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Christoblog

Articles avec #j'aime

Teddy

Teddy apporte d'une façon indiscutable une nouvelle preuve qu'un cinéma de genre à la française est en train d'émerger de façon durable.

Le premier film de la fratrie Boukherma mêle avec beaucoup de bonheur plusieurs registres. Au début du film, on pense être dans une chronique un peu azimutée de France profonde. On pense immédiatement au P'tit quinquin de Dumont : personnages plus ou moins cinglés, photographie pétante, mise en scène moqueuse.

Mais le film se teinte rapidement d'une coloration gentiment mais sûrement gore, comme le faisait Grave dans un genre un peu différent. Le sujet de Teddy devient alors le changement du corps au moment du passage de l'adolescence à l'âge adulte.

Et puis tout à coup, Teddy s'impose comme le récit d'une humiliation sociale et de la vengeance qu'elle implique, avant de se résoudre dans un final plutôt dramatique, parfaitement calibré.

Le résultat est délectable, magnifiquement servi par l'abattage sidérant d'Anthony Bajon, qui confirme de film en film son talent si singulier.

Une réussite indiscutable.

 

3e

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Les 2 Alfred

Cela faisait longtemps que je n'avais pas ri de si bon coeur au cinéma.

Bruno Podalydès propose ici une comédie, qui certes se moque gentiment de l'air du temps (le tout numérique, les extrémités du management "cool" qui ne l'est pas du tout) mais qui parvient surtout à redynamiser un style quasiment disparu des écrans français : la comédie burlesque.

C'est dans cette veine que Les 2 Alfred atteint des sommets de drôlerie (la voiture automatique, le combat de drone, les drones qui s'échouent partout), alors que son aspect comédie sentimentale et sociale est de facture plus classique.

Les acteurs sont tous excellents, et il faut reconnaître que le couple des deux frères atteint un degré de complicité ahurie exceptionnelle. Sandrine Kiberlain prouve une nouvelle fois son talent comique et tous les seconds rôles sont amusants.

Je recommande chaudement ce film drôle et enlevé, qui parvient à faire rire sans être méchant : une sorte d'exploit.

 

3e

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Shorta

Dans la lignée de La haine ou des Misérables, Shorta met en scène l'histoire d'un dérapage policier dans une cité danoise, suivie par l'odyssée de deux flics abandonnés à eux-mêmes dans un climat insurrectionnel.

C'est tendu, tourné comme une aventure en pleine jungle, en adoptant le point de vue des deux flics errant toute une nuit en milieu hostile.

Si les deux personnages principaux paraissent d'abord très caricaturaux (un gentil et un méchant facho), l'originalité du film réside dans la façon dont le point de vue du spectateur évolue progressivement sur eux : le flic obtus et raciste l'est de moins en moins, et se révèle finalement plus adapté au milieu dans lequel il évolue que son collègue.

Le film n'est pas exempt d'une certaine sensiblerie et de quelques invraisemblances, mais il est très efficace et se regarde sans déplaisir.

 

2e

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Gagarine

Faux documentaire, vrai film onirique, Gagarine pose un problème au critique consciencieux et objectif que je suis.

D'un côté il faut reconnaître au film un élan vital exceptionnel, une sensibilité à fleur de peau qui fait parfois mouche, et enfin une façon de filmer la banlieue qu'on a rarement vu. Parmi les autres points forts du film, une idée de scénario géniale, très bien mise en scène : la reconstitution d'une cellule spatiale dans l'immeuble abandonné.

De l'autre, de nombreuses maladresses difficilement pardonnables. Un casting très approximatif : un Finnegan Oldfield encore plus mauvais que d'habitude (si c'est possible), une Lyna Khoudri transparente, un Alséni Bathiny un peu asthénique. Il y a aussi dans Gagarine des ruptures de ton qui tombent un peu à plat et une sorte d'emphase naïve (la fin !) qui posent problème.

Au final, je ne sais pas trop quoi penser de ce film sympathique mais imparfait. A vous de voir.

 

2e

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Minari

Minari est un film modeste. Son propos n'est en effet pas très ambitieux : il s'agit de montrer les difficultés d'adaptation d'immigrés coréens dans l'Arkansas profond. Sa structure est simple et sa mise en scène sans effet particulier.

Il se dégage pourtant quelque chose de profond du film, de poignant et d'universel : une évocation de l'espoir, un aperçu de ce qui se joue dans un couple, un questionnement sur le sens de la vie.

Pour rendre sensible le propos ténu du film, il faut de grands interprètes. Minari peut s'appuyer à ce propos sur des performances remarquables : le petit garçon et la grand-mère sont incroyablement justes (Youn Yuh-Jung, magnifique en aïeule d'abord pimpante, puis terriblement affaiblie, a reçu l'oscar du meilleur second rôle).   

Lee Isaac Chung filme son histoire avec une application à la fois sereine et pénétrée. Il parvient à donner à son film une résonance apaisée, qui se conclût de façon exemplaire par un plan de toute beauté.

Une jolie découverte, toute en nuance, primé à Sundance.

 

2e

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Le discours

Le discours est construit sur un a priori original, qui reflète d’ailleurs fidèlement la construction du roman de Fab Caro.

Son « temps réel » est celui d’un repas de famille, lors duquel les personnages principaux vont se figer à plusieurs occasions, permettant ainsi de très nombreuses digressions menées par son personnage : réflexions personnelles, commentaires sur ce qui se dit, flash-backs renvoyant à de nombreuses époques différentes, réalité virtuelle, flash-forwards fantasmés.

Une fois accoutumé à cette construction un peu complexe, bien servie par la mise en scène de Laurent Tirard, on prend un vrai plaisir à suivre les mésaventures d’Adrien. Si on ne rit jamais vraiment aux éclats, on sourit souvent à l’évocation des petites travers de chacun, dans lesquels chacun saura se reconnaître (ou reconnaître un proche).

Sans originalité, Le discours propose donc un divertissement de bon aloi, qu’on souhaiterait parfois plus épicé ou moins convenu, mais qui finit par convaincre, grâce à l’entrain de Benjamin Lavernhe, qui semble dispenser ici un cours complet de comédie et révèle un talent comique qu’il avait déjà esquissé dans Mon inconnue.

 

2e

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Balloon

Les steppes d’Asie centrale et orientale sont curieusement à la mode ces dernières années, mettant souvent en avant des femmes fortes en prise avec les difficultés de la vie.

C’est de nouveau le cas dans ce film du tibétain Pema Tseden, dans lequel nous suivons l’histoire de Drolkar, épouse et solide fermière, qui se débat entre éducation de garçons turbulents, difficultés de contraception (les ballons du titre sont – entre autres – des préservatifs détournés de leur usage par ses garnements de fils) et croyance bouddhiste en la réincarnation.

Le résultat est un film rythmé d’une grande beauté. On s’égare avec délice et curiosité dans les méandres de cette jolie histoire qui mêle avec légèreté pittoresque, méditation mélancolique et réalisme social. A ne pas rater, surtout si vous êtes, comme moi, amoureux de ces régions.

 

3e

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Vaurien

Vaurien énerve tout d’abord un peu par son apparente décontraction, par la nonchalance affectée de sa narration à trou.

Mais passé ce premier mouvement instinctif, il faut reconnaître au film une capacité hors du commun à dessiner en quelques scènes bien troussées un personnage, une ambiance (le bar, le chien), un milieu professionnel (le BTP), une relation, un mode de vie (le squat).

On peine à croire vraiment ce que l’on voit. Le réalisateur excelle à maintenir le doute sur les intentions de son personnage principal, puis, lorsque ces doutes sont levés, sur ses actions réelles. C’est dans cet entre-deux inconfortable que surgit la rayonnante Ophélie Bau, qu’on n’avait plus vu depuis Mektoub my love.

La relation qu’elle tisse avec Djé est en totale contradiction avec le reste de l’histoire, et les fantaisies semées sur notre chemin (l’incroyable arrestation chantée sur un air d’Azanavour) nous empêchent de nous inquiéter vraiment pour elle.

Peter Dourountzis propose avec ce premier film une tonalité résolument originale, dont on a hâte de voir comment elle évoluera. Pierre Deladonchamps, obsidienne opaque et rayonnante, porte le film sur ses épaules et s’avère une nouvelle fois excellent.

 

3e

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Nomadland

Tous les films de Chloé Zhao possèdent plusieurs qualités en commun : une extrême attention aux protagonistes, une connexion à la nature qu'elle partage avec peu de cinéastes, et une mise en scène souple et déliée.

Le résultat est ici tout à fait convaincant, comme l'étaient ses deux premiers films. Je craignais que sa collaboration avec une actrice de la renommée de Frances McDormand nuise aux qualités quasi-documentaires de son travail, mais il n'en rien. L'actrice multi-oscarisée se fond avec un naturel stupéfiant au milieu d'un casting où les personnages jouent leur propre rôle.

Le résultat est d'une humanité rare. Le moindre geste d'attention (offrir un briquet, toucher la main, partager un feu) prend des proportions de sainteté, alors que la descente vers le Sud des Etat-Unis se transforme en une sorte d'épiphanie des marges. 

Bien sûr le film montre la pauvreté en lisière du rêve américain, comme le faisaient ceux de Chaplin et de Ford, et certains le verront probablement principalement sous cet angle, mais il est aussi (et pour moi surtout) une formidable ode à la liberté absolue, entre grâce et dénuement, trivial et sublime.

La mise en scène de Zhao est confondante de beauté, enchaînant travellings inspirés, montage rythmé et gros plans émouvants, le tout dans des tonalités bleutées et grisâtres. 

Nomadland mérite tous ses prix, mais il est plus qu'un gagnant, il est un passeur.

Chloé Zhao sur Christoblog : Les chansons que mes frères m'ont apprises - 2015 (****) / The rider - 2017 (****)

 

4e

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A l'abordage

Le nouveau film de Guillaume Brac, artisan singulier, modeste et attachant du cinéma français contemporain, est à voir en ce moment sur Arte TV.

Comme souvent chez ce cinéaste précieux, le trait est d'une grande finesse. Il s'agit ici de suivre Félix, gaillard fort en gueule de la banlieue parisienne, dans un pari un peu fou : rejoindre dans le Sud une fille rencontrée lors d'une soirée au bord de la Seine. 

Accompagné par son ami Shérif, géant placide et raisonnable, Félix rencontre un jeune chauffeur coincé par le biais d'un covoiturage hasardeux. L'arrivée au camping de Die va occasionner toute une série de mini évènements à la fois tendres, profonds et révélateurs.

Guillaume Brac réussit merveilleusement bien à nous faire ressentir cette ambiance très spécifique aux vacances d'été : à la fois ouverte à tous les possibles et comme ralentie, dans la glu chaude de l'été. Dans ce contexte formidablement dessiné, les jeunes gens du film explorent leurs liens et leur propre personnalité. Sous l'oeil avisé du cinéaste, on a presque l'impression de les voir en temps réel choisir leur façon d'être : serais-je un affreux goujat ou finalement un mec sympa ? Un gars coincé qui n'a jamais de meufs ou un homme qui prend ses responsabilités ?

Il y a dans ce film une qualité d'observation qu'on voit peu dans le cinéma français : je vous le conseille chaudement.   

Guillaume Brac sur Christoblog : Un monde sans femmes - Le naufragé - 2012 (***) / Tonnerre - 2014 (***)

 

3e

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La voix humaine

A découvrir en DVD

Pas facile de parler de cet objet curieux que j'ai du mal à appréhender : à peine plus qu'une publicité pour Nespresso, un peu moins qu'un moyen métrage, La voix humaine résiste à la catégorisation.

Le mieux est peut-être de l'envisager comme une dette vis à vis du temps qui passe : on se souvient que dans Femmes aux bord de la crise de nerf, il était déjà question de mettre en scène cette pièce de Cocteau. Ou peut-être comme une sorte de manifesto : moi, Almodovar, esthète devant l'éternel, je vais jouer avec les couleurs (je milite pour la création du rouge Almodovar), la réversibilité des décors, le sens du rythme et le choix des accessoires, l'utilisation judicieuse de la musique, la beauté insondable des vêtements, autant de sujets que je maîtrise et que j'aime.

Dernière option possible : le film est le compte-rendu de la rencontre d'Almodovar entomologue et de la mante religieuse Tilda Swinton, l'actrice qui ne perd jamais une occasion de tourner avec les plus grands.

Le résultat ne m'a pas réellement enthousiasmé, même s'il me faut admettre qu'il est admirable par certains aspects. La voix humaine est au pire une curiosité de cinéphile, au mieux une friandise pour les fans. Le contenu narratif de l'oeuvre est égal à son pitch, tout l'intérêt réside donc dans sa forme, almodovarienne en diable, sans déchet, sans graisse, mais aussi curieusement sans beaucoup de goût.

A vous de voir.

Pedro Almodovar sur Christoblog : Femmes au bord de la crise de nerf - 1989 (***) / En chair et en os - 1997 (***) / Etreintes brisées - 2009 (***) / La piel que habito - 2011 (***) / Les amants passagers - 2013 (**) / Julieta - 2016 (****) / Douleur et gloire - 2019 (****) 

 

2e

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Garçon chiffon

Il y a beaucoup de choses énervantes dans Garçon Chiffon : des acteurs qui font leur numéro sans être intégré dans l'histoire (coucou la copine de Dix pour cent, Laure Calamy), des longueurs inutiles, des tentatives de lyrisme benoîtement ratées (la chanson de la fin, n'est pas Christophe Honoré qui veut), des effets trop appuyés et au final un égocentrisme un peu trop à fleur de peau.

Et pourtant, je n'arrive pas à émettre un avis réellement négatif sur ce film, très attachant. Nicolas Maury y met certes beaucoup de lui-même, et si cela peut être parfois un peu lourd, c'est aussi par moment assez émouvant.

Le film comprend de jolies scènes à la limite du fantastique (par exemple le séjour chez les nonnes), qui possèdent un charme certain. Il sait aussi être délicatement drôle et est admirablement servi par la prestation époustouflante de Nathalie Baye, dont le visage, souvent filmé en gros plan, est bouleversant de beauté.

Garçon chiffon aurait gagné à être écourté de 20 minutes. Malgré tout, il constitue un divertissement plutôt recommandable.

 

2e

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Michel-Ange

Le dernier film d'Andrey Konchalovsky est d'abord une splendeur visuelle. La direction artistique rappelle celle du film de Patrice Chéreau, La reine Margot : dépouillement ostentatoire, lumière splendide, scène de groupe impressionnante, gros plans magnifiques sur les visages. 

Michel-Ange est ensuite un tableau saisissant (et en partie un autoportrait ?) du génie créateur. L'acteur italien Alberto Testone prête ses traits burinés à ce rôle démesuré : un Michel-Ange qui apparaît possédé par son art, à la limite de la folie. Ses démêlés avec les puissants, ses concurrents (amusant portrait de Raphaël, son exact opposé), sa famille et ses fidèles sont passionnants à suivre.

Si vous êtes amateur de peinture, ne vous attendez pas à un film qui vous apprendrait quelque chose sur le sujet : Michel-Ange nous montre finalement l'homme à l'oeuvre dans la gestion du quotidien plutôt que le génie créant ses oeuvres, et c'est à mon sens une de ses grandes qualités. Il est donc question ici de seau d'urine jeté par les fenêtres, de beuverie, de sang, d'argent, d'approvisionnement en marbre (les scènes à Carrare sont d'une beauté sidérante) et de la présence du diable, qui rôde.

Pour ma part, j'ai été emporté par ce récit à la fois démesuré et prosaïque, lumineux et terrien.

 

4e

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Les femmes de mes amis

Dans la très riche filmographie de Hong Sang-Soo, ce neuvième film n'apporte pas grand-chose de nouveau.

Pour résumer très brièvement cet opus, sans en déflorer le contenu, disons qu'il s'agit de suivre un cinéaste d'art et d'essai dans deux aventures durant lesquelles il va séduire les femmes de deux connaissances, avec à chaque fois de curieuses similitudes  dans les circonstances (des amis qui n'invitent jamais personne chez eux, une scène dans les toilettes, des hors champs assez mystérieux, de l'alcool, une pierre volcanique...).

On retrouve donc ici la structure en dyptique de plusieurs de ses films précédents, dont le très bon La vierge mise à nu par ses prétendants, la réalité incertaine et les coïncidences étranges qui ont déjà fait l'objet de plusieurs développements, les problèmes d'égo d'un cinéaste, approfondis dans l'étonnant Contes de cinéma par exemple.

A ce stade de sa carrière (la fin du premier tiers), Les femmes de mes amis apparaît donc comme une sorte de digest de ce que le réalisateur sait faire. Le film manque toutefois d'allant pour entraîner une grande adhésion, et ne constitue pas la meilleure porte d'entrée dans l'univers de HSS. Le point positif du film, qui me fait le considérer tout de même positivement, est le très beau personnage féminin de la deuxième partie, qui explose lors d'une dernière scène très forte. "Je n'ai pas de toile d'araignée entre les jambes" est une des plus belles répliques mise par Hong Sang-Soo dans la bouche d'une actrice.

HSS sur Christoblog :   Le jour où le cochon est tombé dans le puits - 1996 (**) / Le pouvoir de la Province de Kangwon - 1998 (**) / La vierge mise à nu par ses prétendants - 2000 (***) / Turning gate - 2003 (***) / La femme est l'avenir de l'homme - 2003 (***) / Conte de cinéma - 2005 (**) / HA HA HA - 2010 (***) / The day he arrives (Matins calmes à Séoul)  - 2011 (***) /  In another country - 2012 (***) / Sunhi - 2013 (***) / Haewon et les hommes - 2013 (**) / Hill of freedom - 2014 (***) / Un jour avec un jour sans - 2015 (**) / Yourself and yours - 2017 (**) / Le jour d'après - 2017 (**) / La caméra de Claire - 2017 (***) / Hotel by the river - 2020 (***)

 

2e

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Mandibules

Plus la filmographie de Quentin Dupieux progresse, plus ses films gagnent en qualité technique et en cohérence. 

Le bricolage un peu foutraque des débuts laisse la place à une loufoquerie moins provocatrice, plus maîtrisée mais aussi plus inoffensive, alors que la confection du film devient plus "pro". Dans Mandibules comme dans Le daim, il faut en effet noter la qualité de la photographie, la vivacité du montage et l'unité de ton : autant de points faibles des premiers films que Dupieux a su gommer.

Comparé à son prédécesseur, Mandibules m'a toutefois semblé en retrait. La profondeur psychologique que Dujardin parvenait à insuffler à son personnage laisse ici la place à un premier degré qui ne laisse quasiment aucune place à la surprise. Le contenu programmatique du film (filmer la connerie pour ce qu'elle est) n'est troublé que par le personnage joué par Adèle Exarchopoulos, qui apporte tout à coup un peu de spontanéité inattendue et de vraie loufoquerie dans le train-train un peu ennuyeux des deux compères demeurés.

Pour ma part, mon premier vrai rire est survenu lors de la scène où Agnès pénètre dans la chambre, voit la mouche et crie. Jusqu'alors, je m'étais un peu ennuyé à écouter quelques spectateurs s'esclaffer, tentant vainement de comprendre ce qui pouvait causer cette hilarité, sonnant parfois un peu forcée, il faut le dire.

La deuxième partie de Mandibules est plus enlevée que la première, ce qui permet au film de finir sur une note sympathique, même si l'impression générale est celle d'une superficialité agréable mais un peu vaine.

Quentin Dupieux sur Christoblog : Rubber - 2009 (*) / Wrong cops - 2013 (*) / Réalité - 2014 (**) / Le daim - 2019 (***)

 

2e

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Nina Wu

Voici un film très étonnant, qui tente de nous faire entrer dans la psyché d'une actrice ayant subi un viol dans son milieu professionnel, tout en assumant une grande ambition formelle.

Disons-le, on ne comprend tout d'abord pas exactement ce qu'on voit à l'écran. Une actrice passe un casting et semble échouer. Puis on la voit tourner le film. Cette première partie est très belle formellement, et assez angoissante. Puis Nina Wu bascule dans une chronique intime au ton très différent (drame familial, histoire d'amour), avant de basculer finalement dans un chaos mental qui dessine progressivement la résolution du film, étonamment assez claire.

Comme on le voit, la narration est alambiquée, mais contribue à l'intérêt que suscite ce film taïwanais. Qu'il soit écrit par l'actrice principale ajoute à son charme. Wu Ke-Xi est en effet impressionnante au sein de cette histoire qu'elle a elle-même écrite et qui semble la posséder. La mise en scène du réalisateur Midi Z est de toute beauté, et parfois même virtuose.

Un exercice de style très intéressant, qu'il faut avoir la curiosité de décrypter.

 

3e

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Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary

Beaucoup de qualité pour ce très joli film d'animation qui confirme l'excellence de la France dans ce domaine.

Le sujet est plaisant : il s'agit de montrer l'enfance de la célèbre Calamity Jane, et à travers ce prétexte, de donner à voir le monde de l'Ouest américain à travers un nouveau prisme, plus doux et plus poétique que dans les westerns traditionnels. On ne sait pas grand-chose de l'enfance de la future aventurière, ce qui permet aux scénaristes d'imaginer de belles aventures et une galerie de personnages attachants.

Le film de Rémi Chayé brille d'abord par son scénario. L'histoire est brillamment menée, pleine de rebondissements qui plairont aussi bien aux petits qu'aux grands. On éprouve un plaisir simple à suivre les mésaventures de cette petite fille féministe avant l'heure, toujours déterminée et se sortant des situations les plus désespérées avec un grand talent (et un peu de chance).

Les personnages sont typés sans être caricaturaux, les péripéties nombreuses et variées. On sent vraiment l'appel de l'Ouest dans ce convoi de charriots qui se dirige vers l'Oregon, et cela est dû en particulier aux paysages magnifiques et aux couleurs choisies, tout à fait étonnantes, et qui forment de véritables tableaux chatoyants. 

Calamity est donc une véritable réussite, tant sur la forme que sur le fond. Calamity, Une enfance de Martha Jane Cannary ressort dans les salles de cinéma françaises le 19 mai 2021 : profitez en famille !

Cette critique a été réalisée dans le cadre de l'opération DVDtrafic. Le film est disponible en DVD, Bluray et VOD depuis le 7 avril, chez Universal (FB, Twitter). Calamity, Une enfance de Martha Jane Cannary est bien parti pour intégrer le classement des plus grands dessins animés. Pourra-t-il même se placer parmi les films historiquement les plus aimés par les spectateurs ?

 

2e

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Slalom

Sortie le 19 mai

Le sujet de Slalom, que je ne dévoilerai pas frontalement mais que vous connaissez probablement, est parfaitement en résonance avec l'actualité. D'une certaine façon, je craignais même qu'il le soit trop, et que le film se contente de flirter sur une thématique dont les journaux sont remplis depuis trois ans.

En réalité, le film de Charlène Favier évite cet écueil du faux documentaire, principalement grâce aux deux interprètes principaux.

L'interprétation de Noée Abita (l'inoubliable interprète du film Ava) est formidable de fraîcheur et de subtilité. Elle parvient avec une grande maestria à jongler avec deux facettes : la petite fille blessée et l'ado crâneuse, avant d'en faire éclore une troisième dans la sublime dernière scène, la jeune femme pleine d'espoir. 

Jérémy Renier est également incroyable : c'est le seul acteur qui peut jouer un tel salaud sans se faire absolument détester. Tour à tour, séduisant, ignoble, tenté et tentateur, agresseur et même parfois victime quand une ombre de culpabilité passe dans ses yeux.

On suit l'intrigue avec un grand plaisir, car elle dissèque avec une grande finesse le mécanisme de l'emprise dans le milieu de la haute compétition, et même s'il faut reconnaître que le cheminement du film est à la fois très linéaire et très balisé. Ce plaisir nait aussi en partie de la façon dont la montagne est filmée. Le paysage est un véritable personnage, comme je ne l'ai jamais vu dans un film français.

Un très joli film.

 

3e

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Bir Başkadır

A force d'entendre du bien de cette série turque (qui est parfois connue sous le nom de Ethos, son titre en anglais), j'ai fini par la regarder, avec, je dois l'avouer, un oeil plutôt sceptique au début. Et, comme beaucoup d'autres, je vais maintenant chaudement la recommander à mon tour.

Parmi les nombreuses qualités qu'ont peut attribuer à ces huit épisodes très prenants, j'en vois trois principales.

Tout d'abord, la construction de Bir Başkadır est très originale, et je ne lui vois pas d'équivalent dans aucune autre série, sauf peut-être dans The wire (Sur écoute) : une absence de véritable intrigue, un récit qui semble suivre les personnages au hasard, qui introduit en pratique un nouvel entrant à chaque épisode, une absence relative de résolution finale. C'est de ce point de vue, une réussite totale : le sentiment de la vie, du destin et du hasard irrigue le récit.

Le deuxième grand intérêt de cette série est évidemment la plongée en apnée dans la Turquie contemporaine. Les différents milieux sont parfaitement scrutés, et la façon dont les sujets qui fâchent sont subtilement abordés (la place de la femme, celle de la religion) ne peut qu'entraîner notre adhésion et concomitamment le réprobation du gouvernement Erdogan. Dans ses parties rurales, magnifiquement filmées, des relents de Nuri Bilge Ceylan viennent nous chatouiller les yeux, et ceux qui me connaissent apprécieront la hauteur du compliment.

Enfin, les actrices et acteurs brillent de mille feux. Rarement j'aurai autant vu une actrice imprimer l'écran comme Öykü Karayel, absolument sublime.  Les hommes sont moins aimables mais leur prestation est impressionnante, à l'image de Fatih Artman, qui jour le personnage de Yasin, et qui, bien qu'on ait envie de le baffer en permanence, est formidable.

Il subsiste bien ici ou là quelques partis-pris un peu datés dans la mise en scène (ces zooms immenses à l'échelle d'une ville) et quelques baisses de rythme dans l'intensité, mais le résultat est tout de même très intéressant, et parfois d'une beauté ensorcelante.  

 

4e

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Merci pour le chocolat

Ce Chabrol commence très bien, installant un trouble diffus dont on peine à saisir l'essence, dans un style on ne peut plus hitchcockien.

J'ai été charmé par le jeu à la fois pesant et précis d'Isabelle Huppert, par la goujaterie élégante de Dutronc et la jeunesse éclatante d'Anna Mouglalis. La première partie du film laisse deviner de multiples interprétations possibles de la réalité, et tous les évènements peuvent signifier plusieurs choses.

Malheureusement, Merci pour le chocolat abandonne tout à coup son ambiguïté initiale pour finalement dévoiler le coeur de son intrigue. Sa légèreté froide et distinguée disparaît brutalement, et le film devient subitement plus lourd, didactique et pour tout dire moins intéressant. 

La mise en scène, au diapason de son scénario, évolue d'une sobre virtuosité (pas courante chez Chabrol qui ne se distingue pas habituellement par ses cadres et ses mouvements de caméra) à une démonstrativité qu'on aurait aimé éviter (à l'image de la dernière sortie nocturne en voiture, filmée et écrite avec des gants de boxe).

Un bon cru au total tout de même, notamment grâce à la performance d'Isabelle Huppert.

Claude Chabrol sur Christoblog : Bellamy - 2009 (*)

 

2e

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