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Articles avec #berenice bejo

Funan

En s'attaquant au terrible sujet de la dictature des Khmers Rouges, ce film d'animation de Denis Do ne fait pas dans la facilité : pas évident en effet d'évoquer l'horreur avec les lignes claires d'une sage animation.

Le début de Funan est d'ailleurs un peu trompeur. Le spectateur est invité à partager une gentille chronique de la vie quotidienne d'une famille cambodgienne. Les couleurs sont plutôt pastel, le trait des dessins presque évanescent. 

Puis, petit à petit, le film devient un road trip un peu plus tendu, avant de descendre progressivement dans les différents cercles de l'horreur : camps, traitements inhumains à grande échelle, rapports complexes entre bourreaux et victimes, scènes de terreur pure. 

Quand la lumière se rallume, on a du mal à croire que la quiétude des premiers plans du film ont pu nous mener à la catastrophe finale (entre 1 et 2 millions de cambodgiens sont morts entre 1975 et 1979), exactement comme si un film commençait sous les pommiers en fleurs d'un tranquille shetl de la campagne polonaise pour se finir à Auschwitz. 

Denis Do dit s'être inspiré des récits de sa grand-mère pour réaliser son film. C'est peut-être ce qui donne à Funan ce beau mélange de force et d'extrême sensibilité.

 

3e

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Le jeu

Fred Cavayé n'est pas un cinéaste très fin, ni dans sa mise en scène, ni dans ses scénarios.

Cela se vérifie dans cette tragi-comédie qui rappelle furieusement Le prénom dans son agencement (un repas de copains durant lequel les masques tombent), en beaucoup moins bien écrit.

On appréciera donc principalement dans Le jeu les performances d'acteur. Grégory Gadebois est impérial, le couple Bérénice Béjo / Stéphane de Groodt touchant, et Suzanne Clément comme d'habitude explosive. 

Si l'idée de départ est amusante (que se passerait-il si on avait libre accès au téléphone de ses amis durant toute une soirée), les développement sont assez poussifs et prévisibles. On rit un peu et on est surpris deux ou trois fois. Pour le reste les ficelles scénaristiques sont un peu grosses et le pied-de-nez final assez déstabilisant.

Pour résumer : un film de dimanche soir, loin d'être indigne, mais dispensable.

Fred Cavayé sur Christoblog : A bout portant - 2010 (**)

 

2e

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Fais de beaux rêves

Beau film ample, complexe, et aux multiples thématiques que le dernier Bellochio.

Fais de beaux rêves est un véritable travail d'orfèvre, construit sur un scénario ciselé et servi par une interprétation pleine de finesse.

Comme le personnage principal, on sait sans savoir, et le film enchaîne les belles liaisons : statues militaires, bustes de Napoléon, chute libre, se laisser tomber dans le canapé. Chaque période renvoie à un traumatisme de l'enfance, parfois de façon évidente, parfois moins. C'est beau, subtil et on est émerveillé par la manière de filmer de Bellochio.

Il ne manque pas grand-chose pour que le film nous emporte vraiment dans son élan romanesque : peut-être un tout petit peu plus de concision, ou une insistance un peu moindre sur certains passages.

Au final, Fais de beaux rêves emporte la mise par sa capacité à faire ressentir le passage du temps.

Sur le fond il impose cette vérité : quels dégâts produit le fait de ne pas dire la vérité aux enfants !

 

3e

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L'économie du couple

Joachim Lafosse aime s'emparer de sujets dérangeants, et au premier abord peu engageants : une mère qui tue ses quatre enfants dans A perdre la raison, l'affaire de l'Arche de Zoé dans Les chevaliers blancs.

Il propose ici de décrire dans le détail le quotidien d'un couple qui se défait, et de montrer comment les conditions matérielles de la séparation influe sur la vie quotidienne. Le sujet semble plus anodin que celui de ses films précédents, mais il n'est pas moins ardu.

De fait, L'économie du couple remplit parfaitement son programme : on voit bien comment les problèmes d'argent peuvent devenir les vecteurs (et les agents) de la discorde. On parle gros sous, on estime le prix du travail et on le compare à celui du capital hérité, on chipote sur l'utilisation des différents étages du réfrigérateur. 

Tout cela est à la fois édifiant et malheureusement un peu sclérosant. On n'apprend pas grand-chose qu'on ne sait déjà sur la nature humaine : oui, la mauvaise foi n'est jamais loin lors des séparations, et oui, aucune des deux parties n'est innocente.

Les limites de la démarche d'entomologiste de Lafosse sont parfois dépassées par le brio de sa mise en scène, parfois exceptionnellement fluide dans un espace qui n'est pas si grand. 

Si Bérénice Béjo est parfaite, on a un peu de mal à voir en Cédric Kahn un travailleur manuel, malgré tous les efforts qu'il déploie. Le pauvre est également desservi par une scène particulirement ratée, qu'il doit assumer en grande partie (la douloureuse scène de repas avec les amis).

Malgré d'évidentes qualités, une petite déception de la part d'un cinéaste dont j'attends beaucoup.

Joachim Lafosse sur Christoblog : A perdre la raison - 2012 (***) / Les chevaliers blancs - 2015 (**) 

 

2e

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The search

A Cannes, le nouveau film de Michel Hazanavicius a reçu un accueil mitigé, accentué par des sifflets en séance de projection presse, dont on ne sait s'ils émanaient d'affidés pro-russes ou de journalistes mécontents. 

Pour ma part, j'ai trouvé le film extrêmement efficace et habile. Je n'avais encore jamais vu de film de guerre français aussi prenant, pouvant rivaliser sans rougir avec les productions américaines. Costumes, décors, paysages, la reconstitution est parfaite.

Certes le traitement de l'incorporation du jeune soldat russe est assez classique (comment un jeune homme normal devient un guerrier dénué de sentiments), mais le cadre est ici très original, et rarement montré. Le tournage en Géorgie permet une immersion hyper-réaliste dans cette guerre de Tchétchénie quasiment jamais abordée au cinéma. La construction temporelle du film est originale, et assez frappante.

Le point faible de The search réside dans la prestation un peu lourdingue de l'épouse du réalisateur, Bérénice Béjo, qui joue le rôle difficile d'une humanitaire sensible. Le reste de la distribution est par contre absolument parfaite : Annette Bening est royale et le petit garçon, Maxim Emelianov, irrésistible, a longtemps été en pole-position pour le prix d'interprétation sur la Croisette. Un phénomène !

Remake d'un western de Fred Zinnemann (1948), The search reproduit les qualités et les défauts des films de cette époque : une histoire romanesque, des circonstances dramatiques, des sentiments exacerbés, une mise en scène fonctionnelle au service d'une histoire bien conçue.

C'est sûrement une vision du cinéma que certains puristes renieront (pas assez créatif, trop naïf, pas du tout politique) : pour ma part, le film m'a embarqué et m'a ému à de nombreuses reprises.

 

3e

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Le passé

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/97/39/33/20540906.jpgJ'aime beaucoup le cinéma d'Asghar Farhadi, que je défends depuis longtemps sur Christoblog. C'est peut-être pour cette raison que je suis très exigeant avec lui, et que je trouve que Le passé, bien qu'étant un bon film, est tout de même un peu décevant.

Premier point, il me semble que la mécanique scénaristique farhadienne, portée à son point le plus diabolique dans Une séparation, est ici un peu trop (pré)visible. Les rouages me paraissent légèrement grippés, et beaucoup d'enchaînements sont prévisibles.

Pourquoi le personnage d'Ahmad, entouré de mystère, disparaît-il aux deux tiers du film ? En quoi les causes du suicide de la femme de Samir sont-elles si importantes ? Courriels de la fille ou jalousie envers l'employée du pressing, quelle importance quand la relation de Samir et Marie allait devoir éclater au grand jour ?

Comme symbole de la perte relative de subtilité de Farhadi, il  me semble que la fin du film est exemplaire : plaquée, larmoyante, un peu too much - tout le contraire de la dernière scène d'Une séparation. Cette fin orientée vers la femme de Samir escamote le personnage de la jeune fille et le sujet de sa culpabilité, qui était le véritable ressort dramatique du film.

Ceci étant dit (qui aime bien, chatie bien), il faut reconnaître que le savoir-faire habituel du cinéaste iranien rend tout de même le film agérable : réseau dense de signes et de symboles, transparences diverses, espaces confinés, utilisation optimale des intérieurs, sens du détail, perspectives superbes. La mise en scène de Farhadi est parfaite, presque trop, et il me semble qu'elle empêche un peu l'expression des acteurs, Tahar Rahim étant encore une fois assez moyen dans ce film. Le titre du film, enfin, une fois n'est pas coutume, me semble très peu en adéquation avec son contenu.

Peut mieux faire.

 

Asghar Farhadi sur Christoblog : Les enfants de Belleville (***) / A propos d'Elly (***) / Une séparation (****) / A propos d'Une séparation : le vide avec un film autour

 

2e

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