Christoblog

Articles avec #egypte

Yomeddine

Difficile d'imaginer un sujet plus casse-gueule que celui de Yomeddine : un lépreux guéri mais défiguré part à la recherche de ses racines en carriole, à travers l'Egypte, suivi par un orphelin. On imagine à l'avance tout le potentiel de trop que recèle le synopsis : trop de mélo, trop de misère, trop de pittoresque. 

Le jeune réalisateur AB Shawky parvient pourtant à éviter (presque) tous les écueils possibles. Son film n'est pas le pensum misérabiliste qu'on pourrait craindre, mais plutôt une sorte de version moderne de Candide : le voyage de Beshay, un homme simple, révèle plus de choses sur le monde contemporain que sur lui-même.

Un certain nombre de critiques, avec une condescendance pas tout à fait exempte de néo-colonialisme, se moque de la façon dont est fait le film (i.e. avec très peu de moyens, forcément). Ils ignorent avec une féroce mauvaise foi l'imagination dont fait preuve le réalisateur dans sa mise en scène (les scènes de rêve, la bande-son, la construction des plans).

J'ai été pour ma part emporté par l'émotion ressentie devant la construction de la relation entre le lépreux et le jeune garçon, par le plaisir procuré par le rythme impeccable du film et par les sourires que génèrent plusieurs situations tragi-comiques "à l'italienne" (comme l'évasion avec l'islamiste menotté). 

Un film à découvrir.

 

3e

Voir les commentaires

Le ruisseau, le pré vert et le doux visage

Quel plaisir de voir ce type de film : libéré, intelligent, léger et brutal à la fois !

On est bien sûr loin des canons occidentaux, mais pour le spectateur qui aime être emporté dans une ambiance à la Naguib Mahfouz, le plaisir est intégral.

Le film mélange une candeur pagnolesque (personnages fort en gueule, femmes promptes à attiser le désir des hommes avec quelques mouvements de danse du ventre) à une rouerie plus shakespearienne (on meurt par overdose de viagra).

Les ruptures de tons sont fabuleusement provocantes (on tue par émasculation, mais on sait aussi construire une comédie romantique parfaitement nunuche) et la mise en scène de Nasrallah vibre à l'unisson : puissante, enivrante et parfois complètement barrée, à l'image du concert principal, digne de Bollywood, on se souviendra longtemps de la prestation de Kiki...

J'aime beaucoup l'énergie sauvage qui irrigue le film.

Yousry Nasrallah sur Christoblog : Femmes du Caire - 2010 (****)

 

3e

Voir les commentaires

Clash

Autant le signaler tout de suite, nous ne sommes pas bien nombreux à défendre ce film.

A lire l'ensemble de la critique (à part l'Obs), le film serait simpliste d'un point de vue politique, ne rendrait pas correctement compte des rapports entre les différentes composantes de la société égyptienne. C'est tout à fait possible, mais cela me laisse totalement indifférent.

Pour d'autres, Clash s'enfermerait dans son postulat de départ (la caméra ne quitte jamais l'inétrieur d'un fourgon de police), ce qui l'enfermerait dans une posture de "tour de force" un peu vain. A cet argument, je répondrais que Diab dépasse par de nombreux moyens la contrainte initiale : la caméra filme beaucoup l'extérieur, le fourgon bouge lui-même, et de multiples façons, le monde extérieur entre et sort du véhicule de façon continue. On ne ressent donc jamais le huis clos comme une contrainte qui nuit au développement du récit.

Pour apprécier pleinement Clash, peut-être faut-il l'accueillir comme je l'ai fait en mai dernier dans la salle d'Un certain regard, dont il faisait l'ouverture : candidement, en se laissant prendre par les péripéties, les jeux d'acteurs un peu excessifs, le tableau de comédie humaine que peint le réalisateur.

Le film est d'une efficacité redoutable dans son suspense et son exposition des scènes d'action. Il est en ce sens comparable à un thriller américain, les bons sentiments et le happy end en moins.

J'ai trouvé que la spirale infernale que propose le film est, au-delà du contexte égyptien du film, un admirable et puissant tableau des rapports humains, parfois empathiques et le plus souvent violents. Ce n'est pas reluisant, c'est parfois un peu lourd, mais malheureusement très réaliste.

La mise en scène est magistrale, et cloue le spectateur à son siège pendant 1h37, jusqu'au plan final, formidablement glaçant. 

Mohamed Diab sur Christoblog : Les femmes du bus 678 - 2006 (***)

 

4e 

Voir les commentaires

La Vierge, les Coptes et moi

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/73/19/20140075.jpgIl y a parfois de petits miracles dans le système de distribution français. Qu'une fenêtre de sortie ait pu être trouvée pour un film aussi saugrenu que La Vierge, les Coptes et moi en est un.

J'avais entendu parler de ce film à Cannes : ceux qui l'avait vu dans le cadre de la souvent passionnante programmation ACID en parlaient avec un filet d'émotion dans la voix.

Le prétexte est insensé pour un premier film : le réalisateur Namir Abdel Messeh, Français d'origine copte égyptienne , décide de tourner un film sur les apparitions de la Vierge aux communautés coptes d'Egypte, intrigué par une K7 que lui montre sa mère. Il se rend en Egypte pour constater rapidement toutes les difficultés que présente ce projet : tracasseries administratives, contraintes de toutes sortes, mauvaise foi des témoins... à tel point que le film, assez intéressant et parfois burlesque dans son début, semble atteindre une sorte de cul-de-sac scénaristique vers son milieu.

C'est à ce moment que les idées géniales se succèdent : d'abord la décision de rendre visite à sa famille maternelle dans un petit village de haute Egypte, puis l'arrivée de sa mère pour aider à finir le film, et enfin la volonté de tourner un film dans ce petit village qui reconstitue une apparition de la Vierge. A partir de ce moment le film devient franchement hilarant (ah, le casting des villageoises pour le rôle de la Vierge) et sur la fin profondément touchant. Bien sûr l'allégorie sur la puissance du cinéma est un peu grosse, mais il faut dire que cela fonctionne parfaitement et qu'on est bouleversé par cette image des villageois qui regardent leur propre film avec la même sidération que s'ils regardaient une véritable apparition de la Vierge.

Si le film n'évite pas complètement quelques facilités (certaines sont très amusantes, comme les vrai-faux coups de fil du producteur), il gagne son pari osé en mélangeant un aspect bricolo de génie à la Gondry à une mise en abyme tendre et ironique à la Moretti.

Le film est enfin un chant d'amour envers ce petit peuple égyptien, toujours si prompt à s'amuser, à s'émerveiller et à faire preuve d'auto-dérision (on songe aux romans de Mahfouz et aux films de Nasrallah).

Vous l'avez compris, je recommande chaudement d'aller voir ce petit bijou qui vous regonflera le moral à bloc, si vous en avez besoin.

 

3e

Voir les commentaires

Les femmes du bus 678

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/84/19/20069453.jpgQuel bonheur de voir enfin un film qui raconte une histoire complexe, et qui le fait bien. Quel plaisir de voir de bons acteurs qui émeuvent, un scénario malin et cohérent qui évite d'être simpliste, et un réalisateur qui utilise sa caméra au service de l'histoire qu'il raconte et non pour flatter son égo.

Ca fait du bien. Que ce bonheur nous vienne d'un des plus grands pays de cinéma au monde, l'Egypte, me ravit.

Les femmes du bus 678 sont trois. Fayza, Seba et Nelly ont toutes les trois subi des violences sexuelles. Elles sont issues de milieux très différents, mais vont être confrontées à des réactions terribles de la part de leurs proches : rejet du mari suite à un viol, pression pour ne pas porter plainte des parents, réactions négatives de l'opinion publique dans un pays où celle qui se fait harceler semble plus coupable que son agresseur...

Un tableau glaçant de la condition de la femme en Egypte, mais qui évite le manichéisme et présente une richesse narrative qui empêche le film d'être sèchement didactique.

Mohamed Diab parvient à nous passionner à travers les portraits qu'il dessine habilement, dont celui du commissaire de police, bonne pâte pagnolesque absolument délicieux. C'est fort, brillant, généreux, habile. Je pourrais trouver au film quelques menus défauts, mais pour une fois, je n'en ai pas envie.

Le cinéma égyptien sur Christoblog, c'est aussi l'excellent Femmes du Caire, dans lequel vous retrouverez la belle actrice qui joue Nelly dans Les femmes du bus 678, Nahed El Seba.

 

3e

Voir les commentaires

Femmes du Caire

Quel plaisir de se lever un dimanche et d'aller au cinéma à 8h45 pour voir un aussi bon film que Femmes du Caire, en présence de son réalisateur, Yousry Nasrallah.

Le film est en effet excellent de bout en bout, du superbe générique à un dernier plan qui arrache des larmes.

La Scheherazade moderne est ... animatrice de talk show : normal finalement, est ce que ce ne sont pas elles qui aujourd'hui racontent les histoires aux millions de téléspectateurs ?

Notre animatrice (magnifique) est en ménage avec un journaliste qui lorgne sur un poste de rédacteur en chef d'un journal d'état. On lui fait comprendre que sa compagne ne devrait pas trop parler de politique dans son talk show.

Cette dernière, pleine de bonne volonté, va essayer de s'exécuter, mais les choses ne sont pas aussi simples : où s'arrête la politique, ou commence la question de la condition féminine ?

A travers trois histoires magnifiques, pleines de surprises, de violences, de rebondissements, notre Sheherazade va nous ensorceler, nous emmenant des bas-fonds du Caire à la jet-set et aux ministres, dans un tourbillon de sensualité et d'inventivité romanesque qui rappelle beaucoup les romans du grand Naguib Mahfouz.

Le réalisateur, ex-assistant de Youssef Chahine, perpétue la grande tradition d'un cinéma égyptien inventif, palpitant, humaniste. Un bon et beau moment de cinéma, à ne pas rater à sa sortie en salle.


4e
 

Voir les commentaires