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Christoblog

Articles avec #noee abita

Les passagers de la nuit

Le cinéma de Mikhaël Hers est d'une délicatesse tellement grande qu'elle flirte souvent avec l'insipidité.

Lors que cette délicatesse rencontre une solide architecture narrative, cela donne un excellent résultat (Amanda), lorsqu'elle illustre une absence de propos, elle emplit l'écran de cinéma d'un vide cotonneux (Memory lane).

On est ici un peu entre les deux. L'écoulement du temps, le jeu convainquant de Charlotte Gainsbourg (qui semble s'améliorer de film en film), la finesse avec laquelle les émotions et états d'âme sont captés rendent le film très appréciable et attachant.

Mais ce qui est raconté n'est en réalité pas très intéressant. Une femme au foyer qui doit se réinventer après n'avoir connu qu'un seul homme, les émois adolescents, la collision de milieux sociaux très différents : autant de sujets déjà vus mille fois et qui n'ont d'intérêt ici que parce que la patine de la mise en scène les irise d'une tonalité douce-amère, mettant en valeur les sentiments d'empathie et de partage.  

Un film touchant, dans lequel l'émotion effleure parfois, et qui se regarde comme on feuilleterait un vieil album de famille. C'est à la fois beau, sensible, et un peu vain.

Michaël Hers sur Christoblog : Mikhaël Hers sur Christoblog : Memory Lane - 2010 (*) / Amanda - 2018 (***)

 

2e

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Slalom

Sortie le 19 mai

Le sujet de Slalom, que je ne dévoilerai pas frontalement mais que vous connaissez probablement, est parfaitement en résonance avec l'actualité. D'une certaine façon, je craignais même qu'il le soit trop, et que le film se contente de flirter sur une thématique dont les journaux sont remplis depuis trois ans.

En réalité, le film de Charlène Favier évite cet écueil du faux documentaire, principalement grâce aux deux interprètes principaux.

L'interprétation de Noée Abita (l'inoubliable interprète du film Ava) est formidable de fraîcheur et de subtilité. Elle parvient avec une grande maestria à jongler avec deux facettes : la petite fille blessée et l'ado crâneuse, avant d'en faire éclore une troisième dans la sublime dernière scène, la jeune femme pleine d'espoir. 

Jérémy Renier est également incroyable : c'est le seul acteur qui peut jouer un tel salaud sans se faire absolument détester. Tour à tour, séduisant, ignoble, tenté et tentateur, agresseur et même parfois victime quand une ombre de culpabilité passe dans ses yeux.

On suit l'intrigue avec un grand plaisir, car elle dissèque avec une grande finesse le mécanisme de l'emprise dans le milieu de la haute compétition, et même s'il faut reconnaître que le cheminement du film est à la fois très linéaire et très balisé. Ce plaisir nait aussi en partie de la façon dont la montagne est filmée. Le paysage est un véritable personnage, comme je ne l'ai jamais vu dans un film français.

Un très joli film.

 

3e

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Ava

Tout ce qui est noir attire Ava. Un chien errant, les cheveux d'un beau gitan, l'intérieur d'un blockhaus, une cécité annoncée. 

Ava va être aveugle, mais elle semble s'en moquer : elle veut vivre, et dire la vérité. Sa franchise va donc parfois sembler cruelle, son comportement bien peu raisonnable et très égocentrique : Ava obtient ce qu'elle veut, elle dérobe ce qu'elle désire.

Par une sombre alchimie, Ava, promise à ne plus voir, nous donne une leçon de clairvoyance solaire. Il faut jouir et il faut danser : cette scène incroyablement osée où un personnage danse sur une musique extra-diégétique qu'il n'entend pas - et en plus il s'agit d'un morceau d'Amadou et Mariam, musiciens aveugles !

La mise en scène de Léa Mysius, même si elle comprend parfois quelques maladresses, fait souffler dans le film un vent de liberté ennivrant : rêves bizarroïdes et effets spéciaux très voyants, direction d'acteur sur le fil et frénésie gitane.

Ava s'impose comme un nouveau "premier film français qui révèle une jeune réalisatrice", après Grave et avant Jeune femme. On a envie que ce cela ne s'arrête jamais.

 

3e

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