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Christoblog

Articles avec #argentine

El clan

Le pitch de El clan est un pitch en or : une série d'enlèvements et de meurtres sont commis par un patriarche charismatique, avec l'aide directe ou tacite de sa petite famille.

A la vision de la bande annonce affriolante, on s'attend à un film cruel mettant en évidence le contraste terrible entre la violence crapuleuse et une vie de famille bien rangée.

Malheureusement, Pablo Trapero semble prisonnier de ses recherches documentaires. A force de vouloir trop coller à la vérité historique, il suscite la confusion, puis l'ennui. Les longues scènes d'exposition du début nous égarent, nous laissant à penser qu'on assiste à un thriller, à un mélodrame familial, à un tableau sociologico-politique de l'Argentine post-dictature, et même à une comédie noire.

Finalement, El clan est un peu de tout ça, sans réussir pleinement dans une des voies qu'il esquisse. Le film progresse à grand coups d'ellipses alambiquées, et l'énorme talent de Trapero en tant que réalisateur (beaucoup d'effets réussis, une efficacité redoutable) ne suffit pas à combler les béances de l'écriture.

El clan est un qui film échoue par excès d'ambition.

Pablo Trapero sur Christoblog : Carancho - 2010 (*)

 

2e

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Jauja

Jauja est un film apprêté.

Rien n'y est naturel, tout y est calculé.

Prenez le cadre. Non seulement le film est au format carré, mais Alonso ajoute un raffinement totalement inutile : les bords sont arrondis. Du coup, on a l'impression de regarder une vieille photo pendant 1h50.

Le scénario est squelettique et tourne assez vite au n'importe quoi fantastico-mystique. Le réalisateur déclare lui-même dans une interview dans Libération : "Aujourd'hui encore, je ne comprends pas tout de Jauja". Et nous encore moins, évidemment...

Les critiques s'extasient devant une photographie qui n'est pas si extraordianaire que ça, même si les paysages de Patagonie sont assez photogéniques. Le grain du film est un peu gros, ce qui donne à certaines images un aspect granuleux assez désagréable.

Beaucoup de spectateurs prendront le film pour une provocation, et le détesteront. Que représente par exemple cette jeune fille des derniers plans : une réincarnation ? Une vision ? On cherche en vain un sens à cet exercice poseur, prétentieux, et sans aucun intérêt. Un film de festival, qui creuse le fossé entre la critique ampoulée et les spectateurs, même bienveillants, même cinéphiles.

A fuir.

 

1e   

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Les nouveaux sauvages

Cela faisait longtemps (Pulp fiction, Femmes au bord de la crise de nerf ?) que je n'avais pas éprouvé ce plaisir inouï d'une déflagration cinématographique mêlant à la fois maîtrise totale du rythme, mauvais goût et éclats de  rire.

Et d'abord, évacuons l'antienne du film à sketches, qui serait systématiquement moins bon (ou bien meilleur) qu'un film normal.

Les nouveaux sauvages est seulement un excellent film : les histoires s'enchaînent avec une science consommée de l'assemblage. On n'est pas du tout ici dans la morne succession de vignettes indépendantes les unes des autres (type Paris je t'aime), mais dans l'oeuvre d'un créateur qui nous présente un tableau raisonné du genre humain.

Le film de Damian Szifron respire la classe à l'état pur, que ce soit pour agencer des trames scénaristiques difficilement prévisibles, installer en quelques plans une ambiance, ou entretenir sur la durée un atroce suspense.

Les scènes d'anthologie se succèdent, pour finir dans un tourbillon de folie insensé et jouissif lors du sketche du mariage, un chef d'oeuvre. Le cinéaste argentin dégage alors une puissance énergisante incroyable, et son cinéma apparaît comme tout à coup neuf. Il a fait souffler un vent salutaire de jeunesse dans la sélection officielle de Cannes 2014, en replaçant le plaisir du spectateur au coeur de son projet.

La vision que Szifron offre de nos congénères est à la fois cruelle, drôle, et terriblement réaliste : on en redemande.

 

4e

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Le médecin de famille

Troisième film de la prometteuse réalisatrice argentine Lucia Puenzo, Le médecin de famille s'avère être une découverte au double visage.

D'un côté, il faut reconnaître qu'on constate une maîtrise incroyable du cadre, de la photographie, et plus généralement de l'esthétique globale du film. La mise en scène est impeccable, l'utilisation des décors naturels parfaite.

De l'autre, on se doit d'admettre que le sommeil n'est jamais très loin, et que l'ennui nous guette aux détours de cet épisode fantasmé du passage d'un célèbre nazi en Argentine. Le scénario est à la fois minimaliste et prévisible. Le montage ne m'a pas semblé à la hauteur de film, présentant des hiatus indélicats et des soubresauts coupables.

Pour résumer, on peut dire : un potentiel considérable dans un corps de poupée.

 

2e  

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El estudiante

El estudiante est un film complexe : mieux vaut ne pas s'assoupir durant sa projection, sous peine d'en perdre définitivement le fil.

Le réalisateur, Santiago Mitre, cherche probablement dès le début du film à nous mettre dans la même situation que son jeune héros provincial, Roque, qui débarque à Buenos Aires : le monde de l'Université, hyper politisé, semble au départ tout à fait incompréhensible. On assiste pétrifié à des diatribes auxquelles on ne comprend rien, et à des luttes entre une myriade de petits mouvements gauchistes, le tout au milieu d'un capharnaüm d'affiches et de bâtiments déglingués.

Petit à petit on comprend que finalement l'idéologie ne sera jamais le thème du film (les idées politiques de chacun des protagonistes importent peu), mais que le véritable sujet de El estudiante est la façon dont un Rastignac tel que Roque peut s'élever dans la hiérarchie à force de coup de poker et de volontarisme décomplexé.

Il ne faut pas être allergique à l'aspect surchargé du film pour bien apprécier cette odyssée individuelle. L'expérience est finalement une belle intrusion dans le jeu même de la politique : calculer, oser, agir, grimper. On a vu ce type de démonstration, en plus glamour et plus idéalisé, dans l'excellente série Borgen.

Un film exigeant, mais au final assez marquant.

 

2e

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Enfance clandestine

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/31/55/20106543.jpgComment grandir avec des parents qui ont des activités clandestines dangereuses ?

Voilà la question que pose l'argentin Benjamin Avila, dont la mère a elle-même disparu lors de la dictature militaire sévissant en Argentine de 1976 à 1983.

En choisissant délibérément le point de vue du jeune garçon, remarquablement joué par Teo Guttierez Moreno, Avila parvient à trouver un ton très séduisant, qui donne au film des nuances d'éducation sentimentale plutôt que de chronique politique.

On suit ainsi les premiers émois amoureux du jeune Juan, plus concentré sur les charmes de sa jeune amoureuse que sur les risques encourus par ses parents. L'oncle, qui vit dans la maison, joué par l'excellent Ernesto Altiero, donne à son jeune cousin - et à toute la famille - des leçons de vie à la fois émouvantes et joyeuses. L'actrice qui joue la mère, la lumineuse Natalia Oreiro, très populaire en Argentine, est également excellente.

La grande réussite du film est que l'on s'habitue progressivement au danger qui plane sur la famille, comme le fait Juan, et qu'on finit par être plus préoccupé par la naissance du sentiment amoureux que par la mort qui rôde.

Avila multiplie les gros plans pour mieux nous immerger au plus près des personnages. Il n'hésite pas à utiliser de multiples effets (dessins animés à l'intérieur du film, scènes de rêve, écrans noirs, ralentis, effets sonores, caméra subjective) qui ne semblent pas toujours homogènes, mais qui au final ne nuisent pas au souffle vital qui traverse le film, ce qui explique l'accueil public enthousiaste que ce dernier reçut à la Quinzaine des Réalisateurs 2012.

Le film de la semaine.

 

3e

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Les acacias

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/25/34/19830842.jpgLes acacias est un bon exemple de film-programme, c'est à dire qu'il est tout entier contenu dans son pitch : un homme conduit une femme et son bébé d'Asuncion à Buenos Aires, dans son camion chargé d'acacias, et une relation amoureuse va naître entre eux.

Le long des 1500 kilomètres de route, le réalisateur doit donc calculer précisément la progression des sentiments à mesure des kilomètres, en alternant mécaniquement les scènes à l'intérieur du camion (champ / contrechamp obligatoire) et quelques arrêts, durant lesquels peu de choses se passeront (une douche, une jalousie naissante, une visite à une soeur au milieu de nulle part).

Toute la valeur du film réside dans la délicatesse avec laquelle Pablo Giorgelli caresse le visage de ses trois protagonistes, et dans le classicisme lumineux de sa photographie.

Le film, Caméra d'or à Cannes, échappe à la catégorie "film du sud, pauvre mais digne", pour accéder à celle de "film du sud, pas très riche et plutôt bien fait", mais sans atteindre celle de "film dont on oublie qu'il est du sud" (dont des exemples récents et sud-américains seraient le péruvien Fausta et le méxicain Année bissextile).

Pas honteux, pas indispensable, Les acacias me fait penser au titre d'un autre road movie argentin : Historias minimas.

Le cinéma argentin sur Christobog, c'est aussi : Carancho / Medianeras

 

2e

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Carancho

Ricardo Darin & Martina Gusman. Ad VitamJe n'ai pas du tout adhéré au film. Et donc, je me suis ennuyé du début à la fin, regardant Ricardo Darin et Martina Gusman (la compagne du réalisateur à la ville) se débattre dans une histoire à laquelle je n'ai rien compris.

Regarder des poissons dans un aquarium : voilà exactement ce que j'ai ressenti durant la projection de Carancho.  Regarder le poisson-ventouse nettoyer la vitre pendant une heure, la parade de deux bestioles se séduisant mutuellement, et des bagarres de poissons-combattants qui se mordent l'un l'autre. Les acteurs sont aussi expressifs que des Characidés ou des Guppies. Du coup, j'ai eu beaucoup de mal à rester jusqu'au bout. Je me suis senti oppressé sans être aspiré.

Ce qui me fait sourire, ce sont les critiques (comme celui du Monde) qui ont bien étudié le dossier de presse et qui exposent des données qui ne sont absolument pas dans le film : le nombre de morts sur les routes en Argentine par exemple.

Si on s'en tient au contenu uniquement, les péripéties du personnage principal restent complètement opaques et incompréhensibles. Il signe des trucs, fomente des machins et manigance des choses. Quoi exactement, en quoi consistent ces fameuses arnaques ? Bof, on ne sait pas trop.

L'histoire d'amour m'a laissé aussi complètement froid, à l'orée d'un baillement même pas bienveillant.

C'est filmé en plans resserrés (l'aquarium !) dans une atmosphère glauque et oppressante : ce n'est pas sans qualité et je comprends qu'on puisse aimer. Mais pour moi, peut-être un peu trop attaché à une trame narrative qui se tienne, c'est brouillon et confus. 

 

1e

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