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Articles avec #blanche gardin

Tout le monde aime Jeanne

Ce premier film de Céline Devaux est plutôt réussi.

Blanche Gardin y joue de façon assez drôle (bien qu'un peu monotone) une jeune chef d'entreprise dépressive qui retourne à Lisbonne vider l'appartement de sa mère. Cette dernière s'est jeté d'un pont, après avoir essayé d'appeler ses deux enfants, qui n'ont pas répondu à cette ultime tentative de communication.

Sur la base de ce pitch lugubre, le film parvient à nous attendrir et à nous amuser, notamment par la grâce de petites séances d'animation qui représentent ce qui se passe dans le cerveau de Jeanne. Le petit personnage aux longs cheveux, double de Jeanne, représente successivement mauvaise conscience, pensée évanescente et petit diable tentateur. Ce procédé donne au film un rythme alerte et décalé, qui s'estompe malheureusement un peu dans sa deuxième partie.

Laurent Laffite en histrion kleptomane et Maxence Tual en frère doux et attentionné complète le joli casting de Tout le monde aime Jeanne, qui brille aussi par une jolie direction artistique (l'appartement de la mère est un personnage à part entière). Le point fort du film est aussi en quelque sorte son point faible : la grave légèreté qui séduit initialement menace sur la longueur de se transformer en superficialité un peu vaine.

Un moment plaisant tout de même.

 

2e

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Problemos

Dans le milieu de la comédie française, il faut reconnaître à Eric Judor une place à part, qui le situerait dans un monde à la fois absurde et furieusement réaliste, dans lequel sa faculté à jouer « à plat » générerait une sorte de trente-sixième degré accessible à lui seul, s’épanouissant dans le malaise et le hiatus.

Dans Problemos, Judor pousse à l’extrême la logique des discours écologique et féministe, en décrivant une communauté isolée qui se veut égalitaire, confrontée à une épidémie mortelle.

En poussant à l’extrême certaines rengaines, en particulier dans la bouche d’une Blanche Gardin par ailleurs scénariste du film, puis en les confrontant à ce qu'il imagine être le fond de la nature humaine (jalousie, désir sexuel, violence, égoïsme), il engendre de multiples situations cocasses dont il n’est pas aisé de tirer des conclusions.

La construction de la belle maison par le personnage très amusant joué par Youssef Hajdi est par exemple une formidable allégorie de la naissance du capitalisme, à moins qu'elle ne soit une ode à la liberté d’inventer, ou tout simplement un rappel que la normalité s’impose à tous. Judor renvoie donc toutes les parties dos à dos, soulignant avec une méchanceté jubilatoire les travers des uns et des autres.

C’est drôle, parfois très noir, et surprenant. Un vent neuf dans la comédie française.

 

3e

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France

France est sûrement un des films le plus abordable de Bruno Dumont : un scénario lisible, des péripéties, un propos caustique, des situations frappantes.

Il s'agit presque d'un film "normal". Presque, parce qu'il a tout de même une particularité notable, celle d'assembler plusieurs styles dans un ensemble bizarrement composite, ce qui explique probablement le mauvais accueil critique que le film a généré, beaucoup s'attendant à une ligne claire, que le film ne tient pas de façon continue.

France démarre par comme une satire au vitriol d'un certain style de journalisme, parodié de façon outrancière, notamment par le personnage d'assistante too much jouée par une Blanche Gardin en pleine forme. Il peut même virer au burlesque surréaliste (la scène de conférence de presse avec Emmanuel Macron, la rencontre chantée dans la neige, le capitaliste qui annonce tranquillement qu'il s'agit de devenir pauvre).

En cours de route, Dumont fait bifurquer son film vers un autre point de vue : la journaliste haïssable est elle-même sujette à état d'âmes, et passera du côté des victimes suite à une machination, avant une scène de quasi-rédemption sur les terres du cinéaste, dans le Boulonnais. Déroutant pour ceux qui s'attendaient à un dégommage au bazooka sur la durée...

Comme si cela ne suffisait pas, France est aussi un exercice de style formel (la magnifique scène de l'accident, absolument étonnante dans le cinéma de Dumont, les regards caméra) et une friandise baroque  en terme de direction artistique (l'intérieur de l'appartement, la garde robe de la journaliste, les superbes extérieurs).

Difficile donc de s'y retrouver, sauf à considérer, comme moi, que la dernière oeuvre du nordiste est avant tout un beau et sensible portrait de femme, saisie dans ses contradictions, et magnifiquement jouée par une Léa Seydoux parfois très enlaidie, dont le jeu distancié fait ici merveille. Je pense qu'il s'agit ici de son meilleur rôle.

 

3e

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