sur Netflix nous permet d'aller au-delà de la légende, de revoir le film et de le juger pour ce qu'il est : un superbe portrait de la jeunesse. La photographie de Henri Decaë,  qui magnifie les rues de Paris, et la musique entêtante de Jean Constantin forment un écrin parfait à l'interprétation magistrale de Jean-Pierre Léaud, interprète définitif de l'innocence bafouée. 

Toute l'énergie sauvage du film est dans les yeux de son jeune interprète, énergique, avide de vivre et d'aimer. De la scène du manège tournant aux longs travellings finaux, la mise en scène de François Truffaut (récompensée au Festival de Cannes en 1959) ne vise qu'à nous faire ressentir cet appétit vorace d'Antoine Doinel pour la vie, la littérature et le cinéma, appétit empêché par le manque d'amour de ses parents et le poids des institutions. 

 

3e

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The irishman

En réunissant à l'écran Joe Pesci, Al Pacino et Robert de Niro pour cette crépusculaire histoire de mafiosi, Scorsese semble vouloir  donner à son oeuvre une sorte de codicille pré-posthume. 

Le résultat se regarde facilement, sans une seconde d'ennui, tellement le script est fluide et l'intrigue passionnante. La petite histoire (la destinée d'un tueur anonyme) rencontre la grande (les Kennedy et la mafia), et forme un ensemble qui se dévore, comme une série. 

L'amitié entre le personnage de Jimmy Hoffa (extraordinaire Pacino) et son homme de confiance (un de Niro aux drôles de mimiques figées, probablement par la faute du fameux de-aging) est le coeur du film, et la trahison sans état d'âme du second illumine comme un diamant noir la fin élégiaque de cette saga aux multiples ramifications.

Si on reconnaît le savoir-faire inégalable de Scorsese, on ne peut s'empêcher de remarquer ici ou là les symptômes d'une certaine nonchalance dont on ne sait s'il faut l'imputer au support Netflix (faites ce que vous voulez...), à l'âge ou au sentiment que le chose racontée vaut désormais plus que la façon dont on la raconte. 

La mise en scène n'a donc pas la précision des chefs-d'oeuvre de la grande époque (Casino, Les affranchis), elle est même assez quelconque. Cela ne gâche pas le plaisir que procure la vision de ce film fleuve qui aurait probablement mérité un traitement en mini-série.

 

3e

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Rebelles

Voici plutôt une bonne nouvelle en provenance du cinéma français : une comédie décomplexée, dans laquelle les femmes ont la part belle, qui ne vise pas à autre chose qu'à fournir un bon moment sans second degré, un peu à la mode des frères Coen première manière.

Nous voici donc projeté dans le Nord Pas de Calais, dans un milieu ouvrier qu'on ne voit pas si souvent, au milieu d'un trio improbable de femmes : Sandra (Cécile de France) en ex-miss sur le retour, Nadine (Yolande Moreau) en mère de famille et Marilyn (Audreu Lamy) en punk socialisée.

Quand ce trio se retrouve par hasard en possession d'un beau magot, les évènements vont s'enchaîner sans temps mort, à notre plus grand plaisir. 

Le scénario est parfaitement huilé, la mise en scène d'Allan Mauduit efficace à souhait, et le tout est parfaitement agréable à regarder, ne lésinant pas sur certains écarts parfaitement incorrects et jouissifs (à l'image de la malencontreuse amputation qui démarre l'intrigue).

Rafraîchissant.

 

2e

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Uncut gems

Uncut gems fait partie de ces films toboggans qui vous emportent dans un tourbillon stylistique duquel il est impossible de sortir. 

Pour aimer le film, mieux vaut donc aimer les flots incessants de parole, le montage speed, les surimpressions sonores, la caméra à l'épaule et l'impression générale d'assister à la course d'un poulet sans tête à qui l'on aurait donné des amphétamines. 

Adam Sandler est excellent, en bijoutier juif possédé par toute une série d'addictions plus graves les unes que les autres : le sexe, la drogue, la famille, les bijoux, l'argent, le jeu, le sport, la gagne, le goût du risque, et peut-être tout simplement un appétit de vivre douloureusement insatiable.

Si on se laisse happer par l'ambiance si particulière du film et le brio d'une mise en scène de très haut niveau, l'expérience est presque physique : on est tendu comme un arc tout au long du film, se demandant comment Howard va s'en sortir, et partageant avec lui la moindre évolution de la situation désespérée dans laquelle il s'est mis lui-même, en dépit du bon sens le plus élémentaire. Dans le cas contraire, il ne sera pas facile d'aller au bout des 2h15 de cet exercice de style aux accents scorsesien, mené au rythme fou d'une valse jouée sur un tempo de hard rock.

Un coup de force des frères Safdie.

 

3e

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L'homme qui tua Liberty Valance

Parfois, la vision d'un "vieux" film cause une profonde désillusion : le chef d'oeuvre dont on se souvient a mal vieilli, son image est baveuse, son intrigue moins subtile que dans son souvenir, la mise en scène est un peu lâche.

Rien de tel en revoyant ce qui fut la dernière collaboration des deux géants de l'Ouest, John Ford et John Wayne. Le film surprend en effet par ses qualités intemporelles. D'abord la photographie de William H. Clothier est une merveille de précision et de beauté plastique, à mi-chemin entre naturalisme et expressionnisme.

Le sujet du film ensuite est d'une incroyable modernité. Ford y dessine les fondements de l'Amérique éternelle avec une précision d'horloger : le mal pragmatique (Lee Marvin, terrifiant de froide brutalité), la bonté violente et casanière (Wayne et son éternel sourire en coin), le politique malgré lui (James Stewart dans un de ses plus grand rôle) et la presse comme pivot de la démocratie.

L'ensemble est servi par une mise en scène d'un classicisme parfait, dans laquelle tout semble indispensable, et qui donnerait au film un aspect de tragédie grecque si la nostalgie solaire du début n'enveloppait l'ensemble dans une coque inimitable d'humanité triste et tendre.

Un chef d'oeuvre.

 

4e

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Pour Sama

Il y a dans les images tournées par la jeune journaliste syrienne Waad al-Kateab une injonction paradoxale : contempler la guerre dans ce qu'elle a de plus horrible, à travers les yeux les plus bienveillants et optimistes qui soient.

Le film manipule ces deux éléments alternativement pour mieux nous prendre en étau émotionnellement. Les blessés sont horribles à regarder, mais le dévouement des médecins est exemplaire. Le deuil des enfants est d'une tristesse infinie, mais les liens d'amitiés qu'on peut tisser dans ces moments sont les plus intenses. La mère accouche par césarienne dans des conditions effroyables, mais le bébé survit (une scène à proprement parler sidérante). La ville assiégée est réduite en ruine et constitue l'endroit le plus dangereux au monde, mais nos héros y retourne avec leur petite fille, en souriant. 

A travers cette dialectique constante, servie par un montage exemplaire, le film fait passer son message avec force et efficacité : l'espoir peut soulever des montagnes. Si les images sont (forcément) de qualité très inégale, la construction dramatique du documentaire est véritablement exemplaire, et fait de Pour Sama un sommet de l'année cinéma 2019.

 

4e

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Le cas Richard Jewell

Les derniers films de Clint Eastwood n'étaient pas très bons, et même, pour certains d'entre eux, franchement mauvais.

Cet opus constitue donc une bonne surprise : un scénario modeste mais efficace, des personnages attachants et bien joués (très bon Sam Rockwell) et une histoire édifiante. Des qualités qu'on retrouvaient d'ailleurs point par point dans le meilleur des dix derniers Eastwood, Sully.

Les points faibles du film sont malheureusement ceux qui rendent la production récente de l'américain indigeste  : dans sa volonté de sonner la charge contre les pouvoirs malfaisants qui oppressent le pauvre individu (les médias, le FBI), le vieux réalisateur conservateur oublie au passage la subtilité et la nuance. Les personnages joués par Jon Hamm et Olivia Wilde sont ainsi trop caricaturaux pour être intéressants. 

Si la première partie du film est vraiment bien rythmée, la seconde, très démonstrative, patine un peu. L'ensemble est toutefois acceptable.

Clint Eastwood sur Christoblog : Gran Torino - 2008 (***) / Invictus - 2009 (**) / Au-delà - 2010 (*) / J. Edgar - 2011 (**) / American sniper - 2015 (**) / Sully - 2016 (***) / La mule - 2019 (**)

 

2e

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Monos

En provenance de Colombie, ce deuxième film d'Alejandro Landes est une pépite à découvrir.

Le pitch est simple : huit enfants soldats, faisant partie d'un groupe révolutionnaire obscur, gardent une otage américaine sur les hauteurs andines du pays, puis dans la forêt vierge. 

Le film est un trip sensoriel qui vaut surtout par la manière dont il montre la rudesse de la vie de ces jeunes paumés qui se droguent, tuent, cherchent l'amour et trouvent le désespoir. Comme si Larry Clark tournait en Amazonie. Le voyage n'est jamais vraiment éprouvant (même s'il est dur), tant les images sont belles, les personnages bien dessinés et le rythme haletant.

Il y a chez Landes un talent incontestable, que ce soit pour filmer de façon originale les scènes oniriques ou pour être froidement efficace quand l'action le commande. La sensation de réalité immersive qu'il parvient à nous communiquer (la pluie, la boue, les explosions, les baisers) est assez exceptionnelle.

Une vraie et belle découverte, présentée en 2019 dans la section Panorama de la Berlinale, servie par de jeunes colombiens non professionnels particulièrement convaincants et une Julianne Nicholson étonnante.

 

3e

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