Christoblog

Articles avec #je n'aime pas

Diamantino

Je suppose que le kitsch poussé dans ses dernières extrémités peut trouver des amateurs. 

En ce qui me concerne, les aventures de ce clone de Ronaldo bête comme ses pieds ne m'ont pas intéressées du tout. Les chiots géants (et roses) à long poil qui l'accompagnent sur le terrain lors de ses dribbles m'ont laissé de marbre. 

Il y a dans le film une telle volonté de faire n'importe quoi et de le faire mal que cela en devient gênant. J'ai éprouvé en tant que spectateur ce qu'on éprouve à un repas de famille quand un cousin un peu bourré fait une imitation ratée : on a à la fois pitié de lui et on lui en veux de nous obliger à le regarder. 

Les réalisateurs portugais Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt font du sous-Miguel Gomes, en cochant laborieusement toutes les cases d'une bonne conscience sociale et se voulant esthétiquement marginale : sensibilité queer, sujets de société abordés par la bande (migrants, clonage, extrême-droite), esthétisme rétro-ringard.

Le résultat est une monstruosité de mon point de vue. Il faut être fan de série Z regardée au troisième degré pour apprécier ce burlesque au petit-pied.

 

1e

Voir les commentaires

Le jeu

Fred Cavayé n'est pas un cinéaste très fin, ni dans sa mise en scène, ni dans ses scénarios.

Cela se vérifie dans cette tragi-comédie qui rappelle furieusement Le prénom dans son agencement (un repas de copains durant lequel les masques tombent), en beaucoup moins bien écrit.

On appréciera donc principalement dans Le jeu les performances d'acteur. Grégory Gadebois est impérial, le couple Bérénice Béjo / Stéphane de Groodt touchant, et Suzanne Clément comme d'habitude explosive. 

Si l'idée de départ est amusante (que se passerait-il si on avait libre accès au téléphone de ses amis durant toute une soirée), les développement sont assez poussifs et prévisibles. On rit un peu et on est surpris deux ou trois fois. Pour le reste les ficelles scénaristiques sont un peu grosses et le pied-de-nez final assez déstabilisant.

Pour résumer : un film de dimanche soir, loin d'être indigne, mais dispensable.

Fred Cavayé sur Christoblog : A bout portant - 2010 (**)

 

2e

Voir les commentaires

Heureux comme Lazarro

Le nouveau film de l'italienne Alice Rohrwacher commence comme son précédent (Les merveilles), que j'avais détesté. A savoir : une communauté retirée du monde, des personnages dont on ne comprend pas forcément tous les agissements et une image volontairement dégueulasse (des coins arrondis et des fils au bord de l'image, le film est tourné en super 16).

On suit donc avec un ennui poli plusieurs personnages, dont le jeune Lazarro, que rien ne distingue a priori des autres.

A la moitié du film, un évènement surprenant nous cloue sur notre fauteuil, et on suit alors la suite de cette histoire mystico-fantastique avec beaucoup plus d'intérêt. Le sentiment de plonger dans la réalité, après un début de film irréel, procure au spectateur une douce sensation d'exotisme à rebours. 

Malheureusement la fin d'Heureux comme Lazarro verse dans une accumulation bien lourde de poncifs en tout genre, avec des scènes finales franchement ridicules. Le film a reçu à Cannes le prix du scénario. C'est à moitié mérité : il y a une réelle originalité dans le développement de l'histoire, mais je sors du film avec le sentiment que cette originalité n'a été que partiellement exploitée.

Tous les acteurs sont remarquables.

Alice Rohrwacher sur Christoblog : Les merveilles - 2015 (*)

 

2e

Voir les commentaires

The house that Jack built

Il y a quelque chose d'effroyablement triste dans la façon dont Lars von Trier saborde son talent au fil du temps.

Les petites provocations du film (dont l'ablation d'un sein dans l'indélicate intention d'en faire un porte-monnaie, une fois la peau tannée) ne paraissent finalement que roupie de sansonnet face à l'incroyable naufrage en continu que constitue la filmographie de Lars von Trier.

Le nouvel opus de l'âme damnée danoise se situe dans le prolongement de l'exercice précédent, l'inégal et indécent Nymphomaniac : scènes tirées d'une même vie à plusieurs années de distance, voix off omnisciente, focus sur une addiction mal contrôlée, le tout entrelardé de considérations diverses sans grand rapport avec le schmilblick (Glenn Gould, Gauguin, les nazis, Klimt, les cathédrales...).   

Pour ma part je n'ai pas vraiment ressenti de malaise en regardant ce film censé en générer. La logorrhée incontrôlée du personnage principal devient au fil des séquences de plus en plus ennuyeuse, et à l'initiale curiosité malsaine succède vite un ennui carabiné.

La descente finale aux Enfers n'est au final suivi que d'un oeil attristé, bien loin de l'effet dantesque qu'elle est probablement destinée produire. 

Peu dérangeant, ponctuellement séduisant, The house that Jack built finit par paraître inutile, tant l'ego malade de son auteur en vient à contaminer son oeuvre. Une petite chose.

Lars von Trier sur Christoblog : Melancholia - 2011 (**) / Nymphomaniac 1 - 2014 (****) / Nymphomaniac 2 - 2014 (**)

 

2e

Voir les commentaires

Nos batailles

Le propos du deuxième film de Guillaume Senez est assez intéressant sur le papier : un homme se fait plaquer sans explication par sa femme (qui disparait dans la nature) et doit apprendre à s'occuper de ses deux enfants. 

En pratique, Nos batailles se perd en hésitant entre plusieurs pistes : le tableau familial sus-cité d'une part, et une sorte de militantisme distancié, façon En guerre chez Amazon, d'autre part.

Guillaume Senez met en avant une méthode spécifique de direction d'acteurs, qui consiste à laisser improviser les acteurs dans un cadre pré-défini. Le procédé est censé donner une impression de naturel et de spontanéité. En réalité je trouve que c'est tout l'inverse qui se produit : les comédiens donnent souvent l'impression de chercher l'inspiration (par exemple en se répétant) et Romain Duris semble même à un moment ne plus se rappeler du prénom de sa fille...

Le résultat est donc à mes yeux parfaitement imparfait, et souvent désagréable. Romain Duris ne me parait jamais complètement crédible, mais Laetitia Dosch, tout en retenue, trouve par contre ici un de ses meilleurs rôles. 

Au final, j'ai bien du mal à comprendre l'engouement critique pour ce film, qui est une petite chose quasi-expérimentale qui ne manque pas d'intérêt sans être vraiment enthousiasmant.

 

2e

Voir les commentaires

Joueurs

Le premier long-métrage de Marie Monge est presque réussi.

Il commence de façon brillante par un tourbillon amoureux qui entraîne avec brio l'excellente Stacy Martin et un Tahar Rahim plutôt convaincant. 

Il continue ensuite par un tableau réussi d'un milieu plutôt mal connu : celui des cercles de jeu parisiens (l'équivalent franchouillard d'un milieu décrit dans un contexte US dans Le grand jeu). 

Il évolue enfin, et malheureusement, vers un mélo plutôt raté qui s'échoue dans une dernière scène d'une faiblesse criarde.

Malgré les grandes maladresses de la deuxième partie, il faut probablement retenir de Joueurs une mise en scène résolue et nerveuse, qui augure de prochains beaux films.

 

2e

Voir les commentaires

Under the silver lake

Je fais partie des rares spectateurs n'ayant pas adhéré au premier film de David Robert Mitchell, It follows, qui m'avait paru approximatif et actionné par de bien trop grosses ficelles.

Je ne suis donc pas surpris de retrouver dans sa nouvelle production des défauts similaires, amplifiés par les moyens considérables dont a bénéficié Mitchell.

Under the silver lake est  un exercice de style formellement intéressant (mais loin d'être brillant), dont l'évolution narrative n'est absolument pas maîtrisée. Si les premières minutes sont intrigantes et laisse présager de développements qu'on espère délicatement lynchiens, il faut malheureusement assez rapidement déchanter. Loin de Mulholland Drive, Under the silver lake dérive progressivement vers une succession de scènes dont la joliesse ne parvient pas à masquer la vacuité.

On lit ici où là que le film est ultra-référencé (pop culture, mythologie géographique de Los Angeles, films classiques hollywoodiens), mais la plupart des allusions me sont largement passées au-dessus de la tête. Ce à quoi j'ai le plus pensé pendant le film, c'est à l'opacité volontairement entretenue des romans de Dashiell Hammett, dépourvue de la noirceur que ce dernier savait donner à ses atmosphères.

Mitchell essaye de renouveler l'esprit d'une époque (les années 50) en actualisant ses thèmes (le complotisme, la culture hipster) mais en utilisant son formalisme (la musique symphonique, les couleurs pétantes). Le résultat est superficiel et le film finit par s'écrouler sous le poids de son ambition, voire de sa prétention.

David Robert Mitchell sur Christoblog : It follows - 2015 (**)

 

2e

Voir les commentaires

Kings

C'est toujours très triste de devoir dire du mal d'une réalisatrice dont on a adoré le premier film (Mustang), mais mon honnêteté intellectuelle me pousse à dire la vérité : Kings est effroyablement raté.

La mise en scène est fugacement brillante, mais cela ne suffit pas à sauver un film qui prend l'eau de toute part. Le mélange de genre que tente Deniz Gamze Erguven est tout d'abord complètement loufoque : le film se veut à la fois description d'évènements historiques (les émeutes de 1992 à LA), drame shakespearien, comédie romantique, chronique tendre d'une famille d'accueil, récit d'une éducation sentimentale. Tout cela ne se marie jamais harmonieusement, et peut même devenir indécent par moment.

Ce projet de film complètement irréaliste (mais comment des producteurs peuvent-ils laisser faire cela ?) est empiré par le jeu plus qu'approximatif d'Halle Berry, absolument ridicule quand elle hausse les sourcils ou ouvre la bouche en forme de O pour bien marquer sa surprise. 

On n'est ému par rien et tout énerve, des rêveries érotiques de Millie à la scène du lampadaire lors de laquelle Daniel Craig tente de retrouver sa prestance de James Bond. Tout semble factice, plaqué, contrefait.

C'est excessivement mauvais.

Deniz Gamze Erguven sur Christoblog : Mustang - 2015 (****)

1e

Voir les commentaires

Après la guerre

Après la guerre, de la réalisatrice Annarita Zambrano, marque le retour du cinéma politique italien. 

Le prétexte est passionnant : en 2002, l'assassinat d'un juge en Italie réouvre de vieilles blessures. Marco, ex-militant réfugié en France grâce à la doctrine Mitterrand, et sa fille de 16 ans Viola, voient tous deux leur vie bouleversées.

La réalisation soignée et élégante sert bien un récit qui explore de nombreuses facettes. La façon dont les membres de la famille de Marco, qui sont restés en Italie et n'ont plus de contact avec lui, sont impactés par l'affaire vingt ans après, est proprement glaçante. On voit bien la promptitude de l'être humain à lyncher son prochain.

Bien que présentant de nombreux points d'intérêt, le film ennuie tout de même un peu, par la faute d'un scénario qui s'étire trop. Les différents aspects de cette histoire compliquée peinent à se rassembler pour former une dramaturgie convaincante. Cette difficulté à vraiment savoir quelle direction emprunter est patente dans la fin du film, qui se termine en queue de poisson, par une péripétie caractéristique d'un état d'esprit "je ne sais pas comment finir".

A voir si vous aimez l'Italie ou les films politiques.

 

2e

Voir les commentaires

La nuit a dévoré le monde

La nuit a dévoré le monde est un pur exercice de style.

Il est du coup difficile de porter un regard tout à fait neutre et objectif sur cet objet cinématographique sorti de nulle part : trop chiant pour être un film de zombie terrifiant, trop neutre pour être un moment de cinéma existentiel (je pense à ce que Skolimowski aurait pu faire de cette histoire).

Si je ne me suis pas vraiment ennuyé (ma curiosité intrinsèque de cinéphile me poussait à guetter comment le réalisateur pouvait se sortir de situations impossibles), il ne me viendrait pas à l'idée de conseiller le film au commun des spectateurs : il ne s'agit finalement que de regarder un mec survivre.

Tout cela ne vaut finalement, un peu, que par l'ambiance de Paris désert bien restituée, et malgré les prestations caricaturales de Golshifteh Farahani et Denis Lavant.

Il faudra donc attendre le prochain film de Dominique Rocher, et un scénario plus consistant, pour mieux apprécier ses capacités.

 

2e

Voir les commentaires

Call me by your name

Dans la famille d'Elio, il est courant de dire des phrases comme "Quelqu'un a vu mon Heptaméron ?" On jette facilement son vélo et ses noyaux de pêches par terre, mais ce n'est pas grave car le vieil Anchise répare les vélo et la bonne Mafalda fait le ménage.

Bref, sous les lustres en cristal de cette villa italienne, Elio s'ennuie et quand le bel Oliver arrive, il en tombe amoureux. Call me by your name est donc principalement l'histoire d'un premier amour : c'est parfois beaucoup, c'est ici pas assez. La mise en scène de Guadagnino est en effet trop quelconque pour sublimer une histoire aussi simple. Le jeu des acteurs m'a paru passablement mauvais : Oliver est moyennement convaincant, plusieurs seconds rôles ne sont pas du tout au niveau (Marzia par exemple). Timothée Chalamet, quand il ne minaude pas trop, parvient seul à intriguer un peu.

En fait, il me semble que le film péche par manque d'enjeux : l'amour des deux hommes n'est pas transgressif socialement (il est même encouragé), il n'est ni menacé ni menaçant, il manque tout simplement de sel.

Un peu ennuyeux, pas complètement raté, trop long et plutôt fade, Call me by your name est agréable comme un verre d'eau tiède.

 

2e

Voir les commentaires

Phantom thread

On peut dire à propos de Phantom thread les mêmes choses qu'à propos de There will be blood : la mise en scène est virtuose, Daniel Day Lewis est exceptionnel, le nappage musical incessant gâche tout, le film est beaucoup trop long ramené à son scénario squelettique et le maniérisme de Paul Thomas Anderson confine parfois au mauvais goût.

On s'ennuie d'abord lourdement. Même si les mouvements de caméra sont brillants, la naphtaline qui engonce le récit endort tout intérêt. 

Il faudra attendre le dernier tiers du film pour que le scénario se réveille un peu, d'une façon d'ailleurs toute relative. On peut dire que l'essentiel de l'histoire pourrait faire l'objet d'un moyen-métrage d'une heure environ. De toute façon, la musique, envahissante et disgracieuse, aura détourné votre attention depuis longtemps quand les évènements commenceront à devenir un tout petit peu originaux. Il faut vraiment insister sur la façon dont ces nappes de violons, cette sorte de free jazz maladroit et cet ersatz de musique baroque pourrissent véritablement le film, comme un nappage de gros sel polluerait un bon gâteau au chocolat.

La réalisation de PTA n'évite pas par ailleurs les lourdeurs. Pour n'en citer que quelques unes : l'insistance sur la cueillette des champignons, la scène de Nouvel an résolument ratée, l'amplification des bruits quand Alma mange et la scène au ski avec la neige qui tombe, d'une laideur remarquable.

Un beau gâchis.

PTA dans Christoblog : Punch-drunk love - 2001 (*) / There will be blood - 2008 (**) / The master - 2012 (*)

 

2e

Voir les commentaires

La douleur

Je suis très embêté pour commenter ce film.

D'un côté je me suis royalement embêté (j'y reviendrai plus tard), de l'autre il me faut reconnaître qu'il y a ici un véritable projet de cinéma qui rend le film, si ce n'est aimable, du moins respectable.

Dès le premier plan, la caméra s'égare, flotte, film vaguement le ciel de Paris et une tasse à café et la nuque de Mélanie Thierry, pendant que les phrases inimitables de Duras flottent dans l'air comme des bribes évanescentes. Pour le coup, la mise en scène est à l'unisson du texte durassien : vaguement quelconque, peu empathique, désespérément anti-narratif. 

On voit bien le projet de Finkiel, qui est de donner une traduction visuelle du livre, sans s'illustrer littéralement, et c'est assez réussi de ce point de vue. Le souci, c'est que les états d'âme de Mélanie Thierry m'ont laissé complètement indifférent. Pire que cela, je n'ai pas compris ses évolutions : pourquoi s'entiche-t-elle du personnage joué par Benoît Magimel ? Pourquoi vouvoie-t-elle et tutoie-t-elle alternativement Dionys ? Quelle est la nature de sa douleur ? Tout ses auto-apitoiement verbeux et souvent abscons ("Mes pieds marchent" "Ma voix se tait") m'ont énervé : je me rends compte que le problème que j'éprouve vis à vis du film (en plus d'un certain formalisme corseté), c'est que je n'aime aucun de ses personnages.

La douleur confirme également un fait déjà constaté : Benjamin Biolay est bien le pire acteur sévissant aujourd'hui dans le cinéma français. Sa variété d'expression est d'une pauvreté sans nom, et se limite à l'expression bornée, dégingandée et lippue qui semble consubstantielle à sa façon d'être (et je ne parle même pas de sa mèche de cheveux toujours aussi artistement disposée). Il a le charisme d'une éponge en fin de vie. 

A vous de voir en fonction de votre appétence pour Duras. Si vous aimez (et comprenez) des phrases, comme celle-ci, allez-y : "Ainsi seconde après seconde la vie nous quitte nous aussi, toutes les chances se perdent, et aussi bien la vie nous revient, toutes les chances se retrouvent."

 

2e

Voir les commentaires

Indivisibili

Premier film d'un jeune réalisateur italien, Edoardo de Angelis, Indivisibili, que j'ai vu au Festival d'Arras, est très peu distribué en France.

Le pitch du film est intéressant : des soeurs siamoises (reliées par la hanche) gagnent leur vie en chantant, dans une banlieue défavorisée du Sud de l'Italie.

Leur connivence, leur personnalité, leur métier survivront-ils à l'annonce de la possibilité de les séparer sans difficulté ?

Le sujet du film, intéressant, ne résiste malheureusement pas au traitement hétéroclite du réalisateur, qui ne parvient jamais à nous intéresser aux enjeux psychologiques et narratifs de l'histoire, pourtant prometteurs. Le style hésite en permanence entre virtuosité scorsesienne du plan-séquence alambiqué, réalisme sordide à la Gomorra, éclairs oniriques lyncho-felliniens et fable morale à la mode du cinéma roumain.

C'est too much en général et raté en particulier, malgré quelques éclairs inspirés.

 

2e

Voir les commentaires

Wonder wheel

Rien à sauver dans le dernier Woody Allen, un océan de médiocrité noyé dans les pires éclairages que j'ai vu au cinéma. 

Il faudrait empaler le directeur de la photographie Vittorio Storaro (c'est déjà celui de Cafe Society) pour avoir osé proposer des lumières aussi outrageusement oranges, ou roses, ou rouges, ou parfois les trois à la fois. J'en avais la nausée.

Le décor, un Coney Island de carton-pâte, est à l'unisson de l'image : factice, moche, invraisemblable. 

Chaque personnage évolue dans son registre sans aucune subtilité (la Palme de la la nullité est attribuée à Justin Timberlake) et la pauvre Kate Winslet erre dans tout le film comme une âme en peine, surjouant un rôle qui ne lui convient pas du tout. Le scénario - en réalité celui d'une tragédie antique - éclate dans le film comme le bruit dérangeant d'un coussin péteur.

On a honte de voir Woody Allen descendre aussi bas.

Woody Allen sur Christoblog : Scoop - 2006 (**)  / Vicky Cristina Barcelona - 2008 (**) Whatever works - 2009 (**) Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu - 2010 (*) Minuit à Paris - 2011 (**)  / To Rome with love - 2012 (**) Blue Jasmine - 2013 (**) / Magic in the moonlight - 2014 (**) / L'homme irrationnel - 2015 (***) / Cafe society - 2016 (**)

 

1e

Voir les commentaires

Gaspard va au mariage

Beaucoup de choses sympathiques dans ce petit film, qui peine toutefois à tenir la distance.

Parmi les points forts du film d'Anthony Cordier, il faut d'abord signaler un casting d'un goût exquis, incluant la révélation de Jeune femme, Laetitia Dosch, aussi bien que le grand acteur flamand Johan Heldenbergh, qu'on a vu dans tous les grands films belges récents (de La merditude des choses à Alabama Monroe).

Autre élément favorable, la fantaisie déjantée de cette famille hors du commun, qui se matérialise dans quelques scènes amusantes (le bain de poissons par exemple).

Malheureusement, l'esprit enjoué et facétieux du début s'étiole vite. C'est probablement la faute à un scénario qui file tout droit, sans véritables surprises, et qui ne parvient pas à mettre en véritable relation des personnages qui sont tous individuellement intéressants.

Gaspard va au mariage manque également (et paradoxalement) d'unité et ressemble finalement à un puzzle moche dont chaque brique est agréable à l'oeil. La relation quasi incestueuse du frère et de la soeur + les inventions Chindogu + les animaux ont une âme + c'est triste de perdre sa mère + les tatouages + .... = Trop.

 

2e

Voir les commentaires

Si tu voyais son coeur

Difficile de comprendre comment il est possible de réussir et de rater à ce point un film.

La première scène par exemple est magnifique. On se retrouve projeté dans un mariage gitan extraordinairement filmé par un plan-séquence d'anthologie. 

La chronologie est très audacieuse, puisque les séquences de différentes temporalités alternent sans aucune indication spécifique : c'est donc la subtilité du scénario qui fait tenir l'ensemble debout. 

Et pourtant, malgré tous ses atouts et un casting exceptionnel pour un premier film (Nahuel Perez Biscayart avant qu'il explose dans 120 BPM, Karim Leklou très bon comme d'habitude, Gabriel Yared à la musique),  Si tu voyais son coeur ne parvient jamais à vraiment emporter le spectateur. Gael Garcia Bernal est trop mou, trop lisse. Marine Vacth est trop belle pour être crédible dans son rôle de Madonne du pauvre et leur histoire ne nous intéresse pas. Le film hésite et se perd entre plusieurs sujets : documentaire sur la communauté gitane, film de rédemption, puzzle sensoriel, histoire d'amour. La recherche de la belle image est aussi par moment un peu pesante. 

Le film de Joan Chemla est comme un kaleidoscope qui proposerait alternativement le meilleur et le pire du cinéma, tout en partant dans tous les sens. Au final, le projet du film, son intention me semble bien plus intéressant que le produit final, mal maîtrisé.

 

2e

Voir les commentaires

Vers la lumière

J'éprouve toujours des scrupules à dire du mal d'un film de Naomi Kawase, tellement la personne m'est sympathique et ses intentions louables.

Le début de Vers la lumière est par exemple parfaitement brillant. L'idée de donner au personnage principal du film la profession d'audio-descriptice est un coup de maître. 

Cela donne des premières séquences délicieuses dans lesquelles la bande-son prend une saveur très particulière, et qui suscitent chez le spectateur de stimulantes réflexions sur le sens de l'image, les choix des créateurs et bien d'autres sujets.

Les premières bonnes idées du film s'essoufflent cependant rapidement. L'histoire entre l'héroïne et le photographe devenant aveugle n'échappe pas à la mièvrerie.  La subtilité du début disparaît au profit d'une succession de scènes irréaliste, de coïncidences incroyables (les rencontres fortuites des personnages, le paysage récurrent), d'élans très peu sensuels et de larmes creuses.

La médiocrité du film dans le film (la statue de sable) aggrave la sensation de déception et d'ennui qui grandit au fil de la projection. Comme parfois chez Kawase, on est triste de voir tant de sensibilité gâchée.

Naomi Kawase sur Christoblog : Still the water - 2014 (***) / Les délices de Tokyo - 2015 (****) 

 

2e

Voir les commentaires

Kedi - Des chats et des hommes

J'ai éprouvé plusieurs sentiments successifs vis à vis de ce film.

Avant de le voir : la crainte de me confronter à une "chatonnerie". Il faut dire que ceux et celles qui postent en minaudant des adorables photos de chatons dans une poubelle sur leur compte Facebook me révulsent. Il faudra que je me fasse analyser pour cela.

Dans un deuxième temps, celui de la vision, Kedi m'a plutôt intéressé. Le tableau qu'il dessine d'Istanbul et de ses habitants est plaisant dans sa variété. Le caractère d'un chat peut capter l'attention quelques minutes, alors que discours humaniste d'un vieux monsieur pourra charmer.

Après l'avoir vu, le sentiment qui prédomine est finalement l'indifférence. Le film est bâti sur une idée mignonne, mais sa réalisation est insipide (les plans de coupe aériens sont très médiocres) et son effet à long terme proche du néant. Sans être honteuse, la tentative est donc un peu vaine. 

Point positif : cela ne dure qu'une 1h20.

 

2e

Voir les commentaires

A ghost story

Comme Ida, de Pawel Pawlikowski, ou The young lady, de William Oldroy, A ghost story est un film de petit malin.

Il en a toutes les caractéristiques, la première d'entre elles étant une tendance à adopter un formalisme tape à l'oeil qui fait "cinéaste". Ici, c'est le format 4:3 aux coins arrondis (un peu ringard), la musique envahissante, les plans à rallonge, la photographie grisâtre, les ellipses osées, les lents travellings, le hiératisme sculptural des scènes avec le fantôme.

Le deuxième point commun des films de petit malin est de préférer à la narration un dispositif spectaculaire visant à coincer le spectateur dans des recoins, et à le manipuler, par un effet de surprise totalement gratuit par exemple. Le résultat est que pour la plupart des spectateurs, il sera impossible de ressentir une émotion. Pour certains autres (les films de petit malin ont toujours une phalange d'admirateurs transis), il faut supposer que la cohérence stylistique du film puisse causer un effet positif.

Enfin le film de petit malin a toujours un aspect "regarde donc comme je suis intelligent" un peu poseur, qui se traduit par un twist ou une évolution inattendue de l'intrigue. En toute logique, cette vaine tentative de faire brillant dégonfle le film comme un ballon de baudruche. Dans A ghost story, si la façon dont le temps s'écoule est assez bien vue, la boucle temporelle (déjà traitée dans de nombreux films, qui d'ailleurs ont toujours beaucoup de mal à s'en sortir proprement) fait pschittt, un peu comme le fantôme lui-même.

Un produit typique de Sundance, sorte de variante minimaliste du new-age malickien made in Austin, dont vous pouvez parfaitement vous dispenser.

 

1e

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>