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Dans la terrible jungle

Quel beau film que ce documentaire tourné dans un centre pour handicapés de la région de Lille, La pépinière.

L'approche des deux réalisatrices Caroline Capelle et Ombline Ley est originale : elles invitent les résidents du centre à jouer des scènes de leur vie quotidienne, ce qui donne un film qui se situe dans un entre-deux très excitant.

Le film alterne les plans lointains, à chaque fois très signifiants, et des scènes au contraire proches des résidents du centre, qui sont tous à la fois émouvants et très intéressants. On se souviendra souvent du Batman silencieux, du garçon en fauteuil roulant, d'Ophélie qui chante et de la jeune aveugle très "maîtresse de classe", très sûre d'elle. Chacun et chacune se dévoile progressivement, par accumulation de petites touches délicates et de mise en scène élaborée.

Dommage que ce très beau film ne sorte que dans 19 salles en France : c'est triste et immérité.

 

3e

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La favorite

Comme souvent chez Lanthimos, je suis partagé entre l'admiration et l'agacement.

Côté admiration, il faut reconnaître l'inventivité de la mise en scène, l'élan général du projet artistique, la manière amusante de revisiter le film en costume et l'interprétation magistrale des actrices.

Olivia Coleman, que j'ai adoré dans la série Broadchurch et dans le film Tyrannosaur, trouve ici probablement le meilleur rôle de sa carrière. Elle est tour à tour intrigante, touchante, énervante. Le personnage qu'elle campe est l'épine dorsale du film, sa substantifique moelle et son véritable coeur. La tristesse générée par la perte de ses dix-sept enfants permet au personnage d'Anne d'acquérir une épaisseur émotionnelle que Lanthimos n'avait pour l'instant jamais atteint.

Côté agacement, la virtuosité un peu vaine, le capharnaüm des focales et des cadrages qui à mon sens ne parvient pas à donner au film une esthétique cohérente, un récit trop prévisible dans sa dernière partie et quelques longueurs.

Le résultat final est toutefois assez plaisant à regarder même si l'émulation intellectuelle intense que généraient les scénarios des précédents films de Lanthimos est ici en grande partie absente.

Yorgos Lanthimos sur Christoblog : The lobster - 2015 (****) / Mise à mort du cerf sacré - 2017 (***)

 

3e

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American animals

Sortie VOD iTunes

American animals est tiré de l’histoire vraie de quatre étudiants américains ayant projeté un casse majeur (et culturel, il s"agit de dérober de très vieux livres) sur le campus de leur université.

Il présente une particularité étonnante : celle d’intercaler dans son récit de fiction joué par des acteurs des interviews en plan fixe des véritables protagonistes de l’affaire.

Le procédé pourrait rapidement sembler pesant et ce faisant empêcher de croire en l’histoire interprétée sous nos yeux. Ce n’est pourtant pas le cas, grâce en particulier aux talents des acteurs, qui font de cette aventure humaine hors du commun un vrai moment de vie. Barry Keoghan, qui jouait l'ambigu jeune homme dans Mise à mort du cerf sacré, est de nouveau très bon.

Du mélange fiction / vie réelle naît au final une impression légère de sourde nostalgie, assez émouvante. On perçoit très bien les différentes phases de l’affaire : le besoin irrépressible de vivre quelque chose de fort (amitié, adrénaline, projet commun), le fiasco prévisible façon Pieds Nickelés, puis l’irrésistible victoire de la triste et insidieuse réalité.

Il est très étonnant que ce joli film réussi, présenté en compétition au dernier Festival de Deauville, n’ait pas trouvé le chemin des salles françaises : il l’aurait mérité.

 

3e

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Sorry to bother you

Le début de Sorry to bother you est prometteur. Le personnage joué par Lakeith Stanfield est assez amusant : jeune Noir fauché qui se découvre un talent surprenant pour la télévente grâce notamment à son accent « de blanc », qui l’aide à placer des ventes.

L’anecdote rappelle la voix de blanc qui permettait à Ron Stallworth d’infiltrer le Ku Klux Klan dans Blackkklansman : Sorrry to bother you évoque d'ailleurs dans sa première partie un peu le film de Spike Lee, par son allant et son énergie.

Alors que le spectateur se demande quel film il est exactement en train de regarder (comédie sentimentale légère ? critique sociale de la société de consommation ? film militant pour la cause noire ?), le réalisateur Boots Riley choisit d’emprunter une voie assez surprenante : celle de l’uchronie déjantée.

Sorry to bother you devient alors une farce dans laquelle un fantastique coloré et grinçant fleurit. On pourra ne pas suivre ce pari osé. J’ai été pour ma part autant dérouté que séduit, et il me faut admettre que le montage alerte du film et son scénario bien huilé ne laissent finalement que peu de place à l’ennui.

Il est peut-être dommage que Boots Riley reste assez sage dans son délire : il manque au film cet élément foutraque (que manie si bien Wes Anderson) qui le rendrait vraiment aimable. Une curiosité à voir, si vous aimez le cinéma US indépendant décalé.

 

2e

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Si Beale Street pouvait parler

On retrouve dans le nouveau film de Barry Jenkins beaucoup des qualités qui m'avait enthousiasmé dans Moonlight (Oscar du meilleur film 2017) : une mise en scène d'une élégance rare (on dirait que la caméra flotte dans l'espace), une photographie splendide et une direction d'acteur époustouflante.

L'attention extrême avec laquelle le réalisateur scrute ses personnages est remarquable et contribue à rendre le film attachant. Il fait de ce jeune couple parfait, victime d'une "erreur" judiciaire dont le caractère raciste ne fait aucun doute, une sorte d'emblème christique de la condition noire. Tish et Alonzo ne se rebellent pas vraiment, le film ne s'étend pas sur les faits en eux-mêmes, il ne vise finalement qu'à faire ressentir une sorte d'amour compassionnel pour ces deux amoureux.

Si Beale Street pouvait parler est donc complètement dépourvu d'enjeux politique et on peine à croire qu'il est tiré d'un roman de James Baldwin. Comme le scénario est assez mince par ailleurs, on pourra peut-être être déçu par ce "film d'après" : Moonlight était tellement riche, complexe et tendu, que son successeur pourra peut-être paraître à certains un poil simplet et naïf.

A voir éventuellement.

Barry Jenkins sur Christoblog : Moonlight - 2017 (****)

 

2e

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Un grand voyage vers la nuit

Il est des films qui sont plus une expérience de vie qu'une séance de cinéma. La vision du deuxième film du réalisateur chinois Bi Gan est de ceux-ci.

Il manque des mots pour décrire l'état de sidération qui me saisit lorsque commença dans la salle Debussy du dernier Festival de Cannes le fameux plan-séquence en 3D de près d'une heure qui conclut le film. Jamais je pense je n'ai eu autant l'impression d'évoluer à l'intérieur d'un rêve, d'être au contact d'une matière aussi purement onirique.

La presse et Bi Gan lui-même rivalisent d'expressions qui paraîtront plus ou moins fumeuses à ceux qui n'ont pas vu le film (Bi Gan dans Libération : "Le plan-séquence est comme une cage pour l'oiseau du temps") mais qui toutes tentent maladroitement d'exprimer l'indicible exaltation que procure ce moment.

Comparé à ce choc esthétique et mental, le reste du film (la première heure) paraît presque anecdotique, alors qu'il est d'une qualité exceptionnelle : une idée de mise en scène par plan et des images somptueuses.

Le propos de Un grand voyage vers la nuit est pour le moins elliptique : on comprend qu'il s'agit d'un homme (probablement un tueur) qui cherche la femme aimée, ou son souvenir. La narration est déstructurée, dans un style qui rappelle à la fois Wong Kar-Wai (l'association amour / temps / beauté / mise en scène), Jia Zhang-Ke (la précision du montage et la qualité de la photographie) et David Lynch (les objets fétiches récurrents, le labyrinthe des souvenirs).

Une expérience immanquable pour les amoureux de découvertes cinématographiques.

 

4e 

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Les invisibles

Peut-on faire un bon film avec de bons sentiments ? Le bon sens cinéphile répond habituellement non, même si parfois il arrive qu'un film de ce genre tire occasionnellement son épingle du jeu.

Pour que les bons sentiments puissent faire un bon film, il faut plusieurs conditions. D'abord que le film évite à tout prix la mièvrerie quand il cherche à générer de l'émotion. Les invisibles de ce point de vue respecte parfaitement le cahier des charges : on y pleure souvent, mais les larmes restent toujours dignes, et se mêlent si facilement aux rires qu'on se sent simplement touchés au coeur, plutôt que triste ou joyeux.

Les films de bons sentiments ne doivent pas non plus tricher avec la réalité. Ils doivent montrer les choses comme elles sont, sans les embellir ni les noircir. Louis-Julien Petit excelle dans ce registre : son film ne cache rien de la réalité de ces femmes SDF, mais le fait sans emphase. Les moments difficiles ne sont pas sordides, et les victoires sont modestes. 

Enfin, il faut que l'interprétation soit parfaite et que les acteurs évitent à tout prix le cabotinage, faute de quoi les bonnes intentions deviennent méprisables. Corinne Masiero, toute en retenue, trouve ici un de ses meilleurs rôles : impériale en patronne taiseuse et bienveillante. Noémie Lvovsky est touchante en bourgeoise qui veut aider et Audrey Lamy convaincante en garçon manqué qui fonce dans le tas.

Mais finalement, ce qui rend Les invisibles si aimable et ce qui explique son formidable succès en salle, c'est la prestation des femmes qui jouent les SDF et ont elles-mêmes vécu dans la rue : comment résister à leur incroyable prestation ? Toutes ces femmes sont infiniment touchantes et génèrent naturellement un immense sentiment d'empathie et d'admiration.

Je vous le recommande chaudement. 

 

3e

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Green book

Pour apprécier Green book, il ne faut pas être allergique aux films "à Oscars", c'est-à-dire aux numéros d'acteur, aux bons sentiments, aux scénarios très calculés et à un certain académisme dans la mise en scène.

En ce qui concerne les bons sentiments par exemple, il est difficile d'imaginer plus consensuel : un italo-américain raciste et violent accompagne un musicien noir plus cultivé que lui dans une virée dans le grand Sud américain. Les deux lascars finiront bien sûr par apprendre à se connaître et par devenir amis.

Pour ce qui est des numéros d'acteurs, Viggo Mortensen cabotine brillamment, avec quinze kilos de trop et un sourire qui semble demander perpétuellement le chemin de la cérémonie des Oscars. Le formidable Mahershala Ali, déjà remarqué dans le non moins formidable Moonlight, est peut-être encore meilleur que Mortensen.

Malgré toutes les réserves qu'on peut donc avoir sur l'aspect attendu et conformiste du film, il faut reconnaître qu'on prend un plaisir certain à suivre le voyage cahotique de ce couple improbable, qui a un fameux mérite : celui de rappeler à quel point la ségrégation raciste est une horreur incompréhensible, et qu'elle était encore tout récemment mise en oeuvre par des quidams pas plus mauvais que les autres.

Si on peut reprocher à Peter Farrelly d'avoir eu la main un peu lourde dans le casting et la direction artistique (les italiens sont vraiment too much) et de n'avoir pas assez utilisé les ciseaux lors de son montage, on peut aussi le féliciter d'avoir su parsemer Green book d'une foule de petits moments touchants ou drôles.

Un divertissement solide et édifiant, à voir en famille.

 

3e

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Ayka

Ayka est une plongée en apnée dans une Moscou glauque et boueuse, une sorte de toboggan sordide dans lequel on se laisse glisser sans opportunité de faire marche arrière ou même de freiner, un canto doloriste dans lequel une Madonne orientale tente de ne pas subir un calvaire qui paraît pourtant inévitable.

Par bien des aspects, Ayka pourra rebuter : certains lui reprocheront une accumulation de malheurs plus dégueulasses les uns que les autres, d'autres trouveront que le style caméra à l'épaule pour suivre une pauvre victime a été à la fois initié et conclu par les Dardenne avec Rosetta.

Il y a pourtant dans ce film bien des éléments intéressants pourvu qu'on ne soit pas trop sensible aux hémorragies internes et à l'injustice : une façon de filmer proche de la virtuosité, une urgence fiévreuse qui capte à merveille l'âme russe et son âpreté, une interprétation exceptionnelle qui a valu à Samal Yeslyamova le prix d'interprétation féminine à Cannes et enfin l'impression que chaque minute peut être la dernière de sa vie si Ayka prend la mauvaise décision.

Dur mais beau.

Sergey Dvortsevoy sur Christoblog : Tulpan - 2009 (**)

 

2e

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Border

Mieux vaut ne rien savoir de ce film avant d'aller le voir. Cette formule est un peu surfaite, mais elle est ici véritablement appropriée, tellement la découverte progressive de l'intrigue construit le plaisir qu'on éprouve.

Du coup, je suis bien embêté pour vous parler des qualités de Border ! Peut-être me faut-il insister sur l'interprétation hallucinante  (je me retiens, mais j'ai très envie d'écrire ce mot en majuscule) des deux interprètes principaux (Eva Melander et Eero Milonoff), qui signent là une sorte d'exploit hors catégorie.

Mais je pourrais tout aussi bien évoquer la progression implacable et absolument maîtrisée du scénario, la rigueur du montage, la solidité de la mise en scène et peut-être surtout une capacité scandinave hors du commun à faire ressentir le contact avec la nature et les éléments.

Il y a dans Border une grande part des qualités de Morse : c'est normal, les deux films sont tirés d'oeuvre du même écrivain, John Alvide Lindqvist. On retrouve dans les deux films cette capacité à faire survenir l'impensable du quotidien, et celle de dessiner des personnages qui sont foncièrement attachants tout en étant fondamentalement différents.

Le premier choc de 2019.

 

 4e 

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Shéhérazade

Derrière ce titre qui évoque un orient féérique, se cache un premier film âpre, dérangeant par son aspect documentaire sans concession, oppressant par sa progression dramatique.

On suit Zachary, 17 ans, à sa sortie de prison : une mère peu présente, des amis un peu voyous, l'expérience de la rue. Zachary tombe amoureux d'une jeune fille de 15 ans qui se prostitue, et devient son proxénète. L'histoire d'amour est belle, mais semble vouée à mal se finir. Les embrouilles vont inévitablement survenir, au fil d'un engrenage implacable et parfois shakespearien. 

Shéhérazade brille d'abord grâce à ses acteurs : tous non professionnels, choisis lors de castings sauvages, ils sont rayonnant de naturel. La façon dont le réalisateur Jean Bernard Marlin filme les bas-fonds de Marseille est quant à elle sidérante de vérité. Une fois accoutumé à l'accent mélangé au langage des cités et à l'image un peu sale, on est viscéralement immergé dans ces décors de chambre délabrée, de prostitution de rue et de foyers de placements.

En parvenant à montrer les traces d'enfance qui subsistent chez les deux personnages principaux, le film remue et captive : il est à la fois pesant et aérien, triste et joyeux, à l'image de la dernière scène, magnifique.  

 

3e

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Asako I&II

Il faudra sûrement compter avec Ryusuke Hamaguchi dans les années à venir. Après son très intéressant Senses en cinq épisodes, le voici qui est directement sélectionné en compétition au Festival de Cannes 2018 avec ce nouveau film. Pas sûr d'ailleurs que cet honneur ait parfaitement servi ce film en demi-teinte, tout en subtilité, qui se serait probablement mieux apprécié dans un cadre non-compétitif.

Une sorte d'ambiance surnaturelle préside d'abord à la rencontre de Asako et Baku, avant qu'un saut temporel nous projette dans le quotidien d'Asako et de son mari, Ryohei, qui ressemble beaucoup à Baku. La vie de tous les jours est montrée, comme souvent chez Hamaguchi, avec précision et subtilité. On suit donc d'un oeil mi-distrait mi-curieux cette histoire dont on ne saisit pas réellement le propos.

Le réalisateur s''ingénie d'ailleurs à multiplier les fausses pistes dramaturgiques : à chaque fois qu'on prévoit un rebondissement, celui-ci n'arrive pas, jusqu'au moment où celui qu'on n'attendait plus ... arrive, lors d'une scène d'une rare puissance. La deuxième partie du film est du coup plus intéressante que la première, et l'ensemble forme un ensemble tour à tour amoral, féministe, poétique et presque surnaturel.

Asako I&II laisse une drôle d'impression lancinante : celle d'avoir semé une myriade de signes dont on aurait perçu qu'une partie.

Ryusuke Hamaguchi sur Christoblog : Senses - 2018  (***)

 

2e

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Wildlife - une saison ardente

Le premier film en tant que réalisateur de l'acteur Paul Dano est une réussite formelle.

Wildlife propose une reconstitution convaincante des années 60 dans un coin perdu du Midwest. La photographie est somptueuse, à tel point que certains plans rappellent irrésistiblement des tableaux d'Edouard Hopper.

La composition du jeune Ed Oxenbould, impuissant spectateur de la déliquescence du couple parental, est très solide. Jake Gyllenhaal ne fait pas grand-chose et le fait bien, Carey Mulligan en fait plus, avec beaucoup de mobilité dans le visage, comme à son habitude.

Malgré quelques tics de mise en scène, le résultat est plutôt intéressant à regarder, dans un mode vaguement féministe et agréablement allusif. L'intrigue n'est guère développée, mais ce n'est pas très grave, Wildlife est avant tout un film d'ambiance. 

 

2e

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Monsieur

Beaucoup de délicatesse dans ce premier film indien de Rohena Gera, qui montre avec une grande subtilité la naissance d'un sentiment amoureux entre une domestique et son employeur. 

Monsieur a ceci de très plaisant qu'il évite tous les pièges inhérents à ce type d'histoire : il n'est ni larmoyant, ni misérabiliste, ni angélique, ni trop stigmatisant pour la société indienne.

Sa force est de donner à voir un personnage féminin d'une force exceptionnelle, qui génère très progressivement la curiosité, l'admiration puis l'amour chez le jeune homme. Rohena Gera analyse avec une acuité rare ces petits moment où les sentiments changent de nature.

Mumbai et l'appartement dans lequel se déroule l'histoire fournissent un bel écrin à cette jolie histoire, qui regorge de scènes subtiles et parfois très prenantes, à l'instar de cette scène de danse dans la rue, qui constitue un tournant dans la relation du couple (sûrement parce que les corps y prennent la première fois le pas sur les esprits).

Une franche réussite. 

 

3e

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Au bout des doigts

Au bout des doigts est un film très qualité française. J'entends par là qu'il a les qualités et les défauts classiques du cinéma français milieu de gamme :  une interprétation solide, un scénario charpenté mais vulgaire, des seconds rôles sacrifiés et une bonne utilisation des décors.

Deux éléments permettent au film de se distinguer. Tout d'abord une façon de filmer la musique classique exceptionnelle. On est vraiment absorbé par la force de la musique et l'implication de Jules Benchetrit (oui, c'est le fils de Samuel Benchetrit et Marie Trintignant). Sous cet angle il y a un petit peu de Whiplash dans le film de Ludovic Bernard. L'autre point fort d'Au bout des doigts, c'est Kristin Scott Thomas, comme toujours formidable.

Le dynamisme de la mise en scène et l'élan amoureux pour la musique classique qui traversent le film finissent par l'emporter (de peu) sur la gêne provoquée par les énormes ficelles du scénario.

Un respectable film de dimanche soir sur TF1.

 

2e

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Derniers jours à Shibati

Il est rare de pouvoir profiter au cinéma d'un documentaire de la qualité de ce moyen-métrage (59 minutes), malheureusement mal distribué.

Le réalisateur, Hendrick Dussolier, filme sur la durée (les séquences sont séparées de périodes de plusieurs mois) la disparition d'un vieux quartier insalubre situé en plein coeur d'une de ces tentaculaires et inquiétantes mégapoles chinoises.

Il s'attache principalement à trois personnages (un coiffeur, un jeune garçon et ses parents, une vieille dame formidable qui se fait appeler Lotus blanc), en les montrant tout d'abord dans leur quartier délabré mais plein de vie, puis migrant vers d'autres habitations plus modernes mais complètement déshumanisées.

Tout est formidable dans Derniers jours à Shibati : la vivacité de la caméra, l'attention portée à ces petits moments volés qui rendent le cinéma documentaire inestimable (comme cette séquence montrant la mère qui n'ose pas monter dans un ascenseur), la délicatesse avec laquelle les habitants sont filmés. 

On entre dans le film progressivement, apprivoisant ce milieu très dépaysant en même temps que le réalisateur, qui au début ne comprend rien, car il ne parle pas chinois et n'a pas d'interprète, puis s'attachant progressivement aux personnages principaux du film. A la fin de la projection, Lotus blanc est un peu devenue notre grand-mère de coeur, et on aimerait bien savoir si le petit garçon se fera de nouveaux amis.

En plus d'être profondément humain, Derniers jours à Shibati donne aussi à voir la puissance de la machine administrative chinoise dans sa dimension orwellienne terrifiante.

C'est magistral.

 

 4e 

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The guilty

The guilty est un film-concept. Il est bâti sur une idée simple : la caméra ne quitte à aucun moment le personnage principal (quasiment seul à l'écran), un policier en pleine dépression, qui réceptionne les appels d'urgence au téléphone. 

Comme pratiquement tout film de ce genre, il est à la fois porté et limité par l'idée qui préside à son origine : on est d'abord intrigué par la façon dont le réalisateur Gustav Möller va faire évoluer son intrigue en respectant la règle qu'il s'est lui-même imposé, puis un peu lassé par les ficelles épaisses qu'il est au final obligé d'utiliser.

Le scénario, même s'il faiblit un peu sur la fin, est toutefois assez habile et permet de maintenir l'attention jusqu'au twist médian, efficace malgré son caractère un poil attendu. L'acteur Jakob Cedergren porte le film sur ses épaules avec une solide efficacité et la réalisation de Gustav Möller rappelle le meilleur des séries danoises (alternance de focales, d'ambiance et de cadres). Il utilise brillamment les ressorts dramatiques qu'offrent les conversations téléphoniques qui font avancer l'intrigue (fausses pistes, bande-son inquiétante, silences)

Jake Gyllenhaal vient d'acheter les droits du film danois. Un remake américain est donc à prévoir, bien que je n'en voie pas du tout l'intérêt.  

Un thriller compact et divertissant.

 

2e

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Une affaire de famille

Je suis la carrière d'Hirokazu Kore-Eda depuis tellement d'années que cette Palme d'Or 2018 me ravit. Elle récompense pour moi l'un des cinq meilleurs réalisateurs vivants, pour un de ses meilleurs films.

Tout est parfait dans Une affaire de famille. La photographie est superbe, la mise en scène comme d'habitude à la fois discrète et élégante, l'interprétation incroyablement puissante et le scénario bien plus complexe que ce que le synopsis ou la bande-annonce peuvent laisser penser.

Quelle qualité dans l'écriture de ce film, quelle subtilité et quelle délicatesse dans le montage ! Chaque nouvelle scène donne un éclairage nouveau sur l'un des personnages. Le film avance ainsi d'une manière millimétrique, suscitant à la fois l'émerveillement et la réflexion. 

On sait que la famille et les sentiments sont les deux grands sujets de Kore-Eda. Ce dernier opus mène les réflexions du réalisateur vers une intensité et une profondeur extrêmes sur ces deux sujets. Le scénario brasse tout au long du film les différentes images de la famille et de l'affection, remuant et bousculant nos certitudes. Normalité et moralité se renvoient la balle d'une façon tellement subtile que j'ai été subjugué par là où parvenait à m'amener au final Kore-Eda. La façon dont se clôt le film est réellement superbe. Tout ce qu'on a vu auparavant est alors nimbé d'une lumière à la fois froide, tendre et nostalgique.    

C'est très beau. 

Hirokazu Kore-Eda sur Christoblog : Nobody knows - 2003 (**) / Still walking - 2008 (***) / Air doll - 2009 (**) / I wish - 2012 (***) / Tel père tel fils - 2013 (***) / Notre petite soeur - 2014 (****) / Après la tempête - 2017 (***) / The third murder - 2018 (**)

 

 4e 

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Un amour impossible

Je n'attendais pas grand-chose de ce film : Catherine Corsini m'a parfois déçu, Christine Angot m'insupporte et si j'aime bien Virginie Efira, force est de constater que sa carrière n'en est encore qu'à ses débuts.

Le choc éprouvé hier après-midi n'en est que plus grand.

Commençons par la prestation des acteurs et actrices. Virginie Efira est magnifique, alternant détermination positive, douleur intériorisée et candeur amoureuse avec une classe incroyable. J'ai vraiment eu l'impression d'assister dans Un amour impossible à la naissance d'une très grande actrice, de la classe de Catherine Deneuve par exemple. Le reste du casting est parfait: Niels Schneider sidérant en salaud séduisant, Jehnny Beth incroyable de vérité en Chantal adulte. Le moindre des seconds rôles (la soeur de Rachel, ses collègues de bureau, l'ami mauricien, le père de Philippe) semble parfaitement à sa place.

La mise en scène de Catherine Corsini est ensuite brillante. Les mouvements de caméra sont à la fois inspirés et signifiants, ce qui est bien le propre des grandes réalisatrices. Pour ne donner qu'un exemple, la discussion entre Rachel et sa fille dans le café parisien est un grand moment de cinéma : les lentes oscillations de la caméra, très proche des deux visages, sont bouleversantes.

Il y a dans Un amour impossible une alchimie parfaite entre la direction artistique (quelle belle restitution de chaque époque !), la rigueur de la mise en scène et du montage, l'intensité de la progression dramatique et la densité du jeu des acteurs.

Le résultat est qu'on est littéralement emporté dans cette histoire terrible et haletante, souvent ému au larmes et confondu par ce sentiment d'une vie qui s'écoule sous nos yeux. C'est superbe.

Catherine Corsini sur Christoblog : Trois mondes - 2012 (**) / La belle saison - 2015 (***)

 

4e 

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Amanda

Encensé par la critique et le public, Amanda a tout pour plaire au plus grand nombre : une narration limpide, une interprétation incarnée, un sujet dramatique et des situations à forte charge émotionnelle.

Difficile donc de ne pas adhérer à ce récit centré sur un jeune homme de 23 ans apprivoisant tout doucement l'idée de devenir le tuteur de sa jeune nièce, dont la mère a été tuée dans un attentat.

Mikhaël Hers est un cinéaste de la litote. Il évite ainsi de montrer de nombreuses scènes clés (les démarches administratives ou médico-légales) pour se concentrer sur le récit de l'intime et des sentiments. Mais alors que dans ses films précédents (Ce sentiment de l'été, Memory Lane) sa retenue pouvait confiner à la préciosité, il parvient ici à recentrer son propos sur une dramaturgie suffisamment explicite pour être émouvante. Son talent d'évocation, qui est grand, trouve donc un terrain d'expression parfaitement adapté dans cette belle et simple histoire. Hers a un talent indéniable pour filmer Paris en été. 

Vincent Lacoste trouve l'occasion d'exprimer une palette d'émotions qu'on ne lui connaissait pas encore. La petite Isaure Multrier est confondante de naturel et Stacy Martin trouve probablement ici un de ses meilleurs rôles.  

Beaucoup d'aspects positifs dans Amanda, qui force le respect et fait inévitablement couler quelques larmes.

Mikhaël Hers sur Christoblog : Memory Lane - 2010 (*)

 

3e

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